II. — SOINS SPÉCIAUX A QUELQUES RÉGIONS DU CORPS
II est des parties du corps qui doivent être lavées plus souvent que son (îusemble ; il en est d'autres qui exigent des soins particuliers. La léte, les extrémités, la région anale et les parties génitales sont dans ce cas.
1. Tête. — La face doit être lavée tous les jours ; c'est du reste un devoir dont tout le monde s'acquitte d'une façon plus ou moins sommaire, mais auquel Thygiène et la bonne éducation attachent un prix égal. Le visage doit être lavé à Teau froide en toute saison et à Taide d'une éponge ou d'une serviette de toilette. L'antisepsie chirurgicale a mis les éponges hors la loi et beaucoup d'hygiénistes ont suivi son exemple ; je crois pourtant qu'en ayant soin de les laver de temps en temps avec une solution alcaline légère et de les nettoyer tous les jours, on peut continuer à s'en servir. Elles sont beaucoup plus commodes que les serviettes les plus souples. Celles-ci sont indispensables pour essuyer le visage quand il a été lavé à grande eaii ; pour qu'on puisse.se livrer à une ablution sérieuse, il faut de grandes cuvettes dans lesquelles on puisse se plonger le visage tout entier, et l'hygiène ne saurait trop s'élever contre celles qu'on trouve dans beaucoup d'hôtels, de pensionnats, et dans lesquelles on ne peut faire entrer que le bout de son nez, ainsi que contre les pots à l'eau minuscules qui les accompagnent. C'est pour la toilette surtout qu'il faut savoir gaspiller l'eau.
L'eau pure suffit. Il n'y a pas d'inconvénient à la parfumer avec quelques gouttes d'une essence quelconque, mais les poudres, les corps gras, doivent être proscrits ; à fortioH les couleurs artificielles, le fard qu'il faut laisser aux actrices pour lesquelles il constitue une nécessité professionnelle. Les cosmétiques, les pâtes épilatoires, les couleurs artificielles flétrissent la peau, lui enlèvent sa souplesse et sa vitalité et peuvent l'exposer à une absorption toxique. Il faut toutefois, de temps en temps, laver à l'eau chaude et au savon, les parties couvertes de poil, la barlx», le cuir chevelu quand on porte les cheveux courts, le cou et surtout la nuque où se cantonnent souvent les microbes du furoncle et de l'anthrax ; mais on doit faire attention à ce que l'eau de savon n'entre pas dans les yeux, parce qu'elle irrite douloureusement les conjonctives.
Les cheveux et la barbe réclament d'autres soins. Les hommes ont
{!) Michel Lfcvv, Traité (thjgiène publique et privée, t. If. p. 76.
aujourd'hui contracté Thabitudc de porter les cheveux très courts et oo ne saurait trop les en approuver. Cette coutume permet de laver le cair chevelu comme la face et a puissamment contribué à la disparition des pous et à la diminution des maladies du cuir chevelu chez ceux qui Toot adoptée. Elle a dissipé les préventions contre lesquelles les meilleors esprits ne savaient pas se mettre en garde il y a vingt-cinq ans. Michel Lévy, qui fut incontestablement le premier hygiéniste de cette époque, s'élevait avec force contre les cheveux courts. « En coupant les cheveux » trop souvent et trop prés du bulbe chez les enfants, on les expose, » disait-il, à des congestions cérébrales, à des exsudations morbides du » derme chevelu, à des engorgements ganglionnaires au voisinage du » crâne, à des maux d'yeux, à des otorrhées, à des fluxions dentaires, à » des angines, à des coryzas. La plupart de ces accidents menacent aussi » les adultes dont les cheveux sont coupés de trop prés et qui ne font » pas usage de coiffures chaudes (1) ». 11 cite par exemple les accidents observés par Percy, à Tépoque où la coiffure à la Titus fut introduite dans l'armée et imposa aux vieux soldats le sacrifice de leurs queues et de leurs tresses luxuriantes. 11 est certain que quand on a depuis l'enfance l'habitude de porter une pareille toison, on ne s'en débarrasse pas impunément du jour au lendemain. GVst pour cela qu'il faut s'y habituer de bonne heure.
Les maladies que Michel Lévy attribuait à la coupe trop fréquente et trop radicale des cheveux sont précisément celles dont elle débarrasse les enfants, en permettant d'entretenir facilement la propreté rigoureuse du cuir chevelu. Aujourd'hui, les enfants, les jeunes gens et même les adultes ont les cheveux courts, couchent tête nue et ne s'en portent que mieux. C'est une affaire d'habitude et de lotions froides: mais il ne faut pas croire que cette coutume préserve de la calvitie. Les variations continuelles de température auxquelles elle expose les bulbes des poils en compromettent le fonctionnement et la vitalité ; elles accélèrent la chute des cheveux plutôt qu'elles ne la préviennent. Nos pères, qui portaient les cheveux longs et se couvraient chaudement la tète, avaient de plus belles chevelures que nous. Ils redoutaient tellement le froid qu'ils avaient adopté l'usage des perruques et sous Louis XIV elles avaient atteint les plus ridicules proportions. Celle coutume et celle qui lui a succédé de se crêper les cheveux, de les enduire de pommade et do les couvrir de poudre ont fini à la Révolution ; toutefois, au commencement du siècle, on n'hésitait pas à s'appliquer un toupet sur le vertex quand on avait perdu ses cheveux. Cela se faisait ostensiblement el Michel Lévy, fidèle à son principe, fait l'éloge de la perruque qu'il préfère au toupet. C'est, dit-il, la ressource obligée* de ceux dont la tête s'est dégarnie brusquement. Les hommes d'aujourd'hui ont une répugnance
(1) Michel LÉVY, Traité d'hygiène publique et privée [loc. cit.), t. H, p. 34.
invincible pour ce moyen de prothèse. Lorsque la calvitie survient, ils préfèrent acclimater leur cuir chevelu aux vicissitudes atmosphériques. Quand ils ne peuvent s'y faire, ils adoptent Tusage d'une calotte qui peut se porter partout et qui a l'avantage d'être propre, de pouvoir se nettoyer et se changer facilement. La répugnance de notre génération pour les perruques tient à ce qu'elle a un sentiment plus délicat de la propreté. Cette toison qui ne se nettoie pas nous répugne. Elle n'est pas du reste sans danger. Les beaux cheveux, ceux qu'on recherche, ont été coupés vivants ; on s'est contenté de les dégraisser avec de la farine de sarrasin et de les peigner. Ils peuvent par conséquent contenir les germes microscopiques de toutes les maladies contagieuses du cuir chevelu (1).
J'ai dit que l'habitude de porter les cheveux courts avait fait diminuer la fréquence des maladies du cuir chevelu. Il y a une réserve à faire à cette assertion. Pour couper plus vite et plus régulièrement les cheveux au ras de la tête, on a imaginé des tondeuses dont l'usage a fait naître quelques épidémies de pelade et d'herpès tonsurant, dans les lycées et les régiments. Les ciseaux sont faciles à nettoyer ; mais les tondeuses, plus compliquées, présentent des recoins sans nombre dans lesquels s'emmagasinent les pellicules et les spores des champignons microscopiques qui produisent les maladies indiquées plus haut. Cette augmentation des cas de pelade a d'abord été constatée dans l'armée. En 1888, M. Léon Colin, inspecteur général du service de santé des armées, fil prendre des mesures pour y mettre un terme (2). Puis les écoles publiques furent envahies à leur tour et le Conseil d'hygiène et de salubrité de la Seine fut appelé pur le préfet de police à s'en occuper. M. Lancereaux, chargé du rapport (3), formula les mêmes vœux que M. L. Colin et conseilla comme lui d'exiger que, dans les internats, chaque élève ait son peigne, sa brosse et que ces objets soient tenus proprement. Pour les coiffeurs, qui ne sauraient avoir des instruments particuliers pour chaque client, ils doivent désinfecter leurs ciseaux et leurs tondeuses après chaque opération, en les plongeant dans l'eau bouillante ou dans une solution antiseptique ; ils doivent laver chaque jour les peignes et les brosses à l'eau de son. Ces mesures ont été adoptées par le Conseil d'hygiène.
La chevelure des femmes, qu'elles portent dans toute sa longueur et qui constitue pour elles le plus bel ornement, demande des soins spéciaux. Les hygiénistes et les médecins recommandent aux mères de s'occuper elles-mêmes de la chevelure de leurs filles et de ne déléguer que le plus rarement possible à la femme de chambre le soin de les coiffer. Il faut pour cela des précautions que j'ai minutieusement indi-
(1) GelineaU, Préparation des cheveux et maladies des ouvriers qui s'en occupent {Jounial d'hygiène, l. XVllI, n©» 879, 880, 881).
(2) léon Colin, Rapport au Conseil d'hygiène, lu le 20 février 1891.
(3) Lancereaux, Rapport sur les mesures à prendre contre la propagation des affeC' lions contagieuses, par /r-t peignes ^ rasoirs et autres objets de toilette^ 25 juillet 1889.
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quées dans mon livre sur Téducation des filles, mais qui ne seraient pas à leur place dans un traite^* d'hygiène gén(^rale(l).
Les coiffures les plus simples sont les meilleures pour rhygione comme pour la beauté. Les femmes qui prennent des bains de mer doivent laver leurs cheveux à Teau douce quand elles n'ont pu les préserver de l'eau salée. Quand les cheveux sont imprégnés d'eau de mer, ils sèchent très difficilement, ils gardent une odeur de marée et cela les dispose à rougir et à tomber. Une fois lavés et essuyés, on les laisse flotter sur le dos jusqu'à ce qu'ils soient secs.
La barbe a subi, comme les cheveux, l'empire de la mode et des traditions. L'oriental, dit Michel Lévy, la porte longue el épaisse; Toccidental la rase avec soin depuis que Louis le Jeune se laissa raser en public par Lombard, évéque de Paris (1143) ; toutefois, par une excentricité rétrospective de la mode, on voit reparaître aujourd'hui les barbes longues du temps de François I"" qui en donna l'exemple après avoir été atteint à It tête, en 15:21, par un tison lancé par Montgomery (2;.
Cette mode nouvelle est en partie l'œuvre des hygiénistes qui ont succédé à Michel Lévy et ce n'est pas sans peine que nous sommes arrivés à nous affranchir du supplice quotidien du rasoir. Ceux d'entre nous qui en ont supporté longtemps la tyrannie savent combien fut lourde celte servitude. Elle a surtout été difficile à faire disparaître dans la marine militaire. Un a compris enfin qu'il n'était pas plus logique de raser la barbe que les cheveux, qu'elle constituait tout à la fois un ornement et une protection naturelle pour le bas du visage qu'elle prévenait bien des angines el d(»s maux de dents. On a compris que le rasoir comme la tondeuse expose à la transmission des maladies contagieuses et de fait la mentagre a presque^ complètement disparu depuis que la plupart des hommes ont renoncé à l'habitude de se raser. C'est surtout à bord des navires et dans les casernes que le rasoir banal du perruquier promenait d'une face sur l'autre celte hideuse maladie, sans compter l'irritation douloureuse causée par de mauvais savons ou des rasoirs coupant mal.
La bouche intéresse particulièrement l'hygiène. Sa muqueuse est une surface d'absorption active qui expose à nombre d'infections, surtout chez les enfants qui ont Ihabitude de tout y porter. Elle est le siège de sécrétions qui peuvent devenir nuisibles ; elle exige à ce double titre des soins de propreté minutieux. 11 ne faut pas se borner à la laver le matin, en faisant sa toilette ; il est bon de la nettoyer après chaque repas et de se brosser les dents de façon à enlever les particules alimentaires qui séjournent dans leurs interstices, y subissent rapidement la fermentation acide, attaquent les dents et les carient ; le tartre, en s'accumulant à leur racine, en déchausse le collet et les expulse peu à peu de
(1) Jules ROCHARD, YEdttcation de nos filles^ Paris, 1892, p. 144, 165.
(2) Michel Lévy (loc. c//.), p. 37.
VÊTEMENTS. — SOINS DE PROPRETÉ. Tï!
leurs alvéoles. On prévient le dépôt de ces couches crayeuses en se brossant les dents après les repas. La brosse suffit pour entretenir leur propreté. Elle ne doit pas être trop molle pour pouvoir remplir son office, ni trop dure pour ne pas faire saigner les gencives. Un peut la tremper dans Teau pure ou additionnée de quelques gouttes d'une essence aromatique quelconque ; si la brosse et Teau ne suffisent pas, on peut faire usage d'une poudre de charbon et de quinquina ou se servir, comme le conseille le D'' Galippe, de la craie préparée des pharmaciens, porphyrisée et additionnée en proportion variable de chlorate de potasse ; mais il faut se défier des poudres dentifrices dont on ne connaît pas la composition, parce que souvent elles ne nettoient les dents qu'en attaquant leur émail.
En ce qui concerne l'orthopédie dentaire et le traitement de la carie, cela ne regarde pas l'hygiène et le seul conseil qu'elle puisse donner aux gens c'est de s'adresser à un dentiste éclairé. Dans les maisons d'éducation, la denture doit être l'objet d'une surveillance médicale, régulière ; il faut laisser aux élèves le temps nécessaire pour procéder à la toilette de la bouche et les mettre entre les mains du dentiste toutes les fois qu'un commencement de carie se manifeste.
Les oreilles, en raison de la disposition de la conque et du conduit auditif, demandent quelque attention pour en nettoyer les replis et la profondeur. Le conduit auditif se remplit parfois de cérumen qui, mêlé aux poils détachés de la face interne, forment des dépôts suffisants pour l'obstruer et pour causer une surdité mécanique. Pour prévenir cet inconvénient, il faut laver le conduit auditif , soit avec un coin enroulé de la serviette, soit avec une petite éponge mouillée, soit, ce que nous préférons de beaucoup, avec un de ces petits pinceaux de blaireau qui servent à l'aquarelle. On peut le faire pénétrer jusqu'au fond du conduit sans froisser la membrane du tympan, tandis qu'on s'y expose en enlevant le cérumen avec un cure-oreille en métal ou en ivoire.
II. Extrémités. -- Les pieds ont droit à une mention spéciale dans les soins de propreté corporelle ; malgré les chaussures, ils se salissent rapidement; ils sont plus riches que les autres parties du corps en glandes sudoripares et sébacées dont la sécrétion devient facilement infecte ; enfin, ils sont pourvus d'ongles sujets à se dévier et souvent atteints d'excroissances épidermiques qui, sous le nom de cors^ de duril- Ions, A'œilS'de-perdrix, constituent un des petits supplices de la vie civilisée.
11 serait d'une bonne hygiène de se laver les pieds tous les jours. C'est un soin auquel peu de personnes s astreignent ; mais l'hygiène ne peut pas tolérer qu'on se les lave moins d'une fois par semaine. C'est un minimum. Quand on se les lave tous les jours, on peut le faire à l'eau froide ; quand on se les lave une ou deux fois par semaine, il faut le faire
à l'eau chaude et au savon pour enlever les débris épidermiques, la matière s(^bacée et la crasse qui s'accumule principalement entre les orteils. Les gens qui font de longues marches, comme les soldats, ont à prendre certaines précautions qui sont du ressort de Thygiène militaire.
Les ongles, lorsqu'ils sont trop longs, s'écaillent, se brisent, ou sont repoussés douloureusement par le bout des souliers ; il faut donc les couper de temps en temps,- celui du gros orteil doitêtre coupé carrément. Il ne faut pas en évider les angles, parce qu'en repoussant, ils entrent dans les chairs et qu'il en résulte un ongle incarné ; ceux des autres orteils peuvent être coupés ad libitum. Quant, aux cors et aux durillons il faut, pour les éviter, porter des chaussun^s suffisamment larges à l'endroit des orteils et s'appliquant exactement au cou-de pied. Lorsqu'ils sont venus, c'est l'affaire du pédicure, et nous n'en parlerons pas plus que du traitement de Tongle incarné.
Les mains qui n'ont pas à faire un travail aussi rude ne sont pas sujettes à de semblables accidents, si ce n'est dans certaines professions où les callosités caractéristiques se produisent aux points soumis à des pressions continuelles ; mais comme les mains sont exposées à l'air, elles ont à redouter les gerçures et les engelures pendant l'hiver. Pour les en préserver, il faut les laver à l'eau dégourdie, les couvrir de gants de peau lorsqu'on sort et ne jamais les exposer à la flamme d'un foyer.
La propreté des mains, la netteté des ongles sont les signes d'une bonne éducation et dénotent des habitudes distinguées. On n'obtient pas cette propreté sans quelque peine. Les ongles surtout se salissent avec une déplorable facilité. Les médecins et surtout les chirurgiens n'arrivent à maintenir leurs mains dans un état aseptique, qu'à la condition de lavages et de désinfections continuelles. C'est là une nécessité professionnelle ; mais les gens du monde eux-mêmes sont obligés à de grands soins s'ils veulent avoir des mains irréprochables. Il faut tenir les ongles courts et bien coupés, nettoyer le sillon unguéal à la brosse et au savon plusieurs fois par jour et porter des gants d'habitude. Il faut veiller aussi à la qualité du savon de toilette, car il en est de fort irritants. C'est un article pour lequel on ne doit pas regarder au prix.
111. Région anale et parties génitales. — C'est la partie du corps la plus exposée aux souillures, à raccumulation des produits de sécrétion et d'excrétion qui s'écoulent en ce point. Des ablutions quotidiennes, au moment de la toih^tte du matin, s'imposent pour cette région. En la maintenant dans un état de rigoureuse propreté, on prévient les irritations dont elle est souvent le si<''ge et qui prennent parfois un caractère fâcheux, lorsqu'on y laisse séjourner les souillures que la négligence y accumule.
Les mêmes soins de toilette s'imposent aux femmes de tout âge, ils sont même chez elles plus nécessaires, en raison des écoulements dont le vagin et la vulve sont souvent le siège. Il est bi(Mi entendu que les lotions
froides doivent être interdites au même titre que les bains froids pendant la période menstruelle.