ARTICLE III. - L'ATMOSPHÈRE
L'atmosphèn» est la masse gazeuse qui enveloppa' notre» globe et dans laquelle sont plongés tous les corps (jui existent à sa surface, ('/est l'immense réservoir qui fait vivre le mondr organique tout entier. Los animaux y puisent l'oxygène qui entretient leur vie, les plantes y prennent leur carbone, en réduisant Tacich' carbonique dont l'oxygène est mis en liBerlé. Elles s'emparent également de l'azote qu'elles absorbent, qu'elles transforment en matière organique et (ju'elles livrent ainsi aux animaux qui le rendent à leur tour au réservoir commun. « Tout ce que l'air » donne aux plantes, dit Dumas, les plantes le cèdent aux animaux, les »> animaux le rendent à Tair; cercle éternel dans lequel la vie s'agite et » se manifeste, mais où la matière ne fait que changcM* de place (1) ».
I 11 J.H. DCMAS, Es';(ii fie statiffue flf^s t'trcs ortjftniséM, p, 21 et i6.
l/h()inm(» subit rciW loi commune; Tair est pour lui le pabutum vitœ^ suivant l'expression des latins. II le respire depuis sa naissance jusqu'à son dernier soupir ; il en fait passer par ses poumons 8 à 9.000 litres par jour et cet élément primordial, à l^influence duquel il ne peut se soustraire un instant, passe au point de vue de Thygiène, même avant la nourriture et même avant Teau qui est pourtant si nécessaire à Ten- Iretien de sa vie.
Indépendamment de ces rapports réguliers et nécessaires qui font participer l'homme à l'évolution de la matière, ratmosphère est pour lui la source d'impressions continuelles, d'influences mobiles qui ()épendent des variations que subissent ses propriétés physiques. La stabilité providentielle de sa composition chimique assure aux générations de l'avenir l'intégrité de leur aliinr^nt respiratoire : mais l'atmosphère contient aussi des gaz et les poussières qui s'élèvent du sol; elle renferme de plus l<»s agents des fermentations et les germes des maladies infectieuses. L'air est ainsi le véhicule des plus redoutables poisons et c'est par là qu'il intéresse le plus fortement l'hygiène. Nous étudierons successivement sa composition et ses propriétés physiques.
§ I'*'. COMPOSITION DK l'aTMOSPHÈRE
Des éléments qui constituent l'atmosphère, les uns sont communs à sa mass(» tout entière, les autres sont limités à quelques-unes de ses parties. Les premiers sont Toxygène et l'azote dont les proportions sont immuables, Tacide carbonique et la vapeur d'eau qu'on y trouve en quantités très variabl(\s et toujours minimes. Les éléments éventuels sont des gaz tels qut* Toxyde de carbone, Tammoniaque, l'hydrogène sulfuré, (»tc., etc. ; des poussières minérales ou organiques et enfin des germes de microbes.
L Éléments essentiels de l'atmosphère. — L*oxygène et l'azote dont le uuMange constilui* essentielltMuent lair atmosphérique, s'y trouvent, avons-nous dit, dans un rapport constant. La proportion du moins n'a pas sensiblement changé depuis l'époque où les premières analyses ont été faites, c'^^st-ànliri* depuis le commencement du siècle. BerthoUet avait triMivè en Kgypte qut» lair était composé en volume de 2i parties d't>\Ngène et de TU d'a/ote : h's analyses plus rtVentes, faites d'apn^s les pnn'édrs plus piM'fivtionnos de lUima^ et IViussingault (1), ont donné iî0,80 \olumis d'owisvne et 70,ii) \olum. sd*;izote. Nous ne mentionnons
il l>i\i\N ot Uoi-MNi.Mi T. Kr . • ><.'.- " :.* ' .V co* posif OU df toirotmouphe-
que pour mémoire les différences très légères constatées par les nombreux expérimentateurs qui se sont occupés de ce sujet, parce qu'elles sont sans importance pour Thygiène.
i*" Oxygène. — C'est l'élément actif du mélange qui constitue Tair atmosphérique. Il entretient la respiration des animaux en so combinant avec les globules de leur sang dans l'acte de Thématose. Il est l'élément essentiel de toutes les combustions qui s'accomplissent au sein des êtres vivants ; quelques micro-organismes peuvent seuls s*en passer, il en est même pour lesquels il est un poison, comme nous le verrons plus tard ; mais ce sont là des exceptions qui ne font que confirmer la loi générale. Enfin l'oxygène décompose les roches instables, brûle la matière organique contenue dans le sol et est ainsi un agent de purification des plus précieux.
La proportion d'oxygène contenue dans l'air est invariable. Du moins les différences qu'on a signalées sont insignifiantes. Ainsi il y en a en général un peu moins dans l'air des hautes montagnes que dans les basfonds. M. Regnault a trouvé également de légères différences dans la composition de l'air pris sur différents points du globe. Les chiffres extrêmes sont 20.913 pour Paris et 20.912 pour Toulon et la Méditerranée. L'air de la mer en contient la même quantité que l'atmosphère terrestre ; mais B. Lew a constaté qu'il y en avait plus le jour que la nuit. En faisant usage du procédé de Regnault et Reyset, il a trouvé dans l'air pris à 400 lieues des côtes : 20,96 d'oxygène p. 100 à trois heures du matin et 21,06 à trois heures du soir.
Nous ne parlons bien entendu que de l'air libre ; celui des habitations, des manufactures, des mines, qui a été vicié par la respiration et par des émanations de tout genre, n'a plus la même composition et nous nous en occuperons en parlant de l'air confiné.
Pour être apte à entretenir la respiration, il n'est pas indispensable que loxygène s'y trouve dans les proportions indiquées plus haut. Dans les mines, il s'abaisse souvent au-dessous sans produire l'asphyxie. P. Moyle a trouvé 16,87 p. 100 comme moyenne de 18 prises d'air faites sur différents points des mines de Cornouailles. Dans les cas extrêmes, à 14,51 et à 14,76 p. 100, les lampes brûlaient avec difficulté et quatre hommes moururent. Félix Leblanc, en analvsant l'air des mines du Huelgoat et de Poullaouen (Finistère) où les pyrites de cuivre absorbent de l'oxygène sans produire d'acide carbonique, a reconnu que cette raréfaction pure et simple de l'oxygène donnait les résultats suivants : Dans un endroit où il n'y a plus que 16,7 pour 100 d'oxygène, la respiration est pc^u gênée, mais l'air est trouvé faible par les mineurs ; avec 13,5 d'oxygène, on peut respirer d'une manière continue et sans trop do difficulté ; avec 9,8 d'oxygène, l'air est asphyxiant et au bout d'une à deux minutes on se sent pris de défaillance.
Paul Bert compare ces effets à ceux que produit la raréfaction absolue
i:i4 TRAITÉ DHYGIKNK l'I'BIJgLE ET PRIVÉE.
de l'oxygène par diminution de la pression atmosphérique à laquelle on est soumis lorsque, dans les ascensions de montagne, on dépasse l^altitude de 2.000 mètres.
Ozone. — L'ozone a été considéré jusqu'à présent comme un simple état allotropique de Toxygène produit par Faction de Télectricité sur ce gaz. On Tobtient dans les laboratoires par le passage de Tétincelle électrique à travers l'oxygène ; il s'en dégage également dans certaines réactions chimiques ; celui qu'on trouve dans Tair est vraisemblablement produit par l'électricité atmosphérique.
Les premières notions positives sur l'ozone sont ducs à Schœnbein et remontent à 1840. Il fui frappé de l'odeur de l'oxygène provenant de la décomposition de l'eau par la pile et il lui donna le nom d'ozone (o>>, je sens). Ce gaz est doué d'un pouvoir oxydant extraordinaire ; il se combin(* à la température ordinaire avec la plupart des substances oxydables simples «m romposèrs: il activa la combuslion des matières ort?ani(pie> u/.ot<''«'s. Jlllo^pll(»|•«'•rs. .sulfiirét's et flélruit 1rs trcrmes dr la piiln'IjuMion. (i fst «lonr 1111 »l«'>iiirtMtaiil pins artil" r.inore y\\\r l'ovy'^èn»'.
I.'i»/niir dèi'iiiiijioM' 1rs iodupès fil oxydant Ir iii4''tal rt »'ii mettant l'itMl** à nu. ScliuMiliein a basé son ozoïioinètre sur ci»tte propriété. C'est une bande de papier amidonné, renfermant une faible proportion d'iodure de potassium. Kxposéc^ à l'air, elle passe du blanc qui est sa couleur avant l'expérience, à une nuance bleue plus ou moins foncée suivant la quantité d'ozone qui existe dans l'air. Sur l'échelle ozonométrique. le blanc répond à l'absence de ce corps et la coloration bleue la plus intense qu'il produit sur le papier, en mettant l'iode à nu, indique son maximum dans l'air ; l'espace chromatique compris entre ces deux termes est divisé en dix. Vozotiosopc ainsi constitué est d'une sensibilité qui dépasse en délicatesse celle du meilleur galvanomètre (i). On a reproché à cette méthode d'être infidèle parce que les gaz nitreux unis à l'azote, qui se trouvent dans l'air après les orages, influencent le papier ioduré dans le même sens que l'ozone ; mais Schœnbein a refuté péremptoirement ces objections. Le papier amidonné et ioduré est d'un emploi très facile et suffit pour évaluer avec une exactitude satisfaisante les variations journalières de l'ozone atmosphérique, tandis que le procédé employé à l'observatoire de Montsouris et qui consiste à doser le poids de Tozone à l'aide de Tarsénile de potasse, est d'un emploi difficile et demande beaucoup de temps (2).
L'ozone à l'étal normal est très inégalement répandu dans l'atmosphère. Sa quantité varie selon l'état météorologique, l'altitude, les saisons et l'heure de la journée. On croit généralement qu'elle augmente en hiver et diminue en automne. Cependant, dans les analyses faites à l'observatoire de Montsouris pendant la période de 10 ans qui va de 1877 à 1887,
(1) Michel LÉVY, Traité (Vhyffiènc puhWiuc et f>rivce, t. I, p. 299.
(2) ScHneNBEiN, Annalrs f/e pht/stffue et de chimie, 1868, 4* anncc, t. XIII, p. 51.
LKS AIKS, LES KM \ ET LKS LIKUX. loô
l«*s minima'ont coïncidé avec les mois de novembre, décemt)re et janvier. et les maxima avec les mois de mai, de juin et de juillet. Les extrêmes ont éU^ : en janvier {"^'i pour 100 mètres cubes d'air et dans les mois d'été i"""5. Contrairement à ce qu'il était naturel de penser, les mois pendant lesquels les observations faites à Montsouris ont signalé la plus forte tension électrique, sont ceux où il y avait le moins d'ozone dans l'air. Sa production est au contraire en rapport avec le nombre des orages.
L'ozone est plus abondant pendant la nuit que dans le jour ; c'est au lever du soleil qu'on en trouve le plus. 11 augmente avec l'altitude ; il y en a plus dans les campagnes qu'en ville, dans les forêts que sur les terrains dénudés, au faite des arbres qu'au ras du sol. D'après les expériences réc4»nles de M. J. Peyron (1), la végétation exerce une influence puissante sur la formation de l'ozone, ce qui explique l'assainissement de l'îiir par 1rs plantes et est d'nrcord avre la remarqua (1«* M. îloii/eaii. i\\\r tt* printi'fnps «-si \h saison qui doniM* le plus d'(»/.<MH'. Il «iiiiiiniM* dans !••> linhilatiMiis, dans 1rs lii-iix iiianra';»Mi\, purlimt r\\\"ii\ où les malièirs • •r»raiiiqnr> se lntiiv«'iil alM)iidHtniii<*nl i'i''])aiuhi<'s r| l'absorlimt aviT jivirlili'. La quantité d'o/cmr rsi en raison presque dirrcir do la tension lie la vapeur et de l'humidité relative. Les travaux du docteur Pietra- Santa (2) et ceux du docteur Jacolot, médecin de l^^** classe de la marine (3) l'ont démontré. Elle augmente par les temps couverts et pluvieux.
L'air marin est plus riche en ozone que l'atmosphère terrestre, si l'on s'en rapporte aux recherches de l'amiral Fitz-Roy, aux observations faites par le lieutenant Chimino, aux Hébrides et sur la côte d'Ecosse, à celle du capitaine hollandais Jansen et du docteur Mitchell, d'Edimbourg. Dans les recherches que ces derniers ont faites dans l'Inde, sur l'Océan Atlantique et à Alger, ils ont trouvé qu'en mer et loin des côtes, l'air était très riche en ozone ; que sur le rivage, les montagnes exposées au vent du large en présentaient plus que les vallées et les campagnes de l'intérieur. Ces observateurs ont eu recours aux méthodes indiquées par le professeur Moffatt et le professeur Schœnbein.
La découverte <le l'ozone avait fait naître des espérances qui ne se sont pas réalisées. On avait pu croire qu'elle allait éclairer d'un jour tout nouveau la physiologie et l'hygiène ; mais elle.ne leur a pas apporté jusqu'ici de secours bien appréciables. Bœckel et Cook ont cru remarquer que les courbes de l'ozone suivaient assez régulièrement celles des épidémies de choléra : d'autres ont attribué à son excès une influence sur la production des maladit^s de poitrine et en particulier de la phthisie ; quelques-uns ont cru remarquer une corrélation entre l'abaissement du
(1) J. Peyron, Communication a IWvadêmie d^a scie7ire<, 2î décembre 189i. 2) I*ietra-Santa, K.t.<ai de climatologie, Paris, I8(>5. <3) Jacoi.ot, Recfierrfirs ozonométriqne^ [Archives de mêde<:inr navale ^ 18fi5).
chiffre de cet élément atmosphérique et le développement des fièvres intermittentes ; mais ce sont là de simples hypothèses auxquelles il est inutile de s'arrêter.
2° Azote. — L*azote est le véhicule de Toxygène, c'est un gaz inerte et irrespirable. Il tempère par son mélange l'activité de celui-ci et permet de le respirer sans inconvénient, ce qui ne serait pas possible sous la pression à laquelle nous vivons, s'il était à Tétat de pureté. L'azote de l'atmosphère est la grande réserve de cet aliment indispensable à la structure des animaux et des végétaux.
3° Acide carbonique. — Ce gaz n'est pas lié, comme les deux précédents, à la constitution même de l'atmosphère ; mais il en fait partie à l'état normal, puisqu'on l'y rencontre partout et qu'il est indispensable à la végétation .[
Sa répartition dans l'atmosphère n'est pas uniforme; elle varie suivant les temps et les lieux. 11 est vraisemblable, comme le fait observer Arnould, qu'elle était beaucoup plus considérable dans les temps géologiques qu'aujourd'hui, puisqu'elle a permis la formation des assises puissantes de houille qui sont maintenant la plus riche réserve d'acide carbonique (1). Depuis, la proportion semble être demeurée à peu près la même, bien que les quantités produites par la respiration des animaux et parties combustions de tout genre dépassent la consommation qui en est faite par les plantes.
L'acide carbonique est beaucoup plus abondamment répandu dans l'atmosphère des villes qui sont des centres de combustion que dans la campagne où les forêts et les végétaux cultivés agissent en sens inverse. La différence peut aller à la moitié. La proportion normale est estimée à 3 pour 10.000 parties d'air et, dans les villes, elle peut s'élever jusqu'à 5, 6 et même 6,50 par les temps de brouillards. L'air des déserts africains qui ne subit pas ces influences en sens contraire, garde sa composition normale et se montre aussi riche en acide carbonique que celui de nos vallées.
L'air de la mer, ainsi qu'on pouvait le prévoir, contient la même quantité d'acide carbonique que celui des campagnes et, d'après les expériences de B. Levvy que nous avons citées plus haut, la proportion comme celle de l'oxygène y est plus forte la nuit que le jour. Elle est de 3,34 pour 10.000 volumes d'air à trois heures du matin et de 5,42 à trois heures du soir. La différence est donc de 2,08. B. Lewv l'attribue à ce que, pendant le jour, les rayons solaires vont dégager une partie des gaz que la mer tient en dissolution et qui renferment plus d'oxygène et d'acide carbonique que l'atmosphère (2).
(1) J. Arnould, Nouveaux éléments d'hygihie^ p . 198.
(2) B. Lewy, Rapport sur les coUfctioTis faites dans la Nouvellf Grenade (Comjdesrendus de l'Académie des sciences, 1851, t. XXXIII, p. 374).
Les années ne se ressemblent pas pour les proportions d'acide carbonique.
Les observations faites à Montsouris pendant quatre ans, par Marié Davy et Albert Lévy, ont donné les moyennes suivantes :
1876 2,"76 d'acide carbonique pour 10.000 volume» d'air.
1817 2,83 id. 10.000 id.
1878 3,4i id. 10.000 id.
1879 3.29 id. 10.000 id.
L'air confiné présente des différences bien autrement considérables ainsi que nous le montrerons lorsqu'il sera question de la ventilation des habitations.
4*» Vapeur d'eau. — Nous avons parlé précédemment de l'évaporation qui se produit sans cesse à la surface des eaux et du sol, lorsqu'il a été détrempé par la pluie ; ces vapeurs se répandent dans l'atmosphère et y existent toujours en quantité plus ou moins considérable, quelle que soit la température. L'air en renferme en moyenne 1 p. iOO de son volume et 0,0142 de son poids ; mais cette proportion oscille dans des limites très considérables. La quantité absolue de vapeur d'eau que l'air peut contenir est en rapport constant avec sa température : on dit qu'il est saturé lorsqu'il renferme la quantité la plus élevée qu'il puisse retenir à la température du moment.
La tension de la vapeur d'eau est représentée par la hauteur de la colonne mercurielle à laquelle elle fait équilibre à l'état de saturation et à une température donnée. Cette colonne, d'après les tables de Regnault, va croissant d'une manière assez régulière avec la température. A — 20°, elle est de 0"^,927, à 0° de 4"^'",600, à 4- 20° de IT'^jSyi, à + 40 de 54"«,906.
Le poids de la vapeur d'eau que peut contenir un mètre cube d'air à l'état de saturation est de 1^%2 à — iO°, de 4^,8 à 0°, de il«^ à + 20°, de SS^ à + 40°.
La quantité de vapeur d'eau contenue dans l'atmosphère peut s'évaluer par le procédé chimique qui consiste à la faire absorber par de la pierre ponce imbibée d'acide sulfurique^'dont on constate ensuite l'augmentation de poids. Il est plus simple de la mesurer à l'aide des instruments imaginés à cet effet. Les plus connus sont Yhygi-omètre à cheveu de Saussure, qui a été avantageusement modifié par Reynaud ; il repose, comme on le sait, sur la propriété qu'ont les cheveux de s'allonger dans Tair humide et de se raccourcir dans l'air sec. Un cheveu bien dégraissé est fixé par une de ses extrémités dans un cadre, tandis que l'autre s'enroule sur un cylindre tournant muni d'unej]aiguille qui chemine sur un cadran. Quand l'air est humide l'aiguille tourne dans un sens et quand il est sec dans l'autre. L'intervalle compris entre les deux points extrêmes est divisée en 100 degrés.
ir,8 TRAITÉ D'HYGIÈNE PUBLIQUE ET PRIVÉE.
\a' hygromètre à condensation de Regnault a pour but de déterminer la température du point de rosée, c'est-à-dire celle à laquelle l'air est saturé par le refroidissement. On cherche alors sur des tables dressées à cet effet la tension maximum de la vapeur à la température du point de rosée, on la divise par la tension maximum à la température de 1 atmosphère. Le quotient est Tétat hygrométrique de Tair.
Le psychromètre cVAugust repose sur la comparaison des températures fournies par deux thermomètres, Tun à boule sèche, l'autre à boule mouillée. Nous n'insisterons pas sur la construction et le fonctionnement de ces instruments, parce qu'ils sont connus de toutes les personnes qui ont appris la physique et c'est le cas des médecins auxquels cet ouvrage est plus particulièrement destiné.
La vapeur d'eau atmosphérique va en diminuant de Téquateur au pôle. C'est la conséquence de ce que nous avons dit plus haut en, parlant de la température. Elle est plus grande sur mer que dans l'intérieur des terres et cela se comprend, puisqu'elle y est en rapport avec une immense surface liquide sur laquelle Taction du soleil s'exerce sans obstacle et sans intermédiaire. Toutefois l'air est plus humide à la surface des lacs, des marais, des plaines inondées que sur l'Océan lui-même. Les brouillards épais qui les couvrent et la sensation de froid humide qu'on ressent, quand on s'en approche, en fournissent la preuve. Cet effet est dû surtout à l'immobilité des couches atmosphériques maintenues en repos par les montagnes et les forets voisines ; il tient aussi à ce que l'eau douce, à température égale, dégage plus de vapeur que l'eau salée. Kœmtz a constaté que celle-ci n'émet jamais qu'une quantité de vapeur égale à celle d'une masse d'eau distillée de même volume plus froide de 3'>5.
La quantité de vapeur d'eau contenue dans l'atmosphère augmente avec la chaleur du jour. Pendant l'été, elle monte jusqu'à 9 heures du matin ; à ce moment, réchauffement du sol devient suffisant pour dilater les couches d'air en contact avec lui ; elles s'élèvent en entraînant leur vapeur et, bien que l'évaporation continue, l'air devient relativement sec au niveau du sol. Ce mouvement cesse vers 4 heures du soir; alors la vapeur d'eau descend peu à peu jusque vers 9 heures, instant où le refroidissement nocturne met un terme à l'évaporation. En hiver, le soleil ayant peu d action, c'est vers 2 heures que l'air renferme le plus d'eau et au coucher du soleil qu'il en a le moins. Quant aux saisons, le minimum est en janvier et le maximum en juillet.
La vapeur d'eau maintient la chaleur à la surface de la terre. Lorsque Tair est très sec, comme cela s'observe dans le Sahara, l'excursion diurne du thermomètre est considérable.
Nous ne nous sommes occupés jusqu'ici que de la quantité absolue de vapeur d'eau que l'air renferme ; mais ce n'est pas d'elle que dépend la sensation d'humidité ou de sécheresse que nous ressentons et qui inté-
resse surtout Thygic^ne. Do Fair très chaud peut retenir beaucoup de vapeur d'eau sans nous paraître humide, tandis que de l*air très froid et contenant peu de vapeur, nous donne cette sensation pénible. L'air nous paraît sec en effet tant qu'il n'est pas arrivé à son point de saturation ; mais aussitôt qu'il l'a dépassé, la plus petite quantité d'eau en plus devient sensible à nos organes. C'est pour cela que le mois de janvier est celui pendant lequel l'air nous paraît le plus humide bien que la quantité absolue de vapeur d'eau y soit à son minimum, tandis que dans le mois de juillet Tair nous parait sec, bien que ce soit le moment où il contient le plus d'eau.
Lorsque le point de saturation hygrométrique est dépassé, l'excédant de vapeur aqueuse reste en suspension dans l'atmosphère sous forme de nuages, de brouillards, ou se résoul en rosée, en pluie, en grêle ou en neige, comme nous l'avons exposé précédemment.
Nuages, — Les nuages sont de la vapeur d'eau à l'élat vésiculaire. Us affectent trois formes principales :
Les cirrus, désignés par les marins sous le nom de barbes de chaty sont constitués par des pinceaux de filaments déliés d'une blancheur éclatante.
Les cumulus {balles de coton des marins), sont des nuages d'été, de forme arrondie ou hémisphérique, qui s'entassent les uns sur les autres de manière à simuler des montagnes couvertes de neige et prennent souvent des aspects bizarres dans lesquelles on peut trouver les plus étranges ressemblances.
Les stratus sont des bandes horizontales qui se forment d'habitude au coucher du soleil et qui disparaissent à son lever.
Ces trois formes peuvent s'associer pour constituer des cirro-cumulus, des cumulO'Strat us et des cirro-cumulo-slratus ; mais ces détails n'ont d'importance que pour l'astronomie et la navigation. Au point de vue de l'hygiène, les nuages ont pour effet d'empêcher le refroidissement nocturne, de modérer réchauffement produit par le soleil et de diminuer l'intensité des rayons luniineux qui arrivent à la terre ou qui sont réfléchis par elle.
Brouillards, — Les brouillards ne sont autre chose que des nuages qui affleurent le sol. Ils proviennent d'un refroidissement subit d'un courant d'air saturé d'humidité, lequel fait passer à l'état vésiculaire la vapeur d'eau en excès (^t la rend visible. Ils exigent, pour se former, un calme complet de l'atmosphère, permettant aux différentes couches d'air de s'étager par ordre de densité, de saturation hygrométrique et de température. L'intensité du brouillard est en raison inverse de la différence de température entre l'air atmosphérique et la surface qu'il recouvre. Il se montre surtout aux heures où l'atmosphère se refroidit et où le vent se calme, c'est-à-dire le matin et le soir. Il est le plus souvent dû à l'évaporation du lieu où on l'observe ; mais la vapeur d'eau est quelquefois
160 TRAITÉ D'HYGIÈNK PUB IQUE ET PUIVRE.
poussée par les vents dans des régions plus froides et va se condenser loin de son point d'origine.
Les brouillards se forment surtout au-dessus des eaux. Ils suivent le cours des vallées, s'étendent sur les fleuves et sur leurs rives, planent au-dessus des marais, des plaines noyées. Ce phénomène est surtout sensible dans les pays chauds : alors que le sommet des collines est déjà doré par les rayons du soleil levant, les vallées sont encore couvertes d'un voile blanc que les créoles désignent sous le nom pittoresque de linceul des savanes. Les brouillards sont plus épais à la surface des lacs entourés de montagnes boisées ; mais rien n'égale la densité et la persistance des brouillards maritimes qui portent le nom de brume. Ils sont surtout fréquents dans les mers du Nord dont ils rendent la navigation dangereuse. Certains parages en sont habituellement couverts. Le banc de Terre-Neuve, par exemple, est presque constamment enseveli sous une brume épaisse dans laquelle sont plongés les navires qui pochent la morue et, comme ces parages sont parcourus par les paquebots transatlantiques qui passent à toute vitesse au milieu de cette flotillede navires au mouillage, il en résulte souvent des abordages dont le paquebot s'aperçoit à peine. Quant aux navires coulés, on n'a connaissance de leur perte qu'en faisant le compte au retour de ceux qui manquent à Tappel. Les brumes du banc de Terre-Neuve sont dues au Gulf-Stream dont les vapeurs se condensent brusquement au contact de l'air froid qu'amènent les courants polaires.
Rosée, — La rosée est le résultat du refroidissement nocturne du sol sous rinfluenee duquel se condense Thumidité des couches d'air qui en sont les plus voisines. Elle se dépose sous forme de fines gouttelettes siir les aspérités qui hérissent le sol, sur les brins d'herbe, sur les plantes et se produit surtout pendant les nuits calmes, sereines, qui succèdent à des jours de chaleur, alors que le refroidissement est au maximum. Si le ciel est couvert de nuages, le rayonnement nocturne est empêché et il n'y a pas de rosée ; il en est de même quand il fait du vent, parce qu'il déplace les couches d'air et les empêchfe de se refroidir. La rosée est plus abondante sur les côtes que dans l'intérieur, en rase campagne que sous les arbres ou sous les abris quelconques qui font office d'écran. Toutes choses égales d'ailleurs, elle humecte plus les plantes que la terre, le sable plus qu'un sol battu, le verre plus que les métaux, les corps organisés plus que le verre.
Lorsque l'abaissement de température est considérable, la rosée se congèle en se formant et produit W givre qui est formé de cristaux de glace très déliés et réunis en flocons à l'extrémité des tiges et des feuilles. Enfin, lorsque la lempérature de l'atmosphère tombe au-dessous de zéro, la vapeur qu'elle hmi ferme se condense en étoiles à six branches et constitue la neige dont nous avons parlé plus haut. Elle prend le nom de grêsiL quand elle présente des cristaux compacts serrés autour du
centre ; le grésil tombe ordinairemenl dans nos climats au commencement du printemps (i).
Effets de Vhumidité de Vair. — Un certain degr(^ d'humidité dans Tair est favorable à la santé. L'air trop sec irrite les bronches. En Provence, quand souffle le mistral, on tousse même dans les appartements bien fermés. Dans l'Amérique du Nord, où Tair est remarquablement sec, les maladies des voies respiratoires sont très répandues. La vapeur d'eau dans Tair est un modérateur de l'oxygène ; on sait quels bons effets on obtient dans les laryngites, en faisant inspirer aux malades de l'air humide et chaud. Il calme les quintes de toux férine qui sont si pénibles dans ces maladies. L'humidité de l'air ne saurait d'ailleurs entraver l'évaporation pulmonaire ; ce phénomène mécanique est favorisé par la haute température de l'air expiré. Pourtant, comme le fait observer H. Arnould, il semble qu'on respire plus aisément dans l'air sec que dans le brouillard.
La sécheresse de l'air a plus d'influence encore sur les fonctions de la peau. Lorsqu'elle coïncide avec une haute température, elle active la transpiration et la rend profuse, elle rafraîchit ainsi Torganisme tout entier, mais elle produit de l'anémie et de l'amaigrissement. Falk a constaté, dans des expériences sur les animaux, que l'air sec abaisse la température du corps de 0°,1 à 0",7 et que son action prolongée finit par provoquer des convulsions. Il crispe la peau et produit une impression désagréable sur les parties découvertes. Au Sénégal, quand le vent souffle de l'est et a passé sur le désert, il fait éprouver un malaise des plus pénibles. On éprouve la même anxiété dans les appartements surchauffés par Tair sec des calorifères, mais cela tient en partie à la mauvaise qualité de cet air, comme nous le dirons en parlant du chauffage des appartements.
Il est donc utile pour le fonctionnement normal de l'organisme que Tair contienne un peu de vapeur d'eau ; mais l'excès d'humidité est bien autrement à redouter que la sécheresse Lorsque l'air est froid et saturé d^humidité il est meilleur conducteur du calorique que quand il est sec, il en soustrait davantage au corps ; de là résulte la sensation de froid pénétrant que fait éprouver le brouillard par les températures basses. Il semble, suivant l'expression de Michel Lévy, que l'air humide s'applique plus exactement sur la surface cutanée. L'air saturé est d'un froid insupportable de 0** à 10**, parce que, dans ces conditions, son pouvoir conducteur est considérable.
Tous les médecins savent avec quelle facilité on s'enrhume sous l'influence de l'humidité froide. Les angines, les bronchites, les pleurésies, constituent le fond de la pathologie dans les climats froids et humides. Dans l'ouest de la Bretagne, tout le monde tousse pendant une partie de rhiver. Les rhumatismes chroniques font le supplice de la plupart des
1) Michel I.EVY, Traité d'hygiène puôligue et privée {ioc. cit.), t. I, p. 283. Traité (Thygiènc publique et privée. 11
vieux marins. Enfin, il est incontestable que si Thumidité froide ne fait pas naître la tuberculose, elle favorise son développement. La phtisie et la scrofule font incontestablement plus de ravages sous les climats froids et brumeux que dans les pays chauds et secs.
L'air humide et chaud produit des effets opposés ; il a perdu de son élasticité, il est raréfié par le calorique et par la vapeur aqueuse et présente moins d'oxygène sous un volume donné ; il exerce, sur l'ensemble des fonctions, une influence; profondément débilitante ; il émousse l'appétit et ralentit la digestion ; le cœur bat moins fort et plus lentement ; l'air étant saturé d'eau ne permet plus à la sueur de s'évaporer. Elle se réunit par gouttellettes et finit par inonder le corps. Celui-ci ne peut se débarrasser de son excès de calorique ni par le rayonnement ni par l'évaporation, il en résulte un sentiment d'oppression et d'anxiété des plus pénibles. Cette sensation devient intolérable quand elle se prolonge, ainsi que cela arrive dans les régions équatoriales. A la Guyane, en Cochinchine, pendant la saison des pluies qui durent huit mois dans la première de ces colonies et six mois dans la seconde, elles sont torrentielles, l'atmosphère toujours saturée d'humidité est semblable à celle d'une étuve et les Européens ont une peine extrême à supporter la longueur de cette saison.
L'air humide et chaud agit encore sur l'organisme par les principes délétères dont il est le conducteur par excellence et par l'activité qu'il imprime à toutes les fermentations putrides.
II. Eléments accidentels de l'atmosphère. — Les corps qui ne font pas normalement partie de l'atmosphère et qu'on peut par conséquent considérer comme des impuretés, sont gazeux ou solides.
A. Corps gazeux. — 1° Ammoniaque» — On en trouve presque partout des traces dans l'atmosphère, mais ses proportions ne sont réellement notables que dans les lieux habités, dans l'air des villes, au voisinage des fumiers, des cloaques, des amas d'immondices. D'après un tableau dressé par Fodor, reproduit par Renk et par Arnould (1), la quantité constatée par différents observateurs a varié entre 5°'™«*',55 et O^^'^jOlS par mètre cube. Cinq observations faites à Glascow sur divers points ont donné pour moyenne 0"''"^'",031 par mètre cube d'air.
La présence de Tammoniaque dans Tair a été expliquée par Boussingault et par M. Schloesing de la manière suivante : Les nitrates enlevés au sol par le drainage naturel des eaux pluviales et versés dans la mer y sont décomposés sous l'action de la vie sous-marine et ramenés à l'état d'ammoniaque. Les eaux de la mer en renferment en effet des quantités appréciables qui s'en échappent graduellement avec l'eau évaporée. C'est là l'origine de l'ammoniaque normale de l'air peu variable
(1) J. ÂRNOULD, Nouveaux éléments d'hygiène^ 2« édition, p, 311.
LES AIRS, LES EAUX ET LKS LIEUX i63
d'un point à rautre d'un grand pays comme la France. Le professeur Fodor pense au contraire que Fammoniaque de Tair vient du sol, qu'elle émane des foyers de fermentation putride et qu'elle peut jusqu'à un certain point donner la mesure de la propreté des lieux.
Les quantités d'ammoniaque que l'analyse permet de constater dans Fair libre sont insignifiantes et incapables de compromettre la santé de ceux qui le respirent. Lehmann a fait, à l'Institut d*hygiène de Munich, des expériences sur les animaux qui lui ont donné la mesure du pouvoir toxique de l'ammoniaque respirée. Il faut que l'atmosphère artificielle dans laquelle on les plonge en contienne 1 pour i.OOO, pour produire des effets généraux appréciables. A 2 pour i.OOO, il y a irritation de la conjonctive et trouble de la cornée ; de 30 à 15 pour 1.000 l'animal donne des signes de vive douleur et meurt dans la dyspnée et les convulsions, ou si la dose est idoins forte on voit survenir l'œdème de la glotte, des hémorrhagies sou&-muqueuses et de l'œdème pulmonaire (i^^.
n est rare qu'on ait chez l'homme l'occasion d'assister à des désordres semblables ; certaines professions exposent pourtant les ouvriers aux effets de l'ammoniaque. Les vidangeurs sont de ce nombre et ils sont sujets à une conjonctivite spéciale, la mitte^ qui est causée par l'action des vapeurs ammoniacales. Les usines de sulfate d'ammoniaque, les ateliers dans lesquels on fabrique les appareils Carré donnent souvent lieu à des dégagements d'ammoniaque ; enfin certains accidents de laboratoire peuvent également y donner lieu. J'ai eu l'occasion d'observer un accident semblable chez un ingénieur de la marine qui se livrait à des expériences sur les substances explosives. Le cylindre de cuivre dont il se servait vint à éclater; un des fragments lui fractura la cuisse, un autre brisa un immense bocal contenant de l'ammoniaque liquide qui se répandit sur le sol où le blessé gisait. Il resta dans ce bain et dans cette atmosphère, jusqu'au moment où on vint à son secours. Il en résulta une vive irritation de la pituitaire et de la muqueuse pharyngienne, ainsi qu'une bronchite avec toux incessante qui dura très longtemps.
2® Acide azotique., — 11 est presqu'aussi constant dans l'air que l'ammoniaque. Il se forme par la combinaison de l'azote et de l'oxygène qui s'opère sous l'influence de l'électricité, pendant les orages. Au Sénégal, pendant les tornades^ Tair est traversé par une telle profusion d'étincelles électriques, il se forme de telles quantités d'acide azotique que la pluie qui tombe à torrents est fortement acide et rougit les chapeaux de paille (2). En dehors de ces conditions, les quantités d'acide azotique qu'on trouve dans l'atmosphère sont insignifiantes. Celle de Paris en renferme de O'^s^S à 7™^%8 pour 100 mètres cubes d'air, d'après les recherches faites à l'observatoire de Montsouris.
(1) K.-B. Lebmann^ Experimentelle studren ûber den Einfluss tecknisen und hyyienisch IVichtiger Gâte und Dûmpfe anf der organismes (Avchin. Hi/fjienr, 1887 cl 1888).
(2) FONSSAGRIVES, Traité d'hygiène navale, 2« cdilioii. p. 49 i.
Les autres produits gazeux qu'on rencontre accidentellement dans Fair, tels que Tacide sulfhydrique, Thydrogène carboné, les acides sulfureux et sulfurique, le chlore, etc., ne s'y trouvent que dans des circonstances exceptionnelles, qui se rattachent à Thygiène urbaine ou industrielle et ne peuvent par conséquent pas rentrer dans une étude générale de l'atmosphère. Il est bon de rappeler toutefois que si la plupart de ces produits gazeux accidentels sont en trop petite quantité dans Tair pour être toxiques, ils n'en souillent pas moins l'atmosphère ; ils Fimprègnenl d'odeurs fétides, nauséeuses, qu'il ne peut pas être sain de respirer. « L'hygiène, dit avec raison M. Arnould, ne saurait mieux faire que de » réclamer la réalisation de la définition des chimistes : Voir est un gaz 9 incolore, inodore et sans saveur, 11 n'est pas plus normal de respirer » un air entaché de gaz putrides, de vapeurs irritantes, d'émanations » nauséabondes, que de boire une eau sale ou de Aianger des vivres » avariés ».
B. Corps solides. — Les particules solides qui flottent dans l'air sont des poussières ou des microbes..
1° Poussières, — Elles sont de nature minérale ou de provenance organique. Les premières sont produites par la désagrégation des roches; elles viennent du sol, du revêtement des chaussées dans les villes et de toutes les industries qui peuvent réduire les corps solides à l'état pulvérulent; les autres sont produites par la décomposition des végétaux, sous l'influence de la pluie, du soleil et du vent. Elles sont fournies par les arbres morts, les feuilles desséchée}, les bois de toute sorte que l'homme emploie pour son usage. Les fibres de coton, de lin, de chanvre, les grains d'amidon abondent dans l'air des habitations. On y trouve aussi des débris d'insectes, des écailles, des brins de laine, du duvet, des cellules d'épiderrae, des poils, etc.
M. Gaston Tissandier a recherché qu'elle était la quantité absolue de poussières contenues dans Tair. Il en a trouvé, à Paris, 6°»°^ par mètre cube, après la pluie et 25™"»'" pendant la sécheresse. A la campagne, il n'en a obtenu que 0'""'»'',25 après la pluie et 3 à 4"^»*' en temps sec (1). il estime que les particules organiques figurent pour un tiers environ dans la poussière des villes. Tichborne (de Dublin) et Wolfurger (de Munich) indiquent la même proportion à peu près. Tyndall estime au contraire que les matières organiques l'emportent sur les autres. Il l'a reconnu, en faisant passer l'air au dessus d'une lampe à l'esprit de vin. D vit alors disparaître la presque totalité des poussières qu'il y avait préalablement reconnues. « C'est le 5 octobre 1868, dit-il, que je fis pour la » première fois cette expérience, et je n'étais en aucune façon préparé » à un pareil résultat. J'avais toujours pensé que les poussières de notre
(i) G. Tissandier, Les poussières atmosphériques (AJinales de chimie et de physique^ h^ série, l. m, 1875).
» air étaient en grande partie inorganiques. Je dus conclure que, puis- 9 qu'elles disparaissaient par la combustion, c'est que c'étaient des ma" » itères organiques » (1).
Tous ces éléments, qui n'ont de commun que leur ténuité, sont soulevés, brassés, remués par les vents, emportés en tourbillons sur les routes, entraînés dans les habitations ; ils se déposent partout sous Tin- . fluence de la pesanteur et se remettent en mouvement à la moindre agitation de l'atmosphère. C'est alors qu'on voit flotter ces particules brillantes qui ont été l'objet d^études si curieuses de la part de Tyndall. ' On sait qu'il les observe à la faveur d'un rayon lumineux qu'il fait passser dans le tube à expérience. Lorsque l'air est dépourvu de toute matière en suspension, qu'il est optiquement vide, pour me servir de l'expression du physicien Anglais, il est tout à fait noir, du noir des espaces stellaires et ces ténèbres résultent de ce que le rayon ne rencontre aucune matière en suspension. Pour l'en débarrasser complètement, il faut le faire barbotter à travers l'acide sulfurique, ou la potasse en solution, après l'avoir fait passer au-dessus de la flamme d'une lampe ou à travers une toile incandescente. On peut également obtenir ce résultat par le repos. Il est même plus efficace que la filtration et le passage à travers les liquides caustiques, mais il lui faut une semaine pour produire un effet complet (2j.
Les poussières sont nuisibles à plusieurs points de vue : d'abord et simplement comme corps étrangers, secondement comme véhicules d'agents toxiques. Sous le premier rapport, c'est la poussière de la houille qui a le plus d'inconvénients. L'atmosphère des grandes villes manufacturières en est remplie, les rayons du soleil ont peine à traverser le nuage épais qui les couvre, qui retombe sur le sol en fines particules et s'introduit dans les habitations par toutes les ouvertures. On sait que la fumée et la poussière du charbon de terre contribuent à assombrir et à attrister le climat de Londres. La poussière qui provient des plâtras des maisons en démolition, celle qui se forme dans les carrières, ont aussi leurs mouvements particuliers, enfin il est une foule d'industries qui répandent dans l'air des fabriques des particules terreuses, très nuisibles aux ouvriers de ces usines-
Les poussières sont nuisibles à la peau, qu'elles salissent, dont elles obturent les pores; elles irritent la conjonctive et les grains un peu volumineux, en se logeant dans les culs-de-sac palpébraux, déterminent parfois des ophtalmies. Elles dessèchent et irritent la pituitaire, la muqueuse' buccale et pharyngienne; enfin elles pénètrent dans l'organisme par deux voies; elles s'introduisent dans le tube digestif avec les aliments et les boissons et dans les voies respiratoires avec l'air inspiré. Elles
(I) John Tysdali., Les miaohes, traduit de l'anglais, par Loui? Dollo. Paris, 1882, p. 2. (2. John TVndall, Les microbes (loc. cit.\ p. M.
pénètrent jusqu'au fond des alvéoles pulmonaires, y séjournent et s'y incrustent.
On a cru longtemps qu'elles étaient arrêtées par les poils situés à l'entrée des fosses nasales et par les cils vibratiles des bronches ; on sait aujourd'hui le contraire. Pearson en' 1813, Laénnec en 1819 avaient affirmé la présence du charbon, dans le tissu pulmonaire des gens qui le manient.lEa 1862, Villaret l'a démontrée sur des lapins ; on a constaté depuis une forme particulière de phtisie qui tient à cette accumulation de charbon dans les cellules pulmonaires. Vanthracose pulmonaire n'est pas la seule maladie de ce genre et l'on a successivement étudié la phtisie des rémouleurs, des tailleurs do pierres meulières, des potiers, des plâtriers, des ardoisiers, des faïenciers, etc. En 1865, Zenker a prouvé que la pénétration des poussières industrielles n'avait même pas pour condition les aspérités des particules et qu'elle s'opérait également avec la poussière d'oxyde de fer dont les grains sont arrondis. L'absorption de ces particules, déclarée possible par Herbert, a été démontrée par l'expérience si connu(î d'Œsterlen, qui a retrouvé dans le chyle et dans le sang de la poudre de charbon introduite dans l'intestin. Le passage des corps solides à travers les parois des vaisseaux n'a plus rien qui surprenne aujourd'hui ; la découverte du phénomène de la diapédèse l'a expliqué en montrant la facilité avec laquelle les parois des petits vaisseaux se laissent traverser par les globules blancs et par les globules rouges du sang. Ce fait est d'une haute importance au point de vue de l'hygiène. En effet, du moment où l'on voit des particules de charbon, de grès, traverser les cellules pulmonaires et l'épithélium intestinal, pour s'introduire dans les voies de la circulation, il est impossible de ne pas admettre que la même voie peut être suivie par les germes animés dont les dimensions sont incomparablement plus petites.
2** Microbes. — La présence dans l'air d'êtres organisés et vivants est un des phénomènes les plus importants que la science moderne ait découverts. On savait depuis longtemps que le pollen des végétaux est transporté par les vents à de grandes distances, que de petites graines sont également portées au loin ; on avait trouvé dans l'air des œufs d'insectes, mais tout cela dans des circonstances exceptionnelles. La démonstration, dans les couches inférieures de l'atmosphère, de myriades de germes animés, jouant un rôle considérable dans la genèse des maladies, tout cela est l'œuvre de la science contemporaine ou pour mieux dire l'œuvre de M. Pasteur.
J'ai fait l'historique de ses doctrines dans un autre ouvraige (1), eUes ne nous appartiennent qu'à partir du moment où sa lutte contre la génération spontanée l'a conduit à démontrer la présence de germes vivants dans l'atmosphère. 11 avait prouvé dans ses travaux antérieurs que toutes
1) Ençyclopédi(f tt hygiène et de médecine publique^ t. 1, p. £08.
LES AIRS, LES EAUX ET LES UEUX. igl
les fermentations sont l'œuvre d*ôtres organisés et vivants, et il avait en même temps constaté que dans un certain nombre de cas ces êtres ne pouvaient venir que de Tatmosphère ; il s'agissait donc de les y découvrir et de les démontrer aux physiciens qui persistaient à en nier Texistance. C'était attaquer de front la doctrine de la génération spontanée, en la poursuivant dans son dernier refuge. Cette doctrine battait en retraite depuis Aristote : elle avait été chassée au xvn® siècle de la classe des insectes par Redi et l'Académie del Cimento^ au xix® siècle, de celle des entozoaire^ par les travaux de Van Beneden, de Kûchermeister, de Virchow, de Leuckart, etc. (1), mais elle s'était réfugiée sur le terrain des infusoires et s'y défendait avec énergie.
Spallanzani avait pourtant institué, il y a un siècle, des expériences qui lui avaient prouvé qu'il ne se développait rien dans les infusions qu'on avait fait bouillir en vases clos (2) et Wrisberg avait montré qu'elles restent également stériles quand on les recouvre d'une couche d'huile (3) ; il était par conséquent logique d'en induire que la présence de l'air était indispensable à la production de ces petits êtres ; mais on était allé plus loin dans notre siècle. Dès 1837, Schultze avait prouvé que ce n'était pas l'air lui-même qui en provoquait Tapparition, car on pouvait le laisser arriver au contact des infusions sans y voir rien se produire, si on avait eu la précaution au préalable de le faire passer successivement à travers l'acide sulfurique et l'eau distillée (4). Schwann refit avec le même succès la même expérience en se bornant à faire passer Tair à travers un tube chauffé au rouge (5) ; enfin, en 1854, Schrœder et Van Dusch montrèrent qu'il n'était nécessaire ni de le chauffer ni de le faire barboter dans l'acide sulfurique pour le rendre stérile et qu'il suffisait de le filtrer en le forçant à passer à travers un tampon d'ouate.
Tout cela ne constituait que des présomptions, que des preuves indirectes et les hétérogénistes y répondaient par des fins de non-recevoir, par des expériences contradictoires et surtout par des raisonnements. Ils insistaient sur l'invraisemblance de ces germes invisibles qui devraient se trouver partout et surtout sur Tétrange propriété qu'on leur prêtait de renaître et de se revivifier. Pouchet, directeur du Muséum d'histoire naturelle de Rouen et l'un des défenseurs les plus ardents de la génération spontanée, soutenait que si les protoorganismes que nous voyons pul-
(1) Buffbn croyait à la génération spontanée des vers de terre, des champignons et des entoxoaires ; Burdach, dans son Traité de physiologie, paru en 1837, entasse les arguments pour prouver Vhétérogénie des cntozouires cl des infusuires. il croit même que les poissons peuvent se développer dans l'ean, sous rinfluence de Pair, de la chaleur et de la lumière. (Burdach, t. I, p. 45).
(2) SPALXANZAffi, Ofiuscules de physique animale et végétale, Paris, 1879, t. I, p. 230.
(3) Wrisberg, Satura observationum de animal iculis infusoriis^ Th. Gœttingen, 1765, p. 83, 86.
(4) Schultze, Annales de Pogendorf, 1837, p. 41.
(5) SCBWARN^ Sur les générations équivoques (Annales de Pogendorf, 1837, p. "^84).
i68 TRAITÉ D'HYGIÈNE PUBLIQUE ET PRIVÉE.
luler partout et dans tout avaient leurs germes disséminés dans Tatmosphère, dans la proportion mathématiquement indispensable à cet effet, l'air en serait totalement obscurci, car ils devraient s*y trouver beaucoup plus serrés que les globules d*eau qui forment les nuages épais. L*air dans lequel nous vivons, ajoutait-il, aurait presque la densité du fer (i).
Les choses en étaient là lorsque M. Pasteur intervint dans la question, malgré les efforts que Biot et Dumas firent pour Ten dissuader. S'il se jeta dans la mêlée, c'est qu'il y avait un intérêt de premier ordre, fl ne s'agissait pas seulement pour lui d'en finir avec une hérésie scientifique, il voulait surtout appuyer sur une base solide et indiscutable la série de ses découvertes sur les fermentations. Ce n'est pas ici le lieu d'en fwre l'histoire ni de raconter par qu'elle série d'expériences admirablement conduites il est arrivé à prouver que toutes les fermentations sont l'œuvre d'êtres vivants ; mais on comprend sans peine que, pour donner à cette doctrine fondamentale le degré de certitude que réclament les vérités scientifiques, il fallait prouver deux choses que niaient les hétérogénistes : la première, c'est que l'atmosphère est remplie de germes oi^nisés et vivants ; la seconde, c'est que la présence de ces germes est indispensable à la production des infusoires.
La première démonstration était relativement facile. M. Pasteur prouva qu'en faisant passer de l'air dans un tube contenant une bourre de coton et en malaxant ensuite cette bourre dans une petite quantité d'eau distillée, on obtenait, par expression, un liquide daqs lequel on distinguait, au microscope, parmi des débris de toute sorte, des œufs d'infusoires et des spores de cryptogames en nombre si considérable qu'ils devaient appartenir à des espèces fort nombreuses.
La seconde preuve était moins facile à faire. Pour la rendre éclatante et réfuter toutes les objections, M. Pasteur a multiplié les expériences avec une ampleur, une clarté, une sévérité dans les déductions et une habileté expérimentale qui n'ont jamais été dépassées. Le travail magistral dans lequel il en a consigné les résultats en 1862 (2) est la base de sa doctrine et le point de départ de toutes les connaissances acquises depuis dans cet ordre de faits.
U s'agissait, avons-nous dit, de prouver que la vie n'apparait dans les infusions que lorsque l'air y laisse tomber ses germes. M. Pasteur prit une série de ballons de verre de 250 à 300 mètres cubes de capacité à col étiré en tube droit et les remplit au tiers avec une infusion très altérable; puis, après en avoir fait bouillir le contenu pendant quelques minutes, il ferma le col à la lampe d'émailleur. Ces ballons demeurèrent stérih^s et leur contenu parfaitement limpide tant qu'ils restèrent fermés ; mais, lorsqu'on en coupa le col d'un trait de lime, l'air s'y précipita et
(1) Poi'CHET, Hétérogénie ou Traité fie la génération spontanée^ Paris, 1859.
(2) Pasteur, Mémoire sur /c.« corfiuscules orgam<és qui existent dans ^atmosphère {Annales de chimie et d»j physique^ 1862, 3« série, t. LXIV).
an boat de vingtpquatre heures, on vit l'infusion se troubler et les organismes y apparaître.
Pour prouver que ce n'était ni la présence de Tair ni l'action de l'oxygène qui provoquaient ce changement, M. Pasteur, au lieu de fermer le coi de ses ballons, se borna à lui donner la forme sinueuse d'un col de cygne. L'air pouvait encore y arriver, mais les corpuscules ne pouvaient pas y remonter contre leur poids et les ballons demeurèrent stériles. Seulement, il suffisait de les secouer fortement et d*y faire entrer Tair avec fon^, pour voir au bout de très peu de temps la vie y apparaître.
Il était logique de penser que les germes organisés étaient plus nombreux dans les couches inférieures de l'atmosphère et dans les villes que sur les montagnes et dans la campagne ; mais M. Pasteur voulut le démontrer expérimentalement et dans ce but, il transporta une soixantaine de ses ballons à différentes altitudes, les y ouvrit, puis en referma de nouveau le col à la lampe et les apporta sur le bureau de l'Académie des sciences. Sur vingt ballons ouverts dans la campagne, huit renfermaient des êtres organisés ; sur vingt autres ouverts dans le Jura, sur le Mont-Poupet, à 850 mètres d*altitude, cinq seulement étaient altérés et on seul avait été fécondé sur les vingt derniers ouverts sur le Mont- Blanc, au Montanvert, à ime élévation de 3.000 mètres.
Quelques années après, Texactitude des faits démontrés par M. Pasteur fut confirmée par John Tyndall {{), Nous avons dit plus haut comment ses expériences l'avaient conduit à penser que les poussières de Tair sont surtout constituées par des matières organiques ; il s'assura que lorsque Tair en a été dépouillé, il est incapable d'engendrer la vie et que par conséquent la puissance créatrice de l'atmosphère appartient non pas à Tair lui-même, mais aux corps qu'il tient en suspension. 11 reconnut paiement que lorsque Tair s'est dépouillé par le repos de toutes ses particules flottantes et qu'il est optiquement vide, il ne détermine aucun oiouvement de fermentation dans les liquides organiques comme l'urine, ni dans les infusions de viande, de poisson, de légumes, de foin, etc.
Depuis cette époque, H. Pasteur a étudié à fond ce monde nouveau qu'il venait de découvrir ; il a fait connaître les conditions d'existence et de développement de ces microbes (2), de ces êtres qui occupent le dernier échelon de la série des êtres vivants et sont situés à la limite des deux règnes. Dénués d'organisation apparente et de forme nettement caractérisée, pour la plupart immobiles, ils ne possèdent qu'un seul des attributs de la vie, la faculté de se reproduire ; mais ils en jouissent à un degré tel, qu'il suffit d'en laisser tomber quelques-uns dans un liquide susceptible de les nourrir, pour qu'il en contienne des milliards au bout de vingt-quatre heures. Quant à leur ténuité, elle déroute Tima-
(!) John Tyndall, Les mia'obeSy traduit de Tanglais, par Louis DoUo, Paris, 18S2. (2) GeUe dénomination a été proposée par Sediljol, acceptée par Pasteur et adoptée par tout le mond«.
gination. Pour les apercevoir, les plus forts grossissements ne suffisent pas toujours, il faut les dégager de la gangue qui les enveloppe, par des procédés de culture dont il sera question plus tard, il faut souvent avoir recours à des artifices de coloration qui les rendent visibles.
Les microbes sont répandus dans Tatmosphère avec une profusion en rapport avec leur petitesse. L*air, les eaux, le sol en renferment des myriades. L'importance de leur rôle a été révélée par la science contemporaine. Elle a prouvé qu'ils sont les agents des principales transformations que subissent les substances organiques, ainsi que de la destruction qui s'opère, dans le monde entier, pour compenser la création incessante qui y existe. Partout où la matière se décompose, l'œuvre est accomplie par les infiniment petits. Ce sont les agents-voyers du globe. Ils font disparaître, plus rapidement que les grands vertébrés nécrophages, les cadavfes de tout ce qui a vécu. Ils protègent les vivants contre les morts, et rendent les naissances possibles, en restituant au monde inorganique les éléments que les êtres vivants lui ont momentanément empruntés. « Si l'air et l'eau regagnent incessamment ce que le monde vivant leur enlève sans cesse, s'ils gardent leur composition et leur vertu fécondante, si, par suite, des générations nouvelles peuvent se succéder sans fin, héritant non seulement de la forme, mais de la matière des générations précédentes, c'est parce qu'au monde des êtres vivants que nous connaissons le mieux, est juxtaposé ce monde d'êtres infimes que nous commençons à peine à connaître (i) ».
Les microbes de l'atmosphère ne se bornent pas à réduire la matière organique qui a cessé de vivre, en la ramenant à ses éléments primitifs ; ils agissent également sur les êtres vivants ; ils s'introduisent dans l'organisme avec les aliments et les boissons, avec l'air de la respiration, et y déterminent ces maladies qu'on a de tout temps comparées à des fermentations, assimilation que consacre l'expression toute moderne de maladies zymotigties (de Zjfjir), ferment). C'est par là que les découvertes de M. Pasteur intéressent si puissamment l'hygiène, et nous rechercherons dans le chapitre VIII quelles sont les maladies dont la nature microbienne est aujourd'hui démontrée.
L'ardeur avec laquelle les savants se sont précipités dans la voie nouvelle ouverte par M. Pasteur, a fait marcher très rapidement les études bactériologiques. On est arrivé à reconnaître, à classer et à compter les*, microbes. Leur nombre varie avec l'altitude, comme nous l'avons vt^ précédemment; il est également influencé par la température, par l'hix^ midité de l'air et par l'intensité du vent. Extrêmement abondants a."^ niveau du sol, surtout dans les villes, ils deviennent de plus en pL rares en s'élevant dans les montagnes. Frendenreich (de Berne) a fait, y a quelques années, une série d'expériences dans les Alpes, entre 2.<
1) L. DUCLAUX, Le microbe et la maladie, Paris, 1886, p. U.
et 4.000 mètres d'altitude, et il a constaté partout l'extrême pauvreté en germes de l'air [des hauteurs (1). Miquel estime que l'air des montagnes renferme en moyenne une bactérie p«r mètre cube.
A la même altitude, les différences sont considérables, suivant le point où l'air est recueilli. Le docteur P. Miquel qui poursuit depuis longtemps ses recherches à l'observatoire de Montsouris, a trouvé en 1887, 248 bactéries par mètre cube dans le parc de cet établissement, et 3,580 dans de l'air recueilli à l'Hôtel-de-Ville ; il en a compté 36.000 dans un appartement de la rue Monge, 40.000 à l'Hôtel-Dieu de Paris et 79.000 à l'hôpital de la Pitié (2).
Les poussières de nos appartements sont le réceptacle de ces bactéries qui en forment la majeure partie, comme l'a montré Tyndall. Cette richesse proportionnelle est d'autant plus grande que les lieux sont plus habités. Un gramme de poussière prise dans le^arc de Montsouris, renferme 750.000 bactéries, tandis que la même quantité en contient -1.300.000 dans une chambre de la rue de Rennes et 2.100.000 dans une chambre de la rue Monge.
L'atmosphère maritime obser\«ée à grande distance des côtes, est aseptique, d'une manière presque absolue. Le docteur Miquel l'a constaté en examinant des récoltes faites sur des bourres de coton de verre, dans le cours de voyages sur la Méditerranée et l'Atlantique, à bord de la Gironde j dxxjOambodge^ du Said et de V Amazone, et rapportées par le commandant Moreau et le docteur Plantv-Mauzion. L'examen de ces échantillons l'a conduit aux conclusions suivantes qui ont été confirmées depuis par un médecin de la marine allemande, le docteur Fischer, dans^ one campagne aux Antilles.
Au large, l'air de la mer ne renferme presque pas de micro-organismes, n a fallu faire passer dix mètres cubes d'air pour fournir de quatre à six germes cultivables. Le nombre augmente en s'approchant des côtes. A une distance de moins de 100 kilomètres, on en trouve de 6 à 45 par mètre cube, suivant que le vent vient de terre ou du large. La mer engloutit tous les germes. Ils y tombent par leur poids ou y sont poussés par le vent et, quand elle les tient, elle ne les rend plus. L'air des paquebots au départ renferme plus de bactéries que l'atmosphère maritime, mais la ventilation nautique les fait vite disparaître. Ceux qui sont produits, par la vie de bord ne compensent pas cette destruction, et, à tous les moments de la traversée, l'atmosphère des paquebots est cent fois moins riche en bactéries que celle des habitations parisiennes (3). Cette pureté de l'air marin explique le succès des opérations chirurgicales
qu'on pratiquait à bord, avant que les principes de l'antisepsie fussent conrnus
C»> Kd. de Frendenreich. Des microbes de l'air des montagnes (Semaine médicale j ™' *B84,p.36l).
yZ^ ^Ï1<IDEL, Annuaire de Montsouris, 1887. ' ' ^i^OTL, Des organismes microscopiqnes de l'air de la mer.
§ II. — PROPRIÉTÉS PHYSIQUES DE L'aIR
I. Température. — La température est à tous les points de vue le facteur le plus important de la météorologie. Elle est toujours à très peu de chose près la même dans l'organisme humain. L'homme, suivant qu'il vit dans les pays froids ou dans les contrées chaudes, est obligé, pour la maintenir telle, d'emprunter à ce qui l'entoure plus ou moins de matériaux susceptibles de produire du calorique. La chaleur en effet est une condition sine qua non de l'existence des êtres organisés, c'est en quelque sorte la force qui entretient la vie.
1° Sources de la chalem'. — Elle provient de deux sources qui rayonnent en sens inverse : la chaleur centrale de la terre et le soleil. La première peut être considérée comme négligeable ; elle a été évaluée par Fourier et de Saussure à un 36^ de degré. La seconde verse incessamment des torrents de calorique qui suffiraienfp pour fondre en une année one calotte de glace d'une épaisseur de 30 à 40 mètres (Arago, Pouiliet) et, avant de produire ces résultats, les rayons du soleil ont été obligés de traverser les espaces interstellaires, dont la température a été évaluée à 100 ou 150° au-dessous de zéro.
Mais cette quantité de chaleur qui tombe sur la terre ne se fait pas sentir également sur tous les points du globe, et cela tient à des causes qu'il nous faut maintenant étudier. De Humboldt les avait divisées en causes générales et causes particulières. Les premières sont de beaucoup les plus importantes, et celles dont nous allons nous occuper tout d'abord.
La latitude est le modificateur principal de la chaleur solaire. « L'action du soleil sur une contrée est d'autant plus efficace, que ses rayons lui parviennent moins obliquement. Or ils tombent perpendiculairement sur les régions équatoriales, tandis qu'ils deviennent de plus en plus obliques à mesure que l'on s'approche des pôles qui en sont même privés pendant plusieurs mois. Aussi rencontrons-nous des températures de + 47^,4 à Ësneh dans la Haute-Egypte et de + 48* au Sénégal, tandis que par SS'^O de latitude nord, les équipages de VAlert et de la Discovery ont eu à supporter des froids de — 75«. On voit donc quelles différences considérables dans l'échelle des températures l'homme peut momentanément supporter, puisque nous trouvons un écart de 123 degrés entre le froid le plus intense et la chaleur la plus élevée, que l'organisme humain ait subi sans mourir.. On arrive même à la constatation do températures beaucoup plus fortes, en faisant des expéri'înces avec un thermomètre à boule noircie, placé dans une boîte vitiée, vide d'air et non plus cette fois exposé à l'ombre comme le thermomètre ordinaire, mais
mis en plein soleiL Dans Tlnde, Sir James, au dire de Parkes, aurait constaté, dans ces conditions, une température de SS?*" Fahr., soit 92*» centigrades (1). On comprend de cette façon les accidents qui peuvent arriver aux gens qui se promènent au soleil avec une coiffure de drap noir pour tout abri, dans un pays comme le Sénégal. Entre ces deux extrêmes représentés par Téquateur et lés régions polaires, il existe des zones intermédiaires, et la température diminue graduellement à mesure qu*on s'avance vers les pôles. •
D'après les observations de Humboldt, c'est entre le 40* et le 45® degré, que le décroissement est le plus rapide et cette gradation ne s'effectue pas de la même manière sur les deux continents. Dans l'Europe centrale, la température s'abaisse uniformément d'un demi-degré du thermomètre par chaque degré de latitude, entre les parallèles de 71^ et de 38^, tandis que* ce décroissement est beaucoup plus rapide et surtout plus variable, sous les mêmes parallèles dans le système de l'Amérique orientale. On n'est même pas d'accord sur la position des pôles de froid. On sait seulement qu'ils ne coïncident pas avec ceux de la terre. On en admet deux dans l'hémisphère nord, l'un situé au nord-ouest du continent Américain, aux environs du 78^ degré de latitude nord et du 92«de longitude occidentale, l'autre dans le nord de la Sibérie, aux environs du 80* de latitude septentrionale et du 118* de longitude orientale, non loin l'embouchure de la Lena dans la mer polaire. Quant au pôle de froid de l'hémisphère Sud, on n'a aucune donnée positive sur sa situation et sa température. Les observations les plus récentes portent cependant à croire que les terres antarctiques sont moins froides que les régions polaires du nord.
Lignes isothermes. — Cette décroissance périodique de la chaleur à partir de l'équateur jusqu'aux pôles, avait fait penser à de Humboldt, qa'en rejoignant tous les points dont la moyenne annuelle de température est la même, on pourrait arriver à diviser le globe terrestre en tninches régulières et à déterminer ainsi à priori les conditions de température d'un point donné.
Il accomplit ce travail en 1817, date qui fait époque dans la science météorologique. Il donna le nom d'isothermes aux lignes passant par des lieux dont les moyennes annuelles sont les mêmes ; celui àOsochimènes à celles qui donnent les moyennes hibernales et d'isothères à celles qui retracent les moyennes estivales. Berghaus (2), sous les yeu^ de l'illustre savant, continua ces grands travaux dans son atlas physique. Dans les mémoires de l'académie des sciences de Berlin, les frères Schlaginweit en Prusse, Lorin Blodget en Amérique, Boudin en France, etc., ont employé la même méthode pour marquer, dans différents pays, la manière dont la chaleur est distribuée. De plus, les travaux incessants qui arri-
(1) PAlKES, A manual ofpraticaly Hggiene^ London, i869. (SI) L.-R. BcKGHAUS, Physicalishst' atlas Goiha, 1852.
vent chaque jour et qui multiplient les points dont les moyennes de température sont connues, permettent de rectifier constamment les tracés des lignes isothermes.
Malgré cela, ces divisions n*ont pas donné les résultats qu'on en attendait. Leur irrégularité est trop grande et trop variable pour qu'on puisse en tirer une conclusion pratique. C'est ainsi que Téquateur de chaleor (+ 28°), qui est presque complètement dans l'hémisphère nord, pénètre deux fois dans l'hémisphère austral au niveau de la presqu'île de Malacca et dans l'Océan Pacifique entre les Carolines et les Marquises. Il est même des isothermes qui passent par des localités que séparent jusqu'à 12 ou 13 degrés de latitude.
De plus, en examinant avec soin les climats des points réunis par une même ligne isotherme, on les trouve très dissemblables. L'isotherme de 0*, comme le fait remarquer Lombard, dans sa climatologie, passe à la fois par le cap Nord et par Tara. Au cap Nord, l'hiver ne présente qu'une température moyenne de — 4<',6 et l'été celle de -+- 6«,4 ; tandis qu'à Tara, en Sibérie, la température moyenne de l'hiver descend jusqu'à — i0°,8 et celle de l'été monte à + 20°,6. On a donc, avec la même ligne isotherme, d'un côté un climat constant et de Tautre un climat extrême. C'est le défaut des résultats demandés aux moyennes. Mais cependant, comme ces chiffres représentent quelque chose de fixe et de plus certain que les autres éléments qu'on peut invoquer, comme c'est la seule base rationnelle qu'on puisse prendre, nous nous sommes appuyé sur elle pour établir notre classification des climats.
On ne s'est pas borné aux isothermes annuelles, on a créé des isothermes mensuelles qui permettent de juger de la constance d'un climat, comme celui de Menton, par exemple qui pendant les mois de décembre, janvier, février, présente une moyenne de + 9°5, et qui donnent ainsi des indications aux malades à la recherche d'une température é^ale. On a aussi créé des mots nouveaux tels qu'isoères (taoç, Tjpoç, printemps, r^ présentant les moyennes vernales semblables et isométopores (fArcoTrwpov, automne), représentant les moyennes des températures de l'automne. Toutes ces indications sont beaucoup plus du ressort de la météorologie que de l'hygiène et nous ne pouvons pas nous y arrêter, dans un ouvrage comme celui-ci. Nous ne ferons non plus que signaler les variations Horaires et nycthémérales de la température. Elles ont cependant une influence marquée sur la genèse et la marche des maladies.
Ualtîtude est, après la latitude, la condition qui exerce le plus d'influence sur les modifications de la température. A mesure qu'on s'élève dans l'atmosphère, la chaleur décroît avec la densité de l'air. Si on fait Tascension d'une haute montagne, on voit la flore se modifier par tranches successives pour ainsi dire, de telle manière qu'on peut considérer les différents étages des flancs d'une montagne comme une série de climats superposés. Ce décroissement de la température est soumis à
des influences très diverses suivant la latitude, Torientation des sommets, la nature du sol, etc. . Aussi ne trouve-t-on pas, dans les observations, une gradation décroissante toujours la même pour le même nombre de mètres parcourus eu hauteur.
Pour obtenir l'abaissement d'un degré, il faut s'élever de 141 mètres sur le mont Yentoux, de 149 sur le Righi, de 168 sur le Saint-Gothard, enfin de 188 sur le mont Saint-Bernard. En faisant la moyenne de tous les chiffres obtenus pour les sommets de la zone tempérée, on arrive au chiffre de 170 mètres pour l'abaissement d'un degré. Une ascension de 100 mètres équivaut donc à un déplacement de 1 à 2 degrés vers les pôles.
Strabon a signalé de la manière la plus positive cette influence de l'altitude. Les anciens la connaissaient; elle est admise par tout le monde, mais il n'est pas facile de l'expliquer. Il est assez surprenant en effet de voir la température s'abaisser en se rapprochant du soleil, source de la chaleur. Cela tient à un grand nombre de causes : à la présence presque constante, dans les hauteurs, de grands vents qui ont pour effet de produire du froid, à la nature du sol dépouillé de toute végétation sur les sommets, ce qui favorise la radiation et principalement à la forme de ces sommets qui, isolés du reste de la masse terrestre, et ayant relativement un petit volume, laissent facilement rayonner la chaleur, sans la conserver et se refroidissent avec la plus grande facilité.
Les mers ont une influence considérable sur la marche de la température des continents. Beaucoup plus étendues en surface que la terre, elles ont pour propriété de garàer beaucoup plus longtemps leur chaleur et de suivre avec une extrême lenteur les variations de l'atmosphère. Aussi leur voisinage a-t-il pour effet, sous toutes les latitudes, d'égaliser la chaleur et d'élever les moyennes annuelles. Il en résulte que la température d'une contrée est d'autant plus uniforme que l'influence de la mer s'y fait plus librement sentir.
La température de ces énormes masses d'eau peut être relativement assez élevée. Sous les tropiques, elle est en moyenne de + 20*» à + 22<» centigrades et peut atteindre -+- 30<» et -+- 32*» comme dans TOcéan Pacifique. A 90 mètres de profondeur, dans l'Océan Atlantique, elle n'est plus que de -h 9^; mais, comme c'est la surface qui réchauffe l'atmosphère, il n'y a pas à tenir compte de ces températures, pas plus que de celles de + 2**,4 qu'on rencontre par quatre et cinq mille mètres de profondeur et qui sont toujours supérieures aux froids constatés sur la majeure partie des continents pendant l'hiver.
Cette égalité de température est entretenue par le mélange incessant des eaux. 11 existe, en effet, de grands courants, provenant des régions chaudes, qui remontent vers le nord et viennent réchauffer les régions dont ils baignent les côtes et les courants d'eau froide moins bien étudiés qui partent des régions australes et boréales, viennent se réchauffer
vers les tropiques et ont aussi pour effet d'égaliser la température des mers. Ces courants ont été décrits dans Tarticle précédent (1).
La forme sinueuse des continents entrecoupés de golfes, la présence des mers intérieures, la proximité d'un courant marin provenant des régions équatoriales, Téloignement des glaces polaires, la présence de chaînes de montagnes dirigées de manière à servir d'abri contre les vents froids, sont les principales causes qui déterminent l'uniformité et la douceur des climats. On leur donne en général le nom de « climats marins » par opposition à celui de climats continentaux qui, provenant d'influences opposées, se rencontrent dans l'intérieur des terres.
Les causes particulières qui font varier la température d'un lieo dépendent surtout de l'état du sol et de la nature de la localité. D'abord la chaleur est toujours plus grande dans les villes que dans les campagnes. La nécessité d'entretenir des sources de calorique pour les besoins de la vie, l'éclairage au gaz maintiennent une température qui rend l'atmosphère des villes moins froide Thiver et plus chaude l'été. Les matériaux employés pour la construction des habitations, le macadam des chaussées, l'asphalte des trottoirs, absorbent une quantité très grande de calories. Shubler a déterminé la capacité d'absorption calorique des différents sols et a trouvé que celle du sable était la plus grande, tandis qu'au contraire Thumus s'échauffait difficilement.
Le sol des campagnes a donc, pour la chaleur, un pouvoir absorbant très faible. Il est accru cependant par la présence de la végétation qui croit à sa surface et qui exerce une grande influence sur Fétat thermique du climat.
Citons enfin, comme une grande source de chateur, la présence de l'homme sur les points habités. Fonssagrives l'a signalée ; Andral et Gavarret ont démontré qu'un adulte produit en vingt-quatre heures 2.626 calories, c'est-à-dire une quantité de chaleur pouvant porter de 0"* à 100^, 25 litres d'eau ; c'est la chaleur qui correspond à la combustion de 333i^ ou d'un tiers de kilogramme de charbon. On voit d'ici la quantité de calories émises dans Paris, par ses deux millions et demi d'habitants et le chiffre auquel on arriverait, ri on calculait celle qu'émettent les chevaux et les autres animaux domestiques de la capitale.
2** Répartition de la chaleur sur le globe. — Nous venons d'exposer les lois générales qui président à la production et à la répartition de la chaleur. Là s*arrète le rôle de l'hygiène. L'indication de la température des différents points du globe est du ressort de la topographie médicale (2). Nous en parlerons d'une manière générale dans le paragraphe consacré aux climats.
(1) Voyet chap. II, art. ii, p.
(2) Voyex Boudin, Tmité de géographie et de statistique médicaiet^ 1857, t. 1, p. 247 et suivantes.
8<* Effets de la chaleur, — La température est rélément le plus important de la météorologie ; elle détermine la répartition géographique des espèces végétales et animales ; elle circonscrit le champ de la vie dans les limites de ses oscillations. Les circonstances dans lesquelles la température atmosphérique est supérieure à celle de notre sang, sont tout à fait exceptionnelles. Elles se réalisent très rarement sous les tropiques et dans certains milieux industriels, tels que les chambres de chauffe des bâtiments à vapeur. En tout autre tesips, le corps humain est obligé de produire de la chaleur pour maintenir sa température propre. Il a pour cela Talimentation qui doit être d'autant plus riche en principes combustibles que le froid est plus intense, Taction musculaire qui augmente les combustions, les vêtements qui conservent le calorique et enfin les moyens artificiels de réchauffer le milieu.
L'homme est moins bien organisé pour résister à la chaleur que pour lutter contre le froid, parce que, sous quelque température que ce soit, il faut que ses fonctions organiques s'exécutent et qu'elles s'accompagnent toujours d'une production de chaleur. Nous verrons, à Toccasion de l'hygiène des pays chauds, par quels moyens on peut lutter contre les excès de température.
L'homme, avons-nous dit, possède une température propre et à peu près indépendante du milieu ; elle n'oscille en effet que dans des proportions insignifiantes, si on les compare aux écarts de l'atmosphère ambiante. Tandis que ceux-ci peuvent dépasser 100 degrés, la température du corps humain, à l'état de santé, ne subit pas d'écarts de plus de 3 degrés. La lutte contre le milieu ambiant est donc active, incessante, et s'accompagne de modifications physiologiques dont nous avons dit un mot déjà en parlant de l'humidité de l'air et sur lesquelles nous reviendrons plus tard.
La résistance du corps humain à la chaleur est considérable. Dans une étuve sècho, on peut supporter des températures de plus de 100 degrés. Duhamel et Tillet ont raconté lliistoire des servantes d'un boulanger qui pouvaient entrer dans un four chauffé au point nécessaire pour la cuisson du pain et y séjourner pendant douze minutes (1). Celte expérience a été répétée plusieurs fois depuis. A Londres, en 1775, Fordyce et Blagden ont supporté, pendant huit minutes, l'étuve sèche à 126 degrés. A Paris, Berger et Delaroche ont fait de même ; ils ont reconnu de plus que, dans l'étuve saturée de vapeur d'eau, on ne pouvait pas aller au-dessus de 55° et Ludwig a constaté que, dans ce cas, la température animale s'élève de plus de quatre degrés. Les chauffeurs des bateaux à vapeur séjournent pendant plusieurs heures devant les feux, dans des réduits dont la température dépasse parfois 70 degrés. Le corps humain résiste à une chaleur qui suffirait pour cuire les aliments, à la faveur de
(1) Mémoires de l'Académie des sciences, 1764.
Traité d*hygiènc publique et privée. 12
l'évaporation qui se produit par la peau et par la muqueuse respiratoire, laquelle ne peut pas s'opérer sans soustraire aux organes une quantité considérable de caloriqu(^ La sueur et la perspiration pulmonaire sont donc les régulatrices de la température du corps humain. Elles peuvent, d'après les expériences de Séguin, lui enlever jusqu'à 800 et 1.000^'' d'eau en vingt-quatre heures. On comprend combien cette source de réfrigération doit être active dans les pays chauds.
Dans l'acte de refroidissement continu à l'aide duquel l'économie lutte contre les hautes températures, la peau joue le premier rôle et il est d'autant plus efficace que Tair est plus sec et plus agité. Elle ruisselle de sueur et se couvre de cette éruption qu'on désigne sous le nom de hourbouilles dans les colonies, de gale bédouine en Afrique et à laquelle les dermatologues donnent le nom de lichen tropicus. C'est le premier supplice que les Européens aient à subir dans les pays chauds.
Coup de chaleur. — 11 ne faudrait pas, en se basant sur les faits exceptionnels que nous avons cités plus haut, s'exagérer l'étendue du pouvoir de résistance à la chaleur dont jouit le corps humain ; tout le monde n'en est pas doué au môme degré et, même dans les pays tempérés, au grand air et par des températures inférieures à celles que nous avons relatées, on voit parfois survenir des accidents graves confondus à tort sous le nom à insolation et de coup de chaleur. Ces deux expressions ne sont pas synonymes. L'insolation est le degré le plus élevé du coup de soleil, c'est le résultat de l'action directes de la radiation solaire sur la tête et de la congestion cérébrale qui en résulte ; elle est indépendante de l'air ambiant, tandis que le coup de chaleur est le résultat d'une température excessive ; il ne s'observe que quand l'air est devenu tellement chaud qu'il est presqu'irrespirable et peut survenir à l'ombre.
Cet accident est assez commun dans les armées en marche et les médecins militaires s'en sont occupés de tout temps. Ceux des troupes anglaises dans l'Inde ont eu l'occasion d'en observer en plus grand nombre que les autres. Morehead, dans ses recherches sur les maladies de Tlnde, en a réuni 1.362 cas, dont 526 avaient été mortels (1).
Cette fréquence s'explique par la chaleur du climat de l'Inde, par les expéditions répétées à l'intérieur et par les longues marches exécutées par des soldats vêtus comme- n\ Europe, car on sait qu'il n'y a pas longtemps qu'on a donné un costume spécial aux régiments anglais en service dans l'Inde.
Des faits semblables ont été observés par nos confrères de l'armée, en Algérie et en France, dans certaines circonstances spéciales. Us ont été l'objet de travaux intéressants de la part des docteurs Yallin (2), Bla-
(1) Morehead, Clinical Researches on Diseases of Indta^ London, 1860, p 614.
(2) Yallin, Hechenhes expérimmtales sur V insolation {Archives générales de médecine, 1810). •
LES AiftS. LES EAUX ET LES LiEtX. 119
chez (1), Lacassagne (2), Zuber (3), Héricourt (4), etc. On se souvient encore des accidents survenus à la revue de Longchamps le 25 juillet 1875. Presque tous les ans, on en observe à Tépoque des grandes manœuvres. Au mois d'août 1886, ils furent assez nombreux pour émouvoir Topinion publique. Le 75* régiment de ligne entr'autres fut fortement éprouvé ; de nombreux malades furent envoyés à Thôpital de Lille et six décès furent constatés (5).
Les coups de chaleur ne s'observent que de loin en loin dans Tarmée, mais on en constate en tout temps, dans la marine, à bord des navires qui stationnent dans les régions intertropicales. Les statistiques de la marine anglaise en ont enregistré 222, dont 15 ont été suivis de décès, pendant les années 1888-89-90, et ce sont les mers de Tlnde et de la Chine qui en ont fourni le plus grand nombre. Dans la marine française, c'est en traversant la mer Rouge que les navires y sont le plus exposés. Presque toutes les observations qui ont passé sous mes yeux ont été recueillies dans ces parages. Cette mer encaissée entre deux rangées de collines arides, sablonneuses, est une véritable fournaise pendant les mois de juillet et d'août, surtout lorsque souffle le sirocco. La température qui est en moyenne de 38° dans cette saison, peut monter alors jusqu'à 43*» et 45«.
Le coup de chaleur se produit le plus souvent dans l'intérieur du navire. Les passagers de l'état-major, les femmes surtout, en sont le plus souvent victimes. Quant aux chauffeurs, les Européens ne peuvent pas tenir devant les feux et on les remplace par des indigènes qu'on embarque à Port-Saïd.
Les circonstances dans lesquelles on observe le coup de chaleur ne sont pas les mêmes dans l'armée et dans la marine. Dans les grandes manœuvres, réchauffement produit par la marche vient se joindre à Faction du calorique extérieur. Les vêtements des soldats sont trop chauds, trop serrés ; ils portent une charge de 26''",988, ils forment sur les routes des masses compactes qui ne permettent pas le renouvellement de l'air, enfin, ils font parfois des excès alcooliques.
il est difficile de faire la part qui revient à toutes ces influences dans la production des accidents qui surviennent alors. Le docteur Lagrange les attribue surtout au surmenage causé par la marche. Le soleil, seul, est assurément l'un des facteurs de l'accident, mais le travail en est un
{{) Blachez, Des coups de chaleur {Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie, n» 33, 1877).
(2) Lacassagne, De rifisoi^/tion et des coups de soleil, Paris, 1878.
(3) Zdber, Etude sur le coup de chaleur {Bull. Soc. méd. des hôp., octobre 1880).
(4) Héricourt, Des accidents causés par la chaleur {Arch. de méd, miiit,, t. VI, p. 7, 1885).
(5) J. ROCBARD, Lei accidents des grandes manœuvres, journal Le Temps, n» du 5 septembre 1886.
autre et de beaucoup le plus important. Le soleil ne tue pas rhomme en lui donnant un surcroit do chaleur, mais en Tempèchant de se défaire de sa chaleur intérieure qui s*est développée avec excès (1). Il en donne pour preuves, Tabsence de coups de chaleur chez les cavaliers et chez les paysans qui vivent et travaillent au soleil, mais ne se surmènent pas.
L*étiologie est bien autrement simple dans la marine. Aucune de ces causes adjuvantes ne peut être invoquée. Les coups de chaleur s'observent dans la mer Rouge, à Tombre sous les tentes ou dans Tintérieur du navire, chez des personnes au repos, très légèrement vêtues et souvent allongées. C'est bien la chaleur seule qui les tue. Le docteur Texier, en descendant la mer Rouge à bord de la Garonne^ a observé quatre cas de mort presque subites, causées par la chaleur pendant les journées du 18 et du 19 juillet 1862. Le thermomètre marquait alors 39* sur le pont et sous les tentes, 45* dans le faux-pont supérieur, 52^ dans le compartiment des chevaux et 75^ dans la chambre de chauffe. Les quatre victimes furent deux officiers du commissariat, passagers, une sœur de charité se rendant en Cochinchine et un enseigne de vaisseau du bord. Tous les quatre furent atteints dans le faux-pont ou dans leur chambre. Ils furent subitement pris d'anxiété respiratoire, de céphalalgie, de vomissements, quelques-uns de délire bientôt suivi d*un état de collapsus profond avec insensibilité et résolution des membres. La mort arriva entre 20 et 35 minutes après le début des accidents. La température axillaire s'éleva dans les dernières minutes de 43"" à 45"*, tandis que, dans la fièvre pernicieuse elle-même, elle ne monte pas à plus de 40* ou 41^ (2). Les médecins anglais de l'Inde ont presque tous noté ce symptôme véritablement pathognomonique.
La pathogénie du coup de chaleur a été récemment l'objet, à l'Académie de médecine, d'une longue discussion soulevée par une communication de M. Laveran (3). A la suite d'expériences faites avec M. Paul Richard, il est arrivé à conclure que la mort par le coup de chaleur n'est due ni à l'altération du sang comme l'ont avancé Hirsch, Lindsay, Oberner, etc., ni à la coagulation des fibres musculaires du cœur comme l'ont soutenu Claude Bernard et M. Yallin ; mais qu'elle est la conséquence d'une action directe excitante d'abord puis paralysante de la chaleur sur le système nerveux. Il parait résulter de la réponse de M. Yallin (4), des observations de MM. Laborde, Lancereaux et Le Roy
(1) Ferdinand Lagkange, Physiologie des exercices du co/'/ïv, Paris, 1889, p. 136.
|2) Hi|)pol)to Texier, Considèratioiis sur plusieurs cas de mort subite observés dans la mer Rouge, en juillet 1866 {Thèses de Montpellier^ 1866).
{',\) Recherches expérimentales sur la pathogénie du coup de chaleur^ par M. Latcrar, en colluboration avec M. Paul Richard (Séance de rAcadéniie de médecine du 27 novembre 181)i, Bulletin de l'Académie, l. XXXII, p. 501).
{\) Réponse de M. Yallin (Séance d.i 18 décembre 1894, Bulletin de fAcad., t XXXII, p. 640).
de Méricourt (1), que la cause de la mort n'est pas la même dans tous les cas et que ce sujet appelle de nouvelles recherches.
La prophylaxie du coup de chaleur se déduit de ce qui précède. Pour les navires, il faut, quand ils doivent naviguer dans ces parages, les munir d'une double tente garnie de rideaux qu*on abaisse du côté du soleil. Quand la température s'élève, on doit arroser constamment le pont et engager les passagers à s'y tenir. Il faut ventiler largement les fonds et enlever au besoin les planches supérieures des cloisons qui séparent les chambres des passagers.
Lorsque les symptômes d*anxiété respiratoire deviennent menaçants, que la syncope parait imminente, il faut faire monter sur le pont les personnes indisposées, leur répandre de Te^u froide sur la tète et leur ventiler le visage avec un éventail. Si le coup de chaleur se prononce, on les débarrasse de leurs vêtements, on les couche sur le pont, on les arrose d'eau froide et on leur fait respirer de Téther. S'il survient des convulsions, les sinapismes sur les extrémités, la glace sur la tête, les lavements purgatifs et même la saignée trouvent leurs indications ; mais alors ce n'est plus de Thygiène, c'est de la thérapeutique et nous n'insistons pas.
Dans l'armée, depuis les accidents que nous avons relatés, des mesures très sages ont été adoptées et sont rigoureusement suivies. Les troupes se mettent en route à quatre heures du matin, après avoir pris le café. Elles marchent en rang doublé^ de chaque côté de la route, pour que l'air circule entre les deux files et les voitures passent au milieu. On veille, avec la plus grande attention, à ce que les soldats ne puissent pas se gorger d'eau, de bière ou de cidre, et qu'ils aient toujours, dans leur bidon, un mélange d'eau, d'infusion de café et de rhum, pour se désaltérer. Quand la température l'exige et que l'étape ne dépasse pas vingt kilomètres, on fait, aux deux tiers du chemin, une halte d'une heure pendant laquelle les hommes mangent et se reposent à Tombre.
Une colonne d'infanterie ne marche jamais sans un médecin, accompagné de son porte-sac, et le plus souvent d'une voiture légère d'ambulance. Quand un soldat est frappé d'insolation, le médecin le fait coucher sous un arbre, et lui donne les soins nécessaires, puis il le laisse à son porte^ac qui le ramène doucement à l'étape, s'il ne peut pas le faire monter en voiture.
L'action d'une température trop élevée détermine à la longue, dans l'économie, des perturbations moins immédiatement funestes, mais infiniment plus fréquentes que les coups de chaleur. Nous nous en occuperons à propos de l'acclimatement dans les pays chauds.
4** E/fels du froid, — La résistance au froid est presque illimitée. Dans l'expédition de VAlert et de la Discovery^ les équipages ont eu à sup-
(1) Séance du 26 décembre 1894, t. XXXII, p. 652).
porter des froids de — 75®, et il n'est guère possible d'en observer de plus rigoureux. Cette tolérance varie suivant les individus et les circonstances extérieures. Elle est, comme nous Tavons dit dans le premier chapitre, le privilège de la race Caucasienne, et, chose étrange, les peuples du Midi la possèdent à un plus haut degré que ceux du Nord. La désastreuse campagne de Russie en a fourni un terrible exemple. Toutes les nations de TEurope étaient représentées dans la formidable armée qui franchit le Niémen le 24 juin 1812. Elle se vit bientôt aux prises avec un hiver tellement rigoureux, que les vieillards du pays ne se souvenaient pas d'en avoir vu d(^ semblable. L'expérience fut à l'avantage des méridionaux. Ce furent, dit J.-D. Larrey, les Italiens, les Espagnols, les Portugais, les Français du Midi et même les créoles qui résistèrent le mieux au froid de la retraite. Les Allemands, les Hollandais et les Russes succombèrent dans une énorme proportion, et l'hiver fit plus de victimes dans les rangs de l'ennemi que dans ceux de la grande armée vaincue et dépourvue de tout. Les médecins militaires ont également reconnu que les soldats de race liguro-ibérique et même les Arabes bruns, secs et petits mangeurs, supportent mieux le froid que les hommes blonds, à vaste estomac, de race germanique.
En dehors de ce privilège inexplicable, la force de résistance au froid est en raison de la puissance de calorification de l'organisme. Les gens robustes, à circulation active et de bon appétit, résistent mieux au froid que les personnes débiles et maladives. Les hommes dans la force de l'âge le supportent mieux que les vieillards, que les femmes et les enfants. Cela tient à ce que les combustions organiques sont plus actives chez eux que chez les autres. Ce sont elles qui donnent la mesure de la puissance de calorification. Elles exigent une alimentation copieuse et riche en produits hydrocarbonés. Chacun sait combien l'appétit augmente en hiver, il est presque insatiable dans les pays froids. Les Esquimaux consomment des quantités énormes de chair et d'huile de phoque. Tous les peuples du Nord ont de l'appétence pour les corps gras.
La consommation d'oxygène et le dégagement d'acide carbonique résultant des combustions qu'alimente la nourriture s'accroissent pendant l'hiver et dans les pays froids. La différence est d'un cinquième environ (1). Il y a là un fait d'accoutumance. Les animaux à sang chaud non hibernants se refroidissent moins à température intérieure égale en hiver qu'en été. Soumis à un froid artificiel, ils perdent de 3 à 6 degrés centigrades dans le premier cas et 4 dizièmes de de^ré seulement dans le second (2). Les premiers froids, chacun le sait, sont les plus dé-
(1) Barral, Statîstiqiie chimique du corps humain (Annales de chimie et de physique» février 1849).
(2) Edwards, De Vinfluence des agents physiques sur la vie^ p. 235.
sagréables et les plus dangereux de tous et les sybarites de chaleur sont impressionnés par les moindres changements de température.
Quelque soit le pouvoir calorifique de Tliomme, il ne lui suffirait pas pour lutter contre les basses températures sans le secours des vêtements. Gavarret a démontré que, sous le climat de Paris, un adulte bien constitué, bien portant et en repos, produit en moyenne 2.300 calories par kilogramme et par heure, et en perd 437 par Tévaporation pulmonaire et cutanée (1). Il ne lui en reste donc que 1.063 pour maintenir sa température et cette faible quantité ne lui permet de Télever que de deux degrés. Elle serait donc complètement insuffisante, même dans nos régions où la température moyenne de Tannée est inférieure de 20 à 30 degrés à celle de son corps, s*il ne demandait pas aux vêtements la protection que la nature procure aux animaux à sang chaud sous la forme de fourrure ou de plumage.
Les deux grandes conditions qui sont indispensables pour lutter avec avantage contre les basses températures, sont donc une bonne nourri-ture et des vêtements chauds. Elles manquaient toutes deux aux soldats de la grande armée et, dans toutes les expéditions qui ont abouti à des désastres semblables, les hommes étaient affaiblis par le manque de nourriture.
Pour pouvoir supporter un froid très vif, il faut de plus que l'atmosphère soit en repos. La moindre brise rend le séjour au grand air intolérable. Les hommes de l'équipage de Hoss se promenaient et travaillaient en dehors du navire par des froids de — 41°, lorsque le temps était calme ; ils étaient obligés de rentrer à bord aussitôt que le vent se levait. Enfin, il est nécessaire de se mouvoir et d'activer par la marche les combustions organiques. Sous les latitudes hyperboréennes, on se sent saisi d'un besoin invincible de repos ; si l'on y cède, le sommeil s'empare de vous et, comme le disait J.-D. Larrey à ses compagnons d'infortune, qui s'asseoit s'endort et qui s'endort ne se réveille plus. C'est de ce sommeil irrésistible et fatal que s'endormirent, un siècle avant eux, 2.000 des soldats de Charles Xli, dans l'hiver de 1709. C'est aussi dans l'immobilité des gardes-tranchées et pendant la nuit, que plus de 6.000 cas de congélation partielle se sont produits dans notre armée de Crimée, pendant l'hiver de 1854-1855. J'ai eu l'occasion moi-même, pendant le rude hiver de 1870-1871, d'observer à l'hôpital de Brest un certain nombre de congélations des pieds,. survenues chez des cavaliers de l'armée de la Loire qui avaient passé la nuit dans la forêt de Marchenoir immobiles et les pieds dans la neige.
Dans les voyages de découverte, vers les pôles, les capitaines ont soin de faire promener et travailler leurs hommes, de les distraire et de les égayer, d'entretenir en un mot, par tous les moyens, leur activité morale et physique.
(1) GAViUiRET, De la chaleur produite par les animaux, Paris, 1855, p. 514.
L*impression du froid sur Téconomie varie avec la température comme avec les individus. Le froid modéré est agréable et sain, il active toutes les fonctions ; il produit un sentiment de bien-être, de force accrue ; il augmente Taptitude au travail physique et intellectuel ; à un degré plus élevé, il refoule le sang des capillaires périphériques dans les gros vaisseaux et amène le refroidissement de la peau, Thorripilation et une diminution de la sensibilité cutanée. Les extrémités pâlissent, la circulation s'y ralentit, on éprouve une oppression et une céphalalgie dues à la congestion sanguine qui se produit dans les viscères. La température baisse- t-elle davantage, la douleur succède au malaise, la respiration se ralentit, les extrémités se raidissent, se congèlent, les forces se dépriment; il survient des vertiges, de l'engourdissement et cette somnolence dont nous avons parlé plus haut. Si Ton y cède, la respiration se suspend, la circulation s'arrôte et la mort survient par suite de la paralysie du système nerveux et des congestions viscérales.
Le mécanisme de la mort a été différemment expliqué. D'après M. Laveran, Taction du froid est essentiellement paralysante; elle diminue la vitalité de tous les éléments anatomiques et finit par amener leur mort. Les mouvements des leucocytes, ceux des cils vibratiles disparaissent par le refroidissement, les nerfs deviennent mauvais conducteurs, puis cessent entièrement de fonctionner; les muscles se paralysent (1). La cause de la mort varie suivant 1rs circonstances dans lesquelles elle se produit. Suivant le docteur Le Bastard elle est causée par l'anémie cérébrale quand le refroidissement est brusque et progressif, par la congestion cérébrale s'il est lent et continu et enfin lorsqu'elle résulte de congélations partielles, elle est due aux embolies capillaires formées par les caillots contenus dans la partie congelée (2).
IL Électricité. — Lorsque le ciel est pur, l'électricité libre se fait à peine sentir dans Tatmosphère à cause de sa dissémination ; mais lorsque les vapeurs aqueuses se condensent en nuages opaques, elle s'accumule autour d'eux et provoque du côté de la terre une réaction correspondante. Les nuages, le plus souvent chargés d'électricité positive provoquent, par leur présence, l'afflux de l'électricité négative à la surface du sol ; il en résulte, dans l'atmosphère, une tension qui ne se dissipe que quand la foudre éclate et que les deux électricités se combinent. Les orages sont plus fréquents le jour que la nuit, et se montrent plus souvent dans la saison chaude. Ils suivent, dans leur distribution géographique, la marche de la température, de l'humidité et de la pluie. Ils sont très fréquents dans les calmes équatoriaux et sous les tropiques, surtout en
(1) Laveran, Article Froid du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales.
(2) Lebastard, Relation médicale du désaf^t^v du Tleta des Douairs (Recueil de mémoires de médecine, de chirurgie et de pharmacie militairei^ 3« série, l. XXVI, 1880).
approchant des côtes, car au large ils sont très rares. Il y a des zones voisines du littoral où il est rare qu'il se passe un jour sans que le tonnerre se fasse entendre. Au changement de mousson dans les mers de Tlnde, à la côte occidentale d'Afrique, comme à Madagascar, il éclate un orage presque tous les soirs et pendant la nuit, le ciel est sillonné d'éclairs. En Europe, ils sont d'autant plus rares qu'on remonte davantage vers le Nord et dans les régions polaires, on n'entend jamais tonner.
On est moins bien fixé sur la tension électrique de l'atmosphère par les temps calmes. D'après le professeur Turlay, de Wolcester, elle atteindrait son maximum pendant les quatre mois les plus froids (décembre, janvier, février et novembre) et son minimum pendant les mois les plus chauds (juillet, juin, août et septembre). Ces résultats concordent avec ceux qu'on a obtenus à l'observatoire de Montsouris en 1887, à l'aide de Télectromètre Branly. On a aussi cherché à déterminer les relations qui existent entre la tension électrique et l'état hygrométrique de l'air. Quételet, à Bruxelles, a trouvé que ces deux éléments suivaient la même marche. Il n'en est pas de même à Paris, où le maximum de tension électrique est en juillet et correspond presque au maximum d'humidité. Qaételet a aussi recherché l'influence de l'altitude et du degré de clarté du ciel sur l'état électrique de l'atmosphère, mais sans arriver à une conclusion satisfaisante. On voit qu'à l'heure actuelle, on n'a aucune notion précise sur ce sujet.
On ne connaît pas davantage l'influence que l'électricité normale exerce sur la santé, et pourtant on ne peut pas croire qu'elle soit nulle, en voyant l'activité qu'elle imprime à la végétation. On connaît mieux l'effet des orages. Ils ont sur certaines constitutions, une influence très marquée. Ils surexcitent les sujets nerveux, impressionnent les valétudinaires et les convalescents. Ils font naître des migraines, des névralgies, de la pesanteur de tète ; enfin un malaise particulier qui diminue la résistance de Torganisme.
La foudre fait chaque année quelques victimes. Boudin a trouvé une moyenne annuelle de 72,7 décès par fulguration en Allemagne, de 22 en Angleterre, de 7,38 en Saxe, de 9 en Suède, de 3 en Belgique. Les hommes sont un peu plus souvent frappés que les femmes. Les accidents ont le plus souvent lieu à la campagne et sous les arbres. En ville, les édifices élevés et surtout les clochers des églises sont le plus souvent frappés (1).
La saturation électrique de l'atmosphère se traduit parfois, à bord des navires, par un phénomène lumineux que les marins de l'antiquité désignaient sous le nom de Castor et Pollux, et que ceux de nos jours
(1) Boudin, Statistique des accidents causés par la foudre {Traité de yéo^ra^hie e( de statistique médicales (/oc. cit,), t. I, p. 467). ,
appellent feu Saint-Elme, Ces feux qui voltigent à la cime des mâts et au bout des vei^ues, pendant les nuits orageuses et qui ne peuvent causer ni explosion, ni incendie, sont fort rares. Il n'en est pas de même des aurores boréales. A Terre-Neuve on en voit tous les soirs, et ce sont bien des phénomènes électriques, car M. Lemstrôm a pu les reproduire artificiellement, dans les régions polaires, en couvrant le sommet d*une montagne d'un vaste réseau de fils de cuivre dressant leurs pointes vers le ciel (1).
III. Lumière. — Les rayons solaires n'influencent pas seulement les organismes vivants par la chaleur qu'ils lui transmettent, mais encore par la lumière dont ils l'inondent. Pour les végétaux, le fait a été maintes fois constaté : dans le cours de deux années semblables sous le rapport de la température et de l'humidité, mais différentes quant à la somme de lumière, la marche de la végétation est assez changée, pour que l'époque des moissons, des vendanges ainsi que leurs rendements ne soient plus les mêmes (L. Descroix). Pour l'homme, les rayons lumineux sont absolument nécessaires. Les personnes qui, par profession, vivent continuellement dans l'ombre, comme les mineurs, les caliers et les chauffeurs à bord des navires, ne tardent pas à s'éttoler. Leur nutrition souffre, leur teint devient blafard et ils ne tardent pas à présenter tous les caractères de l'anémie. Il se produit, sous l'influence de la lumière, un certain travail à la surface tégumentaire ; les nerfs périphériques et la circulation cutanée sont impressionnés. 11 se fait là des combinaisons chimiques que nous ne connaissons pas, mais dont nous apprécions les effets et dont nous pouvons nous rendre compte par l'observation des éphélides et de la couleur bronzée que prend la peau sous l'effet des rayons du soleil.
11 est donc très important de mesurer l'intensité de la lumière et d'en analyser les qualités. Les anciens instruments étaient tout à fait insuffisants. Les photomètres de Leslie, de Rumford ne donnaient que des notions absolument imparfaites. Aujourd'hui cette partie de la météorologie s'est complètement transformée sous le nom é'actinométrie et on peut à l'aide des actinomètres thermo-électriqties de Duboscq, des acttnomètres dits de Montsouris, des actinomètres enregistreurs à boules de Richard, des photomètres d'Arago, arriver à se rendre compte de l'intensité des rayons lumineux par les temps les plus couverts. Ces instruments font même apercevoir, dans les temps clairs, les poussières impalpables contenues dans l'atmosphère, et les vapeurs d'eau suspendues dans l'air qui atténuent la clarté du soleil. On a dressé des tables divist^es en degrés depuis 1 jusqu'à 100 (100 étant la constante solaire) pour avoir une base d'observations. Celles-ci doivent se faire à midi et, pour
(1) E. DucLAUX, Cours de physique et de météorologie (/oc. cit,\ p. 439.
Paris, la moyenne des observations faites pendant les dix dernières années se chiffre de la façon suivante :
Années
Moyenne actînométriqae.
Années
Moyenne actinométrique.
Comme on peut le voir, les variations sont assez considérables puisqu'elles peuvent aller jusqu'à 7 degrés. Quand des observations aussi précises auront été faites sur différents points du globe et auront été rapprochées de statistiques sanitaires bien faites, on pourra peut-être arriver à des déductions intéressantes ; mais ce qui nous paraîtrait surtout utile, ce serait d'appliquer des instruments aussi précis à l'hygiène des maisons et à la fixation d'un minimum de lumière qui ne devrait pas être dépassé.
L'intensité de la lumière varie avec la latitude et en raison de l'obliquité des rayons solaires, elle va en décroissant, comme la température de Téquateur aux pôles. « Le climat de Saint-Pétersbourg est deux fois plus lumineux que celui de l'île Mel ville ; 1,5 moins que celui de Paris ; 2,3 fois moins que celui du Caire.
Il y aurait encore des considérations intéressantes à exposer sur la répartition de la lumière pendant une année. 11 est certain que nous sommes influencés tant au physique qu'au moral par la longue durée des journées de printemps et d'été. Que doit être la vie dans les régions polaires, où, pendant près de 6 mois, pas un rayon de soleil n'arrive aux yeux des habitants perdus dans les glaces.
IV. Pression atmosphérique. — L'atmosphère, au niveau de la mer, fait comme on le sait équilibre, par son poids, à celui d'une colonne de mercure de 76 centimètres. Sa masse totale pèse autant que 581,000 cubes de cuivre d'un kilomètre de côté (Dumas) et l'on a calculé que la pression supportée par le corps d*un homme adulte équivaut à 1,800 kilogrammes. Loin de fléchir sous ce poids énorme, nous n'en avons même pas conscience, grâce à la distribution égale de la pression sur tous les points de notre corps, grâce à la présence, au sein de nos organes, de liquides incompressibles ou de fluides élastiques dont la tension est égale à celle de l'air extérieur. Les troubles fonctionnels ne se manifestent que lorsque cet équilibre est détruit, lorsque la pression à la surface augmente ou diminue brusquement. Ces variations soudaines intéressent beaucoup plus l'hygiène que les oscillations normales du baromètre. •
1® Variations de la pression atmosphérique, — Elles dépendent surtout de l'altitude. La pression diminue environ d'un centimètre par 105 mètres, quand on s'élève au-dessus du niveau de la mer et augmente
188 TRAITÉ DHY6IËNE PUBLIQUE ET PRIVÉE.
dans la même proportion lorsqu'on descend au-dessous. Elle n*est pas la même, comme on Ta cru longtemps, à la surface de toutes les mers. Elle varie avec la latitude et la longitude, mais dans des limites très restreintes. Les lignes isobares ou d'égale pression ont des inflexions moins prononcées sur la mer qu'à terre. Les observations de Maury ont établi que les variations sont les .némes dans les deux hémisphères. Si Ton examine le phénomène dans son ensemble, on trouve :
1® Une zone de faible pression (vers 758™") près de l'Equateur ; 2® une zone de fortes pressions (vers 766™°) vers 35<» Nord et Sud ; 3** deux zones de faibles pressions (vers 758™") vers 55° Nord et Sud ; 4** une pression légèrement ascendante en allant de ces zones vers les pôles.
En étudiant la repartition.de la pression dans les différents mois, on .reconnaît que ces zones se déplacent suivant la déclinaison du soleil (i).
Les observations qui ont été faites depuis l'époque à laquelle remontent les travaux de Maury, ont montré qu'il existe toujours sur les océans, dans les environs des tropiques, des centres de hautes pressions ou anticyclones, sortes d'îlots qui se déplacent plus ou moins avec la saison.
Quant à Tinfluence de la longitude, elle dépend de la position qu'occupent les îlots de haute pression. Kœmtz avait avancé qu'à latitude égale, la colonne barométrique est plus élevée de 3™",50 sur l'Océan Atlantique que dans le Pacifique (2), mais l'inexactitude de cette observation a été reconnue ; cependant, en été, la pression moyenne est un peu plus forte sur l'Atlantique que sur le Pacifique. Les oscillations diverses varient avec la latitude. Elles diminuent en se rapprochant des pôles et cessent à partir du 74* degré Nord.
En somme, ces différences ne dépassent pas huit millimètres ; elles sont insignifiantes lorsqu'on les compare à celles que détermine à terre le moindre changement dans l'altitude. L'homme de mer est constamment soumis à la pression atmosphérique maximum, le mineur seul supporte une colonne d'air plus lourde ; mais cet air chaud, confiné, vicié par les émanations de tout genre, n'a pas la pureté, les propriétés toniques et vivifiantes de celui qui soufle en liberté sur la surface des grands Océans.
Sur les continents, les variations ne sont plus les mêmes. Il existe des centres de haute pression en hiver et des centres de basse pression en été. La latitude a une influence moins régulière que sur les mers, mais elle s'exerce dans le même sens. On observe également des différences suivant la saison. Le baromètre descend de janvier en juillet dans l'hémisphère Nord et remonte de juillet en janvier. C'est l'inverse dans l'hémisphère Sud. La différence ne dépasse pas 4 millimètres. La marche de la pression varie aussi suivant l'heure du jour. Sous la zone torride, elle affecte dans ses changements une régularité parfaite. On a
(1) TBI88ERENC DK BoRT, Atlas de météorologie maritime [toc, cit.), p. 6. (1) li.<J. Kouin, Cours complet de météorologie, Paris, 1858, p. S80.
même donné le nom d^heures tropiques à ces oscillations régulières et périodiques du baromètre qui se manifestent dans la même journée par deux maxima (10 heures du matin et il heures du soir) et deux minima (4 heures du soir et 4 heures du matin). L'amplitude de ces oscillations diverses ne dépasse pas deux millimètres.
Les variations de pression dues aux changements de température sont beaucoup moins prononcées que celles qui dépendent de la direction des vents, ainsi que nous le dirons en parlant des cyclones.
Dans les régions tempérées, le baromètre monte en général avec les vents de la partie du nord-est et descend avec les vents de sud-ouest. C'est pour cela que, dans nos climats et sur le bord de la mer, il peut servir à la prévision du temps. Entre les tropiques, il annonce les ouragans avec une certitude absolue. A Tile de la Réunion, lorsqu'on voit la colonne de mercure baisser subitement, on fait appareiller les navires ; mais ce sont là des considérations qui intéressent plutôt la navigation que l'hygiène. Les oscillations du baromètre n'influencent réellement la santé que lorsqu'elles sont considérables ou soudaines. Or, au niveau de la mer, le baromètre ne baisse jamais de plus de 6 centimètres. La plus grande dépression signalée dans un ouragan, estde6&^,5en vingtquatre heures.
Quand le mercure baisse aussi brusquement, les personnes très impressionnables éprouvent un malaise, un accablement qui tient à l'afflux des liquides vers la périphérie, à la moindre quantité d'oxygène contenu dans l'air qu'on inspire et beaucoup aussi à l'électricité dont le dégagement coïncide avec les temps orageux.
Les variations étendues, que détermine l'altitude sont beaucoup plus intéressantes pour l'hygiène, qu'elles consistent dans une diminution ou dans une augmentation de pression. La première s'observe dans les ascensions en ballon et dans les montagnes ; la seconde dans les mines et dans les travaux qu'on exécute à la faveur de l'air comprimé.
2" Effets de Vair raréfié. — Ils diffèrent suivant la promptitude avec laquelle on s'élève et le mouvement qu'on se donne ; il faut par conséquent les étudier dans trois conditions différentes : chez les aéronautes, les alpinistes et les habitants des hautes montagnes.
Les aéronautes s'élèvent rapidement à des hauteurs considérables, mais ils sont immobiles ; ils n'ont à lutter ni contre le vent ni contre la fatigue ; ils n'éprouvent pas de vertige, puisqu'ils n'ont pas conscience de l'ascension, et que les nuages au milieu desquels ils planent leur semblent immobik*s comme eux. Aussi montent-ils plus haut que les autres, sans éprouver de troubles sérieux.
Depuis Tascension célèbre de Gay-Lussac qui eut lieu en 1804, et dans laquelle il s'éleva jusqu'à 7.016 mètres, on est arrivé à des hauteurs beaucoup plus considérables. La limite extrême a été atteinte, le 16 avril 1875, par Crocé-Spinelli, Sivel et Gaston Tissandier. Ils se sont élevés
jusqu'à Taltitude de 8,600 mètres, ainsi que Tout prouvé les baromètres témoins qu'ils avaient emportés. M. Gaston Tissandier cite M. Glaisher comme étant monté en 1862 jusqu'à 6,800 mètres. Cet aéronaute croit même avoir atteint 11.000 mètres ; mais ces hauteurs n'ont pas été régulièrement constatées, M. Glaisher ne les ayant déterminées que par la proportion algébrique déduite de la vitesse de l'aérostat à la mont^ et à la descente (1). Dans son ascension de 1862, il s'était évanoui subitement et avait failli perdre la vie : Les aéronautes du Zénith ont été plus malheureux, car un seul d'entre eux est redescendu vivant.
Chez les aéronautes, les troubles qui dominent sont ceux de la respiration et de la circulation. Ils ne commencent à se manifester qu'à deshauteurs considérables. Gay Lussac, à 7.016 mètres, n'éprouvait qu'un peu de dyspnée et de l'accélération dans le pouls, avec de la sécheresse du gosier et du mal de tète. Il ne se sentait pas suffisamment indisposé pour éprouver le désir de redescendre. Il en fut de même pour Crocé- Spinelli, Sivel et Gaston Tissandier au début de l'ascension qui leur fut si fatale. Jusqu'à 6.000 mètres, ils n'éprouvèrent qu'un froid très vif (2), de l'anhélation et une accélération considérable du pouls qui s'éleva chez Sivel jusqu'à 150 par minute. A 6.500 mètres, il s'y joignit un peu d'assoupissement, un besoin invincible de fermer les yeux. Ils respirèrent l'oxygène contenu dans les ballons qu'ils avaient emportés d'après les conseils de Paul Bert et continuèrent à monter. A 7.000 mètres, ils étaient tous les trois debout en proie à une surexcitation singulière, une sorte de vertige des hauteurs. A 7.500, Sivel, sur un signe de Crocé- Spinelli, vida trois sacs de lest, pour monter plus vite et dépasser les altitudes précédemment atteintes ; mais alors leur faiblesse devint telle qu'ils n'eurent môme plus la force de respirer de l'oxygène, ils perdirent connaissance, et le ballon sans guide s'éleva dans les hautes régions que j'ai indiquées. Lorsqu'il en descendit, Crocé-Spinelli et Sivel étaient morts ; ils avaient les mains glacées, les yeux ternes, à demi fermés, la face noire, la bouche crispée et sanglante. Tissandier seul vivait encore; il avait repris connaissance à 7.000 mètres. Le ballon descendait alors avec une vitesse vertigineuse. A peine remis de son évanouissement prolongé, l'esprit affolé par cette épouvantable surprise d'un réveil à côté du cadavre de ses deux amis, par cette descente si rapide que la nacelle se balançait dans l'espace comme un pendule, il eut à peine la force nécessaire pour ralentir la chute en jetant les deux derniers sacs de lest et pour couper la cordelette qui retenait Tancre, lorsque la nacelle heurta le sol avec violence et rebondit pour remonter encore (3).
Crocé-Spinelli et Sivel sont évidemment morts d'asphyxie. Leurs
(1) Gaston Tissandier, Histoire de mes ascensions, 8» édition, p. 187.
(2) La température qui était de 14« à terre, était alors à — 8« ; elle est tombée à — il» à l'altitude do 7.400mm.
(3) Gaston Tissandier, Histoire de mes ascensions [loc. cit.), p. 18i.
LES AIRS, LE EAUX ET LES LIEUX. i91
cadavres en présentaient tous les signes, et Textrême raréfaction de Tair Texplique. Paul Bert a montré qu'un homme qui respire de l'air à une demi-atmosphère qui équivaut à une altitude de 5.500 mètres, est dans la même condition que s'il respirait au niveau de la mer, un mélange de 10 pour 100 d'oxygène. Or les aéronautes du Zénith sont montés plus haut et sont restés près de deux heures dans ces régions élevées, où le baromètre a dû tomber à 25 centimètres d'après les calculs de Jourdanet. On a dit qu'ils avaient commis l'imprudence de déjeuner, avant de faire leur ascension ; M. Tissandier proteste contre cette allégation. L^un d'eux avait pris un peu de café au lait et les deux autres étaient à jeun.
Les alpinistes ne s'élèvent jamais aussi haut. L'ascension du Chimborazo faite par de Humboldt en 1802 et par Boursingault en 1838, les a conduits, je crois, au point le plus élevé qu'on ait atteint dans les montagnes. Les troubles sont un peu différents de ceux qu'on ressent dans les aérostats. On éprouve d'abord de la fatigue musculaire, de l'anhélation et de la dyspnée. L'air manque à la respiration, on se sent menacé d'asphyxie. Puis les battements du cœur s'accélèrent, le pouls devient irrégulier, dépressible ; il survient de la céphalalgie, une soif vive avec difficulté de la déglutition, des nausées et parfois des vomissements. Enfin, lorsqu'on continue à monter, on éprouve un brisement des forces, une somnolence accompagnée d'un malaise indéfinissable, d'un besoin irrésistible de se coucher ou de s'asseoir. Il survient parfois des hallucinations, des dispositions à la syncope, des épistaxies, plus rarement des hémorrhagies par les gencives ; enfin on a observé parfois des hémoplysies chez des sujets évidemment prédisposés.
Tous ces troubles dépendent de la raréfaction de l'air, qui entraîne la diminution de la tension de l'oxygène, l'insuffisance de ce gaz dans l'air, la désoxygénation des globules sanguins et l'arrêt des combustions organiques. C'est une asphyxie progressive et celle cause entrevue par le jésuite d'Acosla, mise en relief avec une rare persistance par le docteur Jourdanet (1) a été scientifiquement démontrée par Paul Bert (2). Il a prouvé que le défaut de pression atmosphérique n'est nuisible que par la diminution de l'oxygène et qu'on peut annuler les effets de cette diminution en augmentant la quantité du gaz comburant dans la proportion voulue, en la doublant, par exemple pour la pression d'une demi-atmosphère. Lorsqu'un animal va mourir sous la cloche par suite de la dépression, il suffit d'y faire passer de l'oxygène pour qu'il se ranime immédiatement. Paul Bert s'est soumis lui-même à cette expérience, en s'enfermant dans une cloche n^étallique sous laquelle on faisait peu à
(i) L. Jourdanet, Le Mexique et l'Amérique tropicale^ Paris, 1864.
(2) Paul Bert, La pression atmosphérique ^ Paris, 1878. — Sur la richesse en hémoglobine du sang des animaux vivant dans les hauts lieux {Académie des sciences, 20 mars 1882). — Influence des altitudes (4« Congrès international d'hygiène, Genève, 1883).
peu le vide et en respirant, à Taide d'un tuyau, de Toxygène contenu dans un sac extérieur. 11 est arrivé à supporter ainsi sans malaise une pression minimum de 238 millimètres correspondant à une ascension de 8,800 mètres et il pensait pouvoir encore aller plus loin. C'est à la suite de cette expérience à laquelle Crocé-Spinclli et Sivel avaient pris part, qu'ils tentèrent leur audacieuse entreprise; mais il vint, comme je l'ai dit plus haut, un moment où ils n'eurent même plus la force de respirer leurs ballons d'oxygène.
Dans les ascensions de montagnes, la fatigue musculaire et l'action du vent hâtent les effets de la raréfaction de l'air. La course, les cris, augmentent l'intensité des symptômes, le repos les calme. C'est ainsi que M. Janssen, lorsqu'il a fait récemment l'ascension du Mont-Blanc, pour y établir un observatoire, est arrivé au sommet, sans éprouver le mal des montagnes, parce qu'il s'y est fait transporter. Le vent agit comme la fatigue ; il suffit de s'arrêter un moment et de lui tourner le dos pour se remettre.
Le mal de montagnes s'observe chez les animaux comme chez l'homme et les habitants du pays, les guides eux-mêmes n'en sont pas toujours exempts. Il est certain pourtant qu'on s'habitue aux altitudes» On atteint plus facilement les hauts sommets, lorsqu'on est parti d'un point déjà élevé, ou qu'on gravit des pentes échelonnées, comme dans les ascensions de l'Himalaya où le terrain monte depuis le fond du golfi.* du Bengale. Cela explique comment des populations peuvent vivre à des hauteurs où la pression barométrique tombe au-dessous de 50 centimètres. Dans les Cordilières comme dans l'Himalaya, nombre de villes sont situées à une élévation semblable. Au Pérou et en Bolivie, la plus grande partie de la population habite au-dessus de 3.000 mètres. L'altitude de Tacova, de Potozi, de Portugalete, de Cerrode Pasco, dépasse 4.000 mètres. Des villages, des mines en exploitation, des fermes sont à des niveaux voisins de 5!000 mètres. Il en est de même dans l'Himalaya où Muglab et Kibaz dépassent 4.000 mètres, où le monastère boudhiste de Hanle s'élève à 4.600 mètres, où les troupeaux vont paître en été jusqu'à 5.000 mètres. Les anûnaux vivent à ces hauteurs aussi facilement que l'homme et le condor plane à perte de vue au-dessus des cimes les plus élevées des Cordilières.
On a cependant prétendu qu'on ne pouvait pas vivre d'une manière normale à plus de 2.200 mètres de hauteur, qu'à cette altitude les populations étaient frappées d'anémie et de débilité morale et physique. Cette thèse a été soutenue par le docteur Jourdanet dont j'ai déjà cité les travaux et qui a longtemps habité le Mexique. Il prétend en avoir vérifié l'exactitude sur le plateau de l'Anahuac au centre duquel s'élève la capitale. C'est, dit il, une des croyances populaires du pays. La débilité musculaire, l'apathie des habitants de Mexico contrastent avec l'activité et l'énergie de leurs compatriotes du littoral ; mais ceux-ci ne tardent pas à
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la perdre, lorsqu'ils viennent se fixer sur le plateau. Il explique cet affaiblissement par la raréfaction de Tair qui diminue Tactivité de Thématose et amène la désoxygénation du sang. Il survient bientôt, sous cette influence, une sorte d'anémie particulière que M. Jourdanet désigne sous le nom d'anoxhémie des altitudes et qui ressemble à celle que produit une perte de sang, lorsque Torganisme est dans l'impossibilité de It réparer (1).
Nous ferons observer toutefois que la raréfaction de Tair n'est pas encore arrivée à un point bien gênant par 2.200 mètres ; elle y est compensée par l'abaissement de température qui rend plus facile Tabsorption de l'oxygène dans le sang. Paul Bert a montré que cette fonction est plus active dans les lieux élevés. Â La Paz, le sang des animaux est plus riche en hémoglobine que dans nos climats. Il en renferme 18 à 20 p. 100 de son poids à 1.000 mètres d'altitude contre 10 à 12 au niveau de la mer (2). Il a prouvé également qu'au niveau de la mer nous consommons plus d'oxygène que cela n'est nécessaire et que 580 calories par jour sont perdues par simple évaporation cutanée. Il en conclut que, chez les habitants des altitudes, la nutrition se modifie de manière à éviter cette perte, et par conséquent à se contenter d'une quantité moindre d'oxygène. Peut-être, dit-il, les gens des hauts plateaux arrivent-ils, par acclimatement de race plutôt que d'individu, à posséder une machine mieux réglée qui utilise 30 à 40 p. 100 par exemple de la chaleur produite, el par conséquent leur permet une môme dépense dynamique avec une absorption d'oxygène beaucoup moindre.
Quoi qu*il en soit de ces explications, il est certain que des populations entières vivent et prospèrent à une altitude double de celle que le docteur Jourdanet a fixée comme limite, qu'ils y déploient une activité morale et physique très satisfaisante et qu'ils y ont même livré des batailles. Les observations de M. Jourdanet ont du reste été contrôlées, à l'époque de l'expédition du Mexique, par M. Léon Coindet, médecin en chef du corps expéditionnaire. Ce corps de lO.OOO hommes arriva rapidement sur le plateau de l'Ânahuac. Léon Coindet n'observa rien de particulier dans les troupes en marche jusqu'à Orizaba. Après le passage des Cumbres, lorsque les régiments dépassèrent 2.000 mètres, les soldats éprouvèrent les troubles qu'on ressent habituellement en gravissant les montagnes ; mais ils se remirent rapidement. Leur constitution se mit, sans efforts, en harmonie avec le milieu et, après dix mois de séjour, sur l'Anahuac, elle était devenue semblable à celle des Indiens (3).
(!) L. Jourdanet, Le Mexique et l'Amérique tropicale, Paris, 1864.
(2) Paul Bert, Sur la richesse en hémoglobine des animaux vivant dans les hauts lieux {Archives des sciences, 20 mars 1882).
(3) Léon Coindet, De f acclimatement sur les altitudes au Mexique. Lettres à Michel Lévy (Gazette hebdomadaire^ 1883). — Du typhus des hauts plateaux (Mém, de méd, chir. et ph. mil.^ 1864, t. XI).
Id4 TRAITÉ D'HYGIÈNE PUBLIQUE ET PRIVÉE.
3° Effets de Vair comprimé, — La pression atmosph<^rique ne dépasse 76 centimètres que dans les mines et dans les appareils où des ouvriers travaillent à la faveur de Tair comprimé. Dans le premier cas, l'augmentation de pression ne dépasse pas 10 centimètres et est à peine sentie. Dans le second, elle monte à trois ou quatre atmosphères et peut produire alors des accidents qui intéressent au plus haut point l'hygiène, puisque c'est à elle de les prévenir.
L'air comprimé a été utilisé pour la première fois en 1839, parTriger, pour épuiser les eaux d'un puits de mine établi au milieu des alluvions de la Loire ; on v a eu recours en 1846 dans la mine de charbon de Chalonnes (Haute-Loire), et depuis pour établir la fondation des piles des ponts de Kehl, d'Argenteuil, de Kerantrech, etc.; pour creuser des bassins de radoub à Rochefort et à Toulon. Les effets de la compression et de la décompression de Tair dans ces appareils ont été étudiés par le docteur François (1), par Foley (2), par le docteur Michel (3) et tous ont noté les mêmes phénomènes.
L'air comprimé est plus chaud, plus hygrométrique et plus comburant que l'air normal. Il active la flamme des bougies, accélère les battements du cœur, amène des vertiges et des tremblements. Lorsqu'on ouvre le robinet qui met en communication les tubes et l'écluse, ceux qui s'y trouvent éprouvent de la douleur dans les oreilles et de la chaleur à la peau, quoique le thermomètre ne marque que 10 à 12**. Une fois l'équilibre établi, les douleurs diminuent, mais les moindres bruits retentissent avec une singulière intensité et un éclat métallique. Sous une pression de trois ou quatre atmosphères, la voix devient nasonnée, le goût et l'odorat se perdent et le toucher n'a plus de précision. La circulation et la respiration se ralentissent et la plupart des ouvriers transpirent abondamment. Lorsqu'il survient des accidents qui forcent à les saigner, le sang sort rutilant de la veine.
Quand vient le moment de sortir de l'appareil et qu'on ouvre le robinet extérieur, l'air sort avec violence, la température descend de 10 à 15 degrés, et la vapeur d'eau apparaît sous forme de brouillard intense. Si la décompression se fait lentement, les ouvriers ne ressentent que du froid, du bourdonnement dans les oreilles, une otalgie passagère et de la courbature ; mais si elle est trop brusque, il survient des accidents qui peuvent devenir mortels. Ce sont des congestions cérébrales, des apoplexies de la moelle épinière qui amènent la mort à la sortie de l'appareil ou très peu de temps après. Plusieurs ouvriers ont succombé de cette façon pendant les travaux du pont de Kehl, et on a compté une
(1) François, Annules d hygiène publique et de médecine légale^ octobre 1860, p. 290.
;2) Foley, Du travail dnns Vair comprimé, Paris, i863.
(3) Michel, Etude sur la nature et la cause présumée dei accidents xurvenus parmi les ouvriers t/ui 'rav:n lent aux fo?idations a tair comprimé, du basiin de Mi^isirssy, à Toulon [Archives de médecine nivale, i, XXXIll, p. 16!}.
LES AIRS, LES ËAUX ET LES LlEtX. 195
douzaine de décès pendant ceux du pont de Kerantrech. Depuis lors le fonctionnement des appareils s'est perfectionné et les cas de mort sont devenus très rares : Toutefois, les ouvriers qui travaillent dans l'air comprimé sont sujets à des accidents inséparables de ce genre de travail.
Le docteur Michel a eu l'occasion de les étudier sur une grande échelle, pendant le creusement du bassin de Missiessy. Sur 115 ouvriers qui y furent employés, du 22 août au 13 septembre 1879, il en envoya 43 à l'hôpital maritime, 6 pour paraplégie, 1 pour convulsions, 30 pour douleurs articulaires ou gonflement douloureux des articulations. La paraplégie survenait brusquement, en sortant de l'écluse, les douleurs sié> geaient dans la tète, dans les muscles des membres, dans les articulations et plus particulièrement dans les genoux d. Enfin, le docteur Michel a observé deux fois le prurit douloureux que les ouvriers désignent sous le nom de puces.
Les accidents dépendent, comme on le voit, d'un déséclusement trop rapide ou d'un excès de travail et le docteur Michel propose, pour les piévenir, un système de robinet à ouverture progressive pour ralentir la chute de la pression. Il demande aussi que la durée du travail soit réduite à quatre heures sur douze.
L'air comprimé est employé en thérapeutique et tout le monde connsdt les appareils Tabarié ; mais leur application n'est pas du ressort de l'hygiène.
V. Vents. — Les vents sont dus à réchauffement inégal des différentes couches de l'atmosphère, par les rayons solaires ; ils sont également influencés par le mouvement de rotation du globe. L*air chaud devenu plus léger monte vers les régions supérieures, il est remplacé par l'air froid et il en résulte des courants aériens qui, sollicités en divers sens, s'entrechoquent, se croisent et donnent naissance à des vents qui soufflent dans toutes les directions.
Il existe cependant des bandes du globe sur lesquelles, les conditions étant toujours les mêmes, les vents soufflent toujours dans le même sens et sont dits réguliers^ par opposition aux vents dits variables. Ces vents réguliers ont pour types les vents alizés qui régnent dans les deux hémisphères, depuis le 30* degré de latitude nord et sud, jusqu'auprès de l'équateur. Ce sont des vents de nord-est dans l'hémispère nord, des vents de sud-est dans l'hémisphère sud. Ces brises régulières ont été rencontrées de tout temps; mais leur explication et les lois qui président aux grands mouvements de l'atmosphère ne sont bien connues que depuis les travaux de Maury, officier de la marine américaine. Pour ce météorologiste, réchauffement considérable des bandes équatoriales détermine deux courants aériens qui arrivent des deux pôles, perpendiculairement à l'équateur, mais qui, grâce à la rotation de la terre de l'ouest à l'est.
sont déviés et scî font sentir sur une certaine étendue dans la direction que nous avons dit être celle des vents alizés. Arrivés au niveau de l*équateur, ces courants venant en sens contraire se rencontrent, s'échauffent et après avoir formé les calmes équatoriaux, montent en se traversant mutuellement. Arrivés dans les parties supérieures de l'atmosphère, ils descendent en sens contraire vers les pôles, jusqu'à la hauteur des tropiques du Cancer et du Capricorne. A ce niveau, ils rencontrent des courants d'air froid provenant des régions polaires et marchant dans les couches supérieures de l'atmosphère. Il y a de nouveau conflit, les deux courants se traversent encore, celui qui vient de Téquateur s'infléchit, descend dans les couches inférieures et va au pôle ; celui qui vient du pôl»^ s'infléchit aussi et va former en descendant les vents alizés. Tous ces courants représentent donc, dans leur ensemble, deux 8 de chiffre, se touchant à l'équateur et ayant leur autre extrémité aux pôles. Il en résulte quatre vents généraux, deux pour chaque hémisphère et cinq zones de calmes, à leurs points de rencontre, une sous l'équateur, deux à la hauteur des tropiques et deux au niveau des pôles, où tous les courants émergent et remontent pour former la boucle inférieure du 8 de chiffre.
Cette théorie qui eut un grand succès lorsqu'elle apparut, n'est plus considérée aujourd'hui que comme l'expression très générale de faits soumis à des variations sans nombre. M. Brault, officier de la marine française, a repris cette étude, en se servant du procédé employé par Maury. Il a pu dresser des caries de vents plus complètes, en compulsant lesmilliers d'observations enregistrées chaque jour, depuis de nombreuses années, sur les cahiers de bord des navires de la marine française. Il a vérifié de cette façon la plus grande partie des lois de Haury et montré que la température était bien la cause initiale des vents ; mais que ceux-ci, une fois nés, étaient susceptibles, par leurs entrecroisements réciproques, par leurs directions inverses, de donner naissance à de grands tourbillons au centre desquels se formaient des dépressions. Ces dépressions sont l'origine d'un courant ascendant analogue à celui que fait naître l'élévation de la température et qui produit les mêmes effets, c'est-à-dire la formation de certains vents particuliers. Ces deux causes peuvent s'ajouter l'une à l'autre et donner naissance, dans certaines conditions, à des vents locaux qui ont un caractère tout à fait spécial. C'est en effet par des dépressions qui tantôt remontent du côté de l'Europe, tantôt descendent du côté de l'Afrique, que se forment les vents de la Méditerranée appelés vents êtèsiens par les anciens, et dont nous parlerons plus loin. Ils ont quelque ressemblance avec les moussons de l'Océan indien, car ils soufflent de la partie du sud-ouest, depuis avril jusqu'en octobre et de la partie du nord-est d'octobre en avril (1).
(1) Leroy de Méhicouht et Eugène Roohard, article Cli'Hito'oyie de V Encyclopédie tChygiène et de médecine publique, t. L p. 317.
La force et la vitesse des vents sont plutôt du ressort du météorologiste que de Thygiéniste et ne nous arrêteront pas longtemps.
Disons toutefois qu'on a pu calculer qu'un ouragan avait une vitesse de plus de 28 mètres à la seconde et donnait sur un mètre carré une impulsion de plus de 25 kilogrammes (1). On comprend dès lors comment les maisons sont renversées, les toitures enlevées, les grilles de fer tordues, comme cela se voit aux Antilles, après le passage d'un ouragan.
Au point de vue de l'hygiène, les vents ont un très grand intérêt. Us établissent d'abord un échange constant entre les différentes régions de l'atmosphère. Ils répartissent également l'oxygène en mêlant, comme le dit Fonssagrives, l'atmosphère générale avec les atmosphères partielles, qui se sont appauvries sous ce rapport. Ils égalisent la température, en remplaçant les couches échauffées par les couches refroidies et réciproquement. Enfin ils transportent les nuages et l'humidité dans des contrées dont la sécheresse est absolue et y rendent ainsi la vie possible. Leur direction à cet égard a un très grand intérêt, car ils prennent le caractère des espaces sur lesquels ils ont passé ; brûlants quand ils ont été en contact avec un sol échauffé, glacés quand ils ont glissé sur les glaciers, humides quand ils ont traversé les mers. C'est par ce mécanisme que nous voyons les vents méditerranéens affecter des caractères tellement particuliers que chacun d'eux a reçu une dénomination spécialç. Attirés vers la Méditerranée, ils descendent du nord, passent sur les Alpes et viennent former ces courants froids qui ont reçu le nom de bora, en Danemark, de gallego^ en Espagne de mistral dans la vallée du Rhône et dans la Provence. En été, ces brises sont fraîches, apportent la pluie et deviennent bienfaisantes: en hiver, au contraire, elles sont glacées et ne sont utiles qu'à cause de leur force et de leur vitesse qui leur permet de balayer les villes et de les assainir. Tels sont en Afrique, ces vents embrasés qui soufflent du désert et qu'on nomme simoun (poison) dans le nord de l'Afrique, en Arabie et en Perse, harmattan au Sénégal, et khamsin en Egypte. On ne peut mieux comparer leur action qu'au rayonnement de la chaleur qui sort de la bouche d'un four. En chemin de fer ou est obligé de tout fermer hermétiquement et si le khamsin parvient à passer par une fente de la portière mal jointe, il vous produit la sensation d'une lame chaude appliquée, par son tranchant, sur la peau (2).
Ses effets sur l'homme ont été décrits de la manière suivante par Vauvray : « La respiration s'accélère, le pouls augmente de fréquence, la peau et le palais se dessèchent et la soif devient ardente. On éprouve un sentiment marqué de faiblesse générale et une apathie complète. La peau devient rapidement très sèche, ce qui est dû à une évaporation
[\) MoHN, Les phénomène,^ de l'atmosphère, truduc. DFXAruiN Labessk, Paris, i88V. (2) Leroy de Mkricourt et Eugène Rochard \loç. cit.), p. 3i8.
rapide de la sueur et au dépôt d'une matière pulvérulente très fine (1). Cette poussière n*est autre que celle du désert, celle qu'on accuse de produire Tophthalmie d'Egypte. Quand, par suite des dépressions qui ont lieu dans le midi de l'Europe, ce vent du désert passe sur la Méditerranée et arrive sur le littoral, il s'est chargé d'un peu d'humidité, il a changé de qualité et est connu dans le midi de la France sous le nom de Sirocco, de vent d* Autan et en Espagne sous la dénomination de vent de Médine.
Les vents ont une très grande influence sur les agents pathogènes contenus dans l'atmosphère. Ils entraînent dans les espaces célestes tous les miasmes qui s'élèvent du sol, toutes les matières pulvérulentes nuisibles qui sont vomies sur les villes par les cheminées des usines ; ils chassent les éléments sortis du corps de l'homme lui-même et qui deviennent dangereux par le fait du rassemblement d'un grand nombre d'individus. Mais, s'ils sont bienfaisants, dans la majorité des cas, dans certaines conditions, ils peuvent au contraire, devenir un moyen de propagation pour les maladies. On n'en est plus aujourd'hui à chercher les exemples d'une épidémie se propageant dans le sens du vent régnant.
Dans les pays de marais, les vents portent souvent les miasmes fébrigènes à de grandes distances, ainsi que nous l'avons exposé dans l'article précédent.
Les vents jouent aussi un très grand rôle dans l'hygiène de tous les jours. Ils favorisent l'évaporation cutanée et rafraîchissent le corps; mais si la brise est trop fraîche, si le corps en sueur se trouve dans un courant d'air, il en résulte un refroidissement dangereux. C'est ainsi que naissent souvent les pleurésies, les angines, les bronchites, les rhumatismes et les névralgies, en un mot, toute la série de maladies qu'on a l'habitude d'attribuer au coup d'air.
YI. Saisons. — Les saisons sont des périodes qui partagent l'année en quatre parties et qui correspondent à des changements astronomiques.
Elles sont marquées, dans les pays tempérés, par des manifestations dans le règne végétal et par des variations climatériques qui portent sur la température, l'humidité, la pression, le régime des pluies et des vents, l'état électrique de l'air.
Les saisons sont d'autant moins tranchées qu'on se rapproche davantage de Téquateur ou des pôles. C'est à égale distance de ces deux extrêmes qu'elles présentent le plus de régularité dans leur durée et le plus de différence entre elles. Sous Téquateur, il n'y a que deux saisons : la saison pluvieuse ou hivernage et la saison sèche ou belle saison. Cette dernière est moins chaude que l'autre, mais la différence est peu marquée et n'excède pas 5 ou 6 degrés. Elles se succèdent sans transition. En serap-
(1) Vauvray, Port-Saïd, Archives de médecine navale, 1813.
prochant des tropiques, aux Antilles, àTile de la Réunion par exemple, les deux saisons intermédiaires commencent à se dessiner. On donne à cette sorte de printemps le nom de renouveau, à ce vestige d'automne celui de petit été de la Saint-Martin. Entre le 30® et le 40« degré de latitude, ces deux saisons sont déjà plus marquées. L'Algérie par exemple jouit d'un printemps délicieux qui en fait, pendant quelque temps, un séjour enchanteur. Un véritable automne, un peu pluvieux, il est vrai, sépare Tépoque des chaleurs de celle des grandes pluies. Dans les contrées méridionales de l'Europe, les quatre saisons se dessinent plus nettement encore; mais l'été conserve une prédominance marquée sur l'hiver. Ce n'est que vers le 45** degré de latitude, à égale distance par conséquent de l'équateur et des pôles, que l'année développe ses périodes avec leurs caractères classiques. C'est la zone tempérée par excellence, c'est le parallèle de Bordeaux, de Grenoble, de Valence, de Turin, de Plaisance, de Mantoue, de Venise, c'est la partie la plus favorisée du globe. En remontant de quelques degrés vers le nord, l'été devient moins brûlant, l'hiver un peu plus rigoureux, mais plus caractéristique, et les saisons intermédiaires acquièrent un charme particulier. La campagne du centre de la France et tout le pay» qui s'étend jusqu'au 48*' parallèle, montre successivement à ses habitants les jeunes pousses qui verdissent pendant le printemps, le soleil qui fait mûrir les blés pendant l'été, l'automne qui fait jaunir les feuilles et l'hiver caractérisé par la neige et la glace. Dans les contrées les plus septentrionales de l'Europe, à un hiver d'une longueur démesurée succède, presque sans transition, un été court et brûlant, pendant lequel la végétation marche avec une rapidité prodigieuse et qui fait brusquement place aux pluies, aux brumes et à l'hiver. Dans les régions polaires enfin, c'est à peine si l'été lui-même se traduit par quelques belles journées, dans le cours desquelles le thermomètre s'élève au-dessus de zéro ; la couche superficielle des glaces se fond, un peu de vapeur d'eau se répand dans l'atmosphère, la vie semble animer un instant ces solitudes désolées ; mais bientôt elles retombent dans leur immobilité et le perpétuel hiver de ces climats fait équilibre aux deux extrémités du monde, à l'été perpétuel de la zone torride.
Les saisons ont sur la santé une influence prépondérante. Les pays qui ont des saisons bien tranchées, comme les contrées de l'Europe centrale, sont les plus salubres et les plus agréables à habiter. La série d'impressions par lesquelles passe l'économie est favorable à son bon entretien, tandis qu'elle se fatigue de Faction constante du perpétuel été des régions intertropicales et de l'interminable hiver des pays froids.
Le cadre nosologique change avec les saisons, mais nous ne pourrions traiter ce sujet sans aborder la question si vaste et si difficile des épidémies saisonnières et des constitutions médicales, et par conséquent sans sortir de notre sujet.