II. - BAINS KT LAVOIRS PUBLICS
Si la salubrité des villes dépend de la propreté de la voie publique, des égouts et des maisons, la santé des habitants dépend également de leur propreté corporelle, de celle qu'on obtient à l'aide des lotions, des ablutions, des bains et du changement fréquent de linge. Nous nous occuperons, dans un autre chapitre, de ce côté hygiénique et prophylactique de la propreté (1), en ce moment, nous devons nous borner à l'étude des moyens à l'aide desquels la population des grandes villes peut l'obtenir, nous allons parler des bains et des lavoirs publics.
L Bains publics. — Nous glisserons rapidement sur l'historique de celte question quelqu'intérossante qu'elle soit, parce qu'elle nous entraînerait trop loin. On sait quo l'usage des bains se retrouve au berceau de toutes les civilisations: qu'il était en honneur chez les Egyptiens, les Perses et les (îrecs et que ces derniers le transmirent aux Romains chez lesquels il atteignit son apogée. La ville éternelle utilise encore quatre des vingtdeux aqueducs qui alimentaient ses thermes (2) et l'on retrouve partout où s'étendit sa domination, des traces des grands établissements balnéaires qu'ils y avaient fondés. Les thermes de Julien, le plus ancien monument de Paris, en sont un exemple. L'usage des bains disparut en France avec la civilisation romaine, lors de la chute de l'Kmpire et n*y reparut qu'à répor|ue des Ooisades. Les pèlerins en rapportèrent le goût des bains d'étuvi^s, et il se répandit dans tout le Midi de l'Kurope. Il cessa peu h peu, comme les n)(eurs orientales importées par les Ooisés, (»t il s'est écoulé bien du temps avant que l'usage des bains d'rau tiède
(1^ (iliii|iilrc V, article l"".
{2) Liiiile Hkckk, Ainn'ovisiomwmi'nt d'-au (fe la liomt: contemporaine {licnie d'hi/fjiènr, 1801, t. XUl, p. Gi7 .
502 TRAITÉ D'HYCilÈNE PUBLIQUE ET PRIVÉE.
vint les remplacer. Pendant de longs siècles, la salle de bain fut un luxe à Tusage des palais et les établissements publics ne datent guère en France que de la fin du siècle dernier. En 1789, il n'y avait à Paris que 200 baignoires. On en comptait déjà 500 en 1816 ; il y en avait 1.374 en 1831 réparties dans 78 établissements ; en 1849, 126 établissements contenai(*nt 8.958 baignoires. En 1889, le nombre sVn élevait à 7.000. Il a certainement augmenté depuis et de plus, dans les constructions nouvelles, la salle de bains fait, comme nous Tavons dit, partie des annexes de tout appartement un peu confortable.
En 1851. l'Assemblée nationale vota un crédit de 600.000 fr. pour encourager la création, par les communes, d'établissements de halnslavoirs à prix réduits, comme ceux qui existaient depuis dix ans en Angleterre ; mais cette tentative ne donna que des résultats insignifiants pour des raisons qu'il serait trop long de développer (1).
1° Etat de la balnkation publique rn europe. — La question s'est transformée depuis vingt ans sous l'influence de l'impulsion donnée à l'hygiène et de la vulgarisation des connaissances qui s'y rapportent. On a reconnu, d'une part, la nécessité pour tout le monde et surtout pour les ouvriers, de se laver tout le corps comme le visage et les mains, de l'autre, l'impossibilité pratique de vulgariser les bains de baignoire qui exigent trop d'eau, trop de temps, trop de combustible. I^ propreté corporelle ne peut être obtenue, dans les classes où elle est le plus nécessaire, qu'à l'aide des piscines et des bains par aspersion.
France, — Nous sommes en retard sur le reste de l'Europe pour la balnéation. A Paris même, il n'existe qu'un très petit nombre de piscines de natation. La première a été fondée en 1820, et fermée en 1828, lorsque le terrain sur lequel elle était installée fut envahi par la manufacture des tabacs (2). En 1883, le préfet de la Seine, à la suite d'une délibération du conseil municipal, en date du .1 mars de la même année, concéda à un industriel les eaux de condensation produite par la machine à vapeur des usines municipales du quai Debilly, de la Villette et du quai d'Austerlitz, à l'effet d'y établir des piscines de natation permanentes (3). Cet arrêté n'a pas reçu d'exécution ; mais il s'est formé quatre établissements de ce genre, l'un rue Uochechouart, l'autre rue de Chateau-Landon, les deux autres, boulevard de la Gare et rue Houvet. En 1893, le conseil municipal, sur un raj)port de M. Arsène Lopin, a décidé que l'eau du puits artésien de la place Hébert serait utilisée pour alimenter une piscine située sur cette place et destinée à la popu-
(1) Voyez Encyclopédie d'hygiène, t. III, p. 710.
(2) Henri Napias, L^s établissements de bains froids à Paris (Bulletin de la Société de mé lecine publique et d hygiène professionnellt\ 1877, t. I, p. 151).
(3 Arrête préfcrloral du 15 juin 1883. Le concessionnaire devait creuser trois bassius, dont l'un restait à la disposition de la ville pour y envoyer les enfants des deux sexes de SCS écoles [Revue d'hygiène, 1883, t. V, p. 693}.
lation ouvrière du quartier de La Chapelle. Il a voté pour son installation, un crédit de 200.000 fr. (1). La piscine a été ouverte au public en 1895. Elle comprend 250 cabines. Le bassin est immense. L'eau a de 27 à 30 degrés.
Enfin il sVst fondé, rue des Mathurins, un établissement analogue aux bains maures, c'est le Hammam ; mais ce n'est là qu*une fantaisie coûteuse, accessible aux classes riches seulement. En dehors des casernes, de quelques lycées et de certains dispensaires comme celui du !*•'• arrondissement (2), il n'y a pas à Paris d'établissements publics de bains-douches, comme ceux que nous allons trouver à l'étranger (3).
Belgique, — Il existe à Bruxelles, deux bassins de natation, qui sont tous deux des entreprises privées. L'un, le bassin Léopoïd, fonctionne depuis 2o ans. 11 a 21 mètres de long sur 9 de large; le fond, dallé et cimenté, varie de profondeur de 75*^'"* à 2'",70. L'eau est chauffée par une chaudière cubant 7 mètres. Sa température varie entre 48 et 20 degrés. L'eau est stagnante ; le bassin est nettoyé une fois par semaine, les autres jours on se borne à laisser écouler la nuit les eaux superficielles chargées des matières grasses. L'autre bassin, appelé Saint- Sauveur, existe depuis 1854. Il est disposé comme le premier. La température y est maintenue à 18 degrés à l'aide d'un thermo-siphon (4).
Angleterre. — Vingt-cinq villes ont suivi l'exemple donné par Liverpool en 1842 et ont installé des bains-lavoirs. L'initiative privée a fait naître à Glascow, le bain Occidental et le bain Victoria ; à Southport, à Sheffield et dans nombre d'autres villes, on trouve des bains avec piscine qui coûtent un peu cher, et ne sont fréquentés que par les personnes riches. Enfin, il existe, dans un grand nombre d'autres villes, des établissements où sont réunies les installations nécessaires pour donner des bains de baignoire, de piscine, des douches froides ou chaudes.
Autriche, — L'honneur d'avoir créé le premier bain-douche à l'usage de la population pauvre, revient à la municipalité de Vienne. L'établissement a été mis en service en 1887 (fig. 83). Il se compose de deux parties séparées, l'une pour les hommes, l'autre pour les femmes ; chacune comprend une salle d'attente, un vestiaire, la salle de bains proprement dite avec cabinets d'aisances. La salle de bains des hommes mesure 17"', 70 de long sur 5"',20 de large et 3 mètres de hauteur. Elle renferme 42 cabines d'un mètre de large sur 80 de profondeur. Chacune d'elles est pourvue d'une pomme à douches que le baigneur fait fonctionner en tirant sur un levier (fig. 8()).
[{} bulletin tnunicipol officiel ^w 6 janvier 1893.
(2) IlERiiKT, Note sur riiistallalion des bains par aspersiuii. au dispensaire du !«' arrondissement, rue Jean I.anlier, à Paris [Hevue iVhijyièufy 1802, t. XIV, p. 408).
(3) Il en a rlr instullr un à IJordeanx, par V Œuvre des bains à bon marché. Il fonrtionne depuis le 4 janvier 18^3, au prix de 15 cenlimes par bain {Revue d'hf/gién^, 18*^3, l. \V, p. 61îh.
(4) H. Napias, Les étaljlissanients de bains froids à PariSy {loc. cit.), p. 16?.
M4 THAITË D'HYGIËNK l'URLIQUE ET PRIVÉE.
Lfl prix dii bain pst do 5 krealser (0 fr. 125), y compris le linge ; le savon se paie en plus, 1 kreulser (0 fr. 025). La ilnn^c de chaque bain est en moyenne de vingt minutes (4).
La municipalité de Vienne en 1891 a fondé deux autres t^taidiss^-ments semblables, l'un sur la Erlach-Platz , l'autre sur la Einxiedler-Plal;.
FiR. 8.-..
Allemagne. — Francfort-sur-lu-Mein (ville de 17.000 habitants), posaùdc un établissement de bains-douches dû à la libéralité d'un fjanquier de cette ville, H. Th. Stern, et situé sur la Meiian-Ptatz, près de Boriiheim, faubourg ouvrier de Krancforl. Sa forme diffère un peu de ceux de Vienne, ainsi que le inonlrent les figures 87 et 88.
Il affecte la forme d'un octA^one régulier, couvre 8il mètres carrés de
Couf À-B
(iufie CM
terrain et renferme 14 cabines dont lit pour les hommes. Cha(|iie cabine se compose d'un vestiaire et de rempliieemenl pour la douebc séparée par un rideau imperméab[l^ Le funclionncmenl n'a rien de spécial. Le prix du bain est d<' 10 pfenning. Du y a ilorinè de ITiO à 200 bains par jour en 1888. L'inslallation n'a coûté qui' i'XMW francs, pins 1,800 de malèriel.
(t) l'our lus (Il'IhÎIs d'iiislall^iUoii «t .le. ruiiclioiiiii^inciit Ju» iJlulli^Miiiiutils tinliiûairc» du l'AuLi'idiu ol (le l' Allemagne, '.vojrci le Lravnil <le M, Liiui» Masson, insiici'luur du rasEiaÎDinsonicnl de Pnrif (Enci/dopédie 'l'hiigi^nr, l. III. [•. "M et suivaiilcsl'.
Magdobonr^ possMc aussi un (itablisseinent do bains-douches fondé par la municipalité et ouvert en mai 1848, dans une proprii^ti! dépendant de l'hôpilal. Il est muni de 20 cabines, dont It pour les hommes. L'affluence y est telle surtout le samedi et le dimanche, que la ville se propose d'en créer d'autres analogues.
A Mayence, l'initiative des l>ains-douches revient également à la municipidité. L'élablissomcnt comprend trois salles ; l'une pour les hommes, l'aulre pour le;i femmes, la troisième pour les enfants des écoles; le tout renferme il cabines.
La vill<' il'.XItona a remplacé le caissier i>ar utt distributeur automatique. ( In > iiilro<luil une pii'-er de 10 pfeniiing cl il vous rend en échange un billet d'admission et un morceau de savon. On donne ce billet au pardon île Imiu qui vous remet une serviette et la comparaison entre le nombre de morceaux de savon et celui des serviettes fournit un contrôle très siiiiplr. L'établissement renferme Ih cabines: il ne reçoit que des hommes et n'est ouvert que le matin.
Le bain-douche de Brunswick a été établi par lu sociéti.- pour le bienêtre des classes laborieuses. Il contient l.'i cellules à douches et 2 Imignoires pour les liommes, (i cellules à douches et 1 baignoire pour les femmes. Les ])rix sont fixés à 0"'",10 pour un bain d'aspersion, y compris l'essuie-mains et un mom-au de savon, à O""*",*© pour un bfiin de l>ai-
gnoire, y compris les mêmes accessoires. Toute rinstallalion a coû^ 27.000 marcs, soit 1.125 fr. par cellule (1).
Lintérùt de premier ordre qui s'atlache à la question des l)ains nQUS parait justifier les détails un peu minutieux dans lesquels nous venons d'entrer.
l"" Les différe>ts systèmes de balnéation. — Nous ne les envisagerons qu'au point de vue de Thygicne populaire et des établissements public-^*
Bains en baignoires, — Ce sont les seuls qui soient usités en France e?*-' comme nous Tavons dit, ils ne résolvent pas le problème. Ils laisseiB^
Fig. 88.
presque partout à désirer, ainsi que la montré M. Colin, dans sa n*marqiiable élude sur la ville de Paris (2). L'ordonnance de la prt'fecturi' de polio(; du 25 novembre 1885 et celle du 21) avril 1887 ont n*glemenlé les étiiblissements d(^ bains, d'une façon très suffisante; il est facile de tenir la main à ce que ses pn^scriptions soient observées ; mais on ne parviendra jamais à mettre le bain en baignoire à la disposition des classes inférieures. Il est trop dispendi(Mix pour cela. Il faut 200'"' d'eau pour un grand liaio en France et 227"' en Angleterre. Ola suppose une dépense notable de
1,1 ('lut Handel, Dus Volkshvuw'hinl nm Withelnuthor zu Brdun.^chtreiy^ traduit par AiiNOL'Ll) in Rfruc <riuj(fime^ 1892, t. XIV, p. 189).
\'1\ l.éoii C.oi.iN, Paris, Etufk' /tf///iéni(fne et métlkale^ extrait du Dictionmiit-^ rmcycto' pcdUfUc des sciences médicales, 1885, p. 139.
combustible. Avec les frais d'installation et de personnel, la détérioration rapide des baignoires et des cabinets, Tusurc et le blanchissage du linge, le prix d'un bain atteint toujours un prix très élevé. A Brunswick, comme nous venons de le voir, on parvient à en donner à 0"*",20, soit ÎS''*"^ à Liverpool, ils ne coûtent que 2 pence, soit 22*^"' ; mais ce sont là des tours de force qu'on n'est pas parvenu à réaliser en France, où le bain chaud coûte au minimum, avec le linge, 30<^"*. C'est le prix de l'établissement de la Tour de Cysoing à Lille, qui donne 18,000 bains par an, A Paris, il est de 50^«"^
Piscines, — Elles commencent à se vulgariser en Angleterre où l'exercice de la natation est devenu obligatoire dans les écoles de filles et de garçons; elles sont moins répandues en Allemagne, en France, en dehors de celles de Paris, on n'en trouve que dans de très rares lycées. C'est une innovation qu'on ne saurait trop recommander, comme moyen de propreté et comme exercice du corps. L'installation n'est pas très coûteuse, si Ton songe au nombre, des personnes qui peuvent en profiter. Mille personnes so baignent par jour dans une piscine de moyenne dimension. 11 suffit de renouveler l'eau deux fois par jour pour éviter la formation de la pellicule grasse qu'on voit flotter à la surface du bassin, quand on ne les vide qu'une fois par semaine, comme à Bruxelles. Elle ne se produit du reste, que si les baigneurs se servent de savon et son usage doit être sévèrement interdit. Il doit y avoir, en aval de la piscine, un petit bassin, avec issue directe à l'égout, dans lequel on se savonne avant de passer dans le grand. C'est dans ce dernier qu'on se livre au plaisir de la natation, l'exercice le plus hygiénique et le plus utile qui soit, ainsi que nous le montrerons au chapitre de l'éducation. Les piscines de natation couvertes doivent être l'objet d'une faveur toute spéciale des administrations municipales dans toutes les villes assez importantes pour en faire les frais.
Bains par aspersion. — Ce sont les plus simples, les plus économiques et les plus pratiques. Ils permettent de se savonner et de se laver le corps à grande eau, en toute saison et à peu de frais. Ils n'exposent pas aux refroidissements parce qu'ils sont très courts; on peut même les rendre toniques parce qu'on peut les faire suivre d'une af fusion froide de quelques secondes. Ils résolvent de la façon la plus heureuse, l'important proi)Ième de la propreté corporelle, pour les classes ouvrières qui en ont le plus besoin, pour les soldats, les lycéens, les prisonniers, etc.
Les bains par aspersion, quoique les Allemands en réclament l'invention (1), ont été imaginés en France. La première idée appartient au médecin-major Dunal qui la mit en pratique en 1861, à Marseille, dans son régiment. Les hommes se plaçaient par trois sous une douche froide
il) Otto Lkonhard, in^çénicurù Berlin ^ Les nouvel ies instaUat ions fie bains {Gesunàheiis ingénieur, 189U. >'»« 20, 21, 23 et 1891, ><> 4. Extrait dans la Revue d'hygiène, {9*M, t. XIII, p. 646).
en arrosoir, se savonnaient et se lavaient pendant trois minutes (1). Ces aspersions hydrothérapiques n'étaient possibles que pendant Tété ; il fallait trouver le moven de donner le bain-douche chaud et Thonneur en revient à Merry-Delabost qui, dès 1873, en fit l'application aux détenus de la prison de Rouen et en proposa l'adoption pour tous les établissements pénitentiaires. 11 n'y réussit pas, mais son heureuse invention fut reprise quelques années après par le D'' Haro, qui, de concert avec le colonel Louis, institua, au 69* régiment de ligne, un mode d'ablution analogue. Peu à peu cette pratique se répandit dans l'armée; dès 1877, M. Tollel introduisit, dans ses projets de casernements nouveaux, des installations pour bains par aspersion ; enfin ils ont été rendus réglementaires par les circulaires du ministre de la guerre en date des 31 juillet 1879, 18 et 21 mai 1880, 12 août 1882, 8 mars 1886.
On s'est ingénié dans l'armée à trouver les moyens d'économiiser le temps, le savon et l'eau chaude. Avec dix pommes d'arrosoir accouplées deux à deux, on peut, dans une salle de 7"^ sur 55"% laver de 100 à 150 hommes par heure, et ne dépenser que 6 à 10*'^ d'eau par homme. On peut ainsi baigner tout un régiment à raison d'un centime par tète (2).
Dans la caserne modèle de Dresde, la consommation d'eau n'est que de 2 à 3"^ par tète et on lave les soldats tous les huit jours. D'autres casernes ont adopté des systèmes analogues. Le ministre de la guerre prussien, par un arrêté en date du 3 décembre 1883, a réglé, dans le plus minutieux détail, le mode d'installation et le fonctionnement de ces bains et fixé l'allocation du combustible. L'eau n'est chauffée qu'en hiver.
Les bains par aspersion se sont introduits dans les écoles allemandes et notamment à Ga^ttingue (3), à Munich, à Nuremberg, à Carisrube, à Altona, etc. ; il en existe également dans. beaucoup de villes d'Angleterre ; on en établira prochainement dans les écoles de Paris; mais nous reviendrons sur cette question au chapitre consacré à l'éducation. L'administration pénitentiaire qui s'était d'abord montrée peu favorable à l'invention de Merry-Delabost s'est décidée à l'appliquer dans quelquesunes de ses maisons centrales et notamment à Fontcvrault. Dans les asiles de nuit de la Socictè PhUantropi(jUi\ fondés en 1879, pour les femmes et les enfants et dans ceux de la ville de Paris, on administre une douche d'eau tiède à toute personne qui y entre, on lui donne du
(1) Arnould, Nouveaux étéme?its d^hygiène (ion. cit. \ p. 836.
(2) C'est égaleineiit clans l'armée .^u'oii a imajîiné, pour nuMiagcr le combustible, dechaufTcr Tcau à l'aide de la chaleur que déj^age le fumier de cheval. L'essai en a été fait au l*^*" régiment de chasseurs d'Afrique à Mascara et plus lard au 21'^ régiment de dragons à Kvreux. On renferme Tcau ("ans des bonbonnes de grès on de verre qu'on plonge dans le fumier. On obtient ainsi de îîOO à 1.200 litres d'eau vai*ianl de 3.') à 70 degrés. C-et expédient n'est plus nécessaire aujourd'hin", puisque le ministre a réglementé l'installation des bains par affusion et alloué les crédits nécessaires. La dépense est d'ailleurs minime.
(1) Pour le fonctionnement des bains-douches de lEcole de GaHtingue, voyez : Encyclopédie d* hygiène^ t. 111, p. 734.
lingf pour s'essuyer et on lui pr^te des vêtements pendant qu'on désinreclc 1rs siens, l'n hectolitre d'eau tiède chauffée par le fourneau de la cuisine suffit |)Our laver dix personnes. Les femmes malades ou récemment accouchi^es sont seules exemptes de cette ablution.
Les hains par aspersion doivent ftre donni's d'une manière méthodique et expéditive. Il fautd'abord une Iwune i nstal la tien . La figure que nous donnons ci-contre représente colle qui a été adoptée par le jury de concours de l'Exposition de Berlin en 1890 (fig.89)(i).
L'ajutage le plus usité est la pomme d'arrosoir. Elle ne doit pas être conique, pour que la gi^rlw ne s'éparpille pas. La direction de ladoucho ne doit être ni horizontale ni verticale. Horizontale , elle aveugle la personne qu*on Oouche, verticale, elle tombe d'aplomh sur la tète et rejaillit tout autour sans mouiller le corps. Le jet doit arriver obliquement de haut en has; il ne faut [tas qu'il ait une grande puissance, ni qu'il soit percutant: le , nettoyage doit s'opérer par la friction et non o, sû'gc ; - ',, iMMe ; - c, UMi-lle : - d, porlc- pap (a force du jet. snïoii ; — /■. ilirliurge ; — ^ Irop plein. ' ,, ,.
La salle d aspersion doit être maintenue à une température de 14 à 20 degn'-s et être pourvue d'une conduite {>our l'évacuation des buées. Le baigneur commence par laisser couler l'eau, pendant quelques secondes, pour s<^ mouiller tout le corps, puis il se savonne et achève l'ablution, en fuisant de nouveau fonctionner la douche pour enlever la mousse de savon. Il se lave ensuite les pieds ilaiis le inh et tout doit être fini en trois ou quatre minutes, de manière ii ec ijuc l.'i à ill |)ei-sunnes puissent passer sous la douche en
(]j (11' coiirouis niii|m-l viii^t canciirrciils prirent |>art. n Tail l'ulijct d'une brocliure inliluli''fi : llfiim pour Iriie/iilletin, vues et principes du jury pour It prix fondé par tl'nion ilei hriitti-iirx .llUiimn'l', par B. Knoblauch, directeur Jcs braucrici de BolMlme chcï Karl Eli-jnLirm, Huiliii W).
une heure. Dans les établissements soumis à la discipline, on ne dépense pas plus de 8 à 10 litres d'eau, mais dans les bains publics, il faut compter sur 20 ou 30 litres. La quantité d*cau doit être mesurée au visiteur pour qu'il n'y ait pas de gaspillage, comme cela arrive à Vienne où chaque bain dure vingt minutes et consomme 139 litres d eau (1).
Bains froids, — Au point de vue de la propreté, les bains froids sont moins efficaces que les bains chauds ; mais, en revanche, ils ont des propriétés physiologiques et thérapeutiques bien autrement importantes. Le bain froid est un des grands moyens de relever l'économie, de raffermir les constitutions languissantes, de calmer le système nerveux et d'apaiser les troubles fonctionnels dont il est le siège. C'est le correctif de l'existence factice qu'on mène dans les villes et l'un des éléments les plus précieux de l'hygiène, dans la période ascendante de la vie. C'est pour ce dernier motif que nous en renvoyons l'étude au livre consacré à l'hygiène scolaire ; pour le moment nous n'avons à nous occuper que des établissements de bains froids.
Dans toutes les villes de quelque importance, que traverse une rivière d'une profondeur suffisante, on installe, sur ce cours d'eau, des radeaux surmontés de cabines ou de tentes, sous lesquelles les baigneurs se déshabillent, avant de se mettre à l'eau. Dans les grandes villes, on trouve des installations moins primitives. A Paris, les établissements de bains sont vastes, confortables, et en rapport avec le chiffre très élevé de la population.
Il n'en a pas toujours été ainsi. Dans un mémoire très intéressant que M. H. Napias a inséré, en 1877, dans le Bulletin de la Société de médecine publique et d'ht/ffièneprofession7ielle(i)^ il a fait l'histoire des bains froids à Paris, depuis le xviii® siècle. Il a raconté comment Barthélémy Turquin avait créé, en 1780, les Bains chinois sur la Seine et les avait transformés, en 1785, en école de natation. Ce fut le premier établissement analogue, à ceux d'aujourd'hui. Ils se multiplièrent rapidement ; en 1832, en en comptait 22, et en 1879, quand M. Napias en a fait le recensement, il y en avait 35 dont 25 dans Paris même et 10 pour les communes riveraines.
Les établissements de bains installés sur la Seine sont constitués par quatre grands bateaux plats, circonscrivant un espace rectangulaire autour duquel règne une sorte de quai formé par le pont de ces bateaux et situé devant les cabines qu'ils supportent. Aux deux extrémités du rectangle, se trouvent des escaliers ou des échelles qui permettent de descendre dans l'eau. Un pont léger traverse le bain vers son milieu. i'
Le fond est constitué par un plancher incliné et maintenu par des claies ^
(1) E. Richard, Précis d'hygiène appliquée (loc. cit.)^ p. 324.
(2j H. Napias, Les établissements de haina poids à Part:^ {Bulletin de la Société rfej médecine publique, 1877, t. I, p. 151}.
de bois qui emp<>chcnt le baigneur de passer sous les bateaux, ou par le fond même de la rivière et, dans ce cas, le bassin est bordé jusqu'au fond par un filet à mailles de fer tendu verticalement et assez long pour atteindre le fond, par les plus grandes crues. Certains établissements présentent ces deux dispositions à la fois.
L'espace occupé par le bassin est à ciel ouvert. L'administration exige seulement que les baigneurs ne puissent être vus du dehors. Ce résultat s'oi)!ient à l'aide de toiles soutenues par un fil de fer et tendues d'un côté à Taulre du bain, soit en long, soit en large, soit, lorsque l'emplacement Tcwige, dans les deux sens à la fois.
Dans les établissements situés près d'un pont et dans ceux qui sont réservés aux femmes, ces cloisons en toile sont remplacées par une tente continue.
Les établissements de bains froids sont soumis à une réglementation spéciale qui remonte à près d'un siècle. Une sentence de police du prévôt des marchands, en date du 11 juin 1742, a prescrit les mesures à prendre pour sauvegarder la décence, la distance qui doit séparer les bains des deux sexes, l'interdiction de rester nu sur le bord de la grève et de se baigner aux endroits de la rivière où on vient puiser de l'eau, pour la distribuer dans la ville. Puis sont venus, dans l'ordre chronologique, la loi des 16-24 août 1790, les arrêtés des consuls des 12 messidor an VIII et 3 brumaire an IX ; la loi du 7 août 1850 ; les ordonnances de police des 25 novembre 1885, 29 avril 1887 et 28 mai 1890.
Aux termes de ces règlements, les bateaux doivent être maintenus en bon état et solidement amarrés. Le fond de bois se compose d'un plancher en charpente solidement boulonné ; il est maintenu au moyen de vis à tête ronde noyées dans le bois.
Le périmètre interne du bassin doit être garni, dans toute la hauteur, de herses en charpente, à claire-voie, de 0'",15 d'écartement, ou de filets métalliques à mailles de 0'",15 de côté.
Les cabines doivent être aérées, et leurs portes s'ouvrir de l'intérieur.
Avant l'ouverture de chaque établissement, un architecte de la ville constate le bon état du fond de bois, avant qu'il soit coulé. Il s'assure que les réparations prescrites Tannée précédente ont été exécutées ; que les herses ou les filets sont en place, solides et fixés au fond de bois, ou qu'ils atteignent le fond de la rivière s'il n'y a pas de fond artificiel.
Tous les établissements de bains sont munis d'une boîte de secours accompagnée de l'instruction du Conseil d'hygiène.
L'ordonnance du 28 mai 1890 indique les points de la Seine et de la ManK» où il est permis de se !)aigner, en dehors des établissements, elle interdit de le faire dans les canaux de l'Ourcq, de Saint-Denis et de Saint-Martin.
Ces prescriptions sont sages et régulièrement observées ; aussi, est-il fort rare qu'un baigneur se noie dans ces établissements où le maître
nageur veille, toujours prêt à porter secours à ceux qui se trouvent en péril.
II. Lavoirs et blanchissage. — Le changement fréquent de linge est la seconde condition de la propres» corporelle et le complément nécessaire des ablutions et des bains ; la question du blanchissige intéresse donc au plus haut point Thygiène, et nous ne craindrons pas d'entrer, à son égard, dans des détails techniques qui sont à leur place dans un ouvrage comme celui-ci.
Autrefois le blanchissage du linge se faisait à domicile. En province, toutes les maisons aisées comportaient une buanderie ; on faisait la lessive une couple de fois par an et, dans l'intervalle, le linge sale restait à fermenter dans les armoires. Les ménagères n'auraient, pour rien au monde, consenti à le faire lessiver dans une cuve banale. Cette promiscuité leur semblait pleine de dangers et leur inspirait un dégoût profond. Dans le courant de l'année, les servantes allaient nettoyer aux lavoirs les plus voisins, les pièces de première nécessité et celles qui n'avaient pas besoin d'être lessivées. Les maisons importantes avaient leur lavoir et tout se faisait à domicile. Dans les familles pauvres, les femmes lavaient au cuvier tant bien que mal, dans leur petit logement et faisaient sécher comme elles pouvaient. Aussi l'établissement des lavoirs publics est une des innovations les plus heureuses dont l'hygiène ait eu à se féliciter.
L'industrie du blanchissage a pris aujourd'hui de grands développements. On compte, à Paris seulement, 392 lavoirs sur terre et 28 bateauxlavoirs amarrés sur la Seine, près de l'île Saint-Louis et de la Cité.
1° Lavoirs sur terre. — Les lavoirs établis au sein des villes ont des inconvénients pour le voisinage, et ont été, pour ce fait, rangés dans la troisième classe des établissements incommodes et insalubres. La buée qui y règne en tout temps, s'infiltre dans les constructions adjacentes, les dégrade et y entretient une humidité malsaine. Elle est tellement épaisse dans certaines buanderies, que la lumière électrique ne la traverse pas. Il a été impossible jusqu'ici de les en débarrasser. Les lavoirs sont également une cause de dangers pour la santé publique, par les eaux impures qu'ils déversent sur le sol ou dans les cours d'eau et qui peuvent causer des maladies infectieuses, comme nous le dirons plus loin.
Le Comité consultatif d'hygiène publique de France, et le conseil d'hygiène et de salubrité de la Seine sont intervenus à diverses reprises pour réglementer cette industrie ; les arrêtés rendus par suite de leurs avis contiennent les dispositions suivantes :
Les lavoirs, buanderies, couleries, doivent être isglés des maisons voisines au moyen d'une cloison qui sépare le lavoir du mur mitoyen, avec un espace de 15 à 20 centimètres et qui doit régner sur toute la hauteur du mur mitoven.
L*air circulant entre cette cloison et les maisons voisines doit être pris extérieurement. Le contre-mur sera construit en briques et chaux hydraulique. Dans le cas où cette opéraUon ne peut être faite le long d'un gros mur de séparation, on* construira, à la hauteur d'un mètre, une cloison en !)riques de 11 centimètres.
La cheminée de la machine à vapeur doit s'élever de 2 à 3 mètres au-dessus des maisons voisines, dans un rayon de 50 mètres, de manière que ces maisons ne soient pas incommodées par la fumée.
Le sol sera dallé ou bitumé avec une pente convenable pour l'écoulement des eaux.
Les eaux doivent être dirigées par un conduit souterrain jusqu'à Tégout le plus rapproché. Dans les localités où il n'existe pas d'égout, les eaux savonneuses et celles provenant de l'essangeage, doivent être traitées par la chaux, ou répandues en irrigation sur les terres, ou vendues pour l'extraction des matières grasses. On ne permettra jamais de les perdre dans des puisards, ni de les répandre dans des cours d'eau.
Des châssis mobiles seront établis sur les côtés opposés aux maisons voisines et la ventilation sera assurée par des cheminées d'aération de 40 centimètres de côté, montant jusqu'à la hauteur des toits et surmontées d'un lanterneau à lames, de persiennes ou de ventilateurs perfectionnés. Le tirage doit être activé, soit par des becs de gaz, soit par la cheminée de la machine. Toutes les précautions seront prises contre l'incendie.
On établira des lieux d'aisance convenablement ventilés, à l'usage des laveuses (1).
Indépendamment de ces dispositions réglementaires, qui concernent surtout le voisinage, il en est d'autres qui se rapportent aux établissements eux-mêmes et l'expérience en a démontré l'utilité. C'est ainsi qu'on préfère, pour les constructions, le fer et la brique à tous les autres matériaux. Les bâtiments n'ont habiluellement qu'un rez-de-chaussée, (»t reçoivent l'air par une toiture ou vitrage dans laquelle sont pratiquées (les fenêtres en tabatière.
Kn Angleterre, les lavoirs sont élevés au-dessus du sol ; les tuyaux pour les eaux passent par le soubassement et l'air pénètre, par de noml)reuses ouvertures, dont le socle est percé, dans le rez-de-chaussée où se tiennent les laveuses ; il se rend de là dans une cheminée d'aspiration qui enveloppe celle des chaudières et des foyers. Les laveuses qui tiennent beaucoup à ne pas être vues, sont isolées dans des compartiments ou stalles de l'",50 de profondeur, où elles se livrent à l'abri des regards à toutes les opérations du blanchissage. En France, où cette pudeur est
'!) ÎRhiBiXHET, Happoft général sur Us travaux du conseil tV hygiène. Paris, 1861, p. 473. — Vernois, Traité pratique tthggiène industrielle et administrative. Paris,
1H60, l. II, p. ^44.
Traité (Thygiènc publique et privée. 33
méconnue, elles sont placées dans de petites stalles mobiles, formées par des montants qui ne dépassent pas la ceinture. Elles ont devant elle un grand baquet dans lequel elles lavent leur linge.
La place réservée à chaque laveus<*doil être de 0",80, Técartement des batteries de 3"' et le cube (Pair total de 15'" par laveuse (4). A Paris, la surface couverte varie, pour un lavoir de 100 places, entre 3S0 et 430"*. La moyenne est exactement de 400°*. 11 en résulte que la surface est de 4"^^ par place. La place de chaque laveuse est de 3"', 10 de longueur sur 0'",90 de largeur ; mais les batteries n'occupent que les 75/100 de la surface totale; il faut en réserver to 100 pour le cuvier, le bureau, les machines et le service. La hauteur moyenne du hall où se fait le travail est de 4"^ sur les côtés et G'" au-dessus de l'allée du milieu (5^ en moyenne). Une toiture vitrée et inclinée règne <le chaque côté et répand partout la lumière (2).
^ Les lavoirs, formés de vastes et profonds bassins, remplis d'eau chaude ou d'eau froide, doivent toujours avoir leur fond légèrement en pente, et avoir, à la partie déclive, une très large bonde, de 20*^"^ de diamètre au moins, facilement mobile le long d'une tige au moyen d'u:ie chaîne, et permettant de vider un bassin de 10 à 15»"% en moins d'une minute. On utilise ainsi Teau sale, pour faire des chasses puissantes, dans les égouts d'une habitation collective (hôpital, casernes, lycée) ou d'un quartier. Il est surprenant qu'on n'ait pas, partout et depuis longtemps, employé l'eau des lavoirs, des bains publics, de beaucoup d'industries, pour réaliser sans frais les réservoirs de chasse que la ville de Paris a établis, pour le lavage de ses égouts. Ce serait en outre le moyen d'entraîner rapidement les boues et les sédiments savonneux qui s'accumulent presque toujours au fond des lavoirs.
Mais la grande dimension donnée aux bondes détermine un courant d'une grande violence, qui amène rapidement l'obstruction des conduits par des pièces de linge eîn[)ortées. Il (levi(»nt nécessaire d'établir, autour de cette bonde, un cylindre un pcMi j)his grand qu'elle, atteignant presque le niveau supérieur de l'eau, formé dr barres en fer rapprochées de 3*^^"*, ou formé d'un grillage e:i cuivre ou en fer galvanisé à très larges mailles, pour retenir tous c<»s objets. On se figure malaisé'uient la violence avec laquelle les objets sont ainsi entraînés; mais c<'la mesure» aussi la puissance de nettoiement des égouts, produite par nue telle trombe (3).
Il y aurait {)eul-ètre une modification plus radicale à apporter à la disposition des lavoirs publics et à ceux desservant l(»s habitations collec-
(I) Dérisiojis fin Conseil (Vhygicjic et de saluhritc de la Seine, du 23 février 1885 et septembre tSSG.
;2) CiiRARDiN, Les /aroirs pu/jUcs à /V/r..s\ Mémoire lu à la Société tle médecine publique e 23 (lécombn* 1885 (Revue d'hfff/ièn'' et de police sufiitoire^ 188G, l. VIII, p. 18 .
(i) l). Vallin, Sur (fuelifites points de rassainissement de^ euserncs (Revue (Chyijièneet de police sanitaire, 188S, t. \. p. U i7)-
L'H4BITAT10N.
Fig. 0.». — Lavoirs militaires de Lille (coupe transversale).
tives. Ils ont un inconvénient commun. Le premier qui lave son linge dans ces vastes bassins, souille à lui seul plusieurs mètres cubes dVau propre ; les autres lavent dans Teau souillée.
L'expéri:?nce faite dans Tarmée, où Teau est rare dans les casernes, a conduit à adopter un type excellent, qui tend à se généraliser, et qu'on ne saurait trop imiter dans les lavoirs publics, alimentés en eau chaude aussi bien qu'en eau froide. Le principe est que chaque opérateur doit laisser couler au dehors, à Tégoût et non plus dans le bassin commun, Teau savonneuse qui entraîne les souillures de ses vêtements; — et, d'autre part, qu'un assez mince filet d'eau pure se renouvelle incessamment devant lui, sans qu'il ait la possibilité de souiller l'eau qui servira à. son voisin.
La figure ci-jointe fait comprendre le fonctionnement et les avantages de ce genre de lavoir (fig. 90).
Une augette en pierre A ayant moins de 20*^^"^ de diamètre forme la partie supérieure du lavoir. L'eau claire y coule sans interruption, grâceii la pente ménagée de l'amont à l'aval. On prend l'eau à la main dans cette augette et on humecte l'objet à laver, étalé sur une dalle en pente, CC. L'eau salie descend le long de cette pente, passe par l'interstice qui se trouve entre le plan incliné et l'augette et tombe dans l'auge B, qui est cachée; mais qu'on peut nettoyer par l'espace laissé libre sous les dalles. Un léger rebord de ces dalles en I), et leur pente empêche l'eau de lavage de mouiller les jambes de l'opérateur. Cette dalle ne doit pas avoir plus de (jOoeni ^\ç, longueur, pour que l'opérateur puisse facilement, en allongeant le bras, puiser avec la main, de l'eau dans l'augette A. Cette augette est terminée en aval par un rebord saillant qui y retient l'eau, de manière qu'elle soit toujours pleine, mais sans jamais déborder latéralement. Le trop-plein s'écoule constamment par dessus ce petit barrage et tombe dans la rigole inférieure B, dont la pente est en sens inverse, et qu'elle lave.
L'interstice entre les dalles du lavoir et le bloc dans lequel est creusée l'augette, n'est que d'un centimètre. Il suffit pour laisser passer les résidus du savonnage; mais les pièces de linge ne peuvent s'y introduire.
Le robinet placé en tète de la rigole supérieure, doit être réglé de façon qu'elle soit toujours pleine, tout en évitant le gaspillage de l'eau. On arrive ainsi à en dépenser très peu comparativement à ce qui se consomme dans les grands lavoirs ordinaires, et cette question a son importance, comme» nous allons le voir tout à l'heure.
La dépense de construction est moindre que celle des bassins profonds
r»16 TRAITÉ D'IiYGlEXE PUBLIQUE ET PRIVÉE.
OÙ tout le monde lave à la fois. Le nombre des places d'accès est plus grand, les personnes qui lavent ne se mouillent pas, ne marchent pas dans la l>oue et se servent toujours d*<*au parfaitement propre.
Os avantages nous paraissent assez grands pour légitimer IVtendue des détails dans lesquels nous venons d'entrer au sujet de ce lyp<^ de lavoirs que nous voudrions voir s(* généraliser.
Qmvttitt' (Veau nécessaire. C'est la qut'stion qui importe le plus dans l'industrie du blanchissage et c'<*st la |)lus difficile à résoudre, fl faut de l'eau en abondance et en toute saison ; or, la plus grande activité du blanchissage coïncide avec les grandes chaleurs et c'est aussi l'époque où les sources ont leur moindre débit. C'est une difficulté dans beaucoup de villes.
A Paris, tous les lavoirs publics ont une concession de la ville et la plupart ont un puits dont l'eau est élevée au moyen d'une pompe à vapeur. L'eau des conduites de la villes est réservée pour le générateur, le euvier et la vente de l'eau chaude destiner au savonnage, ainsi qu'à la mise en blanc par l'eau de Javel. L'eau de puits sert à l'essangeage, au rinçage et à la mise au bleu.
La quantité d'eau consommée varie dans des limites considérables. S'il n'y a pas de puits, le lavoir de 100 places consomme 50"'^ d'eau par jour, c'est-à-dire 500 litres par jour et par place. S'il y a un puits, la quantité totale peut s'éh»ver jusqu'à iOO'"', c'esl-à-<lire S'""* par place et par jour. Le lavoir qui possède ces deux sources d'alimentation consomme on moyenne chaque jour, 10"" d'eau de la ville et 100'"^ d'eau de puits, soit 110"* qui vont au ruisseau à la sortie: mais c? débit moyen est assez éloigné des extrêmes.
M. Gérardin, au travail duquel nous avons emprunté les évaluations qui précèdent, a calculé qu'un lavoir de 100 places expédiait environ 2>"* de linge par jour. 11 en résulte que le volume de l'eau employée représente 22 fois celui du linge. Cette quantité est nécessaire et suffisante. On s'en assure, en examinant l'eau chassée^ par l'essoreuse. Klle est troubh^ et savonneuse, quand on n'a employé que 20 fois le volume «l'eau ; elh» (\sl claire avec 22 fois le voIuuk», et ne l'e^st pas davantage lorsqu'on augm(M)l(» ce chiffre.
2* Batkaux-lavoirs. - Il n'en exisie (pie dans les villes Iraversées par des rivières. On en compte GO sur la Seine et la Marne, dans son parcours à travers le déparlement d(^ la Seine. Cette industrie a été réglementée par l'ordonnance de police du 1) mai ISOî). Auparavant on lavait sur les grèves et dans des endroits fixés parles règlements (1). L'ordonnance du 25 octobre IH'iO a complété les pn^scriptions de celle de 180o ; mais il a été maintes fois question et lout récemment encon^ de supprimer les bateaux-lavoirs, parce qu'ils contribuent puissamment à la pollution de
(!) Delamarrr, Traité de police, t. Il, p. 490, 3'' édition, Paris. I7i>7.
la Seine. Cotte suppression que l'hygiène rc^elame apporterait un grand trouble dans les habitudes de la population parisienne. Il y a près de 3,000 places sur les 28 lavoirs flottants de la ville et, chose étrange, il y a relativement plus d'espace à bord qu'à lerre ; le service y est plus assuré, les dégagements plus faciles. Les séchoirs ne peuvent pas suffire aux demandes, les essoreuses sont toujours en activité et cela se comprend, parce que les laveuses qui demeurent pour la plupart loin des quais ne peuvent pas porter leur linge à domicile, avant de Tavoir séché.
3" (h»KRATiON DU BLANCiiissAfiH:. — Le linge sale doit être renfermé avec soin, depuis l'instant où on le quitte, jusqu'au moment de son transport au lavoir. Dans les habitations privées, on se borne habituellement à le renfermer dans un coffre qui, le plus souvent, n'est pas fermé. Comme il est transporté au lavoir toutes les semaines, cela n'a pas d'inconvénients graves, lorsqu'il n'y a pas de malades dans la maison.
11 serait préférable cependant de se servir décaisses étanchesen métal munies d'un couvercle, faciles à nettoyer et à désinfecter. On peut adopter, par exemple, des caisses en tôle galvanisée ou mieux en tôle émaillée. Dans les hôpitaux modernes, le linge des salles est jeté dans des trémies par lesquelles il tombe dans une caisse placée dans le soussol, au fond d'une niche fermée. Cette pratique a l'avantage de le faire disparaître immédiatement du voisinage des malades; mais elle expose à disséminer dans l'air un certain nombre de germes pathogènes.
Ti'Uujc et transport. — Le linge doit séjourner le moins possible dans les appan*ils récepteurs. 11 serait à désirer qu'on put le transporter à la buanderie dans les caisses qui le contiennent, comme cela se fait dans les hôpitaux ; mais, dans les liabitations privées, il faut le trier et le compter avant de le remettre au blanchisseur, et cela n'est pas sans danger, lorsqu'il y a. dans la famille des malades atteints d'affections contagieuses. La prudence exige dans ce cas, qu'on désinfect(» le linge au moment où le malade le quitte. Le triage fait, on enveloppe le tout dans une forte toile et on le met dans la voiture du blanchisseur qui le transporte à son étal)lissement, où il est soumis à une série d'opérations qui ont pour but de le nettoyer, sans attaquer son tissu. Ces opérations sont l'essangeage, W lessivage, le lavage, le rinçage et le séchage.
l'Jsscuifjcdgc. — Cette opération préliminaire a pour but de débarrasser le linge de tous les produits solubles dans l'eau. Il se fait à l'eau froide ou à peine tiède, pour ne pas coaguler, par la clialeur, les substances albuminoïdes, comme le sang et le pus. L'essangeage peut se faire dans (le simples euviers, et alors il dure quatre ou cinq heures, ou dans des tonneaux laveurs où il se fait en dix minutes. Après ce premier lavage, le ling(» est débarrassé d(» la majeure partie de ses impuretés et préparé à recevoir la lessive.
OÙ tout le monde lave à la fois. Le nombre des places d'accès est plus grand, les personnes qui lavent ne se mouillent pas, ne marchent pas dans la boue et se servent toujours dVau parfaitement propre.
Ces avantages nous paraissent assez grands pour légitimer I étendue des détails dans lesquels nous venons d'entrer au sujet de ce type de lavoirs que nous voudrions voir se généraliser.
Quantité cVeau nécessaire. C'est la question qui importe le plus dans rindustric du blanchissage et c'est la plus difficile à résoudre. Il faut de Teau en abondance et en toute saison ; or, la plus grande activité du blanchissage coïncide avec les grandes chaleurs et c'est aussi l'époque où les sources ont leur moindre débit. C'est une difficulté dans beaucoup de villes.
A Paris, tous les lavoirs publics ont une concession de la ville et la plupart ont un puits dont l'eau est élevée au moyen d'une pompe à vapeur. L'eau des conduites de la ville est réservée pour le générateur, le cuvier et la vente de l'eau chaude destinée au savonnage, ainsi qu'à la mise en blanc par l'eau de Javel. L'eau de puits sert à l'essangeage, au rinçage et à la mise au bleu.
La quantité d'eau consommée varie dans des limites considérables. S'il n'y a pas de puits, le lavoir de 100 places consomme SO'"^ d'eau par jour, c'est-à-dire 500 litres par jour et par place. S'il y a un puits, la quantité totale peut s'élever jusqu'à 200"^ c'est-à-dire 2»"^ par place et par jour. Le lavoir qui possède ces deux sources d'alimentation consomme en moyenne chaque jour, iO'"* d'eau de la ville et 100^^ d'eAU de puits, soit 110*" qui vont au ruisseau à la sortie: mais co débit moyen est assez éloigné des extrêmes.
M. Gérardin, au travail duquel nous avons emprunté les évaluations qui précèdent, a calculé qu'un lavoir de 100 places expédiait environ 5^' de linge par jour. 11 en résulte que le volume de l'eau employée représente 22 fois celui du linge. Cette quantité est nécessaire et suffisante. On s'en assure, en examinant l'eau chassée par l'essoreuse. Elle est trouble et savonneuse, quand on n'a employé que 20 fois le volume d'eau ; ell(^ est claire avec 22 fois le volume, et ne l'est pas davantage lorsqu'on augmente ce chiffre.
2° Batkaux-lavoirs. - Il n'en existe que dans les villes traversées par des rivières. On en compte GO sur la Serine et la Marne, dans son parcours à travers le département de la Seine. Cette industrie a étt^ réglementée par l'ordonnance de police du 9 mai 18(55. Auparavant on lavait sur les grèves et dans des endroits fixés parles règlements (1). L'ordonnance du 25 octobre 1840 a complété les prescriptions de celle de 1805 ; mais il a été maintes fois question et tout récemment encore de supprimer les bateaux-lavoirs, parce qu'ils contribuent puissamment à la pollution de
(I) Delamarre, Trailé de police, t. H, p. 490, S*" édition, Paris, 1727.
518 TRAITÉ D'HYGIÈNE PUBLldUE ET PRIVÉE.
Lessivage, — Il consiste à saponifier les matières grasses à l'aide d'une solution alcaline bouillante, qui enlève en même temps les taches de toute sorte et détruit tous les germes d'organismes vivants que peut contenir le tissu. C'est à la fois un nettoyage et une désinfection. On y soumet tout le linge, sauf les pièces très délicates, comme les cols, les manchettes, les bonnets et les lainages que la lessive attaque et rétrécit, il faut se borner à les savonner à Teau tiède qui ne doit jamais dépasser 46 degrés.
La lessive est une solution de cendres ou de carbonates alcalins. On ne se sert guère de cendres aujourd'hui que dans les campagnes. Pour 100*'^ .de linge, on compte 25*"? de cendres ou ()•'« de carbonate de soude ; si l'on force cette quantité, ou si les cristaux ne sont pas bien dissous, la trame du linge est attaquée. II en est de même si on porte la température au-dessus de iOO ou liO degrés.
Pour faire la lessive, on mettait autrefois le linge dans un grand cuvier, le plus fin en dessus, le plus gros et le plus sale en dessous. On le tassait fortement et on le couvrait d'une grosse toile nommée charrier y par dessus laquelle on étalait une couche de c<*ndres de bois, d'épaisseur variable suivant la quantité de linge à blanchir. On mettait un autre charrier par dessus la cendre et on versait sur celui-ci de Teau bouillante à plein chaudron. L'eau traversait le lit de cendres, en se chargeant de principes alcalins, humectait le linge en passant au travers et ressortait par un robinet placé à la partie inférieure du cuvier. Ce liquide alcalin recueilli et porté de nouveau à l'ébullition était versé une seconde fois sur le linge, puis une troisième et on continuait ainsi pendant dix à douze heures.
On a beaucoup simplifié ce procédé, d'abord en meltanl les cendres sur le feu dans le chaudron avec l'eau en ébullition, au lieu de les mettre dans le cuvier avec le linge; puis en remplaçant les cendres par une solution de carbonate de sonde.
On a imaginé de nombreux appareils pour simplifier l'opération et la rendre plus rapide. Le plus répandu est la lessiveuse l)(v,oudun qui fonctionne automatiquement (fig. ÎH).
Elle se compose : 1" d'une chaudière en tôle, munie d'un robinet et placée sur un fourneau ; 2" d'un cuvier pourvu d'un large couvercle. La communication est établie entre eux par en haut à l'aide d'un tuyau en cuivre terminé par un champignon d'arrosage, par en bas au moyen d'un second tuyau qui complète le circuit. Le fonctionnement est très simple. Lorsque la lessive entre en ébullition dans la chaudière, la vapeur qui se forme presse sur le liquide alcalin et h* fait monter par le tuyau de cuivre qui le répand en plein sur le linge. Ce liquide traverse toutes les couches superposées dans le cuvier et, arrivé au fond, il retourne à la chaudière, repasse à l'ébullition et recommence son circuit automatique qu'on fait durer dix ou douze heures.