I.’IIOMMK AU POINT PE VUE PES PIIOFESSIONS
II. — AFFECTIONS PULMONAIRES SUCCÉDANT A L'INHALATION PE POUSSIÈRES ANIMALES
I" Affections pulmonaires succédant à l'inhalation des poussières de laine.
La laine est constituée par les poils de certaines espèces animales : la surface de ces poils est recouverte de petites écailles. Les fibres sont très-flexiblcs. La laine est soumise à plusieurs opérations successives.
Il s’agit dans la première, appelée triage (ou désuintage), de débarrasser la laine brute du corps gras appelé suint, dont elle est revêtue. Chaque toison est déroulée sur des claies de bois ; l’ouvrier doit alors extraire avec la main les adhérences graisseuses de chaque poil ou les mèches feutrées qui s’y rencontrent. Des furoncles, des érysipèles, des éruptions diverses, sont la conséquence fréquente de celte besogne.
Le lavage, qui se fait dans des cuves remplies d’eau de savon, est suivi du séchage, puis du dégraissage, au moyen de l’urine en putréfaction ou d’un alcali dissous dans l’eau chaude. La laine est alors séchée une deuxième fois, puis portée à la teinture.
Exécutées en plein air, ces diverses phases du travail n’offrent d’autre cause d’insalubrité que l’humidité, et l’action des liquides caustiques sur la peau.
Le hallage se fait également en plein air; le développement de poussières y est très-faible, et cette partie du travail, si dangereuse chez les ouvriers cotonniers, est ici relativement inoffensive.
Le -peignage s’exécute au moyen de peignes d’acier. Dans beaucoup d’ateliers, les fourneaux de charbon sur lesquels on chauffe ces peignes ■sont situés au milieu des salles de travail, sans cheminée d’appel communiquant à l’extérieur. Le dégagement d’oxyde de carbone qui se produit, peut, lorsque les fenêtres sont fermées, amener les accidents d asphyxie les plus graves.
Contrairement à ce qui se passe pour le coton, et grâce à 1 huile dont la laine est imbibée avant de passer dans les métiers, le cardage de la laine, qui a lieu dans la filature, ne développe qu’une faible quantité de poussière. La laine cardée sert à la fabrication du drap ; la laine pcioUée ou longue est soumise à dix ou douze métiers.
Les ateliers des filatures de laine sont aussi plus vastes, mieux aérés, moins poussiéreux que ceux des filatures de coton. La chaleur y est
I/irOMME CONSIDÉP.É COMME INDIVIOI'.
moins nécessaire au travail, et les fenêtres peuvent y rester ouvertes.
L’industrie lainière occupe en France plus de 500,000 ouvriers répartis dans un grand nombre de départements. La fabrication des draps constitue la brandie la plus intéressante de cette industrie.
La laine, lavée, peignée, puis filée, est alors tissée pour former le drap, qui est à son tour plongé dans des liquides alcalins, puis battu par des marteaux-foulons.
Les individus qui se livrent à ce fonlaçjc souffrent d’une alTection vésiculeuse. Lq peignage se fait à l’aide d’un chardon à foulon.
L’invention des machines à cylindre évite aujourd’hui l’affection qui s’observait autrefois à la paume de la main chez les tondeurs. Le drap subit finalement le décatissage, le brossage et \e pressage'^ .
Hirt évalue à 5 pour 100 la mortalité des ouvriers des manufactures de drap ; la durée de la vie est, dit-il, chez eux, de 57 à 59 ans. Il fait observer que la fabrication des velours de laine est plus dangereuse.
Quant au moyen érigé aujourd’hui en industrie dans le département du l!iQvà,àc,haUes mécaniques pour les fils et le lin, ces établissements entraînent des inconvénients de bruit, de poussière considérable, et ont été rangés par le préfet du département du Nord, sur 1 avis du conseil de salubrité, dans la deuxième classe des établissements dangereux et insalubres.
2° Affections pulmonaires succédant à l'inhalation de la soie.
Bibuogiiapuie. — Thoüvexis. De l'influence que l’industrie exerce sur la santé des popidalions dans les grands centres manufacturiers. — De l'industrie delà .soie [Jaurnal de médecine de Bordeaux, 1846. — Gubian. Sur Vhxjgiènc de l'ouvrier en soie Journ. de méd. de Lxjon, t. X, 1846). — Dcffouks. Bechcrches sur quelques maladies des fileuset de soie. Montpellier, 1853. — Ciutix. De la phthisie des tisseurs et des dérideuscs A l'hûpilal de la Croix-Bousse, à Lyon. 1867. — Foxiebet. De la phthisie des tisseuses et des déüideuses [Lyon medical, 1848).
L’industrie de la soie occupe eu France plus de 500,000 ouvriers, et il est à remarquer qu’on y rencontre peu d’individus vigoureux .
On sait que le ver à soie produit un tissu filamenteux, dont il s enveloppe comme d’une coque pour y subir sa métamorphose, et qui, pour cela, reçoit le nom de cocon.
Pour extraire la soie de ce cocon, il faut la débourrer, c’est-à-dire
• Br flexions sur les ouvriers employés dans les manufactures de drap, par M. Toulmonde, de Sedan, Paris, 1848.
L’HOMME AU POINT DE VUE DES PnOEESSIONS. débarrasser sa surface de la bourre ou frison qui la garnit. C’est cette bourre qui. une fois cardée, produit la filosèle.
Lorsque le débourrage a laissé ainsi à découvert le fil grége, le cocon est plongé dans une bassine d’eau bouillante, pour être rendu apte au dévidage.
C’est chez les ouvrières qui sont chargées de tirer et de réunir les fils détrempés et désagrégés par l’eau chaude, que l’on voit se développer cette éruption dont nous avons eu occasion de parler antérieurement, et que M. Potton a décrite sous le nom de mal de ver ou de bassine.
Outre ces accidents particuliers, le dévidage présente, comme toutes les autres préparations de la soie, les inconvénients d’un travail accompli dans une atmosphère chaude et humide, le plus souvent même dans un sous-sol. Ces conditions hygiéniques déplorables s’aggravent, dans le cardage des frisons, que nous avons mentionné au début, d’un développement de poussières malsaines, d’attitudes vicieuses du corps. Ce travail est surtout concentré dans les maisons de détention du Midi, et notamment dans les prisons de Nîmes et de Montpellier. M. Boileau de Castelnau apprécie ainsi son influence, dans un rapport adressé au ministre de l’intérieur : « Position constamment assise ou debout, pour les presseurs exercice forcé ou continuel des extrémités supérieures, obligation d’élever les mains à la hauteur de la tête, respiration continuelle de vapeurs ou molécules animales ‘. » Ce médecin a reconnu que les cardeurs ont fourni plus d’entrées à l’infirmerie que toutes les profe.'sions réunies, et que, si l’on y compte moins de morts, c’est qu’avant de mourir le cardeur a changé de profession.
Les auteurs de la Topographie de Nîmes * font observer que les cardeurs de filosèle sont exposés à l’affaiblissement et à l’œdème des membres inférieurs. Le plus grand nombre est menacé de toux longues et fatigantes, d’asthme, de crachements de sang et de phthisie.
M. Tardieu, tout en admettant les influences pathogéniques fâcheuses sous lesquelles vivent en général les ouvriers en soie, qui se trouvent ainsi plus exposés à la phthisie, croit cependant que les conséquences spéciales de la poussière que soulève le battage de la bourre et l’action des baguettes sur la claie ont été très-exagérées, llirt va même jusqu’à dire que l’influence de cette poussière se fait peu sentir, et que les maladies des organes respiratoires ne sont pas plus fréquentes
* Boileau de Castelnau. De l'in/luenee du cardage de la soie dans les prisons sur la santé des détenus de la maison centrale de Ntmes, 1840.
- Vincent de Beaume. Topographie de Nîmes, 1802.
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elle/, les ouvriers en soieries que chez ceux non .soumis à l'inhalation (les poussières.
5“ Alfeclions •pnlmomiires succédant à l'inhalation des jwussiéres de cheveux, poils, plumes, os, naa-e.
La poussière des cheveux et des -poils exerce sur l’éiwnomie une double action, provoquée, par les fragments de poils et de cheveux qu’elle introduit dans l’organisme d’une part, et de l’autre, par la plus grande proportion de matières étrangères qui se trouve mêlée à cclle^ poussière.
Elle développe cette forme particulière de pneumoconiose que nous étudierons bientôt sous le nom de chalicosis. Les autopsies faites en pareil cas n’ont pas permis deconslatcr la présence de fragments de poils ou de cheveux. On a observé des ulcérations des bronches. Los hrossiet^s, coiffeurs, selliers, tapissiers, pelletiers, chapeliers, sont surtout soumis à ces inhalations ; ces derniers sont en outre exposés à l’absorption de molécules mercurielles.
Le tableau suivant emprunté à llirt, permet de comparer la fréquence relative des affections de poitrine dans ces diverses professions.