O.'OO
(1) Léon (îaUTHIER, Le tout à l'èijout et rum lini^icin nt de It S-ine p^ir l'utdis ition agricole dex enux ffég<nit dtf P(ivi<. Pari-, 1S87, p. 17.
(2; Rrouardel, Rapftf'i^f à la Commission df l'ass lifi-sse'meuf tlt- lutrin {/or. cit.) p. 20.
Traité d'hygiène publiqne et privée. 27
Les gaz qui sï^chappent des fosses fixes contribuent également à infecter l'atmosphère. Pour leur donner issue, on a muni ces fosses de iuyaxix iïèxent qui débouchent sur le toit, au niveau de la souche des clieminées ; mais ils ne fonctionnent avantageusement qu'à la condition qu'un courant ascendant se produise dans leur intérieur. Pour renverser le courant, il suffit d*un abaissement de température ou d'un changement dans la direction du vent qui refoule l'air dans le tuyau d'évent et fait remonter les gaz par le tuyau de chute dans les cabinets et dans les appartements. On peut régulariser le tirage par un moyen que nous avons déjà indiqué et qui est recommandé par Pettenkofer. Il consiste à prolonger le tuyau de chute jusqu'au-dessus du toit, en lui conservant une section uniforme depuis le bas jusqu'en haut. Dans le bout supérieur, on maintient allumé soit un bec de gaz, soit une lampe à pétrole. On détermine ainsi un courant ascendant dans le tuyau de chute, transformé en tuvau d'évent.
On peut aussi brûler les gaz avant de les déverser dans l'atmosphère, à l'aide de l'appareil inventé par M. Page, ingénieur à Nantes (1). Cet appareil un peu coûteux n*est utile que dans les habitations collectives où de grandes fosses répandent dans l'air des torrents de gaz délétères. On a également imaginé des ventilateurs mécaniques mus par des ressorts ou par le vent ; mais ce sont là des moyens dispendieux, incertains et peu pratiques.
Dans certains cas, les tuyaux d*évent sont obstrués par des toiles d'araignées, de la poussière, de la suie tombée des cheminées voisines ; dans d*autres, ils se brisent dans un point de leur parcours ; les gaz passent alors dans les chambres voisines et les empestent; ils peuvent même produire des accidents analogues à ceux qui menacent les vidangeurs. M. Brouardel en a relaté un cas très probant, dans le rapport que j'ai cité plus haut {^). Enfin lorsque les tuyaux d'évent fonctionnent à souhait, ils infectent l'atmosphère à la hauteur des mansardes. Par les temps calmes, dans l'été, les gaz retombent lentement avec la fumée, et pénètrent dans les appartements, par les fenêtres demeurées ouvertes.
Au lieu d'évacuer ou de brûler l(^s gaz, on a essayé de les détruire et on a mis pour cela en usage tous les désinf (Mutants connus. Les uns, tels que l'acide borique, l'acide phénique, le sublimé sont d'un prix trop ék^vé pour ètn» employés à cet usage : les seuls pratiques sont : le chlorure de chaux dont la vogu(» est bien tombée ; le sulfate de fer qui a été très vanté il y a une vingtaine d'années et qui a l'avantage de coûter très p<»u cher (il en faut, d'après les règlements, 100 kilogrammes à 28' pour une fosse de 14 mètres cubes) ; \ huile lourde de houille qui
{\) Encyclopédie dhygii'np, t. III, p. 643, et E. RiCHARDj Précis d'hygiène appliquée {lot;. W/.), p. 4i8.
«2) Uroi'ARDFL, Rapport a la Cottimissioti de l'assainisiemetit de Paris {loc. cit.), p. 31
L*HABÎTATI0N. 4id
a été recommandée par le docteur Emery-Desbrousses, parce qu*elle a l'avantage de former à la surface des matières une couche mince qui empoche tout à la fois, la fermentation et le passage des gaz ; le sulfate de zinc qui coûte bien cher et dont remploi est pourtant réglementaire à Paris ; le crésyl qui s'emploie en émulsion à 10 p. 100, dont on verse, parle tuyau de chute, 10 litres par mètre cube et le lait de chaux à 20 p. 100 qui est un excellent désinfectant des matières fécales et qui détruit complètement Todeur, sans dég^er d'ammoniaque, lorsqu'on l'emploie journellement et à doses fractionnées (1). Je passe sous silence les désinfectants composés dont les formules sont tenues secrètes et qui ne sont que des mélanges des précédents et je mentionne pour mémoire l'acide sulfurique nitreux que MM. Girard et Pabst ont proposé d'appliquer à la désinfection des fosses à l'aide d'un appareil de leur invention (2).
Aucun de ces moyens ne réalise complètement le but et ne parvient à détruire l'odeur fétide des fosses fixes ; tous peuvent rendre des services, en produisant une désinfection momentanée au moment de la vidange et en permettant aux ouvriers de s'acquitter sans danger de leur répugnante besogne.
Les fosses fixes ont d'autres inconvénients tout aussi graves que ceux qui précèdent; elles rendent la propreté des cabinets impossible et impliquent l'existence, au voisinage des villes, de ces immondes réservoirs de matières fécales qu'on appelle des dépotoirs.
Dans les maisons bien tenues, on peut, avec beaucoup de soins et une petite quantité d'eau, maintenir les cabinets d'aisances dans un état de propreté convenable ; mais il n'en est plus de même dans les habitations louées à des ouvriers et à de pauvres ménages. Les propriétaires de ces immeubles ne veulent pas introduire Teau dans les lieux d'aisances, parce que les fosses seraient trop vite remplies et qu'il en coûte cher pour les vider. L'eau qui entre dans la maison revient à 35 centimes par mètre cube ; mais celle qui en sort sous forme de vidange paie 8 francs par mètre cube pour Textraction. De là, la malpropreté et la puanteur des cabinets dont les tuyaux s'engorgent et laissent parfois leur contenu couler dans l'escalier. La fosse fixe a pour conséquence inévitable la guerre à l'eau et l'infection des cabinets.
L'opération de la vidange est tout aussi fâcheuse. Elle se renouvelle d'autant plus souvent que la fosse est plus petite et la maison plus peuplée ; malgré tout le soin qu'on a mis à proscrire Teau, et malgré les fuites, il faut au moins vidanger une fois par an. On y procède de diverses façons.
(i) Avec le sulfate de fer, la neutralisation des gaz coûte 2 fr. 50 par jour pour 1.000 hommes, 0 fr. 51 avec Thuile lourde de houille, 1 fr. 10 avec le crésyl, 0 fr. 04 avec la chaux, 0 fr. 41 avec le brûleur de gaz et 0 fr. 50 avec un boc de gaz allumé dans le tuyau d'évent.
(2) H. Napias et A.-J. Martin, Vétude et les progrès de Vhygiène en France {loc, eit ), p. 207 et 208, flg. 164 et 165.
420 TIUITÉ 1)'I1Y<:1KNE PLBLHiUK KT PUIVÉK.
La plus simple, la seule* qui existât du temps d'Halle et de Parent Duchélelot, est la vidanj^e au seau que nous croyons inutile de décrire, parce qu'elle est en <l<^suétude à peu près partout. C'est la plus immonde et la plus dangereuse pour les ouvriei^s. l'n procédé un peu moins primitif consiste à se servir d'une pompe pour aspirer le contenu des fosses au lieu de l'enlever à la main ; mais il nécessite une opération préalable, le brassage, qui consiste à remuer la matière avec de longues peri'hes jusqu'à ce qu'elle soit bien homogène. Pendant qu'on y procède, les gaz mis en liberté se répandent dans la maison, font tourner le lait et noircissent les dorures. Le docteur Lasgoutte s'est assuré qu'un papier préparé à l'acétale de plomb noircissait à dix mètres de hauteur dans l'escalier, pendant ropéralion.
Malgré le brassage, il reste encore dans la fosse des matières que la pompe ne peut enlever et, lorsqu'elle est presque vidée, il faut que les ouvriers y descendent pour terminer le travail. C'est le moment dangen'ux de l'opération, c'est celui pendant lequel ils sont exposés à être asphyxi/'S par les gaz.
Les accidents auxquels les vidangeurs sont exposés sont de deux sortes. Les gaz ammoniacaux qu'ils désignent sous le nom de mitte déterminent chez eux une ophthalmie parlicidière caractérisée par une irritation In-s intense de la conjonctive et de la pituitaire, avec douleurs vives, enchiffrènemenl et obscurcissement de la vue, suivis d'un écoulement al)ondant de larmes et de mucus nasal. Le tout se termine au bout de quelqu(*s jours. Les ouvri(TS expérimentés s'en préservent en sortant de la fosse aussitôt qu'ils ressentent l'impression irritante des gaz ammoniacaux, en se lavant les yeux à l'eau fruielie et en restant pendant 20 ou 30 minutes à l'abri de la hmiière dans un air pur et frais. La mitte ne cause en somme qu(» des troubles sans gravi ti». Il n'iM) est pas de même du p/amb. C'est le nom que 1rs vidangeurs donnent aux gaz qui déterminent chez eux des accidents morlels. ('/est raci<le sulfbydrique et le suif hydrate d'ammoniaque qui produisent ch(»z eux celle intoxication. Dans des cas tpès rares, l'air de li^ foss(» a eomplèlenieni perdu son oxygène», qui a été remplacé par de l'acide» carbonique et de l'azote, c'est alors une asphyxie qu'ils délermin(»nt, mais les accidents types causés par le plomb sont ceux de l'empoisonnement [)ar l'acide suHliydrique.
Je n'ai à m'oceuper ni <le la symptomatologie ni du traitement de celle intoxication : le rôle dt^ l'hygiène se borne à la prévenir. Les moyens employés pour cela consislenl à faire descendre dans la fosse, avant d'y pénétrer, une chandelh» allumée ou un réchaud plein de charbon incaiulescenl. 11 rsl prudent «raltaoher le premier ouvrier qui s'y introduit avec une ce^inlure en cuir à laquelle on fixe une corde tenue par deux hommes. On a imaginé des masques avec des yeux de verre, des scaphandn\s. pour tlcsccndre dans les fosses suspectes, mais les ouvriers ne veulent pas s'en servir. Ou attache aujourd'hui plus d'importance aux
désinfectants dont remploi a été rendu obligatoire à Paris par l'ordonnance du 11 novembre 1880.
Les accidents causés par le plomb et la mittc sont devenus beaucoup plus rares depuis que les procédés de vidante par aspiration se sont perfectionnés et que Fusage s'en est généralisé. Les appareils en usage aujourd'hui sont de deux sortes. Le plus répandu consiste dans un grand tonneau métallique placé sur une voiture qui vient se placer devant la maison à vidanger et qu'accompagne une petite pompe à vapeur. Des tuyaux en cuir ou en caoutchouc meltent la fosse en rapport avec le récipient et la pompe ; l'aspiration se produit rapidement. Le tonneau porte une jauge automatique indiquant son degré de réplétion. Les gaz qui s'en dégagent rencontrent, sur leur passage, un petit fourneau dans lequel ils se brûlent.
Dans le second procédé, le vide est fait à l'usine même dans de grandes tonnes de fer à parois solides, qu*une voiture transporte devant la maison. On met la tonne en communication avi^c la fosse à l'aide d'un gros tuyau et les matières montent dans le récipient, sous Tinfluence de la pression atmosphérique. Dans les deux cas Topération se fait proprement et sans écoulement de liquide. Bien que ces appareils ne soient pas complètement inodores, ils constituent un progrès très sensible. La combustion du gaz n*est pourtant pas complète. L'ammoniaque dispamt, mais l'acide sulfureux échappe et d'ailleurs le plus souvent les ouvriers laissent le feu s'éteindre pour ménager le combustible 1). On a essayé d<^ remplacer le fourneau par une caisse désinfectante à deux compartiments renfermant une solution de sulfate de cuivre et du chlorure de chaux ; mais, comme le p<issage des gaz à travcTS cetti» caisse* rah^itit Topération, les ouvriers les font passer à coté de l'appareil laveur.
Le dernier inconvénient des fosses fixes, celui qu'elles partagent du reste avec tous les systèmes à réservoirs, c'est qu'on ne sait que faire du contenu des fosses. Dans les petites localités, les paysans viennent les chercher avec leurs tonneaux et leurs charrettes et vont les répandre sur leurs champs ; dans le nord (\r la France, on les r(»cueill(» dans des cifcrties à engrais qui sont étanches, cimentées, <»l i\m sont rangées dans la première classe des établissements insalubres ; mais les grands centres produisent de telles quantités de matières, qu'il est impossible de les disséminer ainsi, l/existenee des dépotoirs est liée à celle des tinettes, des foss<*s fixes et de certaines cannlisutiinis spéciales. (]'esl un véritable fléau pour les villes et la condamnation des systèmes qui m nécessitent le maintien. A Paris, leurs inconvénients sont encore plus frappants quailleurs. On peut estimer avec Tranklaud (jur h' poids moyen des déjections humaines s'élève à î)0 grammes <ie matièrrs fécales et à 1.200 grammes d'urine, par jour. Kn y ajoutant l'eau des cabinets
(I liROl'ARDEL, Ha|»p<)rt à la (UMiiiiiissioii de riissaiiiissrnieiit de l\iris (lor. cf.), p. 'Mi.
d'aisances d'une part et en supposant de l'autre que cette addition soit compensée par les fuites des fosses, il n'en reste pas moins par jour environ 3.000 tonnes de matières à enlever ; on comprend par là ce que doivent être les dépotoirs qui les reçoivent. L'établissement de Bondy à lui seul fait passer par ses bassins un million et demi de mètres cubes de vidanges par an. Les eaux-vannes, qui en proviennent* vont à la Seine et la plus grande partie de la matière solide git à l'état pAteuz dans des bassins où elle forme un immense cloaque dont le volume dépassait déjà 100.000 mètres cubes en 1877. C'est ce dépôt qu'en langage administratif on appelle le stoch de Bondy (1).
Indépendamment des dépotoirs, il s'est fondé, autour de Paris, des fabriques de sulfate d'ammoniaque qui lui font une ceinture d'infection et répandent sur lui leur souffle empesté (2).
Les manipulations auxquelles on se livre dans ces établissements diffèrent, mais elles sont aussi dangereuses que répugnantes (3). L'odeur acre, nauséeuse qui se dégage des usines où on fait cuire les matières fécales est cependant plus odieuse encore que celle qui vient des dépotoirs. Les unes et les autres conspirent pour empoisonner Paris. La région du Nord-Est est celle qui en souffre le plus ; lorsque le vent souffle de cette direction, il transporte les émanations jusque dans les quartiers du centre (4).
Il faut à tout prix faire cesser cette cause d'insalubrité en supprimant les fosses fixes : mais il y en avait encore, au mois d'août 1802, 64.080(5) dans Paris, et il faudra bien du temps pour les faire disparaître. U s'agit maintenant d'exposer les différents systèmes proposés pour les remplacer.
B. Canalisations. — L'emploi d*une canalisation spéciale pour conduire les matières de vidange des fosses aux dépotoirs et aux usines comporte plusieurs variantes, suivant que les matières s'y rendent par leur poids ou sous Timpulsion d'une force mécanique. Le premier mode est représenté par le système Waring.
Système Waring, — Il a été défini dans les termes suivants par son inventeur au meeting de Xash ville tenu par la Société américaine d'hygiène publique :
l*" Emploi, pour la construction des égoûts, de conduites à petit diamètre
(1) Aimé Girard, Hnpport à la Commission de r.issaiiiissemcnt de Paris, p. 154.
(2) Kn 1881, lorsque M. Aimé (îiRARb a rendu compte ù la Commission de Tassainissement de Paris, de Tenquéte qu'il avait été chargé de faire sur ces établissement», il y avait quatorze dépotoirs à l'air libre, huit dépotoirs avec usine annexée et deux usines sans dépotoir. Cinq de ces établissements étaient antérieurs à 1830, neuf avaient été créés de 1850 à 1870, et neuf de 1870 à 1880.
(3; Pour le ser>ice des dépotoirs et les manipulations qui se font dans les fabriques de sulfate d'ammoniaque, voyez : Encyclopédie (fht/fjirne, t. Il], p. 290 et suivantes.
(4) Communication du préfet de la Seine à la Commission de Tassainissement des habitations, août 1892.
(5) L. DORRÉ, L'infection de Paris et de la bardieuCy Paris. 1883.
uniquement affectées à Tévacuation des eaux-vannes et des matières fécales, à l'exclusion des eaux de pluie ;
i? Ventilation obtenue, dans les égouts et les branchements des maisons particulières, par un grand nombre de prises d'air et de cheminées s*élevant au-dessus des toits ;
3"* Communication directe de chaque branchement particulier avec Fégout sans aucun diaphragme ni fermeture hydraulique ;
4^ Lavage journalier des égouts au moyen de chasses pour lesquelles on utilise Teau accumulée dans les réservoirs placés à leur origine d'amont. Ce système a été inauguré, en 1878, à Memphis et depuis à Knew, à Norfolk, à Omalia, à Pulmann. On en a fait Tessai à Paris, en 1884, dans la rue Vieille-du-Temple sur une longueur de 735 mètres.
"Le système Waring est simple, peu coûteux et s'installe rapidement ; mais il expose aux obstructions, à Tenerassement et par suite à la rupture des tuyaux. Cet accident s*est produit à Paris comme à Memphis et en 1886, à la suite d'une de ces obstructions, les caves de rimpriinerie nationale furent envahies.
Les systèmes dans lesquels on a recours aune force mécanique, agissent par refoulement ou par aspiration. Le système Shone est dans le premier cas, les svstèmes Liernûr et Berlier dans le second.
Système Shone, — Dans ce système, le refoulement est produit à l'aide de grands réservoirs où l'air est comprimé par des pompes et soumis à une pression de plusieurs atmosphères. iCes réservoirs communiquent avec des tuyaux éjecteurs qui donnent dans le réseau d*égout. Lorsqu'on ouvre le robinef^de communication, Tair comprimé s'élance dans ceux-ci, et y produit une chasse qui les vide vi les nettoie tout à la fois.
Le Shone système est établi depuis six ans dans la ville d'Eatsborn qui a 4.600 maisons et 70.000 habitants : il y donne de bons résultats. Comme en définitive les matières de vidanges sont déversées dans les égouts, ce système n'est qu'une variété du tout à règout, dans lequel les chasses sont effectuées à l'aide de Tair comprimé au lieu de l'être avec de Teau accumulée dans des réservoirs. Toutefois, comme le système Waring, il exclut les eaux de pluie de la canalisation.
Système Liernur, — Il a pris naissance en Hollande, il y a une quarantaine d'années. Mis en essai à Amsterdam, il a été ensuite appliqué à Dordrecht et à Leyde. On Ta essayé à Prague, à Hanau, à Brun<», à Olmûltz et en Amérique. Dans son pays d'origine même, on n'en a pas été satisfait et cela se conçoit.
Le système différenciât eu r du capitaine Liernur se compose de deux canalisations absolument séparées. L'une» reçoit les eaux pluviales, ménagères et industrielles, l'autre n'admet qu<^ les matièn\s fécales et les urines. Celte dernière est en fonte et forme un réseau branché aboutissant à un réservoir commun à tout un groupe dt» maisons et n^lié à l'usine» centrale par une conduite expéditionnaire. L aspiration est produite par
des pompes à vapeur qui font le vide dans les réservoirs, y appellent les matières el les refoulenl ensuite dans la conduite expédilionnaîre. Tout cela se fait à Taide d'un jeu de robinels fîicile à comprendre el, quand les vidanges sont arrivées à l'usine, celle-ci les rejette dans des batoaux qui les transportent sur les terrains où elles sont utilisées. On comprend combien ce système est inféri<»ur. Il peut convenir à une ville bâtie sur pilotis où les égouts sont impossibles, où on était réduitauparavant à jeter les vidanges dans les canaux ; mais il est bien inférieur à celui dont nous allons parler.
St/Mi^me Berlicr, — (^est le sysième Liernur p<»rfeclionné. Il prend h'S matières à leur point de départ el les transport (^ dans les usines de transformation par une canalisation parfaitement close. L*appareil se compose de deux parti(»s : 1" iVan n'wi'jtfrftr dans li»quel tombent les matièn»s et qui se placer sous W tuyau de chute, à la même place que les tinettes ; îi" d'un cvacntitcar relié au récepteur par un luyau de 8 centimètres d<^ diamètre (jui r(*çoit h^s vidanges et les transmet à un tuyau dans lequel 1<^ vide est fait. Cette double transmission s'opèn* à l'aide d'un jeu de soupapes très ingénicMix ; les matièi-es pompées par l'usine d'aspiration y sont reçues dans des réservoirs où le vide est constant et d'où elles sont reroulé<»s par des pomp<'s jusqu'aux usines à transformation (1).
Le système Berlier a été installé à Lyon en 1880 par son inventeur. Il a été appliqué en 1881 à Paris dans deux régions situées dans les II* et VIII*^ arrondissements: il fonctionne depuis à la caserne de la Pépinière. Kn 1883, la commission de l'assainissement de Paris fut appelée à se prononcer sur ce systèmt». Le rapporteur, M. Roussel le, conclut en émettant l'avis que les études (jue M. Berlier avait soumises à la (llommission n'étai(»nt pas assez coniplèl(»s pour permettre^ d'adopter son système ; qu'il fallait lui fournir les moyens <le continuer ses expériences, en tK)rnant leur application aux dcMix régions qui lui avaient été concéd('*es (ïi).
La Société de méilecinr publitpie s'<»st également occupée du système FJerliiM* : rlle a «'Ulfudu, le ^8 juin I88i, le rapport d<* M. Hudelo qui conclut de la même manière, (le svstèmc fonctionne bien à Lvon, à la caserne. d<» la Pépinière et dans le Mil*' arrondissement; mais il serait imprudent de l'appliquer à toute l'étendut» d'une ville de deux millions et d<'mi (rhabitanls, (pii a ^'lO.OOO chutes et dont il faut (»nl(»ver chaque année 8.r)00.00() mèln*s cubes de vitlanges, d'après l'évaluation de M. Berlier lui-même i3 .
(1i i*oiir los (Iclails rrlalifs cl riiislallalioii du svsti'iiu', voyez : J.-H. Rerlier, Hijtjiènt et s'tluhvih' (if s <ft,ini/rs riiirs. Paris, ISSG.
(2> Uapporl sur le sy. (riiir Un lin* |>iiiii- lu rn>rplii)ii et rôlimiiialton des viilaiijccs, pur M. lUiL'ssKi.LK. iiii|iriiii(Mir iialiiMiale. I*.S'>
'.'i liapiMirl Mil h'. ^y^l('Ill■.î piojKisi'; par M. ll-ilitT pour reiili'voiiieiil th-^ vi«l.tii]*es. par M. lliDKi.o H m ' lihifffi -nr. Iss2, t IV. p. Wt .
Le système proposé par la commission de l'assainissement de Paris et exposé dans le rapport déjà cité de M. Brouardel, se rapproche quelque peu du précédent ; mais il comporte des réservoirs provisoires, nécessitant des vidanges périodiques avec Textraction au seau des matières dures et la proscription de Teau dans les cabinets. Il aurait les même» inconvénients que ceux que nous avons déjà énumérés.
Indépendamment de la malpropreté des cabinets résultant de la proscription de Teau, les canalisations spéciales reposent sur l'emploi d'appareils mécaniques faciles à se détraquer. Or, on ne peut pas confier à un outillage compliqué un service aussi important que les vidanges d'une grande ville, dont l'assainissement ne peut pas être suspendu parce qu'un levier fonctionne mal, parce qu'un tuyau s'obstrue. Enfin? tous ces systèmes ont un vice ra<iical qui les rend inacceptables, c'est qu'ils exigent l<^ maintien des dépotoirs et des industries immondes qui y sont annexées. Pour les grandes villes, il n'y a réellement qu'un seul systt»me qui convienne, c'est celui que nous allons exposer.
C. Tout à J'ég^ut. — Il supprime l(»s fosses, les tinettes, W transport des vidanges, les dépotoirs et les usines à transformation ; il les remplace par l'évacuation immédiate de toules les matières excrémenlitielles chassées de la maison par un courant d'eau et par leur entraînement continu, rapide dans le torrent des eaux d'égout, jusqu'aux champs d'irrigation qui les purifiant et les utilisent. CVst donc le système» le plus simple et le plus rationnel ; mais il exige» un ensemble de t'onditions sans lesquelles il est inapplicable.
Il faut d'abord que toutes les parlies du réseau dans lequel on applique le tout à t'àffout soient parfaitement étanches e^ qu'elles aient une pente suffisante pour assurer la rapidité de l'écoulement: il faut de plus que la ville qui Ta adopté soit assez abondamment pourvue» d'eau pour la faire monter à tous les étages et pour en pourvoir les cabinets d'aisances, à raison de iO litr(»s par jour et par tète, il faul enfin que cette ville ait à sa disposition des champs d'épandage» snffisanls pour rec(»voir toutes les eaux d'égoul, et qu'elle ne soil pas forcée d'en écouler une partie dans les cours d'eau.
La pente des égouts où les vidang<»s sont admises doit être au minimum d'un centimètre par mètre ; ils ne doiv(»nt présenter ni angles ni recoins, il faut que la cuvette soil lisse» et qu'e»lle» ait une» forme demi-circulaire. Il faut (»nfin que Teneluit soit en parfait état. Dans les égouts réc(»mment construits à Paris, on a supprimé le»s ampoules que les branchements de maison formaient en rejoignant le r(^se»(iu. Ils se» rattachent maintenant à l'aide ele raccorels ce)urbes et sont murés en prolongement de son conduit latéral.
On a prétendu epie» rèlanehèilé ele's e'»gouls était un mylhe e»l que le»s matières finissai<»nt toujours par transsueleM* comme» élans le's fosse»s
d'aisances. M. E. Trélat a fait justice de cette objection en prouvant qu*il n*y avait aucune analogie entre les deux cas (i). Avec les matériaux de choix qu'on emploie aujourd'hui et le soin qu'on apporte dans leur construction , les égouts sont étanches ; mais ces conditions faciles à réaliser dansJes villes où les ingénieurs sont maîtres du terrain et créent un réseau de toutes pièces comme à Londres, à Berlin , à Breslaw, à Dantzig, à Bruxelles et dans les villes d'Amérique, sont bien plus difficiles à obtenir dans les villes dont le réseau est ancien, a été construit par portions à de longs intervalles et dont quelques parties dépourvues de pente sont au-dessous du niveau des collecteurs, comme cela se voit dans certains quartiers de Paris. Il est évident qu'il n'y a pas à songer à appliquer le tout à Végout dans ces quartiers et que, dans une ville ainsi constitue^, le système ne peut être adopté que peu à peu, au fur et à mesure de la réfection des égouts.
La condition de l'eau est tout aussi absolue. Il faut qu'elle produise un effet instantané, qu'au moment où les matières tombent dans la cuvette, les dix litres d'eau s'y précipitent, divisent, brassent et entraînent dans le tuyau tout ce qui vient d'être déposé. Ce nettoyage nécessite des dispositions spéciales dans les cabinets d'aisances. Il y faut d abord un réservoir de chasse. Il peut être à tirage ou automatique. Ce dernier est de beaucoup préférable ; il en existe de nombreux modèles ; les plus connus sont ceux de Geneste et Herscher, Âimond, Hanoteaux, Doulton, Herbert et Le Breton (2). Les meilleurs sont les plus simples et ceux qui, tout en assurant un lavage parfait, consomment le moins d*eau et n'exposent à aucune déperdition par siphonnage ou trop plein.
La cuvette conique, allongée, se termine par un siphon hydraulique à l'aide duquel elle se continue avec le conduit qui se termine au tuyau de chute. Celui-ci ne doit pas avoir plus de dix centimètres de diamètre, pour que les chasses soient plus efficaces. Il est ouvert par en haut, afin d être constamment aéré et présente un nouveau siphon hydraulique, à Teudroil de sa jonction avec Tégout domestique qui reçoit en même temps le tuyau de chute des eaux ménagères et des eaux pluviales et transmet le tout à Tégout de la rue (3). Ces différentes dispositions sont représentées dans la figure suivante (fig. 58).
La nécessité de terrains d'épandage suffisants s'impose de même ; mais l'adjonction des vidanges aux eaux d'égout ne la rend guère plus impérieuse. Nous avons vu que ces (»aux n'étaient pas notamment plus souillées
\i)E. Trélat^ Rapport à la Société de médecine publique sur révacuation des vidanges par la voie publique, lu à la séance du 2*'> janvier i882 'Revue ff hygiène^ t. IV, p. 11i>-
(2) Ces réservoirs de chasse sont décrits et figurés dans le Traité d'hygihie appliqua d'E. Richard, page 149 et suivantes.
;3) Règlement relatif à Tassa inissement de Paris, voté par le conseil municipal dans sa séance du 28 février 1887. — In conférences sur les villes assainie? faites par M. Loui$ Masson, inspecteur de l'assaiDissement de Paris, faite au 1V« congrès provincial des architectes, à Toulouse, le 24 septembre 1887.
dans les villes qui pnUqaent le tout & l'égout qne dans les autres (1) et cela se conçoit. Les 2.t(iXI mètres cubes de vidanges, tombant chaque jour dans une masse de tlOO.OOO mètres cubes d'eau d'égout en mouve-
Fig. 58. — Coupe en «Kvition il'iii
n dcsserrie pnr le U
il IVgoul.
ment n'en représentent que la 200"' partir et c'est à peine si on peut s'en apercevoir.
On a cependant accusé cette adjonction de tous les méraiu reprochés à l'épandage. Durand-Claye, qui a consacré sa vie à la dércnsc de ce système, qui a mis au service de cette cause son expérience, ses talents
(I) Chipiire III, art. I", \ 6. t. IV, Kaux d'igout, page 2ft2.
pas qu'il soit plus dangereux que d'autres produits ; mais on admet que Taugmentation de ces derniers marche parallèlement avec la sienne. Or Tair commence à être vicié, lorsqu'il renferme plus de 4 volumes p. iO.OOO d'acide carbonique ; à 7, il est pourtant inoffensif, mais au-dessus de 10 il doit être regardé comme insalubre (Peltenkofer). On ne doit pas tolérer plus de () p. 10. 000 dans les appartements (De Chaumont).
Un peut aller plus loin dans les locaux où on ne séjourne pas, Ainsi, dans les théâtres, à la fin des représentations, Tacide carbonique monte jusqu'à 10 et même 32 p. 10.000 et, dans certaines écoles, il s'élève de 24 à 90 pour 10.000, pendant les classes. Ce sont là des proportions exagérées et éminemment antihygiéniques. II est vrai qu'on ne passe que quelques heures dans ces salles et qu'on n'y couche pas. On peut, dans ces conditions, supporter sans mourir des atmosphères encore plus chargées. Pettenkofer a séjourné quelque temps, sans ôtre positivement incommodé, dans un air qui contenait 1 p. 100 d*acide carbonique, et Forster, dans une cave où l'air en renfermait 4 p. 100.
Il faut que l'air contienne le quart de son volume d*acide carbonique pour qu'il ne puisse plus entretenir la combustion. Il est mortel pour les reptiles entre 13,5 et 17 p. 100. Les mammifères peuvent aller jusqui 30. Il est bien entendu qu'il faut pour cela que l'acide carbonique n'ait pas été produit par la respiration, car dans ce cas, ce n'est pas lui qui tue, ainsi que nous allons le voir.
On croyait autrefois que, dans l'asphyxie par le charbon, la mort était causée par Tacide carbonique ; on sait aujourd'hui que c'est l'oxyde de carbone qui la produit. Quelques auteurs ont conclu de là que l'acide carbonique n'était doué d'aucune propriété toxique : c*est aller trop loin. Les animaux meurent beaucoup plus vite dans l'acide carbonique que dans l'azote qui n'a lui que des propriétés négatives. Ils succombent également dans une atmosphère d'acide carbonique, même alors qu'on y introduit assez d*oxygène pour entretenir la combustion. Paul Bert a démontré que l'acide carbonique est toxique à la façon des anestbésiques. € L'acide carbonique, dit-il, est un poison universel qui toe » animaux et végétaux de grande taille ou microscopiques, qui tue les » éléments anatomique^ isolés ou groupés en tissus. Et tout cela n'a rien » d'étonnant, puisqu'il est le produit d'excrétion universelle de toutes » les cellules vivantes. Sa présence empêche l'excrétion et arrête par • conséquent, en y opposant un obstacle terminal, toute la série dei » transformations chimiques de la vie qui commencent par l'absorption » d oxygène et finissent par le rejet d'acide carbonique. La vie végétale, » la germination, le développement des moisissures, la putréfaction, » sont ralentis, suspendus, arrêtés définitivement par l'acide carbonique )> sous une tension suffisante ».
Les faits précédents ont sans doute un grand intérêt en ce qu'ils expliquent le mode d'action de l'acide carbonique ; mais il est bien rare
qu'on ait roccasion de le respirer à Tétat de pureté. Dans l'air confiné dont nous nous occupons maintenant, il est mélangé aux éléments que nous avons énumérés et notamment à l'élément toxique que contient Tair expiré. Bien que ce principe n'ait pas été isolé, il est démontré par les expériences suivantes : En plaçant une souris dans un flacon muni d'un tube ouvert pour permettre le renouvellement de l'air et contenant des fragments de chlorure de calcium, des éponges imbibées de baryte, pour absorber la vapeur d'eau et l'acide carbonique, Hammond a vu l'animal succomber aussi rapidement que s'il avait été mis dans un flacon bouché.
MM. Brown-Sequard et d'Arsonval ont démontré le même fait d'une autre manière. Us ont injecté dans la carotide de lapins de 4 à 7 centimètres cubes de liquide obtenu par condensation des vapeurs pulmonaires entraînées avec l'air expiré par l'homme et ils ont obtenu des effets nettement toxiques : dilatation des pupilles, ralentissement très marqué des mouvements respiratoires, abaissement rapide de la température, faiblesse paralytique des membres postérieurs. En injectant à un lapin vigoureux 15 centimères cubes du liquide provenant de l'air expiré par un gros chien, les mêmes expérimentateurs ont vu survenir un tétanos promptement mortel.
Le principe toxique que contient l'air expiré est probablement de la nature des ptomaînes ; il est soluble dans l'eau car il passe rapidement à travers un filtre de papier (1). Les matières hygroscopiques, telles que la laine, les plumes, les tapisseries et les murailles humides, la paille, s*en imprègnent facilement.
Les principes volatils odorants qui se dégagent des sécrétions cutanées et sudorales sont très désagréables, probablement très nuisibles, mais on n'a pas d'expériences directes pour le démontrer. Ils sont d'autant plus abondants que les locaux sont plus malpropres et que ceux qui les habitent ont moins de soin de leurs personnes. L'expérience permet aujourd'hui de le constater. Uans les casernes où les hommes prennent chaque semaine un bain par aspersion, où les couvertures et les vêtements sont battus toutes les semaines, où les chaussures et la sellerie sont renfermées dans des réduits à part, il suffit d*une ventilation peu active pour avoir une atmosphère exempte d'odeurs, tandis que dans les conditions opposées, au moyen de la ventilation la plus coûteuse, on n'arrive pas à obtenir la pureté de l'air. Roth nous apprend que, dans les casernes saxonnes, l'air est devenu incomparablement meilleur, depuis que les soldats passent régulièrement à la douche (2). On a fait la même remarque dans les hôpitaux et les écoles suivant que les malades sont ou ne sont pas baignés.
(!) Brown-SEQUabd et d'Arsonval, Démonstration du pouvoir toxique des exhalaisons pulmonaires provenant de Chomme et du chien (Comptes-rendus hebdomadaires do la Société de biologie, 1887, p. 114).
(S) E. Richard, Précis d'hygiène appliquée (loc, cit.), p. 455.
Les micro-organismos auginontont ogalemeut dans Taîr confiné ta dans los mêmes proportions que les autres éléments accidentels. Il y a bien dt^ années déjà que Lemaire, en analysant Tair de caseenates où des soldats avaient passé la nuit, a trouvé, dans le produit de la condensation par la glace de la vapeur dVau contenue dans cet air, des myriades d*organisines microscopiques et a constaté qu'ils provenaient de la cavité buccale, et des replis malpropres de la peau surtout aux orteils (i). Depuis, la liactériologie a trouvé le moyen de compter ces organismes et les expéri(?nces de M. Miquel que nous avons citées, à propos de la composition de Tair (2), ont montré que, tandis que Tair du parc de Montsouris, pris pour type de Tair des champs, compte en moyenne 446 bactéries par mètre cube, on en trouve 36.000 dans un appartement de la rue Monge.
La plupart de ces microbes sont inof Pensifs ; mais il suffit qu^une dos personnes vivant dans cette atmosphère confinée, soit atteinte d'une affection contagieuse pour que .les germes s'en répandent rapidement parmi les autres. [Vailleurs il est démontré que le si^jour babituel d'un air confiné étiole les organismes et les prédispose à contracter les maladies infectieuses. Les animaux auxquels on injecte des liquides septiques vivent plus longtemps à Tair libre que quand ils sont enfermés ; et ceux auxquels on inocule la tuberculose résistent dans le premier cas et succombent dans le second (3).
La viciation de Tair par la présence des personnes est beaucoup plus rapide qu'on ne le croit et les appart«mients, qu'ils soient grands ou petits, seraient promptement inhabitables, si Tair neuf n'affluait pas constamment par les joints des portes et des fenêtres. F. etE. Putzeys ont calculé que, si Ton suppose un homme enfermé dans une pièce cubant 200 mètit*s mais hermétiquement close, l'air de cette pièce aura atteint le taux de saturation (c'est-à-dire 7 p. 10.000 d'acide carbonique), au bout de i h. 39. Ils en concluent que, f)our que l'homme soit placé dans de bonnes conditions hygiéniques, il faut qu'il lui soit fourni, par heure, un volume d'air neuf représenté par 73 mètres cubes (4).
i!*» Dangers de Vair confiniK — Il est rare que le séjour dans Tair conrinc cause la mort ; il en existe cependant dans la science quelques exemples qui sont cités partout et qui prouvent que le fait n'est pas impossible. Il s'est produit en Angleterre», en 1377, aux assises d'Oxford. Camden et Bacon racontent que le méphitisme détermina, parmi les assistants, des accidents t(»lleinent graves, qu'il (»n résulta une épidémie qui enleva
(!) Lem.ukk. Apfilkfitiuu du micro'icofie à l'ctuffe de Vuir confiné.
(2i (liapitrc U, arlicle m, § I'"', ElémenlA accidentels de l'atmosphère^ p. 111.
(3) Brow.n-Skul'aui) cl D'AiiSDNVAi., Recherches sur timportance rFun air vif'é par /ps exhn/aisuJis puhti07ifiires (Comptes rciuiiis de l'Académie- des sciences. 188T, l. îî« p. 1058).
(4, F. et K. PiiTZEYs, Lhf/(jlAfie dans la comlruction des habitation^ ptirées^ 1883, p. 2l(i.
300 personnes en 40 jours. Aux assises d'Old Bailey, en 1750, d'après le récit de Pringle, quatre juges sur six, trois conseillers, plusieurs jurés et une grande partie des assistants succombèrent ; ceux qui survécurent étaient placés à la droite du président près d'une fenêtre ouverte.
Percy raconte qu'après la bataille d'Âusterlitz, on renferma, pendant la nuit, dans une caverne, 300 prisonniers russes pour les mettre à Tabri du froid. Vers le milieu de la nuit, on entendit des hurlements effroyables, et la garde fut sur le point de faire feu. Lorsqu'on enfonça la porte, 40 de ces malheureux se précipitèrent au dehors, jetant de l'écume et du sang par la bouche ; les 260 autres étaient morts ou expirants (1).
Un fait analogue s'était passé en 1756 à Calcutta pendant la guerre des Indes. On avait enfermé pour la nuit 146 personnes dans une pièce beaucoup trop étroite, et quand on ouvrit la porte le lendemain matin à six heures un quart, il n'y en avait plus que 23 de vivantes, encore furent-elles toutes prises de fièvres graves (2). De pareils accidents étaient faciles à prévoir et se reproduiraient difficilement aujourd'hui ; le plus récent a près d'un siècle de date ; mais sans déterminer la mort, l'air confiné produit des troubles dans la santé et peut la détériorer profondément lorsque le séjour en devient habituel. Tout le monde connaît l'état de malaise, d'oppression, d'angoisse qu'on ressent dans les soirées, au théâtre, dans les salles de cours, dans toutes les réunions trop nombreuses où le cubage n'est pas suffisant, où la ventilation n'est pas assurée, où les lumières consomment de l'oxygène et dégagent de l'acide carbonique. Ce malaise peut aller jusqu'à la syncope. Tout cela se dissipe lorsqu'on sort et qu'on respire de l'air frais ; mais à la longue, lors même que la viciation n'est pas portée si loin, l'air confiné détermine de Tanémie ; Tappétit se perd, le sommeil est agité, les grandes fonctions organiques languissent etia prédisposition à contracter les maladies infectieuses se prononce.
Les maisons insalubres ou l'air est impur et insuffisamment renouvelé sont, comme nous l'avons vu, des foyers de fièvre typhoïde, et toutes les fermes de la tuberculose sévissent sur ces organismes appauvris. Il est donc du plus haut intérêt pour l'hygiène d'amener le renouvellement de Tair dans les habitations.
n. Ventilation. — La ventilation consiste à chasser d'un local donné un certain volume d'air vicié et à le remplacer par un volume égal d'air neuf pris au dehors. Ce résultat peut s'obtenir de deux façons, en ouvrant les fenêtres pour établir un courant d'air, c'est la ventilation naturelle, ou à l'aide d'appareils particulieri, c'est la ventilation artificielle.
!• Ventilation naturelle. — Elle peut être insensible ou tumul-
;i) PïRCY, Journal de médecine, 1810.
(2) Mémoire de Write dans les Transactions philosophiques, et le Journal de physique de rabbé Rozier, t. XVIIÎ, p. 148.
tueuse. Cette dernière constitue une véritable chasse d'air comparable aux chasses d'eau. C'est le meilleur et le plus simple des moyens d'aération. La quantité d air qui parcourt une salle dans un temps donné, lorsque les fenêtres sont largement ouvertes, est de beaucoup supérieure à celle que pourraient y faire passer les appareils de ventilation les plus puissants.
C'est ainsi qu'un courant d'air de 10"* à la minute qui incline à peine la flamme des bougies, s'il traverse un appartement, en passant par deux fenêtres opposées ayant i™,5 de large sur 3"^ de haut, y introduit en une heure 2,700" cubes d'air (1).
Cette ventilation tumultueuse, la seule qui ait prise sur les poussières et les microbes, ne peut se faire qu'à travers des fenêtres opposées; si la pièce n'a de fenêtres que d'un côté, le courant d'air frais entre par le bas et sort par le haut de ces ouvertures, il décrit dans la chambre une courbe à convexité intérieure, il ne pénètre pas dans les recoins et le renouvellement de l'air est très incomplet. C'est pour cela que, dans les habitations collectives, on exige que les pièces où l'on couche soient munies de fenêtres opposées.
La ventilation tumultueuse convient parfaitement pour les locaux à occupation intermittente. On profite pour la produire du moment où ils sont inoccupés. Rien de plus facile pour les dortoirs des lycées el les chambres des casernes. Uans les hôpitaux, on peut encore l'obtenir, à moins qu'il fasse un trop grand vent, car la plupart des malades se tiennent en dehors des salles pendant le jour et, quant à ceux qui sont alitéà, il suffit de bien les couvrir au moment de la ventilation et de maintenir fermées les fenêtres situées près de leurs lits. C'est généralement au moment du nettoyage du matin qu'on se livre à cette opération. C'est également ce qui se passe dans les maisons particulières ; on ouvre les fenêtres en grand pendant qu'on fait les chambres et on laisse le courant d'air produire ses effets pendant quelque temps.
La ventilation insensible est celle qui s'opère en tout temps, à travers les murs, par les fentes, les fissures des portes et des fenêtres qui ne joignent jamais hermétiquement, par le va-et-vient des personnes, par les cheminées. Elle est d'autant plus énergique, que la différence de température entre l'iniérieur et l'extérieur est plus grande. Lorsque cette différence est de 10°, la ventilation est double de ce qu'elle est à température égale. Le feu des cheminées l'active considérablement; les petits courants d'air qui se produisent par les mal-joints des portes et des fenêtres deviennent même gênants, lorsque les cheminées ont un fort tirage ; ces mal-joints sont en effet la source principale du renouvellement de l'air dans les pièces closes. D'après les expériences du général Horin, les trois cinquièmes de l'air neuf s'introduisent par cette voie (2). Dans
(1) Ch. Sarazin, Dictioiviaive de médecine et de chirurgie pratiqties^ t. XYII, p. 728.
(2) Général Morin, Manuel pratique du chauffage et de la ventilation.
L'HABlTAtlON. 43î>
une salle d'hôpital de 15 lits, munie d'une porte close, de 8 fenêtres fermées et de quatre orifices d'admission pour Tair neuf, Wisson a trouvé que sur SS^'jSOO d'air frais, 24"',800 seulement entraient par les orifices d'admission, et que les 64 autres s'introduisaient par les fissures de l'encadrement des portes et des fenêtres (1).
Pour faciliter l'évacuation de l'air vicié, sans ouvrir les fenêtres, on a HHîOurs, surtout dans les édifices publics et les habitations collectives, à différents artifices. Tantôt, on transforme un des carreaux de la fenêtre en vasistas, qu'on peut fermer ou ouvrir à l'aide d'un cordon, tantôt on y dispose un de ces disques tournants qu'on nomme moulinet à vent et qui, pour le dire en passant, font plus de bruit que d'effet. Tantôt on y place un petit ventilateur à mica dont les valves légères sont repoussées à l'intérieur par l'air frais et s'appliquent comme des soupapes sur les petites ouvertures, quand le courant tend à se renverser. On a également essayé dans les casernes de remplacer un ou plusieurs des carreaux de vitre par des toiles métalliques ; mais on y a renoncé parce qu'il passait à travers leurs mailles des courants d'air tellement froids, qu'on avait de la peine à empêcher les soldats de coller du papier par dessus, et au bout de quelque temps la poussière remplissait les mailles et la toile ventilatrice ne fonctionnait plus. En Angleterre, on introduit l'air frais par des rainures dans le dormant des croisées, ou en faisant basculer un des ch&ssis mobiles qui l<^s composent, ou bien encore à l'aide de vitres dans lesquelles sont découpés des vides qu'on peut masquer ou démasquer à volonté en faisant glisser dessus un verre plein à l'aide d'un bouton.
En France on préfère aujourd'hui les vitres perforées. On en trouve deux espèces dans le commerce. La plus employée est un verre de 3,2 à 3,5 millimètres d'épaisseur percé de 5.000 trous par mètre carré. Ces trous sont disposés en quinconces ; ils ont la forme d'un tronc de cône dont la petite base a 3 millimètres et la grande 6 millimètres de diamètre. La seconde sorte est en verre de 5 millimètres d'épaisseur, percé par mètre carré de 2.000 trous tronconiques de 4 millimètres pour la petite ouverture et de 7,5 millimètres pour la grande. L'ensemble des petits orifices représente, dans les deux cas, 3,5 p. 100 de la surface totale du verre. La disposition tronconique empruntée aux briques Ellison a pour but de rendre le courant d'air aussi peu sensible que possible. On sait en effet que lorsqu'on souffle dans des conduits de cette forme, en faisant entrer l'air par la grande ouverture, le courant est assez intense pour souffler la flamme d'une bougie placée devant l'ouverture, tandis que si l'on souffle par l'ouverture la plus étroite, le courant s'étale, perd de sa vitesse et incline à peine, en sortant, la flamme de la bougie. Toutefois, lorsque le vent est un peu fort, on est obligé de fermer les
(!) Bnqfchpédie tf hygiène, t. Ul, p. 546.
M6 TRAITE D'HYGIËNE (•UBL.tQUE ET PRIVÉE.
orifices des vitres perforées, par un v&sislas à charnière muni d'un verre plein qu'on ferme à yoloiilii. On arrive au même but, en superposant deux vitres perforées. Par un simple glissement, on peut faire coïncider leurs ouvertures ou en di5truire le parallélisme.
Il y a quatre ans, le médecin-major Castaing a imaginé, pour les casernes, un.mode de vitrage ingénieux qui permet d'assurer une ventilation automatique sans courant d'air gênant (1), U consiste dans la juxtaposition de deux carreaux séparés par un petit intervalle. L'extérieur est trop court par en bas et l'intérieur trop court par en haut, de telle sorte que l'air qui passe sous le carreau extérieur s'échauffe au contact de la vitre intérieure, s'élève, passe au-dessus d'elle et entre atîédi dans la chambre (fig. Sï)).
A-lp^^L
— {litilrc U'iiiin r.-iii^trR ii ■e de la fenêtre ; h, liunl
iiiiiR ilii i]i»j)<uUir lie U vuiitilatiiiii Cait liiis et c Ttiinij il'ciiln-c el de sortie de r.ijr. »rérieur <lc la vitre intfneure ; — C, bord sopéi : la vitre inléricurii.
Le médecin-major Dardignac, a perfectionné ce mode de ventilation en rendant la vitre intérieure mobile, ce qui permet de les nettover toutes deux (2) (lig. 60).
Une autre disposition analogue assez répandue aujourd'hui dans les cafés, les restaurants, les magasins, consiste à remplacer les carreatix les plus élevés des fenêtres, par des jalousies en lames de verre qu'OB peut ouvrir ou fermer k volonté par un jeu de bascule.
Dans- les habitations collectives qu'on bAtit aujourd'hui, od assare l'aération à l'aide de gaines verticales qu'on pratique dans les murs.
(IJ C*STAi.iC, Souvenu dispositif d'aéralion pour le» chambrtt deeateme {Anhieti de mM. et de phaitii. milit., t. XVII, p. ti2, tSSl).
|2) Dardignac, iVoff sur une modification au système de Caératiwt automatique par fei cilres parallèles (Reçue d'hygiène et de polict umitaire, i XV, p. SOI, 1893).
L'orifice inférieur est près du parquet ot le supérieur débouche dans un grenier qui est en communication avec le dehors. L'air vicié y monte en raison de sa température, et l'air frais pénètre par'des bouchées d'introduction pratiquées dans la paroi opposée du local. Les parois do ces gaines doivent être lisses et présenter le moins de coudes possibles. La vitesse de l'air dans leur intérieur dépend de la différence de température entre le dedans et le dehors, de la hauteur du conduit et de la facilité avec laquelle l'air s'y introduit. La première condition est la plus importante. Avec une différence de température de 13 degrés, Recknagel
Vue <J« face
Coupe A 1,
Fi|;. 60. — Vue de rice cl cuupe du systi^mï de
CasUtiiip, inoilid* par Dardignuc
a obtenu, dans une gaine de 20 cenljmrtres de diamètre, un débit de 90 méires cubes à l'heure, ce qui suppose une vitesse de 0'"75 par seconde et c'est en effet la vitesse sur laquelle on peut compter comme moyenne (1).
Les orifices d'introduction doivent élre placés de favon à ne causer aucune gène aux personnes qui occitpenl le local. Pour cela, on multiplie les ouvertures et on en diminue le diamètre. On estime qii'il faut une section d'admission d'un décimètre carré et demi par tète, de telle sorte qu'un orifice de 30 centimètres de c6té, dimension qu'on ne doit jamais
fl) RlCMARf, Prich ri hygiène appliquer {lof.
dépasser, suffît pour six personnes. Il faul de plus que les ouvertures soient placées assez haut pour ne pas incommoder les habitants, tout en imprimant à l'air une direction ascendante et, pour que cette dernière condition soit remplie, il faut que la différence de température entre l'intérieur et l'extérieur de l'appartement ne soit pas trop grande, car si l'air est trop froid, il retombi^ comme une douche glacée sur la télé des personnes, ce qui met alors dans l'obligation de fermer les ouvertures.
On a imaginé différentes dispositions pour régler cette introduction d'air froid et la rendre inoffensive ; nous n'en indiquerons que quatre :
Kf. ei.
rl\
tig. 62.
Fis. 63.
i" Les tubes dt; Tobin (flg. (SI. 62, 63). Ce sont des conduites en métal, en bois ou en tern- cuite, de section rectangulaire, ayant do tO centimètres sur 8'. à ItO centimètres sur 12^. Elles sont coudées en équerre : la petite branche est hori/^nlale, débouche à l'exlérieur et est fermée par un grillage : la grande monte dans le mur de façade et s'ouvre à l'",80 ou i mètres au-dessus du parquol. L'air neuf, appelé par la dépression que cause le départ de l'air vicié fuyant par les gaines d'évacuation, monte vers le plafond, s'y étale en éventail et s'échanrfe en se mêlant à l'atmosphère de la pièce. Les luàet de Tobin sont très usités en Angleterre où ils fonctionnent très bien, grâce au puissant mode de chauffage usiu^ dans le pays.
2° Le venti/aleiir de Sheritigham (flg. 64). — Il se compose d'une valve mobile sur un cadre de 25 à 30 centimètres de longueur, traversant la muraille, l'n cordon de tirage refléchi sur deux petites poulies permet
Fig. 6i.
n l'indique,
de relever la valve à volonté. Un contrepoids la maintient en équilibre dans la position où elle a été placée. L'appareil doit (tre encastré assez haut dans le mur de façade, mais jamais au voisinage du plafond. 3* La corniche veritilatrice {{'tg. 05). — Elle est un peu plus compliquée: Elle se compose d'un conduit pratiqué dans le mur et dont l'orifice intérieur peu) être maintenu ouvert au degré voulu par une valve à bascule, manœuvrée par un cordon de tirage muni d'un contrepoids. L'air, en sortant de ce conduit, est dirigé vers le plafond par une hotte en zinc, dont la base est tournée vers le haut et qui est perforée de trous nombreux par lesquels l'air pénètre et se divise.
4° Le ventilateur d tiroir qui se compose, comme s d'un tiroir disposé horizontalement dans la muraille et dont le fond manque. On règle l'entrée de l'air, en ouvrant plus ou moins le tiroir à l'aide du bouton tourné vers l'intérieur de la pièce.
On a essayé de briser le courant d'air pénétrant par les orifices d'admission de ces ventilateurs, à l'aide de toiles métalliques, qui arrêtaient en même temps les poussières ; mais on y a renoncé parce que ces toiles ne font qu'entraver la circulation de l'air et que les poussières en ont bientôt obstrué les mailles.
*■ Ventilation AHTiKicir.i.LK. — Les moyens de renouveler l'air que nous venons de passer en revue sont sim- y ^.^
pies dans leur applicalion et suffisent
aux besoins des maisons particulières; mais il n'en esl pas ainsi des habitations collectives et siirloul des édifices publics dans lesquels un 1res grand nombre de personnes se réunissent pendant quelques heures, comme les théâtres, les salles de cours et de réunions publiques. La viciation de l'air, dans de pareils locaux, est trop rapide pour que la ventilation naturelle puisse suffire et l'on esl obligé d'en accélén'r le renouvellement à l'aide de moyens arlilieieis. On peut utiliser pour cela
la force du vent, celle de Teau ou la chaleur dégagée par les appareils de chauffage et d'éclairage.
Ventilation par le vent, — Pour utiliser cette force, on fait déboucher les gaines d'évacuation au-dessus des toits, et on les coiffe de mitres ou de capes à vent.
L'usage des mitres est basé sur la propriété qu'ont les gaz, lorsqu'ils remontent une surface résistante, de s'étaler sur elle et de suivre cette direction nouvelle en entraînant par frottement les molécules voisines. (1 se produit ainsi un vide qui appelle l'air d'un conduit contigu.
L'emploi des capes à vent repose sur un autre principe qui est le suivant : Lorsqu'un courant atmosphérique passe sur une colonne d'air immobile, il l'entraîne dans sa direction par une raréfaction analogue à celle que nous venons d'indiquer. Ces appareils sont nombreux et chaque jour on en invente de nouveaux. Nous citerons les capes à vent de Bayle, de Buchan, de Weaver, de Wolpert, de Brunning, de Hellyer, de Hamilton, mais nous ne les décrirons pas, parce que tous ces petits appareils ont l'inconvénient de ne fonctionner que par un vent assez fort et d'être fort incertains dans leur emploi (1). Les capes à vent mobiles se rouillent et ne tournent plus ; toutefois, le capuchon ventilateur de Banner et V aspirateur ventilateur Levallois (de Rouen) ont donné de bons résultats.
D'autres ventilateurs agissent en sens inverse des précédents, c'est-àdire par pulsion. Le vent s'engouffre dans leur orifice supérieur, se répand dans le local et en chasse l'air vicié qui s'enfuit par les gaines d'évacuation, par les fissures ou par les mal joints des portes et des fenêtres. Les ventilateurs de Watson, de Machinell,deMuir, le système de Hammond et celui de Wûttke, fonctionnent de cette manière, et sont disposés de façon à permettre l'introduction de l'air dans l'appartement quelle que soit la direction du vent.
Ventilateurs hydrauliques. — Ils sont d'un emploi très commode dans toutes les villes qui disposent d'une canalisation d'eau sous pression. Il suffit d'un jeu de robinet pour les mettre en action et ils fonctionnent en toute saison. L'eau qui sert à les faire mouvoir peut d'ailleurs être utilisée ensuite pour les usages domestiques.
Il y a deux espèces de ventilateurs hydrauliques, ceux dans lesquels on se sert de l'eau pour faire trompe et ceux où on l'emploie pour mouvoir une turbine. Les premiers s'appellent ventilateurs en U à cause de leur forme. Ils se composent d'un grand tube replié sur lui-même et dont les branches s'ouvrent l'une dans l'intérieur de l'appartement, Fautre au dehors (fig. 66). Chacune d'elles renferme une pomme d'arrosoir (R, R') branchée sur la canalisation. Lorsqu'on ouvre le robinet de Tune des pommes d'arrosoirs, l'eau tombe en pluie fine dans la branche corres-
(1) (U;s appureiis soûl décrits et figurés dans le Précis d*hygièn€ appliquée de E. RiciAKB (loc. cit.)j p. 460 et suivantes.
pondante et entraîne dans sa chute une certaine quantité d'air ; elle fait trompe en un niot. Une fois tombée au fond du coude, elle s'écoule à l'égout par un tuyau stphoné. L'air qu'elle a entraîné continue sa route, remonte dans la branche opposée B et sort par l'ouverture. On peut ainsi, et à volonlé, introduire de l'air frais ^Os^^AJ ou extraire de l'air vicié, suivant qu'on ouvre le
"N^M**lN\ robinet de la branche qui communique avec le
dehors, ou celui de la branche qui donne dans l'appartement.
Vaérophore (fig, 67) est constitué par une roue horizontale, mise en jeu par de l'eau qui s'échappe d'une canalisation sous une pression de quatre atmosphères. Sur l'axe de cette roue est disposée une hélice qui déplace l'air dans une direction ou dans l'autre, suivant le sens dans lequel tourne la roue. L'appareil peut ainsi refouler de l'air neuf ou extraire de l'air vicié, suivant le sens dans lequel on fait tourner la roue.
Le Cosmos (fig. (38) est mis en mouvement par une petite turbine sur l'axe de laquelle est fixé un ventilateur à ailettes. 11 ne fait pas de bruit et n'est pas encombrant (i). Il y on a deux modèles différents : l'un fonctionne horizontalement et l'autre dans le sens vertical.
La ventilation par l'eau est économique; an aérophore déplace 1.000 mètres cubes d'air, avec une dépense de 120 à !50 litres d'eau, c'est-à-dire avec une dépense d'environ trois centimes. Le ventilateur en U de l'Institut d'hygiène de Munich injecte 1.200 mètres cubes d'air neuf, pour la somme de quatre^ centimes (2).
Nous ne dirons rien de la ventilation par an jet de vapeur ou d'air comprimé, parce qu'on a reconnu que l'effet d'entraînement est trop faible et le procédé trop dispendieux. Ventilateurs mécaniques. — La ventilation mécanique dispose d'appareils plus économiques et bien autrement efficaci^. Les premiers auxquels on a eu recours consistaient en une roue à palettes tournant dans un tambour. On s'en servait déjà au quinzième siècle, dans tes mines
Fig. G6.
Eig. 67. — (d'iprÉs Richard).
(1) F. el E. PinzEïs, Lhygi^e dam U
(2) Encyclopédie dkijgiène. (. III. p. i
itiuclion(loc. cil.\f,2H.
d'Allemagne. Le physicien Désaguliers après avoir, en 1727, construit, pour l'aération des mines, une triple pompo, à la fois aspirante et foulante, inventa, en 1734, sous le nom de roue centrifuge, le premier ventilateur qui ait servi dans les lieus d'habitation (fig. t)9). En installant son ventilateur centrifuge au palais du Parlement britannique, il indiquait déjàqu'ilpouvait, à volonli^, aspirer l'air vicié, ou refouler l'air frais. Cette machine était mue par un homme appelé ventilator. Au dire de Parker, le ventilateur de Désaguliers a été introduit, dans l'Inde, par le docteur Rankin. Il y est d'un usage fréquent sous la désignation de ihermantidou, dans les maisons particulières comme dans les hôpitaux (1).
Après le ventilateur centrifuge, on trouve dans l'ordre chronologique, le double tottfflet de Haies, construit en 1741 et qui fut appliqué à l'hôpital de AVcdchestcr ; puis les cloches plongeantes dont la pompe d'Arnott est le type. Elle fonctionna, en premier lieu, à l'hôpital d'York. Elle était mue
Fig. 88. — ^d'après Putïejs).
R. e. e. rn"tlellcs lujau B ; — I, S, 3,
rieur (dapn'-s Bei) (P/iilosoph.
Kig. 6!), — Vvnlilaleiir Diisaguliers.
, support de l'axe ; — B. [uyau de rerouleniunt : — II, H, H.
'élolTc deslm^s » empÂchor l'air Je s'Échapper ailleur» que pu k
iilralc du ventilateur destina à adnicUrc l'air eil^
■an'ai-tj. '
mue par une force hydraulique et refoulait 3.809 mètres cubes d'air neuf par heure. Plus lard la pompe d'Arnott fut employée à l'hôpital des phthisiques de Londres; mais on y renonça, à cause do son action saccadée. Enfin à une époque plus rapprochée de nous, on a imaginé les
(t) J. Bers, article Venlil/ilh:
pratiques, I. XXXIX, p. 29.
I Dklionnairf de mMennt et /te cAij-arjiV
ventilateurs à hélice. En 1834, un ingénieur des constructions navales du port de Toulon , Sochet, eut l'idée d'employer cet appareil à la ventilation des navires. Son idée fut reprise en 1840 par Motte, ingénieur belge et l'appareil a conservé son nom. La vis de Motte appelée aussi vis pneumatique se compose d'un cylindre dans lequel, à l'aide d'un essieu et d'une poulie de renvoi, un moteur quelconque met en rotation une vis d'Archimède. Le cylindre, communiquant par une des extrémités avec les tuyaux d'extraction et s'ouvrant par l'autre dans l'atmosphère libre, attire l'air souillé et le chasse au dehors. On ppurrait retourner le travail en renversant les rapports du cylindre, ou la rotation de la vis et faire servir à la ventilation par refoulement cet appareil destiné à la ventilation par appel.
La vis de Motte, dans sa constitution fort simple, mais un peu rudimentaire, présentait des imperfections assez sérieuses. Plusieurs ingénieurs et, dans le nombre. Combes, Pasquet, Guérin, Lesoinne ont cherché les moyens de les faire disparaître ; mais ils n'y sont qu'imparfaitement parvenus, de telle sorte que les appareils à hélice ne se sont pas généralisés. Cependant, en 18S3, on a fait en France la première application d'un ventilateur de cette espèce à l'hôpital Lariboisière, dans le service des hommes. Il fut construit par Farcot, suivant le système fusionné des ingénieurs Thomas, Lanvers et Grouvelle. Cet appareil, mis en mouvement par une machine à vapeur de dix chevaux, prend l'air au sommet de la tour qui surmonte la chapelle, pour l'avoir plus frais et plus pur ; il l'injecte dans un tuyau principal qui se ramifie dans toutes les pièces à ventiler.
L'air est porté à chaque étage par des canaux en maçonnerie couverts de plaques de fonte et dans lesquels circulent les tuyaux à vapeur qui vont chauffer les poêles à eau placés dans chaque salle. 11 s'échauffe et s'échappe par des grilles ménagées dans les plaques de fonte qui correspondent à l'intérieur des poêles. L'air vicié sort par des ouvertures d'appel percées dans les murs.
Les salles du pavillon N^ 1 reçoivent 132 mètres cubes d'air pur par heure et par malade. Le pavillon N° 2 en reçoit 120, le pavillon N" 3, 88. L'air sortant donne à Tanalyse 0,0011 d'acide carbonique. Lorsque l'air est trop sec, on augmente son degré hydrométriqu^ en injectant de la vapeur d'eau dans le ventilateur (1).
Le système que nous venons de décrire est le type de la ventilation par propulsion qui est employée dans un grand nombre d'usines. Son application à l'hôpital Lariboisière a été l'objet de critiques sévères émanant d'hommes compétents et notamment du général Morin. Un lui reproche surtout la dépense considérable qu'il entraine. Les frais d'installation ont coûté 480.000 francs, ceux d'entretien montent chaque année à plus de 80.000 francs.
(I) A. Proist, Traité d'hygiène publique et ptivée, 1877, p. 55^,
444 TIUITÉ D*HY6IÈNE PUBLIQUE ET PRIVÉE.
Lorsqu'on construisit I^hôpital Lariboisière, la ventilation artificielle était en grande faveur. On espérait lutter par ce moyen contre Tencombrement, ramoncellement des étages et le milieu urbain. On discutait sur la valeur comparative de Tappel et de la propulsion, et on voulut mettre les deux systèmes en présence dans le nouvel hôpital, sans tenir compte de ce que pourrait coûter leur installation. On n*a pas regardé à la dépense, pour ce Versailles de la misère, comme l'appelait Malgaigne ; Lariboisière a coûté 10.445.443 francs et comme il renferme 600 lits, cela fait 17.409 francs par lit (1). On coonprend que, lorsqu'on entre dans une voie de prodigalité aussi insensée, on ne regarde pas à un ventilateur de 480.000 francs.
Celui que nous venons de décrire a été appliqué aux pavillons du service des hommes ; de l'autre côté fonctionne le système par aspiration qui a été perfectionné par M. Léon Duvoir. Il consiste à faire arriver Tair chaud par le haut de la pièce, afin d'égaliser la température. L'aspiration se fait au niveau du plancher à l'aide d'une bouche d'appel qui communique avec le foyer du calorifère. Les tuyaux de ventilation sont logés dans une enveloppe de zinc percée d'ouvertures au niveau du plancher des chambres. L'air vicié sort par là, se dilate au contact du tuyau d'eau chaude et s^élève jusqu'aux combles où il est rejeté au dehors. Le reflux de l'air vicié d'une chambre dans une autre est empoché par des cloisons qui partagent la cavité intermédiaire à l'enveloppe de zinc et au tuyau, en autant de compartiments qu'il y a de pièces à ventiler. Lorsque la température extérieure n'exige pas de chauffage, le système de Léon Duvoir permet encore de ventiler, l'air frais étant appelé par le déplacement de l'air vicié dont la température est plus élevée ; mais en été c'est surtout par l'ouverture des portes et des fenêtres qu'on renouvelle l'air (2).
Ce système fonctionne, comme on le voit, à l'aide de la chaleur et ne constitue pas une ventilation mécanique; mais celle-ci a été appliquée en 1855 par Tingénieur belge Van Hecke, à Beaujon et à Necker. Elle fonctionnait avec une machine de deux chevaux et procédait par pulsion. Ce système a eu son moment de vogue, mais il n'a pas trouvé d'imitateurs. La pulsion n'a jamais séduit les médecins. Elle ne fait que diluer l'air au lieu de le renouveler. Elle a été cependant appliquée au théâtre de la Monnaie à Bruxelles, à l'Opéra de Vienne, à l'Hôtel-Dieu de Paris, à l'hôpital Tenon, à rHôtel-de-Ville, et à la maison de détention de Nanterre. •
A l'Hôtel-Dieu de Paris, l'air préalablement filtré, est poussé par quatre
(1) Armand HussoN, Etudes sw les hôpitaux considérés sous le rapport de leur construction, de la distribution de leurs bâtiments, de C ameublement, de Vhygiène et du service des salles de malades. Paris, 1862.
(2) A. Proust, Traita d'hygiène publique et privée (loc. cit.), p. 559.
ventilateurs qui en font pénétrer en moyenne 49.000 mètres cubes par heure ; il s*échauf fe au contact des poêles à eau et pénètre dans les salles par trois orifices placés au centre des planchers et recouverts tantôt de poêles en fonte, tantôt de simples grilles. L*air vicié,- chassé par Tair frais, sort par des bouches d'évacuation placées sur les parois verticales de chaque pièce et qui sont au nombre de 16 par salle de 24 lits. Il s'échappe enfin par six cheminées d'appel qui surmontent les bâtiments (1).
A rbôpital Tenon, Tinjection a lieu par deux ventilateurs centrifuges placés chacun dans une galerie d'arrivée d'air distincte et actionnés par une machine de six chevaux. L'appel se fait par des coffres d'évacuation situés sur le faux-plancher des combles, communiquant avec une cheminée centrale de 6°* de hauteur et de 4°',50 de diamètre, à la base de laquelle se trouve un calorifère à tuyau de vapeur (2).
Le John Hopkins hospital de Baltimore est ventilé par la réunion de deux cheminées d'appel, avec un ventilateur à pulsion.
On a complètement renoncé à tous ces systèmes compliqués pour les hôpitaux à construire désormais. On a reconnu que pour la ventilation rien ne valait, pendant la belle saison, l'ouverture des fenêtres, à la condition qu'elles fussent grandes, multiples, montant jusqu'au plafond et opposées les unes aux autres, que les hôpitaux fussent situés à la campagne et composés de petits pavillons à un seul étage et suffisamment espacés. Dans l'hiver, on combine la ventilation avec le chauffage par la vapeur ou l'eau chaude, ainsi que nous l'expliquerons dans le paragraphe suivant.
La ventilation mécanique conserve ses avantages pour les édifices dans lesquels on n'habite pas, mais qui sont encombrés pendant quelques heures, comme les théâtres, les salles de cours, dans celles où se tiennent des assemblées délibérantes ; mais ce sujet ne rentre pas dans le cadre de cet article.