‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 59 sur 141 · I III. — ÉTABLISSEMENTS PÉNITENTIAIRES · texte numérisé non relu

I III. — ÉTABLISSEMENTS PÉNITENTIAIRES

On comprend en France, sous le nom d*établissements pénitentiaires :

1^ Les prisons départementales.

2® Les maisons centrales.

S"" Les pénitenciers agricoles.

4"" Les colonies pénales.

5"* Les établissements d'éducation correctionnelle.

Il convient de joindre à cette liste les prisons et les pénitenciers militaires qui relèvent du ministère de la guerre et les prisons maritimes qui dépendent du ministère de la marine. Les conditions d'hygiène de ces établissements présentent quelques différences qu'il convient de signaler.

I. Prisons départementales. — Elles comprennent trois divisions et trois catégories de détenus qui sont le plus souvent réunis dans le même établissement. Ce sont :

1** Les maisons d'arrêt où sont enfermés les inculpés ou prévenus.

2* Les maisons de justice qui renferment les accusés renvoyés devant la cour d'assises par la chambre des mises en accusation.

3* Les maisons de correction où les condamnés à l'emprisonnement jusqu'à un an et un jour subissent leur peine.

On comptait en France, au dernier recensement 382 prisons et leur population s'élevait à 22,985 personnes dont 18,077 hommes et 4,008 femmes.

Les prisons ont été de tout temps les plus insalubres des habitations collectives et cela se comprend. Les gens qu'on y détient n'ont rien d'intéressant ; l'esprit de justice et d'humanité peut seul plaider en leur faveur. Le moyen-àge auquel ces sentiments étaient étrangers nous a laissé le souvenir de férocités inouïes, et quelques spécimens de cachots dont l'aspect donne le frisson. 11 n'y a pas besoin de remonter au moyen-àge pour trouver de ces horreurs-là. Au siècle dernier, le grand Chàtelet renfermait encore des cachots où le prisonnier enchaîné ne pouvait se tenir ni debout ni couché, où pénétraient des infiltrations de la Seine, où grouillaient les crapauds et les reptiles (2). En 1820, Yillermé fait encore

(11 Circulaire du 31 janvier 1881.

(2) Ad. GuiLLOT, Paris qui souffre, 1890.

des prisons une peinture effrayante. On y voit figurer des casemates, des souterrains, d'anciennes tours, des chàteaux-forts où les détenus étaient <întassés dans un air méphitique et dans les ténèbres (1).

A cette époque, on n'avait en vue que l'intimidation et la sécurité. Il fallait que le prisonnier ne pût pas s'évader de la prison et qu'il eût peur d'y revenir. « Tout ce qu'on peut demander à une prison, dit Moreau » Christophe, c'est qu elle ne tue point (2). »> Aujourd'hui on leur demande autre chose. En incarcérant un homme, la société prétend le priver de sa liberté, et non attenter à sa vie ; aussi le régime. des prisons s'est-il notablement amélioré ; cependant, comme on ne peut pas transformer en quelques années un nombre d'établissements aussi considérable, il y en a encore beaucoup d'insalubres. On en trouve même à Paris, où l'encombrement est extrême, le cubage insuffisant, la ventilation imparfaite, les latrines infectes ; où les couloirs sombres, humides, ne sont éclairés que par des cour(»ttes semblables à des puits (3). Les vieilles prisons, comme le Dépôt, la Conciergerie^ Sainte- Pélagie^ Si-Lazare sont très malsaines ; la grande et la petite Roquette^ Mazas et la Santé qui sont de construction récente sont moins défectueuses (4).

En province, le même contraste se remarque entre les vieilles prisons et les nouvelles. 11 y en a parmi ces dernières, où les raffinements de l'hygiène ont été poussés jusqu'au luxe. Je citerai pour exemple la maison municipale de Nanterre que j'ai visitée au mois de juin 1887 sur l'invitation du préfet de police et comme membre du conseil d'hygiène et de salubrité de la Seine (5). On n'y a rien épargné pour le bien-être, la santé et l'agrément des détenus. L'eau seule laisse à désirer; mais ce n'est la faute de personne. La maison municipale couvre 12 hectares de terrain ; elle est destinée à contenir 1,500 personnes et a coûté une douzaine de millions. En visitant ce palais de la misère et du vice on ne peut s'empêcher de songer à tant de casernes insalubres habitées par de braves soldats qui n'ont fait de mal à personne. Du reste toutes les fois que, dans ma carrière, j'ai été appelé à inspecter des établissements pénitentiaires, j'en ai rapporté cette impression que presque partout, les prisonniers sont mieux logés que les soldats.

Il en sera toujours de même à l'avenir si l'on se conforme au programme arrêté par le conseil supérieur des prisons, le 27 juillet 1877, sur le rapport

(1) ViLLERMÉ, Dictionnaire des sciences méd.cales^ 1820, t. XLV, p. 2o9.

(2) A. Proust, Traité Wliygicne publique et privée, i877, p. 520.

(3) Léon Colin, Rapport au Conseil d'hygiène et de salubrité de la Seine, In et adopté dans la séance du 11 novembre 1S87.

(4) En 1891, la ville de Paris a décidé la désafTectation de la Graode-Roqnelte, de Sainte- Pélagie et de Mazas, cl autorisé le préfet de la Seine à acquérir un terrain de 18 hectares dans la commune de Fresnes-les-Hungis (Seine), pour y construire un vaste établissement pénitentiaire qui coiMera à la ville 10,600,000 fr, (Buttetin municipal o/^crel des 15 et 3^ décembre 1894).

(5) Voyez Encyclopédie d'hygiène, t. Ilf, p. 474.

de Lunier et en exécution de la loi du 5 juin 1875, qui prescrit l'application du système cellulaire à tous les détenus. Dans le programme tracé par Lunier, les cellules cubent au moins 30 mètres, sont peintes à l'huile, ou à la chaux, chauffées à 15 degrés, éclairées par en haut, ventilées d'après les procédés les plus modernes ; elles sont pourvues d'un lit, d'une tablette, d'une chaise, d'une étagère, d'une baille inodore et d*un lavabo ; on y a prévu des préaux où chaque détenu pourra se promener une heure par jour.

En Allemagne, on pousse encore plus loin le raffinement. Dans la prison de Plotzensée (Berlin), les cellules cubent 35 mètres et celles de l'infirmerie-hôpital ont 38<"%2 pour chacun des 118 lits. La ventilation fournit 25 mètres cubes d'air neuf dans les salles communes, 40 dans les cellules, 45 dans les dortoirs et en donne 60 aux jeunes détenus. L'eau est distribuée à raison de 300 litres par tète et chaque détenu prend deux, trois ou quatre bains par mois suivant son travail. Les eaux ménagères et les vidanges sont refoulées par deux machines à vapeur dans un canal souterrain qui les conduit sur un terrain d'irrigation de 8 hectares (1).

Tout cela prouve sans doute une sollicitude très estimable ; mais ce confortable fait monter le prix de la construction à 4.800 fr. la cellule (2) de telle sorte que, pour appliquer la loi du 5 juin 1875 et étendre le bénéfice de l'emprisonnement cellulaire à tous les détenus, il en coûterait environ 80 millions. C'est du reste ce qu'on avait prévu à l'aurore du système. En 1847, le ministre de l'intérieur évaluait la dépense à 101 millions. Cette dépense ne semblait pas effrayer les partisans du système ; moi je la trouve colossale et, avant de montrer tant de sollicitude pour les détenus, on ferait bien d'en avoir un peu davantage pour les écoliers et les soldats qui sont l'avenir du pays et qui doivent l'intéresser plus que les criminels qui ne seront jamais qu'une charge pour lui.

Il faut que les prisons soient salubres, mais rien de plus. Comme l'air n'est pas une question d'agrément, elles doivent en accorder aux détenus la même quantité qu'aux soldats, c'est-à-dire 30 mètres cubes. Les fenêtres doivent être hautes et larges, la lumière suffisante, la ventilation assurée ; il faut surtout que les latrines soient convenablement installées et d'une rigoureuse propreté. Le reste est du superflu.

IL Maisons centrales. — Elles sont destinées à contenir les individus des deux sexes dont la peine dépasse un an. On en compte vingt en

(1) Docteur P. Boerner (de Berlin), Comple-rendu de rexposition générale allemande d*hygiène et de sauvetage (Analysé dans la Revue d'hygiène^ 18^>5, t. Vil, p. 387^1.

(2) C*est la moyenne de ce qu'ont coûté les six dernières prisons. La cellule est revenue & 5,460 fr. dans la prison de Sarlat, à 5,112 Tr. dans celle de Pontoise, à 7,633 fr. à Corboil. Lf€t prix ont un peu baissé par suite des plaintes de Tadministration pénitentiaire. A Bourges la cellule n*est revenue qu'à 3,781 fr., à Chaumont, à 3,880 fr., et à Besançon on CD a été quitte pour 3,500 fr. par cellule.

France (quinze pour les hommes, cinq pour les femmes) et deux en Algc^rie. Elles sont établies dans de vieux châteaux, dans des couvents abandonnés et n'offrent rien de régulier dans leur construction. En général cependant, elles offrent un aspect plus satisfaisant que les vieilles prisons départementales. Les unes comme la maison centrale de Gaillon, ancien palais d'été des archevêques de Rouen, comme celle de Cadillac, ancienne propriété du duc d'Epernon, sont admirablement situées et répondent aux exigences de l'hygiène ; les autres au contraire laissent à désirer sous le rapport du cubage, de Téclairage et de Taération.

Dans les maisons centrales, tout ce qui touche au mobilier, aux vêtements, au régime, est soumis à des règles absolues et- uniformes; tout cela est variable au contraire dans les maisons départementales.

ill. Régime intérieur des prisons. — Dans les maisons centrales, les lits sont en fer avec fond de treillis en toile métallique ; ils sont garnis d'une paillasse ou d'un matelas, d*un traversin en paille, de draps, d*une couverture de coton en été, de dcnix couvertures de laine en hiver. A l'infirmerie, la couchette est garnie d'une paillasse, d'un matelas, d*un traversin, d'un oreiller, de deux draps et de deux couvertures. A leurarrivée, les détenus ont les cheveux coupés et la barbe r.isée ; ils sont dépouillés de leurs vêtements, prennent un bain et revêtent le costume de la maison. Les femmes sont traitées de la même façon, mais elles conservent leurs cheveux.

L'alimentation n'est pas la m<''me dans les deux espèces de prisons; mais elle est partout suffisante. Nous reviendrons du reste sur cette question au chapitre de raliinentation (1).

Les chemises, les mouchoirs de poche et les essuie-mains sont blanchis toutes les semaines, les draps de lit tous les mois, les objets d'infirmerie toutes les fois qu(^ cela est nécessaire.

Les soins d(î propreté laissent à désirer dans presque toutes les prisons. Les lavabos, le savon, le linge y font défaut, et les détenus sont obligés le matin de descendre dans les cours pour se laver dans Teau des bassins. Aussi, dans l'hiver, s'en abstiennent-ils le plus souvent. Les entn^preneurs sont tenus de donner aux détenus au moins deux grands bains par an et un bain (U* pieds tous les deux mois ; mais ces prescriptions, quoiqu'insuffisantes, sont rarement observées, parce que, dans les établissements à population nombreuse, ou a rarement assez dVau pour y satisfaire. Il est inutile de fournir aux prisons 300 litres d'eau par jour et par tête, comme dans celle de Plotz(»nsée ; mais il faut qu'il y en ait ass(»z pour entretenir la propreté corporelle et celle de l'établissement.

C\î!St pour n^médier au manque d'eau que M. Merry-Delabost imagina, en 4872 et fit install(*r dans la prison de Rouen, le système de bains thiiclies qui a été depuis adopté par le ministère de la guerre et rendu

{\\ Voyez chapitre IV, article IV, § H, Régimes professionnel*.

r^lementaire par les circulaires en date des 31 juillet 1879, 18 mai et 21 mai 1880, 12 août 1882, 8 mars 1886 (1). Nous le décrirons dans le chapitre Y.

Toutes les prisons sont astreintes au régime du travail et du silence. Le produit du travail est partagé entre le détenu et TÉtat, si rétablissement est en ré^ie, entre le détenu et Tentrepreneur s'il en est autrement. La |iart du condamné ne doit pas être moindre du dixième. Les industries exercées dans les prisons sont très nombreuses et varient suivant les régions. Le travail est le moyen de moralisation sur lequel on compte le plus, mais ce n'est pas le seul. L'instruction est donnée par des instituteurs et renseignement religieux par des prêtres des différents cultes attachés à rétablissement. Les détenus ont même des livres à leur disposition pour se distraire et pour s'instruire ; mais tous ces efforts sont le plus souvent stériles. On perd son temps et sa peine à vouloir moraliser les condamnés.

Une discipline sévère est indispensable dans les prisons. En France, les punitions corporelles sont formellement interdites : mais on ne s'en fait pas faute à l'étranger. La bastonnade est donnée en Allemagne et en Danemarck ; en Angleterre c'est la peine du fouet sous la forme du classique chat d fwu/fjuc nos (\oni les prisonniers du reste n'ont pas le monopole. Quelques menus supplices sont encore en honneur en Allemagne, ainsi qu'en Amérique. En France les seules punitions en usage sont l'interdiction de la promenade, des visites, de la cantine, la retenue sur le pécule, la mise au pain et à Teau qui ne doit pas dépasser trois jours consécutifs, la cellule, le cachot et les fers. L'application de ces peines n'est pas laissée à l'initiative des surveillants. Elles sont prononcées par un tribunal intérieur nommé prétoire que préside le directeur.

Les médecins sont'chargés de v(»iller à ce que ces punitions n'altèrent pas la santé. Le séjour prolongé au cachot et le régime du pain sec doivent surtout fixer leur attention, parce qu*ils contribuent à augmenter l'état d'anémie qui fait le fond de la constitution de la plupart des détenus. Ce sont des punitions que l'hygiène réprouve.

IV. Systèmes pénitentiaires. -- Les systèmes pénitentiaires actuellement en expérience chez les différents peuples peuvent se» ramener à trois.

1® L'emprisonnement en commun de jour et de nuit (système des maisons centrales et de la plupart des prisons départementales de France) ;

2** L'emprisonnement en commun pendant \o jour et cellulaire la nuit. (Système d'Auburn) ;

3* L'emprisonnement rigoureusement cellulaire. (Système de Philadelphie ou de Pensylvanie).

(l) M. MERRY-DKi.ABObT a fait connaître son sjslèmc dans les Annales d'hyyihie et de médecine fégale, 2* série, XLUI, 1875.

Enfin il existe en Angleterre et en Irlande un système mixte dans lequel on fait intervenir tour à tour l'isolement, le travail en commun, les prisons intermédiaires et enfin la libération conditionnelle. C'est le système des classes imaginé par Sir Weralt Crofton, directeur des prisons d'Irlande, dans le but de préparer graduellement les détenus à reprendre leur place dans la société. J'ai déjà dit ce que je pensais de cos idées philantropiques appliquées au personnel des prisons ; mais ce côté de la question ne nous intéresse qu'indirectement, c'est au point de vue de l'hygiène seule que nous envisagerons les systèmes pénitentiaires.

L'emprisonnement en commun n'est pas insalubre ; le travail dans les ateliers, les promenades dans le préau, le régime amélioré par lesfichats à la cantine, constituent un genre de vie qui n'est pas sensiblement inférieur à celui de la plupart des détenus quand ils sont libres.

Le système d'Auburn (1) est encore plus favorable à la santé. Il a sur le précédent l'avantage de soustraire les détenus aux dangers de la contagion morale dans le moment critique et de prévenir les désordres honteux dont les prisons sont le théâtre pendant la nuit. Au point de vue hygiénique, une cellule qui reste vide et qu'on aère tout le jour vaut mieux pour le sommeil et le repos que le dortoir commun dans lequel les condamnés échangent leurs odeurs et leurs miasmes.

Le système cellulaire est le plus pénible de tous, s'il n'est pas le plus meurtrier. L'homme est fait pour vivre en société. La solitude complète, absolue est le pire de tous les supplices. Au début du système, on l'appliqua dans toute sa rigueur. L'essai du solUary confinment^ c'est-àdire de l'incarcération dans la cellule, sans travail, sans visites et sans livres, fut fait à Philadelphie, en 1786, sur les condamnés à mort ; mais il leur fut fatal et il fallut y renoncer. Depuis, on est arrivé par des adoucissements successifs à le rendre tolérable et pourtant, malgré tous les soins dont on entoure les condamnés, l'emprisonnement cellulaire, de l'avis de la plupart des médecins, conduit souvent les prisonniers à l'abrutissement ou au suicide et ce n'est véritablement pas la peine de dépenser tant d'argent pour un si piètre résultat (2). Aussi l'État a-l-il reculé devant l'application de la loi du 5 juin 1875 et on a cessé d'élever les prisons dispendieuses que cette application comportait.

Y. Mortalité dans les prisons. — Les maladies qui régnent dans les prisons sont les mèm(»s que celles qui sévissent dans toutes les agglomérations de personnes ; mais elles y sont plus fréquentes et plus graves.

(1) Oii donne le nom d'Auburn ù ce système pénitenliaire, <\ cause de Tessai qui eo aétè Tait en 1821, à Auburn, ville de Télui. de New- York; mais il avait été introduit dans la maison de correction de Gand dès 1772.

yl) La queslion du système cellulaire et de ses inconvénients a été très controversée. Ce serait nrécarter de mon sujet que de la traiter avec tous ses développements. Je renverra pour cela le lecteur à ce que j*én ai dit dans V Enct/clopédie d'hygiène^ t. 111, p. 485.

Les épidémies y prennent un caractère plus meurtrier; le scorbut y apparaît quelquefois encore, enfin la tuberculose et surtout la phthisie y font plus de ravages que partout ailleurs.

Dans les prisons, le chiffre des malades et celui des décès est notamment plus élevé que dans la population libre d'un âge correspondant. D'après Wapp»us, il est de 4 à 5 fois plus considérable. Au calcul de Yillermé, d'Engel, tout individu qui entre en prison y a les mêmes chances de mort que s'il avait vingt ans de plus. Selon Chassinat, alors qu'il meurt 10 personnes dans la population libre, il en succombe 50 du même âge dans les prisons centrales (1). Ces proportions paraissent aujourd'hui un peu exagérées. La mortalité a considérablement diminué dans les prisons depuis un demi-siècle. La statistique officielle de la France donne pour la période comprise entre 1831 et 1835 une proportion de 67 décès annuels pour 1.000 détenus et pour les trois années 1877-78-79, 36 pour 1.000 seulement. M. Merry-Delabost a publié une statistique plus récente et un peu moins favorable. La mortalité a varié de 23, 60 à 64, 30 p. 1.000 dans les maisons centrales de 1870 à 1880 ce qui donne une moyenne de

Ces chiffres, même les plus favorables, sont bien supérieurs à ceux qu'on enregistre dans la population libre du même âge. Cela s'explique par le fait de l'incarcération et des conditions dans lesquelles vivent les détenus, mais aussi par leur mauvais état de santé lorsqu'ils entrent en prison. Ils sont le plus souvent épuisés par la vie de misère et de débauche qui a précédé l'internement. M. Merry-D(»labost a constaté que sur une population moyenne de 75.569 détenus et sur 49.111 admis aux infirmeries, 4.664 avaient été reconnus malades à l'entrée et 14.122 avaient été désignés comme faibles de constitution. Dans les maisons centrales de femmes, pour une population moyenne de 16.569 détenues et sur 9.^1 admissions à l'infirmerie, 795 avaient été reconnues malades et 2.579 désignées comme faibles de constitution.

La plupart de ces décès sont dus à la phthisie. Le docteur Georges Cornet (de Berlin) en a fourni récemment la preuve dans un travail statistique dont M. Jules Arnould a donné un extrait dans la Revue d'hygiène (2). Ses recherches ont porté sur une période de qumze années (1876-1890) et sur 33 établissements renfermant 235.592 prisonniers. La mortalité totale v a été de 7.029 décès masculins et de 906 féminins. La mortalité tul)erculeuse a été de 3.221 décès d'hommes et 447 décès de femmes. C'est-à-dire que la tuberculose prend à son compte 45,82 p. 100 de tous ks décès masculins et 49,33 p. 100 <les décès féminins. De 20 à 40 ans, la mortalité lub(»rculeuse pour les deux sex(»s est cincj fois plus

il) J. ArnoI'LD, Nouveaux- élérnefits fChfjffirne (inc, cit ), p. 1.30G.

(2) Dorleur Georges Cornet, Die Tuhercuiose in den Stni/ansfa/teu {/.eitschvift fur Hygiène^ X, |». 455, 1801^ analysé dans la H^^vue d'hygiène, 1891, p. 11.''>6).

forte que dans la population libre ; de 40 à 70 ans, elle est presque triple chez les hommes, quadruple chez les femmes.

VI. Pénitenciers agricoles. — Les pénitenciers agricoles de Corse et d*Algérie sont, au point de vue juridique, assimilés aux maisons centrales. Le régime est semblable ; c'est celui de Temprisonnement en commun ; mais le travail industriel est remplacé par les travaux des champs, ce qui constitue, au point de vue de l'hygiène, une différence capitale.

Les pénitenciers agricoles de Corse remontent à 1855. C'est à cette époque que M. Thuillier, préfet de la Corse, conçut le projet de combattre les deux fléaux de cette île, le banditisme et l'insalubrité, par Textonsion des cultures et le défrichement des maquis, en utilisant pour ce service les bras des détenus. L'administration pénitentiaire s*y prêta de bonne grâce, espérant que les travaux des champs pourraient être un moyen de moral isation.

Trois pénitenciers furent successivement formés : les deux premiers, Chiavari et Castelluccio, au voisinage d'Ajaccio, le troisième Gasabianca sur la côte orientale de l'ile. Ce dernier a été supprimé, il y a quelques années. La population des pénitenciers de Corse s'élevait, au 31 décembre 1879, à 2.198 détenus.

Ces pénitenciers étaient au début, d'une extrême insalubrité. La presque totalité des terrains était formée par des maquis, des fourrés inextricables dans lesquels les colons ne pouvaient s'avancer que la hache et la torche à la main. Les fièvres paludéennes y régnaient avec une intensité extrême et les décès, presque tous dus à celte cause, s'élevaient chaque année à 10 ou 15 p. 100 de l'effectif. Ils ont même parfois dépassé ce chiffre, et on a été obligé d'abandonner Casablanca parce que la mortalité y était trop forte. Aujourd'hui que les défrichements sont terminés, que des plantations de toute espèce ont remplacé les maquis et les marécages, on a sans doute encore des fièvres intermittentes, mais il n'y a pas plus de décès que dans les maisons centrales de France. Le régime est du reste plus substantiel que dans celles-ci ; on donne aux travailleurs du vin et du café (1).

Ce genre d'établissements ne saurait être trop encouragé, malgré les dépenses qui en résultent. Le travail dc^s champs est hygiénique et moralisateur. Il est productif et couvre une partie des frais qu'il nécessite. Mieux vaut d'ailleurs faire quelques sacrifices dans ce sens que de dépenser des millions à bâtir des prisons cellulaires.

Yll. Colonies pénales. — L'Angleterre a commencé à déporter ses condamnés en 1607, et ses belles colonies de l'Australie ont dû naissance à ce mouvement. Ce ne sont pas les conviots qui les ont créées, car les

(1) Pour cet historique, voyez Encyclopédie d'hygiène^ t. III, p. 494.

criminels sont impropres à la colonisation, ce sont les travailleurs libres qui sont venus à leur suite, et aussitôt qu'ils ont été en nombre, ils ont refusé de recevoir de nouveaux convois de transportés.

Nous n'avons suivi l'exemple de l'Angleterre que dans la moitié de ce siècle. On avait bien fait auparavant des essais de transportation, mais la première disposition légale qui ait consacré ce mode de répression est la loi du 24 janvier 1850. Après avoir successivement désigné Lambessa en Algérie, les iles Nouka-Hiva et Waïtama en Océanie, on finit par fixer son choix sur la Guyane. Le décret du 8 décembre 1851 autorisa la transportation, pour une période de 5 à 10 ans, dans une colonie pénitentiaire, à Cayenne ou en Algérie, des individus sounxis à la surveillance de la haute police qui seraient coupables de rupture de ban, et des individus reconnus coupables d'avoir fait partie d'une société secrète. L'année suivante, on se décida à y envoyer des condamnés de droit commun, en substituant la transportation à la peine des travaux forcés.

Le choix de la Guyane n'était pas heureux. A part la ville de Cayenne et les petites iles du Salut, ce n'est qu'un grand marais de 500 kilomètres de long, borné par des forêts inaccessibles. Sa température moyenne est de 28 degrés, les pluies équatoriales y tombent pendant six ou sept mois de l'année. La fièvre intermittente, les affections du tube digestif y sont endémiques et la fièvre jaune y passe de temps en temps. Il est inutile d'ajouter que les Européens ne peuvent pas y cultiver le sol. Toutes les tentatives faites jusque-là avaient abouti à des désastres. Tout le monde savait cela sauf ceux qui étaient appelés à trancher la question et qui avaient fait le révc d'assainir ces parages et de relever la prospérité territoriale de la colonie.

Le premier convoi de forçats arriva sur V Allier le 11 mai 1852; les autres se succédèrent à de courts intervalles ; on créa successivement 17 pénitenciers, qu'il fallut abandonner les uns après les autres, parce que la mort y avait fait le vide ; bref sur 23.087 condamnés envoyés à la Guyane, il en est mort 11.486 ; 3.723 ont été libérés et rapatriés ; 2.815 se sont évadés ou ont disparu ; 1.501 ont achevé leur peine et résident volontairement dans la colonie ; 3.562 sont astreints par la loi à y finir leurs jours (1).

En 1867, on a trouvé l'expérience suffisante, on a cessé d'envoyer les cx>ndamnés français à la Guyane ; on n'y déporte plus que les Arabes et les noirs de nos colonies et on n'a conservé que quatre pénitentiers (2).

Pour remplacer la Guyane, on a fait choix de la Nouvelle-Calédonie. Cette colonie pénitentiaire a été instituée par décret du 2 septembre 1863. Au mois de juin 1885, l'administration coloniale évaluait à 14.500 le

(!) J.-L. DE Lanessan, VExpansion coloniale de la France, étude économique, politique et géographique sur /e% établissements français d'Outre-Mer, Paris, 1886, p. 857. \2) Cayenoe, le» îles 4u S«^lut, Jvpurow et Saiotl^aurent di| MAfonj.

nombre des criminels qui y avaient été transportés (1). La Nouvelle- Calédonie, contrairement à la Guyane, est un pays aussi salubre que splendide. Les condamnés sont réparlisdansrile Nou, la presqu*ile Ducos et une vingtaine de pénitenciers établis dans Tintérieur. Ils y cultivent le sol, font les routes et les entretiennent, exploitent les forùts, travaillent aux mines de cuivre et de nickel, sont traités avec beaucoup de douceur et se portent à merveille. Le nombre des malades est en moyenne de 2,6i p. 100 et le chiffre annuel des décès de 2,55 p. 100.

On a tout fait à la Nouvelle-Calédonie pour adoucir les rigueurs de la transportation. La condition des condamnés y est infiniment plus heureuse que celle des détenus des maisons centrales et, à Tinfamie près, que le sort de la majorité des paysans français ; aussi n*inspire-t-elle plus de craintes et les voleurs qui autrefois ne tuaient qu'à la dernière extrémité de peur d'aller au bagne, s'en donnent maintenant à cœur joie, parce que l'assassinat conduit à la Nouvelle-Calédonie qui est l'Eldorado des scélérats, tandis que le vol simple mène dans les maisons centrales qui leur inspirent une terreur salutaire.

VIIL Etablissements d'éducation correctionnelle. — Au commencement du siècle, les enfants des deux sexes condamnés pour crimes et délits subissaient leurs peines dans les prisons ordinaires et en sortaient irrévocablement pervertis. En 1831, on fit un premier essai à Paris; plus tard des établissements correctionnels se fondèrent en province ; en 1839, MM. Demelz et Brétignières de Courcelles formèrent la colonie agricole de Mettray dont le nom est connu dans le monde entier. Charles Lucas fonda plus tard la colonie du Val d'Yèvres ; enfin la loi du 5 août 18S0 donna à ces expériences la sanction législative (2). Aujourd'hui, il existe trois sortes d'établissements d'éducation correctionnelle : l** Les coiomes pénitentiaires pour les garçons condamnés avant l'âge de seize ans, ou acquittés comme ayant agi sans discernement et remis à la tutelle de l'administration, ou bien condamnés à un emprisonnement de six mois à deux ans ; 2° les colonies correctionnelles pour les garçons condamnés à plus de deux ans et pour ceux qui sont renvoyés comme insoumis des colonies pénitentiaires ; 3° les maisons pénitentiaires pour les filles de toute catégorie.

Le nombre des établissements d'éducation correctionnelle était en 1879 de 41 pour les garçons et de 27 pour les filles. Ils contenaient 9.42Scnfants. dont 7.585 garçons et 1.840 filles. Le traitement que subissent les enfants a été fixé par le règlement du 10 avril 18()9. Il a été copié sur celui des prisons d'adultes, en tenant compte de l'âge des détenus. Le mouvement des malades, le chiffre des décès et la nature des affections sont à peu

(1) r^oticos coloniales publiées à Poccasion de l'Exposilion universelle d^Anvers, en 1885. Paris, iniprinicrie iinlioiiale, t. III.

(2) Merry-Delabost, Système i»énitenciaire (toc. cit.).

L'HABITATIOM. 3BS

près les mêmes. Les maladies les plus communes sont la phthisie, la scrofule, la fièvre typhoïde et les maladies des voies digeslJves. £n 1879, sur 9.42S enfants, il en est mort 121, ce qui donne une proportion de 12,83 p. 1 .000. Dans ce chiffre, la phthisie entre à elle seule pour 45p. 100, la fîèvre tvphoïde et les maladies des voies digeatives chacune pour 12 p. 100. '

ARTIOLB IV. - 8BRVI0B8 OOHPLtilIERTAIRES DE L'HABIT&TIOH.

Après avoir étudié les habitations en elles-mêmes, il faut nous occuper maintenant des installations qui les animent et les font vivre, et nous allons passer successivement en revue la distribulion de l'eau, l'aération, révacuation des résidus impurs, le chauffage et l'éclairage.

§ I". — DISTRIBUTION DE L'eaU.

Nous avons suivi les eaux urbaines depuis leur source jusqu'aux branchements qui terminent la canalisation et les conduisent aux orifices de puisage et aux colonnes montantes des maisons (I), il faut les accompagner dans leur trajet ultérieur et indiquer leur distribution.

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