‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 73 sur 141 · I-'IIADITATIIIN · texte numérisé non relu

I-'IIADITATIIIN

On a 4^)rin<'nt imagint' dfs lessiveuses à vapeur. Dans Fflle de M, Chameau (fig. itâ), la vapeur arrive au centre nu^me de la masse du linge préalablement trcmpi'^ dans la lessive, avee une tempi^ralure ppogrcssivenient croissanlc, par un luyau distributeur vorlipal, liivisi'' en Lrois pièces, 2, :t. 4 et muni de liranchements lioriznntaiix ; elle entraîne

ia lessive et la ramène dans le réservoir d'ean. L'opération dure deux ou trois heures. Elle est économique. Avee IH^f de houille on peut laver 280'"' dp linge pesé sec.

Savoniiat;e. — Pour compléler l'action de la lessive, on lave le linge dans im Imquet plein d'eau chaude el savonneuse, m le rmllant à la main. e:i le smimellanl à l'aclion du hatloir el de lu lirosse en chiendent.

Dans les étaltlissenients où le hlanehrssa^te s'optre en grand, on a reinpiueé celte opération Taligante. par le lavage mécaiiifpie opi'Ti^ dans des forim-aiix-lnmini mohiles autour d'un uxo liorizontal (Fig. ll-'l). .\ nie- RUre que la rolation s'opère, le linjie est ramené au ranimel de l'appareil d'où il relnmlie sur la paroi opposi-e, en se Troltunt ronirp lui-même, au milieu du remous du liiinide savonneux. Il Taut de trois a huit minutes, suivant la nature du linge, pour que celui-ci soil lavé régulièrement dans tonles ses parties et sans aucune détérioration : mais le tonneau doit Taire au moins dix-luiil tours à la minute. Sans cela le linge ne Fait que rouler sur lui-même el n'esl pas projeté contre les parois avec asse;! de force pour que le lavage soil complet.

Pour éviter la perle de temps que m'-cessilenl l'ouverture et la Terme-

Lorsque )<; linge est inlroduit, i

Sao TRAITE D'HYGIËNE PUBLIQUE bT PRIVÉE.

ture des portes dont sont munis ces tonneaux-laveurs, H. l'ingénieur Gbosles a imaginé une modlTication 1res ingénieuse, en remplaçant les portes par une ouverture libre et incomplèlvment liouchéc à l'aide d'une domi-cloison (Hg. 04).

l'ec le liquide laveur, dans ce tambour et qu'on fait tourner celui-ci dans un sens, le conlenu se met en mouvement sans qu'une goulle de liquide soit projetée au dehors ; quand on le fait tourner en sens inverse, lout le contenu s'en échappe.

Le lavage mécanique réalise une grande économie de mu! n-d 'œuvre.

Avec un tonneau mù par une manivelle, un ouvrier fait trois fois plus de besogne qu'en lavant à la main, dans le même espace de temps.

De plus, le nettoyage se fait régulièrement dans toutes les parties, et l'usure est bien moins grande que quand on se sert de la brosse et du battoir. Au point de vue de l'hygiène, les tonneaux-laveurs constituent un grand progrés, en ce qu'ils réduisent considérablement la manipulation du linge par les ouvriers et que celleci n'est pas sans danger.

Lb maison Docoudun construit aussi des machines à tavcr pour le blanchissage rapide. Ces appareils, qui peuvent expédier W'" de linge à l'heure, sont précieux en temps d'épidémie, alors qu'il faut faire beaucoup de besogne en peu de temps.

Ces moyens mécaniques ne sont en usage que dans les grands établissements, dans presque tous les lavoirs publics on lave et on savonne à la main, à la brosse et au battoir.

Rinçage — Les opérations précédcnU'S laissent dans le linge des parties soluhles savonneuses ou alcalines qu'il faut enlever en le passant à l'eau pure. C'est ce qui constitue le rinçage. Il demande beaucoupd'eau. Use fait dans

lo courant même sur les bateaux-lavoirs et à terre dans un réservoir spécial situé en amont du bassin où s'opère le savonnage. Le rinçage se complète par l'enlèvement des taches qui s'opèri' à l'aide de l'eau de Javel. Le linge fin est ensuite passé au bleu, ce qui lui donne un aspect plus agréable.

Séchage. — C'est le dernier temps du blanchissage et le plus difficile i réaliser dans les grandes villes. A la campagne, Hen de plus facile.

rig. 9*.

Après avoir lavé le linge au ruisseau, on Tétend sur i'herbe, ou sur les buissons et il sèche à Tair et au soleil, qui rendent le linge plus blanc et le désinfectent mieux que tous les procédés artificiels. Dans les petites villes, on a des séchoirs en plein vent, près des lavoirs ; mais dans les grandes, le défaut d'espace ne permet pas d'en installer et les blanchisseuses emportent leur linge à peine tordu sur leurs épaules encore moites de la sueur du travail et s'en vont le tendre dans leur petit logement qu'il remplit d'humidité. Cette buée imprègne les murs, les planchers, le mobilier de ces pauvres ménages et ne se dissipe plus. On peut, dit Tardieu, affirmer qu'il n'y a pas de cause plus active des maladies constitutionnelles qui sont la plaie vive des populations pauvres de nos grandes villes (i).

Grâce aux lavoirs publics, ces dangers ont en partie disparu. A Paris les laveuses des quartiers excentriques emportent presque tout leur linge chez elle. Leurs logements sont plus vastes, les propriétaires accordent souvent un petit espace, dans la cour ou dans un jardin, pour étendre le linge de leurs locataires. Celles-ci font ainsi l'économie du séchoir public et il n'y en a que 20 p. iOO à y recourir. Dans les quartiers du centre, où les propriétaires défendent d'étendre le linge dans la cour, où les logements sont plus petits, il y a 70 p. iOO des laveuses à recourir au séchoir du lavoir public (2).

Les habitations ouvrières élevées, dans les grandes villes de France, depuis quelques années, par les sociétés. de construction et notamment celles de la Société philanthropique dont il a été question plus haut, ont de petits st^clio'rs dans leurs cours, c'est-à-dire que les ménagères peuvent étendre leur linge sur des tringles que supportent des poteaux disposés à cet effet (3).

L'opération du séchage comprend deux temps distincts : l'essorage et le séchage proprement dit.

L'essorage peut se faire à la main par torsion ou pression : mais ces manœuvres sont fatigantes, détériorent le linge et y laissent de grandes quantités d'eau. Dans tous les lavoirs publics on se sert d'essoreuses mécaniques. Il serait à désirer que leur usage se répandit partout et surtout dans les hôpitaux où elles ne sont pas assez employées et dans lesquels le séchage à l'air libre présente des inconvénients.

Ces appareils si utiles sont basés sur le principe de la force centrifuge. Ils se composent d'un panier perforé, en tôle, traversé par un axe vertical qui le fait tourner très rapidement dans un cylindre en fonte. Celui-ci recueilh» l'eau projetée (fig. 95).

(i^ A. Tardiei', Dictionnaire (fhyyiàne et de saluhritéy 2« édition, t. II, n. 536,

(2) CiÉRARDiN, les Lavoirs publics à Paris {toc. ci7.\ p. 21.

(3) Encyclopédie d'hygiène, t. III, p. 446.

532 TRAITÉ D HYGIÈNE PUBLlyLE ET PHIVÉE.

L'apparoil est mis en mouvement par unt^ machine ou simplement à , liras. L'opi^ralion durt' quinze mînules, sur lesquelles dix sontemployOes pour le chargemenl el le di^chargement. L'essoreuse enlève au linge les deux tiers de l'eau qui l'imbibait : le reste doit Hre éliminé par le sf-cliage à l'air libre .

onk l'air chaud.

l'n séchoir à l'air libre doit l'tre exposé aux venLs gnanis cl sablé pour réverbérer la chaleur. On y dresse des , poteaux en séries parallèles distantes de deux mètres et on tend dessus des fils de Ter galvanisés. Il Tant compter sur un mètre carré par kilogramme de linge à séclior el par jour.

Dans nos climats, le séchage à l'air libre est souvent vmpéché par le mauvais temps et, dans les grandes villes, il demande trop ^ d'espace ; aussi toutes les buanderies importantes ont un séchoir à air '

Fig. 93. — EsSDTBiHc conlrifuiie

rig. DU,

mut (.iiniiiB),

chaud. Les premiers ont été installés en Angleterre. Oux d'Etatow Square et de Goutdstui^-Sijuare ont été longtemps citi'-s comme c modèles (I). En France, on préfère aujourd'hui les séchoirs du système] Chaaies (fig. 96).

jlj E. tlE»I)cii*Nii, arlLclii lo'ûi's du Pictionitoii'e encf/dupéili'fue.

Dans ce séchoir, chaque étuve a deux compartiments desservis par des châssis en fer, à roulettes, munis de tringles parallèles aux portes. Celles-ci glissent Tune sur l'autre de façon à ce qu'on n'ouvre jamais que la moitié de Tétuve. Quand le séchage est terminé d'un côté, on ouvre la porte, on fait sortir le chariot à roulettes puis on ferme pour éviter la perte de chaleur. On retire le linge' sec des tringles, on le remplace par du linge humide et on repousse le chariot dans l'étuve. On fait de même pour Tautre côté et de cette façon le travail est continu. Le séjour du linge dans l'étuve est de vingt minutes. Le chauffage peut se faire avec des calorifères à air chaud ou à eau chaude ; mais pour ne pas altérer le linge, il ne faut jamais dépasser plus de 90''. La meilleure température est celle de 60** à 70*.

Le séchage à air chaud est dispendieux. 11 coûte dix fois plus cher que l'essoreuse pour enlever une quantité d'eau égale, mais il est expéditif et permet d'apprêter en peu de temps beaucoup de linge ce qui le rend très utile dans les habitations collectives (hôpitaux, lycées, casernes), ou il faut compter en moyenne sur G"*» de linge sec à fournir par tête et par semaine.

Repassage. — Il consiste à faire passer des plaques de fer chauffées sur le linge encore humide. Dans certains pays on se sert d'ustensiles plus compliqués. La plaque est plus large et surmontée d'une petite caisse en tôle ajourée, remplie de charbon de bois incandescent. C'est le fer à repasser. Dans les grandes buanderies on a des fourneaux spéciaux pour chauffer les plaques. Le repassage a pour but de lisser le linge, de le bien assécher et de lui donner plusde rigidité, surtout dans les parties qu'on a préalablement empesées C'est la dernière opération qu'on lui fait subir.

Les grands établissements de blanchissage ont des machines à repasser qui économisent 1<^ temps et la main-d'œuvre. Ce sont des cylindres chauffés par les générateurs de vapeur et mus par la machine. Les pièces de linge se déroulent sur ces cylindres et se sèchent en peu d'instants. On ne repasse ainsi que le linge plat.

Grâce aux perfectionnements que nous venons de passer en re\ue, le blanchissage peut se faire en grand, d'une façon rapide et économique. 11 y a, à New-York, des buanderies installées de façon à pouvoir blanchir en un jour tout le linge sali par un paquebot transatlantique dans le cours d'une traversée. La grande buanderie construite récemment à l'hôpital Laênnec, peut laver de 7.Ô00 à 8.000*"^ de linge par jour. Elle a quatre lavoirs, six grandes cuves à lessiver, six tonneaux-laveurs, quatre essoreuses et quatre séchoirs du système Chasles.

4" Hy(;iknk nu blanchissaue. — Cette industrie intéresse l'hygiène sous deux points de vue : la salubrité publique et la santé des blanchisseuses.

Contamination des cours d'eau, — Les eaux qui proviennent des lavoirs sont troubles, épaisses, chargées de toutes les impuretés (jue Iç

linge y a laissées et du savon dont on s'est servi. Elles renferment de plus des millions de bactéries qui ne sont pas toutes inoiïensives. Les lavoirs situés à la campagne sont entourés de flaques boueuses, de fossés remplis d'eau de savon qui croupit au soleil et d'où s'échappent des exhalaisons dangereuses. Us empoisonnent les petits cours d'eau et c'est, comme on le sait, le mode de propagation le plus actif des maladies infectieuses. Le choléra, dans les épidémies, suit le cours des ruisseaux qui transportent de village en village les germes provenant des déjections des malades dont le linge y a été lavé.

Les lavoirs collectifs avec buanderies, offrent les mêmes dangers lorsqu'on n'a pas soin de diriger leurs eaux sales sur des points où elles sont inoffensives et qu'on les laisse se rendre à ciel ouvert dans les cours d'eau du voisinage. Les conseils d'hygiéné ont eu maintes fois à s'occuper de ces questions-là et le comité consultatif d'hygiène publique de France, s'est prononcé à diverses reprises à leur égard. Plusieurs de ces décisions sont consignées dans son recueil (1).

Les fleuves eux-mêmes peuvent être contaminés par les eaux de lavage, lorsque des établissements considérables sont situés sur leurs bords ou à leur surface. Nous avons dit qu'il avait été plusieurs fois question de supprimer ceux qui flottent sur la Seine et sur la Marne. Le Conseil d'hygiène et de salubrité de la Seine, s'est livré, en 1886, à une enquête sérieuse dont M. Jungfleisch a été le rapporteur. Il s'adjoignit à cet effet le D* Miquel, le savant bactériologiste de l'observatoire de Montsouris. Ils firent leurs recherches dans trois lavoirs publics des quartiers de la Sorbonne et de Saint-Victor et trouvèrent en moyenne 26 millions de bactéries par centimètre cube. L'eau d'essangeage est, sous le rapport bactériologique, la plus impure de toutes celles qui travers(*nt les villes. Elle l'est quatre fois plus que Teau d'égout qui n'en contient, à Clichy, que 6 millions et 130 fois plus que l'eau de Seine à Saint-Denis (2).

A la suite du rapport de M. Jungfleisch, le Conseil d'hygiène et de salubrité se prononça pour la suppression de tous les lavoirs flottants du département de la Seine. La Chambre syndicale des maîtres de bateauxlavoirs, s'émut de cette déclaration, fit une contre enquête (3) qui donna des résultats différents et le préfet de la Seine ne donna pas de suites à cette affaire. Elle est revenue deux fois depuis devant le Conseil et le le résultat a toujours été négatif. Cela se compn^nd : [as bateaux-lavoirs ne sont pas seuls à souiller la Seine ; Jes lavoirs qui sont à terre y versent également leurs eaux sales par l'intermédiaire des égouts et du grand

(1) Recueil des travaux du Comité consultât'. f d' hygiène publique de France, 1881, t. X, p. 13, p. 75, et 1883, t. ,\ï, p. 141.

(2) Miquel, De la richesse en bactéries des eaux d*essan(jeaye (Revue d'hygiène et de police sanitaire, t. VI If, p. 138.

(3) A Jaltrain, La question des bateaux-lavoirs (Journal d'hygiène, 1802, N« 833,

L'HABITATION. !J2î^

collecteur qui débouche à Clichy. De plus le fleuve reçoit les matières fécales des communes qui sont en amont et des nombreuses chûtes directes qui existent actuellement dans Paris. Lorsque la totalité des eaux d egout sera dirigée sur les terrains d*épandage, que tous les déversements de matières fécales dans la Seine seront supprimés, ce sera le moment de prendre des mesures contre la pollution du fleuve par les lavoirs flottants. En attendant, il est prudent de ne pas en laisser augm(»nter le nombre.

Maladies professionnelles, — Ramazzini a tracé le plus sombre tableau' de la profession de blanchisseuse. Il est certain qu'il n'y en a guère de* plus pénible. A la campagne où ce métier s'exerce en plein air, sur le bord des ruisseaux ou des mares, les malheureuses qui passent toute la journée agenouillées sur un sol humide, les mains et les avant-bra^ dans Teau froide ne sont assurément pas dans des conditions bien hygié-. niques; mais celles qui travaillent dans les lavoirs des grandes villes sont plongées dans une atmosphère tiède et humide qui ne vaut pas mieux que le froid du dehors. Lorsqu'elles sortent de rétablissement, le corps en sueur et portant leur linge mouillé sur leurs épaules, elles sont exposées à des refroidissements et contractent comme les autres des bronchites et des douleurs rhumatismales. Gamberini a -même décrit une névralgie des avant-bras qui leur est spéciale. Elle s'étend du* bout des doigts jusqu'au pli du coude et a pour caractère particulier de s'exaspérer pendant la nuit. '

Les blancbisseuses sont sujettes à des gerçures, à des érailiures douloureuses siégeant à la face dorsale des mains et dans les plis interdigitaux. On a accusé les chlorures alcalins d'en être la cause ; mais on ' les emploie en dissolution trop étendue pour cela. C'est la macération continuelle dans l'eau de savon chaude qui ramollit et fendille l'épiderme.

Le jeu du battoir détermine à la longue des callosités à la main droite ; le mouvement de la main gauche pour retenir le linge amène parfois la rétraction de Taponévrose palmaire, la flexion de la main et la formation d'im bourrelet calleux transversal surtout marqué à la base des deux derniers doigts. La pression de l'avant-bras sur le bord du baquet produit aussi des callosités caractéristiques (i); mais ces déformations professionnelles sont du ressort de la médecine légale plutôt que de rhygiène.

La profession de repasseuse a également ses inconvénients. Le séjour habituel dans une atmosphère chaude et humide est malsain et l'emploi du fer à repasser qui porte av(»c lui un foyer de charbon de bois incan* d(»scenl, cause (U» la céphalalgie, des nausées, des vertiges, tous les accidents dus à l'absorption de l'oxyde de carbone, en un mot. La

(1) Tardieu, Annalci d'hygiène et de médecine légale^ 1^ série, t. XLll, p. 198.

profession de repasseuse paie à la phthisie pulmonaire un tribut plus onéreux que les autres.

Page 1