T0 toone
Loiiv-lnferieure
VeiuKv
Morbihan
*iiroiuio •
• 270.145 T«^ndis que les salines du Midi donnaient âaVlio tonnes en 1S86, l'Ouest n*en fournissait quc7i.0iM tonnes. La prvsiuotion du sel a diminué depuis ISS2. c'est-à-dire pendant une pt^rimle do quatrt' annota de 43.I8,> (onnos. La diminution porte sartool sur les salines de l\>uest dont Valviudou augmente de plus en plus.
à des dépenses qu'il ne peut souvent pas supporter. Lorsqu'il s'agit aussi de plusieurs marais et de propriétés communales, les embarras sont encore plus grands.
Le marais de Portnichet (Loire-Inférieure), dont Tinsalubrité a été Toccasion de projets d'assainissement récemment soumis à l'examen du Comité consultatif d'hygiène publique, est dans ce cas. Plusieurs propriétaires sont intéressés à des travaux communs, différentes administrations y doivent participer. Il ne peut donc y avoir là d'action partielle.
Aussi, dans l'affaire du marais de Portnichet, le D'' Napias, rapporteur, reprenait la conclusion de Melier relative à l'insuffisante législation concernant les marais salants. Des projets à ce sujet avaient été à diverses reprises préparés et aucun n'a eu la chance d'aboutir. Le Comité consultatif d'hygiène en 1889 a approuvé la proposition qui lui était faite de demander à M. le ministre de l'intérieur de préparer une législation nouvelle et conforme aux progrès scientifiques et à l'état actuel des choses.
b. Marais à sangsites. — Ce genre de marais a eu sa vogue au temps où la doctrine de Broussais brillait de tout son éclat où la consommation de ces annélides était immense. Après avoir épuisé les marais de la Hongrie, on s'était livré à l'élève des sangsues dans quelques-uns de nos départements et notamment dans la Gironde, la Charente-Inférieure, la Nièvre, la Meurthe. On avait rétabli pour cette industrie, des marais antérieurement desséchés et cela au grand détriment du voisinage ; ils ont disparu peu à peu avec le discrédit dans lequel sont tombées les émissions sanguines. C'étaient de grandes flaques d'eau croupissante et peu profonde dans lesquelles on faisait entrer les chevaux destinés à servir de pâture aux annélides. Les animaux piétinaient la vase et la boue jusqu'au moment où leurs cadavres venaient joindre leur infection à celle de la tourbe et constituer une atmosphère d'une insigne insalubrité.
Pour entretenir l'immersion des bassins à sangsues, il fallait retenir les eaux par des barrages jetés sur les fosses d'écoulement ; de là des infiltrations des inondations sur les propriétés voisines. Au mois de juin, lorsqu'il fallait évacuer les eaux pour faciliter la ponte, les grandes surfaces mises à découvert répandaient les émanations les plus dangereuses. Cette grave cause d'insalubrité a disparu de nos campagnes ; on trouve pourtant encore quelques marais à sangsues dans la Brenne.
r. Routoirs. — On donne ce nom aux endroits dans lesquels on fait rouir le lin ou le chanvre ; cette opération se pratique différemment suivant les localités. Dans le voisinage des rivières, c'est dans leur lit même qu'on place les tiges de chanvre ; dans les pays où se trouvent des mares et des étangs, on les choisit de préférence ; enfin, on creuse souvent, sur le bord des ruisseaux ou des rivières, des fosses dans lesquell(»s on couche les tig(*s à rouir : on met d(»s pierres par dessus pour les tenir constamment immergées, et on y amène un petit filet d'eau.
118 TRAITÉ D'HYGlÈiNE PUBLIQUE ET PRIVÉE.
Ces mares ot ces fosses, lorsque Teau n'est pas constarament renouvelée et c'est le cas le plus fréquent, sont des foyers d'exhalaisons fétides dues à la décomposition des substances qui enveloppent la fibre végétale, et qui peuvent donner la fiùvre intermittente comme les miasmes des marais. Les médecins des départements où celte industrie se pratique sur une grande échelle ont signalé le fait et on ne peut pas le révoquer en doute. « Tout dépend ici, dit Michel Lévy, du degré de concentration des matières que le chanvre cède à l'eau. Il en est de même des émanations, disséminées dans l'espace par les vents, elles perdent leur activité ; mais au milieu des villages, les mares qui les exhalent sont des foyers morbifiques. Peu nuisible dans les eaux vives et courantes, le rouissage Test dans les mares et d^autant plus qu'il a lieu dans la saison la plus chaude de l'année (1). »
Le rouissage a pour but de détruire la matière qui retient agglutinées les fibres textiles du lin ou du chanvre ; cette action que l'eau favorise ou détermine est complexe. Elle a été étudiée par les chimistes et appartient aux fermentations. Dans la plante, un ferment particulier que M. Frémy appelle pectase agit sur cette matière et la transforme en pectine et acide pectique. L'ammoniaque résultant des décompositions organiques rend les peclates solubles. La fermentation a donc une période acide, puis alcaline. L'eau emporte tous les produits solubles issus de la fermentation, en môme temps que les gaz résultant de la dernière période, comme l'hydrogène sulfuré, sont mis en liberté. L'état de Teau siège de ces diverses opérations est particulièrement intéressant. Outre les substances dissoutes, elle tient en suspension des débris organiques, des germes, etc.. Toutes ces matières organiques en suspension ou dissoutes, dit Vallin (2), éprouvent peu à peu, sous l'influence de l'oxygène atmosphérique dissous dans l'eau, des dédoublements successifs dont les derniers termes sont l'oxyde de carbone et l'acide carbonique. Il en résulte un antagonisme très remarquable entre les quantités de matières organiques et le volume d'oxygène dissous que l'eau peut contenir. Lorsque Teau des routoirs est stagnante ou simplement lorsqu'elle se renouvelle lentement, elle ne tient plus en dissolution la moindre trace d*oxygène ; Teau des rivières courantes, au voisinage des ballons, n'en renferme que des quantités presque nulles : 1 cent, cube au plus par litre d'eau au lieu de 8 à 9 cent, cubes que contiennent la plupart des eaux potables, (^est là un caractère très important des eaux de rouissage ; leur salubrité est en grande partie mesurée par le chiffre de Toxygène en solution. »
Le rouissage présente un danger par les émanations répandues dans l'air et par l'altération de l'eau où macèrent les plantes, ainsi que le montrent les actions chimiques dont nous venons de faire le résumé.
\\) Michel LÉVY, Traite d'hygiénf puftlitfue et friiée (UfC, ci7.), t. Il, p. 8Î>0). (2) Rouissage, Dictionwih^ enryclopèdiifue.
Les inconvénients sont plus ou moins grands, selon les procédés mis en usage pour pratiquer cette opération.
Dans certains endroits, elle est assez simplement conduite ; elle consiste à étendre en couches minces sur Therbe des prairies, vers le mois d'août et de septembre, le lin de la dernière récolte, de façon à lui faire subir pendant quatre à cinq semaines Taction alternative de la rosée, de la pluie, de Tair et du soleil. C'est le procédé dit à la rosée ou rosage. Il donne des produits de qualité inférieure et ne peut s'appliquer qu'à des récoltes faibles ; ou bien il faut jouir comme en Russie de vastes terrains et d'un nombreux personnel. Mais, au point de vue de la sahibrité, il n'est pas à redouter ; on ne constate guère qu'une odeur forte, caractéristique, un peu désagréable. Elle est modifiée sensiblement par l'action du soleil, des vents, et constitue plutôt pour le voisinage une incommodité qu'une véritable insalubrité. L'hygiène pourrait conseiller le procédé, mais l'industrie le rejette ; il n'est donc pas de nature à se répandre.
On combine quelquefois le rosage avec le rouissage proprement dit, en étendant d'abord le lin sur les prés et, quand la fermentation est achevée, en portant la plante au routoir où les fibres se désagrègent rapidement. Quelquefois la pratique est inverse, c'est au routoir que l'opération commence et elle se termine sur le pré ; la plante est étendue quand l'odeur de la putréfaction se fait sentir ; quatre ou cinq jours de macération suffisent pour la plante à l'état frais. Ces procédés sont plus spécialement en usage dans quelques contrées ; ce sont presque des habitudes locales qui se conservent par tradition ; il ne s'agit là que de récoltes peu importantes en général et l'influence de ces combinaisons ne semble pas encore trop défavorable à la santé publique, là où elles sont en honneur. Le procédé le plus usité est le rouissage à l'eau stagnante ou courante.
Pour l'eau stagnante, les dispositions varient suivant les conditions du pays et les dispositions du sol ; ce sont toujours les bas-fonds naturels qu'on utilise, les carrières abandonnées, les tourbières exploitées, quelquefois les fossés, les étangs, les mares,les marais. Plus l'eau contient de matières organiques, meilleure elle est réputée pour le rouissage, mais on évite les endroits où elle est chargée de sels minéraux qui peuvent colorer la filasse et la déprécient au point de vue marchand.
La plante est liée en bottes et celles-ci sont déposées au fond du routoir ; on les maintient submergées en les recouvrant de boue ou de pierres, de briques. La durée du rouissage varie avec la saison, la chaleur, le degré de sécheresse ou de verdeur de la plante. La meilleure règle est encore la pratique ; du reste, le routoir ne demeure pas sans être surveillé, il faut, suivant l'abondance de la couche d'eau ou l'époque du travail, remuer les bottes ; on s'assure que l'opération est à point en retirant quelques tiges d'essai et en les cassant.
Si l'épreuve est favorable, on retire les bottes de l'eau et on les étend sur les prés ; l'odeur est, à ce moment, fort désagréable et cette opération
* est pénible pour les cultivateurs. Elle le sera encore bien plus par la suite, si, dans le môme routoir et quand déjà Teau est chargée de matières organiques en voie de putréfaction, on procède à de nouvelles immersions et à d'autres séries d'opérations. C'est ce qui se pratique en effet toutes les fois que le routoir est petit, Teau rare et la quantité de chanvre ou de lin assez grande.
Le procédé à Teau stagnante est très répandu ; on le rencontre dans beaucoup de départements : en Bretagne, en Vendée, dans la Somme, dans rOise et aussi à l'étranger, en Russie, en Hollande, en Belgique. « Le rouissage à l'eau courante », dit Vallin (1) le plus ancien et le plus primitif consiste, à construire au bord d'une rivière ou d'un fleuve une enceinte grossière au moyen de pieux ou de clayonnages ; derrière cette barrière on accumule les gerbes à rouir dans le lit du fleuve sous forme d'amas cubiques de 1 à 2 mètres de côté et le courant entraine lente- ment, taais incessamment, les produits de la décomposition organique.
Dans le Nord, dans la rivière la Lys, on procède autrement : les bottes sontfc entassées dans des caisses en bois dits ballons et les ballons sont maintenus dans la rivière à 25 centimètres de profondeur, à l'eau courante, l'opération est un peu plus longue qu'à l'eau dormante, et varie de huit à quinze jours suivant l'époque. L'eau infecte de la Lys et de la Deule semble très propice au rouissage et aux environs de Bousbecque on apporte de tous les côtés les produits de la culture linière ; il en vient même des départements voisins.
Tous ces procédés de rouissage à l'eau entraînent des causes graves d'insalubrité, disait M. Loisel (2); malgré cette déclaration, le Conseil du Nord, préoccupé des intérêts agricoles, s'effrayait des mesures administratives rigoureuses qu'on voulait 4)rendro pour éviter les dangers des routoirs. La culture du lin était en décadence dans le département et on avait peur de voir disparaître une industrie qui faisait la richesse du pays. Vallin a longuement discuté cette intéressante et difficile question de riosalubrité du rouissage agricole et ses conclusions sont en tout point acceptables. Une question préalable doit être posée, intéressante au point de vue rural et industriel à la fois.
Le rouissage du lin et du chanvre est classé (i'* classe, décrets de 1810, 1886). Il s'agit du rouissage agricole en grand, sans distinction du procédé à l'eau stagnante ou courante. Relativement aux cours d'eau, les préfets ont en outre à s'inspirer des dispositions législatives concernant les cours d'eau et la pèche fluviale. Quand au rouissage industriel dont nous n'avons pas à nous occuper ici, il appartient à la deuxième catégorie des établissements classés. Mais toutes ces dispositions légales et adminis-
(l^ Dictionnaire encyclopédique.
»2 Conaeil d'hygiène du dépavtetnent du Sord, 1851.
tratives qui peuvent sauvegarder la salubrité publique et permettre Topération du rouissage de façon qu'elle ne porte ni ombrage aux personnes habitant le voisinage ni dommage aux poissons, ne s'adressent d'aucune manière au rouissage en petit, qui s'opère fréquemment dans les villages dans des fossés, dans des mares, sans que personne en prenne souci. 11 semblerait que le décret de 1814 et plus tard celui de 1886 aient proclamé l'innocuité des petits routoirs agricoles en négligeant de leur assigner un rang quelconque et en ne s'occupant que du rouissage en grand. En fait, cela est même exact et le projet de code rural Texprime d'une façon très nette dans son article 25 : « II est interdit de faire rouir du chanvre ou du lin ou tout autre plante textile dans les abreuvoirs et les lavoirs publics ».
E. Impaludisme. — L'histoire des marais s'est, de tout temps et dans tous les pays, confondue avec celle de l'intoxication paludéenne. Il ne saurait entrer dans le plan de cet ouvrage de faire l'étude de cet empoisonnement spécial, dont les manifestations sont si variées, dont le domaine comprend les fièvres intermittentes de tous les types, les fièvres rémittentes, pseudo-continues et continues des pays chauds, dont la gravité s'étend de l'accès le plus simple à l'accès pernicieux le plus rapidement mortel, à la cachexie la plus irrémédiable. L'hygiène ne doit s'occuper que de l'étiologie de cette intoxication. Il lui suffit de savoir que toutes ces manifestations sont le produit d'un même principe ; il lui appartient de rechercher la nature de ce principe, d'étudier les conditions dans lesquelles il se produit, l'étendue de sa sphère d'action, les circonstances qui la favorisent et les moyens de la combattre et de l'annuler.
i*» Miasme paludéen. — L'influence pernicieuse des marais n'est contestée par personne. Elle est reconnue depuis que la médecine existe ; à l'intensité près, elle est la même dans tous les pays et partout elle donne naissance à l'intoxication spéciale dont nous venons de parler. 11 est certain toutefois qu'il peut exister des fièvres intermittentes sans marais, de même qu'il y a des marais sans fièvre. A. Hersch a dressé la liste des localités où la fièvre règne sans qu'il y ait de terrain palustre. On y voit figurer : le haut plateau de Ca*tille, la plaine de l'Araxe, les terrasses de la Perse et particulièrement le plateau d'Iran, les maremmes de Toscane, la campagne romaine, les Calabres, les hautes plaines de rinde, enfin File de Katch aux bouches de l'indus et divers points montagneux de Tîle de Ceylan. M. Léon Colm a constaté également la sécheresse de VAgro ramano, terre classique du paludisme (1). Les médecins de Tarmée ont fait des observations analogues en Algérie et ceux de la marine qui observent les fièvres intermittentes dans leur vaste zone d'endémicité intertropicale, les ont corroborées. C'est pour cela que
<l) L. CoLiM, Traité des fièvres intermittentes, Paris, 1870.
H. Léon Colim a proposé de remplacer l'expression de paludéenne par celle lï intoxication tellurique (1).
La fièvre des bois est encore un exemple du même fait. On connaît depuis longtemps en Amérique et aux Antilles, ces fièvres intermittentes qu'on observe dans les montagnes boisées qui sont plus graves en Asie et ont été mieux étudiées au Tonkin, dans ces dernières années. U n'existe pas de marais dans les régions où on les observe ; mais les grands arbres, les lianes, les végétaux de toute sorte y forment une voûte impénétrable aux vents et aux rayons du soleil. L'atmosphère saturée d'humidité ne s'y renouvelle pas. L'eau des pluies dont l'évaporation est supprimée imbibe un sol jonché de feuilles, de branches d'arbres, de débris organiques qui croupissent depuis des siècles et dont la fermentation favorisée par la haute température du climat donne lieu à des miasmes tout aussi pernicieux que ceux des marais eux-mêmes. Enfin, nous l'avons dit déjà, il suffit, sous les Tropiques, de remuer un sol vierge pour faire naître la fièvre intermittente. Tout cela ne prouve qu'une chose, c'est qu'il suffit de trois facteurs, la chaleur, l'humidité et un sol contenant des débris de végétaux pour faire naître la fièvre intermittente et comme les marais sont les milieux qui réunissent au plus haut degré ces trois conditions, il n'est pas surprenant qu'on lui ait donné le nom de fièvre paludéenne.
Les marais sans fièvre sont plus rares. On n'en rencontre guère que dans les îles de l'Océanie. On a donné diverses interprétations de ce fait, qui a été signalé par tous les médecins de la marine. La plus vraisemblable nous paraît celle qu'a donnée Nadeaud. D'après lui, les terres basses de Tahiti et de la Nouvelle-Calédonie, bien qu'envahies par les eaux ne sont pas des marais. La couche d'alluvion qui en forme la surface est mince et repose sur un massif de corail éminemment perméable, à travers lequel les eaux filtrent peu à peu pour se rendre à la mer. Ce drainage naturel empêche leur stagnation et en prévient les conséquences. Nous rapprocherons cette explication de l'observation faite par M. J. Girard. Il a remarqué en effet que l'absence ou la bénignité des fièvres intermittentes ne s'observaiend que dans les îles entourées de coraux vivants, comme la Nouvelle-Calédonie, Tahiti et la majeure partie de la Polynésie, tandis que dans les parages où les coraux sont morts, comme les Antilles, Vera Cruz, les Nouvelles-Hébrides, ces maladies présentent au contraire un caractère grave (2).
Nous avons dû mentionner ces exceptions ; mais nous n'en continuerons pas moins à donner le nom de miasme paludéen au principe toxique dont nous allons maintenant chercher à préciser la nature.
(4) Léon Colin, article Miasme du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, t. Vil, p. 532, i873.
{2} J. GiiuiiD, Jo9irnaUa Sature, Paris, 1875.
Les chimistes Tont cherché dans les gaz qui se dégagent des marais ; mais les propriétés de Thydrogèno protocarboné et de Thydrogène sulfuré sont connues et si ce dernier est toxique, les accidents qu'il produit n'ont rien qui ressemble à la fièvre intermittente. S'il la produisait à lui tout seul, toutes les stations thermales sulfureuses à température élevée (Barèges, Bagnères-de-Luchon, Cauterets seraient de formidables foyers de paludisme. Il n'agit vraisemblablement qu'en faisant mourir les animalcules qui existent dans les eaux. Toutefois les gaz des marais abandonnent comme nous l'avons dit à l'eau qu'ils traversent, une matière putrescible particulière que Boussingault a pu saisir dans l'air des plaines dangereuses de l'Amérique et dont il a démontré la nature organique ; d'autres l'ont étudiée depuis, avec l'espoir d'y trouver le principe de la malaria; mais l'analyse chimique est impuissante à déceler ce principe et ces travaux malgré leur intérêt n'ont servi qu'à préparer les découvertes de la bactériologie.
L'idée d'attribuer les fièvres intermittentes à la flore des marais devait également se présenter à l'esprit. Emise par Monfalcon (1) en 1824, adoptée par Savé (2) en 1832 et développée par Motard en 1838, cette doctrine a été défendue avec un rare talent par Boudin en 1843. Non content d'accuser d'une manière vague la flore des marais de produire la fièvœ intermittente, il désignait les espèces fébrigènes : c'était la chara vulçaris, le rizophore^ le calamtcs et chacune de ces plantes correspondait à un type morbide et a un degré de gravité différents. Le retour des épidémies concordait avec le développement et la maturité de cette végétation spéciale. Cette vue de l'esprit ne s'appuyait sur aucune observation aussi ne provoqua-t-elle que de la surprise. Elle se rapprochait cependant un peu plus de la vérité que la précédente, puisqu'elle attribuait la production de la fièvre intermittente à des êtres animés.
2« Microbes de la malaria. — La doctrine qui consiste à attribuer la production de la fièvre intermittente à la pénétration dans le corps humain de petits êtres vivants était déjà vieille au temps de Lucrèce qui écrivait il y a deux mille ans. Elle a été développée par Varro et Golumella dans leur traité JDe re rustica. Il y a un siècle et demi, Lancisi désignait les miasmes de la fièvre intermittente sous le nom pittoresque d*antmata effluvia; mais cette vue théorique ne constituait encore qu'une sorte de pressentiment ; c'est de nos jours seulement qu'elle a pris le caractère scientifique et qu'elle a commencé à s'appuyer sur des observations précises.
J. Lemaire, en 1854, avait trouvé tout un monde de cellules et de spores dans la vapeur d'eau recueillie au-dessus des marais de Tremble-
{{) J.-B. Monfalcon, Histoire médicale des marais et traité des fièvres intermittentes causées par tes émanations des eaux stagnantes^ Paris, i'« édition, 1824. (2) Savé, Recherches physiques et chimiques sur le Chara, 1832.
Vif et condensée par le froid ; en 1861 , il reprit les mêmes recherches avec Gavarret et ils constatèrent, dans Tatmosphère de toutes les régions malsaines de la Sologne, la présence de myriades de microphytcs et de microzoaires en voie de développement.
Tout cela n'avait guère produit de sensation lorsque parut le travail de Salisbury, professeur à 1 Ecole de médecine de Cleveland dans TEtat de rOhio (1). On put croire un instant que la question était résolue, tant Tauteur avait accumulé de détails précis. Pour lui, la fièvre intermittente était produite par les spores d*une algue de la famille des Palmellées, à laquelle il donna le nom de Palmella gimesma. Il en avait trouvé les spores dans les terrains fébrigènes, dans la couche d*air en contact avec eux, dans Turine et dans l'expectoration des fébricitants. 11 les avait recueillies sur des lames de verre ; il avait fait éclore la fièvre paludéenne, dans des localités qui en étaient exemptes, en y transportant de la terre recueillie à la surface d'un sol fébrigène (2).
On n'était pas encore habitué, à cette époque, aux illusions d'optique et aux écarts d'imagination des chercheurs de microbes et tout le monde prit au sérieux l'ingénieux roman de Salisbury. Les expériences de Wood et Leidy, de Quinquaud, de Magnin prouvèrent qu'il s'était trompé ; mais les recherches n'en continuèrent pas moins dans ce sens. Hallier, Vanden-Korput et Hannon, Schurtz ont cru découvrir le pouvoir fébrigène dans une oscillariée, Balestri et Selma dans une algue. En 1879, Krebs et Tomasi Crudeli ont trouvé, dans l'air et le sol des marais Pontins, diverses espèces de bactéries, d'algues, de micrococci, de corpuscules ovalaires, etc. (3). Ils ont pu en obtenir des cultures sous forme de petits nuages formés de bacilles de 4 à 6 ja de longueur, mobiles, aérobies et souvent pourvus de spores à leurs extrémités. Ces cultures, injectées à des lapins leur ont, disent les auteurs, donné une maladie analogue à la fièvre intermittente.
Dans un nouveau travail publié en 1880, Tomasi Crudeli dit avoir retrouvé les spores du bacillus malarias dans le sang des lapins inoculés et dans celui des fébricitants. Guboni et Marchiafava ont fait les mêmes expériences et obtenu les mêmes résultats (4).
Il me reste à parler des recherches de M. Laveran. Ce sont les plus, récentes et les plus sérieuses. Elles ont été faites en Algérie, sur le sang de malades atteints de' fièvre intermittente, examiné à l'état frais et sans coloration artificielle. D'après M. Laveran, le parasite du paludisme se présente sous les trois aspects suivants (fig. 2) :
1° Eléments cylindriques, effilés à leurs extrémités, immobiles, trans-
(1) The american journal of the med. se, janvier 1886.
(2) Salisbury, Causes des fièvres intermil tentes et rémittentes attribuées à une algue du genre palmella {Annales d'hygiène^ t. XIX, p. 215).
(3) Reale academia ies Irmcet, juin 1879 et Archiv, f. exp. Pathologie, l«''juiUet 1879.
(4) CuBONi und Marchiafava, Archiv f. exper. Path.^ t. Xlil, 1881.
parents, incolores sauf vers la partie moyenne où Ton voit une tache noirâtre formée par des granulations pigmentaires arrondies ;
2** Eléments sphériqucs, transparents, du diamètre des hématies, renfermant des grains pigmentés animés de mouvements très vifs, portant sur leurs bords des filaments longs, fins et mobiles. Ces flagella présentent un léger renflement à leur extrémité libre, se détachent souvent des corps sphériques et circulent au milieu des hématies ;
3° Eléments sphériques ou de forme irrégulière chargés de grains pigmentés, immobiles ; ces corps ne sont qu'une forme cadavérique des précédents (1).
M. Laveran a rencontré ces éléments 432 fois sur 480 cas de fièvre paludéenne et jamais observateur ne les a retrouvés en dehors de la malaria. Les trois variétés qu'il a décrites représentent, d'après lui, les phases successives de révolution des parasites. Il est disposé à croire
qu'ils appartiennent au règne animal à cause des mouvements très vifs que présentent les filaments des corps de la seconde variété. Ces flagella ont une grande analogie avec les filaments des oscillariées ; de là le nom d*oscillaria malariœ qu'il a proposé de donner à[ce microbe. Aujourd'hui, pour ne rien préjuger, il lui donne le nom d'hématozoaire de Vimpaludisme,
^'^ ^' " ^mt "^^ ^''^"' ^' Richard en Algérie, MM. Marchiafava et
Celli à Rome ont trouvé les mêmes organismes. Ces derniers sont parvenus, en injectant du sang de fébricitants dans les veines d'hommes sains, à leur donner la fièvre intermittente avec ses altérations caractéristiques (2). C. Golgi a constaté les mêmes faits (3). La découverte de M. Laveran a été confirmée plus récemment en Amérique par MM. Steinberg, Coulcinman et Oster. Du reste, la plupart des Diédecins de l'Algérie, notamment ceux de Constantine et de Philippeville ont reconnu les parasites de la malaria et s'en sont servent couramment comme d'un moyen de diagnostic. Aujourd'hui leur existence et leur signification sont considérées comme un fait démontré par les bactériologistes.
La découverte du microbe de l'impaludisme a le plus grand intérêt
(1) A. Laveran, Sur un nouveau parasite trouvé dans le sang des malades atteints de fièvre intermittente ; orujine parasitaire des accidents de Vimpaludisme {Bulletin de la Société des hôpitaux, 4881. — Id. Bulletin die V Académie de médecine^ séauces des 23 décembre et 28 décembre 1880, 25 octobre l88t. — Id. Comptes-rendus de l'Aca^ demie des sciences, 2k octobre 1881 et 25 octobre 1882. — LAVERAN, Traité des fièvres palustres^ Paris, 18S4.
(2) E Marchiafava et Celli, Sm»' les altérations des globules rouges dans l'affection paludéenne e: s>ur la genèse de la mélanémie. Mémoires de la Reale academia dei Lineei^ Rome, 1884.
(3) Ctmillc Golgi, Suila infezione malarica {Arch. p. L Sienze med., 1886).
sans doute, mais elle n'a qu'une valeur théorique au point de vue de l'hygiène. Elle ne fait que conrirmer ce qu'on sait, depuis un temps immémorial, sur les causes de l'intoxication paludéenne. Quelle que soit la nature de l'élément qui la produit, on sait qu'il se dégage des marais et des eaux stagnantes, qu'il a l'atmosphère pour véhicule habituel et qu'il pénètre le plus souvent dans l'organisme par la voie pulmonaire : cela suffit pour établir, sur des bases certaines, la prophylaxie de l'impaludisme.
3° Sphère (T action du miasme paludéen, — Elle varie suivant l'heure de la journée, l'altitude, la latitude, la saison et la direction du vent. Dans le jour, l'air des marais est clair, serein, sans odeur ; les miasmes remontent avec la vapeur d'eau dans les couches élevées de l'atmosphère ; ils descendent avec elle au coucher du soleil. C'est alors que le brouillard s'épaissit sur les cours d'eau, que le linceul s'étend sur les savanes et qu'il est imprudent de traverser les marais.
La hauteur à laquelle s'élèvent les émanations est en raison de l'intensité du foyer qui les fournit et de l'élévation de la température. Tandis qu'en Italie, par exemple, il suffit, pour s'en préserver, de s'élever à400oa à 500 mètres comme le demandait Monfalcon ; dans l'Inde, il faut une altitude de 600 à 800 mètres. La propagation horizontale varie dans des limites plus étendues et difficiles à préciser, parce qu'elle dépend de l'orientation des marais, de la force et de la direction du vent. En général, on estime, dans la marine, qu'il suffit de mouiller à deux milles au large pour se mettre à l'abri des effluves paludéennes. L'hôpital flottant qui est à l'ancre dans l'estuaire du Gabon n'est qu'à un mille et demi de terre et il a toujours été épargné par les fièvres rémittentes qui sévissent dans l'établissement. D'un autre côté, des observateurs très sérieux croient au transport des miasmes à de bien plus grandes distances. D'après Amédée Lefèvre, les marais du Brouage envoient leurs effluves jusqu'à Rochefort qui en est distant de sept ou huit kilomètres (1) et des observations sérieuses semblent démontrer que sur certains points de la côte d'Angleterre la fièvre intermittente apparaît par certains vents qui apportent les émanations des marais de Hollande.
La direction des vents régnants a une grande influence sur la distance à laquelle les miasmes palustres sont portés; elle détermine l'étendue de la zone dangereuse. Ainsi, dans la Charente-Inférieure, les marais du Brouage et de Saint-Aignant font sentir, comme nous venons de le dire, leurs effets jusqu'à Rochefort dans la direction de l'ouest, tandis qu'au sud vers Royan, le pays est sain et sans fièvre.
Il suffit parfois d'un faible obstacle pour arrêter les effluves palustres. Un petit bois, un rideau d'arbres un peu épais préservent souvent de la
(1) Lefèvre (Amédée) , Sote sur t influence du climat de Rochefort et les travaux d'asiainissement à faire dans ce pays {Revue fixmçaise et étrangère, 1841, t 1, p. 74).
fièvre intermittente. On cite nombre de localités où elle était inconnue et qui l'ont vue apparaître, lorsqu'on a coupé les arbres qui leur servaient d'abri.
L'altitude n'a pas une influence marquée sur la diffusion du miasme palustre; les marais ont la même influence pernicieuse à toutes les hauteurs.
11 n'en tst pas de même de la latitude et c'est une conséquence de ce que nous avons dit plus haut en parlant de la température. Les marais les plus empestés, les plus étendus, les plus redoutables sont situés sous la zone torride. La perniciosité des miasmes palustres va en diminuant d'une manière générale, en allant de l'équateur vers les pôles. Hirsch a tracé la limite de la malaria dans l'hémisphère nord. La courbe qu'elle dessine n'est pas régulière. Ainsi, tandis qu'on trouve encore des marais fébrjgènes à Saint-Pétersbourg par 59^56' et à Gestricie (Suède) par 60**12', les marais sont inoffensifs à Fort-Makinack et au Fort-Brady (Michigan) par 45°51' et par 46°30'. Hirsch fait remarquer que c'est surtout à la température estivale qu'il faut demander l'explication de ces différences. La courbe qui représente la limite extrême de la fièvre intermittente au lieu de suivre tel ou tel degré de latitude est comprise entre les lignes isothermes de 15 et 16 degrés centigrades. C'est une des raisons qui nous ont engagé à adopter le tracé de ces lignes pour base de notre classification des climats.
L'automne est l'époque de l'année où la malaria sévit avec le plus d'intensité. Hippocrate en avait déjà fait la remarque. En France et dans les régions tempérées de l'hémisphère nord, c'est ordinairement d'août en octobre que l'influence des marais se manifeste au plus haut degré, parce que c'est le moment où les marais se dessèchent. Dans l'hémisphère Sud, c'est à l'époque opposée, c'est-à-dire de mars à la fin de mai ; dans la zone intertropicale, c'est pendant l'hivernage dont l'époque varie suivant les localités.
Le miasme des marais est fatal aux espèces les plus élevées du règne animal. Les grands mammifères dépérissent dans les contrées palustres. Les races de chevaux et de bœufs s'y dégradent rapidement et les vaches obligées de chercher leur nourriture dans les terrains marécageux ne tardent pas à y périr.
L'espèce humaine s'y détériore également. La taille s'affaisse, la constitution devient molle, lymphatique, les chairs pâles comme bouffie-s; le ventre est volumineux, tendu ; la puberté y est tardive et la vieillesse précoce. Le terme moyen de la vie humaine y est plus court et la mortalité plus grande qu'ailleurs. Toutes les statistiques prouvent que les pays de marais vont en se dépeuplant et que leur assainissement ramène la santé et la vie, avec un nouvel accroissement du nombre des habitants. Le dessèchement des marais est donc le but que doit poursuivre l'hygiène. C'est un des plus grands services qu'elle puisse rendre à l'humanité et nous allons nous en occuper avec quelque détail.
F. Assainissement des marais. — Le dessèchement des marais est de toutes les mesures que conseille Thygiène celle dj)nt les résultats sont les plus certains. Elle opère à coup sûr et les travaux de ce genre profitent tout à la fois à la santé des populations et à leur richesse. Les terrains qu'elle livre à la culture rendent au centuple ce que leur mise en rapport a coûté. Les nations civilisées ont compris de tout temps la nécessité de rendre leurs marécages à la culture. Sans parler du lac Mœris qui a été creusé, il y a près de quatre mille ans pour régularisr les inondations du Nil, les travaux dont les marais Pontins ont été Tobjet, au temps de Tempire romain en sont un exemple frappant. Ce bassin de 730.000 hectares de superficie arrosé par des cours d'eau, des sources et des torrents dont on estime le débit à 2.350.000 mètres cubes est aujourd'hui presque désert et ses rares habitants sont minés par la malaria. Du temps des Romains, il était traversé par la voie Appienne et 23 villes y florissaient. 11 est retourné aux marais, après l'invasion des barbares et les efforts des papes ne sont pas parvenus à l'en arracher (1).
Les plus beaux travaux de dessèchement ont été exécutés en Hollande dont le sol conquis par la mer offre aujourd'hui l'image d'un vaste marais inoffensif, assaini, fertilisé par des travaux gigantesques et par une vigilance continue. Il faut citer surtout ceux qui ont fait disparaître la mer de Harlem. Ce grand lac salé formé au XVI««*« siècle par une invasion de la mer, mesurait 20 kilomètres de long sur 10 de large. On a entrepris de le dessécher en 1840 ; les travaux ont été terminés en 1855 et ils ont rendu à la culture 18.500 hectares de terrains couverts aujourd'hui d'excellents pâturages.
De son côté, la France a conduit à bonne fin l'œuvre importante de l'assainissement des landes de Gascogne. Elles comprenaient, comme on le sait, tout le terrain compris entre la mer et les vallées de la Garonne et de l'Adour. Ce grand triangle a 800.000 hectares de superficie. En 1837, tout ce pays était inculte et presqu'inhabité. Une population hâve, misérable et maladive végétait sur ce grand désert, aux portes d'une des plus grandes villes de France et sous le climat de l'Europe le plus favorable à la végétation. C*est alors que M. Chambrelent conçut le projet de l'assainir. Il y est parvenu à travers mille difficultés. N'ayant pas pu trouver d'appui dans Tadministration, il avait commencé à ses frais et sur une petite échelle, lorsqu'intervint la loi du 19 juin 1857 prescrivant l'assainissement et la mise en valeur des deux départements do la Gironde et des Landes. Les travaux commencèrent alors ; ils ont été terminés en 1872 et ils ont coûté 13 millions. Aujourd'hui la population s'y est accrue ; le terme moyen de la vie humaine s'y est élevé de quatn^ ans ; les maladies qui ravageaient le pays ont disparu et la riehesse forestière s'est développée à tel point que l'hectare de
(1) De Pkomy» Desséchtmmt des marais pontins, Paris, 1823.
terrain qui ne trouvait pas acheteur à 50 francs ne trouve pas aujourd'hui vendeur à 350. Les landes assainies représentent aujourd'hui une valeur de 205 millions (i).
D'autres travaux du même genre ont été accomplis sur d'autres points de la France. La Camargue a été assainie et mise en culture. Ce delta formé par la Méditerranée et les deux bras d'embouchure du Rhône, foimait il y a peu d'années de vastes marécages couverts et découverts alternativement par les eaux du fleuve et de la mer. C'était un pays inculte, malsain, inhabitable. On a endigué le fleuve, desséché le terrain et aujourd'hui la culture de la vigne y donne les plus beaux résultats (2).
La plaine du Forez, le plateau des Dombes, les prairies basses de la Normandie, les marais salés de Carentan, les tourbières du Contentin, les bords fangeux des rivières du Calvados, les marais de Dol, de Saint-Gildas, de Montoir, de Machecoul sont maintenant assainis ; la Vendée et la Saintonge sont en voie de grande amélioration (3).
Parmi les grands travaux d'assainissement accomplis à l'étranger pendant les dernières années, on peut citer le dessèchement du lac Fucino, en Italie, et du lac Copaïs en Grèce. Les travaux du premier, commencés en 1860 et terminés en 1877 ont rendu la santé au pays et livré àja culture des milliers d'hectares de terrain qui jusqu'alors n'avait produit que des maladies. Ceux du second étaient très avancés lorsque Durand Claye les visita en 1886 (4) et doivent être terminés aujourd'hui.
L'exécution des travaux de dessèchement appartient sans nul doute aux ingénieurs, mais les hygiénistes les provoquent, les .inspirent et doivent au besoin indiquer les meilleurs procédés à employer ^elon les cas. Ceux-ci se rattachent à trois modes principaux. On peut se débarrasser des eaux stagnantes en leur procurant -un écoulement direct, en les faisant disparaître dans les profondeurs du sol à travers la couche imperméable qui les retient à la surface, ou bien enfin en les aspirant pour les transporter plus loin. Ces trois mt^thodes peuvent être employées isolément ou à la fois, suivant les conditions du terrain et les dispositions locales.
i° Assèchement, — C'est le procédé le plus élémentaire, il consiste a creuser des rigoles dans le sens de la pente du terrain, de manière à donner un libre cours aux eaux qui l'imbibent. On s'en sert couramment dans les prairies noyées et dans celles qui retiennent trop longtemps les eaux pluviales. La profondeur à donner aux rigoles varie suivant la
(1) Chambrelent, Lea landes de Gascogne, leur assainissement, leur mi<e en culture^ exploitation et débouchés de leurs produits. Pari?, 1887.
(2) Chambrelent, Assainissement et mise en valeur de la Camargue. "Cominunicalion faite le 28 août 1886 au Congrès de Nancy, t. H, p, 224.
(3) Ces travaux ont été accomplis en exécution «le la- loi du 10 mai tS07 sur le dcssèclicinent des marais et de celle du 17 juillet 1856 sur le drainage.
(4; Alfred Durand-€laye, Rapport sur le des.<èchem(nt du lac Copaïs \(h^rrr) {nullffin de la Direction de C hydraulique agr. cote. Paris, imprinjcrie Nationale, ISSKi.
nature du sous-sol pt lYpaîssciir de la coiicbc de torre végétale, Ellrs doivent al)outii'à<ies fossés où l'écouloincnt soit facile.
S" Drainaye. — C'est le perfectionnement du procédé précédent ; c'est le deSBi'cheinent des couches profondes par écoulement direct. L'idée premi<>re du drainage est fort ancienne. On en retrouve la mention dans Columelle et Palladius. Olivier de Serres en IGOO a décrit les collecteurs dans son Théâtre de V Agriculture. Des tuyaux trouvés à Maubeuge, dans les ruines (l'un ancien couvent et remontant à 1620, prouvent qu'on connaissait le drainage et qu'on le pratiquait en France, avant que les Anglais en eussent adopté l'usage. Il est certain toutefois que ce sont eux qui en ont perfectionné et vulgarisé l'emploi. Le drainage n'a pénétré en France que vers 1846; la première application a eu lieu dans la propriété de Forges, pus Montereau, appartenant à M. du Manoir Depuis cette époque, il a fait de grands progrès. L'Ëtat en a favorisé le dittloppement. La loi du 17 juillet 18S6 a ouvert dans ce but un crédit de cent millions ; mais il n'y a encore eu que quelques-uns de prêtas et en 1866 il n'y a\ait pas en France plus de 200 hectares di terrains drainés. L'enquête delS68a coiislate celte infériorité de notre agriculture
I < drainage le plus simple se pratique OH pKçant lie grosses pierres brutes au fond de tranchées plus ou moins profondts et en les recouvrant de terre végétait I ( s ( &\\\ pént trent ju^qi^a ei ht de cailloux et circulent dans les inlirsIiK-s qn iN lal^M nt mti tux Ci.'st le drainage k pierres perdues. Il (st failli a in-talhr pin di-pendieu-t, mais peu sûr. Au bout de qnt Iqni ti mps li s fond-» m d* In in[H ut, les pierres s'envasent et l'eau ne cinuli plus
On pi ut [Hrfdlionnir ii pnxédi <n se servant de pierres plates qu'on di>|mM ili fa^on aiinonMnn un lanal quadran gui aire dans lequel limiunli itmnui d m^ un 1 ^oul (f ig 3).
\ la plai I d( ( I N i;i imii * d illes on p*>ul employer des briques, des pl<lt^ d< hiiis tl<> nu tliv ili IouiIk Tons ces proches ont l'avantage dt m pi> (Oûtirilnr |wnt qu< li cnllîvateur en trouve les éléments Mir phii tl |Hut li-^ nifttii lit nu\n' lui-même; mais ils sont bien infi ru lus tu ilrtiiu^i ni.uhtr fut iviv «tes tuyaux en poterie. Ceux dont on m ^t rt kujoiinl luii < I iini i fihriqueut partout, ont, en général, liinlinxln «I i [wii^m ur H >0 t iO imlimètrt's delongueur((rois tuyaux nus Itoul à Ikoiil font nii uietn'). I^'ur diamèirt' inlérieur est de 10, 20 ou
I>E8 AIRS, LES EAUX ET US UEUJE. ISl
%» centimètres. Les plus gros sont réserv<?s comme collecteurs. On les relie habituellement par des colliers ou manchons (fig. 4), on peut pourtant s'en passer.
Avant toute opération de drainage, il faut d'abord établir un plan du
Fig, *. — Drains collecleuri,
terrain, avec le tracé graphique des lignes suivant lesquelles les tuyaux doivent être posés en tenant compte de la pente. La profondeur des tranchées dépend de la nature du sol ; cependant il faut se rappeler qu'un drainage profond procure un assainissement plus complet. On leur donne en gént^ral, do l^SO à 3 mètres de profondeur et les lignes des draina doivent être séparées par des intervalles de 4 à 6 mètres. Leur direction est également importante. On les place suivant les lignes de plus grande pente ; les petits drains, dits d'assèchement, venant aboutir sous un angle aigu dans les drains principaux ou collecteurs. La pente de ceux-ci doit être plus forte que celle des autres et ne doit pas être de moins de deux millimètres. Le plan suivant donnera une idée de la disposition générale du système et de la façon dont les drains se correspondent (fig. 5).
Ce travail , lorsqu'il est
bien exécuté, coûte de 20O
) fr. par hectare (I).
KiR. t
On se rend facilement compte de la façon dont fonctionne ce système. Les eaux suintent de toute part dans celle canalisation par les interstices libres, c'est-à-dire à chaque ajustage des tuyaux, elles se déversent des petits drains dans les collecteurs et de ceux-ci dans les fossés disposés
(1) Drouineau, Hygiètte rwaie [Encyelofii/ie rl'hygièi
iv,p. na).
pour les recevoir. Lorsque le drainage est profond l'eau en sori claire, limpide et peut servir aux usages domestiques. En Angleterre, on l'utilise quelquefois pour alimenter les abreuvoirs et mc>me les fontaines. Nous avons dit déjà qu'une couche de terre de deux mètres suffit pour arrêter les microbes ; mais les eaux ainsi filtrées peuvent retenir encore les parties solubles des engrais et il est préférable de ne pas s'en servir pour les usages domestiques.
Le drainage ne se borne pas à faire écouler les eaux en excès ; il favorise Taération du sol. L'air y pénètre de toutes parts par la canalisation, il divise, effrite la terre, la rend plus maniable, y active les décompositions organiques et les combustions dont nous avons parlé dans l'article précédent. La végétation s'active sous cette influence vivifiante et, dans les terres drainées, les récoltes sont plus abondantes et plus précoces.
Les effets hygiéniques sont tout aussi remarquables. Le drainage dissipe les brouillards et les miasmes qu'ils recèlent. La e-onstatation en a été faite dans plusieurs vill(*s d'Angleterre. Les fièvres intermittentes, les rhumatismes et les autres affections causées par Thumidité disparaissent en même temps. Bowditch, qui s'est occupé activement de la question en Amérique, cite des cantons de l'illinois, du Michigan, de l'Etat de New- York, où le drainage a supprimé les fièvres (i). Le même résultat a été obtenu en Angleterre dans les comtés de Norfolk, Lincolshire, Cambridgeshire, ainsi que le prouvent les rapports officiels.
D'après un relevé statistique dressé par Pearson, la fièvre intermittente et la dysenterie ont diminué des neuf dixièmes à la suite du drainage; enfin, Latham a résumé dans le tableau suivant que nous empruntons à J. Aruould, la diminution de la mortalité dans douze localités d'Angleterre.
Élévation du niveau de la santé publique en ADgleterre par les travaux
d'assainissement (d'après Latham)
LOC.VLITKS
■ ORTàLITK POPlLA1IO> 1 p lOOO
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biologique p. 100.
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(2) J. Arnoild. Souveaux élcmeut!iiVht/giène, 2* édition, 1889, p. 139.
LES AIHS, LEâ EAl^X KT LES LIEUX. lï»
La santé du bétail s'améliore en ni^me lonips que celle de la population. Les épidémies meurtrières (péripneumonii'. cachexie aqueuse) disparaissent ou s'atténnenl. Les maladies parasitaires des plantes font de même. Il y a dans tous les règnes une amélioration évidente des phénomènes de la ^ ie
3-> Dessèchement pat niisoi-ption — L'n second procédé consiste à ajouter au drainage I emploi de putts absorbants. Ce système réclame des dispositions particulières du soussol , la couche perméable doit n'être pas trop épaisse el r<'poser directement sur une couche absolument perméable.
I ( fcraMer, les sables, les roches feuilletées, sont excellentes dans ce cas. On proci de alors de la manière suivante : on fait soit des tranchées dont le fond laisst (ouler Teau, soit des puits en forni< de cône renversé que l'on perce d un trou de sondo, ou l'on engage un tu^au de bois ou de fonte que l'on r(cou^re de fascines ou d'nu treillis pour empêcher l'obstruction. On remplit ensuite de pierres (fig. 6). Ce moyen esl, comme b drainage proprement dit, fort ancien La plaine des paluns, près de Marsoilli dit Boudin (Anna/es <rh>/' (/uni 187%) était un grand bassin maricagenx qu il paraissait impossible de ilfsstdnr par des canaux superficiels, le roi Umi y fil creuser un grand nombre do puisards ou onbui/s ; ces trous jettdit encore dans des couches perméables profondes les eaux qui rendaient toute la contrée improductive el malsaine.
I.^s vallées d'Aubagne et de tîèmenos, dans les Itonches-dii-Hbône, les marais de l'Archant, en tiàtinais, ont été ainsi assainis.
4" Dcisri/ieinent pur ascen.tlori. — Le troisième moyen, par ascension, est nécessité par le niveau trop bas du sol par rapport aux terrains environnants; le seul effet des pentes ne permettant pas l'écoulement des eaux au <lehnrs, elles sont réunies à la partie inférieiini par des tuyaux ou rigoles d'écoulement, amassées au point bas, dans une sorte de réservoir d'où elles sont élevées à l'aide d'iippareils et déversées dans des canaux supérieurs qui les conduisent au loin.
C'est le [irtrcédé (|ui a été eniployé en Hollande, et très lieiiti-iiseineiit. Un ne peut oublier l'effet si pittoresque de tous ces petits moulins sans
Kig. 6. — Puils il il orplmi
THAITB n-llYGlKNE fllIJLHJL'E ET l'IUVEE.
cesse on inoiiVL'tnetit cl qui en certains points s'étendent à perte de vu»i sur une vaste étendue de lorrain comme à Zoandain (fig. 7).
Il y en avait 2,44-') en 1844. Les appareils à vapeur s'y sont ajoul surtout depuis les dessèchements tW's importants de la mer de Harlem. ^En Angleterre on a procédé de même pour les marais de Liconlshire.
Dans les grands dessèchements agricoles, on fait souvent usa^^ maintenant, pour se débarrasser promptement des eaux accumulét^s et faciliter les antres opérations d'assainissement, des pompes centrifuges soit simples, soit accouplées. Ces excellents appareils, sans organe délicat, sans soupape, peuvent enlralner des eaux fortement chargées de maliéiTS
Pig. 7. — MnuliiiH à vent pour lëtévHtinn ilc» eaux.
solides ou terreuses, sans le moindre inconvénient, et sont d'un i commun dans l'assainissement agricole.
Enfin, il faut ajouter aux moyens destinés à faciliter l'écoulemei: eaux, les grands travaux d'hydraulique agricole tels que : établissoment(| de canaux, de tunnels, etc., travaux d'art souvent considérables el qaî ne peuvent être conduits que par des ingénieurs distingués. '
Disons môme que souvent ces divers procédés s'ajoutent, ledesstelM ment rapide précédant le drainage du sol.
5' Colmatage. Tfrrement, Warpage. — Le colmatage consiste à fai combler par les cours d'eau, à l'aide des alluvions qu'ils déposent, l dépressions occupées par l'eau slaguante des marais. Les couches épaiss de sable et de limon que les grands fleuves charieni, exhaussent le terraij paloslm e( établissent à sa surface une sorte de filtre à travers lequel l'eau s'épure. En se rendant à le mer, elle dissout et entraîne le s"'
dont le sol est imprégné. C'est à l'aide du colmatage qu'au commencement da siècle, la vallée de la Chiana, entre le Tibre et TArno a été comblée ; le marais de Castiglione a été également couvert avec l'eau tourbeuse de rOmbrone. En France, des travaux de ce genre ont été faits dans les vallées de la Seine, de l'Ariège, de l'Hérault, de l'Ardèche, de la Drôme. Les étangs situés près de Narbonne et aux environs de Vie, ont été également comblés à l'aide des alluvions de l'Aude.
Le colmatage n'est applicable que dans un nombre de localités très restreint; il nécessite des travaux compliqués et exige une grande surveillance au point de vue de l'hygiène. Il faut en effet que le sol en préparation soit recouvert d'une nappe d'eau suffisante pendant tout le temps que la couche filtrante met à se former. Sans cela, on aurait à redouter les émanations dangereuses de ce marais artificiel. 11 faut aussi que la mise en culture soit rapide pour ne pas laisser aux matières organiques du limon, le temps de se décomposer à l'air libre.
Le terrement est une sorte de colmatage artificiel qu'on pratique en faisant d'abord une saignée à un cours d'eau très rapide et en la dirigeant vers le marais à assainir, puis on projette dans ce canal artificiel de la leiTP qu'on prend sur ses bords ; l'eau l'emporte et la répand sur la sarface palustre. Cette opération, au dire de Yallin, a été pratiquée sur «ne vaste échelle dans les duchés de Lunebourg et de Brème ; elle exige la Blême surveillance que la précédente.
Le warpage utilise, pour exhausser le terrain du rivage, le limon marin (uHirp en anglais) que les hautes marées rejettent à l'embouchure des fleuves. Il est surtout pratiqué en Angleterre. En France toutefois, on a mis en culture, de cette façon, des surfaces assez étendues sur les côtes de Normandie et notamment dans ta baie du Mont Saint-Michel.
6^ Assainissement végétal, — Les moyens de dessèchement que nous venons de passer en revue sont, avons-nous dit, du domaine de l'ingénieur, mais l'agriculture possède également des moyens d'assainir les terrains palustres. Nous avons fait connaître en parlant du sol, la propriété qu'ont les plantes de lui soutirer de l'eau et de la répandrn dans Talmosphère. Certaines d'entr'elles jouissent à un haut degré do cette faculté absorbante et, sous ce rapport comme pour la rapidité du développement, aucun végétal n'égale Y Eucalyptus globulus, gommier bleu de Tasmanie (famille des myrtacées). lia été découvert en 1792 par la Billardière, botaniste français, dans un voyage à la recherche de Lapeyrouse. Des graines furent importées en France en 1857 et semées en Algérie. L'eucalyptus s'y développa à merveille. Sa culture s'est répandue depuis lors sur le littoral méditerranéen du midi de la France (1). C'est à Ramel qu'on doit en grande partie sa vulgarisation.
Il) En 18*5, le gouvernement italien en distribua 3.000 pieds aux habitants de la campagne romaine, après avoir constaté que les environs du couvent des Caoïaldules, à Tivoli,
Sa croissance est telle que, cinq ans ap^^s avoir été semé de graines, le tronc mesure plus cVun mètre de circonférence. Dans cette période de temps, il atteint la force de nos grands taillis et en dix ans la hauteur d'une foret séculaire (Lamb(Tt). Il absorbe dix fois son poids d'eao et Teau qu'il restitue en grande quantité à Tatmosphére est accompagnée de principes aromatiques et résineux auxquels on a accordé des propriétés antiparasitaires. CVst d'abord à cause de ses émanations qu'il fut conseillé dans les contrées malsaines par le baron van Mûller. Trottier constata son avidité pour Teau et l'appliqua à boire Teau des marais. L'eucalyptus s'est répandu en Afrique ; il y en a aujourd'hui des millions de pieds et on lui doit certainement l'assainissement des nombreux marais de la Mitidja et d'Ain Makra. En Corse, la vallée d'Ostriconi a été assainie en trois ans. Le D"" Garlotti citt* la vallée de Pruno à 7 kil. lit d'Ajaccio comme tellement insalubre qu'on n'y pouvait séjourner même une heure pendant l'été et l'automne ; une plantation de 80 pieds d'eucalyptus sur 4 hectares a suffi pour modifier cette situation ; de même au couvent des Trois-Fontaines, près de Rome, à Sartène. Le D^ Bonnafont croit que les propriétés assainissantes de cet arbre tiennent surtout à la disposition rameuse de ses racines, qualité qu'il partage avec d'aatres végétaux ; mais son mérite principal est sa rapide croissance.
L'eucalyptus est, on le voit, un précieux auxiliaire des travaux d'assainissement. Malheureusement, il ne croit et se développe que dans les contrées méridionales. Un froid de — 1^ suffit pour le faire périr. Dans les pays où sa culture est impossible, on peut la remplacer par celle du Paulatc7iia impêrialis du Japon dont la puissance d'absorption et la rapidité de croissanci» se rapprochent de celles de l'eucalyptus et qni supporte très bien la température de nos climats. 11 a été importé à Paris en 1840. On plante également, dans les terrains palustres, des trembles, des peuplicTs d'Italie, des aunes, des frênes dont les branches sont très étendues et dont les feuilles toujours en mouvement agitent et tamisent l'air. Dans le voisinage des marais, le peuplier blanc, le cyprès, le mélèze sont préférables, à la condition de les rapprocher les uns des autres pour former un véritable rideau de verdure (i).
Le Tournesol (hèltatithuii ntuntus) a été vanté pour ses propriétés assainissantes par Maurv et par le D^^van Alstein. Chevreul avait constaté son énorme puissance dévaporation.
Le houblon, le riz indien {Zizanta arjuafica), la fève des marais, sont aussi réputés comme assainissants, mais l'expérimentation n'a pas donné pour eux les résultats de l'eucalyptus et ces végétaux ne peuvent inspirer qu'une confiance ino<îesle.
a\aioMt clé iK'livn^s île la i\v\\v par uiu» |teliU' foivt ilo ces arbn»s J. ARNorLD, ^oc cit , p. lit-.
\\) K. B*M RoriT, Ih's (itrnitrs mvti' s (i\ri!-(;inis<fihrnt tics wamis et tfts pat/s marccatjntx et insaht^'res^ Aix. 18k7.
Au congrès de Florence, on a demandé de généraliser la culture du coton, de la canne à sucre dans les localités insalubres de Tltalie. Burdel a depuis longtemps insisté sur T'assainissement par le défrichement des bruyères, Tamélioration de la culture. Colin donne une formule en apparence paradoxale, mais au fond très juste : Vtnsalubrité d'un sol négligé est souvent le critérium de sa fécondité dès qu'il est assaini par V agriculture.
G. Hygiène des pays palustres. — La disparition des marais marche avec une activité croissante ; mais son achèvement ne peut avoir lieu que dans un avenir bien lointain. Il est même douteux qu'on puisse jamais assainir les immenses marécages des régions intertropicales et surtout les deltas de ces fleuves immenses dont les débordements périodiques couvrent des surfaces aussi étendues que certaines contrées de l'Europe. Toutefois il est impossible de fixer une limite au progrès. La science et rindustrie fourniront peut-être un jour les moyens de mener à bien ces grandes entreprises qui ne sont en somme ni plus difficiles, ni plus invraisemblables que celles dont notre siècle a été le témoin ; mais en attendant, il faut vivre avec son ennemi et c'est encore l'hygiène qui permet de le vaincre.
Dans les pays palustres, lorsqu'on ne peut pas s'éloigner des foyers d'infection, il est préférable d'habiter les villages que les maisons isolées. Les habitations agglomérées résistent mieux que les autres ; elles se servent réciproquement d'écran et sont le plus souvent protégées par des rideaux d'arbres qui les abritent. Lorsqu'on est obligé de demeurer seul, il faut placer sa maison, si faire se peut, sur une petite élévation de terrain et, dans tous les cas, Télever au moins d'un mètre au-dessus du sol, en laissant l'air circuler au-dessous. On fera bien de planter un rideau d'arbres ou tout au moins une haie épaisse et à croissance rapide, entre les marécages et son habitation. Il est inutile de dire qu'elle doit être tenue avec une extrême propreté, et qu'il faut en éloigner, avec plus de soin que partout ailleurs, les mares, les fumiers et les autres sources d'infection. Les chambres seront pourvues do grandes cheminées dans lesquelles on allumera, le soir surtout, un feu clair et brillant.
Les habitants d'un pays à fièvre ont besoin d'une alimentation tonique, substantielle, réparatrice et souvent c'est chose impossible. Dans ces pays déshérités, les produits sont insuffisants ; ta misère et le paludisme marchent de front ; il n'y a d'autre remède à y apporter que l'assainissement de la contrée.
Quelque pauvres que soient les habitants des régions palustres, il est pourtant certains conseils auxquels ils peuvent se conformer. Le premier c'est de ne pas boire l'eau infeele des niaréeagrs. Ils peuvent emporter avec eux une boisson plus inoffensive, ne fût-ce que de l'eau additionnée d'une petite quantité d'alcool. Lorsque Teaii est partout niauvaise, on fait bien d'imiter les Chinois et de ne boire que du thé ;
mais cela n'est pas à la portée des paysans. Il leur est possible par exemple, de ne jamais aller au travail à jeun et de prendre, avant de sortir, un aliment chaud, une soupe par exemple. Enfin on doit leur recommander également la sobriété, une propreté rigoureuse et des vêtements de laine. Toute autre est l'hygiène qu'on peut conseiller aux personnes aisées forcées de vivre un certain temps au milieu des marais, ainsi qu^aui ouvriers qui y séjournent pour accomplir des travaux d'utilité publique. Ces derniers sont sans doute plus exposés que les autres, puisqu'ils viennent remuer le sol ; mais, en revanche, ils peuvent, pour défendre leur santé, s'entourer de toutes les précautions qu elle exige. C'est pour ceux-là et à l'occasion de l'ouverture du canal de Tancarville, que M. Léon Colin a tracé les règles fort sages que nous allons résumer brièvement (1).
Les travaux de ce genre doivent être commencés dans la saison fraîche et suspendus pendant les mois de juillet et août. Les ouvriers doivent être logés la nuit dans les villages voisins ou tout au moins dans des baraques bien closes. De grands feux doivent être allumés, soir et matin au voisinage du chantier, pour réchauffer les ouvriers et surtout pour déterminer, à la surface du sol, une ventilation énergique.
Les fosses d'épuisement, les puits absorbants, les canaux de dérivation doivent être établis de prime abord, le drainage superficiel doit s'opérer ensuite ; les matériaux de déblais doivent être transportés rapidement sur les points où il y a des dépressions à combler. Les tiavaux achevés les terrains doivent être ensemencés et soumis à une culture intensive.
L'administration du vin de quinquina comme moyen prophylactique est une précaution sanctionnée par Texpérience des médecins de la marine et dont j'ai moi-même constaté l'efficacité dans un long séjour à Madagascar. D'autres préfèrent le vin blanc additionné d'une petite dose de sulfate de quinine. Au Mexique, le D"" Rey s'est bien trouvé du vermouth quinine (un gramme de sulfate de quinine pour un litre de vermouth). On parvient souvent ainsi à prévenir la fièvre intermittente et du moins à en atténuer les accès ; mais tout cela est impuissant dans certaines régions empestées de la zone torride et surtout de la côte occidentale d'Afrique. L'intensité du paludisme y est plus forte que tous les remèdes ; il n'y en a qu'un qui soit efficace, c'est d'en partir au plus vite.