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MALADIES TRANSMISSIBLES

Quelle que soit leur cause ou leur provenance, les maladies transmissibles évoluent suivant trois modes différents qui ont reçu chacun une appellation spéciale consacrée par l'usage et devenue classique.

(1) Roux, Communication au congrès de Budapest (toc. cit.),

(2) Dans le i*^ semestre des années i888 à 1891, la mortalité par diphtérie avait été en moyenne de 2,G27, dans \c» 108 plus grandes villes de France, dans le l<^c semestre 1893, elle n*a été que de 904 , diminution 65,6 00). (Communication de M. Mons, de TAcadéroie de médecine).

Lorsqu'elles se produisent sous fonne de cas isolés ou limités à de très petits foyers, elles sont dites sporadiques ; lorsqu'elles atteignent un grand nombre de sujets à la fois, qu'elles frappent à coups redoublés au milieu des agglomérations, elles prennent le nom à'épidémiqites ou de pandémiques quand elles se généralisent et se répandent sur une portion importante du globe. On réserve au contraire le nom A' endémiques aux maladies qui restent stationnaires dans leurs foyers et tiennent à des causes locales en dehors desquelles elles ne sauraient se produire.

Les distinctions ont perdu de leur importance avec le progrès des connaissances scientifiques, comme Yinfection et la contagion. On leur consacrait jadis de longs articles dans les traités d'hygiène, aujourd'hui on n'en parle guère que comme souvenir du passé. C'est qu'en effet, elles ne reposent sur aucun caractère bien précis ; la différence entre les xndXdiAxe^ sporadiques, épidémiques eipandémiquesy n'est qu'une question de nombre. La même maladie peut évoluer sous ces trois modes et la variole nous en offre tous les jours l'exemple. Sporadique d'habitude, elle devient épidémique, lorsqu*on néglige la vaccination et revêt les caractères des plus redoutables pandémies dans les pays où la vaccine est inconnue.

Les grandes maladies exotiques comme la peste, le choléra, la fièvre jaune sont à la fois endémiqtces et épidémiques. Cantonnées d'habitude dans leurs foyers d'origine, elles en sortent de temps en temps pour parcourir le monde et c'est alors qu*elles intéressent la police sanitaire.

Quant aux endémies vraies, a celles qui ne sortent pas de leurs foyers, le nombre en est assez restreint. Elles ne sont représentées que par le groupe des affections paludéennes, par quelques maladies alimentaires comme la pellagre et des affections comme le dragonnèau, le pied de Madura, la plaque polonaise.

En hygiène, la destruction la plus pratique est celle qui consiste à partager les maladies transmissibles en deux groupes. Les maladies infectieuses d'origine exotique, et les maladies infectieuses indigènes. Cette distinction n'a rien de bien scientifique, rien de rigoureux ; mais elle sert de base à la prophylaxie sanitaire et c'est sur elle que les règlements sont fondés. C'est là ce qui nous a décidé à l'adopter.

§ H. — MADADIES PESTILENTIELLES.

Les maladies auxquelles on donne ce nom dans le langage sanitaire, sont la peste, la fièvre jaune et le choléra. Les deux premières ne sont plus pour nous l'objet d'une préoccupation constante ; mais le choléra constitue une menace incessante pour l'Europe où il semble vouloir s'acclimater.

I. Peste. — C'est la plus terrible des maladies populaires, le plus meurtrier des fléaux qui ont ravagé le monde. Elle est apparue en Europe au vr siècle et y a fait, en cinquante-deux ans, cent millions de victimes. A partir de ce moment, elle a paru sommeiller jusqu'au xi*" et s'est alors réveillée pour ravager la terre sans trêve et sans merci jusqu'à la formidable explosion du xiv^ siècle qui sembla devoir porter le dernier coup à l'espèce humaine. Cette épidémie fut si terrible que l'imagination terrifiée des populations ne savait plus quel nom lui donner. On l'appela la, grande peste, la mort noire, la mort dense ou tout simplement la mort. Les médecins la désignent aujourd'hui sous le nom de peste noire, \es historiens sous celui de peste de Florence, En quatre ans, elle dévasta tout le monde connu. On estime le nombre de ses victimes à 77 millions dont 40 pour l'Europe. Les grandes villes d'Italie furent dépeuplées. Florence perdit iOO.OOO de ses habitants, au dire de Boccace, du mois d*avril au mois de juillet 1348, Gènes compta 40.000 morts, Naples, 60.000 et Venise, 70.000. Quatre-vingts familles patriciennes y furent éteintes d'un seul coup dans la ville d'Oger et les membres du grand collège se trouvèrent réduits de 1.250 à 380. Cette effrayante mortalité, cette destruction sans exemple dans Thistoire du genre humain semble avoir épuisé la virulence de la peste, car, à partir de cette époque, ses ravages diminuèrent sensiblement. 11 y eut sur certains points des épidémies formidables comme celle qui ravagea Marseille en 1720 ; mais elles restèrent localisées à une région et n'eurent pas. ce caractère de généralisation rapide de la peste noire. Aujourd'hui l'Europe en est à peu près affranchie. Cependant, dans notre siècle, elle s'est montrée sur quelques points isolés de la Méditerranée ; à Malte en 1813, à Noïa en 1815, aux Baléares en 1819 et enfin, après un intervalle de soixante ans, elle se montra tout à coup, au mois d'octobre 1878, sur les bords du Volga, dans le district d'Astrakan et dans le petit village de Vetliunka, d'où elle s'étendit à quelques localités d'aussi peu d'importance. Elle fut éteinte sur place, grâce aux procédés expéditifs auxquels eut recours le général Louis de Melekof envoyé sur les lieux à cet effet et muni de pleins pouvoir?.

Cette invasion du sol de l'Europe par une maladie à laquelle personne ne songeait plus, y causa une émotion des plus vives ; on se demanda si nous n'alUons pas voir la peste reprendre le chemin des grandes épidémies d'autrefois et cheminer de l'Orient vers l'Occidtînt, en ravageant tout sur son passage. Cette crainte n'était pas partagée par les médecins mieux au courant que le public des causes des épidémies. La peste est une maladie de misère qui ne germe que sur les fumiers. Il lui faut ses auxiliaires naturels : la faim, la malpropreté des .habitations et des personnes, avec l'infection qui en résulte.

n ne s'écoule jamais dix ans sans qu'on la signale quelque part, mais c'est toujours au milieu de populations pauvres, vivant dans une incurie

et une saleté dont la civilisation a depuis longtemps fait justice parmi nous. C'est la Perse, l'Arménie, la Mésopotamie, FArabie, les régences de Tunis et de Tripoli qui en sont le théâtre. Enfin elle règne toujours sur quelque point de son pays d'origine, dans la Chine ou dans l'Inde, et tout récemment encore elle sévissait avec intensité dans la grande ville de Canton et dans Tile d'Hong-Kong qui est, comme on le sait, avec Shanghsu, Tentrepôt du commerce de l'Angleterre dans l'Exlréme-Orient.

En résumé, voilà treize siècles que la peste est apparue et ce n'est pas une maladie éteinte car elle règne toujours quelque part. « C'est un » volcan, disait Jareset, dans son style imagé, qui, allumé du temps de j» Surtûnen, jette continuellement des étincelles et menace de faire » explosion ». Nous venons de dire notre avis sur les craintes que ce fléau doit nous inspirer ; mais lorsqu'on le voit encore rôder autour de nous, la prudence la plus vulgaire exige qu'on y veille et qu'on applique d'une manière sérieuse les mesures sanitaires qui peuvent nous en préserver.

II. Fièvre jaune. — La fièvre jaune est une maladie plus essentiellement exotique que la peste. C'est une affection des pays chauds, dont le domaine géographique est restreint et qui ne supporte pas les basses températures. Il n'y a donc pas à craindre qu'elle s'acclimate sous nos latitudes ; mais elle pourrait faire de terribles incursions dans le midi de l'Europe et dans le nord de l'Afrique, et cela lui est arrivé plusieurs fois. La crainte de la voir apparaître de nouveau parmi nous, devient de jour en jour plus sérieuse à mesure que les communications avec l'Amérique deviennent plus fréquentes et les traversées plus rapides. Son domaine géographique, loin de se restreindre comme celui de la peste, s'est notablement agrandi depuis l'application de la vapeur à la navigation.

Il n'y a guère qu'un siècle et demi qu'elle a traversé l'Océan Atlantique. Signalée pour la première fois sur le littoral du Mexique, à l'époque de la conquête espagnole, elle avait déjà envahi les grandes Antilles au xvi« siècle. Au xvu"on la vit apparaître dans les petites, descendre la côte de l'Océan Atlantique jusqu'au Brésil et la remonter jusqu'à Philadelphie, sous le 40« parallèle. Le xviii® elle traverse TOcéan et fait explosion à Cadix en 1730, en 1734 et à Malaga en 1740. En même temps, elle franchit la Cordillière, arrive par terre sur la côte du Pacifique et éclate à Guyaquil.

Avec le xix® siècle commençait les grandes épidémies d'Europe. En 1800, le fléau sévit à Cadix et dans les provinces voisines. On le voit à Magala en 1803, en 1804 à Gibraltar et à Livourne, en 1811 à Carthagène et à Murcie; en 1814, il reparait à Gibraltar, en 1819 à Cadix ; puis arrive en 1821 la grande épidémie de Barcelone et en 1828 celle de Gibraltar. Une assez longue période de repos succède à ces invasions successives ; puis en 1857, on voit la fièvre jaune éclater à Lisbonne et y faire 10.000

victimes. Depuis ce moment, elle est encore apparue sur plusieurs points des côtes occidentales de l'Europe, mais sans s*y propager. Ainsi, on Ta vue à Brest en 1815 et en 1839, à Southampton en 1850, à Saint-Nazaire en 1861, à Falmouth en 1864 et à Swansea en 1865. La dernière épidémie d'Europe a eu lieu à Lisbonne en 1870 ; elle y a fait 2.658 victimes du l**" août au 21 novembre (1).

La fièvre jaune occupe actuellement trois grands foyers endémiques qui ont été bien décrits par le D' Corre(2). Le premier, le foyer primitif, était probablement au début limité au territoire de la Yera-Cruz. 11 s'est étendu de là à tout le golfe du Mexique depuis la Floride jusqu'à la pointe du Yucatan. Il occupe les grandes Antilles et menace de s'étendre aux petites. De ce foyer, la maladie part de temps en temps pour ravager le littoral atlantique des États-Unis où elle semble gagner du terrain à chaque épidémie. Dans la dernière, celle de 1878, elle a pénétré dans l'intérieur et remonté le Mississipi jusqu'à Saint-Louis ; elle s'est répandue dans le Tennesse, le Kentucky, l'indiana, l'Illinois, etc., et a remonté jusqu'au 45* degré de latitude Nord. Dans le Sud, ses incursions s'étendent aux Guyanes et au Brésil où elle a constitué un foyer endémique secondaire. A l'Est elle gagne fréquemment les ports du Pacifique depuis l'établissement des chemins de fer qui traversent l'isthme de Panama; elle les atteindra plus souvent encore lorsqu'on sera parvenu à creuser le canal qui doit un jour relier les deux mers. Elle est déjà descendue jusqu'à Yalparaiso et Santiago.

L'Europe est surtout menacée fmr le foyer brésilien qui s'est définitivement établi pendant la période épidémiquede 1850 à 1858. La maladie s'est montrée maintenant tous les ans, avec des alternatives d'apaisement et de recrudescence. Elle menace de là le littoral argentin, ainsi que la côte d'Afrique et l'Europe. Les paquebots de Bio-Janeiro l'ont transportée à Gorée en 1878 et pourront un jour l'apporter à Lisbonne et à Bordeaux. On a déjà vu plusieurs fois des cas isolés au lazaret de Trompeloup.

Le troisième foyer, le foyer africain, a pour siège la colonie anglaise de Sierra-Leone. Il a été constitué au commencement du siècle et depuis on voit la fièvre jaune y éclater, sans qu'on puisse invoquer une importation nouvelle. Sa présence dans ces parages est une menace perpétuelle pour notre colonie du Sénégal et pour la côte occidentale d'Afrique où elle se répand de temps en temps depuis le 10* degré de latitude Sud, jusqu'au 17* degré de latitude Nord. Du foyer africain, la maladie retourne parfois vers son point de départ et retraverse l'Atlantique en sens inverse. C*est ainsi qu'en 1847, elle a été importée à la Barbade, par le Grotoler, venant de Siorra-Leone. Elle part aussi de ce comptoir pour aller en Angleterre. Elle est amenée par cette voie à l'île de Wight en 1845 et à

(1) Rapport de M. Duboul du 7 janvier 1871 (Recueil des trnvaux du Comité consultatif d'hygiène publique, 1875, t. XIV, p. 213).

(2) A. Coure, Traité des fièvres bilieuses et typhigues des pays chauds^ Paris, 1883.

Falmouth en 1874. En 1865, un navire parti de Sainte-Marie de Bathurst Ta apportée à Swansea.

Le domaine géographique de la fièvre jaune va, comme on le voit, toujours en s'élargissant. En même temps qii'elle s'étend sur le littoral, elle pénètre dans l'intérieur des continents qu'elle avait jusqu*ici respectés et s'élève ù des altitudes qu'elle n'avait pas encore atteintes. Sa lélhalité, loin de décroître, n'a fait qu'augmenter. Elle est plus meurtrière aujourd'hui qu'elle ne Tétait il y a un demi siècle, à l'époque où je l'ai observée pour la première fois aux Antilles. A cette époque, et sous l'empire des doctrines régnantes, on ne prenait aucune précaution contre elle. Les communications ne subissaient aucune entrave ; on renouvelait les garnisons en pleine épidémie et chaque nouveau convoi de jeunes soldais d'Europe fournissait à la maladie un aliment nouveau ; mais au plus fort de ces recrudescences, elle n'atteignait pas le degré de mortalité proportionnelle auquel elle s'élève aujourd'hui.

Dans l'épidémie qui a ravagé le Sénégal en 1878, la population européenne y a perdu 43 p. 0/0 de son effectif, l'infanterie de marine plus de la moitié du sien. Il faut remonter au temps de la peste noire pour trouver une mortalité pareille. Vingt-deux médecins de la marine y sont morts en quelques mois. La mortalité a été aussi considérable aux États-Unis, pendant l'épidémie qui y régnait cette même année. On a vu des villes dépeuplées en quelques semaines et jamais on n'y avait enregistré un nombre aussi considérable de décès.

Cette extension et cette malignité croissantes ne permettent pas de se départir de la vigilance qu'on a montrée jusqu'ici. Il n'y a pas à craindre que la fièvre jaune s'acclimate sous notre latitude. La température ne le permet pas. 11 ne faut pas oublier toutefois qu'en 1703, elle a fait 118 victimes en 9 jours, alors que le thermomètre était à zéro, qu'elle a fait des ravages dans cette même ville en novembre et en décembre 1762(1). 11 serait donc imprudent de compter sur notre climat pour nous assurer une immunité complète. L'hiver lui-môme n'est pas une garantie absolue et nous avons parfois, pendant Tété, des chaleurs qui ne le cèdent en rien à celles des régions intertropicales. S'il advenait par exemple qu'un paquebot transatlantique vint mouiller à Saint-Nazaire pendant les journées brûlantes du mois d'août, avec la fièvre jaune à son bord comme cela est arrivé en 1881 à la Ville-de-Paris et qu'on eut l'imprudence de lui donner la libre pratique, les passagers pourraient être à Paris douze heures après et y apporter la maladie, et lorsqu'on pense à sa formidable puissance de destruction, on frémit en songeant à ce qui pourrait se passer si elle éclatait au milieu d'une population de plus de deux millions d'âmes, avec la violence qu'elle a montrée, en 1878, au Sénégal et aux P!tats-Unis.

(1) A. CoRRE. Traité des fièvres bilieuses et iyphiques des pays chauds, {loc, ci7., p. 446).

lU. Choléra. — C'est le fléau exotique que l'Europe contemporaine est forcée de subir. Depuis soixante ans, il en est à sa septième invasion. Les trois premières ont causé, en France seulement 346.478 décès, sur une population moyenne de 34.486.535 habitants. Les deux suivantes ont été beaucoup moins meurtrières, la sixième n'a fait que 11.707 victimes. Sur 37.672.048 habitants, la dernière a encore été plus insignifiante. L'atténuation est encore plus frappante quand on la constate dans un grand centre de population comme Paris où la première épidémie, celle de 1832, a causé une mortalité de 234,16 p. 10.000, tandis que celle de 1884 n'a enlevé que 4,07 sur 10.000 habitants.

La diminution de la virulence des microbes du choléra ne se traduit pas seulement par la diminution du nombre des décès, mais aussi par le choix de ses victimes. La maladie ne s'attaque guère qu'aux gens éprouvés par des maladies antérieures, par la misère ou l'alcoolisme. Il lui faut le concours des prédispositions antérieures; elle a besoin d'un terraio préparé, tandis que lors des premières épidémies, elle ne respectait personne. Enfin, on commence à voir survenir ces épidémies qui rappellent les formes frustes de la peste et de la fièvre jaune. Celle qui a sévi à Lisbonne en 1894 en est un exemple remarquable.

Y. Nature des maladies pestilentielles. — Leur contagion n'est plus contestée par personne. C'est un point de doctrine bien fixé aujourd'hui. Les discussions qui ont eu lieu à ce sujet n'ont plus qu'un intérêt historique et nous ne nous y arrêterons pas. Les preuves de leur transmission directe, de leur transport à distance ne se comptent plus et il a fallu tout ravcugloment que cause Tesprit de système pour qu'on ait pu si longtemps fermer les yeux à la vérité. Cependant et quelque étrange que cela puisse paraître, les germes de ces maladies qui sont le type de la virulence n*ont pas encore été découverts. On a maintes fois cru qu'on y était parvenu, on Ta annoncé urbi^i orbi mais les recherches ultérieures n'ont pas confirmé ces expériences et nous sommes encore dans le doute au moins pour deux d'cntr'elles.

Lk peste, par son éloignement et les régions dans lesquelles elle évolue s'était soustraite jusqu'ici aux recherches des bactériologistes ; mais lors de l'épidémie qui a sévi à Hong-Kong en 1894, le ly Yersin, l'élève et le collaborateur du \y Roux est allé étudier la maladie sur les lieux et en a trouvé le microbe (1). Cette découverte fut annoncée à l'Institut Pasteur par une lettre du D*^ Yersin, que M. Duclaux communiqua le 13 août 1894 à l'Académie des sciences. C'est un bacille très petit, court, à bouts arrondis. 11 se trouve en abondance dans les bubons ; il est moins abondant dans les autres ganglions, dans le foie et dans la raie, très rare dans le sang au moment de la mort.

(1) Les journaux avaient annoncé quelque temps auparavant qu*un médecin japonais avait fait la môme découverte.

h9i fièvre jaune a plus d'une fois trompé les espérances des expérimentateurs. Pendant l'épidémie de 1876, dont nous avons fait ressortir la violence exceptionnelle, les médecins américains ont vainement examiné le sang et les autres liquides de l'économie chez des malades atteints du typhus amaril^ et n'y ont rien découvert quoiqu'ils observassent sur les leurs et à des grossissements de 4.500 diamètres. Nombre de médecins se sont inoculé sans résultat la salive et le sérum du sang des malades. Les injections sous-cutanées pratiquées sur des chiens par le I> Burot n'ont pas réussi davantage (4). La méthode des cultures elle-même a échoué entre les mains de M. Pasteur lui-même. En 4887, il alla s'enfermer dans le lazaret de Trompeloup, où quelques malades de fièvr^e jaune avaient été déposés peu de temps auparavant par un paquebot revenant du Brésil et du Sénégal. 11 s'attendait à en voir arriver d'autres par les courriers suivants, mais le Richelieu qui se présenta le premier devant Pauillac et qui avait en tout deux passagers atteints pendant la traversée, n'avait plus à bord qu'un convalescent. M. Pasteur qui ne pouvait pas prolonger indéfiniment son séjour au lazaret, se décida, sur mon conseil, à s'adresser à un médecin de 4'^ classe de la marine que je lui désignai, le D''Talmy, qui alla le rejoindre à Trompeloup et partit pour le Sénégal, après avoir reçu les leçons du maître, pour y recueillir du sang sur les victimes de l'épidémie qui régnait encore. Il suivit à la lettre les instructions de M. Pasteur et lui renvoya du Sénégal des tubes remplis de sang recueilli dans les meilleures conditions ; mais c'est en vain que l'illustre physiologiste multiplia ses recherches en variant les bouillons de culture, il n'eut pas la satisfaction d'y voir apparaître le microbe qu'il cherchait.

Les médecins du Brésil se sont vantés à diverses reprises de l'avoir découvert. En 4883, le D*" Lacerda prétendit avoir trouvé un parasite spécial de Tordre des champignons dans le sang et dans la matière des vomissements noirs (2). L'année suivante, le professeur Domingos Freire, annonça la découverte dans tous les liquides des sujets ayant succombé au typhus amaril, d'une algue du genre cryptococcus auquel il donna le nom de cryptococcus xantho-génicus, 11 fit connaître ses recherches dans plusieurs brochures et les adressa à l'Académie de médecine qui me chargea de lui en rendre compte (3), mais leur lecture n'a pas porté la conviction dans mon esprit.

Nous sommes plus avancés en ce qui concerne le choléra. Le !> R. Koch a fait la découverte de son microbe. On avait avant lui trouvé maintes fois dans le tube digestif des malades, des organismes micros-

(1) D"" Burot, Ut la fièvre dite bilieuse inflammatoire à la Guyane, Paris, 1880, p. 480.

(2) Voyez, dans la Gazette des hôpitaux: du 8 septembre 1883, un extrait de la Gazetta de îioticiasde Riode-Janciro, traduit par le D"" J. A. Fort.

(3) Jules RoCHARD, Rapport sur un travail de M. le D' Domingos Freire, intitulé : Etudes expérimentales sur la contagion de la fièvre jaune (Bulletin de t Académie de médecine, séance du 16 mai 1884;.

copiques auxquels on avait attribué la spécifité cholérigène. En 1854, un savant italien, Fracini, signala la présence d*un parasite de ce genre dans les selles riziformes et dans l'intestin des malades (1). En 1874, le !> Edouar Nicdzwiedzki en décrivit un semblable dans un opuscule en allemand, publié à Leipsig (2). Ces indications avaient passé complètement inaperçues losque le choléra éclata en Egypte, au mois de juin 1883. Le gouvernement allemand, envoya, sur les lieux, le !> Koch que la découverte du bacille de la tuberculose avait déjà fait connaître dans le monde savant. Ses recherches portèrent sur douze malades et sur dix cadavres (3). 11 trouva dans les déjections des premiers et l'intestin grêle des seconds, le bacille virgule qu'il a décrit et qui fut également reconnu par les savants de la mission française : MM. Strauss, Roux, Nocard et Thuillier, qui avaient été envoyés en Egypte à la même époque et dans le même but. Ni les uns, ni les autres n'ont pu trouver le microbe dans le sang ni dans les viscères; il manque même parfois dans des cas de choléra foudroyant.

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