‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 81 sur 298 · I. iiOMsili co^slI)^;ll^•; coiisit; i.ndividi · texte numérisé non relu

I. iiOMsili co^slI)^;ll^•; coiisit; i.ndividi

I, — AFFECTrONS PÜI.MONAIIIES SUD ÉOA>T A I.'lMIAI ATIOS DE rOUSSIÈKES VÉGÉTAI.ES.

1° Affections pulmotiaires succédant à l’inhalalion de la poussière de charbon. Anthracosis. — Pneumoconiose anthracosique.

ritcLiocnAPniE. — Peabsox. On the colouring maüer of the Black Bronchial Glands, and of Ihc Black Spots of the Lungs. In Philos, transact. of the Boy. Soc., t. CIII, p. 159. 1815. — Riluet. Mé?n. sîir le psetidomélanose du poumon. Arch. gén. deméd. 3' série, t. II, p. 103.1858. — Quévexxe. Charbon retire du poumon d'un charbonnier. In Journal des conn. mâd. prat., t. VIII, p. 511. 1841. — Melsexs. Recherches chimiques sur les matières des métanoses (Comptes rendus de l'Académie des sciences), 184-1, t. XIX, p. 1292. — Cbdveiuiier. Bronchite mélanique des charbonniers, ou phthisie noire, In Annal, de Ihérapeut., t. V, p. 289. 1847. — Béiiier, Obs. de pseudomélanose chez un charbonnier. In Laennec, Traité d’auscult., éd. Andral, t. III, p. 505. — Tabbied. Étude hygiénique sur la profession de mouleur en cuivre [Ann. d'hyg. et de méd. légale). 2' série, t. II. 1854. — IIillaibet. Observalion de pneumonie double chez un ancien charbonnier ; diffluence noirâtre des deux lobes inférieurs; taches noires nombreuses clans les replis du périloine. (Société de biologie, p. 189. 1858.). — Vebnois. De l'action des poussières sur la santé des ouvriers charbonniers et mouleurs en bronze. In Annal, d'hyg., 2' série, t. IX, p. 544. 1858. — Bouillaud. Cas de pseudomélanose chez un ynouleur. In Bull, de l’Acad. deméd., t. XXVI, p. 372. 1800-1801.

— Tbaübe. On the effccts of Inhalation of Carbonaceous Matter into the lungs. In Med. Times and Gaz. 1801, t. I, p. 427. — Voulez. Hypertrophie mélanique des ganglions bronchiques. In Rapport sur un Mémoire de Fonssagrives IBullet. de la Soc. de méd. des hôp.]. 1801. — Riebdault. Hyg. des ouvriers mineurs dans les exploitations houillères. Paris, 1801. — Robebt. De la phthisie charbonneuse, et de quelques considérations sur la pénétration des corps pulvémlents. Th. de Paris, 1802. — Villaret. Cas rare d' anthracosis Th. de Paris, 1802. — Pebboud. De l'état charbonneux des poumons, à propos de quelques faits graves cï anthracosis. Saint-Etienne, 1802, in-8. — Hertieüi. Action nuisible des poussières sur l'économie. In Bullet. de laSoc.deshAp.de Paris. 1803. — Ruais. De V anthracosis. Thèse de Paris, 1805. — F. A. Zenkeb. L'ebcr Staubinhalations Krankheiten dm' Lungen. In Dcutschcs. Archiv fur Klinische Medicin. Zweilor Band, 1807. — Heuïer. Essai sur les mélanoses des poumons. Thèse de Strasbourg, 1809.

— PicK. Case of colliers-lungs (the Lancet, 1870'. — Greexhow. Black lungs from a case of colliers phlhisis (Transact of the Pathol. Soc. 1870), avec étude historique brève sur la phthisis melanotica. Acid, silicique. — A. Proust. De la pneumoconiose anthracosique des mouleurs en cuivre (Mém. de l'Acad. de méd. 1874) (Rapport de M. Tardieu sur ce travail. 1875).

yl. — HISTOIRE PROFESSIONNEU.E. — Lc mémoipc de M. Tardieu a donné sur les professions des mouleurs et fondeurs en cuivre les indications les plus précises; il n’y aurait rien à ajouter à cette importante étude, si, sous son influence même, les conditions du travail n’eussent été modifiées. J’ai donc cru utile de visiter quelques fabriques, pour me rendre un compte exact de 1 état actuel des ateliers. L’industrie du /’oudcHr consiste, d’une manière générale, dans la con-

L’HOMME AU POINT DE VUE DES PHOFESSIONS

feclion des moules, ou le moulage sur les modèles, et dans la fonte de l’alliage à base de cuivre qui doit être coulé dans les moules.

Le moulage est en cuivre ou en bronze; le moulage en fonte peut également présenter un certain intérêt dans la question qui nous occupe. Enfin l’industrie française produit depuis quelques années, sous le nom de bronze composition, une imitation de bronze ayant le zinc pour base, et qui tend à se répandre chaque jour davantage, tant à cause de son bon marché relatif que du degré de perfection qu’on est parvenu à apporter dans l'exécution. Le zinc, préalablement liquéfié, est seulement coulé dans les moules. Il n’entre dans cette préparation ni charbon, ni poussière, et je ne m’y serais pas arrêté si le mot de bronze, qui dans le commerce sert à couvrir tous ces produits (objets moulés en cuivre, en bronze, en fonte, bronze composition), ne pouvait occasionner, au point de vue de l’hygiène professionnelle, des erreurs regrettables. Nous n’aurons donc à nous occuper que des mouleurs en cuivre et en fonte.

Le moulage en cuivre comprend trois sortes d’opérations ;

1" La facture du moule ;

2“ Le moule est séché ;

5° Le coulage du bronze.

Aujourd’hui, grâce à l’usage de la fécule, qui a remplacé celui du poussier de charbon, on respire librement dans l’atelier ; l’air n’y est plus obscurci. Cette réforme n’est pas le résultat d’un règlement administratif; elle a été imposée par les ouvriers aux fabricants eux-mêmes. A la suite de grèves nombreuses, de véritables coalitions, les ouvriers ont mis en interdit tout patron voulant réintroduire la poussière de charbon. Un fabricant ayant essayé de se servir de charbon blanchi, a dû céder en présence d’une nouvelle coalition.

Le moule est donc saupoudré de fécule, puis ensuite de talc, dont l’usage est nécessaire pour le relever, boucher les petites cavités, et produire sur l’objet moulé des surfaces exemptes d’aspérités. Sans celle précaution, le bronze piquerait.

Le moule est passé à l'étuve avant de recevoir le métal en fusion ; cette partie de l’opération ne m’a paru donner lieu à aucun accident.

Le coulage du bronze est un travail extrêmement fatigant ; il est fait par des ouvriers spéciaux. Il répand une fumée extrêmement dé.sagréable, qui noircit toutes les parties environnantes. Le fourneau qui reçoit les creusets où les alliages sont fondus devrait être isolé de l’atelier

L’HOMME CONSIHÉHÉ COMME INÜIVIUU.

OU rccouvcrl par une holte suflisammcnl étendue, mais ce desideratum n’est rempli dans aucun des ateliers que j’ai visités.

L’industrie des mouleurs en Tonte a pour nous un intérêt spécial, puisque l’usage du poussier de charbon y subsiste toujours. iJ’ailleurs les procédés de fabrication sont à peu près les mêmes ; la dilîércncc porte sur la nature du produit.

Nous avons assisté dans l’atelier au travail complet :

1“ Le moule est fait avec un mélange de sable de Versailles et de vieux sable ; ce sable est préparé par un noyauteur. L’opération est extrêmement dangereuse.

Le moule étant ainsi préparé, un ouvrier saisit de la main droite un sac en toile de coton noué à la partie supérieure, et qui renferme la poussière de charbon; il pince l’un des coins inférieurs avec deux doigts de la main gauche, et l’agite par mouvements saccadés qui font tamiser la poussière à travers le tissu. La poussière se montre partout; elle est très-légère, et il reste pendant un certain temps un nuage de poussière tel, que la figure et les mains des ouvriers sont à peu près noirs. Une nouvelle cause d’obscurcissement de l’atmosphère est l’emploi du soufflet dont se sert l’ouvrier pour enlever l’excès de poussière (jui a été déposé sur le moule.

J’ai vu deux sortes d’ouvriers tamisant la poussière de charbon, les uns à terre, les autres sur une table; d’après l’observation du contremaître, ces derniers étaient beaucoup plus exposés aux affections pulmonaires ; et il m’a fait remarquer que les ouvriers étaient tous jeunes; il n’en restait aucun ancien.

L’ouvrier projette quelquefois avec la bouche soit de l’huile, soit de l’eau ou de l’eau sucrée, pour humecter le moule ou faire adhérer la poussière.

2‘' Le séchage du moule ne donne lieu à aucune considération particulière.

5° Coulage de la fonte, La fonte a été portée à 1800 degrés environ. Elle coule dans des cuves, d’où elle est transportée pour être versée sur les moules : opération fatigante, pénible, faite par des hommes spéciaux. Parfois il y a projection d’une certaine quantité de fonte en fusion, ce qui peut occasionner des accidents, mais ne cause aucun trouble thoracique.

4“ Le jambage provoque une fumée suffocante; cependant, quand l’espace est suffisamment vaste, le llainbage ne donne pas lieu à des inconvénients sérieux.

Enfin, avant de quitter l’atelier, l’objet moulé en fonte est saupoudré

L'IIOMME AU POINT DE VUE DES PROFESSIONS, de poussière de charbon par le procédé i|ue nous avons décrit pour le moule.

Si maintenant on compare ces deux industries (moulage en cuivre et en l'onle), on voit qu’elles offrent dans les procédés, et môme dans les conditions du travail, de grands rapports; mais la différence qui les sépare est capitale au point de vue qui nous occupe. Tandis que le moulage en cuivre a pu devenir, grâce à l’emploi de la fécule, exempt de tout inconvénient pour la santé de l’ouvrier, l’usage persistant du poussier de charbon peut être chez les mouleurs en fonte une source d’altérations et de lésions. C’est donc sur ce point que doit se porter la sollicitude de l’hygiéniste.

On doit chercher, s’il est possible, d’arriver, par des réformes du même genre, à donner aux mouleurs en fonte l’immunité que possèdent aujourd’hui les mouleurs en cuivre. Il faudrait trouver une substance dont on püt conseiller la substitution à 1a poussière de charbon.

D. “ ÉTUDE CLINIQUE. — Parent-Ducliàtelet disait : « Nos charbonniers ne sont pas plus sensibles à la poussière de charbon assez dure pour polir les métaux, que nos mineurs à celle de la bouille. » Sans avoir le même optimisme, nous remarquerons que les phénomènes symptomatiques ne paraissent pas, surtout au début, être en concordance directe avec les altérations des poumons.

Les troubles se manifestent d’une manière lente et graduelle, provoqués plus encore par la persistance que par l’énergie de la cause. M. Tardieu fait remarquer que c’est en général après plus de dix années que les ouvriers mouleurs éprouvent les fàcbeux effets de leur profession.

Les accidents peuvent apparaître, pour la première fois, à lu suite d’une cause fortuite (refroidissement, bronchite, flu.xion de poitrine). Dans ce cas, le phénomène est semblable à celui que l’on observe chez certains rachitiques, dont la respiration peut être suffisante jusqu’à ce qu’une bronchite ou une congestion pulmonaire vienne révéler l’existence de lésions antérieures.

Nous n’avons d’ailleurs rien à ajouter aux descriptions cliniques qui ont été données, et surtout à celle de M. Tardieu. Nous noterons seulement, d’après un fait que nous avons observé, la disparition vers la fin de la vie de l’expectoration noire. Ce phénomène s’est expliqué par 1 examen nécroscopique ; les bronches ne communiquaient pas avec les cavernes remplies de matière noire.

Les symptômes de l’anthracosis peuvent, comme le ditM Tardieu, et malgré les objections de llirt, être divisés en trois périodes.

La première consiste d’abord en une sensation de fatigue dispropor-

100 L-IIOMME COXSIUKIIÉ COMME I.NOIMUL'. d

tionnée à la dépense de forces rruisculaires de l’individu, fatigue qui g se manifeste surtout dans la seconde moitié de la journée, s’accom- 1 pagnant alors d une dyspnée qui augmente graduellement jusqu’à la | lin du Iravail, se prolonge dans la soirée, hors de l’atelier, et nécessite l’ajournement du repas ou l’usage exclusif d’aliments liquides.

Cette dyspnée devient bientôt habituelle; la toux s’y ajoute et se produit par des quintes, le poussier s est allacké à l’homme. L’ou- ; vrier supporte le travail en se reposant par intervalles.

La percussion montre dans toute l’étendue de la poitrine, mais surtout du côté des sommets, une diminution do la sonorité et des points presque mats inégalement disséminés. Le murmure vésiculaire a perdu j de son intensité, et n’existe plus dans les points où il y a de la matité. ^ Quelques râles de bronchite sont quelquefois perçus.

Ces phénomènes morbides correspondent aux deux premiers degrés • que nous allons observer dans l'étude anatomopathologique; les mo- ' lécules charbonneuses ont franchi la légère barrière des cellules pavimentenses, et de la membrane mince qui les supporte ; elles ont dépassé les parois des alvéoles et des canalicules respiratoires, et occupent le tissu interstitiel en supprimant la cavité de l’alvéole. Ces noyaux disséminés vont se réunir et donner lieu aux gros noyaux que nous aurons plus tard à décrire. Nous trouvons là l’explication des ] phénomènes stéthoscopiques que nous avons signalés. ‘

Dans le deuxième degré, les signes sont à la fois plus tranchés et plus ’ caractéristiques ; les traits sont altérés, le teint est pâle et plombé, la j démarche lente et pénible. Il y a de l’oppression et de l’anhélation presque continuelles. La respiration, courte et suspirieuse, entraine à la longue une voussure plus ou moins générale do la poitrine. '

Les malades se plaignent de constriction à la base du thorax ; ils toussent parfois sans discontinuer, d’autres fois par quintes extrêmement pénibles, s’accompagnant fréquemment de crachements de sang, et, dans tous les cas, de mucosités épaisses, visqueuses, au milieu desquelles sont expulsées des masses de matière noire pulvérulente plus ou moins agglomérée.

A une période plus avancée, les symptômes s’aggravent encore: l’a- ■ maigrissement est plus considérable; il y a le plus souvent complica- • tion d’aficetions consécutives du cœur (dilatation, hypertrophie), ' avec troubles mécaniques dans la circulation veineuse du foie et des organes digestifs, de la diarrhée et de Tœdème.

Les ouvriers arrivés à cette période sont à peine capables de travailler; quelques-uns peuvent encore, pendant la belle saison, occuper

L’HOMME AU POINT UE VUE DES PHOFESSIONS

quelques fractions de journée, niais, suivant leur langage, il leur est impossible d'arracher une journée tout entière.

üans la dernière phase, la voix devient brève, la parole entrecoupée, la face livide, et les malades meurent d’asphyxie dans le marasme.

Le lait de l’expectoration noire, que nous avons observé dans certaines conditions déterminées chez les mouleurs en cuivre et chez les fondeurs, est pour ainsi dire le seul signe pathognomonique de la maladie; l’expectoration noire a été eitaminée avec soin, et à plusieurs reprises, chez divers ouvriers exposés aux poussières de charbon (Friedreich, Traube, Sonders, Mannkopfs).

Traube (18C1) a observé des particules noires ressemblant aux cellules ei aux canalicules du Pinus sylvestris, qu’il localise, contrairement à .Manidvopfs, dans les cellules épithéliales.

Les deux cas sont admissibles, et, dans notre examen, nous avons trouvé des molécules charbonneuses résidant à l’intérieur aussi bien qu’en dehors des cellules épithéliales.

Le professeur Robin a donné les caractères suivants, qui distinguent les crachats anthracosiques des crachats à pigment mélanique. Les crachats anthracosiques sont noircis par les particules de charbon ordinaire ou de noir de fumée retenues par le mucus, les épithéliums, et les leucocytes bronchiques, et rejetées avec lui. Les crachats à pigment mélanique renferment presque toujours soit des globules sanguins, soit même des granules d’héniatosine.

^ C. — PIIYSIOLOGIE-I-ATIIOLOGIQUE. — En Comparant les lésions de l’anthracosis à d'autres de même étendue produites par. la tuberculose ou la pneumonie caséeuse, on est frappé de leur bénignité relative.

Si l’étiologie nous donne, dans une certaine mesure, la raison de ces différences, l’anatomie pathologique vient à son tour nous expliquer pourquoi ces altérations n’eiitrainent pas des conséquences aussi graves, ou du moins aussi rapidement mortelles que les autres affections dont nous venons de parler.

Les auteurs qui ont décrit l’anthracosis l’ont divisée en trois pério- *

La première, dans laquelle on ne rencontre que des granulations dissepiinees; la seconde, où l’on trouve des noyaux; la troisième, caractérisée par des cavernes.

Au premier degré, le poumon est parsemé dans toute son étendue de dépôts de charbon inégalement distribués; telle est l’origine de ces

VROÜST, HVCIÊNE. ®

L'HOMME CONSIDÉnÉ COMME INDIVIDU.

ligues noires qu’on aperçoit sous la plèvre, chez tous les sujets adultes et qui sont d’autant plus prononcés que l’individu est plus avancé en âge. 11 n’y a, sous ce rapport, qu’une différence de degré entre les poumons des mouleurs en cuivre etceux des sujets qui se trouvent dans les conditions ordinaires.

Cependant, lorsque la poussière de charbon commence à s’accumuler en plus grande quantité dans le tissu pulmonaire, on constate d’ahord qu’elle est fort inégalement répartie dans les lobules de l’organe ; à côté d’un lobule complètement imprégné, on en rencontre un autre qui est resté sain dans toute son étendue.

Les petites cavités qu’on observe et qui représentent la section des alvéoles pulmonaires (canalicules respiratoires) ont acquis un diamètre trois ou quatre fois plus grand qu’à l’état normal, tandis que leur nombre a sensiblement diminué; on voit par là qu’à mesure qu il se produisait des oblitérations sur certains points, les alvéoles restées saines se dilataient par compensation.

A la période que nous étudions, le poumon a conservé sa souplesse naturelle, surtout dans les points complètement noircis, et les bronches, suivies aussi loin que possible, ne présentent aucune trace de dépôts charbonneux, soit à la surface, soit dans la profondeur de la muqueuse qui les tapisse. Il semble donc avéré que c est bien dans les alvéoles, et nulle autre part, que se dépose, en premier lieu, la poussière de charbon.

A la seconde période, l’élément étranger s’étant frayé un chemin à travers la mince paroi qui le circonscrivait au début, s’épanche dans le tissu conjonctif pour y former ces noyaux plus volumineux que tous les auteurs ont décrits. Les altérations histologiques sont ici fort diffé-

rentes de ce (lu’elles étaient au début.

A la place des minces cloisons du tissu lamincux interposé aux lobules et aux alvéoles (canalicules respiratoires), on trouve de larges Iravécs de ce meme tissu parsemées de granulations noires. 11 est iacilc de suivre le développement progressif de ces cloisons. Sur les préparations dues à M. Cadiat, on voit en un point la paroi de l’alvéole avec • son épaisseur normale, semée seulement de (pielques points noirs ipn viennent se ranger le long des vaisseaux. Un peu plus loin, celte paroi a doublé, triplé, quadruplé d’épaisseur. Enrm, sur certains points, on trouve de larges espaces comblés par le tissu conjonctif, idems de poussières charbonneuses, qui représentent le premier degré des noyaux

durs de l’aiithraeosis.

üaiis ces masses en voie de formation, on peut remarquer un fait

L'HOMME AU POINT DE VUE DES PROFESSIONS. 165

important : c est la présence des vaisseaux qui serviront longtemps à la nutrition des pai tics intéressées.

Les bronclies qui leur correspondent sont oblitérées par des dépôts d épithélium prismatique, identique à celui qui tapisse la membrane mu(|ucuse, niais elles restent exemptes de tout dépôt charbonneux.

. Sur les points les plus profondément altérés, au milieu de noyaux complètement noirs, on retrouvait encore la coupe de la bronche, avec scs diverses couches parfaitement transparentes. Dans les bronches oblitérées elles-mêmes, les dépôts d’épithélium qui les remplissaient ne renfermaient, dans aucune cellule, de trace de charbon.

Par contre, les parois alvéolaires sont toujours imprégnées; nous 1 avons constaté, soit à l’œil nu, soit à l’aide du microscope, dans toutes les parties que nous avons examinées. C’est donc bien sur ce point que se déposent les poussières qui se trouvent d’abord dans les cellules pavinienteuses, et plus tard dans la profondeur du tissu.

En résumé, les poussières de charbon traversent toute l’étendue des bronches sans s’y arrêter; arrivées à leur extrémité, elles séjournent dans les alvéoles pulmonaires et finissent par les traverser ; une fois que le charbon s’est ouvert un passage, le^ nouvelles poussières pénètrent déplus en plus dans le parenchyme pulmonaire, c’est-à-dire dans le tissu pulmonaire; elles ne s’arrêtent dans leur marche envahissante (ju autour des vaisseaux dont la paroi élastique et musculaire leur oppose une résistance considérable.

A mesure que les dépôts viennent s’y former, le tissu conjonctif s hypertrophie, et ainsi, peu à peu, se constituent, à la place des éléments normaux, ces noyaux indurés, et les cicatrices qui les accompagnent. L oblitération consécutive des bronches est un fait presque constant, et qui, comme nous allons le voir, joue un rôle important dans la physiologie pathologique de l’anthracosis.

.Nous arrivons maintenant à la troisième période. Dès que les noyaux ont atteint un certain volume, ils se creusent des cavités par un travail ont de résorption. 11 se produit alors des cavernes dans lesquelles on rouve un luiuide offrant en suspension des molécules de charbon; elles ne renferment point de pus, ni aucun des éléments i)athologique.s que 1 on trouve habituellement dans les cavernes des tuberculeux; elles sont traversées de distance en distance par des sortes de colomietles plus ou moins épaisses, formées par les bronches et les vaisseaux • elles uecoiiimumquent point babitueilemeiit avec les bronches. Leur paroi ost tapissée par des dépôts irréguliers de cellules pavimenteuses comme

1, 'HOMME CONSIDÉUÉ COMME INDIVIDU

celles clos alvéoles. Ln caverne ainsi constiluée peut persister longtemps sans subir de grandes inodilicalions, puisqu’elle est isolée du reste de

organe.

S’il en était autrement, si les bronches ne s’oblitéraient pas, ces cavernes se trouveraient bien vite en communication 'avec l’air, et provoqueraient, pendant la vie tout au moins, les phénomènes qui accompagnent les dilatations bronchiques. .

Mais ici, le tissu du poumon n’est pas détruit par un travail d ulcération, il est simplement refoulé; les parties saines sontaplaties, repoussées par les parties malades. On s’explique ainsi que des lésions si étendues puissent exister si longtemps sans déterminef des troubles plus considérables, et on comprend, d après la disposition de ces cavernes, d’après la façon dont elles se produisent, que la maladie puisse, chez certains individus, revêtir une forme presque latente; et c’est précisément ce qui est arrivé chez un malade dont nous avons rapporté l’histoire. ,

Notons enfin la présence de dépôts dans la plèvre costale et diaphragmatique: les vaisseaux lymphatiques sont oblitérés soit par des molécules de charbon placées à leur intérieur, soit par la compression de

molécules situées dans leur voisinage.

Cette obstruction explique la rapide agglomération des molécules de charbon. Quant à l’imprégnation des ganglions bronchiques, le phénomène est le même (jiie celui qui se passe dans les ganglions axillaires, qui, chez les individus tatoués, se chargent des matières colorantes

que l’on a incrustées dans le derme.

Ainsi donc, les molécules charbonneuses sont transportées dans les alvéoles par l’air inspiré et pénètrent les cloisons intcralvéolaires. Si cette opinion a été difficile à faire accepter, c’est que, à l’état presque phvsiolomquc, les poumons des vieillards et même des adultes présentent sous la plèvre, au niveau des cloisons mteralvéo aires et interlobulaires, des dépôts charbonneux considères par beaucoup d’auteurs comme du pigment, et qui ne sont, en réalité, comme 1 ont montré les analyses de Melsens, que le premier degre de notre an-

rcxdstcnco de ces dépôts, sur presque tous les cadavres d’individus nuM.’élaientni mineurs, ni houilleurs, ni mouleurs en cuivre ou en fonte, était un argument puissant en faveur des médecins qui niaient

rorimiic extérieure de la matière, charbonneuse. I our les coinaiiicic,

il fallait pouvoir démontrer la pénétration d’uu corps qui n existe pas a l’état habituel dans le poumon.

L’HOMME AU POINT UE VUE DES PROFESSIONS

Des observations récentes de siderosis pulmonaire viennent de donner cette dernière preuve et trancher la question d’une manière saisissante.

Les observations de Zenker, qui établissent le mode de pénétration des poussières d’une manière irrécusable, montrent de plus que les molécules de poussière les plus fines peuvent, sans être anguleuses, ni pointues, pénétrer non-seulement dans les cellules épithéliales, mais aussi plus profondément dans le tissu conjonctif du poumon, puisque dans le cas de siderosis pulmonaire dont nous venons de parler, il s’agit de molécules rondes, très-fines, qui ne peuvent léser par effraction : il n’y a plus alors un véritable traumatisme, mais un de ces actes de pénétration sur les(juels insiste le professeur Robin.

Que nous observions l’anthracosc chez les mouleurs en cuivre, chez les houilleurs ou chez les mineurs, les phénomènes seront toujours semblables.

Quant tà discuter le plus ou moins de nocuité des poussières charbonneuses, suivant leurs variélés,.la question est encore peu avancée. Toutefois, on a dit que le charbon de terre offrant, comme le noir de fumée, surtout des molécules rondes, était moins dangereux que le charbon de bois, qui présente des molécules plus anguleuses.

Ainsi donc, chez les mouleurs en cuivre, chez les fondeurs, on doit admettre, en dehors de la phthisie tuberculeuse, une phthisie d’une nature particulière qui mérite le nom de phthisie charbonneuse. L’affection produite au début par l’accumulation de la poussière de charbon, ne doit recevoir le nom de phthisie qu’à sa dernière période, lorsque le poumon se creuse de cavités, et qu’on voit apparaître les phénomènes de dépérissement et de marasme. A ce moment Tanthracose ressemble aux cas de corps étrangers introduits dans les voies aériennes, donnant lieu aux pbénoniènes symptomatiques de la phthisie (hémoptysie, fièvre, sueurs nocturnes, amaigrissement) et pouvant guérir si le corps étranger est expulsé*.

Ce qui rapproche toutes ces lésions, ce sont les ulcérations pulmo-

Consultez : Laborclc. Corps étranger dan.s les voies aériennes ; phénomènes mor- I plitliisie pulmonaire lente; cessation des accidents et guérison complet a la suite d’une vomique, et rejet du corps étranger (Gai. méd., 1808).

ertliemer. Obs. analogue. Os de lièvre. Guérison après neuf mois et demi, llémopysies multiples, sueurs nocturnes, lièvre forte. Après la dernière hémoptysie, rejet du " P *^\.*^*’ y^udalc), AenClickes inlcUiycuces liluU, 1808.

au ler. Obs. d abcès pulmonaire dû à riniroduction d’un corps étranger dans les voie.s aeriennes {grain d’orge). Lyon méd., lOIÜ.

I/IIOMMR CONSIDRRK COMME INDIVIDU,

naircs qui leur succcdciilet la phlliisie |)ulmoiiaire qui en est l’expression symptomati(]ue. On a généralement confondu sous le nom de |)litliisies professionnelles toutes les maladies de cette espèce ; il nous paraît préférable, pour les raisons que nous avons déjà données, de leur réserver le nom de pneumoconioses; dans le cas particulier qui nous occupe, il s’agirait d’une pneumoconiose anthracosique, maladie des poumons produite par le poussier de charbon ; il y aurait la pneumoconiose anthracosique des mouleurs en cuivre et celle des houilleurs ; dans les deux cas la cause est la même, la poussière inhalée est également semblable; la profession seule diffère*.

2° Affections pulmonaires succédant à l’inhalation de poussières de tabac.

Tabacosis.

Bibliographie. — Ramazzini. — Harles. Die Tabak- und Essigfabrikation. zicei wichlige Gegenslande der SanUâtspolizei, Nürmbcrg, 1812. — Cadet-Gassicoort. Mémoire sur les matadies de professions exercées dans la ville de Paris. — Pointe. Observations sur les maladies des ouvriers employés dans la manufaclure royale de tabac. Lyon, 1828. — Tourtel. Éléments d’hygiène, t. II,ir. 410. — Tiiackrah. Vie effccts on lhe principal arts, trades and professions on healtli and longevity. London, 1831. — Bocdet. Recherches sur la guérison naturelle de la 2>hthisic jndmonaire. Tliè.se de 1843. — Siméon. Ann. d'hyg. jntbl. Octobre 1843. — Haleort. Die KrankheUen der Künsller und Gewerbetreihenden, S. 4i0. Berlin, 1845. — Berutti. De l'usage du tabac, et de la sanlé des ouvriers employés dans les fabriques de ce jiroduit. Paris, 1846 — Behhend. Bcrichl der Poliseibezirkârzte von Berlin über die Beschdfligung der Kinder Henké’s Zeilschr. fur Slaalsarzneikunde. B'' 63, S. 339, 354. Erlangeii, 1852. — Tarbieü. Dicl. d’hyg. ])ubl. et de salubrité (article Tabac), t. III Paris, 1802. — Fermosd itloMoÿra/i/iie du tabac. 1857.— JoLLY. Études hygiéniques et médicales sur le tabac. Paris, 1865. — Merril. Reizung der Bronchial und Dannschleimhaut durch Tabak (Americ. Journ., CI, p. 94, Jan. 1866J. — Merat. Dictionnaire des sciences médicales (article Tabac). — Ygosix. Observations sur les maladies des ouvriers employés dans la manufacture impériale de la ville de Lyon. Lyon, •1806. — SciiwABE. Der Tabak vom sanilcUspolizeilichen Slandpunkle ans (Vierlolj., filr Gaz. med., N. F. VI). 1867. — Dieüdonné. Note sur les ouvriers qui travaillent le tabac en Belgique; extrait d’un rapport fait par la commission de salubrité de Bruxclle.s au ministre, suivi d'un aperçu des recherches de la Société de médecine d’.Vnvers (.-Inji. d’hyg. pt'ibl., t. XXXIV). — Rdef. De I influence de la fabrication du tabac sur la santé des ouvriers (Gaz. méd. de Strasbourg, 1845). — Kostial. Slalistich medicinischc Studien über die Sanitatsverhüitnisse der weibtichen Bevôlkcrung der k k. Cigarrenfabrik in Iglau. — Wocheublatl der k. k. Gescllschaft der Acrtztc pi lîiVii. 1868, p. 34-.38. — Lion, llandbuch der Médicinal- und Sanitâl.spolizci, Band II, p. 184. Berlin, 1869. — Pappenheih. llandbuch, etc., Band. II, p. 605 ff. Berlin, 1870. -r lIiRi. Die Krankhritm der Arbeiler, ch. II : Die der Einwerkung des Tabakslaubcs ausgcselztcn .irbcilcr und ihre Gcsundheit's verhiiUnissc.

Les opinions les plus divergentes régnent dans la science à propos de l’action du tabac. Absolument inoffonsive pour rarcnl-Ducbà-

' Les accidents pnlmonaircs observés i liez les ouvriers travaillant à la fabrication des agglomérés de houille cl de lirai et décrits par M. Manouvriez (1876), sont tout à tait comparables aux phéiioméiies do la pnemnoconiosc anlhracosiiiiic. Cette affection pourrait être dénommée pncnniocoiiiose bruliosi(]ue (de bridia lirai). L’auteur que nous venons de citer l’appelle bruliose pulmonaire.

L’HOMME AU POINT DE VUE DES PROFESSIONS. telet‘, celle fabricalion csl, d’après Ramazzini cl Pàlissicr, une des plus dangereuses.

•La poussière de labac esl constiluce par des corpuscules très-fins, anguleux el pointus, de forme très-differente; il ne s’en rencontre pas deux de semblables; les substances qui la composent sont en partie (le nature organique. On trouve en outre, dans quelques espèces de tabac, des parties inorganiques, de la poussière de silice, de petits grains de sable et beaucoup d’autres substances.

Le tabac est préparé dans les manufactures sous forme de poudre ou tabac cà priser, scaferlati ou tabac à fumer, qui sert à faire les cigares, carottes, etc....

La poussière se développe dans beaucoup de manipulations, pendant l’amortissement des feuilles, pendant que l’on coupe les cigares, principalement pendant que l’on moud le tabac.

Nous suivrons d’ailleurs pas à pas les différentes phases de la fabrication.

Les boucarets, ou ballots de tabac venus des lieux de production, sont ouverts et divisés en fragments cylindriques, puis soumis à Vécabocli(ig(‘, opération qui consiste à couper les caboches ou extrémités formées de grosses côtes.

L’épouUtrdage, qui a pour but de séparer le sable des poussières, ainsi que le triage, donne lieu à une production abondante de poussière.

Le mouillage consiste à arroser les feuilles avec une dissolution au dixième de sel de cuisine.

h’écûlage est exécuté par des femmes- : elles prennent d’une main l’extrémité des feuilles, séparent de l’autre main la grande cote, la rejettent, pour la brûler avec les grosses nervures et les caboches.

Les cigarières roulent entre leurs doigts des débris longitudinaux de feuilles, les serrent et les revêtent d’une robe mouillée, c’csl-à-dirc d’une feuille convenablement taillée, ne présentant aucune déchirure. Les cigares sont ensuite desséchés à une température cpii ne dépasse pas 50 degrés.

La préparation des 7'ôles ou tabacs à mâcher ou à chiquer comporte : 1° le filage, (jui se fait au rouet; le fileur saisit des mains d’uu enfant les feuilles de tabac tendues en écheveau, el reçoit d’autre part les robes toutes préparées. 11 les dispose autour des feuilles, et les

' Parciit-Ducliâlcloleld’Ai'ccl. InlUicnco du tabac sm- la sanld des ouvriers, M/ùi. d'/nio. ■ vMiilue, 18‘)9, t. 1,

IfiR

l/IIOMMI' CnNSIDKIlK COMMi; IMUVlDf.

appuyant sur le rouot qu’un troisième enfant fait mouvoir, il les lord, et en cniilc uu boudin d’un mètre environ ; ce boudin est enroulé sur le cylindre. *

"2" Le rôlagc a pour objet de prendre les rouets des fileurs quand ils sont pleins, à dévider les boudins, à les enrouler sur des bobines.

5“ hc. pressage. Les rôles sont introduits dans les moules, puis disposes sur un chariot. Une presse hydraulique étant mise en mouvement, les rôles sont fortement aplatis, une partie de leur jus est expulsé : ils sont soumis au ficelage, puis exposés pendant quelques jours à l’étuve chauffée à 40 degrés.

Les feuilles de tabac destinées à faire le scaferlati ou tabac à fumer subissent le hachage, opération qui se fait aujourd'hui h la vapeur, au moyen d’une espèce de couteau à coulisse; ])uis ce tabac à fumer est soumis à une dessiccation ou torréfaction qui lui enlève dans une proportion déterminée l’humidité qu’il avait reçue au mouillage. Les manufactures les plus importantes se servent pour celte dessiccation du torréfacteur mécanique de Roland, qui a remplacé le procédé de Gay-Lussac.

La préparation du tabac à priser repose en grande partie sur la fermentation.

Le tabac est, après le hachage, entassé, dans des magasins que l’on a soin de tenir fermés, en énormes masses qui n’ont pas moins de 600 à 700 mètres cubes, pesant de 500,000 à 400,000 kilogrammes. Il ne tarde pas à s’échauffer, et à éprouver par la réaction de ses principes un travail intérieur qui lui fait acquérir de nouvelles qualités. La température s’élève et va jusqu’à 80 degrés. Il y a un dégagement considérable de gaz, qui donne à l’atmosphère des qualités irritantes, et une âcreté difficile à supporter.

orsqu’après cinq ou six mois, la fermentation est jugée suffisante, on procède à la démolition des masses, une vapeur épaisse cl fumante se dégage et rend l’opération des plus pénibles. Le râpage aujourd’hui consiste en une véritable moulure exécutée au moyen d’une série de moulins que la vapeur met eu mouvement, et d’où le tabac sort présentant des molécules de plus en plus fines. .Vinsi moulé, le tabac subit une deuxième fermcnlalion, qui s’opère dans des espèces de chambres ou cellules, construites en tous sens avec de fortes planches bien exactement jointes, où le tabac pressé et foulé est autant que .possible à l’abri du contact de l’air. Les chambres portent le nom de cases. Le tabac est extrait d’une case pour être transporté dans une

Page 1