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HYGIÈNE INTERNATIONALE ET ADMINISTRATIVE

La santé des jeunes filles est encore plus compromise par le travail des ateliers, parce qu'elles sont plus délicates et parce qu'elles vont subir révolution de la puberté. La constitution des femmes, quoique plus résistante, se prête mal à ce genre d'occupations et pourtant l'industrie emploie plus de femmes à elle seule que toutes les autres carrières réunies. En Angleterre, on en compte près d'un million. En France, les manufactures de laine, de coton et de soie en occupent de 400.000 à 4S0.000. Le nombre des dentelières et des brodeuses est de 370.000, le reste à l'avenant.

Dans toutes les industries, les femmes sont employées aux travaux les moins rétribués ; elles ne peuvent vivre qu'à la faveur d'un travail excessif, de périodes de suractivité qui compensent, dans la plupart des professions, le chômage de la morte-saison. Aussi, dans tous les ateliers qui emploient à la fois des hommes et des femmes, les journées perdues pour cause de maladie sont deux fois plus nombreuses parmi les ouvrières.

Dans tous les pays, le travail des enfants et des femmes dans les manufactures a été l'objet d'une réglementation spéciale.- En France, depuis un demi-siècle, cinq lois ont été successivement promulguées à ce sujet (1). La plus récente, celle du i novembre 1892, interdit le travail de nuit aux femmes et aux enfants des deux sexes, et prescrit un repos d'un jour par semaine; elle défend d'employer les enfants dans les établissements insalubres ou dangereux (2). Elle a fixé à 13 ans révolus l'âge d'admission des enfants dans les usines, les chantiers et les mines et interdit les travaux souterrains aux femmes et aux filles. Elle a institué sur des hases très sérieuses l'inspection médicale et la surveillance des femmes et des enfants dans les manufactures. Toutes ces dispositions ont été confirmées par le décret du 10 mars 1894, portant règlement d'administration publique, qui a fixé en même temps les mesures d'hygiène qu'on doit suivre dans les usines, pour l'éclairage, l'aération, les eaux potables, l'évacuation des résidus impurs, etc., etc.

11. Logement et nourriture. — Je me suis étendu trop longuement au chapitre de ThabitatioTi, sur l'insalubrité des logements ouvriers dans les villes, sur le méphitisme des garnis et sur les avantages que l'hygiène est en droit d'attendre des sociétés qui se sont organisées pour la coiis-

(i; Loi du 22 mars 1841 ; décret du 2 mars 1848; loi du 9 septembre 1848; loi du 2 février et 4 mars 1851 ; loi du 3 juin 1874; loi du 2 novembre 18P2, sur le travail des enfants, des filles mineures et des femmes dans les établissements industriel;).

(2) Le décret du 13 mai 1893 a limité les travaux auxquels on peut les employer et fixé ainsi qu'il suit les poids maxima qu'ils peuvent porter :

Garçons au-dessous de 1 4 ans : 1 0 kilo^r. ;

— de 14 à 18 ans : 15 kilogr. ; Ouvrières au-dessous de 16 ans : 5 kilogr. ;

— de 16 à 18 ans : 10 kilogr.

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truction d'habitations ouvrières (1). Je n'ai donc psts à y revenir. J*ai comparé également l'alimentation de l'ouvrier à celle du paysan, et j'ai montré qu'elle était meilleure, plus salubre et plus réparatrice. L'ouvrier mango de la viande tous les jours, il boit habituellement du vin, de la bière ou du cidre, et c'est le seul côté par lequel il l'emporte sur l'agriculteur, et cela ne compense pas l'insalubrité de son habitation et celle du milieu dans lequel il travaille. A cet égard, les professions industrielles se partagent en deux classes, suivant qu'elles s'exercent à l'air libre ou dans l'air confiné. Ces dernières sont les plus nombreuses et les plus insalubres ; ce sont aussi les seules qui prêtent aux considérations spéciales d'hygiène dans lesquelles il nous reste à entrer.

B. L'atelier. — Les établissements industriels intéressent l'hygiène à deux points de vue. Ils sont en effet une cause d'insalubrité pour les ouvriers qui y travaillent et pour les habitations du voisinage.

I. Influence de l'atelier sur la santé des ouvriers. — Le séjour des usines est nuisible à la santé par l'impureté de l'air qu'on y respire, la chaleur et l'humidité qui y régnent.

!<" Impureté de Vair. — Indépendamment des émanations provenant des gens qui y travaillent, rendues plus actives par leur sueur et leur malpropreté, l'atmosphère des usines renferme des poussières, du gaz et des vapeurs spéciales à chaque industrie.

a). Poussières. — Presque toutes les usines produisent des poussières, et il en est peu d'inoffensives. Les unes sont nuisibles par leur action mécanique seule, comme les poussières pierreuses, les autres sont toxiques comme celles du plomb, de l'arsenic et de leurs composés. Il en est enfin qui, provenant de la manipulation des matières animales, renferment des germes infectieux et communiquent aux ouvriers des maladies spéciales ; le charbon est le type de ces dernières. Les poussières inertes, en se déposant sur la peau, l'irritent et déterminent des affections cutanées, en se mêlant aux produits de sécrétion et de desquammation ; quand elles atteignent la conjonctive, eljes y produisent des ophthalmies parfois sérieuses et dans quelques cas de véritables traumatismes ; nous citerons, pour exemple, la blépharite des forgerons, des scieurs de long, des tourneurs sur bois, etc., la kératite des moissonneurs, des vanniers, etc.

Lorsqu'elles entrent dans les voies respiratoires, elles arrivent peu à peu à l'extrémité des petites bronches et, malgré les obstacles qu'elles rencontrent sur leur passage, elles pénètrent alors dans le parenchyme pulmonaire et y causent les altérations connues sous le nom A'anthra-

(1) Voyez chapilre III, article II, § 111, Logements in$atubret, p. 330, et $ IV, Habitatiens ouvrièresy p. 340.

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côse pulmonaire (1), de phtisie des aiguiseurs, des tailleurs de pierre meulière j des potiers, des plâtriers, des ardoisiers, des faïenciers (2). Cette maladie, la dernière en date, a été observée en Angleterre et à Dieppe par M. Hurpy, en 1892.

Lq^ poussières toxiques qui donnent lieu aux empoisonnements professionnels les mieux caractérisés sont celles du plomb et de rarsenic ; nous y joindrons le mercure et le phosphore, bien que ce soit plus souvent leurs vapeurs qui produisent des accidents.

Vintoxication saturnine est la plus fréquente et la plus grave de toutes. Les progrès de la chimie permettent tous les jours d'assigner cette origine à quelque maladie dont la cause était méconnue. La nomenclature des établissements insalubres, dangereux ou incommodes contient aujourd'hui 111 industries dont la nuisance est attribuée au plomb (3), et cependant le nombre des malades va sans cesse en diminuant. Il y a quarante ans, il entrait en moyenne 483 cas par an dans les hôpitaux de Paris ; aujourd'hui, le nombre est réduit à 83, malgré Taugmentation de la population.

Sur 100 cas d'intoxication saturnine, les fabriques de céruse et de minium en fournissent 55, il y en a 28 parmi les peintres et 8 chez les imprimeurs ; les 17 autres se répartissent parmi les potiers, les émailleurs, les fondeurs en plomb, les bijoutiers, etc. La mortalité des ouvriers qui manient le plomb est, très élevée en France, comme en Angleterre. 11 sera facile de la diminuer, lorsqu'on voudra substituer partout des préparations inoffensives aux composés de plomb, remplacer dans la peinture la céruse par le blanc de zinc, et dans la poterie, la litharge par les silicates inoffensifs.

L'intoxication arsenicale est le plus souvent produite par les poussières, dans des cas très rares par l'hydrogène arsénié. Les professions qui exposent à cet empoisonnement sont au nombre de 22 dans la nomenclature officielle des établissements classés. Celles qui marchent au premier rang sont les fabriques de couleurs arsenicales, de papiers peints, d'étoffes et de fleurs artificielles colorées avec le vert de Schelle (arsenite de cuivre) ou le vert de Schweinfurt (sel double d'arsenite et d'acétate de cuivre), et les professions qui utilisent ces matières (couturières, fleuristes, teinturiers, etc.). 11 est inutile de dire qu'il faut proscrire ces couleurs d'une manière absolue dans toutes les industries. Les

(l) Vanthracose pulmonaire ne s'observe ordinairement que chez les ouvriers qui manient la houille, mais M. Lancereaux en a communiqué à l'Académie de médeciDe (séance du 21 novembre 1892) une observation très remarquable recueillie sur un homme employé à polir les cônes de charbon destinés à Téclairage électrique.

(i) Travaux du Conseil central d'hygiène publique de la Seine-Inférieure (1892-1893, analysés dans la Revue d hygiène ^ t. XV, p. 1006.

(3} Voyez le tableau synoptique de ces professions dans V Hygiène industrielle, de A. Latet Encyclopédie d hygiène, t. VU, p. 464).

intoxications par Thydrogèno arsénié s'observent dans les professions où on se sert pour la préparation de Thydrogène, de zinc ou d'acide sulfuriquc contenant de l'arsenic.

Le mercure cause des accidents chez les ouvriers qui le manipulent à Tétat métallique et chez ceux qui préparent ses composés. Ceux qui sont atteints le plus rapidement par le tremblement caractéristique sont les ouvriers qui respirent les vapeurs du métal émises à de hautes températurcs (ouvriers des mines argentifères, doreurs et argenteurs au mercure, constructeurs de baromètres, étameurs de glaces, imprimeurs sur drap, etc. (1). Les professions, qui exposent à l'intoxication mercurielle, sont au nombre de 24 seulement sur la nomenclature officielle. On en préserve les ouvriers en ne les laissant entrer dans les chambres de condensation que lorsqu'elles sont refroidies, en enfermant les fourneaux dans des cages vitrées (d'Arcet), en prescrivant aux ouvriers des lotions savonneuses ou chlorurées. On a également conseillé de leur faire prendre du lait, de l'iodure de potassium, de la limonade sulfurique.

L'intoxication par le phosphore s'observe dans les fabriques d'allumettes et se traduit par la nécrose du maxillaire, résultant de l'imprégnation des gencives par les vapeurs phosphorées et la pénétration de celles-ci jusqu'au périoste maxillaire, par les dents cassées. Cette maladie si spéciale a de tout temps préoccupé les hygiénistes. Ils ne se lassent pas de réclamer le remplacement du phosphore blanc qui est toxique, par le phosphore rouge qui ne l'est pas.

La question a été discutée plusieurs fois à l'Académie de médecine et tout récemment encore à propos d'une communication de H. Magitot (2). Le Conseil d'hygiène et de salubrité de la Seine a protesté à son tour. Les ouvriers des manufactures de Pantin et d'Auberviiliers ont réclamé et le ministre des finances a nommé une commission chargée de juger les produits nouveaux présentés par les fabricants. M. Schloesing a lu son rapport le 19 août 1895 à l'Académie de médecine, et l'on a f^t l'essai de nouvelles allumettes sans phosphore, qui ont donné de bons résultats.

Pour garantir les ouvriers de l'atteinte des poussières quelles qu'elles soient, la ventilation des ateliers est la première condition à remplir. L'emploi des appareils est le plus souvent nécessaire. Le chiffre moyen de 60 mètres cubes d'air à introduire par heure et par individu a été fixé par le général Morin (3) et adopté par les hygiénistes. Des hottes de dégagement, des cheminées d'appel^ des aspirateurs, des collecteurs de poussières sont disposés dans les points convenables ; enfin, dans beau-

^i) n faut joindre à ces professions celle de désinfecteur. On a observé des cas d'intoxication mercurielle chez les employés do la ville de Paris qui désinfectent les appartements et les mobiliers avec les pulvérisateurs répandant la solution de sublimé.

(2) Académie de médecine (séance du 12 mai 189.5).

(3) Général Morin, Manuel pratique de chauffage et de ventilation.

coup d'ateliers, on emploie des chasses ou ca^es vitrées dans lesquels l'ouvrier introduit les bras par des trous circulaires dont les portes se ferment quand il les retire. Enfin on a proposé une foule de masques, de respirateurs dont on trouve une dizaine de figurés dans les ouvrages spéciaux (1), mais que nous ne décrirons pas, parce que les ouvriers les trouvent gênants, grotesques, et ne veulent pas consentir à s^en affubler.

On peut les en dispenser, à l'aide d*une bonne ventilation, en leur défendant de prendre leurs repas dans les ateliers, en les forçant à se laver les mains avant de manger et en installant des bains-douches dans les grands ateliers.

b) Vapeurs et gaz. — Ces produits sont dangereux par leur action topique sur les muqueuses et par leur absorption. Les vapeurs acides et ammoniacales sont irritantes pour les muqueuses, celles d'acide hyponitrique qui se dégagent dans les laboratoires de chimie, dans les fabriques d acide sulfurique, de nitro-benzine, de celluloïd, etc., sont compromettantes pour les gens qui les respirent; elles causent des bronchites parfois sérieuses. Les vapeurs de chlore sont dans le même cas, celles d'acide sulfureux qui se produisent partout où on extrait le soufre, partout où on se sert de soufroir pour la désinfection, pour le blanchiment des murs, le soufrage des tonneaux, la vulcanisation du caoutchouc, causent des quintes de toux des plus pénibles.

Il faut noter parmi les gaz toxiques l'acide carbonique et l'oxyde de carbone qui se dégagent des poêles à combustion lente et qui se produisent dans les mines de houille ; Tacide sulfhydrique qui se produit dans quelques industries, ainsi que dans les fosses d'aisances, etc.

L(îs moyens de préserver les ouvriers de ces vapeurs et de ces gaz sont comme pour les poussières, la ventilation, l'emploi des hottes, des appareils aspirateurs, etc.

2° Chaleur, — Les ouvriers qui travaillent devant les feux sont exposés d'une part à l'action du calorique rayonnant, et de l'autre, à la température élevée du milieu dans lequel ils vivent. De plus, comme les travaux auxquels ils se livrent demandent une grande dépense de force musculaire, ils ont en plus à subir la fatigue et les sueurs profuses que déterminent à la fois l'effort soutenu et la chaleur.

Les professions qui exposent le plus à ces influences nuisibles sont celles de fondeurs de métaux, de forgerons, de verriers et de chauffeurs de machines à vapeur. Celles de boulanger, de pâtissier, de cuisinier viennent ensuite.

Les effets locaux du calorique rayonnant sont des brûlures ou des erythèmes, des éruptions d'acné, de furoncles. Les effets de la température ambiante sont une suractivité de la peau et de l'appareil cardio-vascu-

(i) Ces appareils sont décrits et figurés dans V Hygiène industrielle de A. Latet (Kncyclopédie dhygièney t. VI, p. 334).

lairc. D'après Shann, les maladies du cœur sont plus communes chez les forgerons que chez les autres ouvriers. A. Layet a signalé le premier la fréquence de la néphrite parenchymatetise chez les forgerons, et Blanchet a décrit en 1847 une affection spéciale aux fondeurs de métaux et en particulier aux fondeurs de cuivre. C'est une sorte de fièvre de surmenage.

L'action continue du calorique rayonnant jointe à Téclat des métaux incandescents détermine aussi chez les forgerons, et surtout chez les verriers, des accidents du côté des organes de la vision. La conjonctive hypérémique et la blépharite cilio-glandulaire ne sont pas rares dans ces professions et beaucoup de ceux qui s'y livrent sont atteints de bonne heure d'hypermétropie latente. Enfin la cataracte est encore le résultat fréquent de Texposition continue à la chaleur et à la lueur des feux. Sur 506 souffleurs de verre examinés par Meyhœfer, 59 étaient porteurs d'opacités cristalliennes.

Notons enfin les petites brûlures produites sur la cornée et la conjonctive par des particules incandescentes, et particulièrement par les éclaboussures des métaux en fusion.

Les précautions à prendre pour atténuer les inconvénients du travail devant les feux sont une ventilation énergique, la disposition de hottes avec un puissant tirage au-dessus des fourneaux, l'arrosage fréquent du sol pour diminuer la sécheresse de l'air et fixer les poussières. I^es forgerons portent des vêtements spéciaux pour les préserver de l'action des feux.

Enfin on ne saurait trop leur recommander le port des lunettes dont on a proposé déjà une foule de modèles très satisfaisants et qui sont préférables aux masques pour les raisons que nous avons déjà données. Au mois d'octobre 1892, l'Association des industriels de France ouvrit un concours pour provoquer la création d'un type de lunettes solides, légères, commodes et pas cher, protégeant les yeux sans gêner la vtie de ^ouvrier. Trente modèles furent donnés à l'examen de la Commission et treize reçurent son approbation (1). On n'a donc que l'embarras du choix.

3* Humidité. — Dans un grand nombre d'industries, les ouvriers sont obligés de travailler dans une atmosphère saturée d'humidité, et dans quelques professions ils vivent dans un véritable bain de vapeur. Dans les ateliers où l'air est humide et froid, les ouvriers contractent des bronchites, des angines, des douleurs rhumatismales ; quelques-uns sont atteints de sciatique, un plus petit nombre de néphrite catarrhale. A la longue ils subissent une détérioration lente de l'économie ; la plupart des gens qui travaillent dans les sous-sols et les caves présentent une disposition marquée au lymphatisme et à la scrofule.

(1) Voyez pour la description de ces modèles : Le^ lunettes d'a/e/iei\ par Honri Marny, directeur do l'Association des industriels de France contre les accidents du travail, mémoire lu A la Société de médecine publique, le 25 janvier 1893 IHevue d hygiène^ t. XV, p. 123).

Le séjour dos ateliers où l'air est chaud et humide tout à la fois, n'est pas moins nuisible à la santé, surtout chez les femmes et chez les jeunes sujets. Les uns et les autres s'y anémient.

La température de Teau détermine également des manifestations locales chez les personnes qui sont obligées d'y tremper les mains. Bernhard't a signalé chez les laveuses de vaisselle une sorte de névrose professionnelle des extrémités supérieures causée par l'emploi de l'eau trop chaude ou trop froide et caractérisée par une sensation de fourmillement, d'engourdissement, sans aucun trouble de la motilité. Des phénomènes analogues ont été signalés chez les blanchisseuses, chez les boyaudiers, chez les dégraisseurs dont les mains séjournent dans des solutions alcalines ou dans des bains de dégras. Les teinturiers, les décapeurs, les ouvriers employés à la fabrication de produits chimiques qui maintiennent souvent leurs mains dans des eaux chargées de principes caustiques, éprouvent parfois aussi des fourmillements, des engourdissements et des phénomènes d'anesthésie.

Toutes les professions qui forcent à travailler les bras ou les jambes dans l'eau pure ou chargée de principes irritants exposent à des maladies de peau professionnelles qui varient suivant la durée du séjour, la température et la nature des liquides.

Les mesures à prendre pour combattre l'humidité de l'atmosphère dans les ateliers consistent à les ventiler énergiquement pendant le travail, et à les aérer dans l'intervalle, par l'ouverture de toutes les fenêtres ou baies qui peuvent permettre un renouvellement de l'air et un assèchement rapide. Les murs des ateliers humides doivent être enduits, à leur partie inférieure, de revêtements imperméables en ciment ou en stuc ; le sol doit en être dallé ou cimenté et recouvert d'une mince couche de sciure de bois.

4° Bruit, — Le bruit qui se fait dans les ateliers est incommode pour les ouvriers et compromettant pour l'ouïe dans certaines professions. La surdité des chaudronniers est tout aussi connue et tout aussi fréquente que celle des artilleurs dont nous parlerons à propos de la profession militaire. Les forgerons, les serruriers et les tonneliers ont souvent, en vieillissant, l'oreille paresseuse. Les mécaniciens des chemins de fer sont dans le même cas. Pour eux la dureté de l'ouïe est le résultat du sifflet strident de la locomotive joint aux refroidissements et aux otites auxquels ils sont exposés par la violence des courants d'air quand la machine est en marche. Plus de la moitié d'entr'eux présente de la dureté de l'ouïe après vingt ans de service.

Le moyen de prévenir la surdité professionnelle consiste à se mettre du coton dans les oreilles. Il est réglementaire dans la marine à bord du vaisseau-école des canonniers.

IL AcciDEivTS DU TRAVAIL. — 1° Çauscs. — Lcs accidcuts des industries

sont presque toujours produits par les machines ou par les outils qu'elles font mouvoir.

Les accidents causés par les moteurs sont des explosions de chaudières, des broiements dans les engrenages, des arrachements de membres par les courroies ou par Tarbre de transmission.

Les explosions de chaudières sont dues le plus souvent à leur mauvaise construction, à des incrustations qu'y, produisent des eaux fortement séléniteuses ; parfois c'est la négligence du chauffeur qui n'a pas maintenu le niveau de l'eau ou porté la tension de la vapeur à un degré pour lequel la chaudière n'était pas construite. Ce dernier cas est fréquent dans les exploitations agricoles. Les explosions les plus formidables sont celles qui ont lieu à bord des grands navires à vapeur. Nous en parlerons à l'occasion de la profession navale.

Les broiements et les arrachements de membres, les terribles blessures produites par les scies mécaniques, les plaies causées par les peignes des filatures sont dues, dans les .trois quarts des cas, à l'imprudence ou à l'indocilité des ouvriers. Le plus grand nombre de ces accidents a lieu pendant le graissage des machines ou le maniement des courroies, lorsque les ouvriers se livrent à ces opérations pendant que les appareils sont en marche, malgré la défense qui leur en est faite (1).

Les différentes professions industrielles ont des accidents qui leur sont particuliers. La tète et les mains sont surtout menacées par les meules, par les machines à travailler le bois, par les différentes opérations des tissages dans les ateliers d'imprimeries, dans les fabriques de papier, etc. Dans les usines où on est obligé de se servir de grandes cuves remplies d'eau à une haute température, il arrive parfois que des ouvriers y tombent et il est rare qu'on puisse les en retirer vivants.

2* Statistique, — Le document le plus complet qui ait été publié sur les accidents du travail est le relevé suivant (voir à la page 872) dressé, d'après les statistiques fournies par l'office impérial des assurances on Allemagne, pour une période de cinq années (1888-1892) (2).

Ce tableau permet d'apprécier le peu de gravité de la plupart des accidents recensés par la faible proportion des décès survenus et des indemnités allouées ; mais M. Engel Gros serrant la question de plus près, a communiqué au Congrès international des accidents du travail à Berne en septembre 1891, une statistique d'après laquelle la proportion des accidents entraînant une incapacité de travail de plus de 13 semaines ne dépasse pas 4,14 pour 1,000 assurés. Cette statistique concerne plus particulièrement l'industrie textile ; celle des docteurs SchQler et Burkhard

(i) La proportion des accidents ainsi causés est de plus du quart du total. Elle est de 21 p. 100 en Angleterre et de 28 p. 100 en France.

(2) Bulletin du Congrès intemaiional des accidents du travail et des aawances sociales (1892).

CORPORATIONS INDUSTRIELLES (Moyennes pour 5 ans).

Ensemble des mines

Houillères

Carrières.

Industries du fer et de Tacier.

Verrerie

Poterie

Briqueterie

Produits chimiques

Usines à gaz et entreprises

hydrauliques

Industrie textile

Industrie de la soie

Papeteries.

Industries où Ton travaille

le bois

Meuneries

Sucreries

Distilleries

Brasseries..

Imprimeries

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