ETIINOGÉNIE DE LA FRANCE
Ainsi il a été remarqué que la population de la péninsule armoricaine ne comptait que peu de myopes et de phthisiques : ils sont en assez grand nombre dans l’ancienne Provence. Tandis que la scrofule est très-fréquente dans les six départements du Rhône, de la Loire, de la Haute-Loire, du Cantal, de la Lozère et de l’Aveyron, elle se rencontre à peine chez les habitants du littoral méditerranéen. 11 est acquis que les Lorrains sont particulièrement sujets aux affections calculeuses. On a constaté aussi des inégalités considérables de mortalité dans des provinces voisines entre elles, mais dont les habitants émanent de races différentes. M. Bertillon se basant sur des calculs d’une période de dix ans trouve que la vie moyenne atteint trente ans en Bretagne et cinquante en Normandie; la fécondité relative présente aussi de grandes variations selon l’origine ethnique des habitants des localités observées. Les peuples Scandinaves et germains, qui colonisèrent en grand nombre notre pays, paraissent s’être fait remarquer par leur aptitude génératrice.
Peu de pays sont arrivés au caractère d’unité et d’bomogénéité que présente aujourd’hui la France. Et cependant la nation française est issue des germes les plus divers. Parmi ces éléments ethniques multiples qui, isolément d’abord, réunis plus tard, ont concouru à constituer notre pays, tous les auteurs (César, Pline, Pomponius Mêla, Ammien Marcellin) sont d’accord pour distinguer surtout, dans les habitants des Gaules, trois races distinctes, ayant une origine, une langue, des lois et des institutions différentes : la race celtique, qui s’étendait de la Garonne à la Seine et à la Marne, et de l’Océan aux Alpes; les Aquitains ou Ibères, fixés entre les Pyrénées et la Garonne, et les Belges ou Gaëls occupant la région comprise entre la Seine, la Marne et l’Escaut. Pour retrouver aujourd’hui les caractères anthropologiques de ces races, et le type ethnique auquel elles semblent appartenir, nous avons à consulter tour à tour les éléments que nous fournissent les débris d’ossements humains, les documents historiques, enfin l’observation directe des populations actuelles.
Nous nous occuperons d’abord de la race celtique qui paraît avoir ete dans notre pays la race primordiale. Parmi les ossements humains qui ont été recueillis dans les contrées occupées par les Geltes, des crânes dolichocéiibales ont été trouvés à côté de brachycéphales. On a même constaté des mésaticéphales et des eurycéphales. 11 n’a donc pas ete possible de fonder sur ces recherches une caractéristique craniologique de la race celtique.
ANTHROPOLOGIE
L’iiisloire est féconde en documents utiles : elle ne renferme cependant pas les éléments d’une démonstration absolue; le nom de Celte, étant synonyme de Gaulois pour la plupart des auteurs anciens, qui confondent ainsi les Celtes et les Gaëls.
Cependant nous voyons les Celtes occupant l’Europe centrale et occidentale. Éphore les place au delà des pays connus, vers l’Occident; Hérodote nous apprend qu’ils habitent au delà des colonnes d’Hercule, c’est-à-dire par delà le détroit de Gibraltar, que traversaient les navires phéniciens se rendant dans le N. 0. de l'Europe; les Celtes paraissent avoir longtemps maintenu leur autonomie nationale entre la Seine, la Garonne, l’océan Atlantique et les Alpes, pays que tous les auteurs anciens s’accordent à désigner sous le nom de Celtique. Pline emploie la même dénomination et César remarque que les habitants de cette région, nommés Gaüi par les Romains, s’appelaient Celtes dans leur propre langue.
Enfin, et par-dessus tout, l’observation directe de la population actuelle et de ses caractères, rapprochée des descriptions anciennes et des types ethniques, auxquels elle semble se conformer, nous aide à reconstituer, partiellement du moins, le type anthropologique de la race celti(iue. Desmoulins et Bory de Saint-Vincent ont fait connaître les caractères principaux du type celte'.
Lagneau, dans un excellent article du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, donne aux Celles les caractères anthropologiques suivants, qu’il oppose à ceux des Gaëls et des Ibères : crâne sousbrachycéphale ou mésaticéphale, à région antérieure large et saillante, tandis que le crâne ibère présente une prédominance occipitale, et que le crâne germanique septentrional est dolichocéphale, allongé d’arrière en avant ; cheveux lisses, plats, non bouclés, blonds ou châtain clair dans l’enfance, bruns ou d’un châtain plus ou moins foncé dans l’âge adulte, tandis que les cheveux de race ihère sont généralement plus ou moins raides, frisés et bouclés, de couleur foncée dès l’enfance, noirs à l’âge adulte, et que les cheveux de la race germanique, lisses, non bouclés, sont presque blancs dans l’enfance et blonds ou rouges dans l’âge adulte ; dépression naso-frontale considérable, yeux et iris gris clair, tandis que dans la race ibère les yeux grands, vifs, ont l’iris d’un brun foncé, et que dans la race germanique il est
* Desmoulins définit les Celtes « une race d’hommes à la barbe et aux cheveux épais, toujours bruns ou noirs, ainsi que les yeux; ii la peau d’un blanc terne, sans presque d'incarnat aux joues, au nez joint au front par une légère dépression, au visage plus arrondi qu’ovale, aux membres et au corps si velus, qu’un véritable pelage couvre souvent leur dos, robuste et peu sensible aux intempéries de l’air. > '