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IL — LA VOIE PUBLIQUE

Les rues sont des chemins bordés de maisons, des voies de communication qui servent également à la ventilation de la ville, et représentent, avec les places, les quais, les promenades et les jardins, les espaces non bâtis qui compensent les agglomérations d'édifices et servent à renouveler Tair de celles-ci. Plus ces espaces libres sont étendus par rapport aux constructions et plus la salubrité de la ville est assurée. On pense généralement qu'ils doivent représenter le tiers de la surface bâtie. Flûgge trouve que cela ne suffit pas. Il faudrait, d'après les calculs de Baumeister, que l'ensemble des rues, places, cours et jardins fut égal à la moitié de la surface totale de la ville.

« La rue, dit Fonssagrives, est l'unité hygiénique de la ville. Celle-ci » vaut, comme salubrité, ce que valent les rues qui la constituent •. Il faut donc en étudier successivement les dimensions, le revêtement, les accessoires et l'entretien.

i** Dimensions des rues. — Pour répondre aux vues de l'hygiène, les rues ne doivent pas être trop longues, à moins qu'elles ne soient entrecoupées, de distance en distance, par des squares, des places qui sont de véritables réservoirs d'air, ou par des rues transversales qui facilitent la circulation et la ventilation. C'est une condition qu'on trouve réalisée dans toutes les grandes villes, dans la rue de Rivoli dont la longueur est de 2.575 mètres, comme dans Oxford Street qui mesure 17 kilomètres avec ses prolongements.

La largeur a plus d'importance. Il faut en effet que l'air et la lumière pénètrent largement dans les habitations, et cela n'est pas possible dans les rues étroites bordées de hautes maisons. Dans les villes d'autrefois, ce défaut de proportion se rencontrait presque partout. Les rues de l'ancienne Rome avaient de i'",75 à 2*",40 de largeur, tandis que les maisons s'élevaient jusqu'à 20 mètres (i). On trouve encore dans le midi des rues d'une étroitesse extrême. Montpellier en a quelques-unes de 1",75. La Kasba d'Alger est un labyrinthe de ruelles enchevêtrées, tortueuses, au-dessus desquelles les maisons se rejoignent en formant des voûtes,

(i) Auguste, au dire de Strabon, avait déjà limité cette élévation à 70 pieds romains (20™,66) ; Néron la réduisit à 60 pieds (17™, 7). (Fricdlander, Mesures romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins. Trad. Vogel, Paris, 1865, t. I, liv. !•', p. 11).

des couloirs obscurs ; ce sont de véritables sentiers praticables pour les seuls piétons et dans les parties les plus larges par les petits ânes du pays.

Ces dispositions se comprennent dans les pays chauds où il faut avant tout se garer du soleil ; on respire à Taise au fond de ces petites rues où l'atmosphère est tranquille, où le soleil ne pénètre pas, tandis qu'on évite les nouveaux boulevards, comme celui du Pérou, à Montpellier, où le mistral fait rage, où la poussière vous aveugle, où le soleil vous poursuit de ses implacables rayons ; mais ce bien-être ne s'achète qu'au prix de la salubrité et les villes auxquelles nous faisons allusion, sont en général très malsaines. On peut toutefois concilier les exigences du bienêtre avec celles de l'hygiène, en tenant compte du climat et Fonssagrives, qui s'est occupé de cette question avec une autorité incontestable, pose en principe que dans les villes du Midi, les rues nouvelles ne doivent pas avoir moins de 8 mètres et plus de 12. Lorsqu'elles dépassent cette mesure, il faut qu'elles soient pourvues d'arcades, comme la via di Po à Turin qui a 20^,30 de largeur avec des galeries de 6'",20. Dans les villes du Nord, la largeur de 12 mètres doit être un minimum et on peut aller sans inconvénients jusqu'à 14, 15 et 20 mètres (1).

Cette fixation a Tinconvénient de ne pas tenir compte du second élément de la question, c'est-à-dire de la hauteur des maisons. Les législateurs se sont attachés à diverses reprises à établir ce rapport. La loi de 1792, confirmant l'ordonnance du 10 avril 1783, fixait la hauteur des maisons à 54 pieds dans les rues de 30 pieds de largeur et à 45 pieds dans les rues moins larges. Des règlements locaux sont intervenus depuis dans les principales villes de France. Nous donnons ci-dessous les dimensions fixées pour les deux plus grandes (2) :

Largeur de la rue. Hauteur maiima

des maisons.

/ Au-dessus de 7n»,80 12"*

PARIS J De 7», 80 à 9n,74 15»

(Règlement du 23 juillet 1874). i De 9»,75 à 20"» 18»

[ Au-dessus de 20» 20»

I Au- dessus de 8» 18»

De 8 à 10» 19»

Au-dessus de 10» 20»50

Quais et places de 50» .... 22»

Les hygiénistes trouvent encore ces largeurs insuffisantes. Pour les Allemands, les deux dimensions doivent être égales. C'est aussi le vœu qui a été formulé en 1894, au Congrès international d'hygiène de Budapest, sur la proposition de M. Corfield (de Londres). Pour M. Trélat, la largeur de la rue doit être égale à une fois et demie la hauteur des cons-

(1) F0R8S4GRIYES, Hygiène et assainissement des villes (loc. cit.), p. 101. ^ (2) Akhocld^ La voie publique^ Enq/dopédie d'hygiène et de police sanitaire ^ t III, p. 62*

236 TRAITÉ D'HYjîlÈNE PUBLIQOE ET PRIVÉE.

tractions en bordure. C'est aller un peu trop loin à notre sens. Le maximum de Texigence ne doit pas dépasser Tégalité et, pendant de longues années, dans les villes anciennes, il faudra se contenter de dimensions moindres, lorsqu'il s agiraj^établir de nouveaux alignements dans les vieilles rues. Quant aux'' ruelles, aux impasses, ils sont destinés à disparaître. Les passages si commodes pour les communications, si agréables pour les promeneurs, sont également insalubres. Leur toiture vitrée y entretient une chaleur pénible pendant Tété et empêche te renouvellement de Tair en toute saison.

L'orientation des raes a son importance au point de vue de l*aération et de la lumière. Il faut éviter celle qui expose aux vents violents, comme le mistral dans les villes de Provence, ou bien aux brises malsaines qui ont passé sur des marécages.

Il est bon qu*une me ait un peu de pente, pour faciliter Técoulement des eaux ; mais, si elle en a trop, sa marche y est pénible. La pente de fatigue, dit Fonssagrives, commence à 15 millimètres par mètre et 5 millimètres sont nécessaires pour l'écoulement des eaux, mais ce sont là des conditions qui sont imposées par la configuration des lieux et que les ingénieurs ne peuvent qu'atténuer par des nivellements, ou pallier à l'aide d'escaliers faisant communiquer les voies qui présentent entre elles des différences de niveau trop considérables.

II. Revêtement. — C'est la partie de la voie publique qui a fait le plus de progrès de nos jours. Le pavage des rues ne remonte qu'à Philippe Auguste et à l'année 1185. L'historien Kigord raconte que le roi s'étant un jour approché des fenêtres de son palais, aperçut des voitures traînées par des chevaux qui remuaient la boue de la cité et qu'il s'en exhalait une telle puanteur, que le roi ne put la supporter. 11 conçut alors le projet d'y porter remède. Il convoqua à cet effet les bourgeois et le prévôt de la ville, et leur ordonna de paver avec de fortes pierres toutes les rues et voies de la cité. On se borna toutefois à paver ce qu*on appela la Croisée du Eoiy c'est-à-dire deux rues se croisant à angle droit et qui furent recouvertes de grosses dalles en grès qu'on appela des carreatcœ (1). On en a exhumé quelques-uns, dans la rue Saint-Jacques en 1839.

Nous étions bien en retard sur la civilisation romaine : car Rome avait été pavée quatorze siècles auparavant, à l'imitation de Cartbage, et on admire encore, aujourd'hui, dans les rues de Pompéi, de larges dalles en lave réunies entre elles par des crampons de fer et sur lesquelles les roues des chars ont laissé leur empreinte ; les trottoirs sont élevés et reliés par des séries de petites bornes placées de distance en distance, pour permettre aux piétons de passer d'un côté à l'autre sans mettre le pied

(1) DULAURE, Histoire de Paris, l. I*', p. 356. ^

sur la chaussée. Il nous a fallu bien du temps, avant d'arriver à un pavage aussi parfait. L'édit de 1609, sur la propreté des rues, donne une idée de ce qu'était la voie parisienne sous Henri IV. Du temps de Louis XIII, la plupart des rues n'étaient pavées que d'un côté et sous Louis XIY, il n'y en avait que trois qui fussent accessibles aux voitures du commerce. Ailleurs, on circulait à pied, en litière, ou à cheval, et dans beaucoup d'endroits le sol, dépourvu de tout revêtement, n'étant môme pas nivelé, ressemblait aux chemins boueux qui traversent aujourd'hui les villages. C'était encore pis en province. Le pavage s'est généralisé depuis cette époque. Toutes les villes en ont été dotées, et de nombreux procédés ont été mis en usage.

1*» Pavage en pierres. — On s'est servi d'abord de gros pavés cubiques de *â centimètres de côté ; mais on s'est aperçu qu'ils basculaient trop facilement sous les lourdes charges, et on les a remplacés par des parallélipipèdes rectangles de 16 centimètres sur 23, de 13 sur 20 et de 10 sur 16. Telles sont du moins les dimensions adoptées à Paris. En France, on les place par rangées perpendiculaires à la chaussée ; en Autriche, on les pose en diagonale. Chez nous, on les met sur un lit de sable de 15 à 20 centimètres d'épaisseur dans lequel on les enfonce à coups de masse. En Angleterre, on établit le pavage sur des fondations en béton ou en ciment sur lesquelles les pavés sont posés à plein bain de mortier hydraulique. Ce revêtement est plus dispendieux. Il revient à 23 fr. par mètre carré au lieu de 17 fr. ou 18 fr.; mais il finit par être économique, parce qu'il dure beaucoup plus longtemps que Tautre. Les pavés doivent être en pierre assez résistante pour ne pas s'user trop vite, et pourtant il ne faut pas qu'elle soit assez dure pour se polir et devenir glissante. Le porphyre a cet inconvénient. Les pieds des chevaux glissent sur lui comme sur la glace. C'est pour cela qu*on lui préfère le grès.

Le pavage en pierre est bruyant ; il cause des vibrations dans le sol qui ébranlent les maisons voisines. Dans les quartiers très fréquentés, c'est un roulement incessant, une trépidation continuelle qui impressionnent péniblement les organisations nerveuses ; mais il est solide, dure très longtemps et est par conséquent économique. Il est presque exclusivement employé dans les villes de province où la circulation est peu active et dont les ressources sont bornées. A Paris même, il est encore en usage dans plus des deux tiers des rues (1).

(1) Les divers modes de revêtement en usage à Paris couvraient, en 1891, les surfaces suivantes :

1» Chaussées pavées en pierre 6 362.600 mètres carrés.

2* id empierrées 1.476.100 id.

3* id. asphaltées 323.300 id.

4* id. pavées en bois 596.200 id.

5« id. enterre 46.000 id.

Total 8.804.200 mètres carrés.

(Annuaire ttatistique de la ville de Paris 1891, p. 96).

Dans quelques villes de l'Est et du Midi, on se sert de cailloux roulés provenant du Ht des fleuves ; on les plante debout, en les enfonçant par leur extrémité la plus aiguë. II en résulte une surface raboteuse dont les aspérités sont extrêmement désagréables pour les piétons et presqu'aussi incommodes pour les voitures. ^ , .^

Chez nous, on n'emploie la brique que pour les trottoirs ; mais en Hollande, son usage est imposé, même pour les chaussées, par le manque de pierre. Ce pavage est commode pour la marche et agréable à Tœil ; mais il s'use vite, par places, et Teau s'amasse dans ses dépressions. Il convient dans les rues où il ne passe pas de voitures, comme on en trouve à Malte et dans les villes comme Venise où leur usage est inconnu.

2» Empierrement. — L'application de ce mode de revêtement aux grandes voies urbaines est de date récente. Il fut imaginé, comme on le sait, pour les grandes routes. On fait honneur de cette invention à John Mac Adam, surintendant des routes d'Ecosse, qui l'a préconisé en 1820; mais, en réalité, il est d'origine française et c'est l'œuvre de Trésaguet qui l'appliqua aux routes en 1775 (1). Quelques rues ont été empierrées à Londres en 1824 ; mais ce n'est qu'en 1849 que le macadam a été appliqué à Paris. Son usage s'est généralisé lors de la transformation que la ville a subie sous le second Empire.

Les matériaux préférés pour l'empierrement des rues sont le silex pyromaque, la meulière compacte et les porphyres. L'expérience a fait classer les voies de Paris, suivant leur fréquentation, en trois catégories auxquelles correspondent ces trois ordres de matériaux. Leurs dimensions doivent être les mêmes. Les fragments doivent pouvoir passer par un anneau de 6 centimètres de diamètre et être arrêtés par un anneau de 2 centimètres. On en pose à la pelle une couche de 20 à 25 centimètres. Lorsqu'elle est bien égalisée, on Tarrose, puis on y fait passer le cylindre à vapeur qui l'écrase et la nivelle. A Paris, l'usure de l'empierrement est si rapide, qu'on a renoncé aux réparations partielles pour procéder à des rechargements généraux, lorsque l'usure atteint 10 centimètres.

Le macadam coûte à Paris par mètre carré, 8 fr. pour son établissement et 2 fr. 50 à 3 fr. pour son entretien annuel, tandis que celui du mètre carré de pavage ne dépasse pas 0 fr. 48. Cette dépense considérable n'est pas compensée par des avantages suffisants. Aucun système ne produit autant de poussière. Elle est fine, irritante, cause des ophtalmies et nécessite un arrosage continuel qui la transforme en boue ; celle-ci, lorsqu'elle est délayée par les pluies, vient encombrer les égouts, y gène la circulation des eaux, des immondices et ensable le lit de la Seine d'où on ne la retire qu'à grands frais. Aussi, y a-t-on renoncé en principe, à Paris du moins.

(\) Arnould, La voie publique (Encyclopédie d'hygiène et de médecine publique^ t. Ill, p. 71.

3* Pavage en bois. ' Ce mode de revêtement est originaire de Russie ; il avait été déjà mis en œuvre en Angleterre, lorsqu'on fit les premiers essais à Paris, il y a une vingtaine d'années, dans les rues de Richelieu, Croix des Petits-Champs, place Saint-Michel et rue Saint-Georges. Le système consistait alors dans un assemblage de blocs rhomboïdaux, réunis en panneaux par des chevilles transversales et posés sur une couche épaisse de sable, de chaux et de ciment. Cet essai ne réussit pas, mais le procédé fut perfectionné en Angleterre et définitivement adopté en 1870. Dix ans après, les paveurs de VImproved Wood Pavement Company vinrent le mettre en œuvre à Paris, et les résultats furent tellement satisfaisants que le conseil municipal prit, en 1883 et en 1884, des arrêtés pour en généraliser l'emploi et désigner les rues destinées à en être pourvues. Au 1**" janvier 1892, nous avions 596.200 mètres carrés de pavage en bois.

Ce revêtement, tel qu'on l'applique à Paris depuis dix ans, consiste dans une fondation rigide de 15 à 20 centimètres d'épaisseur sur laquelle on pose des blocs de bois de sapin en forme de parallélipipèdes de 22 centimètres de hauteur sur 22 centimètres de long et 8 de large. On les pose debout, de façon à ce que les fibres du bois soient verticales et par rangées perpendiculaires à la chaussée, de façon à ce que l'ensemble représente une surface bombée, dont la courbure ait pour flèche le soixantième de la largeur de la voie. On laisse, entre les files, un intervalle d'environ un centimètre, au fond duquel on coule d'abord un mélange de goudron et de créosote et qu'on achève de remplir avec un coulis de sable fin et de ciment de Portland, puis on brosse les bavures du mortier et l'on projette à la surface de petits cailloux arrondis ayant environ un centimètre de diamètre, que les roues des voitures enfoncent entre les fibres du bois. Comme cet épandage de gros graviers se renouvelle souvent, il se forme à la surface une incrustation pierreuse très serrée qui ralentit l'usure des pavés sous-jacents. Celle-ci est pourtant assez rapide. On l'estime à 1 ou 2 centimètres par an dans les voies très fréquentées ; elle peut aller jusqu'à 5 ou 6 centimètres sans nécessiter de réfection. En Angleterre, la durée est de 5 à 10 ans ; à Paris, elle est moindre, si l'on en juge par les réparations partielles qu'on voit opérer tous les jours.

Le pavage en bois coûte un peu plus cher que le pavage en pierres. A Paris, l'établissement revient à 23 fr. par mètre carré et le prix s'élève à 25 fr., lorsqu'on y comprend les frais de démolition des anciennes chaussées. Son entretien, concédé à forfait à différentes sociétés, varie de 2 fr. à 2 fr. 95 par mètre carré et par an, suivant que la détérioration est plus ou moins rapide.

Lors des premiers essais du pavage en bois, on lui a fait des objections dont la plupart étaient théoriques. On lui reprochait d'assourdir le bruit ; on craignait les déformations par l'action de la chaleur et des gelées ;

enfin on redoutait, pour la salubrité de la ville, ce revêtement constitué par une substance poreuse constamment imprégnée de liquides infects. L'expérience a fait justice de ces appréhensions. Bien des étés et bien des hivers ont déjà passé sur le pavage en bois de nos boulevards et de nos rues et on n'a pas vu survenir les déformations rédoutées, et les trottoirs n'ont eu à résistera aucune pression excentrique. Le petit intervalle ménagé entre eux et les pavés reste invariablement le même à toutes les époques de Tannée. L'absence de bruit est plutôt un avantage qu'un inconvénient ; cependant, il rend les accidents un peu plus communs. Il résulte des recherches de M. Jacques Bertillon que, depuis son installation à l'intersection de la rue Montmartre et du boulevard Poissonnière, les accidents de piétons y ont triplé ; ceux de voiture ont également augmenté de fréquence.

Le pavé en bois a une élasticité et une égalité de surface très favorables à la circulation. Le pied des chevaux y est assuré ; toutefois les cochers d'omnibus préfèrent le pavage en pierre ; mais ils aiment mieux le bois que le macadam et l'asphalte. Le seul reproche qu'on puisse adresser au nouveau mode de revêtement, c'est celui de s'imprégner des liquides souvent fétides qui se répandent sur la chaussée et de dégager ensuite des odeurs nauséeuses. Cet inconvénient est très sensible dans l'été, surtout auprès des stations d'omnibus. Les chevaux profitent de ces arrêts pour s'exonérer; le pavé macère constamment dans leur urine; il sent l'écurie et le fumier.

En résumé, le pavage en bois a fait ses preuves; il est élégant, commode, silencieux et facile à nettoyer. Quand les râteaux y ont passé, il ressemble à un parquet ; mais son prix élevé en fera toujours un revêtement de luxe.

4® Asphalte, — L'asphalte est un calcaire contenant de 7 à 15 p. 100 de bitume. On y ajoute du bitume fondu et du goudron minéral, puis ou le mêle à une proportion déterminée de sable et on l'applique à chaud sur une couche bien unie de béton au mortier de ciment. Cette application peut se faire par coulage ou par compression. Dans le premier cas, on étend sur le béton une couche d'asphalte chaud et à Tétat pâteux sur une épaisseur de 2 à 3 centimètres et on lisse la surface. Dans le second, on répand sur la fondation l'asphalte réduit en poudre fine, après Tavoir chauffé assez fortement pour le dessécher sans le brûler. On en dépose une couche de 7 à 8 centimètres qu'on réduit à 5 par la compression. Celle-ci s'exerce avec des pilons de fer chauds et la surface est lissée avec des plaques chauffées. Après refroidissement on a une surface unie et dure comme la pierre. Les deux procédés sont en usage à Paris, mais le second est préférable, parce qu'il n'entraîne pas comme l'autre la nécessité de transporter, dans les rues, la chaudière en fonte dans laquelle on ramollit le produit et qui répand une mauvaise odeur dans le voisinage.

Le revêtement des chaussées en asphalte est le plus parfait au point de vue de ThygièBe. Sa surface est ferme, unie, réfractaire à Tusure ; il est imperméable, facile à nettoyer et le bruit des voitures y est presque nul ; mais il a aussi ses inconvénients. Par la pluie et les temps humides, il est extrêmement glissant et les chevaux s'abattent à chaque instant. L'expérience a prouvé que ce revêtement est incompatible avec les pentes un peu prononcées. Il est gênant dans les rues courtes qui obligent à tourner souvent (i). Il se ramollit sous Tinfluence des hautes températures et on le sent céder sous le pied. Enfin, il ne résiste pas aux lourdes charges. Pour toutes ces raisons, il est plus usité en Angleterre qu'en France. Les chaleurs de Tété y sont moins prononcées, les fondations mieux bétonnées, la qualité des asphaltes est meilleure et le travail mieux exécuté. A Paris, dit M. Barabant, ce revêtement ne donne que des résultats médiocres (2). On le réserve pour les trottoirs, les passages, les refuges des grandes places et les rues où ne passent ni omnibus ni fardiers;JI n'est pas assez solide pour résister aux larges roues de ces pesantes voitures ; ce sont elles qui usent et détruisent tous les modes de revêtement de la voie publique. On trouve cependant encore l'asphalte dans des endroits très fréquentés, tels que la place Beauveau, la place de la Ville-Levéque, la rue des Petits-Champs, etc. En 1892, il y avait encore à Paris 323.300 mètres carrés de chaussées asphaltées (3).

Le prix de l'asphalte est moins élevé que celui du pavé en bois. Les frais de premier établissement sont de 18 à 20 fr., et l'entretien annuel de 2 fr. par mètre carré (4).

Nous ne parlerons que pour mémoire des autres modes de revêtement, parce qu'ils sont très peu usités. Le ciment n'est employé que sur un petit nombre de points. On en applique une couche de 4 centimètres sur 10 centimètres de béton. Il coûte 5 francs du mètre carré. On a tenté en Allemagne d'employer le caoutchouc. Un industriel de Linden, M. Busse, a introduit ce mode de revêtement dans la ville de Hanovre, dans deux rues et sur une surface de 2.500 mètres carrés. Cet essai a été imité à Berlin, puis à Hambourg. On lui a trouvé tous les avantages : solidité, élasticité, résistance à l'usure, à la gelée et au soleil ; cependant son usage ne s'est pas répandu, peut-être à cause du prix élevé de ce pavage.

On a fait l'essai, il y a deux ans, en Angleterre, d'un pavage en liège (Cork pavement) dont on a dit le plus grand bien. C'était un mélange de liège en poudre grossière et de composés bitumineux qu'on chauffait et

(1) Arnould, La voie publique, (Encyclopédie d'hygiène, ioc. cit., t. IH, p. 385).

(2) BAftÀBANT^ ingénieur en chef de li voie publique de Paris, Notes sur les questions de viabilité. Voyage d'études à Londres, Paris, 1894.

(3) Annuaire statistique de la ville de Patis, 1893, p. 25.

(4) Ao Congrès de Budapest, en 1894, M. Jules Olah, dans une communication sur le revêtement des rues, a donné la préférence à Tasphalte.

qu'on moulait en cubes sous de hautes pressions. Ces blocs étaient réunis par un ciment spécial et possédaient toutes les qualités désirables de résistance, d*élasticité etd'imperméabilit^. C*est du moins ce qu'affirmait le journal anglais qui nous Ta fait connaître (1).

Tous les modes de revêtement que nous venons de passer en revue ne semblent que des expédients transitoires. L'avenir appartient vraisemblablement au pavage métallique, bien qu'il n'ait pas réussi jusqu'à ce jour, dans les grandes villes où il a été mis à l'essai (Varsovie, Saint- Pétersbourg, Londres et Berlin). Le principal argument qu'on lui oppose, c'est qu'il est impraticable pour les chevaux ; mais le cheval, comme moyen de traction, est appelé à céder le pas petit à petit, aux moteurs métalliques. Le préfet de la Seine a autorisé, il y a deux ans, avec l'approbation du conseil municipal, l'inventeur d'un système de pavage métallique dit anti-ornière, à en faire à ses frais, l'essai, sur le boulevard Sébastopol et dans la rue Saint-Antoine.

Quel que soit le pavage qu'on adopte, il doit se prêter au libre écoulement des eaux. Un a renoncé, pour cette raison, a la forme horizontale qu'on donnait à la chaussée dans les villes romaines, ainsi qu'au double plan incliné partant du pied des maisons pour aboutir au ruisseau placé au milieu de la rue. Cette disposition ne se retrouve plus que dans les rues de moins de 6 mètres où elle est de rigueur. Partout ailleurs, on donne aux rues la forme bombée à voussure légère qui permet aux eaux pluviales de s'écouler des deux côtés dans les ruisseaux placés près des trottoirs.

III. Accessoires de la voie publique. — Nous désignerons sous ce nom, les arcades, les trottoirs et les ruisseaux, les plantations et les promenades, les fontaines, les latrines et les urinoirs.

1*» Arcades, — Les arcades ou porches sont, comme nous l'avons dit, indispensables, dans les villes du Midi, pour les rues un peu larges ; mais, dans le Nord, où la lumière a moins d'éclat, elles ont l'inconvénient d'assombrir les rez-de-chaussées. Elles n'ont d'avantages que pour les passants auxquels elles offrent un abri contre le soleil et contre la pluie. On pourrait leur procurer cet agrément sans les inconvénients qui s'y attachent à l'aide de marquises, comme celles qu'on établit aujourd'hui devant les grands magasins et qui, tout en protégeant le trottoir, laissent passer l'air et la lumière.

2** Trottoirs, — Ils sont devenus indispensables à la sécurité du piéton, depuis que la circulation des voitures s*est développée. Ils leur offrent une surface unie et régulière sur laquelle ils marchent sans fatigue. Tous les systèmes de revêtement ont été essayés pour les trottoirs ; mais on a

(1) Cork Pavemefit (The Sanitory Record, 15 novembre 1892, p. 240) (Analysé dans la Hnw^ d hygiène, t. XV, p. 35i).

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presque complètement renoncé au pavage et à la brique, pour adopter le ciment ou l'asphalte. Le ciment est moins cher et nVst pas impressionné par la chaleur, ce qui le fait préférer dans les villes du Midi. De quelque façon qu'il soit constitué, il faut qu'il soit homogène. Dans les villes où les règlements de voirie imposent aux riverains la construction des trottoirs, ceux-ci présentent une variété très désagréable à Tœil et très fatigante pour la marche.

La largeur du trottoir varie suivant celle de la rue ; ils doivent avoir une pente légère, dans le sens de la chaussée, et leur bord plus élevé qu'elle de 15 à 20 centimètres, s'abaisse verticalement sur la partie la plus déclive de sa courbure, en formant ainsi avec elle un angle ouvert où coule le ruisseau.

3® Ruisseav-x, — Dans un grand nombre de rues modernes, les ruisseaux sont placés sous le trottoir qui les surplombe et dont le bord est creusé d'une sorte de gouttière, de façon à leur constituer une voûte. Cette disposition a Tinconvénient d'affaiblir la résistance du trottoir et de rendre le balayage plus difficile ; aussi y a-t-on renoncé. On se borne à ménager un encorbellement de la dalle au-dessus des bouches d'égout.

Le fond du ruisseau est formé par la dernière rangée de pavés. Comme elle n'est ni mieux jointe ni plus lisse que les autres, le canal présente des aspérités où s'arrêtent les immondices. Il serait préférable que le fond du ruisseau fut régulièrement concave, qu'il fut formé par des dalles un peu longues, bien jointes, bien lisses et faciles à balayer.

Dans les rues anciennes et dans celles qui n'ont pas d'égout, le ruisseau reçoit les eaux ménagères qui y sont conduites par des caniveaux ou par des tigoles à ciel ouvert. Ces liquides imprégnés de matières organiques, ayant servi souvent à laver le linge de phthisiques ou de typhiques, se putréfient, se dessèchent au grand air et répandent leurs odeurs et leurs émanations dans l'atmosphère. Les caniveaux ont un aspect moins sordide que les rigoles ; mais ils ne sont pas plus hygiéniques ; malgré la fente que présente la plaque de fer qui les surmonte et qui est destinée à laisser passer une tringle pour le nettoyage. On ne s'en sert que dans le cas d'obstruction, et en réalité le caniveau n'est jamais nettoyé.

Les eaux ménagères, comme la pluie qui tombe sur les toits, doivent être conduites directement à l'égout ; le ruisseau ne doit recevoir que la pluie de la rue et les eaux de lavage et d'arrosage. La salubrité de la voie publique implique donc la nécessité d*un égout et toutes les villes soucieuses de leur hygiène doivent s'empresser de créer leur réseau ou de le compléter.

4*» Plantations. - Les arbres plantés sur la voie publique sont tout à la fois un agrément et un élément de salubrité. C'est un luxe tout moderne et qui tend à se répandre partout. On a sans doute exagéré l'importance des plantations pour la purification de l'atmosphère. Il faudrait, comme l'a montré M. Jeannel, un hectare de forêt pour compenser la

viciation de Tair produite par deux hommes (i) ; mais il est certain que les arbres assainissent le terrain dans lequels ils plongent leurs racines. Celles-ci, suivant Theureuse expression de Ghevreul, agissent comme des drains verticaux ; elles aspirent Thumidité et provoquent un mouvement ascendant de l'eau souterraine très favorable à la salubrité du sol (2).

On reproche aux arbres d'assombrir les maisons qu'ils avoisinent e^ de les rendre humides. C'est un inconvénient dans les villes du Nord, mais, dans celles du Midi, les plantations tempèrent l'ardeur du soleil, procurent une ombre agréable aux passants et protègent les mair sons contre la poussière de la chaussée. Marseille doit à ses allées de platanes une partie de son charme et, dansjes colonies, la végétation fait l'ornement et la salubrité de la voie publique. D'ailleurs, comme le dit Fonssagrives, tout n'est pas une question d'oxygène et la vue des arbres est une source de jouissances pour les gens que leurs occupations retiennent en ville. Toutefois, dans le Nord, il faut les éloigner des maisons. Dans nos climats, la règle est de border d'une rangée d'arbres, les contre-allées des voies ayant plus de 20 mètres de largeur ; à partir de 36 mètres, on en place deux rangées dans chaque contre-allée ; enfin, au-delà de 40 mètres, on dispose, au milieu de la voie, un plateau planté d'arbres et séparé de la façade des maisons par une chaussée et un trottoir. Un intervalle de 5 mètres doit exister entre les rangées et la façade des maisons. Les arbres doivent être à 1"^50 de la bordure des trottoirs.

L'entretien de ces plantations est dispendieux. Ils ont à souffrir de Temprisonnement de leurs racines, de l'insuffisance de l'air et de la lumière qui les force à monter sans cesse, et des fuites de gaz qui empoisonnent le sol dans lequel ils sont plongés. Il faut les remplacer souvent et ce n'est pas sans frais. On estime qu'à Paris chaque arbre revient en moyenne à 175 fr., et comme il y en a 86.555 dans les vingt arrondissements (3), l'ensemble de ces plantations représente un capital de quinze millions et demi. Les essences qu'on y remarque sont en première ligne, le platane recherché pour sa croissance rapide, son élévation, l'élégance de son port et le marronnier dont le feuillage parait de bonne heure, fournit une ombre épaisse et qui prend un aspect éminemment décoratif lorsque ses innombrables thyrses sont en fleur. L'orme, l'acacia, l'érable, le paulownia, se retrouvent également dans les plantations ; on y voit figurer des tilleuls et des sycomores, mais très clairsemés.

(1) Jeannel, Mémoires sur les plantations d'arbres dans l'intérieur des villes (Annales d'hygiène, 1850, l. XLÏIl, p. 49).

(2) Chevreul, Mémoire sur plusieurs réactions chimiques qui intéressent la salubrité des cites populaires {Annales d'hygiène^ 1853, t. I, p. 5).

(3 Annuaire ftat'stique de la ville de Paris pour 1891, p. 31).

5* Espaces libres, places, sqitares. — Les plantations sont surtout précieuses sur les espaces libres, dont ils accroissent l'agrément et la salubrité. On éprouve partout aujourd'hui le besoin de respirer de Tair pur et frais sans être obligé d'aller le chercher à la campagne. Partout les villes font tomber leurs vieilles masures pour élargir leurs places et leurs squares, et en accroître le nombre.

La question des espaces libres a été traitée avec une grande compétence par lord Meath, au Congrès international d'hygiène de Londres au mois d'août 1891 ; il a tracé les règles que devraient suivre les conseils municipaux pour arriver à donner aux promenades et aux places, dans chaque ville, une superficie en rapport avec leur population, en faisant observer que la loi de 1877 sur les espaces libres, amendée en 1881, 1887 et 1890, donnait tous les pouvoirs nécessaires aux autorités locales pour faire ces améliorations. Il a rappelé les services rendus par V Association des Jardins publics métropolitains (1). L'intéressant débat qui s'est établi à la suite de cette communication a donné la mesure de l'intérêt que nos voisins attachent à cette question d'hygiène. C'est eux qui ont imaginé ces parcs si bien aménagés, qui rappellent en petit la campagne, ces bosquets, ces pelouses artistement disposées qui sont à la fois un embellissement et une condition de salubrité pour le quartier qui les possède. Les squares servent en effet de refuge aux vieillards et aux convalescents des classes pauvres qui y trouvent l'illusion de la cam^ pagne ; les enfants viennent s'y ébattre et, pendant les soirs d'été, ils sont ides points de réunion pour les familles du voisinage, mais ils constituent un luxe coûteux et qui n'est accessible qu'aux grandes villes. Il est vrai que ce sont les seules qui en aient besoin ; les autres ont la campagne à leurs portes. A Paris, l'entretien et la surveillance des promenades publiques étaient assurés en 1889 par 86 gardes, et ce service figurait au budget de la ville pour une somme de 824,148 fr. 23 (2). L'arrosement des arbres, des gazons et des plates-bandes consomme 6.000 mètres cubes d'eau par jour.

6* Fontaines. — L'eau, dans les villes, est comme la verdure une nécessité et un luxe tout à la fois. Les fontaines monumentales sont un des éléments les plus gracieux de l'ornementation des grandes cités. On en compte 78 dans Paris, contre 1.021 fontaines de puisage, dont l'espèce la plus commune est la borne-fontaine isolée au bord des trottoirs ou accolée au mur. Sa hauteur est combinée de façon à ce que l'orifice soit au niveau convenable pour remplir un seau placé sur le trottoir, soit à 60 ou 70 centimètres du sol. Une petite cuvette, recouverte ou non

(1) Le 1« Congrès internalional d'hygiène et de démographie tenu à Londres du 10 au 17 août 1891 (Compte-rendu dans la Revue d'hygiène et de police satiitairf>, 1891, t. XIII, p. T84}.

(2) Annuaire statistique de fa ville de Paris pour 1894, p. 41 .

2t6 TRAITÉ D'HYGIÈNE PUBLIQUE ET PRIVÉE.

d'une grille et placée au-dessous de l'appareil, reçoit Teau déversée sur le sol et la conduit au ruisseau ou à Tégout. Les bornes-fontaines se sont tellement multipliées aujourd'hui, qu il est impossible de les laisser couler en tout temps, comme on le faisait autrefois, et on les munit d'un système qui arrête automatiquement l'écoulement lorsque le puisage est terminé. Un bouton à repoussoir, une manette ou un levier servent à manœuvrer la soupape et à la maintenir ouverte pendant que le vase se remplit. Un ressort ou un contrepoids la ferme aussitôt après. i\ous ne décrivons pas les divers systèmes imaginés pour réaliser cette occlusion automatique, sans donner lieu à des coups de bélier, parce que cela n'intéresse pas l'hygiène (1).

Les fontaines qui sont uniquement destinées à permettre aux passants de se désaltérer, peuvent être à écoulement continu à la condition de ne laisser passer qu'un mince filet d'eau et d'être en petit nombre. C'est le cas des fontaines que sir Richard Wallace a fait construire à Paris, en 1871. Il y en a deux modèles également gracieux, dans l'un l'appareil est isolé, dans l'autre il est accollé contre un mur. Des gobelets de métal y sont appendus par des chaînettes. Le débit est réglé de manière à ne pas dépasser quatre mètres cubes par jour. Ces gobelets qui servent à tout le monde ne sont pas le comble de la propreté et pourraient peutêtre transmettre les affections contagieuses de la bouche. Je n'en connais pas d'exemple depuis plus de vingt ans que fonctionnent les fontaines Wallace ; mais le docteur Arnould cite une caserne dans laquelle le médecin-major crut devoir demander la suppression de ces gobelets d'un usage banal (2).

Indépendamment des bornes- fontaines^ on trouve sur la voie publique des bouches cTeau sous trottoir qui sont à Paris au nombre de 6.786, les bouches d'incendie pour pompes à vapeur dont on compte 4.025. Les poteaux et les bouches d'arrosement au nombre de 6.051, sans compter les bouches de puisage pour marchés forains, les effets d'eau pour bouches d'égout et pour urinoirs, etc.

7** Urinoirs et latrijies, — Ces édicules sont indispensables dans les grandes villes où la circulation est active, où affluent les étrangers. Partout où ils font défaut, les coins de rue, les ruelles peu fréquentées, les terrains vagues, parfois les cours des maisons servent à satisfaire des besoins auxquels il est impossible de résister. Dans les villes de Bretagne où Ton boit beaucoup de cidre et pas mal d'eau-de vie, les trottoirs sont parcourus par des ruisseaux d*uri ne qui forcent les passants à se détourner et qui infectent. La nécessité de remédier à cette souillure de la voie publique, est aujourd'hui bien comprise ; toutes les villes ont

(1) Voyez G. Bechxann. Salubrité urbaine^ distribution (Teau^ assainissement^ Paris, 1888, p. 389.

(2) Encyclopédie d*hi/gièn€ (loc. cit.}, t. III. p. 104

leurs urinoirs publics; mais ils ne sont nulle part en assez grand nombre. A Paris même, il y a des quartiers où ils sont séparés par de grandes distances et Tétranger ne sait où les trouver. On y compte pourtant 1.450 urinoirs à rosace ou à cuvette de déversement, et 2.124 cases supplémentaires ; total 6.051, ce qui, pour une longueur de voie publique de 939.005 mètres, donnerait un refuge tous les 155 mètres (1), s'ils étaient bien répartis ; mais ils sont très multipliés sur certains points et trop rares dans les autres.

Ces édicules ont été bien perfectionnés depuis leur création. Dans le principe, ils étaient fort malpropres et exhalaient une odeur d'urine qui se répandait au loin ; aujourd'hui, grâce aux effets d'eau, la propreté s'y entretient d'elle-même. On a adopté dans la plupart des villes le modèle en usage à Paris sur les boulevards et les places. Il se compose d'un axe central autour duquel rayonnent les cellules protégées contre les regards par un écran circulaire en tôle qui ne descend pas jusqu'au sol, mais qui suffit pour soustraire les visiteurs à la vue des passants et des habitants des maisons voisines. On y accède par le bord du trottoir contigu à la chaussée ; l'ensemble ne manque pas d'élégance et ne dépare pas le trottoir. Sur les promenades et dans les squares, ces petits refuges sont dissimulés par des massifs d'arbustes, on s'y rend par des sentiers détournés.

La propreté de ces urinoirs s'entretient d'elle-même. Les parois des cellules sont en matériaux imperméables, les surfaces en sont lisses et incessamment parcourues par une mince lame deau qui descend le long de leur paroi, entraîne l'urine, au moment même où elle y est projetée, jusque dans une cuvette recouverte d'une grille, munie d'une soupape et en communication directe avec l'égout.

Les urinoirs ne suffisent pas à assurer la propreté de la voie publique, il faut des cabinets d'aisance où les étrangers, les personnes prises à l'improviste par un besoin impérieux, puissent s'exonérer, sans souiller la voie publique. Les femmes ont droit à cet abri au même titre que les hommes et les chalets de nécessité y donnent aujourd'hui satisfaction à Paris et dans les très grandes villes; mais il n'en existe encore que là. Partout ailleurs, les latrines publiques sont ignobles, infectes, dépourvues d*eau et rarement nettovées. Les chalets de nécessité d'installation récente ne laissent rien à désirer. Les sièges sont en chêne ciré, les parois des cellules en carreaux vernissés, les effets d'eau, l'obturation hydraulique, l'évacuation immédiate y fonctionnent aussi bien que dans les maisons les mieux tenues. Les visiteurs peuvent même y disposer d'un lavabo avec savon et essuie-mains. Les chalets gratuits eux-mêmes sont aujourd'hui d'une propreté satisfaisante. C'est encore un des progrès de l'hygiène moderne.

(1) Annuaire statistique de ta vilte de Paris pour 1889.

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