‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 105 sur 141 · I. — BAINS · texte numérisé non relu

I. — BAINS

Les bains diffèrent suivant leur température, leur composition et la partie du corps à laquelle ils s'appliquent. La température est la condition la plus importante ; c'est sur elle que les hygiénistes classiques ont basé la classification des bains. Tous les auteurs ont accepté la suivante qui est due à Rostan (1).

Bjiins très froids de O^ à -h 10« R

— froids de lO» à 15«

— frais de lo» à 20«

— tempérés de 20o à 25®

— chauds de 23o à 30«

— tn»s chauds de 30« à 35« ou 36«

Nous avons reproduit cette classification par un respect quelque peu archéologique, mais nous n'entrerons pas dans les mêmes détails que Michel Lévy sur les effets physiologiques des bains à ces différentes températures, parce qu'il en est dont l'hygiène ne doit s'occuper que pour les proscrire.

Les bains très froids et les bains très chauds ne peuvent constituer que (les expérienc(»s comme celles que Bégin fit sur lui-même dans la Moselle au mois d'août 1849 et dont il a rendu compte dans le Diction udire des Sciences médicales (2). Les bains de 0 à 15° sont du domaine de rhydrolhérapie et par conséquent de la thérapeutique. Encore aujourd'hui ne force-t-on plus, comme au temps de Priessnitz les malades à casser la glace des piscines pour entrer dans l'eau ; on se contente drs dix degrés de température que l'eau présente d'habitude dans les puits

(1) Rostan, Dirtiounaire de médecine^ 2*" édition, t. IV, p. 542.

(2) BÉGIN, Article Scrofules du Dictionnaire des Sciences médicales^ t. L, p. 461.

profonds des établissements d*hydrothérapie. Quant aux bains de 35* os 36*", ils sont dangereux dans toutes les conditions et il suffit, pour s'ei convaincre, de lire la description de leurs effets dans Touvragede Michel Lévy (1). L*hygiène ne doit en pratique s'occuper que de deux sortps de bains : les bains froids pris à la température de la mer ou des rî\ières pendant Tété, c'est-à-dire entre 15** et 20* et les bains chauds qu'on prend habituellement dans les baignoires à 33 degrés.

1. Bains iroids. — Au point de vue de la propreté les bains froids sont beaucoup moins efficaces que les bains chauds; pourtant lorsqu'ils sont prolongés au-delà de quelques minutes, la peau a le temps de s'humecter et, comme il faut s'essuyer ensuite, et qu'on les renouvelle asseï souvent, il en résulte, à la fin de la saison, un nettoyage très appréciable, surtout dans les classes de la société où le bain chaud est inconnu. Ce n'est pas là cependant le côté le plus hygiénique des bains froids, ils sont précieux surtout par leur effet Ionique. Ils constituent le moyen le plus puissant de relever l'économie, d'exciter la peau, de fortifier les muscles, do calmer le système nerveux et d'apaiser les troubles fonctionnels dont il est le siège. C'est le correctif de rexistence factice qu on mène dans les villes et l'un des éléments les plus précieux de Thygiène dans la période ascendante de la vie.

Le premier effet qu'on éprouve en se plongeant dans Teau froide est un sentiment de réfrigération très désagréable, mais auquel on s'habitue vile. Cette impression ne dure que trente ou quarante secondes quand l'eau n'est pas à trop basse t(*mpéralnre. Au bout de dix ou douze minutes, pour la majorité des baigneurs, le froid commence à se faire sentir de nouveau. C'est le moment de sortir de l'eau. Quand on est essuyé et vêtu, la réaction s'opère plus ou moins vite suivant les sujets; mais elle s'accompagn<' chez tous d'un sentiment de bien-être qui se prolonge pendant quelques heures.

Pour apprécier tout le charme des bains froids, il faut avoir habité les régions intertropicales, il faut avoir connu la chaleur énervante de ces implacables climats et l'état de débilité dans lequel vous plongent les sueurs profuses qui ne cr'ssent ni la nuit ni le jour. Le bain frais, car on nv peut pas en prendre de froids, est le moyen le plus puissant pour combattre l'influence du climat et conjurer l'imminence des maladies endémiques auxquelles il expose.

Les bains froids ne sont pas aussi nécessaires sous nos latitudes, mais ils y sont agréables pour tout le monde et rendent de très grands services chez les sujets nerveux et débilités. C'est leplus siir moyen de combattre la disposition aux coryzas, aux angines, aux bronchites et à toutes les misères auxquelles sont exposés les sybarites de chaleur qui se couvrent

(1) Michel ï.é\y, Traité li'hfijihie puhliquo rt privée, {loc. rit X t. U, p. 70.

de vêtements de laine, sont toujours en moiteur et frissonnent au moindre vent coulis. Les bains froids ont toutefois leurs contre-indications que nous allons indiquer en parlant des bains de mer au point de vue desquels la question a été plus particulièrement étudiée.

Bains de mer. — Ils joignent à l'action du froid celle des substances minérales que la mer renferme et qui en font une eau saline chlorobromurée sodique de premier ordre (1). 11 faut tenir compte aussi de sa densité plus grande, de son mouvement continuel, de l'influence de Tatmosphère pélagienne, qu'on respire en même temps*. Ils sont, pour toutes ces raisons, plus toniques, plus fortifiants que les bains de rivière, mais ils sont aussi plus excitants. Ils ne conviennent pas aux personnes trop faibles ou trop impressionnables. L'immersion brusque du corps dans cette eau froide, dont la densité est 700 fois plus grande que celle de Tair, détermine un sentiment de constriction thoracique, une sorte de suffocation chez les personnes à poitrine grêle et peu musclée. Elles grelottent et deviennent violettes ; le choc des vagues leur fait l'effet d'une douche permanente qui les étonne ef les fatigue ; elles ont souvent beaucoup de peine à faire leur réaction et frissonnent encore longtemps après leur sortie du bain.

Les bains de mer sont trop excitants pour les névropathes ; ils leur donnent une sorte de fièvre et leur ôtent le sommeil. Cet effet est parfois produit chez eux par le simple séjour de la plage et par l'air de la mer. L'anémie très prononcée, les affections du cœur et des centres nerveux, larthritisme, la tendance aux hémorrhagies, à l'hémoptysie surtout sont autant de contre-indications formelles pour les bains de mer. J'ai vu survenir des crachements de sang, à la suite d'un bain de mer, chez des personnes qui n'en avaient pas eu depuis plusieurs années.

Les vieillards d'une bonne constitution peuvent prendre des bains de mer comme les autres, surtout quand ils en ont conservé l'habitude ; toutefois, à partir de 70 ans, j'estime qu'ils font bien de s'en abstenir, à cause de la difficulté de se réchauffer et de la crainte des congestions. L'emploi des bains de mer demande une grande prudence chez les enfants. Il ne faut pas leur en donner avant l'Âge de cinq ans. On doit également s'en abstenir lorsque les sujets sont trop nerveux ou trop faibles pour réagir. Le D'' Jules Simon, qui fait autorité en cette matière, les interdit aux enfants nés de parents épileptiques ou de mères hystériques et à ceux qui sont sujets aux maux de tête et disposés à la méningite.

Tout cela revient à dire que les bains de mer ne conviennent pas aux malades ni à ceux qui sont en passe de le devenir ; mais en dehors de cette classe de valétudinaires, l'hydrothérapie maritime est le plus admirable moyen d'entretenir les constitutions vigoureuses et de fortifier

i\) Voir la composition de l'eau de mer, cliap. H, art. JJ, $ H, p. 148.

celles qui ne le sont pas. Elle habitue au froid et combat, comme les eaux sulfureuses, rexcèsd'impressionnabililé pour les vicissitudes atmosphériques ; elle est héroïque chez les enfants surmenés, élevés en serre chaude ; enfin son action, jointe à celle de Tair marin, constitue le seul moven de traitement efficace chez les enfants scrofuleux. La constatation de ce fait remonte à 1750 et au livre de R. Russel, qui fit sensation en Angleterre à cette époque; elle a été confirmée maintes fois depuis et chaque jour les statistiques recueillies dans les hôpitaux marins en fournissent de nouvelles preuves (1).

Les bains de mer n'ont pas les mêmes propriétés sur toutes les plages. Celles de la Manche, qui sont les plus fréquentées, sont aussi les plus froides. A Dieppe, le D** Gaudet a recueilli, pendant dix ans, dans la saison des bains, des observations thermométriques et, pour les mois de juillet, août et septembre, il a trouvé en moyenne 17°,(> pour l'atmosphère et 18<*,2 pour la mer; La température de celle-ci monte lentement et descend de même ; elle n'est pas sensiblement influencée par celle de l'air. En dix ans d'observations, l'écart n'a été que de 5 degrés (15° à 20*»; pour la première, tandis que pour l'atmosphère, il a été de 18 (10** à 28*»).

La température de la Méditerranée est de 4°,35 plus élevée que celle de l'Océan. En 1834, à Trieste, elle est montée à 30° C'est la température habituelle des bains qu'on prend entre les tropiques. Ce sont, comme je l'ai dit, des bains frais très agréables dans lesquels on peut rester très longtemps sans éprouver de frisson, à la condition d'y prendre quelque mouvement; mais ils n'ont pas l'effet tonique des bains pris sur les plages de la Manche. Ceux-là doivent être courts et complets ; il faut s'y plonger immédiatement jusqu'au cou et en sortir au second frisson. 11 est également nécessaire de s'y donner du mouvement. H y a deux choses dans un bain de mer : l'action de l'eau et celle de l'exercice auquel on se livre, et la natation est le plus hygiénique, le plus agréable et le plus utile de tous ceux auxquels on peut se livrer ; mais à ce titre, elle rentre dans un autre ordre d'idées et nous nous en occuperons dans le chapitre consacré à l'éducation.

Affusions froides, — Quelques-unes des pratiques de l'hydrothérapie ont été adoptées par l'hygiène. Celles des affusions froides notamment gagne tous les jours du terrain. Le tuh qui nous est venu d'Angleterre a maintenant sa place dans le cabinet de toilette de nos fils. C'est une excellente coutume, un complément très hygiénique de la toilette du matin et l'installation en est aussi simple que peu dispendieuse. 11 suffit d'un grand bassin en zinc, d'un broc d'eau Froide et de beaucoup de courage, car cette douche qu'on s'inflige à soi-même en sortant de la douce chaleur du lit, est véritablement douloureuse pendant l'hiver alors que l'eau marque à peine 10 à 12 degrés. On en est récompensé, comme*

(1) Chap. III, art. III, ^ 11, p. 371, Hôpitaux marins.

à la suite des bains de mer, par le charme de la réaction, le sentiment de vigueur accrue et la facilité avec laquelle on supporte la température oxtérieuie. Il est bien entendu que la pratique du tub a les mêmes contre-indications que les bains froids.

H. Bains chauds. — Cest par habitude que je conserve cette dénomination, car il serait plus juste de donner le nom de bains tièdes à ceux dont il s*agit ici, c'est-à-dire aux bains de propreté dont la température est généralement de 33**. On éprouve en y entrant un sentiment de douce chaleur, de calme qui a son prix et dont l'hygiène doit tenir compte. Les bains, tout en nettoyant la peau, émoussent la sensibilité, reposent les muscles, éteignent Féréthisme nerveux : ils procurent au corps tout entier une souplesse, un bien-être particulier et disposent au sommeil.

Les gens impressionnables, ceux qui se livrent avec excès aux travaux de la pensée ont souvent besoin du calme et du repos qu'ils procurent. Les vieillards et les enfants s'en trouvent également bien. « CalUda lavatio et senibus et pueris apta est » a dit Gilse. 11 est toutefois une précaution sans laquelle ils peuvent être dangereux. C'est de se garantir contre le refroidissement qu'on éprouve lorsqu'on sort d'un bain tiède, quelle que soit la température de la pièce dans laquelle on le prend. Cette précaution est nécessaire pour tout le monde, mais plus particulièrement pour les vieillards, qui réagissent moins énergiquement et chez lesquels les congestions pulmonaires sont plus à craindre.

Le bain est encore plus utile aux petits enfants ainsi que nous le dirons en parlant des soins de propreté nécessaires à cet âge(l).

Nous n'avons pas abordé le problème de l'absorption de l'eau du bain par la peau, ni l'étude de son action sur les différents appareils parce que ces considérations rentrent dans le domaine de la physiologie ou de la thérapeutique. 11 nous reste à dire un mot des différentes manières d'administrer les bains chauds.

1° Bains en BAKiNoiRE. — Tout ce qui précède s'applique à cette forme de bains, la seule qui ait été pendant bien des années en usage, et celle qui est encore le plus communément employée. L'accroissement du nombre des établissements de bains, l'installation d'une salle de bains dans les appartements de toutes les maisons de rapport de quelqu'importance,en développeront encore l'usage ; toutefois, le bain en baignoire sera toujours un moyen de propreté réserv.é aux classes aisées et ne deviendra jamais une pratique usuelle pour les ouvriers qui en ont cependant plus besoin que les gens du monde, parce qu'ils vivent dans un milieu plus malpropre, qu'ils travaillent au milieu des poussières et qu'ils changent moins souvent de linge. Le grand bain est trop dis[)endieux pour être à leur portée. Nous en avons donné les raisons dans le

(1) Chapitre VJ, arliclf» !•% § lli.

chapitre de Thygiène urbaine à Toccasion des bains publics (1). On ne peut pas en France donner un bain avec le linge, à moins de cinquante centimes ; c'est trop cher pour les ouvriers, aussi n'en prennent-ils que très peu. Lorsque M. Darcy fit en 1850 Tenquête dont nous avons parlé, il arriva à cette conclusion qu'à Paris il n'était guère donné à cette époque que deux bains par an et par habitant, c'est encore pis dans les villes de province et, dans les campagnes, le bain de propreté est un mythe.

Les bains en baignoires ont d'autres inconvénients ; ils entraînent une perte de temps considérable et cette macération prolongée de la peau dans l'eau tiède la rendant très impressionnable au froid, demande des précautions auxquelles les ouvriers ne peuvent guère s'assujettir.

A diverses reprises on a songé à utiliser, pour labalnéation des ateliers, les eaux chaudes des machines à vapeur qui sont actuellement perdues. C'est Chevalier qui a eu le premier cette pensée ; Fonssagrives et Darcy l'ont exprimée après lui et on l'a mise en pratique dans quelques usines. C'est une excellente mesure surtout dans les fabriques où on manie des substances dangereuses, comme le minium, la céruse et le massicot. Les étameurs de glaces, les manipulateurs de noir animal, les mégissiers, les chapeliers, les plâtriers doivent aussi en retirer de réels bénéfices ; mais c'est là une application très bornée puisqu'elle se limite aux ouvriers des usines et, en somme, le bain en baignoire ne résout pas le problème dans les conditions posées par l'hygiène contemporaine. Il faut qu'on se lave tout le corps comme le visage et les mains ; la piscine de natation et le bain par aspersion peuvent seuls le permettre.

2» Bains de piscine. — L'usage commence à s'en répandre en Europe et on ne saurait trop l'encourager ; ces bains complets, rapides, courts et peu dispendieux sont un excellent moyen de nettoyer la peau et l'exercice de la natation qu'ils permettent donne un grand charme à ce soin de propreté.

L'établissement d'une piscine de natation, bien que son prix ne soit pas élevé pour les services qu'elle rend, nVsl cependant pas à la portée des petites localités ; mais partout on peut procurer à la population, les moyens de prendre des bains par aspersion.

3® Bains par aspersion. — Ce sont les seuls qui satisfassent à la fois aux conditions qu'imposent l'hygiène et l'économie. « La technique de la balnéation, dit le D"" E. Richard (2), consiste à fournir à tout le monde, en toute saison et à bas prix, un moyen de se laver tout le corps à grande eau, à l'aide de savon et de s'essuyer ensuite )^. Cela n'est possible qu'avec les bains-douches. Ils ne sont pas débilitants parce qu'ils sont très courts, on peut môme les rendre toniques, en faisant suivre le lavage d'une courte affusion froide ; enfin et surtout ils nettoient parfaitement

(1) Chapilrc lll, art. V. § 19. p. 502.

(2) E. Richard, Précis (thygiène appliquée, Paris, 1891, p. 312.

parce qu'ils font concourir le courant d'eau, le frottement et le savon. Ce dernier est indispensable pour dissoudre les sécrétions graisseuses de la peau et entraîner les impuretés qui s'y mêlent. La friction et le courant d'eau descendant entraînent cette émulsion, pendant que le corps reçoit de l'eau neuve. Le bain-douche est la véritable solution du problème pour les classes de la société qu'il intéresse le plus fortement : les ouvriers, les paysans, les soldats, les lycéens, les prisonniers, etc.

Les bains par aspersion peuvent être administrés sans inconvénient à 18 degrés en hiver et à la température de l'air en été, aux personnes bien portantes et habituées à les recevoir ; mais alors ils sont à la limite des bains frais et des bains froids, ils font éprouver une sensation pénible aux personnes .impressionnables et sont dangereux pour les valétudinaires. Comme moyen de propreté, et pour n'éloigner personne, il vaut mieux les donner à 28 ou 30° et veiller à ce que la température ne s*abaisse jamais au-dessous de 25°.

Le bain-douche doit être très court. Le savon qui convient le mieux est celui de Marseille ; il suffit de 5 à 10^ pour savonner tout le corps.

La douche ne doit pas avoir trop de force parce qu'elle ne doit produire aucun effet thérapeutique. Pour obtenir une propreté convenable, il faut prendre un bain-douche par semaine. Un par mois constitue un minimum.

On ne saurait trop encourager l'usage des bains-douches et il n'est pas pour cela nécessaire de construire des établissements dispendieux. On peut s'en procurer à très peu de frais. Lassar, à l'exposition d'hygiène de Berlin, avait fait établir, sur le terrain de l'exposition même, un édicule en tôle renfermant 10 cases à bains-douches, 2 water-closets, 1 lavoir, 1 séchoir, etc. Cette maisonnette était divisée en deux compartiments, un pour les hommes, un pour les femmes, avec entrée séparée. Pour 10 à 15 pfennings, on y recevait une douche chaude, une douche froide, du savon et une serviette (1). Plus de 10.000 personnes en usèrent. Lassar faisait observer avec raison qu'on pourrait installer des établissements de ce genre à la campagne comme à la ville, sur les places publiques, aux carrefours très fréquentés, près des gares de chemins de fer ainsi que dans les manufactures, les écoles, les asiles, les prisons.

Le bain par aspersion est d'une pratique si simple qu'on peut même fabriquer des appareils portatifs. Le docteur Barrois en a fait confectionner un qui est transportable comme un poOle. Le réservoir repose sur quatre pieds dont deux sont des colonnes creuses pour la circulation de Teau. La cheminée du foyer passe au centre du réservoir pour utiliser la chaleur des gaz de la combustion. Cet appareil coûte environ 400 fr. (2).

i^ Bains d*ktuves. — lis étaient très usités chez les Romains et se composaient d'une série d'actes successifs qui en faisaient une opération

(1) J. ArnoI'LD, Souveaux éléments d'hygiène (ioc. cit.), p. 839).

(2) Richard, Précisa* hygiène appliquée (loc. cit ), p. 315.

assez compliquée, on entrait d*abord dans le vestiaire (apodyterium) où on se dépouillait de ses vêtements ; puis on passait successivement par l'étuve sèche (tepidarium)^ Tétuve humide (sudatortum)^ et le friçîdarium où en recevait une douche froide, enfin, on venait se reposer dans le vestiaire, et se mettre en équilibre de température avec l'extérieur avant de sortir du bain. Entre temps, on joignait à ces pratiques, le massage, les frictions sèches, les onctions huileuses. La température s'élevait à 32° dans le tepidarium et jusqu'à 50<* dans le sudatorium.

Ces coutumes se sont continuées dans le Levant. Les bains maures, les bains turques ne sont pas autre chose. Les établissements sont moins somptueux, mais les manœuvres sont les mêmes. A Constantinople, on prend des bains d'étuve dans des salles pavées en marbre et chauffées par des tuyaux qui en parcourent les parois. On y est lavé, essuyé et massé. En Egypte, la vapeur s'échappe d'un bassin situé au centre de la salle.

Certains peuples du Nord ont également adopté Fusage des bains d'étuves. En Russie ils se donnent dans des chambres de bois, qu'on remplit de vapeur, en projetant de Teau sur de gros cailloux rougis ao feu. En sortant de là, on va se rouler dans la neige. La température est portée dans ces étuves à 40 ou 45 degrés ; on la fait monter plus haut en Finlande.

L'usage des bains d'étuves s'est introduit en France du temps des croisades. Depuis cette époque cette coutume a complètement disparu. Il s'est pourtant fondé à Paris, il y a une vingtaine d'années un établissement analogue aux t)ains maures et aux thermes de l'antiquité, c'est le Hammam ; mais pour les hygiénistes, ce n'est qu'une fantaisie luxueuse accessible aux classes riches seulement. Pour le reste, il n'v a de bains d'étuves que dans les hôpitaux et on n'en donne qu'aux malades.

Ces bains ont pourtant leur raison d'être dans les pays où on les a conservés, ils constituent d'abord, avec les frictions, la flagellation, le massage, les onctions à l'eau chaude et à l'eau froide, un admirable moyen de propreté. La peau en sort nettoyée à fond et dépouillée des couches superficielles de son épiderme qui s'en vont par lambeaux sous les mains du masseur. Ce bain donne à la peau une souplesse, aux membres une élasticité toute particulière : on en sort agile et reposé, c'est là du moins ce que j'ai entendu dire aux gens qui venaient d'en prendre, car je n'ai jamais pu, pour ma part, vaincre la répugnance que m'inspirent ces antres sombres, cette humidité chaude dans laquelle des noirs frottent et pétrissent sans pitié des corps étendus sur des planches, leur tiraillent la peau, leur frappent sur les fesses et leur font craquer les articulations. La vue de ces supplices a toujours suffi pour me faire fuir. Je ne conteste pas le service que ces pratiques peuvent rendre; toutefois l'usage continu de pareils bains doit être débilitant et les médecins

éclairés de Constantinople attribuent en partie à leur abus Tanémie presque générale et la décadence précoce des femmes turques (1).

Page 1