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II. — LA MER

A. Étendue et volume. — D'après les observai ions les plus récentes, la mer couvre un peu moins des trois quarts du globe. Kriimmel donne

(1) Léon Colin, Sur les mesures hygiêivques à conseiller au xujet de Vexécution du canal de Tancarville {Revue d'hygiène, t 111, p. 300, 1881).

les chiffres suivants, pour le rapport entre l'étendue des terres et celle des continents :

Surface continentale 142,000,000 de kilq.

Surface océanique 368,000,000 de kilq.

Ce qui donne le rapport de 1 à 2,606 (1).

Ces chiffres sont très approximatifs, parce qu'on ne connaît pas la disposition et l'étendue relative de la terre et de la mer dans les régions polaires.

La terre et l'eau sont disposées d'une façon différente des deux côtés de Féquateur. Les terres occupent beaucoup plus de surface dans rhémisphère Nord que dans l'hémisphère Sud. C'est pour cette raison que la température est plus basse dans ce dernier à latitude égale et que rétendue des glaces polaires y est plus considérable. La disposition respective des continents, des îles et des mers est extrêmement irrégulière. Il en est de même de la configuration des côtes. Elles sont découpées de la façon la plus bizarre et leur pénétration réciproque a la plus grande influence sur le climat des différents pays.

Les mers ont été divisées en Océans et on mers dépendantes. Les Océans sont les cinq grandes étendues d'eau qui communiquent entr'elles par de larges ouvertures et constituent, dans leur ensemble, la presque totalité de la masse d'eau qui couvre le globe. Les mers dépendantes n'en forment que les 68 millièmes. On les divise en Médlterranées et en mers en bordure. Chacune de ces classes se divise à son tour en deux variétés : les mers intérieures communiquant avec les Océans par un détroit et les mers formées par des îles. Les unes et les autres sont creusées en forme de cuvettes et les détroits par lesquels elles débouchent dans les océans sont moins profonds que leur centre.

L'étude des mers comprend leur surface, leur lit et la masse des eaux qui les forment. La surface de cette immensité liquide a la forme d'une calotte sphérique et présente dans son ensemble une très grande régularité comme aspect et comme niveau. Aussi l'a-t-on prise de tout temps comme point de repère des nivellements terrestres, comme plan uniforme des pressions barométriques normales, bien que ce ne soit pas rigoureusement exact. Le fond des mers, envisagé dans son ensemble, est convexe comme leur surface ; mais il est très accidenté. Il présente de longues vallées sinueuses, des creux profonds, de vastes plateaux, des Diontagnes s'élevant tantôt en crêtes continues, tantôt sous forme de pics escarpés dont le sommet s'élève parfois au-dessus des eaux. Toutefois, ces irrégularités ne peuvent pas se comparer aux reliefs des continents. Les contours du sol sous-marin sont plus atténués et les pentes plus adoucies.

La connaissanct* du fond des mers présente encore de grandes lacunes

,1) 0. KfitiMifEL, Oei Ozean, 1886.

aussi ne peut-on apprécier que ivH approximativement la surface totale du lit des océans. La colonne liquide interposée entre ces deux surfaces et qui constitue la masse des eaux océaniques, ne peut pas être calculée d'une manière plus exacte. Elle est évaluée parKrûmmel à 1,347,874,830 kilomètn^s cubes. L'épaisseur de la couche qu'elle forme est extrêmement variable. La profondeur moyenne de l'ensemble des océans est estimée par Krûmmel à 3,440 mètres. Les plus grandes profondeurs se trouvent dans l'océan Pacifique. Il est reconnu aujourd'hui que les plus grands fonds de la mer ne dépassent pas en creux le relief des plus hautes montagnes (1). On a mesuré, dans le Pacifique, avec une précision très suffisante des profondeurs de 7,681 mètres dans la mer de Java. Elles ne dépassent pas 6,184 dans l'océan Atlantique.

B. Ck>uleur et phosphorescence. — La mer reflète la coloration du ciel dont elle est le miroir. Dans les régions du Nord où le soleil est habiturllement voilé par les nuages, elle est d'un vert-grisâtre triste comme le climat. Au large, dans l'Océan, quand le temps est beau et que la mer est un peu agitée, elle est d'un gris d'ardoise. Dans la Méditerranée, elle est d'un bleu d'azur plus ou moins foncé suivant l'état du ciel et la profondeur de l'eau, mais toujours d'une teinte ravissante. Il en est de même dans les régions inlertropicales lorsque le ciel est pur. Sur les côtes et sur les bas-fonds elle est d'un vert plus ou moins foncé. Le professeur Tyndall explique ces nuances de coloration par la différence qui existe entre les rayons du spectre sous le rapport de la facilité avec laquelle ils sont absorbés par les corps étrangers flottant dans le liquide. Le rayon salaire s'éteindrait complètement, dit-il, si l'eau était d'une pureté parfaite et d'unedensité oonslanle: elle semblerait alors aussi noire que de l'encre (2).

Les corps en sus|>ension lui communiquent aussi leur couleur propre, et il en est de même du fond lorsque la couche d'eau est peu épaisse. La couleur rouge qu'offre la mer à reml>ouchure du Hoang-Ho, de l'Amazone, ainsi que dans la baie de Loango, est due à la teinte ocreuse des sédiments déposés sur le fond. Les matières organiques agissent d'une manière analogue. IK*s 18V8, H. Sainle-Olair Deville avait cru reconnaître, par l'analyse chimique, que les eaux brunes ou jaunes contiennent plus de malièrt»s organiques que les eaux vertes -3). Wittstheim a constaté le même fait en 18(>1 ^4) et W. Spiring s'en est assuré par des expériences déoisives (o\ (lamille Daivste a également fait des recherches sur la

[\\ Le» fomU (lo l).000« lâ.iH)0 et nu^me ir».140 qu'on a trouTôs à bord du Herald ci dn (Vwiyrx.t, ol;i(Oi)t tlos ornMirs iluo< à limi^^rfecùoii dos s^mdes dont on se senait. Avec les \\U d'aoior» <rt*s ori\'ur> no soiu plus |H»*sil»los.

2» J. T\M»KH, ('<■.•..*■/,•• t/r /V«ïK .fe' Al tHfr Hi^vue scientifique, 1872) *

\\Vt IfHi/ov i/o /l'if, si./Nf et t/o o^:»'i:V. :v t. \X11I. p. ^^2.

^5) W. SriRiNiK Lt i\*uiKur t/os o.ma- \H^vue scientifique^ 3* série, XXXl, 161, ISSS/.

LES AIRS, LES EAUX ET LES LIEUX. i4i

coloration accidentelle des eaux de la mer et il assure que ces teintes d*un aspect parfois très riche sont dues à raccumulation de végétaux ou d'animaux microscopiques et quelquefois à une matière amorphe mal déterminée. Parmi les végétaux, ceux qu'on rencontre le plus souvent sont le tricodesmium erythreum (mer Rouge et mer de Chine) le tricodesmiuni Hindsù (Brésil) et le protococcu^ atlanticus. Cette dernière algue observée à l'embouchure du Tage par MM. Turrel et Freycinet, a été soumise en 1846 à Texamen de l'Académie des Sciences. M. Montagne qui Ta étudiée a reconnu qu'elle appartient au genre protococcus de la classe des Phyrées. C'est elle qui colore les eaux de la mer Rouge (1).

M. Dareste signale comme pouvant également occasionner des coloralions spéciales de la mer : 1** certains crustacés de l'ordre des Lapipodes décrits sous le nom de Cerochidus Australis (Plata, Chili, Cap de Bonne-Esp4rancc) 2** certains décapodes macroures, \cs grlmolen Durvillit (côtes de l'Amérique du Sud) ; 3" des Noctiluques^ des Biphores d'espèce inconnue trouvés par Quoy et Gaymard au sud du cap de Bonne-Espérance ; 4* des larves mal déterminées mais appartenant probablement à des annélides ou à des pteropodes (banc des Aiguilles, Chili) (2).

Leclancher a eu l'occasion de constater deux fois et dans des parages différents, un phénomène de coloration pélagique qu'il attribue également à des animaux microscopiques et qui consiste en une sorte de peinture d'ocre rouge -et de vermillon détrempés couvrant la mer, par bancs immenses et jusqu'à l'horizon. Cette couche était constituée par de petits globules rouges arrondis, ressemblant à des œufs de poisson. Ces bancs colorés exhalaient une odeur de marée (3). Uc Tessan a vu dans l'Océan Pacifique, lamer prendre tout àcoup une teinte vert-olive par 1.620 mètres de fond et la drague rapportait une vase verte impalpabe d'une odeur particulière (4), M. Pouchet a reconnu que les organismes qui flottent dans les eaux lui communiquent des colorations différentes suivant l'espèce, la température, l'état de calme ou d'agitation de la mer.

Un certain nombre de mers ont reçu des noms tirés de leur couleur. La mer Jaune doit sa teinte aux boues du Hoang-Ho ; le golfe Persique mer verte des Orientaux doit la sienne à des animalcules. Le Kuro-Siwo fleuve noir des Japonais contraste par son bleu foncé avec la inQv Jaune, La mer Blanche emprj^nte son aspect aux neiges et aux glaces qui Tentourent. La mer Vermeille est teinte par de petites coquilles pourprées, la mer Rouge par des bancs de coraux et la mer Noire est assombrie par les nuages qui la couvrent presque constamment.

Nous avons dit plus haut que les rayons lumineux étaient absobés par

(1) Montagne, Compte-vendu de V Académie des sciences, 1846, t. XIII, p. 914).

(2) FoNSSACRiVES, Traité d'hygiène navale, 2*^ édition, 1877, p. 472.

(3. Leclancher, Rapport sur la campagne de la Favorite (1841-1844). Collection du port de Brest. (4) De Tessan, Relation physique du voyage de la Vénus (1836-1839).

us TRAITÉ D'HYGIÈNE PUftLIQOE ET PRIVÉE.

les nappes liquides ; il arrive par conséquent une limite ati-delà de laquelle règne une obscurité profonde. Celte limite varie suivant le degré de pureté de Teau. Tous les navigateurs ont signalé l'extrême transparence des eaux de TOcéan Pacifique à travers lesquelles on distingue les bancs de coraux à de grandes profondeurs, tandis que, dans certaines mers boueuses, c'est à peine s'il est possible de voir le fond à quelques mètres de la surface.

La transparence de la mer a été étudiée par Bérard, le père Secchi, le commandant Cialdini, par MM. Luksch, Forel et par les savants de la Commission nommée par la Société de Genève. Ces derniers ont reconnu que la distance la plus grande à laquelle on peut apercevoir une lampe électrique munie d'un régulateur de Bunsen était de 38",5 pour la vision nette et de 82™ ,8 pour la diffuse.

La lumière solaire pénètre plus profondément. MM. Hol et Sarazin ont constaté, dans la Méditerranée, par des profondeurs de 400 à 1,400 mètres, au mois de mars, au milieu du jour et par un beau temps, que les dernières lueurs de l'éclairage diurne s'arrêtent à 400 mètres de la surface. Au-delà c'est Tobscurité complète et au fond des mers, c'est l'immobilité absolue et l'éternelle nuit. Les abîmes de l'Océan ne sont éclairés que par la faible lueur des animaux phosphorescents qui les habitent. Les anthozoaires^ ophuires, hydroides^ crustacés et poissons vont errant à travers des forêts de gorgoniens qui deviennent eux-mêmes lumineux par l'agitation des courants ou par d'autres causes (i).

Les animaux phosphorescents ne se bornent pas à éclairer le fond des mers, ils en illuminent parfois la surface. Tout le monde connaît le phénomène de la phosphorescence de la mer, car il se produit dans toutes les régions du globe, même dans la mer du Nord et dans la Baltique, par les nuits d'été chaudes et orageuses ; mais il ne se manifeste dans toute sa splendeur que dans les régions intertropicales. Dans ces parages, le navire, poussé par les vents alizés, semble cheminer au milieu d'une nappe d'argent lumineuse et scintillante, et laisse derrière lui un sillon de lumière. Sur les rades, les avirons des canots soulèvent des gerbes d'étincelles et, plus la nuit est noire, plus la phosphorescence est intense.

On a longtemps attribué ce phénomène à la présence du phosphore dans les eaux et c'est de là que lui vient son nom ; puis on a supposé qu'il résultait d'un développement d'électricité dû au frottement des eaux ; on sait aujourd'hui qu'il est produit par des animalcules. On en connaît plus de cent espèces dans l'Océan. L'émission de la lumière est continue ou intermittente. La lueur le plus souvent blanche prend parfois une teinte bleue, verte, jaune ou rouge, mais toujours elle s'éteint après la mort des petits êtres qui la produisent.

|> J» ThouUT, Océanographie, Paris, 1890.

LES AIRS, LES EAUX ET LES LIEUX. 44d

Le phénomène de la mer de lait est également dû à des animalcules. 11 est très fréquent dans l'Océan Indien. La mer semble transformée jusqu'à rhorizon, en une immense plaine de neige éclairée par une lueur crépusculaire. Cette coloration n'est visible que la nuit. L'aspect laiteux de la mer est dû à des animalcules de 0™"! à QF^i de longueur.

C. Température. — Les rayons calorifiques du soleil ne pénètrent pas dans l'eau au-delà d'une centaine de mètres et, comme elle est très mauvaise conductrice de la chaleur, si la mer était absolument immobile, il est probable que la température de cette couche serait en rapport constant avec celle de la saison, mais les vagues la brassent incessamment, les particules de la surface s'évaporent en partie sous l'action de la chaleur solaire, deviennent plus lourdes et descendent en emportant avec elles une certaine quantité de chaleur.

La température de la mer doit être étudiée à sa surface et dans ses profondeurs. La première est celle qui intéresse le plus Thygiène et nous commencerons par elle.

i« Température de la surface, — La chaleur des couches superficielles de la mer diminue de l'équateur aux pôles ; mais l'abaissement n'est pas régulier. A latitude égale, la surface d'un point quelconque d'un Océan est d'autant plus froide qu'il est en communication plus directe avec les mers glaciales. Les parties de l'Atlantique et du Pacifique qui sont situées dans l'hémisphère Nord sont protégées contre les glaces arctiques, par le rapprochement des continents Asiatique et Américain, le peu de largeur du détroit de Behring et la présence du seuil sous-marin qui unit par une ligne continue, le Nord de l'Ecosse, les Shetland, les îles Feroô à l'Islande, tandis que dans l'hémisphère Sud les Océans sont en rapport direct avec la zone glaciale beaucoup plus étendue qui entoure le pôle antarctique. Les courants marins ont également une grande influence sur la chaleur des Océans, comme nous le montrerons tout à l'heure.

Les températures de la mer à sa surface sont comprises entre + 32* et — S'.e? qui est le point de congélation de l'eau salée ; Tintervalle est donc de près de 36*». Les deux régions les plus chaudes sont situées l'une sur la côte de l'Amérique du Sud, entre Cayenne et le Para, l'autre sur la côte occidentale d'Afrique, entre Freetown et Cape-Coast-Gastle ; toutes les deux sont au Nord de l'Equateur. Les plus hautes températures après celles-là se rencontrent dans la mer des Antilles, le golfe du Mexique, celui du Bi^ngale, les mers de Chine, de Malaisie et le grand bassin qui s'étend à l'est des Philippines.

La température moyenne de la surface de l'Atlantique tout entier est de 20^.7 : celle de TAtlantique Sud de il^ seulement. On est moins bien renseigné pour le Pacifique et pour TOcéan Indien ; cependant, on peut affirmer que la surface de l'Atlantique Nord est plus chaude que celle du Pacifique Nord et celle de l'Atlantique Sud plus froide que celle du

14i TRAITÉ D'HYGIÈNE PUBLIQUE ET PRIVEE.

Pacifique Sud. Dans la zone tropicale, Tocéan Indien est la mer la plus chaude et l'Atlantique la inor la plus froide (1).

Les courants exercent aussi leur influence sur la température de la mer. La différence entre deux points peu distants est quelquefois considérable. Elle varie de iO à 15 degrés dans FAtlantique, à la hauteur de la Nouvelle Ecosse, entre les eaux du Gulf-Stream et celles du courant froid qui suit la côte d'Amérique.

La surface de la mer présente, dans sa température, une variation diurne ; elle est plus froide le matin et atteint son maximum de chaleur le soir. La variation est petite au large où elle ne dépasse pas deux ou trois dixièmes de degré ; elle est plus forte sur les côtes, où elle va jusqu'à un ou deux degrés. Elle présente également une variation annuelle très faible sous 1 é^uateur, mais qui atteint, dans l'Atlantique Nord, cinq degrés environ (2). La masse des eaux de l'Océan est lente à se refroidir, aussi son minimum n'arrive qu'à la fin de Thiver sur nos côtes, et son maximum ne s'observe qu'à la fin de l'été. La température de la mer est beaucoup plus stable que celle de l'atmosphère qui la recouvre. Celle de la surface est en général d'un degré plus chaude que la couche d'air qui la recouvre (3). Les saisons ont aussi leur influence. D'après toynbee qui a recueilli 25,000 observations se rapportant à l'Atlantique Nord, Tair y est plus froid que la mer en automne, plus chaud en été et de température é^ale au printemps.

La température observée au thermomètre n*a rien de commun avec la sensation que procure le contact de l'air et de l'eau. EIn quelque saison et dans quelque pays qu'on se plonge dans Teau, on la trouve plus froide que Tair. Cela tient à sa conductibilité beaucoup plus grande grâce à laquelle elle soustrait à nos organes une quantité de carbonique plus considérable.

2^ Température des profondeurs, — On sait depuis Aristote, que le fond des mers est plus froid que la surface ; mais la température des diffénuites couches n'a été rigoureusement déterminée que de nos jours et grâce à la piTfeotion des instruments créés par l'industrie moderne. Ainsi, on croyait, d'après James Ross, que la mer ne descendait pas au-dessous de + 4** qui est \e maximum de densité de l'eau distillée ; mais on a rtn^onnu que pour l'eau de mer ce maximum pouvait descendre jus(]u'à 0\ On peut établir, d'une manière générale, que la température décroit à mesurt* que la pn>fondeur augmente, mais il y a des différences lov*ales. l/éoarl entiv la surface et le fond varie de 6 à 10 degrés. Ce dernier ohiffrt^ s'observe sur les côtes de l'Europe.

vl^ J. Tmoiikt. <Wiî»nv/r,T;»^i> ./oo it\ p. 305.

\^^ TKlSJ^KKKNC DK UoRT, ÀtUxn df t^tfU^tvio^tf Miritîme, Paris, 1887.

^3) i> f«it A «^lif" c^msUto |HHir TAtUinùque. entre âd de.grés nord et 10 dc|^ sud, par le itfWr\»N>yi(M/ offix'T do lAMidrt\< ; |H>ur U ^iriie cinnpnstf entre b MaDche et les Açores, par W truvAUN de lViit;k''ho Sct^v^Arte. de HAïubourg, et pour la partie sud, par TlnsUtut mctèo-

LK- Aias, l::s ralx kt lks lieix. p..

D. Mouvements. — La mer est loin de partager Textrènie mobilité de Fatmosplière qui la recouvre ; elle est eepeiulant soumise à des mouvements variés qui mêlent ses eaux, renouvellent les surfaces et animent les grandes solitudes de l'Océan. Ces mouvements sont de deux sortes : les uns sont réguliers et s'exercent sur de grandes masses, ce sont les marées et les courants ; les autres ne sont que de légers plis à la surface, ce sont les vagues et la houle.

1*» Marées, — Les eaux de l'Océan se soulèvent et s'abaissent deux fois par jour, par un mouvement régulier d'oscillation. Elles montent pendant environ six heures, couvrent les plages, remplissent les ports et refoulent l'eau des fleuves à des distances parfois considérables. Dans TAmazone, le flot remonte jusqu'au dessus d'Obidos, à plus de 800 kilomètres de Tembouchure. Ce mouvement d'ascension est le fluœ ou marée montante. Après un temps de repos inappréciable qui constitue la mer étale^ les eaux commencent à descendre pendant un temps égal, c'est le reflux ou marée descendante que les marins appellent le jusant. Les plus grandes marées ont lieu vers \Qssyzygies ou les nouvelles et pleines lunes, les plus petites vers les quadratures ou les premiers et derniers quartiers. Ce sont en effet les actions simultanées du soleil et de la lune qui produisent les marées composées qu'on observe dans les ports.

Toutes les mers ne sont pas soumises au mouvement des marées. Dans la Méditerranée, elles sont très faibles, et il y a beaucoup de parages dans le Grand Océan et même dans l'Atlantique où elles se font peu sentir. Ces grandes oscillations régulières s'opérant deux fois par jour, ont une grande influence sur l'hygiène des localités qui les subissent. C'est un puissant moyen d'assainissement pour les ports. Elles les lavent eomplètement deux fois par jour et entraînent au lai:ge les détritus et les immondices qu'y déversent les populations des villes maritimes. Le tout d la mer est sans inconvénient grave dans les ports à marée parce que le jusant emporte et disperse les déjections et les ordures dans l'immensité des eaux de l'Océan. Elles y sont brassées, divisées par les vagues ; les substances minérales se déposent, la matière organique est brûlée et les microbes sont détruits.

U en est tout autrement dans les ports sans marée. Les immondices s'accumulent dans des bassins dont l'eau est immobile, s*y déposent et forment sur le fond une couche épaisse, molle, infecte, d'où s'échappent d'énormes bulles de gaz aussitôt qu'on la remue. Les eaux de ces bassins deviennent infectes et leur puanteur se répand sur leurs bords. Il suffit de se promener le soir sur les quais de Toulon ou de Marseille pour sentir ces émanations fétides (»t comprendre tout ce qu'une pareille atmosphère a d'insalubre et de dangereux ; il suffit de consulter les tables de mortalité de ces grandes villes pour ètn» convaincu que ces miasmes délétères ne se bornent pas à affecter désagréablement l'odorat ainsi que le prétendent les indigènes.

Traité d'hygiène publique «t privée. 10

t46 THAITF: D'IlY^ilÈNE PiniJOLK ET PRIVKE.

Les inaivcs ont aussi leurs inconvénii^nts. Elles laissent à découvert, en se retirant, de grandes étendues de vase molle imprégnée des détritus do la ville qui sentent mauvais el ne pcnivent pas être inoffensives. Cependant, comme elles sont lavées deux fois par jour et ne se dessèchent jamais, elles sont moins dangereuses que les bassins d'eau dormante des ports sans marée lesquels deviennent, avec le temps, de» véritables fosses d'aisances.

<^ Courants, — Les courants marins ont tout autant d'importance en hygiène. Ils font varier dans des proportions considérables les conditions météorologiques des régions dont ils baignent les côtes. Ces fleuves qui sillonnent les mers, suivant l'expression de de Humboldt, sont mis en mouvement par d'autn^s causes que celles qui déterminent les courants atmosphériques. On a cru longtemps (ju'ils obéissaient aux mêmes lois. (](»lte doctrine avait pour elle l'autorité de d(» Humboldt et compte encore de nond)reux atlhércnts parmi les ()eéam»graphes. (j'ux-là pens'Mit que réchauffement inégal des eaux Siuis l'équateur et aux pôles leur imprime deux directions générales opposées, l'une porte les eaux superficielles qui sont échauffées, de ré(jualeur vers les pôles ; Tautre ramène les eaux profondes qui sont plus froides, du pôle vers l'équateur. Ce mouvement circulaire n'est pas démontré. La théorie de réchauffement perd aujourd'hui du terrain ; on pense général(»m(»nt que l'action du soleil est secondaire dans le mouvem(»nt général des eaux et qu(» l'influence prépondérante est celle <les venis alizés du N.-K. et du S.-E., qui, soufflant dans une direction constante, entraînent les eaux dans le mémo sons. 11 faut y joindre l'influence de la rotation de la terre.

Parmi les grands courants océaniens, le plus anciennement connu (1) et le plus important pour la climatologie européenne est le (iul/Stream. Il sort du fond du goHe de Guinée, traverse l'Atlantique, entre dans la mer des Antilles, contourne le fond du golfe du M<'xique, débouche par le détroit de Bahama, s'infléchit au sud du banc de Terre-Neuve, se dirige vers l'est et vient baigner les côtes occidentales de TEurope. Ce courant est d'une puissance considérable. Nulle part au monde il n'(»xiste un fleuve aussi majestueux. 11 est plus rapide que TAmazone, plus impétueux cpK' le Mississipi et la niasso des eaux de ces deux fleuves ne représente pas la millième parlir i\\\ volume d'eau qu'il déplace {iL). 11 ne dévelo[)pe tout^'fois cette vitesse (^t cette impétuosité qu'à la sortie du canal de la Floride. 11 s'en échappe sous la forme d'un immense courant deTiO kilomètres de largi* sur 100 mètres de profondeur, avec une vitesse de (> kilomètres à l'heun» et une température de 30 degrés (3). Il se distingue également des eaux environnantes par sa couleur bleu foncé.

Une branche du (rKlI-Strcmn désignée sous le nom d(» courant de

(1) Il a clé reconnu au xvio*si»'^lc par Augliiera.

(2) MaiîRY, P/ii/sicdt f/roffiff/z/iy of tlin .nw/, 1S»>1.

(3) M.-K. DiiXAix, Cours dt' ff/ii/sit/uc cl (h' on'feorolof/ic /*?'<»/>'Sar // l'institut nnatomique, Paris, 1891, |». 2^;.

LES AIRS, LES EAL'X ET LES LIEUX iW

ReNftetsviï détaclie vers le milieu de l'Atlantique, se dirige vers le golfe de Gascogne, longe la côte de l'Espagne et descend vers les (Canaries et les îles du Gap Vert, pour rejoindre le couratit èquatorial lequel constitue, avec le Gulf-Stream, un immense tourbillon dont la circulation a lieu de gauche à droite autour d'un centre situé dans Touest des Açores : La ^ner des Sargasses se trouve au milieu de ce cercle. C'est un banc immense de fucus natans. Tune des plantes marines les plus répandues dans rOcéaiî. L'imagination de Christophe Colomb fut vivement frappée par Faspect de cette végétation bizarre qu'Oviédo désigne sous le nom de praderins de yerva. Un nombre immense de petits animaux marins habite ces* masses toujours verdoyantes, transportées ça et là par les brises tièdes qui régnent dans ces parages 1). Dans le sud dr l'Atlantique. le courant èquatorial détache une branche qui, sous le nom de courant du Brest'/, marche parallèlement à la vù\r <rAméri(jue jusqu'à la rencontre des eaux froides des régions polaires antarctiques.

Dans rOcéan Pacifique, on trouve des courants d'un plus long parcours mais moins bien connus et moins intéressants pour nous. Il faut placer en première ligne le courant de Tessan ou fleuve 7U)ir o\\ Kuro Sitco qui forme, au nord de TEquateur, un immense circuit analogue à celui du Gulf-Slream. 11 réchauffe les côtes du Japon, du Kamtchatka, de l'Amérique du Nord et va se confondre d'une part avec les eaux polaires arctiques par le détroit de Behring et de l'autre avec le courant èquatorial.

Ces fleuves d'eau chaude ont pour antagonistes et pour compensateurs des courants froids qui, partant des régions polaires, vont rafraîchir les côtes des régions torrides et se mêler aux précédents.

Les courants marins sont les régulateurs de la température (les côtes. lis causent les différences profondes qui séparent les climats mariiis des climats contijientau.r et font que des pays situés sous la même latitude subissent des influences météorologiques opposées. Les côtes occidentales de l'Europe doivent au Gulf-Strcam la tiédeur humide de leur atmosphère ; l'Irlande, l'Angleterre, la Bretagne lui doivent leurs vertes campagnes, leur flore particulière, c(»s hiv<Ts doux et pluvieux qui font le charme mélancolique de ces confrées, tandis que sous la même latitude les côtes des Etats-Unis subissent les froids les plus rigoureux et que l'île de Terre-Neuve est couverte <le neige et entourée île glaces, comme h» Spitzberg, pendant 8 niois de l'année.

Le courant de Tessau^ dans l'océan Pacifique, réchauffe la cote du Japon et de l'Amérique russe, tandis que celui qui sort du détroit de Behring refroidit la Mantchourie et la(]oré<'. Il y a cette <lifférence centre les deux hémisphères, que, dans celui du sud, les courants froids baignent les côtes occidentales, tandis que c'est précisément l'inverse dans rhémisphère nord.

.V'' Va(/ues et houle, — Les ondiilations locnh's n'ont pas autant d'impor-

ll; De Humbold, Cosmos, ir« pnrlic, p. 362.

ns TRAITÉ D'HYGIENK KT DE MÉDECINE PUBLIQUE.

tance pour l'hygiène que les grands déplacements dont nous venons de parler. Elles n'inléresseni guère que les marins et les passagers auxquels elles donnent le mal de mer et occasionnent des chutes. Lorsqu'elles sont trop prononcées, elles mettent dans Tobligation de fermer les hublots et les sabords, ce qui augmente l'humidité intérieure des navires et amène promptement la viciation de Tair qui y est emprisonné.

La hauteur des vagues est considérable dans certaines mers ; elle a été diversement appréciée et a donné lieu à des discussions qui ne sauraient nous intéresser. D'après les évaluations et les expériences les plus récentes, on estime que les vagues de 8 mètres de hauteur sont peu fréquentes, celles de 12 mètres très rares et qu'on peut fixer à 16 mètres l'élévation maximum qu'elles peuvent exceptionnellement atteindre (1). Leur longueur dépend surtout du fond. C'est sur le banc des Aiguilles qu'on observe les ondulations les plus prolongées. Dumont d'Urville et l'amiral Paris en ont mesuré qui avaient 120 mètres et Duhil de Benazé en a vu qui en avaient 160.

La houle est l'état d'ébranlement de la mer qui succède aux coups de vent et qui précède les calmes. Ce sont de grandes ondulations qui en .parcourent la surface sans la déchirer, sans y produire d'écume. Elles résultent des soulèvements occasionnés par les vents qui ont cesse de souffler sur le point où elles existent ou qui régnent encore à de grandes distances de ce point. La houle devient de moins en moins prononcée à mesure que le calme se prolonge et finit par cesser tout à fait. Lorsqu'elle est forte, elle imprime des mouvements de roulis très lents et peu étendus aux navires qui ne sont plus soutenus par le vent et se laissent aller comme des masses inertes.

E. Composition et analyse de i; eau de mer. — Les premières recherches sur la composition de l'eau de mer ont été faites au siècle dernier et résumées par Bergmann (2). Longtemps après, Marcet reprit et perfectionna celte étude (3). En 1851, dans son cours élémentaire de chiraie, M. Regnault donna l'analyse de 88 échantillons recueillis sur différents points de l'Océan (4). Quatorze ans après, Forchammer (de Copenhague) analysa 180 échantillons pris à de grandes profondeurs et en fit connaître le résultat dans un mémoire intitulé : On the composition of sea %DcUer in the di/jerents parts of thc Océans (5).

La chimie de la mer a profité du perfectionnement de rappareil instrumental, des progrès de la chimie contemporaine et enfin de l'analyse spectrale qui a permis à M. Dieulafait de reconnaître des

[\) E. Beutin, A'o/e sw Vctiide cxpcrimtn'ale des vagues (Revue -narUime tt coioniaUy 1874, l. XI, p. I71i.

(2 IJergmann, Opuaiuia phi/sict et rhimica^ Upsal, 1779.

(3) Marcet, Phil. tra?is , 1822.

(4; llECNAiLT, Cours élémentaire de chimie, Paris, 1851, t. Il, p. 193

.5;. Phil. Trans., l.jo. 1865.

LES AIHS, LES EAUX ET LES LIEUX. liO

millionnièmes de gramme de bore, de lithine, de cuivre et de zinc dans un centimètre cube d*eau de la Méditerranée (1).

/*» Corps simples, — A Taide de ces différents moyens on est arrivé, jusqu'à présent, à constater dans Teau de mer la présence de 31 corps simples : Xoxygène^ Yhydrogène, le chlore^ le brome^ [iode, le fluor, le soufre, \e phosphore, Vazoie, le carbone, le silicium, le bore, Yargtint, le cuivre^ le plomb, le zinc^ le cobalt, le nickel, le fer, le manganèse, ValumintUmyle magnésium, le calcium, le strontium, le baryum, le sodium, le potct^ium^ V arsenic, le cœsium, le rubidium et l'or. Il est probable qu'on y découvrira plus tard le cadmium, le thallium et Yindium (2).

Les analyses infinitésimales dont nous venons de parler intéressent les sciences pures ; quant à l'hygiène, ce qu'elle doit surtout connaître ce sont les composés qui figurent dans l'eau de mer en proportion suffisante ^our agir sur l'économie.

2^ Sels minéraux.— D'après les recherches les plus récentes, la densité de Feau de mer est de 1,0258. Elle renferme pour un litre de liquide :

Chlorure de sodinni . . .• SOs»"- 1 83

Id. de magnésium 3 302

Sulfate de magnésie 2 541

Id. de chaux 1 760

Carbonate dé chaux ! 117

Bromure de sodium 0 370

Chlorure do potassium 0 518

Oxyde de fer 0 003

Total 39g'-004

Cette analyse a été faite par Usiglio sur de l'eau prise à un mètre de profondeur dans la Méditerranée au large de Cette (3). Cette mer est plus salée que l'Océan et moins que la mer Morte, la plus riche en sels de toutes. Elle en contient 61 grammes, la Méditerranée 39, l'Océan 36 et la Baltique 5, de sorte que le rapport entre la mer la plus salée et la plus douce est de 12 à 1. Il y a de plus des différences locales qui tiennent à l'abondance des eaux douces que les pluies ou les fleuves y déversent. En somme, la teneur de la mer en sels augmente à mesure qu'on avance des côtes vers la haute mer. Elle est plus forte dans la zone des vents alizés que dans celle des calmes équatoriaux où tombent des pluies torrentielles; elle décroit en s'élevant vers les pôles, à cause de la fonte des glaces, et dans les mers isolé(»s elle dépond de l'évaporation, du débit des fleuves et des courants. CVst un factcnir important de la circulation

océanique.

L'eau de mer est légèrement alcaline, on le reconnaît, <*n versant une solution de tournesol dans deux éprouveltes contenant Tune de Teau de m^ et Tautre de Teau distillée, à la différence de teinte qui se produit.

M) DiECLAFAiT, Annn/es de physique et de rhiini". .■)« sôrie de 1877 à 18S(».

(2) J. Thoulet, Océanographie (loc. cit.) ^ p. 200.

(3) Annales de chimie et de physiquf, 1849.

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