PARTIES DU CORPS
I. CoifiEùre. — C'est la partie la moins indispensable du vêtement, puisque la tête est naturellement protégée par les cheveux. Les Grecs, les Romains, les Gaulois ne se la couvraient qu'en voyage, et les chapeaux, au dire de Ferry, n'ont été introduits en France que sous Charles VIIL 11 est vrai que depuis on en a largement abusé. Les bonnets épais, les larges feutres, les immondes perruques, ont duré jusqu'à la fin du siècle dernier, et lorsque la République, dans son admiration naïve pour l'antiquité, a repris la coiffure à la Titus, cette mode nouvelle a constitué une petite Révolution dans la grande.
Aujourd'hui , nous nous couvrons beaucoup moins la tête que nos pères. Tout le monde porte les cheveux courts ; on se découvre partout ; on dort tête nue et les chapeaux sont aussi légers que possible. Les enfants qu'on affublait autrefois de bonnets épais, la nuit comme le jour, vont maintenant tête nue et, dans beaucoup de familles, on a cessé de mettre des bonnets aux nouveau-nés. On est tout surpris de voir ces petites têtes rondes, qui n'ont pas encore de cheveux, découvertes comme celles de leurs pères qui n'en ont plus et cela sans qu'il en résulte des rhumes de cerveau. Il est vrai qu'on ne les laisse pas sortir ainsi et que la coutume de se découvrir la tête tient surtout à l'égalité de température dont nous jouissons dans nos appartements bien clos, tandis qu*on gelait autrefois dans les maisons et qu'on était obligé de s'y couvrir comme dans la rue.
L'hygiène a beaucoup gagné à ce changement d'habitude. Les cheveux courts permettent de laver la tête à grande eau ; ils n'offrent plus aux poux les asiles impénétrables des chevelures broussailleuses d'autrefois ; ils ont presque complètement fait disparaître les affreuses maladies du cuir chevelu dont la plupart des enfants étaient atteints dans les classes pauvres et surtout à la campagne.
Les chapeaux que nous portons aujourd'hui sont disgracieux, incommodes, imperméables à l'air, mais ils sont légers et assez hauts pour permettre de conserver au-dessus de la tête une couche d'air protectrice. Pour ceux dont la calotte hémisphérique est plus rapprochée du crAne, de petites ventouses pratiquées dans le fond et sur les côtés permettent le renouvellement de l'air. Le reproche le plus grave qu'on puisse faire
aux chapeaux d'aujourd'hui, c'est l'étroitesse de leurs bords qui ne protègent la face ni contre la pluie ni contre les ardeurs du soleil.
Les grands feutres à larges bords si gracieux et d'aspect si noble qui se portaient sous Louis XIII et sous Louis XIY, n'ont jamais pu être remis à la mode de nos jours. Les causes de cotte proscription sont un mystère dont les chapeliers ont gardé le secret.
La coiffure rationnelle est le chapeau bas de forme à cuve ventilée, à larges bords, en feutre ou en soie pour l'hiver, en paille pour Tété, et il faut espérer qu'elle finira par prévaloir et par détrôner ces cylindres luisants, fragiles, incommodes et disgracieux, dont nous sommes forcés, tout en maugréant, de nous couvrir la tète.
La coiffure des femmes n'est qu'une parure ; leur chapeau tantôt immense, tantôt imperceptible, enveloppant le visage comme un cabriolet ou s'envolant comme un oiseau, est affaire de mode et de coquetterie. Elles n'ont pas besoin de coiffure, leur chevelure suffit pour les abriter et nulle part elle n'est plus opulente et plus belle que dans les pays où elles la couvrent à peine d'un voile, comme en Espagne ou dans le Levant.
Dans les campagnes il n'en est pas de même, les femmes bretonnes qui vont aux champs avec des coiffes collant au front et n'abritant pas le visage contre le soleil sont forcées de froncer incessamment les sourcils pour protéger les yeux et cette contraction habituelle creuse sur leur front des rides profondes comme celles des vieux savants, ce qui donne à leur physionomie un aspect dur et farouche. Le chapeau de paille élégant, léger et pas cher est absolument indiqué pour la femme de la campagne.
L'habitude de se découvrir la tète a gagné le cou. Nous sonunes revenus sous ce rapport, aux habitudes des temps passés. La cravate dit Pcrcy, a été introduite en France en 1660 par un régiment de croates et cette mode antihygiénique n'a pas encore disparu tout à fait. Cependant au lieu des longues pièces d'étoffe faisant deux fois le tour du cou, l'enveloppant jusqu'à la mâchoire et soutenue par une carcasse en baleine ou en soie de sanglier que j'ai portées dans mon enfance, elle n'est plus représentée que par un ruban étroit de soie ou de mousseline suivant qu'on porte la redingote ou l'habit. Les gens impressionnables se bornent à s'entourer le cou d'un foulard dans la rue et quand il fait froid ; c'est cependant encore une mauvaise habitude qu'il faut laisser aux -vieillards ayant eu, comme nous, le cou trop couvert dans leur jeunesse, mais dont il faut préserver les enfants. Rien de plus dangereux surtout que les cache-nez de laine, que les boas de fourrure qu'on leur met pour sortir et qu'ils tirent en rentrant à la maison. 11 en résulte pour le cou des variations de température qui sont la cause de plus de bronchites et d'angines que les intempéries de l'atmosphère. Au point de vue de l'hygiène, le cou fait partie du visage et doit être découvert comme
lui. Les femmes dont Timpressionnabilité est plus grande que la nôtre Tont habituellement nu ; l'exemple des matelots et des zouaves est également fait pour nous encourager.
Ce n'est pas seulement une affaire d'esthétique et do température. Un lien circulaire autour du cou, pour peu qu'il soit serré, gène la circulation du sang dans la tète, prédispose les jeunes sujets aux saignements de nez et les vieux à l'apoplexie. Percy raconte qu'autrefois les colonels étraignaient le cou de leurs soldats avec des cols cartonnés afin d'animer leur prestance, et que cette pratique absurbe, avait pour résultat des ulcérations, des callosités et de l'enrouement. Naguère encore le col militaire était trop rigide, trop serré par l'agrafe de Thabit et les chirurgiens militaires du commencement du siècle, comme Begin et H. Larsey ont montré que cette constriction n'était pas étrangère au développement des adénites cervicales, l'un des fléaux pathologiques de l'armée de leur époque. La cravate actuelle est une bande de toile de coton bleu longue de i"™45 et large de O^'ÎO, pliée en quatre, pouvant faire deux fois le tour du cou et se nouant par devant. C'est encore beaucoup trop et il serait préférable de leur laisser le cou nu comme aux matelots.
IL Habits. — Nous avons expliqué plus haut comment l'instabilité atmosphérique de nos climats justifiait la forme un peu étriquée de nos habits modernes; l'activité de nos relations sociales, la nature de nos occupations nous interdisent également les draperies flottantes du costume antique et l'ampleur majestueuse du vêtement oriental. L'homme de nos jours doit être libre dans ses mouvements et ses vêtements sans le serrer, doivent être fixés sur le corps de façon à ce qu'il n'ait pas besoin de les maintenir avec les mains et d'en rétablir à chaque pas la draperie. Du reste, les hommes ne se serrent plus et sont parfaitement à l'aise dans leurs vètementsdont la superposition est bien comprise.
L'enveloppe la plus immédiate du corps est constituée par la chemise et le caleçon. Toutefois aujourd'hui, la plupart des hommes et même des femmes dans les classes riches, portent un gilet de flanelle. On l'endosse à la première bronchite un peu sérieuse et on ne le quitte plus. C'est assurément une concession faite à la sensibilité exagérée des gens du monde, à leur susceptibilité pour les refroidissements; il ne faut pas sans nécessité faire prendre cette habitude aux enfants ; il vaut mieux leur endurcir la peau par Teau froide ; mais, en fin de compte, le gilet de flanelle est un vêtement hygiénique dont on peut sans doute se passer dans les pays froids mais qui est indispensable dans les pays chauds. C'est également sous les tropiques que la ceinture de flanelle est utile aux personnes dont l'abdomen est impressionnable.
La chemise était autrefois en toile ; presque tout le monde la porte en coton p<'(ndant le jour ; quelque vieillards préfèrent les chemises de toile
r*)4 TRAITÉ D'HYGIÈNE PUBLIQUE ET PRIVÉE.
pour la nuit. Dans les deux cas elles doivent être amples, larges au cou et au poignet. Il est bon d'en changer le soir afin de laisser s'évaporer pendant la nuit Todeur et Thuniidité du linge. La chemise absorbe les si»crétions cutanées et atténue le contact des vêtements plus rugueux qu'on porte par dessus et qui servent à préserver du froid.
Le caleçon remplit le même office à l'égard des jambes, il se superpose à la chemise et la double au niveau de l'abdomen qu'il coutritme à protéger. Le caleçon garantit les membres inférieurs contre la rudesse et la malpropreté du pantalon de drap qui ne se lave pas. Pour les femmes aux robes flottantes, il a l'avantage d'empôcher l'air d'arriver directement au contact de la peau des membres inférieurs et du bassin, aussi Tontelles toutes adopté.
Le pantalon a remplacé la culotte fixée autrefois par une ceinturo autour des lombes et arrêtée au niveau des genoux. Cette substitution si fatale à l'esthétique et qui rend ridicule toute représentation des personnages contemporains par la statuaire ou par le pinceau, a cependant ses avantages. Le pantalon ample couvrant bien l'abdomen et ne serrant pas la taille, soutenu sans effort par des bretelles élastiques qui prennent sur les épaules un point d'appui à peine senti, est plus commode et plus conforme aux lois de l'hygiène que la culotte à constriction circulaire nécessitant pour complément le port de la guêtre qui occasionnait si souvent des varices, des œdèmes et des ulcérations des jambes chez les soldats de la grande armée.
Le gilet complète avec le pantalon la seconde enveloppe vestimentaire ; il lui suffit d'être large et de ne pas gêner la poitrine pour que l'hygiène n'ait pas à s'en occuper. 11 en est de même du vêtement principal du tronc que ce soit un habit, une redingote, un veston ou une veste. Plus ou moins épais suivant les saisons, il a pour devoir de bien couvrir le corps sans le comprimer et de le parer par sa coupe élégante ou bizarre.
La seule partie du vêtement des femmes qui intéresse l'hygiène est le corset. Il n'est pas d'invention moderne ; les femmes grecques et les romaines se soutenaient la poitrine avec des bandes ou de petites tuniques serrant la taille, mais le corset cuirasse ne remonte qu'au seizième siècle, il a été introduit en France par Catherine de Médicis. Les corps de baleine remontaient jusqu'aux aisselles, descendaient jusqu'aux crêtes iliaques et y entamaient parfois la peau, suivant Montaigne. Cette mode s'est transmise jusqu'à notre époque, mais en atténuant ses rigueurs, toutefois nous nous souvenons encore d'avoir admiré dans notre jeunesse, ces longues tailles à la Torry-Johannot produites par un corset dont la pointe descendait jusqu'au pubis. Les médecins de l'époque les accusaient de causer des abaissements de l'utérus et des avortements.
De tout temps le corps médical a fait la guerre au corset ; à l'époque où il comprimait la poitrine et l'abdomen, en gênant les trois fonctions
les plus essentielles, la respiration, la circulation et la digestion, on pouvait, avec juste raison, lui attribuer nombre de maladies graves ; mais ceux qu'on porte aujourd'hui sont souples, bien faits, ne s'élèvent pas trop haut et ne peuvent pas nuire quand ils ne sont pas trop serrés. Tout est là. Il n'est pas antihygiénique de soutenir le thorax et d'empêcher la colonne vertébrale de se courber en avant ; ce qui est déplorable, c'est la tendance inexplicable qu'ont beaucoup de femmes à faire de ce support un instrument de constriction et de torture, afin d'avoir la taille mince et de ressembler à des guêpes, au lieu de se rapprocher de la forme splendide dont l'art grec nous a laissé de si magnifiques spécimens.
La compression exagérée de l'abdomen et du thorax par le corset, cause à la longue des troubles fonctionnels et des déplacements organiques très sérieux dans leurs conséquences. Les hygiénistes les ont signalés de tout temps, et tout récemment le docteur A. Mathieu a repris la question au point de vue surtout des maladies du.tube digestif (1). 11 accuse le corset trop serré de causer des dyspepsies et de produire, à la longue, une déformation de l'estomac. La constriction qu'il exerce sur les dernières côtes, en limitant l'expansion de la base des poumons, les force à refouler le diaphragme qui presse à son tour sur les organes abdominaux. L'estomac, refoulé par le foie, devient vertical, le pylore s'abaisse, le coude du duodénum s'exagère et le cours des matières alimentaires y est gêné ; l'estomac tend à prendre la forme en bissac signalée par i\l. Clozier (de Beauvais). Les mouvements de la respiration font incessamment passer les liquides et les gaz d'une poche dans l'autre, avec un bruit de glou-glou et des douleurs assez vives deux ou trois heures après l'ingestion des aliments, lorsque l'estomac fait effort pour faire passer son contenu dans le duodénum dont la courbure exagérée équivaut à un rétrécissement. Le foie en s'abaissant chasse le rein de sa loge, le pousse en avant, et détCLmine ainsi cette anomalie du rein flottant qui est beaucoup plus fréquente chez la femme que chez l'homme.
Ces explications ainsi que les faits anatomiques sur lesquels elles reposent, sont un peu théoriques. Il est bon pourtant que les hygiénistes les connaissent, surtout pour surveiller l'éducation des jeunes filles qui sont disposées à se serrer pour acquérir cette taille fine qu'elles considèrent comme le dernier mot de la beauté féminine. Ce sont également celles qui sont le plus exposées aux déplacements et aux déformations d'organes. On ne doit jamais faire porter de corset aux petites filles, avant l'âge de douze ou treize ans. Jusque-là, il suffit de leur mettre des brassières en coutil. Lorsque la puberté approche, que la taille se transforme, on ajoute à ces brassières quelques baleines bien souples, et enfin, lorsque la jeune fille est tout à fait formée, on lui met un corset dont le
(1) A. Mathieu» Vestomac et le corset {Gazette des Mpitauxy U septembre I893j.
buse doit être aussi peu rigide que possible, afin de ne pas comprimer le ventre. On peut même se passer de buse chez toutes les jeunes filles qui n'ont pas de tendance à se voûter.
UI. Chaussures et {^ants. — Les extrémités pourraient à la rigueur rester nues comme le visage ; beaucoup de peuplades sauvages et les malheureux de tous les pays vont pieds nus et ne s'en trouvent pas plus mal ; toutefois, la civilisation a introduit Tusage des chaussures, et le genre de vie que nous menons les rend nécessaires.
Les extrémités inférieures ont pour premier revêtement des bas ou des chaussettes en laine ou en coton suivant la saison. Les bas étaient autrefois portés par les deux sexes. La culotte courte en impliquait l'usage ; aujourd'hui, les hommes se contentent de chaussettes qui ne s'élèvent que jusqu'à la naissance du mollet et sont recouvertes par le caleçon. Les femmes ont conservé l'usage des bas et des jarretières qui les empêchent de tomber. Ces dernières ont un inconvénient sérieux. La constriction qu'elles exercent au-dessous du genou gêne la circulation veineuse dans la jambe et le pied et prédispose aux varices et à l'œdème des membres inférieurs. Pour en diminuer le danger, il faut les placer au-dessus du genou, où les vaisseaux sont plus profondément situés.
La chaussure proprement dite varie de forme et de nature suivant les pays, les professions et les habitudes. La sandale, le cothurne des anciens, l'espadrille des montagnards'pyrénéens, ne conviendraient guère dans les chemins boueux, dans les plaines de neige du nord de l'Europe. Les sabots sont le meilleur mode de chaussure dans les campagnes, parce qu'ils tiennent les pieds secs et chauds ; mais, en dehors de ces cas exceptionnels, les chaussures se font partout en cuir.
Le cuir se prête à toutes les formes, à tous les caprices'du cordonnier, grâce auquel souliers, bottes ou bottines sont le plus souvent des instruments de torture. Le pied est la partie du corps sur laquelle la mode exerce le plus cruellement ses sévices. Jamais les cordonniers n'ont voulu se résoudre à confectionner les chaussures d'après la forme du pied, qu'ils s'obstinent à vouloir adapter à un type idéal créé par leur imagination. Tantôt ils font le bout trop pointu, tantôt ils le tiennent ridiculement carré, mais toujours botte, bottine ou soulier sont trop étroits à Tendroit des orteils ; ils les serrent les uns contre les autres, les forcent à chevaucher, les couvrent de cors et de durillons.
Les chaussures des femmes, en cuir plus souple ou en étoffe, les mettent moins à la gêne que nous, mais la hauteur et Tétroitesse du talon rendent leurs bottines plus incommodes et moins stables. Elles ont pourtant renoncé depuis quelques années aux talons à base étroite, liauts de six à sept centimètres, placés sous la voûte plantaire et qui faisaient de la semelle un plan incliné sur lequel le pied glissait inévitablement ; il est donc inutile de revenir sur les accidents causés par ces talons extravagants.
Les hygiénistes se sont toujours préoccupés de la chaussure. H.-V. Meyer (i) et Tourainne (2) ont tracé des règles pour les confectionner. On peut les résumer de la façon suivante :
La partie antérieure du pied doit être libre dans la chaussure. Le gros orteil doit pouvoir y conserver sa place et s*y mouvoir. C'est au cou-depied et au talon que la chaussure doit s*appliquer. Ce sont ses deux points de fixation. La semelle doit être très épaisse et sa cambrure médiane ne doit pas toucher à la voûte plantaire. Le quartier doit èive plus épais que Tempeigne et emboîter exactement le talon. 11 faut que Yempeigne soit extensible et qu'elle embrasse le cou-de-pied.
Le cuir ordinaire est celu5 qui convient le mieux pour les chaussures de fatigue, parce qu'il n'est pas complètement imperméable.. Le cuir vernis qui l'est tout à fait est froid l'hiver et chaud l'été. Les souliers de caoutchouc sont mauvais, parce que le pied s'y échauffe trop.
La question de la chaussure a surtout été étudiée par les médecins de l'armée ; nous y reviendrons en parlant de la profession militaire (3).
IV. Vêtements de nuit; — Literie. — Le lit remplace les vêtements pendant la nuit ; on s'y réfugie le soir pour goûter le repos et le sommeil dans la position horizontale dans un milieu souple et chaud où le corps est à l'aise.
Dans nos climats, il se compose d'un cadre en bois ou bien en fer, d'un sommier, d'un ou deux matelas, d'un traversin, d'un oreiller, de deux draps, d'une ou de deux couvertures suivant la saison. Dans les régions équatoriales, la chaleur rend le poids des couvertures et même des draps insupportable ; on revêt, pour la nuit, une chemise très fine, un pantalon de soie légère nommé mauresque ; on se couche sur une natte et sous une moustiquaire. Le cadre du lit doit être assez long et assez large pour qu'on y soit à l'aise. On préfère généralement aujourd'hui les lits en fer, comme plus faciles à nettoyer et à débarrasser des punaises. Les sommiers élastiques en tringles de bois, en spirales de laiton, ou en tringles de fer cintrées ont remplacé les paillasses dont l'entretien est coûteux et qui sont des nids à microbes.
Le matelas est composé d'un mélange de laine et de crin enveloppé dans une toile de cotoji. C'est un réceptacle de germes, de gaz et d'humidité ou les insectes pullulent. 11 faut une ou deux fois par an battre et carder son contenu et laver l'enveloppe ; il serait très prudent de faire passer le tout en même temps par l'êtuve à désinfection ainsi que cela est de règle à la suite des maladies infectieuses. Le lit de plume, trop
(1) Meyer (H.-V.), Crsache und hfecanismus fier Entstchting des enrovhenen Piatifusses, léna, i883.
(2) TouRAiN.NE, Notes sur la chaussure du fantassin {Becueil de mémoires de médecine militaire, 3« série, t. VIII, p. 175, 1872).
(3) Ch. VU, article II, § V.
chaud, trop mou, trop douillet est abandonné aujourd'hui par presqne tout le inonde. Quelques vieilles femmes seules en ont conservé Fusage. Le lit doit <vtre très uni, mais il ne faut pas qu'il soit trop souple.
Le traversin en crin et Toreiller de plumes complètent le plan sur lequel le corps repose. Us en élèvent la partie qui correspond à la tête et au cou, mais le traversin suffit pour cela et Toreiller pourrait être réservé aux malades, aux gens âgés, surtout à ceux qui sont atteints de maladies des voies respiratoires et du cœur, et qui ne peuvent dormir que dans un décubitus se rapprochant de la position assise.
Les draps sont en toile ou en coton et nous pourrions répéter ici ce que nous avons dit à propos des chemises. Les couvertures ne doivent être ni trop nombreuses ni trop épaisses. 11 est mauvais de se trop couvrir la nuit : on entretient le corps dans un état de moiteur qui affaiblit et qui rend la peau bien plus impressionnable au froid qu'elle doit supporter pendant le jour. Les draps et les couvertures doivent rester exposés à l'air pendant quelque temps chaque malin, les fenêtres de la chambre restant ouvertes, afin de pouvoir être ventilés avant d'être remis en place.
Les rideaux sont antihygiéniques ; ils sont un obstacle à l'aération ; ils limitent une atmosphère confinée et malsaine ; il faut qu'on s'habitue à s'en passer comme on l'a déjà fait pour les alcôves. Ils doivent être absolument proscrits des hôpitaux, des casernes, des lycées et de toutes les habitations collectives.
L'édredon (»st également à rejeter. II est beaucoup trop chaud pour nos climats, et ne peut être toléré que dans les régions hyperboréennes.