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II. — ÉVACUATION DKS RÉSIDUS IMPURS

La propreté a toujours été Tun des éléments les plus précieux de l'hygiène, mais, de nos jours, elle en est devenue Tessence même. Les découvertes de la bactériologie ont prouvé quelle était la base de la prophylaxie de toutes les maladies transmissibles, que les poussières, les détritus, les immondices étaient le réceptacle des microbes qui les causent. Elles ont montré en même temps qu'il fallait pousser la propreté jusqu'à la plus extrême rigueur pour qu'elle fut efficace. L'antisepsie chirurgicale nous a fait toucher du doigt l'indispensable nécessité de raffinements qu'on eût considérés comme puérils il y a trente ans. On ne s'étonnera donc pas de la minutie des détails dans lesquels nous allons entrer au sujet du nettoyage des habitations. Il implique l'éloignement immédiat et rapide de toutes les matières usées. Celles-ci sont solides ou liquides. Les premières comprennent les poussières qui flottent dans les appartements et les ordures qui proviennent de la cuisine; les secondes sont les eaux ménagères et les vidanges.

L Poussières. — Les éléments qui constituent les poussières, leurs mouvements et leur action nuisible ont été étudiés à l'article de l'atmosphère (1) ; il ne nous reste plus à nous en occuper qu'au point de vue du nettoyage des habitations. Le nettoyage peut se faire par deux procédés, la voie sèche et la voie humide.

1° Nettoyage à sec, — 11 se fait avec les balais, les plumeaux, les brosses, et le plus souvent il se borne à remuer et à déplacer la poussière qui va se déposer ailleurs. On n'en expulse une partie qu'à la condition d'ouvrir largement les portes et les fenêtres pendant qu'on époussète ou qu'on balaie, mais le surplus se dépose sur les tapis, les meubles, les couvertures des lits, les tentures dont les murs des appartements sont aujoirrd'hui couverts, sur les bibelots qui surchargent les meubles. Dans de pareils appartements, elle est chez elle et s'y éternise avec tous ses dangers. (]eux-ci tiennent à la présence des germes infec tieux qui sont pesants et ont une tendance continuelle à retomber sur le sol. Un courant d'air de 20 centimètres par seconde ne suffit ni aies tenir en suspension, ni à les ébranler. Il ne faut donc pas compter sur» la ventilation insensible qui s'opère dans les appartements. Sterne a prouvé qu'en renouvelant l'air jusqu'à trois et quatre fois par heure, dans une pièce cubant 85"' cubes, il y avait autant de germes après qu'avant. Par contre, en ouvrant les fenêtres opposées et en établissant

(I) Chapitre II, article III, § II. Éléments accidenteU de l'atmosphère^ p. 162.

un courant d'air énergique, il a vu le nombre des germes tomber en deux minutes de 620 à 6; mais les plus forts courants d'air, ceux qui renouvellent Tatmosphère d'une chambre en moins de deux minutes et emportent la poussière flottante sont impuissants contre la poussière dormante déposée sur les meubles, les parois, les étoffes. Ces observations rendent compte du fait étrange signalé par les bureaux de statistique de Brunswick, de Boston, de Dantzig et de Budapest, à savoir que la diphtérie, la scarlatine et la coqueluche y sont plus répandues dans la classe aisée que dans le peuple.

On peut aussi se rendre compte de la même façon des cas de tuberculose qu'on voit apparaître coup sur coup dans certaines familles riches, en dehors de toute prédisposition, de toute cause apparente et de ceux qui se contractent, en voyage, dans les chambres d'hôtel des villes fréquentées habituellement par les phthisiques.

Le battage et le brossage des tentures et des tapis ne doit jamais se faire dans un local clos. En général, on va battre les tapis dans des lieux peu fréquentés. A Paris, les berges de la Seine, sous les ponts, sont affectés à ce genre de service ; les poussières sont entraînées par le vent et tombent dans la rivière. Les glacis et les remparts, dans les places fortes, sont assignés au même usage. 11 serait à désirer qu'on substituât au battage à la main, l'emploi des batteuses mécaniques, comme celles que décrit M. Léon Colin dans son livre sur Paris, Sa topographie et son hygiène, p. 258. On pourrait imaginer de petits modèles de batteuses. pour les usages domestiques. On a déjà fait quelque chose d'analogue par l'invention du balai mécanique dont on se sert aujourd'hui pour brosser sur place les tapis d'appartement. Au lieu de faire voler la poussière comme les balais ordinaires, il la recueille et on la projette dans la flamme du foyer après l'opération.

2*» Nettoyage à Veau, — Il peut se faire sous forme de lavages, où en essuyant les objets avec un linge humide. Le lavage à grande eau est préférable pour les parquets, partout où ils sont imperméables et lorsqu'on ne redoute pas de laisser séjourner l'humidité dans l'appartement. C'est le cas de la plupart des habitations collectives où la souillure des planchers exige un mode de nettoyage puissant et rapide. L'ancien procédé qui consistait à arroser los planchers avant de les balayer, est détestable ; il change la poussière en boue. La projection de sciure de bois mouillée ou de sable fin sur les parquets est préférable, sans valoir le lavage complet.

Le nettoyage au linge humide est le seul qui convienne pour les salons et les chambres à coucher. C'est celui qu'emploie le docteur Lucas Championnière dans son pavillon de chirurgie à l'hôpital Saint-Louis ; mais il faut qu'il soit fait avec grand soin, que le linge humide pénètre partout, derrière tous les meubles, dans tous les recoins, toutes les anfractuosités.

11. Ordures ménagères. — Nous en avons déjà parlé à roccasion du nettoyage des rues (1); nous avons dit qu'elles étaient constiluées par les déchets de la cuisine et qu'elles devaient être déposées le matin sur le trottoir pour ùive enlevées par les tombereaux de l'administration.

Au moment où elles se produisent, ces ordures n'ont rien de répugnant ni de nuisible ; ce n'est qu'en se décomposant qu'elles deviennent dangereuses et leur altération n'est pas assez prompte pour qu'on ne puisse pas, même en été, les conserver pendant 24 heures. Pendant ce temps, elles doivent être renfermées dans une boite en métal d'une dimension suf^sante pour contenir le produit de la journée et pourvue d'un couvercle. On la remise dans un coin de la cuisine, aussi loin que possible du fourneau. 11 est bon de la laver chaque matin après qu'elle a été vidée et de la laisser sécher avant de la remonter dans l'appartement ; il est également utile, avant de la remplir de nouveau, de jeter au fond quelques pelletées de cendres pour absorber les liquides.

Dans la plupart des villes, la municipalité a pris des mesures pour régulariser le transport du contenu de ces boites à la voirie. A Lyon, un arrêté du préfet du Rhône, en da,tc du 0 avril 1878, oblige les locataires à apporter leurs récipients sur le trottoir le matin au passage du tombereau. Ces récipients doivent être en métal ou en bois peint de 50 litres de capacité, et porter le nom de la rue, ainsi que le numéro de la maison. A Paris, l'arrêté préfectoral du 24 novembre 1883, mis en vigueur le 16 janvier 1884, oblige les propriétaires à faire déposer chaque matin sur le trottoir, un ou plusieurs récipients de capacité suffisante pour contenir les résidus de ménage de tous les locataires.

En réalité, chaque famille a le sien et la cuisinière le descend le soir dans la cour. Dans les maisons de rapport récemment construites, il y a un récipient commun qu'on remise pendant le jour dans un réduit ad hoc et dans lequel les cuisinières viennent vider le soir le contenu de leurs boites. Le matin, avant l'heure du passage des tombereaux, leehiffonnier de la rue vient prendre ces récipients, en vide le contenu sur une toile, v cherche les détritus à sa convenance, reverse le contenu dans les boites et les porte sur le trottoir où les charrettes des entrepreneurs les prennent et les vident dans les tombereaux. Cette façon de faire débarrasse les appartements pour la nuit; elle est propre et hygiénique.

Dans plusieurs grandes villes d'Allemagne et notamment à Berlin, les maisons ont encore, au fond de la cour, une fosse à ordures (Mûllbruge); cette fosse était autrefois un foyer d'inf(»ction; aujourd'hui la vidange et le nettoyage de la fosse ont lieu plusieurs fois par semaine. Ailleurs on a substitué à la fosse un récipient qui s'enlève tous les jours ; enfin, dans certaines villes, les ordures ménagères sont reçues dans de grandes boites couvertes et posées sur un camion qu'on traîne dans la rue au moment du passage du tombereau.

(1) Cliapilrc IIF, article I*"", §, III, Entretien et police de la voie publique, p. 248.

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appareils rf'cepleurs, doivent (''Ire imper-

mt^ables. On les fait en pierre et d'une

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irtie la plus décliv*' il porte un siphon de plomh qui se raccorde avec

an tuyau également en plomb, du même calibre, lequel est branché sur

le tnjau de descente des eaux pluviales (fig. 48). Une grille ferme l'accès

du siphon aux corps volumineux.

Les tuyaux de descente des éviers s'encrassent facilement parla graisse qui s'y fige. Les chasses n'enlèvent pas cet enduit, il faut y faire passer de temps en temps et surtout pendant la saison froide, une lessive chaqde de soude ou de cendre de bois. Dans certains établissements où les e^ux sont très chargées de graisse comme les restaurants et les triperies, etc., on est obligé de recourir à des appareils particuliers destinés à figer et à retenir les graisses à leur passage (i).

2° Vidoi'rs. — Les vidoirs, comme les éviers, sont des appareils destinés à l'évacuation des eaux ménagères. Us sont constitués par une cuvette, en grès vernissé ou en porcelaine, munie d'un tuyau d'évacuation en plomb siphonné et branché comme celui de Tévier sur le tuyau de chute des eaux pluviales. Un grillage placé au fond de la cuvette arrête les corps volumineux. Il faut faire, dans les vidoirs, dos chasses fréquentes ou, ce qui vaut mieux encore, disposer, à deux mètres au-dessus de la cuvette, un résnrvoir automatique ou à tirage (fig. 49).

Les vidoirs do'vent être individuels comme les cabinets d'aisances. C'est-à-dire qu'il en faut un par appartement. L'hygiène proscrit d'une manière absolue les vidoirs communs à plusieurs ménages et placés sur les paliers qu'on désigne sous le nom de plombs. Us sont encore en usage dans beaucoup de maisons d'ouvriers et contribuent pour beaucoup à répandre, dans les escaliers et les couloirs, l'odeur fade et nauséeuse qu'on y ressent.

L'évacuation de l'éau sale des lavabos et des salles de bains se fait de la même manière, c'est-à-dire à l'aide d'un conduit en plomb siphonné et branché sur le tuyau de chute.

3<»* Tuyaux de chute. — Ainsi qu'on vient de le voir, les conduits d'évacuation des eaux ménagères, qu'elles proviennent des éviers, des vidoirs, des lavabos ou des baignoires, vont se rendre dans les tuyaux des eaux pluviales. Ces derniers sont placés à l'extérieur du bâtiment et descendent verticalement à une distance de 5 à 8 centimètres du mur. Hs sont généralement en fonte ; leur calibre ne doit pas être inférieur à 8 centimètres, ni supérieur à 16. En Angleterre on ne dépasse pas 12 centimètres et on descend parfois à 0. Il est d'expérience en effet que les tuyaux de petit diamètre sont beaucoup mieux nettoyés par les allasses

Fig. 49. — Vidoir (sys tèmc Flicoleaux) d'à près E. Richard).

(1) Voyez pour la description de ces trappes h graisse^ V Encyclopédie (Thy^ène^ t. IIT, p. 667.

qu^on y opère. Les tuyaux de chute doivent ôtre ouverts à leurs deux extrémités, pour permettre une large circulation de Taîr et se terminer en bas par un siphon de cour. Il existe une grande variété de siphons de cette sorte, mais ils intéressent plutôt l'art de l'ingénieur que Thygiène. Ils sont décrits et figurés dans l'ouvrage déjà cité du D'' Richard (i).

Les eaux ménagères tombent du tuyau de chute dans l'égout, lorsque la rue en est pourvue ; dans le cas contraire, elles se rendent au ruisseau par un caniveau qui se trouve dans le trottoir. Enfin, quand on ne peut s'en débarrasser ni de l'une, ni de l'autre façon, on les reçoit dans des fosses bien étanches, bien ventilées et vidangées fréquemment. Les fosses quoique bien cimentées doivent être à cinq mètres au moins des habitations, et à six mètres du puits le plus voisin ou de toute conduite servant à l'eau d'alimentation.

lY. Vidanges. — Les déjections humaines sont bien plus dangereuses que les eaux ménagères ; il y a le plus grand intérêt à s'en débarrasser rapidement et d'une manière complète. La bactériologie a fait justice de l'erreur qui consistait à regarder les matières fécales comme inoffensives, en s'appuyant sur une prétendue immunité des vidangeurs pendant les épidémies. 3n sait aujourd'hui qu'elles sont le véhicule habituel du choléra et de la fièvre typhoïde, pour ne parler que de ces deux maladies-là.

L'évacuation des vidanges est le plus difficile des problèmes que l'hygiène urbaine soit appelée à résoudre, et la difficulté croît avec la densité et le chiffre de la population. A la campagne, les paysans s'exonèrent dans leurs champs ou sur leur fumier. Dans les villas, un seau joue le rôle de récepteur ; on le vide chaque matin sur le fumier relégué au fond du jardin, derrière un rideau d'arbres verts et son contenu se mêle aux feuilles mortes, aux débris végétaux, aux ordures ménagères et constitue un engrais dont rhorticulture tire parti. Dans les villes, cette simplification n'est pas possible, et force est bien de recourir à des moyens plus compliqués.

Tous les systèmes des vidanges comportent deux termes : il faut d'abord recueillir les déjections ; il faut ensuite les évacuer.

1*» Appareils récepteurs, — Ils étaient autrefois des plus simples et consistaient dans des vases qu'on allait la nuit vider dans le ruisseau ou dans l'égout le plus voisin. Le vase de» grès, de forme conique, dont on se sert encore en Provence, représente ce type primitif et chacun connaît la façon expéditive dont on se débarrasse la nuit de son contenu. Le meuble élégant qu'on trouvait autrefois dans tous les garde-robes a été le premier perfectionnement de ce système. Au XYII® siècle, on ne connaissait pas autre chose. Le palais de Versailles ne renferme pas un seul cabinet

(!) E. HiCHARD, Précis d'hygiène applitfuée, 1801, p. 20i.

d'aisances et Saint-Simon nous a appris comment ses 25.000 habitants trouvaient le moyen de s'en passer. Aujourd'hui la chaise percée ne se rencontre plus que dans les chambres de malades, et il y a des cabinets d'aisances dans les plus pauvres maisons. Nous avons indiqué les règles qui doivent présider à leur installation (1). L'appareil récepteur doit encore être l'objet d'une attention plus grande. L'hygiène a du reste réalisé à son égard de remarquables progrès.

Les cuvettes à soupape du système Rogier et Mothes ont constitué un premier pas fait dans cette voie. Elles existent encore dans presque toutes les maisons construites il v a une trentaine d'années. Le fond de la cuvette est reçu dans un petit bassin en cuivre et plongé dans une couche d'eau qui y reste en tout temps et empêche les gaz de refluer. Ce bassin est à bascule. Il est mis en mouvement par une tige aboutissant à un bouton qui déborde le siège. Lorsqu'on tire sur cette poignée, le bassin bascule et déverse son contenu dans le conduit qui se trouve au-dessous et qui se rend obliquement et sans inflexion au tuyau de chute. La traction fait en même temps tomber dans la cuvette un jet d'eau provenant du réservoir que nous avons décrit plus haut. L'ouverture qui lui donne issue est dirigée de telle façon qu'il parcourt la cuvette en spirale, en entraînant les matières fécales adhérentes aux parois. Lorsqu'on cesse de tirer sur le boulon, un contrepoids fait remonter le bassin qui s'applique de nouveau sur l'ouverture de la cuvette avec la petite couche d'eau qui sert d'obturateur. Le conduit qui vient du réservoir d'eau se ferme en même temps.

Il existe d'autres modèles de cuvettes à bascule ou à clapet (2), mais celui-là est le plus répandu. Tous ont l'inconvénient de nécessiter des soins sans lesquels la cuvette et le tuyau s'encrassent, la bascule cesse do jouer, l'obturation ne se fait plus et les gaz remontent de la fosse dans l'appartement. Dans les maisons très bien tenues, ces inconvénients sont palliés par une attention soutenue et des réparations fréquentes : toutefois les hygiénistes préfèrent aujourd'hui les cuvettes à syphon hydraulique. Celles que fournit l'industrie sont de formes très variées; mais elles peuvent se rapporter à deux types : la cuvette conique et la cuvette à retenue d'eau. La première (fig. 50) a la forme d'un tronc de cône dont la paroi postérieure se rapproche de la verticale et dont le sommet se raccorde avec le siphon. Dans le second (fig. 51) la cuvette a la forme d'un bassin dont le fond très légèrement concave peut retenir une couche d'eau de 35 millimètres de profondeur, au milieu de laquelle tombent les matières fécales qui, de cette façon, n'adhèrent pas aux parois.

Les cuvettes et les siphons sont en grès vernissé, solides et faciles

(1) Chapitre III, article II, fi 2, p. 326.

{2} Pour les diflV'reiils systèmes de cuvettes et d'appareils, voyex J. et E. PUTZETs, VHi/fjirne dana la construction des hahitations privées, 2« édition, 188 -, p. 373 et suivantes.

à nettoyer. L'appareil est muni d'un petit réservoir de cbasse à tirage. Comme les personnes peu soigneuses ou les enfants peuvent oublier de tirer sur la chaînette ou le font trop brutalement, on a imaginé des tirages

Cuvelle du Ijpe conique.

Fig. 51. — Cuvette

qui fonctionnent automatiquement soit par le poids du visiteur lorsqu'il s'assied sur le siège, comme dans le système Sennins, soit lorsqu'il ouvre ta porte pour se retirer comme dans les systèmes Aimond,' Geneste et Herscher. H. Aimond a également imaginé un mode de lirage qui est actionné par le poids du visiteur lorsqu'il quitte le siège (fig. 92). Ce système ne comporte pas de siège. Il n'en est pas de même des précédents.

Dans les maisons soignées, la cuvette, quel que

soit son type, est contenue dans une caisse dont la

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