COLLECTIVES
Ces habitations ont un caractère commun, c'est d'être plus ou moins encombrées et par ce fait exposées aux maladies infectieuses. Les épidémies y sont fréquentes et y prennent souvent un caractère grave ; aussi doivent-elles être l'objet d'une surveillance particulière de la part de ceux qui sont chargés de la santé publique.
Dans le nombre des édifices, il en est d'ancienne date qui ont plus d'une fois changé do destination et qui ne sauraient remplir toutes les conditions exigées par l'hygiène contemporaine ; il en est d'autres qui
(1) Doo€LA8 Galton, Président of the Congress at Newcastle upon Tyne, 1882 {Tran^ saetions ofthe umitary lustitute of Great Britain, t. IV. 1882-1883).
ont été construits plus récemment et en vue du but qu'ils sont appelés à remplir. Ceux-là laissent moins à désirer, et c'est surtout en vue des constructions à venir que nous allons envisager la question.
Quelle que soit leur destination spéciale, les édifices dont il s'agit doivent remplir certaines conditfons d'emplacement, de dimensions et de dispositions intérieures qui leur sont communes.
(. Situation. — Les habitations collectives doivent s'élever en dehors des villes au centre desquelles on ne peut pas trouver les grands espaces, l'air pur et l'isolement nécessaires à de pareilles agglomérations ; il ne faut pas qu'elles en soient trop éloignées, pour ne pas compromettre li facilité des communications. On trouve facilement les emplacements nécessaires dans les faubourgs des petites villes et dans la zone suba^ baine des grandes.
Il faut, autant que possible, choisir un coteau et s'établir sur une de ses pentes, en évitant la proximité des rivières, des étangs, des marécages et des prairies où les eaux séjournent. L'orientation varie suivant le climat. Dans les contrées septentrionales, il faut s'abriter des vents du nord, des bourrasques et de la neige, et on se place, quand on le peut, sur le penchant d'une colline exposée au midi, ou derrière mi bois, un rideau d'arbres faisant écran du côté du nord. Dans les pays chauds, c'est contre le soleil qu'il faut se prémunir et l'orientation est dirigée en conséquence.
II. Superficie. — L^étendue du terrain doit être proportionnelle an nombre des personnes qui doivent occuper l'établissement et en rapport avec sa destination. Il faut plus de place, à nombre égal, pour un hôpital que pour une caserne ou une prison; mais, quelle que soit l'étendue du terrain dont on dispose, il faut éviter d'une part de disséminer les bâtiments sur toute sa surface, ce qui rendrait le service difficile et dispendieux; de l'autre, de les serrer les uns contre les autres, ce qui les rendrait insalubres.
Aujourd'hui le principe qui domine dans les constructions de ce genre consiste à multiplier les bâtiments plutôt que les étages, à les étendre en surface plutôt qu'en hauteur, et cela pour permettre à l'air de circuler librement dans leurs intervalles, et aux rayons du soleil d'arriver jusqu'au pied des murs.
Ilf. Capacité cubiq[ue. — On donne de nos jours et dans le même but des dimensions beaucoup plus considérables qu'on ne le faisait autrefois, aux locaux habités en permanence. On n'admet pas que les pièces où Ton couche aient moins de 14 mètres cubes par personne, quand il s'agit de gens en santé, et moins de 30 quand ce sont des malades. Nous verrrons plus loin que, dans les constructions nouvelles, ces
dimensions sont largement dépassées. Il ne faut rien exagérer. Lorsque Tespace cubique dépasse une certaine mesure, il devient gênant pour le service, et cela sans compensation. On ne peut pas non plus accroître Tane des trois dimensions aux dépens des deux autres. La hauteur notamment ne peut pas compenser la surface. Au-dessus de 4 à 5 mètres, c'est de l'espace perdu. L'acide carbonique de la respiration, les miasmes, les poussières, tout cela est plus lourd que Tair et tombe dans les couches inférieures de l'appartement, où se trouvent les personnes. Ainsi dans les ^lises, où les fenêtres sont très hautes et les voûtes très élevées, les fidèles respirent une atmosphère chaude et viciée, tout en ayant audessus de leurs têtes, un volume énorme d'air pur. C'est pour cela que ces édifices sont impropres à servir d'hôpital, ainsi qu'on en a fait maintes fois l'expérience pendant les guerres. Il faut de plus que le carré d*aération, c'est-à-^lire la surface totale des ouvertures, soit en rapport avec l'espace cubique. Une salle immense qui ne serait aérée que par des meurtrières, constituerait un logement fort insalubre.
rV. Services généraux. — Leur importance croit avec le chiffre de la population logée dans les habitations collectives. La nécessité de lui fournir de bonne eau potable domine toutes les autres. Presque toutes les épidémies qui surviennent dans ces établissements reconnaissent, comme nous l'avons vu, la mauvaise qualité de l'eau.
Il faut, pour les mêmes raisons, que l'évacuation des matières usées soit rapide, complète et qu'elles ne séjournent pas dans l'établissement; que les eaux ménagères, les eaux de lavage, les déjections soient entraînées sur le champ jusqu'à l'égout le plus prochain à l'aide d'une canalisation spéciale.
Les cabinets d'aisance doivent être partout tenus avec une propreté irréprochable. C'est la partie la plus défectueuse de tous les établissements publics. Dans les vieux édifices, ils sont le plus souvent immondes. On aurait vainement cherché, il y a trente ans, un lycée, une caserne, ane prison, une école, ou les latrines fussent tenues proprement. Une transformation commence à s'opérer. Le signal en a été donné par Durand-GIaye à la caserne Schomberg, dont les cabinets d'aisance peuvent servir de modèle et le même progrès se remarque dans les lycées et les hôpitaux récemment construits.
Le chauffage et l'éclairage exigent également une attention particulière ; mais nous leur consacrerons des articles spéciaux.
Les habitations collectives sont, avons-nous dit, de quatre espèces, suivant qu'elles sont destinées à abriter des malades, des soldats, des écoliers ou des prisonniers. Les casernes nous occuperont à l'occasion de la profession militaire (chap. YII, art. ii, § 5), les lycées et les écoles quand il sera question de l'éducation (chap. Yl, art. II, § l^'). Nous ne parlerons donc en ce moment que des établissements hospitaliers et des établissements pénitenciers.
52 TRAITÉ D'UYfilÈNE PUBlIQUE ET PRIVÉE.