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ARTICLE V. - ÉTABLISSEMENTS PUBLICS

11 faut nous occuper maintenant d'un certain nombre d'établissements qui ne sont pas des habitations puisqu'on n'y réside pas, qu'ils ne sont occupés qu'à certams moments et pour des ouvrages spéciaux, mais qui constituent des annexes indispensables à toute agglomération humaine. Ce sont d'abord les églises, les temples, les théâtres, les amphithéâtres de cours, les salles de concerts, de réunions publiques qui forment un premier groupe naturel ; puis les bains publics, les lavoirs, les buanderies qui en constituent un second ; les abattoirs, les halles et les marchés qui représentent le troisième; enfin les lieux de sépulture qui viennent compléter cet ensemble, dans lequel nous aurions également fait entrer les écoles, si nous ne nous réservions pas d'en parler au chapitre de l'Education.

§ K. — ÉGIJSES, THÉÂTRES, SALLKS DE RÉUNION

Ce groupe a pour type les salles de spectacle au point de vue desquelles toutes les questions relatives à l'hygiène ont été traitées avec un soin tout particulier, en raison de l'importance qu'elles prennent dans ce

(1) M. WiTZ a communiqué il y a quelque temps déjà, à rAcadémic des sciences, une note dans laquelle il ci le une usine où la substitulion de la lumière électrique à celle du gaz avait produit une économie, bien que 1 eclairement fut plus grand (0 avril, loc. cit., p. 306).

♦92 TRAITÉ D'HYGIÈNE PUBLIQUE ET PlUVÈE.

milieu artificiel. Le théâtre réunit en effet toutes les causes d*insalubrité qu'un local peut offrir. C'est un lieu sombre où les rayons du soleil n'entrent jamais, où Tair neuf ne pénètre qu'au moment où le rideau se lève, quand les portes des corridors, des couloirs et des loges sont ouvertes. Lorsque la représentation est finie et les speclatours partis, toutes les issues sont fermées et la salle imprégnée des odeurs, des miasmes que la foule y a laissées, reste dans cet état jusqu*au lendemain soir. La vapeur d'eau se condense, les poussières se déposent et jamais une ventilation sérieuse ne vient balayer l'édifice et emporter tous ces produits insalubres.

Un pareil séjour est assez malsain par lui-môme ; mais il le devient davantage pendant la représentation. L'élévation de la température et la vieiation de l'air arrivent à leur comble dans cet espace restreint où tant de personnes sont entassées! Il en résulte une disposition à la syncope pour les femmes un peu nerveuses, une tendance aux congestions pour les personnes pléthoriques et pour tout le monde les dangers d'un refroidissement à la sortie, lorsqu'on quitte ce milieu surchauffé pour passer brusquement à l'air froid du dehors. Ces inconvénients sont inhérents à ce genre de réunions ; mais il est possible de les atténuer par un bon système de ventilation et d'éclairage.

I. Ventilation. — Nous avons tracé les règles de la ventilation d*unc manière générale dans l'article précédent (i) ; mais celle des théâtres est toute spéciale et comporte une étude à part. Il y a bien des années qu*on s'en occupe, puisque les noms de Lavoisier, de Séguin, de Humboldt et de Gay-Lussac sont mêlés à son histoire ; mais la question a surtout été traitée à fond par Dareet dans un rapport qui remonte à une cinquantaine d'années. Dareet se laissa guider par l'idée séduisante et simple de se servir de la chah'ur du lustre» pour appeler l'air impur et l'évacuer par en haut en introduisant Tair frais, par les parties inférieures de la salle.

Ce système ingénieux a été longtemps en fîiveur. En 1861, le général Morin, rapporteur de la commission chargée d'étudier le chauffage cl la ventilation des (1<mix nouveaux théâtres de la place du Châtelet, déclarait encore que le principe de Dareet était le meilleur et le plus sur. Ce [)rincipe a été attaqué avec force par M. Emile Trélat en 1862 dans une brochure publiée sous ce litre : Le Théâtre et V Architecte, Il a montré que le grand appel produit par le lustre s'exerce surtout sur l'air de la scène, d'où il sort un courant puissant et rapide qui traverse la salle et monte tout droit vers la cheminée du lustre pour s'y engouffrer, en laissant stagnante Tatmosphère dans laquelle les spectateurs sont plongés. u Sur 100.000 mètres cubes d'air, dit-il, qui sortent toutes les heures par j> ta chemioée du lustre d'un grand théâtre, il y a à peine le dixième qui

(1) Chapitre III, article 1\\ § 3, Ventilation^ p. .

> provienne des bouches d'aération distribuées sous les banquettes du » parterre et au pourtour des loges ». C est un mouvement d'air en pure perte qui n'aère pas les spectateurs et qui devient un danger en cas d'incendie, car l'énorme tirage appelle le feu de la scène dans la salle. Lors de l'incendie du grand théâtre de Vienne, on vit lout-à-coup Une colonne immense de Tlammcs percer le rideau et se précipiter vers le lustre avec une violence inouïe.

Dans l'opinion de M. Trélat, il faut entretenir un courant d'air suffisant, régulier, uniforme, dans toutes les parties de la salle, soit à l'aide de machines insufflantes poussant cet air et le forçant à s'échapper par les bouches de sortie, soit par une aspiration fonctionnant au-delà de ces bouches, soit par les deux moyens à la fois, et, dans tous les cas, en réglementant Touverture des orifices de sortie de manière à ce que le débit soit égal pour tous.

Ces idées ont fait leur chemin et c'est la ventilation par pulsion qui a prévalu, contrairement à ce qui se passe pour les autres édifices. L'appel, de quelque façon qu'on le fasse, produit toujours un tirage dangereux; la pulsion, au contraire, assure le renouvellement de l'air d'une façon complète et insensible. L'air insufflé mécaniquement dans la salle est en surpression, il chasse celui qui y est contenu et le force à s'échapper par des orifices de sortie, sans produire de courant fâcheux.

L'Opéra de Vienne est le premier théâtre où ce système ait été appliqué et on sait que ses installations font Tadmiration des ai:chitectes. On les a reproduites dans la construction de celui de Genève et nous avons pu apprécier les avantages de ce mode de ventilation, lors du Congrès international d'hygiène de 1882. La figure ci-dessous les reproduit d'une manière fidèle et la légende qui l'accompagne dispense d'une description

(fig. 84).

A Genève, on commence par élever l'atmosphère de la salle à la température voulue, avant l'arrivée des spectateurs et on la maintient en insufflant, pendant toute la durée de la représentation, de l'air plus chaud de 2 à 3 degrés que celui de la salle. On obtient ainsi en hiver une température de 20° à 21° aux premières galeries, de 21® à 22° aux secondes, de 23° à 24° aux troisièmes. On fournit à chaque spectateur vingt mètres cubes d'air neuf par heure. En été, à l'aide d'une pluie d'eau fraîche projetée dans les hélices à insufflation, on produit un abaissement d'au moins dix degrés sur la température extérieure. Les appareils ont été construits par nos compatriotes, MM. Geneste et Hcrscher (1).

IL Eclairage. — D'après ce que nous avons exposé dans l'article précédent, il est presqu'inutile de direqiit) la lumière électrique s'impose

(1) PoucHET, Le nouveau thMlre fie Genève. : ChaufTagc, ventilation mécanique (Le génie Uvil, 1882, p. 50V.

dans les thé&tres plus que partout ailleurs. Nulle jiart en effet It nâa<tion de l'air, l'élévation de la température et le dan^r d'incendie neiool aassi prononcés, aussi menaçants. Aussi la plupart des théâlrrt l'ontd^jA adoptée ot les autres Teront de m^me à bref délai (1).

AP imiu. Je I air ur et frai qui s^rliaiifTe au CDUtacl du calonfére C. - ., . (eun i|ui ivriiuldit «uil I air frais AP viii I iir chaud AC dan* U rhainbre du in K t.M rclii^ca niubilci H perinolleitl d aufnncnter nu diminuer 1 arntée du inèlaD|e toïa las TiulcuiUdi liirchi^re ot du n.<le dub Mlle L air vicie A\ aspiré dam le* pioca, qui ditHiucliLiil dans la cticniinfc du liialrc, sccoulo au dehort au^lemuA de ce dentier.

La sf^nsalion de fraiiliour et de bion-/^tre dont nous avons parlé plus haut est surtout sensible dans les thi'-àtres et des cxp»^riences précises ont pronvi^ que cette impression est bien réelle et duc à une température moins élevée et à une impureté moindre de l'atmosphère. Petten-

()) Le grand Itpvrj qui a l'un dus premien adopta la lumière èlntriiiue. t riiin[lirf 7.S0D lieri> de gpii, pur G.jUU lampe* il iiicandeMence de 10 i 16 liougits. C>n l'y sert mfnc dir l'élerlrkilé, dofiuis le Si iioTenihrT 1S!I3, ptiur maïKFuvrer le rideau de Fer du poid» de W<S Llliip^iumcs qui a Hi plac<> pour le ca» it'ineeiidle. I.c molcnr ai emprunté 1 la lUii— eeiilralc, il n doux rlii;vnii\ ilr t-iTce sunlumciil.

kofer (1) a expérimenté sur le théâtre royal de Munich et Renck (2) sur le théâtre national de la même ville, au moment où les deux isystèmes fonctionnaient encore alternativement. Nous ne reproduirons pas les tableaux de leurs analyses, nous nous bornerons à en indiquer les résultats. Pettenkofer a trouvé qu'avec l'éclairage au gaz, la température peut s'élever de 18 degrés au-dessus de la température extérieure aux troisièmes galeries, lorsque la salle est pleine, et de 16*6 lorsqu'elle est vide, tandis qu'avec l'éclairage électrique, et dans la même région, la température ne monte que de 8 degrés, la salle étant pleine, et d'un degré à peine lorsqu'elle ne contient pas de spectateurs. Renck a trouvé qu'à la fin de la représentation avec l'éclairage au gaz, la température aux cinquièmes galeries s'élève à 26** 2 et la teneur en acide carbonique à 3 p. 1 .000, tandis qu'avec l'éclairage électrique, la température ne monte qu'à 13^5 et l'acide carbonique à 2, 2 p. 1.000. La différence pour l'acide n'est que de 0, 8 p. 1 .000 ; c'est bien peu de chose, mais il faut remarquer quiavec l'éclairage électrique tout l'acide carbonique versé dans la salle par la respiration des spectateurs y reste, tandis que la ventilation produite par la combustion du gaz en évacue une partie.

Les mêmes observations ont été faites ailleurs. Au théâtre du Palais- Royal à Paris, à l'époque de l'éclairage au gaz, on avait parfois, dans les chaleurs de l'été, de 33 à 40 dejîrés aux troisièmes galeries ; aujourd'hui avec l'éclairage électrique, aux mêmes places et dans les mêmes conditions on n'a plus que 24 à 2(5 degrés. En Angleterre, Crampton a trouvé que la température au plafond d'une salle contenant 3.100 personnes s'élevait de 21° 3 avec le gaz et d'un degré seulement avec l'électricité.

L'éclairage électrique fatigue la vue dans certains théâtres, parcequ'il est trop éclatant. A Munich, au théâtre national, on a obserA'é quelques cas de phosphènes et d'irritation conjonctivale ou rétinienne. ïl est facile d'y remédier, en diminuant l'intensité de la lumière ou bien en entourant ses foyeis de globes en verre dépoli. Les lampes à incandescence sont les seules qui conviennent à l'intérieur des théâtres ; l'arc voltaïque ne peut servir que pour' les plafonds lumineux ou dans les immenses salles conime était l'Hippodrome. L'emploi de la lumière électrique dans les théâtres de Paris a été réglementé par une ordonnance du Préfet de police en date du 18 avril 1888, rendue sur l'avis du Conseil d'hygiène de la Sein(» et de la Commission technique des théâtres.

m. Précautions contre Tincendie. — Les théâtres tels qu'ils étaient construits et éclairés naguère encore étaient voués fatalement à l'in-

(1) Pettenkofkr, ik'it'uvhtif)i(j (ier KonigL Residenztheaters in Munchen mit gas und mit élecktrisrhni Lirhier (in .\rchiv. fur Hygiène 1883, p. 381, Analysé in Revue d'hygiène, 1884, p. 101).

(2) [lENCK. Dit' ctektrische Helcuchtung dev Konigli^che Ilof-und national Theâters, in Munrhen, netj^t liemerkungen neher der glanz dev elektrieche genhlichtes. Analysé in Rente d'hygiène^ 188.*), p. 500.

cendie, ainsi que le Ministre de l'instruction publique le déclarait, avec une philosophie résignée, à la tribune du Sénat, quelque temps avant que le feu prit à la salle de rOpéra-Gomique. La statistique prouve que leur existence ne dépassait pas la durée de la vie humaine et n'atteignait jamais un siècle. Elle montre aussi qu'étant donné le nombre des représentations et le chiffre des spectateurs, la fréquentation des théâtres n'augmentait pas sensiblement les chances de mort. Cela peut rassurer les personnes initiées aux délicatesses de la statistique ; mais le public ne songe qu'au sort épouvantable des malheureux brûlés vifs dans ces boiteii sans issue et par moments il ressent un frisson de terreur qui nuit sensiblement à son plaisir.

On s'est sérieusement préoccupé des moyens de prévenir ces catastrophes, il y a sept ans, à la suite de l'incendie de l'Opéra-Comique de Paris et du théâtre d'Exeler survenus à quelques mois de distance (1). En France, le Gouvernement nomma une commission officielle chargée de déterminer les conditions à imposer aux directeurs pour assurer la sécurité des spectateurs. Cette commission choisit pour interprète M. E. Trélat. Son rapport a paru dans le Journal officiel au mois d'août 1887 et a été reproduit par le Génie civil. Je lui ferai plus d'un emprunt.

Dans les théâtrss, Tincendie commence presque toujours par la scène. Tantôt c'est une fuite de gaz qui prend feu, tantôt ce sont les becs de la rampe qui allument la robe d'une danseuse, une herse qui met le feu à un portant ; ce sont les flammes libres qu'on trouver dans tous les recoins du théâtre au milieu d'une agglomération d'o!)jets combustibles au plus haut degré. Plus rarement, ce sont les feux du Bengale, les incendies simulés, les explosions feintes, qui causent les sinistres dans les théâtres à grand spectacle ; mais, dans l'immense majorité des cas, c'est l'éclairage au gaz qu'il faut incriminer et son remplacement par la lumière électrique est destiné à diminuer les catastrophes dans une très forte proportion (2).

L'électricité, comme nous l'avons dit plus haut, peut aussi mettre le feu. Ainsi, dans les années qui suivirent l'installation au grand Opéra des 6,500 lampes à incandescence de 10 à 1(5 bougies qui ont remplacé les 7,500 becs d'autrefois, il s'y est produit une dizaine d'incendies partiels, soit par les machines à vapeur qui actionnent les dynamos, soit par les dénudations et les croisements des fils au contact de boiscTies inflammables ; mais ces accidents n'ont pas eu de suites et on a pris les mesures nécessaires pour les prévenir.

Les précautions qui ont été imposées aux directeurs des théâtres à la

(1) L'Opéra-Comique a bri\lc le 8 mai 1887 et le théâtre d'Exctcr le 5 septembre de la môme année.

(2) Il y a cependant eu quelques sinistres dans des théâtres éclairés à Télectricité. Celui d*Islington, en An^cterre, a brûlé au mois de décembre 1887, sans qu'on ait su comment. Le feu a pris pendant la nuit ; la scénu et la salle ont été embrasés en quelques instants.

L'HABITATION. K9l

suite du rapport de M. Trélat ont pour but : 1« d'ompécher le feu de prendre ; i'' de le limiter quand il a pris ; 3*» de sauver les spectateurs lorsqu'il n'est plus possible de sauver rédifiee.

Les premières consistent à remplacer partout Téclairage au gaz par Téclairage électrique et à rendre incombustibles tous les objets qui couvrent la scène et remplissent les coulisses. Les substances auxquelles on a recours pour cela sont des sels à base soluble comme le silicate de potasse ou des mélanges à base terreuse comme le phosphate de chaux. On a également essayé le borate de soude, le tungsate d'ammoniaque. Ces produits sont coûteux et n'ont pas donné jusqu'ici de résultats complètement satisfaisants. Le phosphate d'ammoniaque a mieux réussi, d'après les expériences de M. Riclie. A la suite de l'incendie de TOpéra-Comique, il a fait maroufler des décors avec ce produit et les a exposés à un feu ardent. Ils ont été détruits, mais ils n'ont pas pris feu. D'un autre côté, les essais faits par M. (iarnier au théâtre de l'Opéra où les décors ont été enduits à l'envers, ont suffisamment réussi, pour qu'on en ait fait l'application au théâtre de Reims, lorsqu'il a été réparé il y a huit ans.

Pour éteindre l'incendie quand on n'a pas pu le prévenir, il faut que les théâtres aient dans leurs combles d(^ grands réservoirs d'eau sous pression pour noyer la scène au besoin. C'est ce qu'on appelle \e grand secours ; il faut de plus pour limiter l'incendie, isoler la scène de la salle par un rideau en fer plein, actionné par un mécanisme puissant, de préférence par la force hydraulique. Son abaissement doit être facile et s'opérer par deux points différents, l'un à l'intérieur, l'autre à l'extérieur de la scène.

Il faut de plus ménager, dans les combles ou dans la crête des murs, de grandes ouvertures pour évacuer au plus vite les fl.immes et les gaz du foyer. C'est là le point capital. La plupart des personnes qui succombent dans ces catastrophes, meurent empoisonnées par l'oxyde de carbone, ou asphyxié(»s par la fumée (1). S'il existait, dans le plafond, de larges ouvertures, il s'établirait un grand courant dans ce sens. L'air du dehors entrant par les portes et les fenêtres entraînerait les gaz et la fumée vers ces issues et dégagerait les parties occupées par les spectateurs : mais, comme les ouvertures du plafond deviendraient immédiatement inabordables, il faudrait qu'elles fussent fermées à l'aide de verres très minces ou de châssis très inflammables qui disparaîtraient au premier contact des flammes yt).

{{'■ k la suite de la catastrophe de l'Opéra-doiinque, les cadavres furent déposés dans la rue Drouot. Ils étaient intacts. Les brudcries des femmes n'étaient même pas brûlées et M. Brouardel a retrouvé l'oxyde de carbone dans le sang des victimes.

(2) I/artii-le 0 nuuliiié de Tordonnancc du 16 mai 1881 s'exprime ainsi : II sera établi, au sommet de la coupole des théAtres, au-dessus de la scène, une baie dont la manœuvre se fcia tin dehors. La section de celte baie sera la millième partie du volume de In scène, exprin»ée en uiètres cubes.

m TtlAlTÉ D'HYGIÈNE PUBLIQUE ET PRIVÉE.

Le dernier ordre de précautions s'applique au cas où rien n'a pu borner rincendie où il ne s'agit plus que de sauver les spectateurs. Ceux des galeries supéripures sont surtout en péril. Emprisonnés sous la calotte de l'édifice où se concentrent les gaz les plus meurtriers, ils ne peuvent sortir qu'après les autres. Pour qu'ils s'échappent, il faut que l'évacuation de la salle se fasse en quelques minutes, que les issues soient suffisantes et libres. La sortie de cette foule affolée ne peut se faire rapidement qu'à la condition que les couloirs et les escaliers aillent en sVlargissant à mesure qu'on descend. Us doivent être en pierre, droits, de largeur croissante et indépendants pour chaque étage. Il faut supprimer tous les obstacles et notamment les strapontins qui font trébucher et tomber les fuyards.

Toutes les portes doivent s'ouvrir de dedans en dehors et en les poussant. Toutes les dispositions relatives à la forme et aux dimensions des escaliers et des couloirs ont été minutieusement réglementées dans l'ordonnance modifiée du 16 mai 1881. L'ouverture d'une salle de spectacle ne peut être autorisée qu'après sa réception par la Commission supérieure des théâtres dont une sous-commission permanente s'assure par des visites fréquentes que les prescriptions réglementaires sont observées. Grâce à ces précautions, il y a lieu d'espérer que les incendies de théâtres deviendront plus* rares dans Tavenii que par le passé.

lY. Amphithéâtres de cou- s. Salles de réunions publiques. — Ces établissements, à fonctionnement intermittent, se rapprochent des théâtres par leurs dispositions générales et sont soumis aux mêmes règles d'hygiène; mais elles sont en général plus faciles à remplir, parce que les séances y sont plus courtes et l'éclairage moins intense. Toutefois les locaux occupés par les assemblées législatives pcHi vent être insalubres au plus haut point. La Chambre des députés à Paris en est un exemple: Construite sous la Restauration pour contenir 300 membres, elle en renferme aujourd'hui 578 qui ne peuvent ni respirer, ni se mouvoir. L'espace est insuffisant. La ventilation y est détestable, le chauffage défectueux, l'acoustique y laisse à désirer, et, de l'avis de tous les ingénieurs, il n'y a d'autre remède à cet état de chose que de construire une autre salle (1).

Le grand amphithéâtre de la Sorbonne bâti en 1893, peut au contraire être considéré comme un modèle à tous les points de vue. On y a adopté, pour la ventilation et le chauffage, le système que nous avons décrit en parlant des théâtres de Vienne et de Genève. L'installation comprend un

^1) Emile TRftLAT, Lhutallation de la Cliamhre des députes au point de vue sanÎMne. Rapport au Président de la Chambre > [lievuc (Chijgiènp, 1801, t. XIII, ii® 7, p. 561). Une Commission parlementaire fut nommée à celte époque pour étudier la question, et par l'orjçanc de M. Antonin Proust, son rapporteur, elle proposa d'ouvrir un concours pour la construction d'une nouvelle salle. En 180i, la questure de la Chambre lui a soumis un devis montant à i, 500, 000 francs, somme suftisante pour élever une salle spacieuse dans le.-i vastes terrains qui entourent la Chambre actuelle.

propulseur à ailettes dont la bouche a trois mètres de diamètre et qui est actionné par une machine à vapeur. Placé dans le sous-sol, il prend Tair frais au dehors et le chasse dans deux conduits (^ut. L'un des courants est dirigé sur les plaques de chauffe des calorifères, le second passe dans la salle des mélanges placée sous Tamphithéàtre dont elle a les dimensions et communiquant avec lui par des millions de petits trous disposés par rangées sous les bancs, de telle sorte que le plafond de cette salle basse ressemble à un immense gril. D'autre part, le mur qui délimite le pourtour de Tamphithéàtre est creux et parcouru par une canalisation qui part des calorifères et s'ouvre dans la salle par une rainure continue dissimulée, à la hauteur de la cimaise et soqs Tappui-main des loges, par une décoration en fonte.

Pour chauffer Tamphithéàlre, on ferme, une heure avant la séance, la salle des mélanges au courant d'air qui vient des plaques des calorifères chauffées à 300 ou 400 degrés et on le lance dans la canalisation qui contourne le mur d'enceinte, il pénètre dans la salle par la rainure de la cimaise et monte le long du mur, en même temps que l'air de la salle des mélanges entre doucement par les trous d'écumoir placés sous les banquettes.

L'amphithéâtre est en quelques instants chauffé à 90 degrés. Alors, on ferme la canalisation de la cimaise et on ne laisse plus pénétrer dans l'amphithéâtre que Tair frais poussé par le propulseur dans la salle des mélanges et attiédi par son passage dans ce milieu. Ce courant d'air frais n'a qu'une vitesse de 2 millimètres à la seconde, il Câ^traine l'acide carbonique vers la coupole et le fait sortir par une ouverture mathématiquement égale en surface à celle d'entrée. C'est, on le voit, la réalisation des idées de M. E. Trélat que nous avons précédemment exposées.

Pour rafraichir l'atmosphère pendant l'été, on a installé une canalisation spéciale qui s'ouvre en tronc de cône devant le propulseur. Cette paroi est maintenue constamment humide et des vaporisateurs sont disposés de place en place. Le courant d'air qui pénètre ainsi dans l'amphithéâtre est rafraîchi d'environ 5 degrés (i).

La question d'éclairage a beaucoup moins d'importance dans les salles de réunion que dans les théâtres. Il suffit, pour les séances de nuit, que la lumière permette de lire facilement dans tous les points de la salle; elle n'a pas besoin de l'éclat prestigieux nécessaire aux représentations théâtrales. Les amphithéâtres doivent être éclairés à l'électricité, à l'aide de lampes à incandescence disposées suivant les règles établies plus [haut. Il est inutile d'ajouter que les chances d'incendie n'y sont pas plus grandes que dans les habitations collectives à occupation permanente.

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