‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 45 sur 141 · I*^ — TOPOGRAPHIE URBAINE · texte numérisé non relu

I*^ — TOPOGRAPHIE URBAINE

Nous comprenons sous ce titre, avec le professeur Arnould, les considérations relatives à la situation des villes, à leur assiette géologique, à leurs conditions climatériques.

I. Situation. — Les villes sont très inégalement répandues sur le globe depuis le 70 degré de latitude Nord jusqu'au 4()« degré de latitude Sud. Cette différence tient à ce que Thémisphère Sud est plus froid, moins peuplé et plus largement envahi par la mer que Thémisphère Nord. La zone géographique dans laquelle les villes sont placées exerce une influence prépondérante sur leurs modes de construction, et la manière de vivre de leurs habitants ; mais cette question se rattache à celle des climats qui a été traitée dans le chapitre précédent. Leur emplacement influe également sur leur salubrité. Sous ce rapport, Fonssagrives (i) les a divisées en six groupes.

i* Les villes de plaine qui reposent sur un sol peu élevé, peu accidenté, d'un niveau sensiblement horizontal, largement ouvertes à tous les vents et éloignées des grands cours d'eau.

2° Les villes de vallées; insalubres lorsqu'elles sont resserrées entre des montagnes trop hautes, comme cela s'observe dans certaines régions des Alpes et des Pyrénées, où le goitre et le crétinisme sont endémiques.

3° Les villes pélagiennes, en général bien aérées, baignées par un air vif et pur et par conséquent salubres ; mais le plus souvent humides et parfois en butte à des vents violents et froids qui en rendent le séjour dangereux pour les organisations faibles et pour les poitrines délicates.

4** Les villes fluviatiles situées sur les rives des grands cours d'eau. Elles bénéficient de ce voisinage, pour leurs transports, pour leur approvisionnement en eau potable (ît trop souvent pour se débarrasser de leurs déjections ; elles lui doivent aussi leur humidité et leurs brouillards. Celles qui sont placées près de l'embouchure des fleuves, subissent de plus l'influence de la mer, des alluvions qu elle forme, des marais mixtes qu'elle engendre. Dans les régions intertropicales, ce sont les localités les plus insalubres.

5^ Les villes lacustres bâties sur le bord des lacs et sur pilotis, ou sillonnées par des canaux nombreux comme Venise, Amsterdam, Livourne. L'humidité constante et les brumes fréquentes sont la caractéristique de leur climat.

6" Les villes palustres enfin subissent Tinfluence des marais près desquelles elles sont situées et dont nous avons longuement étudié les pernicieux effets dans le précédent chapitre.

(1) J.-B. FoNSSAGRiVES, L'hygiène et l'assainissement des villes, 2* édition, p. 36.

U. Altitude. — Les villes les plus élevées se rencontrent dans la ehaine des Cordillères. Potosi, dans la Bolivie, est à 4.165 mètres e^ Portugalete à 4.290 ; mais ce sont là de rares exceptions. On ne rencontre de villes situées au-dessus de 2.000 mètres que dans TAmérique du Sud, et celles qui dépassent i.OOO mètres se comptent. Fonssagrives désigne les premières sous le nom de villes de hauts plateattx, les secondes sous celui de villes alpestres, il donne le nom de villes de montagnes à celles qui sont échelonnées entre i.OOO et 300 mètres au-dessous, ce sont des villes de collines ou de plaines.

L'altitude n'a pas en hygiène l'importance qu'on lui a attribuée. 11 est certain que les villes situées sur des plateaux de quelque élévation sont plus salubres que celles qui sont au niveau de la mer, exposées à l'influence nuisible des cours d'eau, à l'humidité des vallées, aux émanations qui s'y rencontrent. D'une autre part, il n'est pas sans inconvénient d'habiter à des hauteurs où le baromètre tombe à 50 ou 60 cent.; mais il est inutile de revenir sur cette question que nous avons longuement traitée à l'occasion de l'atmosphère (i).

QL Orientation et plan. — Les villes se sont primitivement élevées sans grand souci de la salubrité, sur les routes suivies par les armées, sur le bord des cours d'eau et l'hygiène, forcée d'accepter le fait accompli, ne peut qu'améliorer des conditions qu'elle n'a pas créées. Ce n'est guère qu'en Amérique que de grandes cités s'élèvent encore comme par enchantement sur des terrains vierges et qu'on peut en déterminer à l'avance l'orientation et le plan.

!<» Orientation, — Hippocrate s'en occupe longuement, dans son Traité des airsj des eau^ et des lieux; mais les règles qu'il pose sont relatives à la Grèce et ne peuvent pas se généraliser. D'ailleurs, si les premières maisons peuvent choisir leur emplacement, celles qui viennent ensuite sont forcées de se ranger auprès d'elles, et toutes ne peuvent pas jouir à la fois de la lumière, du soleil et de Tabri. U est peu de villes de quelqu'importance qui n'ait qu'un noyau unique, il s'y forme nécessairement des centres secondaires pour lesquels l'orientation est bien rarement consultée.

La configuration des villes est déterminée par des considérations analogues. La forme en éventail prédomine lorsqu'il y a un point d'attraction qui a déterminé le groupement. Telle est Marseille, où la plupart des rues convergent vers le vieux port. Dans les villes modernes, c'est la division en ilôts de forme carrée qui l'emporte et qui leur donne souvent une désagréable monotonie. A Paris, toutes les dispositions s'observent. Dans les quartiers de l'Europe, de l'Arc de Triomphe, autour de la place d'Eylau, les rues convergent sur un point central et forpient une étoile ;

(1) Chap. II, p.

presque partout ailleurs elles se croisent à angle droit ; dans quelques vieux quartiers, e*est Tirrégularité qui domine ; mais ces questions n'intéressent que très médiocrement Thygiène et nous ne nous y arrêterons pas davantage.

Page 1