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II. — ÉTABLISSEMENTS HOSPITALIERS

Ils se divisent en hôpitaux où sont traités les malades curables, en hospices qui reçoivent les vieillards, les infirmes, les incurables, les enfants assistés, et en hôpitaux-hospices où Ton reçoit les uns et les autres. Les hôpitaux eux-mêmes se divisent en hôpitaux généraux où sont admis les malades de toute espèce et en hôpitaux spéciaux destinés à recevoir des catégories spéciales de malades : Hôpitaux de contagieux, d*enfants, de phthisiques, de vénériens; hôpitaux militaires où sont traités les soldats ; hôpitaux maritimes pour les matelots ; hôpitaux marins, pour le traitement des scrofuleux et des tuberculeux sur le bord de la mer; maternités pour les femmes en couches, et enfin les asiles d'aliénés.

Les hôpitaux et les hospices sont confondus dans la législation, et soumis aux mêmes règlements. Au point de vue de l'hygiène, ils donnent lieu à des considérations un peu différentes. Ses règles exigent dans les hospices une application moins rigoureuse. Les vieillards, les infîmies, les enfants assistés sont pour la plupart bien portants ; les incurables eux-mômes ne vicient pas l'atmosphère des salles, ne donnent pas lieu à une infection comparable à celle qu'y dégagent les blessés porteurs de plaies plus ou moins compliquées, les malades atteints d'affections aiguës et surtout de maladies transmissibles. 11 en résulte qu'on peut sans inconvénient les réunir en plus grand nombre, comme on le fait par exemple à la Salpétrière et à Bicètre qui ont la population d'une petite ville. On peut leur consacrer des bâtiments moins vastes, moins bien éclairés, leur attribuer un moindre cubage et, tout en les soumettant à la plus rigoureuse propreté, se montrer moins sévère, moins méticuleux à l'endroit de la désinfection et des pratiques de l'antisepsie.

Le nombre des établissements hospitaliers va partout croissant. En France, on n'en compte que 483 qui soient antérieurs au xvr siècle; il n'y en avait que 1.196 à la fin du xviii«. En 1847, le chiffre s'en éle\iut à 1.270; la statistique dressée le 1^' janvier 1869 en signale 1.657 ; ait fin de 1888, il y en avait 1.684, gérés par 1.514 commissions administratives et renfermant 170.223 lits (1).

(i) Les i.684 établissements se subdivisaient ainsi :

Hôpitaux-hospices 938

Hôpitaux... 361

Hospices 485

Les 170.223 lits comprenaient :

Lits de malades 73.868

Lits d'infirmes et de vieillards • 35.399

Tous ces établissements n'ont pas la même valeur hygi(^nique. M. H. Napias, auquel sa qualité d'inspecteur général des établissements de l>ienfaisance donne une compétence toute spéciale, signalait, en 18tl2, à la Société de médecine publique (1), Téiat déplorable dans lequel se trouvent encore plus de la moitié des hôpitaux de provitice, l'incurie avec laquelle un grand nombre (Kentr'eux sont tenus, Tinsouciance qui y prttside à l'isolement et l'ignorance qui s'y professe à l'endroit de la désinfection. Il n'y a, en France, que 75 étuves pour 1.700 hôpitaux et Paris à lui seul en a 26 ; quant aux pulvérisateurs à levier pour le lavage et l'assainissement des parois et des plafonds, on n'en compte que 79 en tout, dont 24 sont à Paris. J^e reste est à l'avenant ou pire encore.

L'assistance hospitalière n'est sérieuse que dans les grandes villes ; ainsi Paris compte à lui seul et entretient 32 établissements hospitaliers avec un total de 23.975 lils, sans compter les aliénés, les enfants en dépôt, les hôpitaux militaires et ceux qui sont entretenus par des particuliers. La France, pour ses services hospitaliers, dépense annuellement, sans compter Paris, 68.627.012 francs et Paris 50.722.828 francs (2). Cela ne suffit pas cependant pour faire face à tous les besoins de cette grande ville, il lui faudrait un millier de lits de plus.

I. Hôpitaux généraux. — L'hôpital doit être le type de Thabitation hygiénique. Lt» malade est un sujet affaibli, dune réceptivité particulière et de plus il est un sujet de contamination pour tout ce qui'* l'entoure.

L'air se vicie, dans les hôpitaux, avec une promptitude dont les expériences ont donné la mesure. Les recherches de Lavoisier, de Séguin, celles de Gav-Lussac, de Humbold, de Cadt»t, de Gassicourt, de Darcel et plus récemment celles de Leblanc, ont prouvé que l'acide carbonique augmente dans des proportions considérables dans les salles occupées par les malades. Ce dernier en a trouvé de 3 à 8 p. 1.000 dans les salles de la Salpétrière (3). Pouniet, à l'Hôtel-Dieu et à la Charité (4), Chalvet à l'hôpital Saint-Louis, sont arrivés à des résultats analogues, lesquels ont été confirmés par les expériences faites en 1876, par Kdwai-d

Lits d'enfants 16.650

Lits (lu pcr oiiiicl ii.HOO

De 1888 un mois du mai 1892, il a été fundc 19 (HublissemcnU nouveaux, dont plus de la moitié sont des hôpitaux- hospices (H. Naimas et A.-J. Mahtin, Uù^titaux et Hospices^ in Encf/rlofMie d'hygiène et de médecine iiuhliijue^ I. \ , p. 3l2i.

(1) H. Napias, Sur /p.< ionditions de Vhygiène hosf>it(ilirre en France^ Mémoire lu ù la ociété de niédecioe publique le 2<> ocl<d)re 1S02 [Hcvue d'hygiène, l. XIV, p Dioi. (2i Ces chiffres se rapfKirtent à Tannée 1885.

Ci) Leklanc, Revherdies xur la compositioti de l'air confiné (Annnies de chimie et de phyiitfue, 1842).

,4) PouMCT, Mémoire mu' la ventilation dan-t /rs hôpitaux (Annales d'hygiène^ 1844).

S. Wood à Barncs-Hospital , Soldiers-House et en 1880 par Arislide Brand (1).

Ces proportions d'acide carbonique dénotent une grande viciation de l'air puisque nous avons montré qu'on devait le considérer comme insalubre lorsqu'il renferme plus de 1 p. 1.000 d'acide carbonique. Cette quantité de 8 p. 1.000 signalée par Leblanc*n*a jamais été dépassée si ce n'est dans les écoles où on ne couche pas. 11 est inutile de répéter que dans ces conditions Tacide carbonique n'est pas dangereux par luimême ; mais parce que son augmentation coïncide avec la diminution de l'oxygène et avec une quantité proportionnelle du poison septique que renferme Fair expiré. C'est de cette façon que la quantité d'acide carbonique donne la mesure de sa viciation.

L'air des salles de malades contient de plus de Toxyde de carbone provenant des appareils de chauffage et d*éclairage; il renferme enfin les microbes pathogènes propres aux maladies qui y sont traitées. On a trouvé, dans les poussières recueillies en lavant les murs des salles, en grattant les parquets, des microcoques, des diplocoqnes, des microbactéries, des cellules épithéliales , la matière colorante du sang, des globules de pus, etc. M. Miquel a montré que l'air des salles d'hôpital renferme beaucoup plus de micro-organismes que l'air extérieur. Il a trouvé, par mètre cube, 600 bactéries dans une salle de médecine à l'Hôtel-Dieu, et jusqu'à 15.000 dans le service chirurgical à la Pitié (2).

L'observation clinique avait à cet égard devancé les découvertes de la bactériologie. L'infection nosocomiale a fait de tout temps le désespoir des chirurgiens et, lorsque les progrès des sciences physiques leur ont fait découvrir la cause de la mortalité effrayante qui pesait sur leurs blessés, sur leurs opérés surtout, lorsqu'ils ont reconnu que ces derniers mouraient empoisonnés par le milieu, ils ont réclamé l'assainissement des hôpitaux avec une ardeur qui ne s'est pas démentie.

C'est à cette époque que remontent les discussions mémorable», dont l'Académie de médecine, la Société de chirurgie et la Société de médecine publique ont été suceessivom(»nt l'objet (3). Elles ont fixé les règles qui doivent présider à la construction des hôpitaux: mais elles en ont un peu exagéré les rigueurs. En attribuant Tintoxication nosocomiale à la viciation de Tair, on était naturellement conduit à exiger de grands

(1) A. Brand, Recherches sur tair confiné (Thèse de Paris, 1880).

(2) MiQt'EL, Les poussières organisées de l'atmosphère (An?iuaires de VOôservatoire de Monlsouris, 1881 et 1882;.

(3) A r Académie de médecine, la discussion commença lo 15 octobre i86i et finît le 22 avril 1802 (Bulletin de V Académie de médecine, l. XXVII, p. 53 à 738). — A la Société de chirurgie, la discussion commencée le 12 octobre 1864, finit le 12 décembre [Buiietinde la Société de chirurgie, 2« série, t. V). — La discussion sur la construction des hôpiUux a eu lieu à la Société de médecine publique en 1883 (Revue d'hygiène et de poHce stmi' taire, ii« année, p. 294 à 82.'J).

espaces, une ventilation puissante et le plus d'isolement possible pour les malades. En dépit de ces conditions, rinfection purulente et la fièvre puerpérale continuaient leurs ravages et Ton en venait à se demander s'il ne fallait pas renoncer aux constructions durables et remplacer les hôpitaux en pierre par des baraquements qu*on brûlerait aussitôt qu'ils deviendraient contaminés, ou par des baraques démontables, susceptibles d'ôlre lavées pièce par pièce avec des liquides antiseptiques et exposées ensuite à Tair pendant le temps nécessaire à leur purification.

Depuis cette époque, les idées se sont modifiées ou plutôt les esprits se sont éclairés. Les chirurgiens, comme les accoucheurs, ont reconnu que, dans l'immense majorité des cas, la contagion se transmettait par leurs mains, leurs vêtements ou par ceux de leurs aides et de leurs infirmiers, par les instruments, par les objets de pansement dont ils se servaient, et ils en sont venus à se déclarer avec Lister, indépendants du milieu. Dès lors, les conditions rigoureuses exigées jusque-là pour les salles de malades, ont inspiré moins d'intérêt. On a même vu des chinubiens accepter, pour soigner leurs l)lessés. de vieilles salles qui avaient contenu des varioleux, tant ils étaient confiants dans l'infaillibilité de l'antisepsie, telle qu'ils savaient l'appliquer et ils n'ont pas eu à se repentir de ce qui eut été une témérité de la part de praticiens moins habiles.

On a donc renoncé à demander aux hôpitaux des conditions de dimensions et d'espace qui devenaient ruineuses à réaliser ; on n'a plus parlé de les détruire périodiquement ; on se contente de les tenir propres et de les désinfecter avec soin. On a renoncé aux baraques comme moyen normal d*hospitalisation, on les réserve pour les cas d'épidémie, de guerre, pour les circonstances dans lesquelles le besoin de lits augmente subitement .11 est bon, dans les grands hôpitaux, d'en avoir de démontables pour les cas où le chiffre des malades dépasse les prévisions, môme en dehors des calamités publiques. Toutefois, les règles relatives à leur construction ont été posées à Tépoque où on ne songeait qu'à la pureté de Fair, et elles n'ont pas été revisées depuis ; mais on ne les applique plus avec toute la ferveur qu'on y apportait dans le principe. Ces réserves faites, nous allons les exposer méthodiquement :

i*» Situation. — L'orientation à laquelle on attache peu d'importance quand il s'agit d'édifices destinés à contenir des personnes bien portantes, en a davantage pour les hôpitaux. Ainsi M. E. Trélat estime qu'il faut, dans la région du Nord, exposer les flancs des bâtiments à l'Est et à rOuest et les tourner au Nord et au Midi dans les régions méridionales, parce que, dans ces climats, le soleil est tellement haut à l'heure où il est le plus ardent, que ses rayons presque verticaux ne pénètrent pas dans les salles, tandis qu'ils sont fort incommodes le soir et le matin, lorsqu'ils plongent presque horizontalement jusqu'au fond des pièces. Dans le Nord, au contraire, cet inconvénient n'en est pas un, parce que le temps

:i3e TRAITÉ D'HYCÎIÈNE PUBLIQUE ET PRIVEE.

est habituellement terne et gris (i). Les conditions d'abri, d*isoleinent doivent t^lre aussi plus rigoureusement observées. Nous avons dit qu'en principe, toutes les habitations collectives devaient ôtre éloignées des villes; cette règle peut fléchir en ce qui concerne les casernes, les lycées ; elle doit être inflexible quand il s*agit des hôpitaux à construire pour Tavenir. Il ne faut plus recommencer les fautes commises à cet égard. Avec les millions que THôlel-Dieu de Paris et Lariboisière ont coûté, on aurait pu construire, autour de la ville, 23 hôpitaux de 500 lits, parfaitement salubres (2) tandis que les deux monuments que nous possédons ne le sont pas et qu'ils sont de plus une cause d'insalubrité pour les quartiers popul(?ux au milieu desquels ils s'élèvent.

2° Dimensioufi, — Dans mon rapport à la Société de médecine publique, j'avais émis Tavis qu'il fallait un hectare de terrain pour 100 malades: Léon Le Fort fit prévaloir une autre opinion, d'après laquelle la surface d'un hôpital doit croître non pas proportionnellement au nombre des malades, mais progressivement. Pour un hôpital de 100 malades, on peut d'après lui se contenter de 2.500 mètres carrés, mais il en faut 37.300 pour un hôpital de TiOO malades et 100.000 pour un hôpital de 800. M. Tolet, plus rigoureux, proposait de fixer la surface minima à 100 mètres par lit pour un hôpital de 100 lits, et à 150 mètres par lit pour un hôpital de 000 lits, ce qui conduirait à un total de 9 hectares, étendue de terrain qu'il n'est pas facile de se procurer. Ces grands chiffres ne doivent pas être atteints désormais, parce qu'il est reconnu que les grandes agglomérations de malades sont toujours dangereuses en quelque endroit qu'on les place et qu(» la mortalité y augmente en proportion.

On estime^ aujourd'hui qu'il ne faut jamais réunir dans le môme hôpital plus d(î 300 malades. C*(»st le chiffre maximum fixé par la Société de chirurgie et par la Société de médc^cine publique, à la suite des discussions auxquelles cette question a donné lieu.

3" Bfsposftiofis gcncrnU*s, — Tout hôpital, quelles que soient ses dimensions, se compose^ de» trois parti(»s : les salles de malades, les pavillons d'administration (»t les annexes. Dans les anciens hôpitaux tous ces éléments ét^iient confondus et réunis dans des constructions massives disposées en carré ou en n»ctangle et r(»sserrées dans le plus petit espace possil)le, par économie et pour la facilité du service. Aujourd'hui, tout le monde reconnaît que ces dil'férente^s parties doivent être séparées et (pie plusieurs salles de malades ne doiveiH pas être renfermées dans le mènic* bâtiment. Le système des pavillons isolés a prévalu depuis près d'un demi-siècle.

(1) Iv Trklat, Discussion sur le rapport de M. Jules Rochard, relatif à la construction des liùpitaux ilU-vue tfhi/'jit^nc et de médecine publique, 1883, p. 830).

i2; Jules HocHAHi), liaifport sur lu rojisfrw.tion dea hôpitaux {Revue d'hygiène et de police s>uiituire, \m'^, p. 2'J7).

4<* Pavillons pour malades, — Ces pavillons ne doivent, autant que possible, avoir qu*uu rez-de-chaussée avec un soubassement. Cette condition est absolue, lorsqu*ils sont destinés à contenir des blessés ou des contagieux ; mais on tolère un étage pour les auti'es malades, lorsque le terrain Texige, à la condition que les bâtiments soient séparés par une distance égale au double de leur hauteur.

La façon dont les pavillons sont groupés sur le terrain n*a pas pour l^hygiène une importance capitale, pourvu qu'ils soient à une distance convenable les uns des autres et quUls ne soient pas trop distants des cuisines, de la pharmacie, des bains et des bâtiments de l'administration*

Fig. 3i. - Plan de l'iiopital de Berlin.

Toutes les dispositions imaginal)ies ont été appliquées, tous les modes d*agencement ont leur spécimen. Dans le chapitre IlôpUnux, de Y Encyclopédie d'hyyiùnc^ MM. H. Napias et A.-J. Martin en ont n^présenté trente-sept formes différentes (1). Cette fécondité fait honneur à l'imagination des architectes, mais elle n'intéresse frnère les médecins : aussi nous bornons-nous à reproduire h» plan de Thôpital de Berlin, qui représente la disposition la plus simple et la plus usitée (fig. 34 .

Le nombre des pavillons de malades dépc^nd du cliiffre de la populationque Thopital doit desservir ; mais il faut qu'il y ait toujours plus de salles que le mouvement habituel ne l'exige, afin qu'on puisse, en dehors du temps d'épidémie, avoir des salles de rechange re'ndant possible l'évacuation alternative, le nettoyage et la désinfection d<* celles

i\) Encf/clopédie (Vhyyiènt et de médecine imblujue, l. V, p. 40'» et suivantes.

qui sont en service. II faut de plus qu'on puisse séparer complètcmenl les deux sexes ainsi que les différentes catégories de malades. Les fiévreux, les blessés, les vénériens, ceux qui ont des maladies de peau, doivent être traités dans des salles différentes. Dans les hôpitaux généraux, il faut également isoler les enfants. Toutes ces divisions rendent nécessaires la construction de nombreux pavillons ; et, pour cela, il faut qu'ils soient petits.

La dimension des salles n'est pas arbitraire. Chacune d'elles ne doit pas contenir plus de 30 lits, s'il s*agit de fiévreux, plus de 20 si ce sont des blessés. Miss Nightinhale fixe le chiffre de !22 lits pour les salles communes, mais comme le fait observer M. Arnould, ces chiffres sont presque toujours dépassés (1).

Dans mon rapport à la Société de médecine publique, j'avais proposé, pour les pavillons, les dimensions suivantes qui ont été ac<;eptéi*s. Longueur 30 mètres, largeur 9 mètrrs, hauteur 5 mètres : total i.350 mètres cubes, ce qui donne 07 mètres cubes d'air par lit, quand il y en a 20 et 4S quand il yen a 30. Ces chiffres sont bien rarement atteints. MM. H. Napias et A.-J. Martin ont fait à cet égard une enquête dans la plupart des pays de l'Europe.* Elle a porté sur 80 hôpitaux étrangers. Ils ont trouvé pour moyenne, dans les salles contenant des malades ordinaires, 35 mètres cubes et dans les salles de contagieux, 37 mètres. Les chiffres les plus élevés sont ceux de l'hôpital de Varsovie, où les salles ont de 150 à 200 mètres cubes par malade (on compte même 300 mètres par lit à Tliôpital de l'Enfant-Jésus de cette ville), celui de l'hôpital de Mons, où les malades ordinaires ont 125 mètres et les contagieux 130, et Thôpital de Malaga où la moyenne (»st de 110 mètres. Les chiffres les plus faibles sont fournis par l'hôpital de Looz (Belgique), 15 mètres cubes par lit, et par celui de Stoekolm, 14 à 20 mètres pour les malades ordinaires, 20 à 25 pour les contagieux (2).

Les hôpitaux récemment construits en France ont des moyennes plus élevé(^s. C(uix de Paris ont 47 mètres ; le nouvel hôpital Tenon, r>3 mètres: La (Iharité, à Lille, 55 mèlres; Saint-Kloi d(» Montpellier, 5t) métros: rhiV pital militaire de Bourges, 50 mèln^s: l'hôpital îlertford, de Levallois- Perret, (iO mètrc^s.

La construction des pavillons n'offre rien de spécial. Toutefois, il faut donner plus d'épaisseur aux murs que dans les maisons particulières, poiw épargner aux mala(l(*s les variations atmosphériques. M. E. Trélat demande qu'on leur donne 2 mèlres d'épaisseur. Quelques hygiénistes ont proposé dans le même but de 1rs doler d'un contre-mur: mais le surcroil de dépense qui en résulterai! n'a pas fait adopter cette proposition.

vl) J. Ahnoili», \nurtMiu.r rlnnrnts (l'/if/fjiiîit', ?,' édiliun \^ioc. ri7.), p. 1324. iù) Knnff.loppdif d'hyffiène, t. V, p. 416 et suivantes.

t L'HABITATION. 359

Quoique nous ayons pu dire des avantages de la porosité des murs, ceux des hôpitaux. doivent être enduits et peints à Thuile ou stuckés, pour pouvoir être lavés fréquemment. Les parois, au lieu de se rencontrer à angle droit, doivent s'arrondir au point de contact pour éviter les recoins où s'accumule la poussière. Les plafonds doivent être lisses et sans moulures. Les planchers en bois dur, scellé à bain de bitume, sont préférables, pour les hôpitaux, aux planchers en bois blanc imprégné de créosote (Harjolin), d*huile de lin bouillante (Morache), de paraffine (0^ LangstafQ* C'est du moins Tavis de la Société de médecine publique. Dans les hôpitaux de la marine, les planchers sont à lames très étroites, parfaitement jointes; ils sont encaustiqués et cirés, et on s'en trouve très bien.

La forme des pavillons est rectangulaire. Les fenêtres sont percées des deux côtés et se font opposition. Quand la salle est disposée de façon à contenir deux lits par trumeau, comme cVst l'ordinaire, elles sont larges de 1"*,2C; elles n'ont qu'un mètre de largeur lorsqu'il n'y a qu'un Jit par trumeau, et il n'a lui-même que 1"',60 de largeur. La première disposition est préférable. Dans tous les cas, les fenêtres sont percées à un mètre du sol et montent jusqu'à la corniche. La partie supérieure s'ouvre isolément; en se rabattant, elle permet d'aérer la salle sans refroidir les malades dans leurs lits. Des ouvertures pratiquées dans le haut et dans le bas des murs complètent la ventilation.

La porte des pavillons doit être placée à l'une des extrémités plutôt qu'au milieu de l'un des côtés. Chaque pavillon doit contenir quatre cabinets, un à chacun des angles. Il est préférable qu'ils soient en saillie de façon à dégager les pignons et à permettre la ventilation longitudinale de la salle, à Taide de deux larges baies pratiquées dans les pignons.

L'un de ces cabinets est réservé aux médecins ; un autre est destiné à contenir le petit mobilier de la salle, un petit fourneau pour les tisanes et la baignoire; h» troisième sert de cabinet d'isolement; le quatrième renferme les lavabos, les water-closets el un urinoir dans les salles d'hommes. De toutes c(»s dépendances, les water-closels sont les plus importants au point de vue de l'hygiène; nous nous vn occuperons quand nous traiterons des installations complémentaires de Thabitation (1).

Mobilier des paviilo7is, — Le mobilier des salles de malades doit tHre aussi simple que possil)le: il ne doit rien renfermer qui puisse inntilenu'nt diminuer le eulx» d'air, aiijirnientrr les surfaces infeetal)lps, favoriser la formation des recoins e\ des angles obscurs.

« On ne saurait croire, dFseiit MM. H. Napias el A.-J. Martin, à quel » point dans beaucoup de p(»tits hôpifaiix-hospiees, celle règle élénien- * lain* d'hygiène est méconnue. Souvent les salles sont eneombnVs de

(1) Voyez chapitre III. article IV, §3.

360 TRAITÉ D'UYGIÊNE PUBLIOl^E ïfT PRIVEE.

» vieilles armoires de bois sculpté, de crédenees et de bahuts anciens, » de chaises de paille, de fauteuils tapissés et raccommodés qu*on secoue » à grands coups de baguettes, les jours de nettoyage, et dont il s'élève » des nuages de poussières opaques, composites et fort peu aseptiques. » On trouve sur le sol des lapis variés faits de bouts d'étoffe ingé- » nieusement découpés en étoiles. Les lits sont en bois, quelquefois ») avec un ciel plein, supporté par quatre montants solides. On les » trouve le plus souvent encore drapés de rideaux, voire de rideaux » de couleur. La literie est composée de paillasses, de lits de plume, » de matelas dont la laine a appartenu à des moutons depuis longtemps ï> fossiles (1). »

Les lits d'hôpital doivent être en fer, longs de 'i mètres, laides de 0™, 80 à 0", 90; assez hauts pour permettre aux médecins d'examiner et de panser les malades sans se courber; ils doivent être facilement démontables pour pouvoir étn» lavés, désinfectés et au besoin misàrétuve. Les sommiers élastiques doivent être partout substitués aux paillasses. On en a essayé bien des modèles. Depuis trente ans on se sert dans les hôpitaux de la marine de sommiers Saint-Alban, en ressorts à spirale; ils rendent d'excellents services et n'ont jamais besoin de réparation. MM, Napias et A.-J. Martin recommandent celui du système Herbet.

En Allemagne, en Autriche, on emploie, au lieu de sommiers, des toiles métalliques, doubles, tendues sur un cadre de fer; elles sont très difficiles à nettoyer. Un matelas de crin et de laine par moitié, un traversin, deux draps, deux couvertures de laine en hiver et une en été complètent la literie. 11 doit y avoir dans chaque salle un certain nombre d'oreillers de plume pour les malades les plus graves.

Les rideaux doivent être supprimés. Ils ne servent qu'à empêcher l'aération, à emmagasiner (l(»s poussières et des miasmes. Presque partout on les conserve dans les salles de femmes, et Michel Lévy réclame pour elles c(^ privilège (2). Quelques puissantes que soient les raisons sur lesquelles on s'appuie pour 1:» leur accorder, je crois qu'elles doivent céder le pas aux exigences de l'hygièni» (jui réclame cette suppression d'une manière absolue.

Les tables de nuit en bois, à fermeture, qu'on trouve encore dans les hôpitaux, toujours imprégnées d'urine et exhalant une odeur particulière, doivent être remplacées par de petits m<Mibl(»s, formés de ti'ois tablettes lisses en métal ou en verre supportées par des colon nettes métalliques. L'urinoir qui devrait être en verre suivant le conseil du professeur Guyon. (»sl posé sur la tablette inférieure, les potions et les objets à l'usage du malade sur Ws deux antres. De petits meubles semblables doivent servir

Ij H. Napias cl A.-J. Martin, Hi/i/iène fiospilaiière (Encyclopédie cC hygiène et de mrdcchjc puhlufiip, I. V, p. 438).

(2j Miclicl LÉVY, 7V./z7e dChyyiènc puUi'fue rt privée, 5» édUion 1869, l. II. p. 535.

L'HABrTATION. 361

à transporter les médicaments et Tappareil de pansement à Theure des visites. Les pieds doivent être munis de roulettes en caoutchouc pour se mouvoir facilement et sans bruit.

5* Galerie et réfectoires. — Les pavillons pour malades doivent être reliés entrVux et rattachés au pavillon contrai par une galerie ayant au moins 6 mètres de largeur, bien aérée, éclairée et chauffée pendant l*hiver.

(Test là que les malades doivent se tenir et se promener pendant la journée. On peut môme la convertir en réfectoire, en y plaçant des tables comme celles qui sont en usage dans les hôpitaux de la marine. Les côtés se rabattent, dans rintervalle des repas, et diminuent ainsi des deux tiers l'espace occupé. Les bancs se placent en dessous. Qu'on choisisse cette place pour installer les réfectoires où qu'on les mette ailleurs, il faut toujours qu'il y en ait dans un hôpital moderne. On ne peut plus faire manger les malades dans les salles comme autrefois. L'odeur des mets incommode ceux qui sont alités et fébricitants, elle vicie l'air de la salle, et il y a tout avantage à ce que les malades qui peuvent se lever s'en éloignent le plus longtemps possible. Il leur suffit parfois de passer dans une autre pi^»ce pour sentir renaître leur appétit.

6" Bâtiment d'administration et annexes. — Le bâtiment d'administration qui renferme les bureaux et le logement du personnel en santé, doit être à la portée des salles de malades ; le bureau des entrées et la salle où se tient le médecin de garde doivent être au rez-de-chaussée et précédés d'une salle d'attente. Pour la construction et l'agencement de cet édifice, l'imagination des architectes peut se donner carrière. Il y a avantage à réunir dans un seul bâtiment la cuisine, la pharmacie et la salle de bains. La cuisine doit être vaste ; le fourneau central doit être muni d'une large hotte, les fenêtres doivent être grandes, hautes et pourvues de vasistas. Il doit y avoir des guichets pour la distribution des aliments, les infirmiers ne devant jamais entrer dans la cuisine. Celle-ci doit être dallée ou carrelée, ainsi que ses dépendances, c'est-àdire la panneterie, l'office avec armoires servant de magasin pour les provisions de petit volume et la pièce où on lave la vaisselle. Dans le sous-sol se trouve la cave ; le soupirail en est fermé par une toile métallique.

La pharmacie se compose de deux pièces : Tune où se préparent les médicaments, l'autre munie d'un fourneau qui sert de laboratoire. Il faut de plus un cabinet pour le pharmacien. C'est là qu'il lient sa comptabilité et que se trouve l'armoire aux poisons. Il faul également une petite pièce pour renfermer l'approvisionnement de drogues simples.

Les salles de bains doivent se composer de cabinets séparés; les uns, les plus nombreux, pour les bains ordinaires, les autres pour les bains de vapeur et les bains médicamenteux. Une pièce plus grande est réservée aux appareils hydrothérapiques et doit contenir une douche en cercle,

une douche écossaise, deux couches ascendantes et des jets directs de formes et de dimensions variées. Les salles de bains doivent être dallées et les murs revêtus de carreaux de faïence. Des paillassons faciles à nettoyer préservent les pieds des baigneurs du froid contact da dallage.

Le logement du personnel en santé ne donne pas lieu à des considérations spéciales. Le parloir et la bibliothèque doivent être près des salles, les deux pièces sont chauffées pendant Fhiver. Il en est de même de It chapelle. Elle doit être peu élevée au-dessus du sol, pour ne pas contraindre les blessés à gravir un perron. Il faut que les fenêtres ferment bien et que les portes soient garnies de tambours. Elle ne doit pas être accessible au public.

T** Pavillon cVopération, — Les conditions dans lesquelles se fait aujourd'hui la chirurgie et les exigences de Tantisopsie nécessitent des dispositions particulières. Indépendamment des proportions plus grandes des salles, de la suppression plus rigoureuse de tout ce qui est inutile et peut devenir infectant, il faut que le service soit complètement isolé. Les malades en y arrivant doivent être reçus dans une première salle, baignés et revêtus de vêtements hospitaliers stérilisés à Tétuve; puis ils sont divisés en trois catégories, suivant la nature de leur lésion et dirigés sur trois salles différentes. (1) M. Terrier qui a tracé à cet é^rd les règles les plus pratiques voudrait qu*à chacune d*elles, il fût annexé un cabinet d*opérations ; c*est peut-être pousser un peu loin les choses ; mais il en faut au moins deux, un dans le service des hommes et un dans le service des femmes. C'est ce que j'avais prévu dans mon rapport à la Société de médecine publique. Les modèles de salles d'opérations ne manquent pas. Il en existe de très bien installées dans plusieurs hôpitaux, à Paris, à Lyon, à Lille, à Chartres; mais ce sujet est plutôt du ressort de la chirurgie que de celui de Thygiène.

W* Pavillons (V isolement . — lln*estplàs permis aujourd'hui de traiter, dans les salles communes, les malades atteints d*affeetions qu'ils peuvent transmettre à leurs voisins. Depuis 181G, époque à laquelle Tenon, dans s(»s remarquables mémoires à TAcadémie des Sciences (iJ), formula les règles qui concernent ce point d'hygiène, les médecins font tous leurs efforts pour convaincre les administrations de cette vérité élémentaire; ils ne sont pas (encore parv(»nus à obtenir une séparation si nécessaire.

Nous sommes en retard sur les nations étrangères, TEspagne excepté. l/isolement est pratiqué ians presque toutes les grandes villes d'Europe et des Etals-Unis. L<» docteur Johanny Rendu en a passé la revue en 1878 et oWi* n'est pas à notre avantage (i). Dix ans après, les D*^' Dubrisay et

i;> F. Terrier, Progrès médical du 2 août 1890.

(2) Tenon, Quatrième mémoire sur les hôpitaux de Paris {Bulletin de C Académie des sciences 1816, p. 193).

(3) Jotianny Rendl, De l'iaolcment des contagieux à l'étranger et en France^ P*ri» 1878.

Napias, ont refait le même travail et le résultat a été le même. (1) Cependant, dans les hôpitaux récemment construits, on élève des pavillons pour les contagieux, témoin Thôpital de Montpellier.

A Paris, on a établi des pavillons de contagieux à l'hôpital Saint-Antoine et à rhôpital Trousseau. Le premier consiste dans trois vieilles baraques qu*on avait construites en 1870 pour recevoir des varioleux et qu'on utilise aujourd'hui pour isoler les érysipèles, les scarlatines et les rougeoles, sans distinction d'&ge, que les hôpitaux de Paris, la préfecture de police et les familles lui adressent directement. Elles contiennent 76 lits, répartis en trois services. Les deux grandes baraques en contiennent chacune 30 et sont réservées Tune aux scarlatineux et morbilleux du sexe masculin, l'autre aux femmes atteintes des mémos maladies, la petite qui n'a que 16 lits est réservée aux érysipélateux et divîs<»e en deux pour séparer les sexes. (2) Le second est un pavillon neuf construit par M. 0. André en 1889, d'aprc»s toutes les règles de la prophylaxie moderne. Il contient 24 malades, 12 garçons et 12 filles et leur donne à chacun 50^' d*air. Le pavillon est pourvu de tout ce qui est nécessaire à l'isolement et à la désinfection (3).

Enfin, au mois de novembre 1894, à la suite des succès obtenus par M. Roux, dans le traitement du croup par la sérothérapie, le conseil municipal vota le crédit nécessaire pour construire à Thôpital des enfants huit chambres d'isolement pour les diphtéritiques.

Dans les hôpitaux à construire, les pavillons d'isolement doivent être relégués au fond de l'établissement, séparés des autres bâtiments par un mur de clôture et par une distance de 70 à 80 mètres. Des bosquets et des bouquets d'arbres en isolent les constructions. Les maladies qui exigent l'isolement, en dehors des grandes épidémies, sont la variole, la scarlatine, la rougeole, la diphtérie et la coqueluche ; on ne peut pas les réunir. Il faudrait donc à la rigueur cinq pavillons pour chaque service de contagieux; mais il est rare que ces maladies sévissent ensemble et les ressources de la désinfection permettent aujourd'hui de pouvoir les faire stTvir successivement pour des maladies différentes. Au sanatorium de fiiens, on a inslallé un service d'isoh'nient comprenant : 1° deux pavillons d'observation sans étapes, contenant trois lits, une tisanerie, des water-closels et un cabinet pour le mt'decin ; 2" deux pavillons, d'isolement contenant chacun deux salles de (i lils et les annexes que nous avons indiqués plus haut; 3*' un pavillon de désinfection dont je parlerai plus loin (4).

(1) Enquête sur ies Mpitatu: (fisolement en Europe, par MM. les doclcurs Durrisay et H. Napias, mémoire lu à la Société de inédcciiie publique, le 22 février 1888 {Hevue (f hygiène, 1888, p. 406).

(2< Voyez le plan et la description de ce pavillon dans \a Revue d'hygiène, 1890, p. 1074.

,3} O. Andh^., Sole sur un pavillon d'isolement pour scarlatineux, construit à Thôpital TrousAcaii et aux Enfunts malades {Hevue d'hi/giène^ 1889. p. 613).

(4) E. Vidal, Les hi)timents d'isolement au sanatorium Benée-Sabran à Hyères-Giens^ Hjères, 1892.

Les dimensions des pavillons d'isolement doivent être proportionnellement plus grandes que celles des salles ordinaires. Nulle pari en effet le cube d'air ne doit être plus considérable, les fenêtres plus grandes, le mobilier plus facile à désinfecter et l'évacuation des résidus plus parfaite.

Les pavillons des contagieux doivent avoir leur personnel et leur mobilier à part ; ils doivent se suffire à eux-mêmes et constituer un petit hôpital dans le grand. Quant aux précautions à prendre par les médecins, les infirmiers et les visiteurs, nous en parlerons an Chapitre VIII.

9^ Femmes en couches. — Dans les hôpitaux généraux, un pavillon doit être ménagé pour les femmes en couches. Il doit êlre complètement isolé des autres salles de malades et surtout des contagieux. Quant à la disposition intérieure, elle doit être semblable à celle des maternités dont nous parlerons bientôt.

10** Aliènes, — Il doit y avoir également dans les hôpitaux mixtes une ou deux cellules pour les aliénés : il faut en effet qu'on puisse les recevoir, les observer et les garder avant que les démarches n<>cessaires à leur transfèrement dans un asile aient été terminées.

11" Pavillon de désinfection, — Tous les hôpitaux doivent avoir maintenant les moyens de désinfecter les linges, vêtements et objets de literie ayant servi à des malades atteints d'affections transmissibles. Un petit pavillon contenant une» étuve et ses dépendances est donc une nécessité qui s'impose. Sa place naturelle est au fond de l'établissement pn's des pavillons de contagieux auxquels il doit servir. Les dimensions sont eo rapport avec rimportance de l'hôpital qu'il dessert (1).

12** Pavillon mortuaire. — Il doit être relégué au fond de l'établissement, adossé au mur d'enceinte et communiquer avec l'extérieur par une porte percée dans ce mur, afin que les inhumations se fassent sans être vues des malades. Dans le même but, on dérobe ce pavillon aux regards en l'entourant de plantations. Il doit comprendre : 1" une salle de dépôt pour r<»cevoir les cadavres, lorsqu'ils ont passé dans la salle où ils sont morts le temps prescrit par les règlements; 2" une petite salle mortuaire tendue de noir, avec d'épais rideaux aux fenêtres et des sièges. C'est là que le corps est transporté, quand la famille désire le voir ; 3** une pièce pour les autopsies et les dissections, éclairée par le haut, pourvue de deux tables d'amphithéâtre, d'une vasque en pierre avec son robinet, d'un système d'irrigation commode avec un écoulement facile pour les eaux : 4" un appentis pour les bières, la sciure de bois,, les serpillières, les liquides désinfectants, etc.

13" Buanderie, — Dans la plupart des hôpitaux de province, on tient

(1) Kmile Vidai., Les hnliweJits d'isolement au Sanatorium Henée-^Oran à Hyèrtiiiiena. Iljùres, 1802, pi. 1, lij;. W.

à blanchir le linge dans rétablissement môme. Le petit bâtiment qui doit contenir les lavoirs, les lessiveuses, les essoreuses, le séchoir à air chaud, doit être à grande distance des pavillons de malades qu'il pourrait incommoder par ses buées, et assez près de la porte d'entrée pour être facilement accessible. La buanderie est généralement placée près du vestiaire des malades, des remises, des écuries, des ateliers de réparation, de la matelasserie, de toutes les dépendances de Thôpital dont nous n'avons rien dit parce qu'elles n'intéressent Thygiène que d'une façon très indirecte.

Q. Hôpitaux d'isolement. — Les pavillons d'isolement dont nous avons parlé plus haut ne sont qu'un expédient ; dans les grandes villes, il est beaucoup plus sûr et plus hygiénique d'élever pour les contagieux des hôpitaux spéciaux. Les Anglais sont entrés les premiers dans cette voie ; il y a de cela près d'un siècle. Ils commencèrent par séparer les varioleux et les scarlatineux des autres malades ; puis, ils en vinrent aux trois maladies désignées par nos voisins, sous le nom de typhus (typhus pétéchial, fièvre typhoïde, fièvre à rechutes) que Murchinson sépara les unes des autres, en les plaçant dans des bâtiments spéciaux. Puis vint l'enquête confiée par le Privy CoiincU à MM. Bristowe et Holmer, à la suite de laquelle parurent le Saniiary Ad de 1866, puis le Public Act de 1875 qui conférèrent aux autorités sanitaires le droit de faire construire des hôpitaux d'isolement.

En 1879, on comptait déjà 296 districts sanitaires dans lesquels l'isolement s'opérait d'une façon plus ou moins complète. C'est alors que le Local government Board chargea M. le docteur Thorne-Thorne de faire une nouvelle enquête sur la question. Le mémoire de cet hygiéniste est un des documents les plus remarquables qu'on puisse consulter à ce sujet. (1)

En France, la Société de médecine publique a soulevé la question en 1877, à l'occasion d'un mémoire de M. Vidal (2). L'année suivante, le même sujet a été traité devant le Congrès' international tenu à Paris du 1^ au 10 août 1878 et la discussion s'est ouverte sur le rapport magistral de Fauvel et Vallin (3). Elle a reparu au Congrès international d'hygiène

(!) The use and influence of hospilals for infections diseases by Thorne-Thorne and Power. Tenths (innual Report of the Local goveniment Board, London, 1882 {Analyse in Revue dhyyiène et de police sanitaire, 1883, p. 517.

(2) E. Vidal, Visolement des maladies contagieuses devrait être obligatoire dam les hôpitaux. Discours prononcé le 28 novembre 1877 à la Société de médecine publique (But" letin de la Société, t. I, p. 234).

(3) Rapport de MM. Fauvel et Vallin sur la sixième question : Quelles sont les maladies transmissibles qui nécessitent l'isolement des malades, dans les hôpitaux généraux et .spéciaux, et comment concilier cet isolement avec les exigences pratiques du service. {Comf tes-rendus du Congrès international d'hygiène, séance pléniôrc du 10 août 1878, t. 1", p. 656).

de Vienne en 1887 et partout elle a donné lieu aux mêmes conclusions. Les efforts des hygit'^nistes français n'ont pas été complètement perdus ; des pavillons d'isolement existent, comme nous Tavons vu, dans tous les hôpitaux de construction récente et des hôpitaux de contagieux se créent maintenant dans les grands centres. Nous ne sommes pas cependant à beaucoup près aussi avancés quVn Angleterre. Là ce ne sont pas seulement les grandes villes qui ont pris ce moyen de préservation ; les petites localités elles-mêmes ont leurs hôpitaux de contagieux (1). Ils ne reçoivent parfois qu'un ou deux malades par an ; mais ils n'en sont pas moins utiles. Ce sont de petits cottages à l'aspect riant et agréable ; on y trouve des appartements propres et bien disposés dans lesquels une famille aisée peut placer son enfant et aller le soigner, sans crainte de voir ses frères et ses sœurs contracter la maladie.

A Londres, la création des hôpitaux d'isolement a rencontré plus de difficultés. Le Conseil des asiles métropolitains en avait construit cinq pour les varioleux sur des points opposés de la ville. {Homerton à TEsl, Deptford au Sud-Est, Stocktcell au Sud-Ouest, Fulham à l'Ouest, Hampstead au Nord-Ouest) ; mais des plaintes s'élevèrent ; les propriétaires des maisons voisines qui voyaient déserter leurs locataires réclamèrent des dommages et intérêts : la Cour suprême leur donna raison et, en 1884, on se décida à remplacer les cinq smal-pox-hospUaU par un hôpital flottant établi à Lovg-Reach^ sur la Tamise. On a utilisé pour cela trois vieux navires, YAtlas^ la Castalia et V Eriàymion. Les deux premiers ont été installés pour 350 varioleux, le troisième est occupé par les services administratifs.

Les malades sont transportés en camion de leur domicile à un des trois embarcadères construits à cet effet sur la Tamise. On les fait passer sur le steamer le Rcd-Cros^'qm pemt en recevoir trente. Le trajet jusqu'à Long-Reach dure une heure et demie. A leur arrivée, les malades sont tranportés sur des brancards à bord d'un des navires-hôpitaux et, quand ils sont guéris, on les ramène à l'un des embarcadères de Londres par un autre l)ateau à vapeur Y Albert- Victor. Les deux services de transport restent constamment séparés. Du 9 février 1884 à la fin de juillet 1885, l'hôpital flottant de Long-Rcach a reçu 9,900 varioleux et en a perdu 000. Les malades une fois guéris ne rentrent pas immédiatement à Londres ; ils vont passer leur convalescence au camp de Darenth situé à quatre kilomètres de Long-Reach, On y a installé des baraques et des tentes pour 1,000 convalescents. Ils n'en sortent qu'après avoir pris un bain et endossé des vêtements neufs (2).

(1} Au congrès intcrnatiuiial (rhy^çiènc île Londres, le docteur Thorne-Thornc a annoncé que sur l^fiOO autorités sanitaires provinciales urbaines, rurales et maritimes d'Angleterre, environ 400 avaient établi des lu^pitanx d'isolement autres que ceux qui dépendent de rassislance publique [Revue (V hygiène, 1892, p. 707),

(2) A. LuTAL'b et Douglas Hogg, Eiwle sur les hôpitaux d'isolement en Angteterre^ Paris, 18G6«

On n'a pas rencontré on France les mêmes résistances du côté de la population, mais il a fallu vaincre Tinertie administrative. En 1856, l'Académie de médecine, à la suite d'un rapporjt de Bousquet, transmit au ministre de Tagriculture, du commerce et des travaux publics, les conclusions de ce rapport qui demandaient Tisolement des varioleux. Le ministre en référa au préfet de la Seine qui s'adressa à l'administration de TÂssistance publique, laquelle consulta les médecins des Jiôpitaux. Sur 38 réponses, 36 furent favorables à la proposition Bosquet ; mais ce fut Tavis des deux dissidents qui l'emporta. En 1884, lo conseil municipal nomma une Commission pour étudier la question de Tisolement des contagieux dans les hôpitaux et, le 13 juin 1887, M. Chautemps lui lut un rapport qui fera époque dans Thistoire de l'organisation sanitaire de Paris. Il y faisait ressortir les imperfections sans nombre de ce service et proposait un ensemble de mesures très bien comprises pour y mettre un terme (1). La première consistait dans la création, en dehors des fortifications, de quatre hôpitaux d'isolement, deux pour la variole, deux pour la rougeole et la scarlatine et d'un cinquième pour les teigneux ; il proposait de plus d'élever des pavillons de contagieux à l'hôpital Trousseau et à celui des Enfants malades.

Ces propositions furent adoptées par le conseil municipal à la séance du 17 juin 1887 (2). Elles ont reçu un commencement d'exécution. Un hôpital a été créé pour les varioleux sur le talus des fortifications près de la porte d'Aubervilliers ; cet hôpital isolé de toutes parts et composé de baraques fut ouvert le 23 mai 1887 et, à la fin de l'année, il avait reçu 831 varioleux sur lesquels il en était mort 115. L'hôpital d'Aubervilliers a été consacré aux cholériques de la banlieue.' iNord de Paris, pendant la petite épidémie de choléra de 1892. On a construit, comme nous Tavons vu, un pavillon de contagieux à l'hôpital Trousseau et on a donné la même destination à des baraques de l'hôpital Saint Antoine. Enfn le système proposé par M. Chautemps a été complété par l'organisation d'un service de voitures pour transporter les contagieux et par la création d'un service de désinfection avec étuves à vapeur, près des deux stations de ces voitures. Nous reviendrons sur ce sujet en traitant de la prophylaxie des maladies contagieuses.

Les règles relatives à la construction des hôpitaux d'isolement sont les mêmes que celles que nous avons formulées à propos des pavillons de contagieux qui en sont la représentation exacte, en petit. Comme ils répondent à des exigences très variables, qu'ils sont tantôt presque vides et tantôt encombrés, il faut qu'ils soient pourvus de baraques démontables qu'on puisse él(*ver au besoin. Lorsqu'ils sont destinés à renfermer

(i) Ù' Chautemps. Rapport au nom de la Commission sanitaire sur le traitement hors de Paris des malades atteints d'affections contagieuses (Bulletin municipal officiel du 14 jain 1887, p. 1423).

(2) Hevue d'hyhiène et de police sanitaire^ 4887, p. 621,

des maladies contagieuses des différentes espèces que nous avons indiquées, il faut qu*il y ait pour chacune d'elles un pavillon avec des annexes et un service complètement séparés ; il faut de plus un pavillon d'observation pour les cas douteux.

A cùié des établissements réservés aux maladies qui précèdent, il faut placer une autre catégorie d*hôpitaux spéciaux. Ce sont ceux qui sont destinés à contenir des malades appartenant à certaines catégories sociales, comme les soldats, les marins, les enfants, et ceux qui sont réser\'é$ ao traitement d'une seule maladie comme la tuberculose, la syphilis, l'alcoolisme, la morphinomanie. Ces derniers n*ont pas pour raison d'être la nécessité de préservation sociale, ils sont destinés à permettre d*appliquer certains modes de traitements particuliers, de prendre certaines précautions spéciales.

Les premiers ne donnent pas lieu à des considérations d'un grand intérêt, il faut cependant les exposer.

III. Hôpitaux d'enfants. — « Il n'est pas d'hôpitaux, dit Michel Lévy, » où Tair pur soit plus nécessaire que dans ceux de l'enfance. A cet âge » la respiration est plus active, plus fréquente ; les excrétions abondantes » et fétides, au milieu desquelles les jeunes enfants sont plongés, vicient » rapidement l'atmosphère et, comme ils absorbent avec facilité, ils » s'imprègnent, en quelque sorte, de leur propre méphitisme (i) ». Ils sont plus exposés que les adultes à contracter les maladies contagieuses: les fièvres éruptives sont on le sait des maladies de l'enfance, on ne saurait donc prendre trop de soins pour les préserver. Ce genre d'établissements réclame, aussi impérieusement que les hôpitaux d'isolement, des pavillons et un service tout à fait séparés pour les différentes maladies transmissibles. C'est le seul moyen d'éviter que le même enfant contracte successivement toutes les maladies infectieuses, pendant un même séjour à l'hôpital. Il faut de plus qu'ils ne puissent pas échanger leurs maladies dans les salles de consultation, en attendant l'examen du médecin et l'admission à l'hôpital. Il est donc indispensable de séparer les différentes catégories de malades, dès leur arrivée et en les examinant sur le champ. Enfin, il serait à désirer que tout hôpital d'enfants soit doublé d'une maison de convalescence, à la campagne, pour que les petits malades, avant de rentrer dans leurs demeures insalubres, aient au moins quelques semaines de bien-être, de bonne nourriture et d'air pur.

IV. Hôpitaux militaires et maritimes. — Les hôpitaux de Tannée et de la marine m» n»çoivent, à de très rares exceptions près, que des hommes jeunes, soumis au même régime, à la même discipline et aux mêmes exercices. Il y a donc peu de variétés dans les maladies qu'on

(l) Michel LÉVY, Traité fi'hygiéne publique et privée, 5* édition, t. 11^ p. 551

y observe. Les hommes y sont partagés en quatre catégories : fiévreux, blessés, vénériens et galeux. On englobe toutes les maladies de peau sous cette dénomination d'un autre âge, car les galeux sont assez rares aujourd'hui dans nos hôpitaux. Les quatre catégories de malades sont traitées dans des services séparés, indépendamment de celui des fièvres éniptives dont nous avons parlé plus haut.

Les hôpitaux de l'armée et de la marine renferment, indépendamment des malades, les hommes en observation au point de vue de l'aptitude au service militaire ; mais les indispositions, les blessures légères n'y sont pas admises ; on les traite dans les hôpitaux régimentaires.

V. Hôpitaux pour les tuberculeux. — On en distingue trois espèces, les hôpitaux ordinaires, les sanatoria et les hôpitaux marins. Les uns et les autres sont encore en très petit nombre et de date récente.

Le premier hôpital de phthisiques construit en France a été celui de Sainte-Marie-de-Villepinte, bâti en 1880, par VŒuvre des jeunes filles poitrinaires y fondée en 1878. Il est situé au milieu d'un parc de 14 hectares. 11 contient 100 lits répartis dans des salles de 10 à 20 lits avec des chambres d'isolement. Le séjour de l'hôpital est gratuit.

Le second, l'hôpital A'Ormesson (Seine -et-Oise) a été fondé en 1888, par VŒuvre des enfants tuberculeux qui remonte à la même époque et a été autorisée par arrêté du 27 avril 1889 (1). Il est situé au haut de la côte de Champigny, sur un plateau qui domine la Marne. Il a commencé avec douze lits, il en renferme aujourd'hui 80, installés dans des pavillons construits d'après les derniers principes de l'hygiène hospitalière (2). Il a déjà une succursale, l'hôpital de Villiers-sur-Marney qui a été inauguré le 10 décembre 1893. Situé sur un terrain de sept hectares, dans une excellente situation, il réalise toutes les conditions exigées par l'hygiène contemporaine Lorsque le pavillon dont on a posé la première pierre le 10 décembre sera construit, il pourra contenir 120 enfants (3). Tous deux reçoivent gratuitement les garçons de 2 à 16 ans atteints de tuberculose, sans distinction de culte ni d*origine. On obtient dans ces établissements des résultats remarquables.

Enfin l'administration de l'Assistance publique de la ville de Paris se propose d'élever prochainement un hôpital de phthisiques de cent lits dans le département de Seine-et-Oise, à l'aide des fonds qui lui ont été concédés sur le pari mutuel.

L'Angleterre possède un hôpital de phthisiques plus important que

(1) Voye* pour les statuts de la société : Annales de VŒuvre des enfants tuberculeux N» 6. Annuaire f%9\,

(2) Léon Derecq, Rapport médical sur l'hôpital d'Ormesson pour Tannée 1891, lu au comité médical des enfants tuberculeux, le 23 décembre 1H91 (Annales de l'Œuvre des enfants tuberculeux^ N» 6).

(3) Pour la description de cet hôpital, voyez YVnion médicale du 19 décembre 1893.

:m TKAITÉ D'HYGIÈNE PUBLIQUE ET PRIVÉE.

ceux-là. C'est celui de Ventnor {The Royal national Hospital for consumption), fondé, il y a 25 ans, dans Tile de Wight. (I est situé sur Tun des points les plus pittoresques et les mieux abrités de cette ile renommée par la douceur de son climat. Presque tous les pavillons ont été construits par des particuliers dont ils portent le nom. Chacun d*eux contient douze ou quinze malades; tous ont leur chambre particulière, spacieuse, éclairée par deux fenêtres et bien chauffée. L'établissement est ventilé artificiellement. Des salons particuliers réunissent les pensionnaires qui se rencontrent dans une salle commune. On y trouve une bibliothèque, des pianos, des harmoniums, des billards, etc. Les cottages sont entourés de jardins, de plantations (1). C'est en un mot un lieu de délices. Mais son entretien coûte cher et le nombre des malades est limité par les ressources de rétablissement. Il en a reçu 763 en 1890 ; c'est bien peu de chose si Ton songe au chiffre effrayant des tuberculeux d'Angleterre.

Sanatoria, — Les Sanatoria sont un peu plus nombreux et leur chiffre s'accroît sans cesse. Ils répondent en effet aux aspirations des doctrines contemporaines. Après avoir fait vivre les phthisiques en serre chaude, dans une atmosphère confinée, à l'abri des variations de température el de courants d'air, on les a promenés de l'équateur aux pôles et du bord de la mer au sommet des montagnes. On les envoyait entre les tropiques, il y a un demi siècle; on les expédiait dans l'Engadine, il y a dix ans, pour les faire passer Thivor sous la neige ; aujourd'hui, c'est la pureté de l'air qu'on prise avant tout, parce que les recherches bactériologistes ont prouvé que le bacille de la tubcTCulose la redoute et se plaît dans l'atmosphère confinée des chambres de malades. Le rêve des médecins qui sont dans le mouvement, c'est de faire vivre les phthisiques au grand air, hiver comme été.

Cet idéal a été réalisé pour la première fois à Y Institut de Falkenstein situé près de Francfort-sur-le-Mein à une altitude de 400 mètres, au milieu des bois de hêtres, de châtaigniers et de chênes. Le climat froid et humide du Taunus ne convient guère aux poitrinaires, et pourtant le Docteur Detvveiler qui diri;,^ rétablissement, se flatte d'y obtenir les plus magnifiques résultats. Il dit guérir plus ou moins complètement le quart de ses malades. Le Saiiatorlum est exposé au Midi entouré de halles ouvertes, de terrasses abritées par des marquises, sous lesquelles les malades passent de 7 à 10 heures par jour : Ils sont étendus sur des chaises longues, chaudement emmaillotés dans des couvertures et ils rest<»nt là par tous l(»s temps, parfois par des froids de 12®. La nuit on les fait coucher dans des chambres où on entretient un courant d'air.

Les succès obtenus à Falkenstein ont provoqué la création de cinq établissements semblables en Allemagne. 11 s'en est également fondé

{\) Vhnpitnl <lf!i plithisUfues de Ventnor {\\c i\Q Wijçhl), par le docteur Ch. BiLLCr. médecin en chef de l'hôpital miliUire de Saint-Omer.

L*HVB|TATlON. ' 311

un dans les Pyrénées-Orientales, près du Yernet. C'est le sanatorium du Canigou dirigé par le docteur Sabourin. U est beaucoup mieux situé que Falkenstein au point de vue du climat. Son altitude est de 700 mètres et la température y est telle que le palmier, Taloès et le laurier rose y croissent en pleine terre. Il a été inauguré au mois d'août 1890 et ouvert aux malades le l^" novembre de la même année. Le docteur Sabourin a constaté, comme M. Detweiler, la facilité avec laquelle les phthisiques supportent l'air froid et la promptitude avec laquelle il fait tomber la fièvre. Les sueurs nocturnes disparaissent avec l'ouverture des fenêtres ; au bout de peu de temps Tappétit renaît, l'embonpoint revient et les bacilles diminuent dans les crachats (i).

Ces résultats, en admettant même que les médecins, qui les ont constatés y aient apporté un peu trop de bonne volonté, sont assez encourageants pour motiver la création d'établissements semblables; aussi songe-t-on à en établir de nouveaux. Il est question de créer un sanatorium de montagnes à Magny, près d'Amblepuis (Rhône) pour les enfants scrofuleux et tuberculeux de ce département ; mais les créations de ce genre rencontrent une concurrence redoutable dans les hôpitaux marins, qui s'adressent à la même catégorie de petits malades et qui ont fait leurs preuves depuis plus d'un siècle.

VI. Hôpitaux marins. — Le premier établissement maritime pour le traitement des scrofuleux a été élevé en Angleterre, à Margate, en 1791. Ce fut le Royal Sea bathing infirmaryforjscrofula, Berck-sur-Mer et les hôpitaux marins d*Italie ne sont venus que soixante ans après. Dans ce dernier pays, la persévérance et Ténergie de Giuseppe Barellai, le talent avec lequel il a pendant trente ans dirigé sa campagne de propagande à travers l'Italie (2), ont produit d'admirables résultats. Aujourd'hui, plus de vingt-deux utiles établissements s'élèvent sur les côtes de la péninsule (3j et cinquante-deux mille enfants y ont trouvé la guérison.

La France est entrée plus tard dans la voie tracée par l'Angleterre. Malgré les efforts du docteur Saramea do Bordeaux qui, devançant Barellaï, avait en 1850, proposé au Gouvernement de fonder à Arcachon, une colonie agricole pour les jeunes détenus scrofuleux ou tuberculeux, malgré l'initiative prise à Cette par Coraly Hinsen en 1832 (4), le

(i) Ch. Saool'RIN, Le satiaiorium du ÇanigoUy Paris, 1891, p. 22.

{î) Barellaï a commence sa croisade en 1853 et est moit en 1884, sans avoir cessé de la poiir&uivrc.

(3) Varegjj;io, Livourne, VoUri, Seslri-Levantc, Porto d'Anzio^ Himini, Lido, Nervi, Celle, Bocca-d*Arno, Fano, Riccione, PorloSan-Slefano, San-Benedetto del Tronto, Cecina, Barlelta. Pesaro, San Cesaria, Naples, Palerme el Cagliari.

(4 ]Le petit hôpital de 24 lits fondé par elle en 1832, s'est transformé en 4884, et on compte maintenant h Cette, trois établissements où on reçoit des malades et des. valitudinaires, pendant la saison des bains.

premier hôpital marin qui ait été fondé sur les côtes de France est celai de Berek-sur-Mer. Il a sa légende ; je Tai racontée ailleurs (1) mais ce serait un hors d'œuvre que de la reproduire ici. Aujourd'hui Berck-sur-Mer est un grand hôpital appartenant à TAssistance publique de Paris, et dif(ne en tout de cette grande administration. Il peut contenir 734 malades qui, joints au personnel en santé, font monter la population à 880 personnes. La plage de Berck est devenue le siège d'une véritable colonie hospitalière ; on y trouve quatre maisons de santé dirigées par l'Assistance publique de Paris et Thôpital élevé par la famille Rotschild pour les enfants israélites.

Depuis trente ans que Thôpital de Berck-sur-Mer fonctionne, il s'est fondé des établissements semblables sur les bords de l'Océan et de la Méditerranée. M. Friedland en a fondé un à Nice en 1880 [Etablissement Mont-Boron) ; Jean Oolfus (de Mulhouse) en a fait construire un à Cannes (1882) ; le docteur Armaingaud a créé celui d'Arcachon (1887) ; M. Pallu celui de Pen-B^-ofi^ près du Croisic, entre l'embouchure de la Loire et celle de la Vilaine (1888) ; M. Lafargue, alors préfet des Pyrénées-Orientales, celui de Banyuls-sur-Mer (1888); M""® Desjobert a bâti celui de Port-Breton, au fond du golfe de Gascogne (1889) ; le Conseil général des hospices de Lyon, sous l'inspiration du docteur Vidal, d'Hyères, a créé, sur la presqu'île de Giens, le sanatorium Renée Sabran, qui a été inauguré au mois de septembre 1892 ; le docteur Ardouin a fondé, avec l'aide de souscriptions, le sanatorium de Fouras, près de Rochefort ; enfin le docteur Cazenave de la Roche s'efforce de faire adopter la plage de Saint-Rapha<>l, par l'administration do TAssistance publique, pour y tondevH'Arcachon de la Méditerranée,

Ces créations ont été encouragées et quelques-unes ont éié soutenues par V Œuvre nationale des hôpitaux marins autorisée par un arrêté du ministre de l'intérieur en date du ITi novembre 1887 et reconnue établissement d'utilité publique par décret du 9 septembre 1890. Cette œuvre, aux termes de ses statuts, a pour but d'assurer ou de seconder la création ou le fonctionnement, sur les côt(»s de France, d'établissements destinés au traitement des enfants et des adultes scrofuleux des deux sexes. Elle a déjà contribué à la création de deux hôpitaux dont l'un, celui de Pen- Bron, s'est affranchi de sa tutelle et dont l'autre est complètement à sa charge; c'est celui de Banyuls-sur-Mer qui lui a été cédé par le Conseil général des Pyrénées, d'après les avis de M. Lafargue et dont elle a pris possession le 1*^'' octobre 1888. Elle s'occupe en ce moment d'en créer un autre à Oléron.

Dans tous ces établissements, les enfants passent la plus grande partie de leur t(»mps sur la plage et prennent des bains de mer tous les jours

(1) Jules HocBARD, Les Hôpitaux marins (Revue des Deux-Mondes^ do 15 aoAt 1890, t. C. p. 911).

quand le temps le permet. Les effets de ce traitement hygiénique ne sont plus contestés aujourd'hui. Le chiffre des guérisons continue à être un sujet d'étonnement pour les médecins habitués à voir évoluer la tuberculose dans les hôpitaux encombrés des villes. On ne saurait donc trop encourager la création d'établissements semblables. Il faut que Tidée fasse son chemin ; il faut que les hôpitaux de l'intérieur se débarrassent de tous leurs petits scrofuleux, pour les envoyer dans ceux qu'on a construits pour eux sur le littoral ; il^ faut que les administrations municipales prennent l'habitude d'y diriger leurs petits pauvres et qu'il se crée, autour de ces établissements, des maisons de santé dans lesquelles les familles aisées conduiront leurs enfants menacés de tuberculose, pour profiter des conseils et de l'expérience des médecins qui dirigent les hôpitaux marins. L'importance toute pratique de celte question justifie l'étendue des développements que je lui ai donnés.

VU. Hôpitaux de vénériens. — Dans tous les hôpitaux généraux les vénériens sont séparés des autres malades. Ce n'est pas un isolement rigoureux comme celui que nécessitent les fièvres éruptives, c'est plutôt une mesure d'ordre et de convenance. La syphilis toutefois peut se transmettre par les objets dont les malades se servent ; il est donc nécessaire de les traiter à part et de prendre à leur égard des mesures spéciales, sans les séquestrer comme des lépreux et sans les traiter comme des coupables, ainsi qu'on le fait encore dans certains hôpitaux civils de province où ils sont l'objet de mesures d'exception humiliantes et inutiles.

En ce qui a trait aux locaux, on peut sans inconvénient leur consacrer des salles moins vastes, moins bien éclairées que les autres ; les bâtiments qui les reçoivent peuvent avoir plusieurs étages, il suffit qu'ils soient d'une rigoureuse propreté. De m<^me, dans les villes assez importantes pour qu'on puisse y établir des hôpitaux de vénériens, on leur attribue de préférence les vieux édifices et ils ne s'en trouvent pas plus mal.

YIII. Hôpitaux d'alcooliques. — Les premières maisons pour le traitement de l'ivresse ont été fondées en Amérique sous le nom é'Inebriete home, La plus ancienne est à Boston, elle remonte à 1858. Celle de Chicago, Washington-House, peut contenir 70 pensionnaires ; mais c'est Tasile de Fort Hamilton à New- York qui a le plus d'importance.

En Angleterre, il existe également des maisons destinées à recevoir les buveurs incorrigibles ; on les désigne sous le nom de Dnm Kards Homes, Ily ades établissements spéciaux pour les femmes; on en compte neuf (1).

L'Allemagne et la Suisse ont quelques hôpitaux du même genre. En 1879, l'établissement de Lintorf, près de Dusseldorf, est devenu un asile

(1) Docii;ur Behthclot, Sur les muifons df. santé pour les ^Hireum hahiturls Drun Kardi Homrs) en Ani^lclcrrc et en Amériquo (Hevue d'hygiène, 1882, p. 126).

37i TRAITÉ D'HYGIÈNK PUBLIQUE ET PRIVÉE.

d*ivrognes (Trînkerasylum). Depuis cette époque, il s'en est ouvert d'autres à Wilmersdorf près de Berlin, à Marvach sur le lac de Constance, à Zwischessahn (Oldenbourg) ; il y en a même un pour les dames du meilleur monde (i).

L'entrée de ces établissements est facultative. En Angleterre, à diverses reprises, on a réclamé Tinternement des buveurs ; mais on a reculé devant cette atteinte à la liberté individuelle et TAct du l*"^ janvier 1880, oblige seulement les buveurs qui ont pris rengagement de séjourner dans un asile de ce genre à y rester jusqu'à l'expiration du temps qu'ils ont fixé. En Amérique, on les soumet à un traitement assez sévère et on obtient, dit-on, de nombreuses guérisons. A Chicago, sur 1.104 buveurs traités en quatre ans, 106 seulement se sont montrés rebelles (2). Dans le bulletin de la Société française de tempérance, on se loue également des bons effets obtenus dans ces asiles. La question est de savoir si ces guérisons sont solides. Il est permis d'en douter lorsqu'on connaît les alcooliques, la tyrannie que leur vice exerce sur eux et la facilité avec laquelle il rentre en possession de ses victimes.

Nous ne possédons pas encore d'hôpitaux d'ivrognes en France ; mais nous ne tarderons pas à égaler sinon à dépasser les autres nations. Le Conseil général de la Seine, à l'instigation des docteurs Magnan, médecin de Sainte-Anne, Deschamps et Dubois, conseillers municipaux de la ville de Paris, a voté, le 29 juin 1894, la création, sur le domaine de Ville- Evrard, d'un asile pour les aliénés ivrognes. Il comprendra 700 places (500 pour les hommes, 200 pour les femmes), et coûtera 4.200.000 francs. La construction commencera cette année. Le docteur Magnan ne s*estpas contenté de cette satisfaction. Il a présenté au ministre de l'intérieur un rapport dans lequel il propose de généraliser la mesure. Le projet, renvoyé à la quatrième section du conseil supérieur de l'Assistance publique, a été examiné le 14 février 1895 : la section a exprimé l'avis que les aliénés alcooliques devaient être traités dans des établissements spéciaux et qu*en attendant 1^ création de ces derniers, on pouvait les isoler dans les asiles existant déjà, en les plaçant dans des quartiers S(^parés. Gomme conséquence de cette mesure, il a émis le vœu que des articles additionnels aux lois sur l'ivresse et sur les aliénés autorisassent la séquestration des ivrognes atteints d'aliénation et leur maintien dans les asiles jusqu'à leur guérison.

IX. Hôpitaux pour les morphinomanes. — Les premiers asiles de ce genre se sont élevés en Allemagne sous le nom d^fferlanstalt fur Morphium suchtige. Le plus ancien est celui de Schœnberg-Berlin fondé

(!) J. Arnould, Nouveaux vléfftents iChygiène [ion. ci7.), p. 1070. (2) Docteur IBerthelot, Sur les niaisons de santé pour les bt^eurs habituels Hevii^ d'hi/giène, 1882, p. 136).

par le docteur Edouard Levinstein. Il s'en est créé un autre à Gratz en Styrie ; en 1889, il renfermait 300 malades et il y en avait bien davantage en ville qui y étaient venus pour se faire soigner. Il existe en Amérique plusieurs établissements semblables (1). En France nous n'en avons pas. Cependant, il s'est fondé tout récemment à Neuilly une maison de santé qui reçoit des morphinomanes ; on les y traite par la suppression graduelle et les injections substitutives. Elle ne renferme encore qu'une douzaine de malades. Il est à désirer que cette maison se développe et qu'il s'en forme d'autres ; c'est le seul moyen de guérison (2).

X. Asiles d'aliénés. — Ils se rapprochent quelque peu de ceux qui précèdent : l'alcoolisme et l'aliénation mentale se touchent de si près, qu'ils arrivent à se confondre. La population des asiles d'aliénés renferme 16,3 p. lôO d'alcooliques et nous venons de voir qu'il élait question de les séparer.

Au 1*" janvier 1889, il existait en France 55,713 aliénés répartis dans 112 établissements (3). Tous ces asiles sont placés sous la surveillance et le contrôle de l'État. Ils doivent réaliser les conditions d'hygiène imposées aux établissements hospitaliers. 11 en est encore bon nombre qui laissent à désirer sous ce rapport ; mais le progrès accompli depuis un siècle est tel qu'on peut tout espérer de l'avenir. Les premiers asiles qu'on a construits pour renfermer les fous ressemblaient à des prisons; leurs cabanons avaient l'air de cachots. On les y traitait avec la plus implacable rigueur. On les enchaînait comme des bétes féroces et cette barbarie a duré jusqu'en 1792, époque à laquelle Pinel fit, comme on le sait, tomber leurs fers (4). Depuis lors ils sont partout traités avec humanité et douceur. La loi du 30 juin 1838 et l'ordonnance du 18 décembre 1839 les protège d'une façon efficace (5). Pour ce qui concerne les établissements, seul côté de la question qui nous intéresse en ce moment, l'ordonnance du 18 décembre s'en occupe dans son titre 11. Elle exige que toute cause d*insalubrité en soit écartée, qu'ils soient alimentés .en eau de bonne qualité et en quantité suffisante, que la disposition des locaux permette de séparer les sexes, d'établir un classement régulier entre les convales-

(1) Dans celui de Brooklyn (île de Long-lslnnd, près de New-Yorki, on reçoit les morphinomanes, ainsi que les gens qui fout abus de lether et du chloral.

^2) B. Ball, La Morphinomanie, Paris, 1885, p. 07.

(3) Etablissement national (Charenton 1

Asiles publics ' 51

Quartiers d'hospice 45

AsileK privés faisant fonction d*asiles publics 17

Maisons de santé 28

Total 112

%) Pour Thistorifiue et la législation relative aux aliénés, voyez H Napias et A. -4. Martin, Encyclopédie d'hygiène, t. V, p. 652. (S) Encyclopédie d'hygiène, t. V, p. 659, 667,

cents, les malades paisibles et les agités, et isoler également les épîleptiques, les aliénés accidentellement malades et ceux qui ont des habitudes de malpropreté.

Les règles qui doivent présider à la construction et à la disposition intérieure des asiles sont celles que nous avons indiquées en parlant des établissements hospitaliers en général. La disposition adoptée partent est celle de pavillons isolés ; les annexes sont les mêmes ; les dimensions des salles doivent répondre aux mêmes conditions. Les seules particularités spéciales à ce genre d'établissement, sont les cellules pour les agités et les lits pour les gâteux et les épileptiques.

Les cellules ne ressemblent plus aux affreux cabanons d'autrefois. Le rapport adressé au ministre, en 1874, par les inspecteurs généraux, en a réglé Tinstallation avec les plus minutieux détails. Aux termes du rapport, les cellules doivent être au rez-de-chaussée, construites sur cave ; avoir une capacité de tr(*nte à quarante mètres cubes, être pourvues de deux portes s'ouvrant en dehors et percées d'un œil de bœuf avec un verre épais. La fenêtre, de 80 centimètres de hauteur sur 40 de largeur, doit être pratiquée à la partie supérieure d'un des murs et garnie d'un volet fermant en dedans. Les vitres doivent être garanties en dedans par un grillage fixé sur le châssis. Une seconde ouverture plus petite est percée dans le mur opposé pour assurer la ventilation favorisée du reste par des prises d'air ouvertes au ras du plancher, et munies de registres. Les cellules doivent être garnies d'un parquet en chêne et les murs lambrissés jusqu'à la hauteur de deux mètres. Dans certains établissements, il y a même des cellules capitonnées pour les aliénés furieux, afin qu'ils ne puissent pas se blesser en se frappant contre les murs. Dans tous les cas, elles dgivent être chauffées et n'avoir pour tout mobilier qu'un lit en fer et un vase de nuit en caoutchouc sans anse. Le lit doit être très bas, fixé au parquet et garni de fournitures en rapport avec l'agitation ou la malpropreté de l'aliéné qui l'habite.

Les lits pour les gâteux sont en forme de bateau, à fond métallique et garnis de substances absorbantes telles que la paille, le maïs, le varech, la tourbe, etc. Ces substances doivent être renouvelées très souvent. Ceux des épileptiques doivc^nt être garnis latéralement, soit de planches, soit d'une trame d'acier, à la fois solide et élastique, très favorable pour amortir les chocs de la tête pendant les crises.

XL Maternités. — La mortalité légendaire qui pesait naguère encore sur les femmes en couches, dans les hôpitaux, a diminué dans des proportions considérables, grâce aux progrès qui se sont réalisés dans l'installation des maternités, et surtout à l'antisepsie obstétricale. Tenon, auquel il faut toujours remonter, quand il est question d'hygiène hospitalière, disait en 1788 : « A rHùtel-Dien, dans les salles destinées aux accouchées » et aux femmes grosses, on trouve 67 grands lits et 39 petits ; on en

» couche trois ou quatre par grand lit, les femmes enceintes saines avec » les malades, les accouchées malades avec celles qui ne le sont point ! (1) »

A la suite de ce rapport, le Conseil général des hospices décida que tous les accouchements se feraient désormais dans une maison spéciale et il ordonna la suppiession de la salle des femmes en couches à THôtel- Dieu.

C'est alors que la Maternité fut établie dans les anciens bâtiments de Tabbaye de Port-Royal et soumise au régime administratif commun par décret du 15 juillet 1795. La Maternité qui s'appelle aussi Maison et école (faccotichement, contient 251 lits et 87 berceaux. Depuis, un service d'accouchements a été créé à la Faculté ; c'est la Maison d'accouchement Btuuielocgue^ située sur le boulevard de Port-Royal. Enfin on a construit, rue d'Assas, l'importante Clinique cT accouchements qui a été inaugurée le 5 mai 1881. Malgré l'amélioration considérable que ces créations avaient amenée dans la situation, la mortalité des femmes en couches n'avait pas diminué. Tandis qu'elle n'était que de 5 p. 1.000, dans la pratique civile, elle s'élevait en moyenne à 82 p. 1.000 dans les hôpitaux (2). Il en était do même dans l'Europe entière, ainsi que le prouve Le Fort dans son beau livre sur les maternités. Ses calculs avaient porté sur près de deux millions d'accouchements et lui avaient donné pour moyenne 34 décès sur 1.000 dans les hôpitaux et 4 sur 1.000 en ville.

Cette disproportion était évidemment due à la contagion. La mortalité des femmes en couches reconnaissait pour cause une infection du même genre que celle qui enlevait les opérés dans les salles de blessés, il fallait lui opposer les mêmes moyens et Ton s'efforça de créer des maternités salubres. La meilleure solution a été donnée à cette époque par la construction du pavillon Tarnier, dans les jardins de la Maternité (3).

Dans ce pavillon, chaque femme en couches a sa chambre particulière, ne communiquant ni avec le vestibule ni avec Toffice. Chaque chambre a une porte ouvrant sur la façade, une fenêtre ouvrant sur le pignon et descendant jusqu'au sol, une cheminée et une glace sans tain donnant sur le vestibule pour permettre la surveillance. Les chambres cubent 46",55; elles sont dallées, stuquées, peintes à l'huile et éclairées au gaz. Tous les angles sont arrondis. Le mobilier est simple et conçu de manière à prévenir toute infection. Le service y est fait avec les mêmes précautions antiseptiques que dans les salles de chirurgie. Toutes les fois qu'une chambre est vide, on lave tout à grande eau, les parois comme le mobilier.

(il Temon, Mémoires sw les hôpitaux de Paris, 1788.

(2) Malgaigne, Rapport à la commission chargée ilVtudier les causes de la mortalité des femmes en couches (Bulletin officiel du ministère de rintérieur, 186i, N» 7, p. 153).

(3) Le plan du pavillon Tarnier, approuva par la Société médicale des hôpitanx et par le Congrès médical de Bruxelles (1870), fut adopté par Tudministration publique en 1873 et inauguré le 3 juillet 18î6.

Grâce à ces précautions, sur 710 accouchements pratiqués du 3 juillet 1876 au 8 janvier 1880, il n'y a eu que 6 décès, 4 par péritonite, 2 par infection purulente, proportion 1 sur 118 (1). Le pavillon Tarnier n*était qu*un essai, mais les résultats en furent tellement satisfaisants, qu'il a servi depuis de modèle dans les constructions du même genre (2). On s'en est trop écarté dans celle du grand établissement de la rue d*Assas. 11 contient beaucoup trop de malades ; on y trouve 40 lits d'accouchées avec 40 berceaux, 10 lits de nourrices et 10 berceaux, 20 lits de femmes en attente, 13 lits pour la gynécologie. Les salles n'ont pas plus de 8 lits ; il y a en outre 3 petites pièces pour Tisolemenl ; c'est trop de monde en un seul logis. On a été mieux inspiré dans l'installation du pavillon récemment construit sur les terrains de Thôpital Boaujon, en bordure de la rue de Courcelle (fig. 35 et 36). Il comprend un bâtiment principal de 52 lits réservés aux femmes enceintes et aux accouchées, un pavillon de 5 lits pour les femmes suspectes et un petit bâtiment renfermant deux laboratoires. Les dépendances sont installées dans les deux ailes. Tous les raffinements de l'hygiène moderne y sont réalisés de la façon la plus satisfaisante. Nous ne saurions entrer dans plus de détails sur cet établissement, sans tomber dans les redites. Un en trouvera la description minutieuse dans Touvrage déjà cité de MM. H. Napias et A.-J. Martin.

Toutes les villes ne peuvent pas faire les frais de maternités indépendantes; mais on peut, dans tous les hôpitaux, installer un pavillon ou des salles particulières qui, par une application intelligente des procédés de l'antisepsie, peuvent donner de bons résultats.

XI. Asiles de convalescents. — Dans les grandes villes, les hôpitaux sont toujours encombrés; on ne peut pas y garder les malades aussi longtemps que l'exigerait leur rétablissement complet, et d'ailleurs ils sont là dans un mauvais milieu pour se remettre. On est obligé de les laisser sortir et même de les y engager, avant qu'ils soient en état de reprendre leurs travaux. 11 en résulte un grand malaise pour les familles et souvent des rechutes. Aussi serait-il à désirer que tout hôpital important soit doublé d'une maison de convalescence, ou tout au moins que, dans les villes qui ont un certain nombre d'établissements hospitaliers, il y ait assez d'asiles pour recevoir tous les convalescents aussitôt qu'ils sont en état de sortir de l'hôpital.

Paris possède deux asiles nationaux, celui de Vincennes pour les hommes, celui du Vésinet pour les femmes. Tous deux ont été fondés en vertu du décret du 8 mars 1855.

(1) Pinard, Les nouvelles Maternités et le pavillon Tarnicf {Bulletin de la Sitciété de médecine pultlif/ue, 1880, t. 111, p. 143).

(2) Le pavillon Tariiicr a élé iiiiilc dans plusieurs villn* de l'étrauger et uotaiiimenl à Bruxelles.

1° Aaile de Vincennes {{). ~\\ ». é\é construit sur une parcelle déU-

Fig. 3li. — Nouvelle Halcrnilé de Beaujon. —\\" et 2* étage.

cht'e du hois de Vincennos d'uno supprncie de iS hectares 73 ares, ri

(t) Pour les Oét.-iils rcliilifs ;iui asiles nalianaux de Vîncennes cl du Vésiiiel. vijtt H. Nakas et A.-J, Mariiw {Sncyclopédit d-hygiine, t. V, p. t73, *79),

inaugaré le 31 août 1857. Les bâtiments, y compris les cours intérieures et les parterres, couvrent 24.000 mètres carrés de ten'ain et ont coûté Î.ÎJOO.OOO fr. Du 1*' janvier 1879 au 1*' janvier 1892, il y a été reçu 110.724 convalescents. Dans ce nombre, 104.948 provenaient des hôpitaux de Paris, 836 de ceux de la banlieue, 2.600 des bureaux de bienfaisance, 373 des chantiers publics, 44 de la clinique ophthalmoiogique des Quinze- Vingts; 1.242 étaient des pensionnaires et 373 avaient été admis gratuitement par ordre du ministre.

L'asile de Vincennes est soumis aux mêmes règles que les établissements nationaux. Les convalescents portent Tuniforme de la maison ; ils sont bien nourris et jouissent d'une liberté complète, à la seule condition de se soumettre aux heures fixées pour le service. Ils peuvent se promener dans le parc et ont à leur disposition une bibliothèque de 5.000 volumes, des jeux de toute sorte et même une salle de théâtre où ils donnent des représentations.

L'asile de Vincennes renferme un pavillon spécial pour les varioleux venant de l'hôpital d'Aubervilliers et une maison annexe rue de Charenton, contenant une cinquantaine de lits et destinée aux convalescents qui sortent de l'asile, sans domicile et sans ressources. Ils y sont logés et nourris pendant trois jours, afin de pouvoir trouver du travail.

2* Asile du Vésinet, — Affecté aux femmes convalescentes par décret du 28 août 1859, il est soumis aux mêmes règles que l'asile de Vincennes dont il est le pendant. Le bel édifice qui le constitue est situé au milieu d'un parc de 30 hectares. Tous les services sont convenablement installés, surtout les bains et les douches. Il a de plus un quartier dit des mères nourrices, où les femmes accouchées dans les Maternités ou chez les sages-femmes de l'Assistance publique, vont se reposer et se refaire pendant vingt jours ou un mois. Ce quartier en reçoit 600 ou 700 par an. L'asile lui-même a reçu en tout, du 1*' janvier 1878 au 1**" janvier 1892, 68.662 convalescentes, 10.097 nourrices et 10.156 enfants.

3® Asiles de œnvalescents en province et à V étranger, — On ne trouve guère en province d'établissements semblables à ceux dont nous venons de parler. Rouen et Lyon n'en ont que de très rudimentaires, malgré rimportance de leurs services hospitaliers.

Berlin possède trois maisons do convalescence attenantes aux champs d'irrigation de Blankenburg, de Hemesdorf et de Blankenfeld. La première reçoit 40 hommes, la seconde 40 femmes et la troisième est réservée aux accouchées, qui n'y séjournent que du 10* au 21* jour. Ces établissements sont bien inférieurs, sous tous les rapports, à nos asiles nationaux de Vincennes et du Vésinet.

L'Angleterre ne possède pa» non plus d'asiles de cette importance. Le plus considérable est celui de Darenth qui est, comme nous l'avons dit plus haut, annexé à l'hôpital flottant de Long-Reach. A Londres même, les établissements, pour les convalescents, ne disposent que de 450 lits.

38i TRAITÉ D'IlVCilËNE PUBUQUE ET PRIVÉE.

L'assistance aux convalescents se fait à domicile, à l*aide des caisses de secours [Samaritan Funds) destinées à venir en aide à ceux qui sortent des hôpitaux. En France, beaucoup de bureaux de bienfaisance ont des fonds ou des crédits spéciaux pour ce genre d*assistance qui se retrouve du reste dans presque tous les pays (i).

XII. Dispensaires. — Toute agglomération de malades constitue un danger, en augmentant les causes d'infection et les chances d'épidémie : les hôpitaux constituent donc une nécessité fâcheuse et correspondent à une période de civilisation dont la durée sera probablement très longue encore; mais il est permis d'espérer que lorsque les classes laborieuses seront mieux logées, plus instruites, que leur condition morale et physique se sera améliorée, il deviendra possible de les secourir et de les traiter à domicile, dans la plupart des cas. La population des hôpitaux diminuera d'autant ; ils finiront vraisemblablement par ne plus contenir que les contagieux qu'il faut isoler, les blessés, dont lé traitement réclame un matériel spécial, et les indigents avec lesquels il faudra toujouis compter.

En attendant que ces perspectives souriantes se réalisent, il faut encourager les institutions qui peuvent suppléer aux hôpitaux et diminuer leur clientèle. Les dispensaires sont dans ce cas. Ce sont, suivant la définition de M. Napias (2), des lieux de consultation et de traitement gratuit pour les enfants malades, mais capables d'y être transportés quotidiennement.

Le dispensaire ne fait pas double emploi avec la consultation gratuite qui se donne dans les hôpitaux et les bureaux de bienfaisance et qui consiste dans un conseil souvent banal, dans une prescription écrite et dans la délivrance d'un médicament. Au dispensaire, la prescription est exécutée séance tenante et sur le lieu même. Le médicament est pris sur place. Si l'état du malade exige un bain simple ou médicamenteux, une douche, un pansement, un massage, il y est procédé immédiatement. On y pratique même les petites opérations. On y trouve les appareils nécessaires à l'emploi de l'électricité et à l'application de l'hydrothérapie. On y donne en un mot les mêmes soins que dans un hôpital, avec cette différence qu'on n'y séjourne pas. Dans la plupart des dispensaires, on délivre même aux enfants un repas substantiel qui supplée à l'insuffisance de l'alimentation qu'ils reçoivent chez eux, et vient ainsi compléter le' traitement.

Ce mode d'assistance a l'avantage d'être peu coûteux et de ne pas exiger de vastes établissements. Il soustrait les enfants à la promiscuité de l'hôpital, aux chances de contagion ; il sauvegarde et maintient U

(1) H Napias cl A.-J. Martim, Encyclopédie d'hygiène (ioc. cit.), t. V, p. 481.

(2) Rapports de rExpositioii de 1889, ri. 64, Imprimerie nationale i892.

LHABITATION. 383

solidarité entre les membres de la famille. Un ne saurait trop encourager son développement. Jusqu'ici, il n'a encore été appliqué qu'aux enfants, ainsi que l'indique la définition que nous en avons donnée plus haut.

L'institution des dispensaires est l'œuvre de notre collègue et ami le docteur Gibert, dont tout le monde connaît les travaux en hygiène^ C'est lui qui en a eu la première idée et qui l'a réalisée au Havre en 1878, dans un établissement qu'il a créé et qu'il entretient à ses frais et avec le concours de ses clients. Il y avait bien, avant lui, en Angleterre et en Italie, des établissements consacrés au traitement gratuit de telle ou telle maladie de l'enfance ; mais le docteur Gibert est le premier qui ait généralisé la méthode et qui en ait compris toutes les conséquences. Son dispensaire dont nous donnons plus bas le plan (fig. 37) confirme comme on peut le voir tout ce qui peut être nécessaire au traitement des enfants malades. C'est un hôpital moins les lits.

Le nombre des enfants soignés au dispensaire du docteur Gibert s'élève à 2.000 par an. Le prix de la journée revient à 22 centimes par tète et celui du traitement de chaque enfant à 5'^5i. Depuis la création de l'établissement, on a pu constater une diminution sensible dans le chiffre des enfants scrofuleux et de ceux qui sont atteints de maladies de peau.

L'exemple du docteur Gibert a été suivi à Paris. Des dispensaires ont été fondés dans le l'»* arrondissemet d'abord, puis dans le 2«, le 4«, le 7*, le 9*, le 16«, le 17* et le 20*. D'autres sont en train de se former. La charité privée a élevé deux dispensaires à Paris. Le plus important est celui de M"* Furtado-Heine. Il est situé rue Delbet dans le quartier de Hontrouge, sur un terrain de 2.200 mètres. Aucun sacrifice n'a été épargné et on a réuni, dans ce splendide établissement, tout ce qui peut être utile au traitement des petits malades. Tous les enfants indigents des deux sexes y sont gratuitement admis sans distinction de nationalité ni de religion. Cinq praticiens y donnent des consultations régulières (1). Depuis 1884, époque de sa fondation, le nombre des entrées a été de 711.247, le prix de chacune de 27 à 28 centimes.

Le second dispensaire a été élevé en 1887 par M. Ruel, conseiller municipal. On y trouve la plupart des installations et des perfection* nements qui composent les établissements de ce genre ; mais il se distingue des autres par l'importance des distributions de lait, d'aliments et de vêtements qui y sont faites chaque jour. C'est un véritable bureau de bienfaisance ; mais ce n'est pas pour cela que les dispensaires sont créés et il convient qu'ils ne s'écartent pas trop de leur but. Ils sont faits pour traiter les malades sans les hospitaliser et il y aurait grand avantage à ce que ce mode d'assistance s'étendit également aux adultes. Le docteur

(1) Docteur Leroux/ médecin, docteur Bedard. chinirgien, docteur Meycr, oculiste, docteur Ifénière, auriste, M. Couillic, dentiste.

TRAITE D'Hïr.lËXE PUBLIQUE ET PRIVÉE.

e Je M. le D' Gibert, poni

A, salle tTallmtf salle à mangei:

fi, cabinet du midecm.

C, cabinet noir,

D, pharmacie.

E, laiabo du mideein P, salle de pansfmenls.

,1, lavabos. Douche» médicamerilcuscs d'eau chaude cl rruiiic, na>ale«, oculaires e( auriculaires.

b, médicamcnls journaliers,

c, oflicine, préparation ilcs médica-

G, passages.

HH, bains des garçons ri des filles.'

a* a>, baiiiH collucLir$.

b* b', bains i violés.

', bains sulfureux.

LU chaude cl froide.

cl, chaudière â v^ .

d', réservoir des douches i!)™,!)!} i

deMus du sot).

e>, charbon.

P, water-clOMila.

K, cuisine alimentaire.

■^, cai»ioe i vapour.

b*, cvier.

e*, Ublc.

d*, piichet (communication avec la ta à manger A).

ChauRage à la tapeur [luyaui en cuivri Nota. — Toutes les

eau chaude 1 .„,i:,.,:

eau froide 1 =»«»''«''

L, chambre n sudation,

a.', botte â audalion.

b^, lit de repos.

M, douche froide et à vapeur.

a\ IribuiiG du douchcur.

b«, douche en lance.

c', douche en pluîc.

d<. dnucLc on cercle.

e', lit pour bain de vapeur.

r", douche à vapeur.

NN, cabinet de toilette.

0, salle de massage et d'éleclricilé.

a'' a', Ut de marsafc et do repoi.

h'', appareili d'Ëlectri«it£.

P, salle de massage.

a', lit de matuge et de repos.

R, vestiaire des garfons.

S, bureau.

T, vestibule.

U, salle de gymnase.

a', portiiue.

b>, h"^ b~*, machines orthopédiques

c', échelle dorsale graduée.

d', échelle orlhopédiqoe.

V, vestiaire des filles.

I. Bouilloires i vapeur d'ean lemn )iècea sont éclalréet |wr le loiL

Gibert, en analysant le compte moral des deux hôpitaux du Havre, est arrivé à établir que, pour plus de la moitié des malades, le séjour de rhôpital peut être remplacé par le traitement au dispensaire.

11 est & désirer que la province suive l'exemple donné par Paris et que des dispensaires se forment dans toutes les villes. Le ministre de Tintérieur a envoyé aux préfets une circulaire dans ce sens (1).

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