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IV. — PROFESSION MILITAIRE

L'armée, dit Michel Lévy, est ce que la font le recrutement et son genre de vie dont les conditions sont tout à fait spéciales. Elle se compose en effet d'hommes jeunes, et à peu près du même âge, ayant subi une sélection au point de vue de leur valeur physique et de leur santé, vivant en commun, loin de leurs familles, soumis à une réglementation uniforme. Sous le rapport du logement, de l'alimentation, du vêtement, des habitudes et des exercices, enfin exposés en temps de paix, comme en temps de guerre, à des fatigues et à des dangers d'un ordre particulier.

Après la profession de marin, c'est la plus spéciale de toutes ; elle a par conséquent son hygiène à part et nous allons en passer en revue les principaux éléments.

1. Recrutement. — La nécessité de n'admettre dans les armées que des hommes sains et vigoureux a été comprise de tout temps ; cependant il faut arriver à Tépoque contemporaine pour trouver à ce sujet une réglementation comportant des règles précises et basées sur des principes scientifiques. En France, la première instruction sur les conditions physiques de l'aptitude au service militaire porte la date du 2 nivôse an III (22 décembre 1794). Elle a servi de base à toutes celles qui ont passé depuis et dont la dernière, celle qui est en vigueur aujourd'hui, est du 13 mars 1894.

La nécessité d'un examen sévère ressort de l'importance des intérêts que le recrutement des armées met en jeu. D'une part, il importe de n'y admettre que des sujets ayant la force et la santé nécessaires pour résister aux fatigues et aux privations inséparables de l'état de guerre, parce qu'en campagne les hommes débiles sont des non-valeurs qui encombrent les ambulances et les hôpitaux, alimentent les épidémies et sont la source d'embarras continuels pour le commandement ; de l'autre il importe de ne dispenser du service militaire que les hommes inaptes à le supporter,

afin de ne pas affaiblir les contingents et de faire peser d*un poids égal sur tous les hommes arrivés à Tâge de porter les armes, ce qu'on appelle l'impôt du sang.

Le recrutement de Tarroée française est aujourd'hui régi par la loi du 20 novembre 1889, modifiée, dans quelques-uns de ses articles, par les lois du 6 novembre 1890, du 10 juillet 1892, etc.

Cette loi fondamentale commence par établir que tout Français doit le service militaire personnel pendant vingt-cinq années. Elle réduit à trois ans le service dans l'armée active et porte à quarante-cin<| ans Tàge de la libération complète. Elle permet les engagements volontaires.

1° Age. — L'âge moyen du recrutement dans les armées européennes est de vingt ans. Cette fixation n'a pas été dictée par l'hygiène ; les législateurs qui l'ont adoptée ont obéi à des conditions d'ordre social qui leur ont paru d'un intérêt supérieur.

A cet âge en effet, le corps n'a pas encore atteint tout son développement de résistance aux maladies. Les soldats d'aujourd'hui ne restant que trois ans sous les drapeaux, quittent l'armée au moment où ils commencent à s acclimater à la vie militaire ; ils traversent au service la phase critique de leur existence, celle des maladies infectieuses. Les armées anciennes composées de vieux soldats qui restaient très longtemps sous les drapeaux, comptaient peu de malades, tandis que les armées modernes en sont encombrées. En Crimée les conscrits ont été fauchés comme des épis, dans l'armée anglaise comme dans la nôtre. Dans la guerre franco-allemande, ils n'ont pas offert plus de résistance. En Algérie comme en Tunisie ce sont eux qui peuplent les hôpitaux ; mais rien n'approche de la mortalité des jeunes soldats d'infanterie de marine au cours des expéditions coloniales et celle de Madagascar a prouvé une fois de plus le peu de résistance des jeunes troupes dans les pays chauds.

î? Taille. — Une haute stature n'est pas une condition indispensable au service militaire ; mais les hommes trop petits ne peuvent pas faire de bons soldats. Ils n'ont pas la force de porter leur équipement, de manœuvrer leur arme s'ils sont fantassins, de seller leur cheval s'ils sont cavaliers et de manœuvrer leurs pièces s'ils sont artilleurs.

Le minimum de taille dans les armées européennes oscille à notre époque entre l'",60 (Suède) et 1"™,50 (Espagne et Portugal). En France, il est de 1"',54 et il ne semble pas pouvoir tomber plus bas.

S'' Périmètre thoragique et poids. — L'emploi de la balance dans les conseils de révision n'est pas en usage, en France, comme dans d'autres pays ; cependant le poids est un élément dont il serait bon de tenir compte.

Le rapport entre la taille et le périmètre thoracique a plus d'importance. Dès 1840, Michel Lévy avait éveillé l'attention sur cette question ; depuis cette époque on s'en est occupé dans tous les pays.

La mensuration thoracique a été réglementaire en Prusse pendant une dizaine d'années ; mais elle n'est plus employée aujourd'hui que dans les

cas douteux. En Autriche, l'instruction de 1867 prescrivait de n'admettre que les hommes ayant un périmètre thoracique supérieur de 25 milUmètres à la demi taille et de rejeter tout homme dont la poitrine mesurerait moins de 79 centimètres ; mais en 1869, il a été prescrit d'admettre les hommes bien constitués jusqu'à la limite minimum de 752 millimètres.

En Suisse, en Angleterre, aux Etats-Unis, en Portugal, en Belgique, il est également tenu compte du périmètre thoracique dans l'appréciatico de l'aptitude au service militaire.

En France, on n'est jamais entré dans cette voie de réglementation absolue. Aux termes de l'instruction ministérielle du 27 février 1887, la mensuration de la circonférence de la poitrine ne peut être considérée comme un élément absolu d'appréciation de l'aptitude physique au service militaire, le périmètre variant, avec la race, l'âge et la taille, les habitudes et la profession des individus. Toutefois on peut en tenir compte, dans de certaines limites, lorsque le périmètre thoracique est au-dessous de 0",78 ; il appartient au médecin expert de juger l'ensemble de l'individu et de voir s'il n'est pas trop faible de constitution.

L'intervention médicale dans ce cas est inscrite dans nos lois depuis celle de 1832 qui en a posé le principe ; mais son importance s'est accrue depuis lors. Un ou plusieurs médecins militaires siègent près des conseils de révision. Les recrues sont de plus soumises à deux nouveaux examens médicaux, l'un lors de leur incorporation, l'autre à leur arrivée au corps. L'aptitude physique du jeune soldat est déterminée par l'instruction ministérielle du 13 mars 1894. Cette instruction très détaillée a tenu compte des progrès de la science et des exigences Aes armées modernes. Elle permet de ne plus considérer comme motifs d'exemption certains défauts physiques qui ne sont plus incompatibles avec le service actuel en classant ceux qui en sont atteints dans les services auxiliaires.

La possibilité accordée par la loi d'ajourner pendant trois ans les hommes de taille insuffisante, ceux dont la constitution un peu faible parait susceptible de se fortifier, diminue notablement le nombre des hommes congédiés définitivement.

Pour constater le bénéfice qu'en retire l'armée, il suffit de comparer le nombre relatif des exemptés avant et après la nouvelle loi. Le D*" Morache en a fait le compte depuis 1844 jusqu'en 1889 (1). Il raconte que de 1831 à 1843, la moyenne des exemptés pour défaut de taille ou pour inaptitude physique était de 38,58 p. 100. De 1844 à 1868, la perte a été réduite à 32,60; enfin de 1875 à 1889, elle n'est plus que de 13,50 p. 100.

II. Casernement. — En temps de paix, le soldat est logé dans des casernes, des casemates ou des baraques, en temps de guerre sous la tente, au bivouac ou dans des cantonnements.

l*" Casernes. — Les casernes sont loin de répondre encore à toutes les

(Ij MoRACHE, Traité d' hygiène militaire, l») éditioD. Paris, 1874, p. 233.

conditions d'hygiène que nous avons indiquées en parlant des habitations collectives en général. Beaucoup de celles qui existent aujourd'hui sont situées à Tintérieur des villes ou à la périphérie sous le rempart. Les plus récemment construites sont toutes placées en dehors de Tenceinte. Cette dernière situation est la seule convenable. Pour les raisons que nous avons déjà données, il faut éloigner ces grandes agglomérations de jeunes hommes du centre des quartiers populeux et surtout ne pas les placer sous. le rempart. Ce voisinage nuit à l'aération et à Tinsolation des locaux et y entretient une humidité constante. L'habitation en pleine campagne n'a aucun de ces inconvénients.

Tout terrain destiné à la construction d'une caserne doit, aux termes de la décision ministérielle du 4 décembre 1889 : être alimenté en eau de bonne qualité, à raison de 70 à 100 litres par homme et par cheval.

Les bâtisses à destination de logements militaires peuvent se diviser en deux classes. Elles sont à étages ou sans étages. Les premières de beaucoup les plus nombreuses comprennent :

a). Les casernes du type quadrangulaire ou à la Vauban suivant lequel quatre bâtiments contigus par leurs extrémités circonscrivent une cour intérieure rectangulaire. Cette disposition est absolument contraire à l'hygiène. Dans cette cour, close par des édifices élevés, l'air ne se renouvelle pas, le soleil ne pénètre que dans les étages supérieurs et, comme les fenêtres des chambres s'ouvrent sur cette cour, les hommes ne respirent que l'air vicié qui sort de ce puits. La plupart des casernes des vieilles citadelles sont encore de ce type. On les conserve parce qu'il serait trop coûteux de les remplacer ; mais c'est au détriment de Thygiène.

b). Les casernes en fer à cheval dérivent du type précédent auquel on a enlevé un de ses côtés, et sont par conséquent mieux aérées. Si l'on coupe les deux angles du fer à cheval, on a le type français qui se prête beaucoup à Taération.

c). Les casernes linéaires sont constituées par un seul bâtiment allongé muni ou non de petites ailes en retour. Ce type est réalisé dans beaucoup de casernes dites à Vépreuve de la bombe. Lorsque la ligne de construction s'étend beaucoup et que de nombreux étages se superposent, la population devient trop dense et trop d*hommes sont réunis dans un espace trop restreint. Toutefois, comme le bâtiment unique reçoit l'air et la lumière par ses deux façades et par des fenêtres opposées, l'aération et l'insolation y sont bien assurées.

Les casernes sans étages qui forment la seconde des deux classes que nous avons admises sont représentées en France par les pavillons Tollet, en Allemagne, par les constructions Grûber Volkner qui n'en sont qu'une copie. Les premiers sont de forme ogivale à double paroi composée de f(T et de briques. Le coffrage ménage un vaste espace intérieur qui ne présente ni saillies, ni rentrants. L'aération est assurée par des briques ventilatrices, des fenêtres, des châssis, des impiétés et par une baie longeant le faite et recouverte d'un double toit.

g86 TRAITÉ D*HYGIÈNE PUBLIQUE ET PRIVÉE.

Les pavillons ToUet établissent la transition entre la caserne et le camp proprement dit. Ils se rapprochent de Tune par leur construction solide et de Tautre par leur isolement, le grand espace qu'ils fournissent aux hommes et retendue de terrain qu'ils exigent.

Entre ces deux modes de construction que nous venons de décrire, il y a le type à pavillons séparés dont on trouve un exemple dans les casernes Schomberg à Paris , dans la caserne Hoche à Grenoble , et le Block'System très en usage chez les Anglais. Dans l'un et l'autre, une partie des pavillons comporte un étage. Les Blocks ont en outre un sous-sol que ne possèdent pas les pavillons. Ces deux systèmes représentent le mode de casernement le plus favorable à la santé des troupes. La seule objection qu'on puisse leur faire, c'est d'exiger un espace considérable et de coûter cher.

3" Chambrées. — Les casernes se composent de chambrées dans lesquelles les hommes couchent, prennent leurs repas, nettoycnt leurs vêtements et leurs armes. La situation normale de ces chambrées est dans les étages moyens de la caserne. La règle en France est de ne pas les placer au rez-de-chaussée, d/br^ion dans les sous-sols qui doivent être absolument proscrits. Les mansardes trop chaudes en été, trop froides en hiver, difficiles à chauffer ne doivent jamais servir que comme logement temporaire.

Les dimensions des chambrées varient suivant le type de la caserne ; on regarde généralement comme les plus convenables, celles de douze ou de vingt-quatre lits. Le cube d'air qu'elles doivent renfermer était fixé par le règlement de 1856 à 12"=* par homme dans les casernes d'infanterie, et à 14™^ dans les quartiers de cavalerie ; depuis 1889, il est prescrit de ménager 17"^ par homme dans les casernes à construire. Il y en a 32 dans la caserne Schomberg et dans les pavillons Tollet. Les fixations réglementaires sont au-dessous de ce chiffre dans toutes les armées (1).

Le mobilier de la chambrée se compose de lits, de râteliers d'armes, de planches à bagage et à pain, de tables et de bancs.

Les lits sont rangés le long des murs à 0'",10 de ceux-ci et séparés de O^'jSS au moins l'un de l'autre.

Le lit du soldat français comprend le châlit (bois de lit), la paillasst*, le matelas, le traversin, les draps, une couverture de laine et une demicouverture servant de couvre-pied. On peut, en hiver, en accorder de supplémentaires.

Ce mode de couchage laisse à désirer. Les planches sont envahies par les punaises ; la paillasse devient un réceptacle de miasmes et de parasites. Il faudrait substituer des lits en fer aux châlits comme cela s'est fait déjà

(1) En Angleterre, il est alloué 16"'''*,98 à chaque soldat et 18™^ dans les casernes ilu nouveau type ; en France, de 13»3 4 15^3,30 ; en Autriche, 15»',30; en Suède, 19n»3

dans la plupart des armées européennes et remplacer les paillasses par des sommiers. Le ministère de la guerre en a plus d'une fois manifesté Tintention. En 1887, il a ouvert un concours pour le sommier à adopter. Divers modèles lui ont été soumis. Celui qui parait avoir eu la préférence est le sommier Herbert qui a été adopté pour Técole de Saint Cyr et pour Técole Polytechnique (1).

Malgré ses imperfections, le lit du soldat français est le meilleur des lits militaires. En Angleterre, le soldat couche sur un matelas supporté par une toile tendue dans un cadre. Le soldat espagnol n'a qu'une paillasse ; mais il a un oreiller, deux draps, deux couvertures et une courtepointe. Le soldat allemand et l'autrichien ont une paillasse et un traversin de crin, mais ni matelas ni draps. Les soldats russes ont couché, jusque dans ces derniers temps, sur des lits de camp, mais on commence à leur donner des lits ordinaires (2).

D'autres systèmes de lits ont été essayés à diverses reprises pour occuper moins de place dans la chambrée ; mais ils n'ont pas été adoptés, il en est de même de la proposition plus radicale faite par le D' Morache et consistant à remplacer les lits par les hamacs en usage dans l'année de mer, aussi bien dans les casernes des marins à terre qu'à bord des bâtiments. Cette mesure, qui serait incontestablement avantageuse au point de vue de l'hygiène, en faisant disparaître ces foyers de miasmes que les lits représentent, a toujours rencontré une opposition formelle de la part des généraux, même de ceux qui appartiennent aux troupes de la marine. Le lit, disent-ils, est tout pour le soldat, il s'y couche, y étale ses effets, s'y repose pendant le jour : c'est son home et il serait cruel de le lui retirer. Sans doute, mais les matelots, à terre comme à bord, n'ont pas cet agrément ; quand ils sont fatigués dans le jour, ils s'étendent sur le pont et y dorment à poings fermés.

Les tables sont placées au centre de la chambre et entourées de bancs. C'est là que le soldat prend place pour ses diverses occupations lorsqu'il ne se sert pas de son lit. La planche à pain suspendue au plafond est remplacée dans beaucoup de casernes par des armoires ou des caissons mais ce ne sont là que des demi-mesures ; ce que l'hygiène réclame c'est qu'on installe partout des réfectoires dans les casernes, ainsi que le prescrit la circulaire du 5 février 1894.

4'' Cuisines. — Elles laissent encore à désirer dans la plupart des casernes. Elles sont trop étroites, placées trop près des habitations qui reçoivent leurs buées ou situées au voisinage immédiat des latrines : leur sol non imperméable ou insuffisamment déclive, laisse séjourner les eaux ménagères ; elles manquent de dépendances pour loger les vivres, le

(1) Pour les diiïércrils modèles proposés successivement au ministre de la guerre, voyez encyclopédie iVhygiènt^^ t. VII, p. 133.

(2) ViRY. Principes (Vhyfjime militaire, p. 1T2.

charbon, nettoyer la vaisselle, éplucher les légumes, etc., enfin leur matériel est insuffisant.

Ces différents défauts sont destinés à disparaître peu à peu : de grandes améliorations ont été réalisées dans maintes garnisons et les règlements nouveaux et notamment la décision ministérielle du 4 septembre 1889, sont dictés en ce qui les concerne par une connaissanôe exacte des exigences de Thygiène.

Dans les casernes françaises les cuisines sont toujours situées au rez-de-chaussée. Il y en a deux par bataillon d*infanterie et deux par régiment de cavalerie.

8** Lavabos et bains. — On ménage en général, au pied de chaque escalier, un local dans lequel un tuyau de distribution d'eau court horizontalement au-dessus d'un auget et alimente de petits robinets situés à un mètre du sol environ. Le local est ouvert trois ou quatre fois par jour et les hommes s'y lavent la face, les épaules et les mains. Cet emplacement n'est pas sans inconvénient. Les hommes sont exposés à se refroidir, en s'y rendant à demi vêtus : il serait préférable que les lavabos fussent placés près dos chambrées, mais en dehors de celles-ci. Il y a de plus aujourd'hui, dans toutes les casernes, une salle de bains par aspersion^ avec une autre pièce servant de vestiaire. Nous reviendrons sur ces bains douches en parlant de la propreté du soldat.

G"" Latrines. Urinoirs. — Dans toutes les habitations collectives, les latrines sont la partie la plus défectueuse. Les casernes ne font pas exception, tant s'en faut. Les latrines y sont en général infectes et mal tenues. On a fait cependant, dans ces dernières années, de sérieux efforts pour les améliorer. Les règlements prescrivaient de les placer hors des bâtiments d'habitation, de les construire en fer et briques avec persicnnes, portes en tôle et lanterneaux d'aération. La circulaire du 4 décembre 1889 recommande de les diviser en box par des cloisons ne montant pas jusqu'au toit. Les angles doivent être arrondis et les parois imperméabilisés.

Les latrines dites à la turque sont en usage dans toutes les casernes, même dans la caserne Schomberg qu'on peut citer comme un modèle. Dans cet édifice, occupé par la Garde républicaine, elles sont situées dans de petits édicules à compartiments très rapprochés des pavillons d'habitation ; elles ont des parois imperméables (en lave), des orifices à la turque avec des chasses d'eau balayant aussi les urines en avant de la lunette des urinoirs séparés avec l'écoulement direct et immédiat à l'égout.

Serait-il possible de substituer à ces latrines à la turque des cuvettes à retenue d'eau et à siège mobile ? Le docteur Richard le pense.

Les latrines situées dans les cours exposent les hommes à contracter des refroidissements lorsqu'ils s'y rendent les nuits d'hiver ; aussi la circulaire ministérielle du 4 décembre 1889 a prescrit d'établir, à tous

les étages des bâtiments habités, des latrines de nuit comportant chacune un siège et un urinoir. Il en a été installé quelques-unes dans de vieilles casernes et ce système a été appliqué d'une façon très heureuse dans le nouveau quartier de cavalerie de Vincennes.

7*» Infirmerie. — Les règlements prescrivent d'isoler le plus possible l'infirmerie régimentaire des logements de la troupe afin d'éviter la propagation des maladies contagieuses. Elle doit comprendre plusieurs pièces ; la salle de visite contenant les armoires de la pharmacie, la salle commune, un cabinet d'isolement pour les contagieux, une petite salle de bains et des latrines spéciales, qui doivent être disposées comme celles des hôpitaux, c'est-à-dire munies d'une cuvette à retenue d'eau avec siège mobile. Le cubage des salles de malades doit être égal à celui qu'on exige dans les hôpitaux. 11 est inutile d'ajouter que la propreté la plus rigoureuse y est indispensable.

8' Corps de garde, locaux disciplinaires. — Les corps de garde et les locaux disciplinaires (salle de police, prison, cellules) n'ont pas besoin de confortable, mais ils ont droit à l'hygiène et dans beaucoup de casernes ses prescriptions y sont omises. Les prisons et les cellules surtout sont le plus souvent humides, mal aérées et d'une dimension cubique insuffisante. J'en ai visité où l'air était tellement peu respirable qu'il fallait en extraire les hommes de temps en temps. Dans les casernes de construction récente, les locaux disciplinaires sont bien disposés et suffisamment vastes.

9* Ecuries. — 11 a été longtemps en usage, en France, comme dans les armées étrangères, de placer les écuries sous les chambrées ; mais, depuis 1874, on a complètement renoncé à cette coutume insalubre. Elles constituent partout aujourd'hui des bâtiments complètement séparés.

10^ Chauffage, ventilation, éclairage. — Dans la plupart des casernes, les locaux habités sont chauffés à Taide de poêles en fonte de modèles assez primitifs. Il en est alloué deux par unité administrative d'un effectif réel de moins de iOO hommes et trois par unité administrative d'un effectif supérieur et un par chambre de sous-officier. La quantité de combustible fixée par le règlement ne permet pas d'y entretenir le feu toute la journée ; on se contente d'en faire le soir et d'en avoir l'apparence après les exercices (1).

En Allemagne, on se sert des poêles Meidinger à double enveloppe ; en Russie, en Hollande, les casernes ont des poêles en faïence. Dans les postes alpins du 14^ corps, on a expérimenté avec succès les poêles en briques. La nouvelle caserne de Sainte-Catherine à Briançon est chauffée et ventilée par un calorifère à air chaud (2).

Dans toutes les nouvelles casernes de Dresde, les réfectoires de la

(1) ViRY, Hi/tjii'îie militaire {loc. cit.), p. 81. 2) Revue du fjénie militaire, t. V, p. 52J, 1891.

troupe, les chambres des sous-officiers, les logements des officiers et ceux des ménages sont chauffés par des poêles ventilateurs à enveloppe de fonte ou de terre cuite qui sont en usage en Allemagne.

Dans les casernes qui ne sont pas munies de calorifères ventilateurs et c'est l'immense majorité, l'aération s'opère par les fenêtres qui doivent être larges, hautes, et monter jusqu'au plafond. On admet aujourd'hui qu'une bonne ventilation doit être calculée à raison d'un décimètre carré d'ouverture par homme logé, soit cinq centimètres pour l'entrée de l'air et cinq pour sa sortie. Pour favoriser la ventilation on n'avait recours autrefois qu'aux ventouses ménagées dans les murs de façade, les unes au niveau du plancher, les autres à la hauteur du plafond. Aujourd'hui on utilise les différents systèmes que nous avons indiqués dans le chapitre III.

La plupart des casernes sont éclairées au gaz, mais le plus souvent, dans les chambres, il n'y a que des lampes à l'huile et leur lumière est insuffisante pour permettre aux hommes d'y lire ou d'y travailler. II est évident qu'un jour l'électricité remplacera ces modes défectueux d'éclairage. Le ministère de la guerre a déjà fait cette substitution à l'école spéciale militaire de Saint-Cyr et les bâtiments que la ville de Lyon construit pour l'école de service de santé militaire seront éclairés à Télectricité. Le capitaine du génie E. Dubois (i) estime que ce mode d'éclairage ne peut être économique qu'à la condition que les appareils soient installés et exploités par les corps eux-mêmes.

B. Casemates. — Les casemates sont des locaux souterrains à l'abri de la bombe. Ce sont des habitations en sous-sol, humides et mal ventilées.

En prenant les précautions nécessaires pour assurer l'aération des locaux et en espaçant assez les hommes pour qu'ils aient un cubage de place supérieur aux 10*"^ prévus dans l'assiette du casernement, on peut autoriser l'habitation des casemates dès le temps de paix, sans inconvénient majeur pour la santé des soldats, mais à la condition qu'elles soient parfaitement sèches. Après les événements de 1870, plusieurs de nos casernes casematées ont dû être occupées hâtivement, avant leur assèchement complet, et l'on a vu se développer chez les hommes des accidents relevant étiologiquement du froid humide.

C. Camp permanent. — Il arrive parfois, même en temps de paix, que les troupes soient logées dans des camps dits permanents, constitués par des baraques et situés hors des villes. Les camps de Châlons, de Sathonav, ceux de Satory, de Villeneuve-l'Etang, de Saint-Germain, de Meudon, de Hoquencourt, de Saint-Maur, en sont des exemples ; mais c'est surtout en Amrriquc^ qu'on en a fait un large emploi lors de la guerre de St'^ccssion. LesîjOO.OOO volonlaires que le gouvernement fut obligé de lever au dchul de la guerre furent groupés dans des camps et logés dans des baraques

(1) K. Dubois, L'érlnirnge Hea rasrrnea par /'électricité (Bévue du génie milifairt^ t. VII, p. 92, 1893).

en bois dont M. Morache a donné le dessin dans son traité d'hygiène militaire.

En général, les camps permanents laissent à désirer sous le rapport de rhygiène. Le sol n'a pas été préparé pour recevoir une agglomération d'hommes, ni aménagé pour l'écoulement des eaux ; les baraques sont habituellement trop petites, mal aérées, insuffisamment chauffées en hiver. Les cuisines sont mal installées; les camps n'ont ni bains ni lavabos et les latrines sont d'un primitif déplorable. Ces inconvénients sont compensés par le grand air, la vie des champs, la dissémination des hommes sur un large espace.

D. Camp temporaire. — Dans les camps temporaires, la baraque est remplacée par la tente» cet abri primitif des peuples nomades et des armées anciennes. Les tentes sont individuelles ou collectives. Au premier ordre se rattache la tente-abri^ inventée pendant nos guerres d'Afrique, pour protéger les troupes contre les refroidissements nocturnes. On l'a perfectionnée depuis et elle est devenue réglementaire. Elle se compose de deux morceaux de toile de i'",70 sur l'",60, réunis à l'aide de boutons et de boutonnières, placées sur un support en bois et retenus par des piquets en bois. Elle est ouverte des deux côtés et abrite deux hommes (i).

Ces tentes ont rendu d'excellents services en Crimée, en Italie, au Mexique et pendant la campagne de 1870-1871. Elles ont été supprimées en 1878, excepté en Afrique, dans les colonnes et en pays de montagnes. On étudie de nouveaux modèles pour les remplacer.

La tente collective est représentée en France par la tente marabout ou tente turque. Sa capacité est de 30 mètres cubes, son diamètre inférieur de 7 mètres ; elle peut contenir seize hommes ; mais il ne faut pas autant que possible en loger plus de dix. Conique, soutenue au centre par un mât de 3 mètres, assujettie à la périphérie par des piquets et des haubans, elle est percée de deux portes qui peuvent se relever. La tente marabout est lourde, encombrante, donne trop prise au vent et on ne peut se tenir debout qu'au centre.

Les étoffes dont on fait les tentes doivent être imperméables.

Le sol qui les supporte doit être nettoyé, asséché, battu et entouré d'une rigole pour l'écoulement des eaux. Il ne faut jamais creuser le sol des tentes, car elles s'infectent aussi bien qu'une chambre et' il est indispensable de les aérer. Pour diminuer les chances de l'infection du sol, il est prescrit de déplacer souvent toutes les tentes ou au moins les abattre momentanément pour que le soleil et l'air donnent sur la place qu'elles occupaient.

Les rues d'un camp doivent être entretenues comme celles d'une ville. Les latrines doivent être à tinettes, mobiles, emportées fréquemment et

(1) Quatre ou six hommeft peuvent réunir leurs toiles. Dans ce dernier cas, ils disposent d*un cube d*air de ^«.30,

vidées au loin. Si l'on a recours comme latrines provisoires aux femllées, celles-ci seront placées, comme le prescrit le règlement, à cent cinquante pas en avant du camp. Chaque jour on enfouira les matières excrémentitielles, et les feuillées seront d'un accès facile et éclairées la nuit.

Lorsque la température n'est excessive dans aucun sens, l'habitation sous la tente est parfaitement compatible avec la santé du soldat, et cela pour les raisons que nous avons exposées lorsque nous avons parlé des camps baraqués.

III. Alimentation. — La nourriture du soldat a été de tout temps l'une des principales occupations des gens de guerre. Elle a suivi le progrès qui s'est accompli dans toutes les autres parties de l'hygiène militaire ; mais la difficulté du problème va toujours croissant avec le chiffre des armées. Dans les siècles précédents, il était toujours possible, en campagne, de nourrir tant bien que mal des armées de 30 à 40.000 hommes ; on avait affaire à des gens aguerris qui pouvaient pendant un certain temps supporter des privations sans faiblir. Aujourd'hui il s'agit d'alimenter avec une ponctualité absolue dans les distributions, des masses d'hommes décuples de celles d'autrefois, et ces hommes trop jeunes n'ont pas acquis toute leur force de résistance. Aussi le service des vivres en campagne a-t-il pris une importance dont le commandement est tout aussi pénétré que le corps des médecins militaires.

A. Ration journalière du soldat français. — La ration du soldat est différente suivant qu'il est en garnison à l'intérieur, en cours de manœuvre ou en campagne. Elle a été fixée de la manière suivante par les règlements :

Ration alimentaire du soldat français.

1° A Vintérieur et en paix (Décision du !•'' juillet 1873).

Pain (750 gr. de pain de munition bluté à

20 o/o et L50 gr. de pain de soupe)

Viande fraîche (non désossée)

Légumes frais

Légumes secs

Total,

Quantités.

l.flOOirr.

Azote.

42»r. ft

Carbone.

SOOirr. ,,

346«fT-

2° En cours de 7nanœ uvr es (bécÀsxoïi ministérielle du 11 janvier 1894).

Pain 7508^-

ou Biscuit 550

ou Pain biscuilé 700

Uiz 30

ou légumes secs 60

Sel 16

Sucre 2'

liafé torréiic 16

Viande fraîche 300irr.

ou Lard salé 240

ou Conserve de viande 200

Saindoux 30

Potage condensé (lorsqu'il est fait usage de conserve de viande) 25

Il peut ^tre alloué, en outre, sur Tordre du commandement, 0'"26 de vin et 0"*0625 d'eau-de-vie. Aujourd'hui, en vertu de la décision du il janvier 1894, le soldat français reçoit, même en garnison, du café qui est distribué chaque matin, à raison de S^ lorsqu'il est préparé au percolateur et de 8«' quand il est fait à la manière ordinaire. On y ajoute 8«' de sucre dans le premier cas et 10»' dans le second.

3* Ration de campagne. — Depuis le 19 mai 1890, elle se distingue en ration forte et ration normale de campagne, la première doit être allouée dans la période active d'une campagne, la seconde réservée aux stationnements de quelque durée ou aux périodes de la guerre n'imposant pas aux troupes des fatigues exceptionnelles.

La ration forte est constituée comme il suit (décision ministérielle du 14 janvier 1893) :

Pain TSOf-

ou Pain biscuité 700

ou Biscuit (3 galettes en moy.). 600

Viande fraîche 500

ou Lard salé 300

ou Conserves de viandes 250

Léj^umes secs ou riz 100

Saindoux. 30

Potage condensé (le jour où il est consommé des conserves de viande) 2^-

Sel

Sucre

Café torréfié....

ou — vert

ou — en tablettes

Dans la période active, il sera assez rare que les ordinaires se procurent du pain de soupe que l'administration ne pourra pas davantage assurer. La composition de la ration a été réglée dans cette prévision.

En outre des aliments ci>dessus, la ration simple de liquide (0',25 de vin, 0',50 de bière, 0',0625 d'eau-de-vie) est accordée de droit à tout homme de troupe bivouaqué.

La ration normale comprend :

Pain 150f-

ou Pain biscuité 700

ou Biscuit 600

Viande fraîche 400

ou Lard salé 240

ou Conserves de viandes 200

Lé^mes secs ou rix 60

Samdoux 30

Potage condensé (le jour où il est consommé des conserves de viandes) 25f<'-

Sel

Sucre

Café torréAé....

on — vert

ou — en tablettes

 C(*s rations normales viennent se joindre les aliments complémentaires achetés par les corps au compte des ordinaires, et accidentellement une ration de liquide accordée de droit à tout homme de troupe bivouaquant.

La ration du soldat en cours d'expédition dans les pays chauds est modifiée suivant les localités. Lorsqu'il est en garnison dans les colonies, il reçoit en principe la ration du marin en campagne. Cette ration peut être modifiée sur Tordre du gouverneur (1).

(1) G. Retnaud, W Armée coloniale au point de vue de Chygiène pratique [Archiver de médecine navale, 1892, t. LVII1>

894 TRAITÉ D'HYGIÈNE PUBLIQUE ET PaiVÉE.

La ration du soldat français a été considérée comme insuffisante par beaucoup d^hygiénistes, en ce qui concerne la quantité de viande délivrée, même depuis qu*on a porté la ration de 250 grammes à 300. J'ai moi-même fait souvent cette observation, en inspectant les régiments dUnfanterie de marine, et en voyant le petit morceau de viande qui revient à chaque homme, en sortant de la marmite. J'ai remarqué que les soldats souffraient de la faim et maigrissaient pendant la première année de leur présence au corps. Ces régiments, il est vrai, sont soumis à un entraînement spécial pendant le peu de temps qu'ils passent dans les ports, avant d'être embarqués pour les colonies.

Dans les garnisons de France, où les hommes sont moins nombreui, moins surmenés, où le personnel des officiers est moins mobile, où les ordinaires peuvent être administrés avec plus de suite, on parvient à varier le régime des soldats et à l'améliorer de façon à satisfaire complètement leur appétit. Si la ration de viande est un peu faible, en revanche, le pain est plus que suffisant et les soldats, provenant pour la plupart des campagnes, ne sont pas habitués à manger de la viande deux fois par jour. Ils s'habituent promptement au régime militaire plus substantiel en somme que celui qu'ils avaient chez eux.

B. Eléments de la ration. — 1^ Pain, — Le pain de munition est fait avec de la farine blutée à 20 p. 100, pèse i'^ëOO, tk heures après qu'il a été retiré du four et forme deux rations de 750 ^^ C'est le meilleur qui soit fourni aux troupes européennes. Il a une couleur franche, uniforme, d'un jaune foncé, une odeur douce, une saveur agréable. Il est bien levé, d'une élasticité convenable ; la mie est blanc-jaunàtre, spongieuse, parsemée de trous et se relève quand on l'a pressée.

2° Viande, — La viande de bœuf ou de vache est celle qu'on donne d'habitude au soldat. Le mouton entre dans l'alimentation normale des hommes dans une proportion moindre et variable suivant les localités. On admet en général six septièmes de viande de bœuf ou de vache pour un septième de viande de mouton.

La viande, avant d'être acceptée, est l'objet d'une inspection sérieuse. Le vétérinaire examine l'animal sur pied, le médecin visite l'animal abattu, secondé soit par le vétérinaire, soit par les membres de la commission des ordinaires (1).

En France, les troupes ne mangent de viande de porc qu'accidentellement, et c'est sous forme de lard salé ou de charcuterie.

La viande de cheval a de tout temps été consommée en temps de guerre ; mais on n'en a jamais fait de distribution régulière en temps de paix.

3^ Légumes, — Les commandants de compagnie font entrer, avec raison, les légumes secs (haricots, pois, lentilles) dans le régime de

(1) Décision ministérielle du 9 mai 1892.

leurs hommes. Ils font également partie des aliments de réserve ; mais ce sont surtout les pommes de terre qui font le régal des soldats. Cet aliment excellent, quoique peu nutritif, sert à confectionner, avec la viande, d'excellents ragoûts à Taide desquels ils satisfont à la fois leur goût et leur robuste appétit.

Les légumes verts entrent dans la confection de la soupe, cet aliment fondamental du soldat ; les choux, les carottes, les navets et les oignons sont les plus usités.

Nous ne dirons rien du riz qui commence heureusement à faire partie du régime des soldats, de la morue salée qui y est entrée depuis 1886 et de la choucroute qu'on ferait bien d'y introduire, ni des condiments qui n'ont rien de spécial.

4° Conserves. — En temps de guerre, on est souvent obligé de remplacer les vivres frais par des conserves. Cette nécessité s'impose surtout aux armées modernes, beaucoup trop nombreuses pour pouvoir vivre avec les ressources des régions qu'elles traversent.

On s'est surtout attaché à remplacer le pain par des préparations de moindre volume. On a commencé par recourir au biscuit puis on a essayé d'autres produits analogues proposés par des industriels tels que le biscuitpain Faille^ le bispain Serrant^ \epain condensé Eon-Onillon y le biscuit Sprath qui a figuré à l'Exposition de 1889 ; enfin l'administration militaire a ouvert, le 10 avril 1894, un concours pour la fabrication d'un pain de guerre ; il parait que ce concours n'a pas donné de résultat satisfaisant, car le Ministre s'est décidé à adopter le pain comprimé Perrier qui, depuis 1892, est entré dans l'alimentation des troupes à titre d'essai. Quant au biscuit Drey^ sans sel ni levure, il a été abandonné.

On a fait de grands efforts en France, comme à l'étranger, pour trouver des conserves de viandes nutritives et faciles à transporter. En ce moment le département de la guerre s'en tient à la méthode d'Appert dont il a légèrement modifié le mode de fabrication. Il a pour cela créé l'usine alimentaire de Billancourt, dans laquelle on prépare également des tablettes de viande de bœuf et de légumes, des tablettes de légumes secs ayant au centre une boule de graisse. Les unes et les autres sont destinées à faire un bouillon instantané et à remplacer dans les approvisionnements les extraits de viande et les bouillons concentrés.

Les armées étrangères font aussi usage de conserves. Les Autrichiens ont expérimenté en 1891 deux espèces de ôwci/iVs-t?ia«cfe4. Les Allemands ont consommé, pendant la campagne de 1870-1871, un saucisson de pois dont ils se louaient beaucoup et ils ont créé à Munster une usine alimentaire dans le genre de celle de Billancourt. Les Italiens ont fondé, près de Bologne, Tusine de Casaraltaqui fabrique, pour l'armée, des conserves par le procédé Appert.

C. Boissons. — 1® Eau, — L'eau est la boisson habituelle du soldat et il y a d'autant plus d'importance à lui en fournir de bonne qualité

qu'il est à l'âge où les maladies infectieuses sont le plus à craindre et que la plupart des épidémies qui sévissent dans les casernes sont dues à la contamination des eaux qu'on y boit.

Dans beaucoup de garnisons, l'eau laisse à désirer. En France comme en Allemagne, on trouve encore des casernes alimentées par des puits suspects creusés dans une nappe souterraine contaminée.

Au mois de septembre 1888, le Ministre de la Guerre prescrivit une enquête générale sur la qualité des eaux potables dans les établissements militaires et donna l'ordre de procéder à Texamen bactériologique des eaux suspectes. Sur les 325 analyses qui furent pratiquées immédiatement au laboratoire de l'Ecole d'application de médecine et do pharmacie militaires (Val-de-Gràce), cent dix-sept eaux seulement furent reconnues bonnes, soixante et une déclarées douteuses et cent quarante-sept mauvaises.

A la suite de cette enquête on a cherché sans retard à doter les casernements d'eau de source, partout où la chose a été reconnue possible : quatre-vingt-douze casernements dont l'effectif normal est de 42.937 hommes en ont été pourvus en une année. Par mesure transitoire l'eau de source a été amenée au moyen de tonneaux dans trente-six autres casernements affectés à 19.317 hommes, de telle sorte que, dès le l^^mai 1889, 160.000 soldats ont immédiatement bénéficié de l'usage des eaux de source, sans compter les réservistes et les territoriaux appelés à servir temporairement dans les mêmes quartiers (1). De plus, dans toutes les casernes où l'eau est suspecte, on a placé des filtres Ghamberland en nombre suffisant pour fournir toute l'eau nécessaire et une instruction a déterminé minutieusement la façon de les installer et de les nettoyer (2).

Le neUoi/eur mécanique du système 0. André a été adopté dans un grand nombre de casernes ; mais il ne donne pas de résultats complètement satisfaisants, malgré les nombreuses modifications qu'il y a apportées (3).

Quoiqu'il en soit les filtres Ghamberland donnent de bons résultats dans les casernes ; mais, en campagne, ils sont trop fragiles et difficilement transportables. C'est pourtant alors que l'épuration de l'eau présente le plus d'importance. C'est aussi pour ces conditions qu'on a recours à des procédés de filtration oœtemporanée (4). Parfois même on est obligé de recourir aux agents chimiques parmi lesquels l'alun occupe le premier

(1) D^ Schneider, médecin-major de l**^ classe. Communication faite au Congrès de Berlin en 1891.

(2) Bulletin militaire officiel du 22 juillet 1889, p. 324.

(3) Lacour Eymar. Expériences sur le filtre Chamherland à nettoyage mécanique, 0. André. {Revue d hygiène et de police sanitaire, t. XV, p. 486). — E. Guinochet, Expériences sur le filtre Ghamberland, système André (Journal de pharmacie et de chimie, !«'• novembre et l*"" décembre 1893).

(4) Instruction du Conseil de santé des aimées du 12 septembre 1881 sur les moyens de corriger l'insalubrité des eauxpotables.

rang (i). On a préconisé également le carbonate de soude, le lait de chaux pour les eaux trop séléniteuses, Vanticalcaire du docteur Burlureaux (2) et dans ces derniers temps le permanganate de potasse (3).

Ce sont là des expédients auxquels on ne doit recourir que quand on ne peut pas filtrer l*eau à l'aide d'appareils convenables.

La quantité d*eau à délivrer dans les casernes a été fixée de la manière suivante, par la décision ministérielle du 6 décembre 1889 :

Journellement 30 litres par fantassin.

Id 35 — par caYalier.

Id 50 — par cheval.

Id 100 — par cantine et ména^.

Mensuellement : 400 à 600 litres par voiture à deux ou à quatre roues (4),

Ces quantités sont indépendantes de celles qui sont nécessaires pour le service des latrines et des urinoirs ainsi que pour le nettoyage des égouts.

t" Boissons alcooliques. — Le soldat français ne reçoit de vin que dans des conditions exceptionnelles. On le distribue toutefois avec moins de parcimonie qu'autrefois. En Algérie on en délivre souvent aux troupes. Quand il y a menace d'épidémie, le commandement en concède volontiers sur la demande des médecins et il est permis aux capitaines d'eu distribuer exceptionnellement (5). Les troupes coloniales reçoivent un demi-litre de vin par jour.

L'eau-de-vie est encore distribuée plus rarement que le vin. Cependant, les décisions ministérielles permettent d'en donner 0"S062S aux troupes en cours de manœuvres et cette allocation est de droit lorsqu'elles bivouaquent. Cette eau-de-vie ne renferme que 47 p. 100 d'alcool pur, mais la quantité allouée est égale à deux petits verres. Il ne faut pas donner aux soldats ce goût dangereux*.

(Juant à Y absinthe^ au vermouth, au bitter, nous n'avons rien à ajouter à ce que nous en avons dit précédemment. L'alcoolisme est le fléau des armées, comme il est celui des populations. Il a diminué dans les corps de troupes, depuis que les hommes restent moins longtemps sous les drapeaux ; mais il y règne encore avec assez d'intensité, pour légitimer les mesures de rigueur qu'on peut opposer à un pareil vice.

IV. Vêtements et équipement. — Le vêtement militaire en France est maintenant d^une forme commode et de bonne qualité. On a supprimé

(1) BoucHARDAT, TrtHé d'hygiène publique et privée, Paris, 1893, p. 489).

(2) E. Burlureaux, Epuration de l'eau de bo'ssson {Archivet de médecine expérimentale, l*»" septembre 1892).

(3) F. CoRNiL, La purification dex eaux {Annales cThygiène publique et de médecine légale, janvier 1894).

(4) En Allemagne, la ration journalière est de 50 litres par soldat ; en Angleterre elle est de 70 litres.

(5) Décret du 20 octobre 1892, art. 358 inf.

Traité d'hygiène publique et prirée. 57

le col et diverses courroies aussi gênantes qu'inutiles. On a approprié le costume aux climats différents dans lesquels les troupes sont appelées à servir. Cependant les médecins militaires trouvent que la tunique d'infanterie n'est pas assez large, que la veste est trop étriquée et que la capote elle-même gagnerait à être plus ample et munie d'un col rabattu. Les deux points qui laissent encore à désirer sont la coiffure et la chaussure.

i** Coiffure. — La coiffure du fantassin est encore le képi. En 181W, le Ministre de la Guerre ouvrit un concours dans lequel deux cents modèles furent exposés ; aucun d'entre eux ne rallia les suffrages et on s'en est tenu au képi^ malgré les desiderata. En ce moment, on étudie un casque très léger en aluminium, dont le peintre Détaille a dessiné le modèle et qui sera remplacé à la caserne par un bonnet de police.

2*» Chaussure. — L'importance de la chaussure a été comprise par tous les chefs de corps depuis le maréchal de Saxe jusqu'à nos jours. L'histoire de nos guerres est remplie de faits probants à cet égard. Touraine (1) admet que, dans les premiers jours d'une marche, 25 à 30 hommes sur 100 sont atteints d'excoriations aux pieds et que 10 pour 100 viennent réclamer les soins du médecin du régiment. Brandt von Lindau écrivait en 1883 qu'en Allemagne on exempte 10.000 hommes par an du service actif et qu'on en réforme 400 pour maladies de pieds, que le nombre des journées d'exemption dues à cette cause s'élève à 60.000 par an en temps de paix et que le chiffre s'en élève considérablement en campagne (2).

La loi du 4 juillet 1881 a substitué dans l'armée française le brodequin napolitain au soulier dit national^ fabriqué par la maison Godillot sur vingt-quatre pointures et se portant avec guêtres en cuir ou en toile, dont le sous-pied assure la solidité de la chaussure. Cette même loi a stipulé « qu'il sera distribué à chaque homme, concurremment avec le brodequin, une chaussure dite de repos qui se composera du soulier actuellement en usage et d'une paire de guêtres blanches. » Il a fallu douze ans pour épuiser les approvisionnements de souliers à guêtres qui existaient dans les magasins et ce n'est que le 21 juillet 1893 que le Ministre a pu donner l'ordre d'en délivrer à tous les hommes.

Le brodequin est considéré à juste titre comme la meilleure chaussure du soldat. Celui qu'on a adopté dans Tarmée française est de beaucoup supérieur à l'ancien soulier ; mais il est un peu lourd et son mode de fermeture avec quartier et languette sur le cou de pied n'est pas irréprochable. 11 a, de plus, comme toutes les autres chaussures, l'inconvénient de ne pas s'adapter à la forme du pied. On n'a pas tenu compte, dans sa confection, des données scientifiques dont l'expérience a confirmé la

(1) PouRAiNE, Note sur la chaussure du fantassin {Mémoires rie méd., chirurg. et phai^. milit., 3« série, t. XXVIII, p. 66, 1872).

(2) Brandt von Lindau, Der deutscheii soldaten Fuss und Fusshekleidung ^ Berlin,

TRAVAUX ET PhOFESSIONS. 899

justesse et que nous avons exposées dans le chapitre consacré au vêtement (i).

Le raéme reproche peut ôtre adressé au brodequin Deschamps^ au soulier brodequin Félix Guérin, au botilloti à soufflet du capitaine Lacroix, au botillon Foresty à la bottine du système Barthe (2). Il n'existe en réalité que deux brodequins militaires originaux construits d'aprèfi le système dit rationnel de Meyer, c'est le brodequin du major Salquin et le brodequin Person (3). Cependant le Journal des Sciences militaires a préconisé récemment dans un article intitulé : La chaussure rationnelle du fantassin, le brodequin Bernais qui parait remplir toutes les conditions désirables (4).

3'' Equipement. — Dans les armées européennes, le soldat, outre ses vêtements, transporte avec lui ses armes, ses munitions, les objets indispensables à la préparation de ses aliments: marmite, bidon, seau en toile, etc., et une certaine quantité de vivres et quelques outils. La charge du fantassin constitue un élément important de la résistance physique de ce dernier pendant les marches et les manœuvres du temps de paix et du temps de guerre.

D'après Kirchner (loc. cit., p. 544), le poids porté par les fantassins des différentes armées serait dressé par le tableau suivant :

Armée allemaDde 32 . 840 gr* et prochainement .... 32 . 427 gr.

Armée austro-hongroise . . 29.480

Armée italienne 33.006

Armée suisse 43.212 et prochainement 30.373

Armée française 29.535

Armée anglaise 28.622

Armée russe 29.506

L*armement du soldat français comprend : le fusil modèle 1886 muni d*une épée bayonnette (fusil et bayonnette pesant 4^^,900), les munitions et outils de pionner, pelle, pioche, qu'on a rendu aussi légers que possible.

La tente de campement pèse 875 grammes.

Bien que le soldat français soit moins chargé que la plupart des autres, il Test encore beaucoup plus qu'il ne le faudrait et cependant avec le fusil à tir rapide, il faut augmenter le nombre des cartouches et le poids des munitions.

Or, il est impossible d'augmenter la charge du soldat français, il porte déjà la moitié de son poids et on s'en aperçoit dans les marches (5). il

{{) Chapitre V, article 1".

(2) La chaussure militaire (Bulletin de la réunion des officiers^ l»"" semestre 1879,

(3) Salle, La chaussure du fantassin {Archives de rnéd. et de pharm. milit., t. XXII, p. 351, 1893).

(4) ViSY, Principes d'hygiène militaire (loc, cit.).

(5) Le commandant Bonnel, de Joinville-le-Pont, a calculé que la charge du soldat entraîne une réduction d'un tiers du parcours dans lel marches et que 40 kilomètres parcourus avec le sac chargé équivalent à 60 kilomètre franchis les épaules libres.

faut donc compenser Taddition projetée par la réduction de ce qu'il porte déjà. On espère y parvenir en substituant Taluminium aux nnétaux plus lourds pour la confection des objets d'équipement, moins le fusil et sa bayonnette. On l'a déjà essayé en Allemagne en 1893 et en 1894 ; en France on s'était encore borné à des expériences, lorsque l'expédition de Madagascar fut résolue. Le Ministre de la Guerre décida alors que le corps expéditionnaire serait muni de bidons, de gamelles et de marmites en aluminium. Les expériences de Plagge à l'Institut Frédéric Guillaume (1) et celles de M. Balland à l'Hôtel des Invalides (2) avaient déjà démontré l'innocuité de ces vases et en effet, ils ont donné d'excellents résultats.

VI. Exercices. — Les exercices militaires ont pour but d'apprendre au soldat le maniement de l'arme dont il doit se servir devant l'ennemi et de l'amener par un véritable entrain ement à supporter les fatigues et les longues marches qu'il doit accomplir en temps de guerre. Les exercices lorsqu'ils sont conduits avec prudence développent le système musculaire aux dépens de la graisse, accroissent la capacité respiratoire et augmentent la force de résistance.

IJ entraînement à la marche est obtenu dans l'armée à l'aide d'une progression déterminée par les règlements de façon à ce que le soldat arrive à parcourir sans fatigue, avec sa charge normale, 30 kilomètres en huit ou dix heures. Arrivé là il est capable de soutenir les marches de guerre.

La gymnastique est également enseignée dans les régiments, ainsi que Véquitation pour les cavaliers dont elle constitue le principal exercice. 11 en est de même de la natation et de l'escrime ; mais ces exercices n'ont rien de particulier à la profession militaire et nous nous bornerons à renvoyer à ce que nous en avons dit à l'article précédent.

Yll. Morbidité et mortalité militaires. — Le soldat est pn'^disposé par soit âge, par le changement d'habitudes et de milieu, par Tenlraînement professionnel et par son entassement dans les casernes, à toutes les maladies qui procèdent de la vie en commun. Aussi les épidémies trouvent-elles, dans les casernes, un terrain tout préparé.

Malgré ces influences fâcheuses et grâce aux progrès de l'hygiène, le chiffre des maladies et celui des morts ont diminué d'une manière continue depuis un demi-siècle.

D'après les statistiques de l'armée, il passe par les hôpitaux et les infirmeries environ le dixième de l'effectif, sans compter les malades à la chambre. Quant à la mortalité, on l'estimait à 27,9 p. 1.000 soldats en

(1) Plagge, Deut. Milita' r Zeitschrîft, 1893, 8. p 329.

(2) Balland, î^ote sur Valuminium (Revue du service de V intendante^ 1892, l. V, p. 325).

1812, aujourd'hui, elle ne s'élève pas à plus de 7.60. p. 1.000 (1). Cette proportion est sensiblement inférieure à celle de la population civile du même âge, mais il faut tenir compte de la sélection du début et de Tépuration continue, par la réforme des malades et des malingres qui vont grossir la mortalité civile.

Les deux maladies les plus meurtrières dans Tarmée sont la fièvre typhoïde et la tuberculose; elles représentent à elles seules la moitié des décès si Ton tient compte de ceux qui surviennent parmi les phtisiques congédiés. Le tableau suivant le démontre :

Mortalité (à rintérieur) par fièvre typhoïde et tuberculose de

NuRTAl.lTÉ générale.

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