‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 76 sur 141 · IV. — DÉPÔTS MORTUAIRES. — CIMETIÈRES. — INHUMATIONS · texte numérisé non relu

IV. — DÉPÔTS MORTUAIRES. — CIMETIÈRES. — INHUMATIONS

Nous rt»unissons dans ce paragraphe toutes les questions d*hygièno relatives aux funérailles. Elles comprennent les mesures à prendre pour emp("^cher d'enterrer les gens avant leur mort et celles qui ont pour but do mettre les vivants à Tabri des émanations qui se dégagent des cadavres.

I. Dépôts mortuaires. — La crainte d*étre enterré vivant est encore très répandue, môme dans les classes éclairées. Elle est entretenue par dos nouvelles à sensation que les journaux font paraître de temps en temps, quand ils sont à court de copie, et c'est elle qui fit créer, il y a un siocio, les dépôts mortuaires dont nous allons pHrIer tout à l'heure.

Dans tous les pays du monde, on a pris des mesures législatives pour empêcher les inhumations prématurées.

En Franco, Tarticle 77 du Code civil dispose qu'aucune inhumation n'aura lieu sans une autorisation de l'officier de l'état-civil qui ne pourra la délivrer qu'après s'être transporté auprès de la personne décédée, pour s'assurer de son déc^s, et jamais avant 24 heures, hors les cas prévus par les règlements de police. Cet article n'est jamais exécuté et ne peut pas l'être. L'officier do l'état-civil n'a ni le temps ni les connaissances nécessaires pour s'acquitter de ce mandat. Dans les grandes villes, les maires délèguent leur pouvoir à des médecins vérificateurs des décès, sur le rapport desquels la municipalité délivre le permis d'inhumer. Dan» les localités moins importantes, on se contente de la déclaration de deux témoins qui s'en rapportent eux-mêmes au dire de l'entourage. Cela se fait ainsi dans toutes les campagnes, de telle façon qu'il y a chaque année, vingt ou trente mille personnes qu'on enterre, sans qu'un médecin se soit assuré qu'elles sont mortes. Il y aurait le plus grand intérêt, pour la sécurité publique, à ce que l'article 77 du Code civil ne restât pas lettre morte et que les décès fussent constatés par un médecin dans toutes les localités où il y en a un. Il est à remarquer que les inhumations prématurées qu'on raconte de temps en temps ont toujours lieu à la campagne, dans dos bourp^s, dos villages et sans qu'aucune vérification ait eu lieu.

Le délai do 24 heures (la seconde condition imposée par la loi) est suffisant à condition que, pour éviter toute fraude, on le fasse partir do l'heure do la vérification, quand elle est possible, ou de celle de la déclaration à la mairie, quand elle no l'est pas.

Le Conseil <rhy*ci«'no et de salubrité de la Seine, a répondu dans ce sens et sur le rapport de Devergie, à la question que le Sénat lui posa en 1866 (1). Los mesures prescrites par la circulaire du ministère de

(I) Le Séual a reçu à différentes époques des pétitions demandant la prolongation du délai légal (Séances des 2 mai 1863, 6 mars 1865, 29 février 1886, 29 janvier 18^).

rintérieur en date du 24 décembre 1866, suffiraient pour donner une satisfaction complète aux exigences de la sécurité publique, si elles étaient appliquées dans toute Tétendue du territoire et rendraient inutile, à ce point de vue du moins, la création des dépôts mortuaires.

L*idée de ces asiles funèbres est d'origine française. En 1785, Thierry proposa ce qu'il appelait un asile expérimental de la mort. « Tai imaginé, disait-il, des lieux de dépôt : on en sent la nécessité dans nombre de familles pauvres, nombreuses, resserrées dans détroits logements (1) ». C'est, on le voit, de l'intérêt des vivants que se préoccupait Thierry ; c'est également pour éviter les inconvénients du séjour des morts dans d'étroites demeures qu'on avait, dès 1771, établi en Autriche des chambres mortuaires, Leichenkammer, pour les recevoir, pendant le délai de 48 heures qui précédait Tinhumation.

Tout autre était la pensée qui guidait HuîVIand, lorsqu'il fonda, en 1791, à Weimar, son fameux obltoire qui a été le point de départ de tous les dépôts mortuaires d'Allemagne. 11 était convaincu de la fréquence des inhumations prématurées, et il avait, par ses écrits, en 1762, jeté la terreur dans les esprits en Allemagne, comme Bruhier l'avait fait en France cinquante ans auparavant. Pour que personne ne doutât de son intention, il inscrivit sur le fronton de son édifice : Dubiœ vitœ asyltim. L'organisation de cet obitolre était fort simple et n'entraîna pas de grands frais. Il se composait d'une salle d'exposition pour une douzaine de corps, d'un cabinet de bains, d'une chambre de sauvetage avec un lit et les appareils nécessaires et d'une pièce pour le gardien. L'asile était chauffé, ventilé et accessible aux regards. Ce qui en fit la fortune, c'est le lien attaché au poignet des sujets et mettant en mouvement une cloche, afin de leur permettre de sonner le gardien, s'ils venaient à se réveiller.

L'invention de Hufeland eut un grand succès en Allemagne. Des asiles du même genre furent créés à Berlin en 1797, à Mayence en 1803, à Munich en 1818, à Francfort en 1823. Plus tard, Nuremberg, Ausbourg, Wurtzbourg, Munich, Brème, Breslau, Spire, Dusseldorf, Hambourg et Cologne suivirent cet exemple. 11 s'est également fondé des asiles mortuaires dans la plupart des grands États de l'Europe. On en trouve en Autriche, en Hollande, en Belgique, en Norvège, en Suisse, en Italie, en Russie, en Angleterre et en Irlande (2).

En Allemagne, ces établissements servent en même temps de salles d'anatomie. A Weimar, à Ulm, à Brème, à Stuttgart, à Berlin, à Carlsruhe, on trouve des salles de dissection et parfois un Institut anatomique, à côté de la chambre des morts. Ces dépôts sont des amphithéâtres.

En Autriche, des arrêtés qui remontent déjà à une vingtaine d'années,

(1) Thierry, La vie de l'homme défendue dans ses dentiers momtnts, P.iris, 1815,in-8.

(2) Voir la nomenclature des villes où ces dépôls existent, dans les Nouveaux éléments d'hygiène d*Arnould, p. 1215.

prescrivent d*établir des dépôts mortuaires, près des églises et des cimetières, pour recevoir les corps des contagieux et ceux des pauvres. 11 y en a un par district. C*est le médecin du district qui prononce sur l'admission. Les corps dos contagieux sont portés dans les dépôts des cimetières.

En Suède, chaque paroisse a sa maison mortuaire. On y garde les corps quarante-huit heures en été et soixante-douze en hiver (1).

En Angleterre, certains dépôts mortuaires servent aux recherches de la justice. Le rnortuary de la Cité, ouvert en 1872 et composé de trois pavillons distincts, réunit, dans un emplacement très restreint, la salle d'audience du coroner où ce magistrat fait, avec l'assistance des jurés, les enquêtes sur les cas de mort soudaine ou violente, une salle de dissection où se font les autopsies, un laboratoire d'analyses, une salle d'observations microscopiques, des appareils de désinfection, un four pour l'incinération des objets contaminés, des voitures pour le transport des conlagieux, des cercueils, des objets à désinfecter, et enfin un dépôt de produits désinfectants. On ne fait aucune distinction entre les corps des contagieux et les autres. Tous les morts peuvent être envoyés au worfifan/, à la condition d'être mis en bière (2). Indépendamment du inortuary de la Cité, chaque district de Londres doit, pour se conformer à la loi d'hygiène publique, avoir sa maison mortuaire, pour le dépôt des cadavres des contagieux, des suspects et des individus trop mal logés. Le Boardof Healt fixe le moment de l'inhumation. En Ecosse, même réglementation (3).

Dans ces conditions, on comprend que les familles ne mettent pas un empressement extrême à faire porter leurs morts au morùuary. Là statistique officielle de celui de Saint-Marylebone, pour Tannée 1884, en donne la mesure. Cette paroisse compte 154,000 habitants et le nombre des cadavres envoyés au rnortuary a été de 193 (109 hommes et 84 femmes) ; mais dans ce nombre 136 étaient inscrits sur les registres du coroner pour être l'objet d'une enquête juridique et 87 seulement étaient portés sur les registres du dépôt soit à titre volontaire, soit à titre forcé.

La question des dépôts mortuaires a été posée pour la première fois au congrès d'hygiène de Bruxelles, en 1852. Le troisième des sujets misa l'étude avait pour titre : « Les inhumations, l'assainissement des cimetières, l'utilité des dépôts mortuaires et leur mode d'organisation ». Il en a été de nouveau question au congrès de 1876, mais incidemment et à l'occasion des inhumations précipitées. Cependant, grâce à l'influence du

(1) Albert Palmbkrh, Traité d'hygiène publique^ etc., ioc. cit,

(2) Rapport présente au conseil municipal de Paris, par M. Chassaing, au nom de la commission, sur la création d'un dépôt mortuaire municipal {Bulletin municipal officiel de la ville de Paris, n» du 20 avril 1887. p. 946).

(3) Albert Palmberg, Traité d'hygiène publique d'après ses applications dans différents pays d'Europe.

docteur Janssens, chef du service de Thygiène, un ^établissement modèle y a été crée à Bruxelles, on 1872, dans un quartier central et populeux. Une vaste salle, éclairée par sept grandes fenêtres, pourvue d'appareils de ventilation, est divisée en seize compartiments par des cloisons, laissant au centre un espace de trois mètres. Dans chaque compartiment se trouve un lit en f(T sur lequel p(»ut être déposé un corps. Des dispositions très ingénieuses ont été prises pour le transport des cadavres.

Les corps des contagieux ne sont pas admis au dép<)t. Ils sont tous portés, en cas d'épidémie, au cimetière d'Kvère, à Textrémité nord duquel la ville a fait construire un bâtiment spécial qui n'a pas encore été utilisé.

En France, cette institution n'a jamais pu prendre racine. Depuis 1790, époque à laquelle Berthold la proposa à TAssemblée nationale, elle a été l'objet de pétitions sans nombre. Le Conseil d'hygiène et de salubrité de la Seine a été appelé à s'en occuper à trois reprises, le Sénat Fa discutée trois fois, mais toujours au point de vue des inhumations précipitées. La question a pris une nouvelle forme en 1879, lorsque le 1)'' 0. Du Mcsnil Ta soulevée de nouveau, en s'appuyant cette fois, non plus sur les craintes un peu chimériques qui avaient provoqué la création des obitoires au siècle dernier, mais sur l'intérêt des familles pauvres n'ayant souvent qu'une seule pièce pour tout logement et il y en a 25.000 dans ce cas. Pour ces malheureux, le séjour au milieu d'eux pendant 24 heures, d'un cadavre parfois contagieux est une grande gèn(» et même un danger. Le D"* Du Mesnil fit une communication sur ce suj(»t à la Société de médecine publique, en demandant la création, dans chaque quartier, d'un dépôt mortuaire dans WçywA les familles pourraient déposer leurs morts et les veiller jusqu'au moment de l'inhumation ; 1).

La Société de médecine chargea une commission de l'étude de ce projet et transmit son rapport favorable au conseil municipal avec les plans à l'appui ;2;. Après bien des hésitations, celui-ci se décida, en 1880, à envoyer une délégation à Londres, à Bruxelles, à Cologne et à Mayence, pour visiter les dépôts mortuaires (jui y étaient établis. Au retour de cette mission, M. Chassaing en rendit compte dans un rapport très étudié qui fut publié dans le Bulletin municipal officicL A la suite d'une discussion assez vive, l<* conseil municipal décida qu'un dépcH mortuaire serait créé dans chaque cimetière. Pendant ce temps-là, les Chambres votaient la loi sur la liberté des funérailles (loi du 15 novembre 1887) et le décret du 27 avril 1880 portant règlement d'administration publique, déterminait le fonctionnement d(»s ehanibn*s mortuaires, par les articles 4, 5, 0, 7, 8 et 9. Enfin le conseil municipal, dans sa séance

(1) 0. Du Mesnil, De la création de dépôts mortuaires à Paris { Bulletin de la Société de médecine publique, 1810, t. II, p. 2i8).

(2) Ces plans sont rcprodnits dans l'onvrage d'H. Napias ni A.-J. Martin (LVtude et ie$ progrès de V hygiène en France (lac. cit.), p. 227.

Mawtn'(I). GVsl un iiclil pavillon i^arn- sitiiplc, mais Iri'-a convonaltlp. Il a trois gruiidrs portes ii deux ballants, et cinq graiitles fcntHrVH. Le

(1) Lv ilfpdt niurluaiiG île Uoriliiiailro h M ijulnll* h^* Muiiuiniiiiii'mcnl iIiiik Ii- bufuau une l'on avait élvvé rue ilc Mtleiro, 17, pctulBnl lu iravau ilu iwiil t'nuUIncuiiri m (i»! a été toanidfleniGiil lr*ii»rarni« en vue du m nouvelli- ile->1mulii>n

toit est surmonté par une cheminée ventilatrice, en zinc, de 4 mètres de haut à peu près et ayant la forme d'une pyramide quadrangulaire tronquée, dont la base est large de près d'un mètre.

Le pavillon est divisé en deux parties égales par un couloir, sur lequel s'ouvrent les cinq chambres mortuaires et la petite salle d'exposition. Celle-ci s'ouvre également du côté de la façade par une grande porte vitrée qui lui donne du jour. Les cinq cellules sont éclairées par les fenêtres indiquées plus haut et dont les carreaux inférieurs sont en verre dépoli. Tout rétablissement est dallé en carreaux céramiques très élégants. Le dallage des cellules est légèrement incliné vers l'un des angles, pour faciliter l'écoulement des liquides et présente dans ce point une ouverture fermée par une petite vanne. Au moment du lavage, on lève celle-ci et les eaux s'écoulent par un caniveau qui les conduit dans le ruisseau do la rue de Maistre, où elles coulent à ciel ouvert pendant un long trajet avant d'arriver à l'égout. C'est le seul point par lequel cet obitoire laisse à désirer et pour le moment le danger n'est pas sérieux. Les parois des cellules sont peintes à l'huile et bordées de soubassements en marbre noir ; elles ont pour tout mobilier un lit en fer garni d'un sommier en métal, d'un matelas et d'un drap en caoutchouc imperméable^ une petite table et une chaise. La petitx^ salle d'exposition est très convenable et chauffée par un poêle à gaz. Elle sert en même temps de salle d'attente.

A l'angle de chacune de ces cellules, se trouve l'ouverture d'une conduite ventilatrice et les cinq conduites aboutissent à la cheminée dont i'ai parlé. Le tirage est assuré par une couronne de becs de gaz qui se trouve vers le milieu de sa hauteur et qu'on allume quand il y a un corps dans le dépôt. Les cellules sont éclairées par des impostes vitrées à travers lesquelles passe la lumière des becs de gaz allumés dans le couloir. Au milieu de celui-ci est placé un poêle à gaz avec un fauteuil pour le veilleur de nuit.

Les annexes se composent du logement du gardien et d'un hangar à deux compartiments. Dans l'un se trouvent le liquide désinfectant et les ustensiles de lavage ; l'autre sert de remise pour la petite voiture à bras suspendue et semblables aux voitures d'ambulance avec laquelle on va chercher les corps à domicile. C'est aussi là qu'on fait sécher les toiles imperméables.

Lorsqu'on veut faire transporter un corps au dépôt mortuaire, on en avertit le surveillant du cinietière qui l'envoie chercher par deux hommes traînant la petite voiture. Ceux-ci y posent le cadavre, l'enveloppent d'un drap imperméable et l'assujt^ttissent avec des sangles. Arrivés au dépôt, ils le couchent sur un des lits couvert de son drap imperméable. La famille peut, si elle le veut, rester près de lui jusqu'à huit heures du soir ; mais ce désir n'a encore étô manifesté par personne. Après la mise en bière, on transporte le corps dans la salle d'exposition

jusqu'au moment de la cérémonie funèbre. Lorsque celle-ci est terminée, on lave la cellule à grande eau, on la désinfecte avec une solution de sulfate de cuivre, on lave dans la même solution le drap sur lequel reposait le cadavre et on le met à sécher dans la remise.

Le second dépôt mortuaire, celui du Père-Lachaise a été ouvert un an après, il est semblable au premier, mais il n'a pas eu plus de succès. Tous deux sont élégants, confortables, hygiéniques et restent vides. On n'y porte que les morts inconnus qu'on relève sur la voie publique et les étrangers sans domicile qui succombent dans les garnis. En dix-huit mois, le dépôt de Montmartre n'a reçu que cinq décédés et celui du Père- Lachaise un seul.

il n'en est pas de même à l'étranger. En Allemagne surtout, les dépôts mortuaires sont très fréquentés. Il y a même des villes, comme Munich, où le séjour en est obligatoire. Personne ne s'en plaint, dit Arnould, personne ne cherche à s'y soustraire et cependant le système du dépositorium de Zenetti est celui des salles communes. A Prague, le Conseil d'hygiène a récemment adopté le dépôt obligatoire. Tous les corps, sans distinction de confession ni d'état-civil, doivent être transportés au dépôt mortuaire central de Volsany, situé dans le cimetière de la ville qui en est distante de 4*"". C'est de là que partent tout les convois. A Chemnitz, en Saxe, le dépôt est facultatif et cepv^ndant il n'y a pas plus de 3 à 0 p. 100 des morts qui n'y passent pas, bien^qu'il soit situé dans le cimetière. Les hygiénistes de Stuggart ont voté la généralisation du dépôt obligatoire.

il ne peut pas être question en France de mesures semblables. Elles révolteraient l'opinion publique. Il faudra bien du temps pour habituer les familles françaises à se séparer de leurs morts. On n'y parviendra que par la p(»rsuasion, en respectant leurs croyances, leurs habitudes et même leurs préjugés, il y a lieu toutefois d'encourager la création de ces dép()ts. Ce n'est pas pour prévenir les inhumations anticipées, car depuis un siècle qu'il existe, dans toute l'Europe, des établissements de ce genre et que des milliers de morts y ont passé, pas un d'entr'eux rie s'est réveillé de son dernier sommeil et n'a sonné pour appeler le gardien.

Les précautions les plus ingénieuses ont pourtant été prises pour faciliter cet appel. A Munich, on passe au doigt du cadavre un anneau d'où part un cordon aboutissant à un mécanisme d'horlogerie. A Francfort, l'appareil indicateur se compose de cinq dés à coudre dont on coiffe l'extrémité des doigts du sujet et auxquels sont adaptées des ficelles se réunissant pour former un conlon commun. Celui-ci aboutit à une sonnerie que le moindn» mouvement met en branle et alors, c'est un bruit formidable, prolongé, qui ébranle tout l'édifice. Aujourd'hui, on leur met dans la main une poire en caoutchouc, correspondant à une sonnette.

La véritable raison d*étre de ces dépôts est celle que le D** 0. Du Mesnil a fait valoir : la possibilité, pour les ramilles pauvres, d*éloigner leurs morts de leur demeure et de se débarrasser de ce contact dangereux. Toutefois, il est à rcmanjuer que presque partout, les contagieux sont bannis des dépôts mortuaires. En France, le décret du 27 avril 1889 défend de les y recevoir. Gela se comprend ; il serait dangereux de promener ces cadavres par la ville et de les garder vingt-quatre heures dans un établissement ouvert à d'autres familles, alors qu'il est si simple de les mettre en bière aussitôt après la vérification du décès et de les enterrer immédiatement, ainsi que les règlements do police le permettent dans ce cas.

Fi-.

iOO. — Di'pùt T.orliiair.î de Mmiii'li (d'après Anionld).

fl, chapcUe; — A, salle des pleureurs ; — r, déptVs pDur les classas supérieures ; — d, rliïpdls pour les classes inférieures; — /', salles pour le-i afTeclious c<>ntagieus(>s ; — /i. xeilleurs ; — m, Stille d'autopsie judiciaire; — o, salle pour rappeler à la vie; — ;>. loîçemciil du veilleur; — q, communs.

Les dépôts mortuaires sont en général placés dans les cimetières. Cette situation augmente la répugnance des familles à y porter leurs morts, mais elle a son avantage au point de vue de» l'iiygiène. Cependant, si on les multipliait comme le demandait le U' du Mesnil, s'il y en avait un par quartier (1), le nombre des corps qui y seraient déposés, pendant 24 heures, serait trop petit pour créer un danger, surtout en n'y portant pas les contagieux. Les précautions que réclame l'hygiène y seraient bien plus faciles qu'au domicile des malheureux où ils séjournent aujourd'hui, et l'installation de ces réduits modestes constituerait à peine une dépense, tandis que les obiîoires de l'étranger sont de véritables monuments, vastes et dispendieux comme des hôpitaux : celui de Munich, bâti à l'entrée du grand cimetière, est d'une architecture simple et grave (fig. 100). C'est, avons-nous dit, le système des salles communes

(i) Cette proposition a été tout récemment présentée de nouveau par M. Grébauval, au conseil municipal de Paris.

qui y est adopté. Elles sont grandes et bien décorées; elles s'ouvrent par des portes vitrées sur une large galerie d'où on voit dans leur intérieur et où les visiteurs se promènent. Les corps y sont déposés, après une première vérification du décès- et y restent jusqu'à ce qu'il se manifeste des signes de décomposition. On procède alors aux cérémonies funèbres et à l'inhumation. Il y a quatre classes d'exposés, la dernière est gratuite. Les morts sont placés sur un lit ou dans leur cercueil, la face découverte.

A Francfort, Vobitoire est constitué par des cellules isolées qui s'ouvrent d'un côté sur la salle de visite et de l'autre sur de larges couloirs. Ce sont des tombes anticipées et, malgré l'élégance et la propreté de cet établissement, il laisse une impression pénible.

Il n'en est pas de même de ceux qui existent à Paris et dont nous avons donné plus haut la description. Leur aspect n'a rien de lugubre ; et toutes les conditions que l'hygiène peut imposer à des établissements de ce genre, y sont remplies. C'est un modèle qu'on peut offrir aux villes désireuses de suivre l'exemple de Paris.

Morgues. — On donne ce nom à des dépôts mortuaires d'une nature spéciale qui n'existent que dans un petit nombre de très grandes villes et ne reçoivent que les cadavres des individus trouvés morts sur la voie publique et ceux qui doivent être l'objet d'expertises judiciaires.

Dans beaucoup de villes d'Allemagne, les maisons mortuaires ont pour annexes des salles d'autopsie et même de dissection. Ce sont des Instituts anatomlfjues. Ailleurs, on a voulu que les maisons mortuaires fussent ouvertes aux cadavres trouvés sur la voie publique, aux suicidés, aux voyageurs morts accidentellement dans les hôtels. Cette annexion a pour conséquences forcées Tintroduction de la justice dans l'établissement, les confrontations juridiques, les autopsies, les recherches médicolégales, et tout cela fait perdre aux asiles le caractère de recueillement (»t de respect des morts qu'il importe surtout de leur donner. C'est un véritable changement de destination. L'obitoire et la morgue sont deux choses qui doivent rester distinctes.

La Morgue de Paris peut être considérée comme le modèle du genre, par son importance et par son organisation. En 1887, il y a été fait 928 dépôts, en comprenant les nouveau-nés, les fœtus et les débris humains. On y a pratiqué 340 autopsies.

Comme foyer d(^ putréfaction, la Morgue dépasse de beaucoup tous les dépôts mortuaires qu'on pourrait installer. Non seulement il y entre deux ou trois cadavres tous les jours, mais il faut qu'ils y séjournent jusqu'à ce qu'ils soient reconnus et, dans les cas suspects, jusqu'à ce que la justice ait terminé ses lentes et minutieuses investigations. Il y en a toujours dix ou douze à la fois. Le nombre en est plus considérable à la suite des catastrophes, telles que les incendies et les accidents de chemins de fer. Comme la Morgue n'est en somme qu'un établissement

juridique et qu'une école de médecine légale, il n'y a pour nous aucun intérêt à en faire Thistorique. La seule chose qui concerne l'hygiène, ce sont les mesures prises, dans ces derniers temps, pour conjurer les dangers et les incommodités résultant de la réunion de tous ces cadavres en putréfaction.

Il y a quelques années encore, la Morgue offrait Taspect le plus hideux, répandant les odeurs les plus repoussantes. Pour remédier à cet état de choses, pour arrêter ou tout au moins pour retarder les progrès de la putréfaction, il ne fallait pas songer à l'emploi de procédés chimiques. Ils auraient été d'un emploi trop incertain et auraient laissé planer des doutes sur l'exactitude des expertises toxicologiques dont les corps sont souvent l'objet. M. le professeur Brouardel proposa en conséquence d'avoir recours au froid, l'expérience ayant montré, depuis longtemps, que le froid arr<>te complètement la putréfaction, sans qu'il en résulte d'inconvénients notables pour l'autopsie médico-légale.

Cette proposition fut adoptée par le Conseil général de la Seine et plusieurs appareils frigorifiques furent soumis à son examen. Une commission, nommée par le Conseil d'hygiène publique et de salubrité du département de la Seine, fut chargée de les examiner et fixa son choix sur celui de MM. Mignon et Rouart, qui fut installé à la Morgue.

C'est un appareil du système Carré fonctionnant à l'aide du gaz ammoniac. Le liquide refroidi par ce gaz est une solution incongelable de chlorure de calcium, elle circule dans les différentes parties de l'édifice, dont elle abaisse la température ; elle s'échauffe ainsi progressivement, puis revient se refroidir au contact du gaz ammoniac et recommence de nouveau son circuit. Dans la première partie de son trajet, elle refroidit une série de quatre alvéoles formant la rangée inférieure d'une grande caisse en bois contenant deux autres étages. Ces alvéoles renferment les cadavres à conserver. L'eau refroidit ensuite la salle d'exposition, dont la capacité est considérable et sur le toit de laquelle elle coule dans des rigoles, en formant des nappes très minces. Klle termine son circuit en refroidissant les alvéoles des rangées supérieures de la caisse en bois, lesquelles sont au nombre de dix.

Les parois de la salle ont été rendues aussi peu conductrices que possible. L'antérieure, à travers laquelle on vient regarder et reconnaître les corps, est formée par un double vitrage de 75 mètres de surface. La couche d'air interposée entre les vitres s'oppose à une trop grande déperdition de froid et empêche le dépôt de buée ou dégivre sur la face extérieure, dépôt qui empocherait les visiteurs de voir les cadavres exposés. La paroi postérieure est formé(* eu partie par la grande caisse en bois qui renferme les alvéoles dont nous avons parlé ; les autres murailles sont recouvertes intérieurement par nu doublage en sapin de 8 centimètres d'épaisseur, isolé des murs par une couche de paille. Enfin, cette salle communique avec Textérieur par un tambour isolant.

La température est maintenue à — 2® dans la salle d'exposition, à — 6® dans les dix alvéoles supérieures et' abaissée jusqu'à — 17® dans les quatre de la région inférieure.

Lorsqu'un corps arrive à la Morgue, s'il est inconnu, on le place dans la salle d'exposition ; s*il est reconnu on l'introduit dans une des alvéoles supérieures de la caisse, celles qui sont refroidies à — 6°. S'il est en partie putréfié, on le place immédiatement dans une des alvéoles à — 17*». Au bout de dix à douze heures, il est congelé au point d'élre aussi dur que le marbre. Il peut alors être replacé, sans inconvénient, dans les alvéoles supérieures, si de nouveaux corps putréfiés réclament une congélation rapide.

Quand l'autopsie doit être faite, le cadavre est dégelé à l'avance. U faut pour cela cinq heures d'exposition à l'air pendant l'été, lorsque la congélation a été portée jusqu'à — 17 degrés.

Depuis que l'appareil frigorifique fonctionne à la Morgue, on n'y sent plus aucune mauvaise odeur ; l'établissement, sans cesser d'être lugubre, a pris un aspect plus décent ; la promiscuité des cadavres n'existe plus et ils peuvent être conservés indéfiniment.

IL Cimetières. — Le terme de cimetière s'applique indistinctement à tous les enclos où l'on réunit les sépultures, de quelque manière qu'elles s'effectuent. C'est le lieu du repos, comme l'indique l'étymologie (xor^xa..), jo dors).

1"* Historique. — Dès la plus haute antiquité, les législateurs se sont préoccupés de régler, en même temps que les rites funéraires, le choix des lieux où les sépultures devaient se faire. Le paganisme a été d'accord avec la religion chrétit^nne pour les rejeter hors des villes. A Rome, la loi des XII Tables, reproduisant une disposition qui semble avoir été générale dans les cités de la Grèce, défendait les inhumations dans l'intérieur des villes; aussi, les tombeaux particuliers des riches étaient-ils placés le long des grandes voies qui partaient de Rome. On en trouve encore les restes des deux côtés de la voie Appienne. Les cimetières eux-mêmes (Columbaria) où Ton enterrait les citoyens pauvres et les esclaves étaient situés hors de la ville.

, Après la conquête des (îaules, cet usage se répandit dans notre pays; mais rétablissement du christianisme modifia plus tard cette coutume. Les cimetières devinn^nt une dépendance de l'église, auprès de laquelle vinr(»nt s(» grouper les tombes ; la coutume d'enterrer, dans l'égliso même, les dignitaires du clfTgé et les grands personnages, devint générale au moy<Mi-ùge. E\W a prévalu jusqu'à la fin du siècle» dernier. Malgré les restrictions (jui y avai(»nt été apportées par Charlemagne (capitulaire XX), par les (Conciles de Tréguier (374), de Mayence (813), de Marciac (132(5), de Chàlons (1393), de Rouen (1851), etc., il suffisait, pour obtenir la

652 TKAITÉ D'HY«IÉNE PLBLlQl'E ET PHIVÊE.

faveur d'être enterré dans Téglise, do lui faire donation d'une partie de ses biens (1).

Quant aux cimetières, ceux qui avaient été étal)lis primitivement autour des villes, s'étaient trouvés peu à peu, par suite de raccroisscment de la population, englobés dans les habitations et, faute d(» place, ne pouvaient plus suffire aux inhumations. Par suite de cette exiguité, on avait drt renoncer, depuis longtemps, à appliquer les sages prescriptions de la loi salique et les ordonnances du roi Childéric III, qui interdisaient la superposition des corps. Les inhumations avaient lieu en tranchées, dans de grandes fosses où les corps étaient entassés les uns sur les autres, jusqu'à ce qu'ellcis fussent à peu [)rès remplies et cpie Ton comblait avec la t<»rre d'une nouvelle foss(\ Quand aux ossements provenant des fouilles, on les entassait dans l'ossuaire installé dans un des coins du cimetièn\

Ces pratiques présentai(Mit de réels dangers; les cimetières étaient devenus d(* tels foyers d'infection, surtout à Paris, que le Parlement s'en émut et prescrivit, par un arrêt du 21 mai ITtîri, le transfert hors de l'enceinte de la ville, de tous les cimetières existants. Un arrêt analogue fut rendu par le Parlement de Toulouse le .*] s(*ptembre 1774.

Le roi l^ouis XVi tenta de généralis<'r ces prescriptions, par une déclaration en date du 10 mars 177(), en réglementant, au point de vue de l'hygiène, les conditions des inhumations exceptionnelles qu il continuait àtolérereten prescrivant Tagrandissement et le transfert hors de l'enceinte des habitations, des cimetières insuffisants.

Pour faciliter aux villes et aux communautés l'acquisition des terrains nécessaires, le roi, par déclaration du 10 mars 1783, (^xemptait ces acquisitions des droits de lods et rentes^ cmttièinc (foiicr et amortissement (^).

L'opposition du clergé à des mesures (pii portaient atteinte aux anciennes coutumes, les dépenses considérables (jue devaient entraîner Tachât des terrains et l'installation des nouveaux cimetières, mirent obstacle à Fexécution de ces sages dispositions cjui restèreiil lettre morte. A la fin du xvnr siècle, on comptait encore dans Paris um» vingtaine de cimetières, la plupart attenant aux églises dont ils avaient |)ris le nom. Ia* plus ancien de tous, celui des S<u'itfS'I/niorcti(s aurait suffi pour empoisonner toute la ville.

Ce foyer d'infection légendaire était consaen'' aux inhumations depuis le xn'' siècle. Héricart deThurya calcuh' que. de 118() à 1785, il avait dilr recevoir 1.200.000 cadavn^s. Il avait élê enclos de murailles sous Philippe- Auguste. « C'était, dit (juillaume Le Breton, un dépôt général d'immondices » et de saletés, qui servait de li<Mi d'aisances à la plupart des habitants » et, qui pis est, de lieu de débauche aux fill(»s publiques j>. Dans la

(1) yîotcs sur les cimetières de Paris [VvùïcvUirv de la Seine, Direclion îles alTaircs muniripalcs, bureau des cimetières), Paris, 1S80, in-4o.

(2) Notes sur les cimetières de Paris {toc. cit.), p. 3;.

suite, on avait construit tout autour de la clôture, une galerie voûtée appelée Les Charniers^ où Ton enterrait les gens riches. Cette galerie soml)re, Immido, pavée de tombeaux, servait de passage aux piétons; elle était bordée d'étroites boutiques de modes, de lingerie, de mercerie, de bureaux d'écrivains publics (1). Au centre se trouvaient les fosses communes dont Fourcroy nous a laissé la description.

Elles avaient 10 mètres de profondeur sur 7 de largeur dans les deux dimensions. On y entassait les bières côte à côte, de façon à en faire tenir de 1.000 à 1.500 dans chacune. Quand elle était pleine, on la recouvrait d'un peu de terre et on en ouvrait une à côté. Pour compléter l'insalubrité de ce charnier, on avait creusé tout autour une rigole pour recevoir les déjections des habitants. Le matin, on enlevait son contenu, et ces manipulations répandaient une odeur infecte dans tout le quartier. Tout cela se passait au centre même de Paris, à Tendroit où la fontaine de Jean Goujon se dresse aujourd'hui, au centre d'un square élégant.

L'évacuation du cimetière des Innocents se fit en trois fois, parce qu'on interrompait les travaux pendant Tété, et mit deux ans à s'accomplir (îi). Klle ne fut achevée qu'au mois de janvier 1788. Ce fut du reste un fait isolé, un exemple qu'aucune ville ne suivit et la Révolution seule* put accomplir cette réforme si nécessaire. La loi du 1(5-24 août 1790, chargea les municipalités de la police des cimetières, et celle du 8-15 mai 171H en attribua la propriété aux communes. En vertu de ces attributions, le préfet de la Seine, Frochot, prescrivit, par un arrêté du 21 ventôse an IX, l'établissement de trois cimetières en dehors de l'enceinte de Paris, et formula un règlement dont les principales dispositions ont «Hé reproduites dans le décret du 23 prairial an XII (12 juin J804).

C'est ce décret qui, sauf quelques légères modifications, règle encore la matière: il a consacré, d'une manière définitive, la réforme depuis si longtemps réclamée par l'hygiène et, comme toutes les mesures décrétées à cett(^ époque, il a été exécuté sans résistance.

2° Lkuiskation dks cimktikrrs (3). — Le décret du 23 prairial an Xll, revenant aux règles déjà posées par les législations anciennes sur les sépultures, défendit de pratiquer des inhumations dans les églises, temples, s^ nagogues et autres lieux consacrés au culte, ainsi que dang l'enceinte des bourgs, villes et villages, et décida qu'il y aurait, en dehors de ces centres, à 35 ou 40 mètres de leur enceinte, des terrains entière-

(i) l/ancicii cimetitTo des tiiiiucciiU» est représenté dans le livre du D' Ganiial intitule : Le^ vimelii'vc^ depuis la fondation de la monarchie françaisejusfjtià nosjours^ Paris 1 88i. 11 a été reconstitué sur une bien plus grande échelle en 1802, «u Diorama des Champs Kly>ées {Parix à fraven les tiges).

\2) Léon Colin, Paris, étude hyyiénique et médicale (lac. cit.)^ p. 84.

|3) Les cimetières sont régis par les décrets du 23 prairial an XII (12 juin 1804), du î thermidor an Mil (23 juillet 1805), du 7 mars 1808, par rordonnancc du 6 décembre 1843 et par le décret du 21 avril 1889.

ment consacrés à l'inhumation des morts; que les terrains les plus élevés et exposés au nord seraient choisis de préférence ; qu'ils seraient clos de murs de i mètres au moins d'élévation et plantés d'arbres, sauf à prendre les précautions convenables pour ne pas gêner la circulation de Tair.

Une ordonnance royale du 6 décembre 1843 a étendu, à toutes les communes de France, Tobligation d'établir leurs cimetières dans les conditions ci-dessus et, pour celles qui n'ont pas d'enceinte, la juridiction admet que la distance dont parle le décret de prairial doit être comptée à partir des dernières habitations agglomérées.

Aux termes de la législation actuelle, les inhumations sont interdites dans l'enceinte des bourgs, villes et villages. Il est défendu d'élever aucune habitation ni de creuser aucun puits à moins de 100 mètres des cimetières (1). Cette dislance est aujourd'hui considérée comme beaucoup trop faible, surtout en ce qui concerne les puits.

Les fosses doivent avoir de 1™,50 à 2"» de profondeur, 2*" de long et 0'",80 de large; elles doivent être distantes les unes des autres de 30 à 40<^«"^ sur les côtés et de 30 à 50 à la tête et aux pieds. Pour prévenir le danger que présente le renouvellement trop fréquent des sépultures sur un même point, Touverture des fosses ne doit avoir lieu que de cinq ans en cinq ans. Les inhumations sont permises dans les propriétés privées, à la condition que celles-ci soient situées hors de Tenceinle des villes et à la distance prescrite ; mais cette faculté ne peut être exercée qu'avec l'autorisation des maires qui peuvent la refuser, en vertu de leur pouvoir discrétionnaire en matière de police des sépultures ; l'autorisation doit être renouvelée à chaque inhumation nouvelle.

Les cimetières abandonnés ne peuvent être livrés à la culture qu'au bout de cinq ans. On ne doit pas y faire de fouilles, on ne doit pas y creuser de fondations avant dix ans, époque à laquelle les terrains peuvent être mis dans le commerce (2).

Le règlement d'administration publique du 27 avril 1889, rendu en exécution de la loi du 15 novembre 1887 sur la liberté des funérailles, a modifié l'article du décret du 23 prairial, qui défendait les inhumations collectives. Il autorise l'usage de tranchées pour les inhumations gratuites, à la condition qu'elles aient une profondeur de 1^,50 et qu'il y ait une distance de 20"'"' entre les cercueils qui y sont déposés.

Les maires sont investis, par la loi numicipah». du 5 avril 1884, des pouvoirs les plus étendus en ce qui concerne les inhumations dans les cas d'épidémies. Le règlement du 27 avril 1881) les autorise à prescrire, sur l'avis d'un médecin commis par eux, la mise en bière et l'inhumation

(i) Le décret du 23 prairial, fixail ù 35 ou iû™ seulement la distance entre le cimelière et les dernières habitations agglomérées, c'c^t le décret du 7 mars 1808 qui l'a porlécà 100".

(2) Ce terme (ixé par l'article 9 de la loi du V) mars 1791, a été consacré par un avis du Conseil d'Ëtat du 13 nivdsc an Xlll.

immédiatement après le décès et, s'ils négligent de prendre les mesures nécessaires, le préfet peut, après une mise en demeure restée sans résultat, y pourvoir par un arrêté spécial. Il a également le droit de prendre une mesure plus grave, celle de la fermeture d'un cimetière.

Les dispositions qui précèdent ont incontestablement amélioré la police des lieux de sépulture. Ont-elles fait disparaître tous les dangers inhérents aux inhumations, répondent-elles à toutes les exigences de Thygiène contemporaine ? C'est ce que nous allons examiner.

3*" Insalubrité des cimetières. — Il y a une quinzaine d'années, les partisans de la crémation entreprirent une rude campagne contre les cimetières et, dans leur ardeur de néophytes, ils y mirent quelque exagération. Ils les accusaient de vicier l'air, d'empoisonner les puits et d'emmagasiner dans le sol des germes contagieux susceptibles d'en sortir plus tard pour semer des épidémies. L'administration municipale s'en émutet, le 4 mars 1879, une commission fut nommée par le préfet de la Seine pour étudier la question (1). Elle choisit pour rapporteur le b' 0. du Mesnil, déjà connu par ses travaux en hygiène urbaine. Son rapport présenté le i4 décembre 1880 fut adopté le 7 mars 1881. L'enquête avait, comme on le voit, duré deux ans; elle avait été complète; les membres de la commission s'étaient livrés à des recherches sur la décomposition des corps dans les cimetières actuels et ces expériences les avaient conduits à des conclusions que nous allons résumer brièvement :

a L(*s dangers résultant des gaz produits par la putréfaction étaient incontestables lorsque les inhumations se faisaient dans les églises ; mais ils sont devenus absolument nuls aujourd'hui, parce qu'ils n'arrivent pas à la surface du sol, quands les corps sont enterrés à une profondeur de 1"»,50. Ils seraient d'ailleurs inoffensifs parce qu'ils se répandraient à l'air libre.

« Dans Tespaco de cinq ans, la presque totalité de la matière organique a été brûlée et, par conséquent, la terre ne se sature pas, dans ce laps de temps, pourvu que le sol soit suffisamment perméable.

« Par un drainage méthodique, on accélérera la rapidité des rotations, dont la durée pourra vraisemblablement être abrégée.

« Dans l'état présent de nos cimetières, il n'y a pas lieu de craindre l'infection des puits du voisinage, alors que ces puits sont à la distance réglementaire des habitations ».

Ces conclusions sont, comme on le voit, très rassurantes. Elles pèchent même, à notre avis, par un excès d'optimisme. En tout cas, elles ne visent que les cim(*lières de Paris où les membres de la Commission ont fait leurs expériences, et il serait imprudent d'en faire l'application à tous les autres. D'autres travaux de la même époque ont été rédigés dans

(1) La corniniîsinn 5c composait de MM. Hérédia, G. Martiiif Bouchardat, Boiirgoio, Caiïort, A. Camol, Fcydcau, Huet, Leroux, du Mesnil, Kasquier, Schalzenberger.

lo même sens que celui de la Commission. Nous citerons dans le nombre la thèse du D"^ Robinet, sur les prétendue dangers des cimetières^ soutenue en 1880, et le travail du D*" P. Martin, de Lyon, intitulé : Les cimettères et la crémation : mais une réaction s'est produite depuis cette époque ; les hygiénistes ne sont plus aussi convaincus de Tinnocuité des inhumations et ils pensent que les prescriptions légales que nous avons énumérées plus haut ne sont pas complètement surfisantes pour assurer la sécurité publique.

Des recherches récentes ont prouvé, en effet, que la promptitude avec laquelle les cadavres sont détruits dans le sol est extrêmement variable. Elle dépend de la nature du terrain, de sa porosité, d(> la quantité d*eau qu'il reçoit, de la profondeur des fosses et de la température de Tair. Le travail de destruction comprend, en effet, deux périodes successives qui ont été exposées par MM. Schœnfeld et Grandhomme, dans un rapport qu'ils ont adressé, en 1891, au gouvernement prussien, au nom duComilé supérieur des affaires médicales (1). La première phase est celle de la fermentation putride; elle n'a lieu qu'en présence de Teau. Elle est l'œuvre des bactéries et s'accompagne de la formation d'une grande quantité de gaz infects et de ptomaïnes. La seconde, au contraire, exige le renouvellement rapide de l'air et le contact de Toxygène avec les tissus oi^niques; elle consiste dans Toxydation, la nitrification des produits azotés, et leur transformation en humus, avec formation de nitrates, de sulfates, etc. Elle ne s'accompagne ni de dégagement de gaz infects, ni de production de ptomaïnes.

Cette condition de la présence successive de l'air et de l'eau explique comment les cadavres se momifient dans un sol radicalement sec comme les sables du désort, et ne se détruisent pas dans les terrains trop imprégnés d'eau. Lorsque la nappe souterrain(^ est trop rapprochée de la surface du sol, l'eau envahit le fond des fosses, les cadavres y macèrent et ne sont pas détruits. C'est égah^ment ce qui arrive dans les pays où il pleut sans cesse et où le sol est imperméal)le.

La nécessité d'une circulation rapide de Fair dans le sol, pour la décomposition des corps inhumés, a été démontrée de nouveau par les expériences faites il y a trois ans à Saint-Nazaire. L'accroissement rapide de ce port admirablement situé à l'entrée de la Loire, a forcé d'agrandir son cimetière. Le sol en est constitué par de l'argile compacte qui retient les eaux à une distance de la surface variant, suivant la saison, de 1",60 à 0"',60. Les cercueils plongent dans le liquide et il n'est pas rare d'y trouver les corps presque enti(TS au bout de cinq ans.

MM. Coupry, Lenuit vi Guérin (de Nantes) ont imaginé, pour remédier à cet inconvénient, un mode de drainage qui leur a parfaitement réussi. Sur une parcelle du cimetière, ils ont creusé 18 fosses de 87 centimètres

(1) Vierteljahrsvhrift f. f/erichtl. Mediz, und aff\ (jesundh.^ p. 29.

de profondeur, séparées par un intervalle de 40 centimètres. Au fond de chaque fosse, ils ont élevé quatre murettes en pierres sèches de 16 centimètres de hauteur, disposées en croix et ne se touchant pas à leurs points de rencontre. Les bières ont été posées sur ces murettes et leur intervalle comblé par des escarbilles. Les drains en poterie, établissant la communication entre toutes les fosses, conduisaient les eaux d'infiltration dans un égout qui longe l'allée du cimetière et se termine au dehors.

Les premières expériences ont été faites le 9 juin 1891. Au bout d'un an, les corps exhumés ont été trouvés sans odeur et réduits à l'état de squelette. Toutes les parties molles avaient disparu et on trouvait, dans les l)ières, de nombreux insectes parfaitenlent vivants. Comme comparaison, on a exhumé, au même moment, un corps inhumé cinq ans auparavant dans la partie non drainée du cimetière et on l'a trouvé transformé en gras de «cadavre dans sa totalité. Tout travail de décomposition était suspendu (1). Cette expérience prouve qu'un bon système de drainage assurant l'assèchement et l'aération du sol au-dessous et autour des tombes, accélère notablement la destruction des corps qui y sont inhumés.

La composition chimique du terrain n'a pas la même importance que ses propriétés physiques; il faut pourtant en tenir compte, lorsqu'il s'agit de choisir l'emplacement d'un cimetière.

L'ammoniaque résultant de la décomposition des cadavres n'est pas absorbée de la même manière par tous les terrains. L'argile s'en empare avec une grande énergie : mais c'est une action toute mécanique ; elle r(*inmagasine pour la rendre plus tard et peu à peu aux eaux de filtration. Les minéraux à grain serré sont ceux qui l'absorbent le moins facilement. L'oxyde de fer augmente le pouvoir des silicates ; il s'empare de l'hydrogène sulfuré et de l'hydrogène phosphore qui se dégagent pendant la putréfaction ; le sulfure de fer formé se convertit en sulfate. Les acides acétique, lactique, butyrique qui se forment pendant les premières phases de la décomposition sont en grande partie neutralisés par les carbonates de chaux et de magnésie. Les terres fortement alcalines consomment en très peu de temps les cadavres, comme la démontré Orfila ; ils se conservent longtemps dans le sable, tandis que la saponification ne tarde pas à s'accomplir dans \v terreau (2).

En somme, le terrain le plus propre à l'établissement d'un cimetière est celui qui est calcaire, ferrugineux, perméable à l'air et à l'eau et dont le sous-sol permet l'écoulement lent et régulier des eaux do pluie (3).

(1) Brouardel et Du Mesnil, Des conditions d'inhumation dans les cimetièi*es {Annaie/t (t hygiène et de médecine légale, juillet 1892, p. 27).

(2) F. Arnolld, Nouveaux éléments d'hygièney 2« édition, Paris, 1889, p. 96.

(3) L. LossiER, Des conditions d'un bon cimetière. — Expertise chimique des terrains (Hevue d'hygiène, 1880^ n© 6).

Les terrains argileux mè]6s de sable et de cailloux peuvent être choisis, quand on n'en trouve pas d'autres. Ceux qui sont formés d'une argile compacte no peuvent pas être utilisés pour des cimetières sujets à des tours de rotation (i).

L'élévation de la température active sensiblement la destruction des corps. La profondeur à laquelle ils sont enfouis exerce aussi son action. La couche qui renferme les microbes, agents de la putréfaction, a deux mètres de profondeur; mais c'est dans le mètre le plus superficiel qu'ils sont le plus nombreux. On avait déjà remarqué, avant les découvertes de la bactériologie, que la destruction des corps marche d'autant plus lentement qu'ils sont enfouis plus avant dans la terre et Ricke avait reconnu qu'au-delà d'une certaine profondeur, ils se conservent indéfiniment sans se détruire (2).

La façon dont les corps sont enterrés a aussi son importance. Dans on rapport lu au Comité consultatif d'hygiène publique, le 19 juillet 1886, à propos de la création d'un nouveau cimetière à Boulogne-sur-Seine, M. Brouardel (3) a signalé le retard qu'apportent à la destruction les bières à parois résistantes, imperméables, ainsi que les substances antiseptiques qu'on y introduit.

Lorsqu'un cadavre est simplement enfermé dans une bière en voliges de sapin, sans sciure de bois ni mixture spéciale, sa décomposition est complète en dix- huit mois ou deux ans et il ne reste plus que le squelette. Quand le cercueil est rempli de sciure de bois phéniquée, de mixtures, d'essence de mirbane, la décomposition ne se fait plus; le cadavre est comme momifié ; quand on l'exhume au bout de cinq ans, on le trouve desséché, saponifié, mais non détruit. Dans les bières doublées en métal ou en toile caoutchoutée, la décomposition se fait : mais les liquides sont retenus dans la bière; ils y forment un demi-bain liquide horriblement fétide, dans lequel nagrnt le squelette et les tissus non décomposés.

11 s'agit maintenant de rechercher si les phénomènes de décomposition qui s'accomplissent sur une si grande échelle dans le sol des cimetières ne sont pas de nature à porter atteinte à la santé publique par les gaz qui s'en dégagent, les liquides qui s'en écoulent et les germes contagieux qui peuvent s'y trouver.

Les gaz sont considérés comme inoffensifs, pour les raisons que nous avons fait connaître.

Bouchardat a traité cette question avec autant de compétence que de soin : « Il existe, dit-il, dans l'opinion publique, une grande exagération

(1) D»* Gosse, professeur de médecine léjçale à l'Universilé de Genève, Du *:hoix du terrain pour un cimetière (Goiiiples-reridus et mémoires du quatrième congrès inleroationnl d'hyjiçiène et de démojjrapliie, Genève, J883).

(2) E. RiciiAHD, Précis d'/tf/yiêne applif/uve, Paris, 1801, p. 87.

(3) Brouardel, Projet de création d'un nouveau cimetière à Boulogne-sui^-Seine) (Recueil des travaux du comité considtati/ d'hygiène publique, 1886, t. XVI, p. 360).

LHABITATION. 559

« sur la nocivité des gaz des fosses. On ne trouve, à ce sujet, que des « assertions vagues qui sont répétées dans les traités d'hygiène et finissent « par se transformer en vérités classiques (1).

il passe alors en revue toutes les légendes qui ont eu cours et qui ne reposaient sur aucune observation sérieuse. 11 racontre. entre autres riiisloire d'une expertise dont il fut chargé, il y a Une dizaine d'années et qui prouve avec quelle facilité les erreurs de ce genre s'accréditent.

On se préoccupait beaucoup, à ce moment, d'odeurs fétides qui semblaient se dégager du cimetière Montparnasse et qui se répandaient dans tout le quartier, Bouchardat fut délégué par le Conseil d'hygiène pour faire une enquéle à ce sujet, et il reconnut que les émanations putrides ne sortaient pas du cimetière, mais bien d'une maison située dans le voisinage, où l'on faisait cuire les vieux cataplasmes des hôpitaux pour en extraire de l'huile de lin. Cette étrange industrie fut supprimée et les plaintes cessèrent. Les mêmes accusations ont été dirigées contre le cimetière Montmartre et avec tout aussi peu de fondement. La preuve qu'il ne se dégage pas de gaz nuisibles dans les cimetières bien tenus, c'est qu'on n'y sent aucune mauvaise odeur, tandis que dans toutes les villes, il y a des rues qui infectent pendant l'été. L'analyse de l'air le prouve également. La composition est la même que celle de l'atmosphère voisine ; on y trouve les mêmes bactéries en nombre à peu près égal, ainsi que le prouvent les recherches faites par M. Miquel. Parmi les bactéries récoltées dans le cimetière du Sud, il n'en est pas qui, injectées par millions dans le sang des animaux vivants, y aient produit des désordres pathologiques même légers (2).

L'innocuité des eaux d'infiltration n'est pas aussi certaine. Belgrand accusait celles du cimetière Montparnasse et du Père Lachaise de souiller les puits du voisinage, et il en donnait pour preuves la saveur nauséeuse et l'odeur infecte des eaux qu'ils contenaient. Il avait constaté le fait directement au cours des travaux souterrains exécutés dans les deux (Cimetières. 11 est certain qu'on ne peut pas songer sans inquiétude à ces infiltrations qui doivent se mêler à la nappe souterraine, lorsqu'elle est superficielle et lorsque, dans ses ascensions, elle pénètre dans les tombes, en submergeant les cadavres. Elle doit, en se retirant, entraîner avec elle les produits de leur décomposition et les porter au cours d'eau qu'elle alimente.

Cependant Peltenkoffer considère cette cause de contamination comme insignifiante, lorsqu'on la compare à tout ce que déversent dans la nappe souterraine, les habitations et la voie publique. Il a calculé que les éléments putrescibles provenant de ces deux sources et pénétrant dans le sous-sol de Munich, équivalent à ceux que produirait l'inhumation annuelle de 50,000 personnes, représentant le quart de sa population.

(1) A. Bouchardat, Traité d'hygiène publique et privée. Pari?, 1893. (2' Léon Colin, Paris, Étude hygiénique et médicale, 1885, p. 85.

Quoiqu'il en soit, et sans s'effrayer outre mesure des infiltrations provenant des cimetières, l*eau des puits situés dans leur voisinage doit être considérée comme suspecte et la distance légale de 100™ est tout à fait insuffisante. II faudrait au moins la doubler, de Tavis de tous les liygiénistes, pour les puits à creuser, et il serait également prudent de défendre d'employer Teau de ceux qui existent déjà à des usages alimentaires.

Il nous reste à examiner le dernier reproche adressé aux cimetières, celui d'emmagasiner les germes des maladies infectieuses pour les répandre plus tard sur les populations. On sait que les spores de certains microbes pathogènes peuvent se conserver longtemps dans le sol sans perdre de leur virulence. Cela a été prouvé pour la bactéridie charbonneuse, par M. Pasteur et pour le bacille d'Eberth, par M. Graneher. Ils ne peuvent assurément pas remonter tout seuls à la surface du sol ; mais quand on creuse une fosse, les microbes contenus dans la terre qu*on rejette à la surface, peuvent être emportés par le vent lorsqu'elle se dessèche et se mêler aux poussières de Pair. Cela n'est pas impossitile, mais il n'existe pas de fait qui le démontre, on en est encore à citer une épidémie qui soit sortie d'un cimetière. Pendant les années 1870 et 1871, on a enterré, à Paris et dans les environs, un nombre considérable de morts, parmi lesquels figuraient nombre de varioleux et d^ typhoïdiques, et jamais il n'y a eu moins de décès à la suite de ces maladies que pendant les années qui ont suivi celles-là (1).

On peut conclure de tout ce qui précède que les cimetières ne sont pas aussi dangereux qu'on l'a dit et que l'hygiène n'(*n exige pas la suppression ; mais cela ne veut pas dire qu'ils ne laissent rien à désirer, et le décret du 23 prairial an XII, ne me satisfait pas aussi complètement que le docteur du Mesnil. Je trouve la distance de 100 mètres insuffisante pour le forage des puits comme pour la construction des hai)itations : il faudrait comme en Allemagne, les porter à 200 mètres. Lrs fosses sont beaucoup trop rapprochées et c'est cela qui cause r(»ncoml>rement des cimetières. La durée de la rotation est trop courte ; elle amène* fatalement, dans certaines localités, la saturation du sol et les corps ne s'y détruisent plus. Kn Suède, on ne rouvre les fosses qu'au bout de quinze ans ; en Finlande, on en exige vingt; il faudrait en France adopter un minimum de dix années pour les anciens cimtHièn^s et, lorsqu'on rn établit de nouveaux, leur donner une étendue suffisante pour qu'on pût laisser reposer les cadavres pendant vingt ans. La décence, le respect des morts et l'hygiène y trouveraient également leur compte.

11 faut autant que* possible choisir, pour les cimetières, un terrain élevé, sec et perméable, mais il n'est pas toujours possible d'en trouver dans ci»s conditions au voisinage des villes et, dans les pays de plaines où la terrt* est habituellement humide, il est indispensable de les drainer avant de

(1) BorciiARDAT, Tvaiti^ (Vhiyiène {loc. cit.), p. 828.

s'y établir. Nous avons parlé de ce mode d'assainissement à l'occasion du nouveau cimetière de Saint-Nazaire ; l'opération n'a pas toujours besoin d'être aussi compliquée. Les drains doivent être placés à 70 ou 80 centimètres au-dessous de la zone inférieure des sépultures, et à 6 ou 7 mètres les uns des autres Ils doivent être dirigés, en pente douce, vers les collecteurs, et ceux-ci ne doivent pas se déverser dans les cours d'eau du voisinage ; il vaut mieux les conduire, comme les eaux d'égout, sur des terrains d'épandage que leurs eaux fertilisent en s'épurant et qu'on peut convertir en prairies parce que les produits d'une culture maraîchère pourraient inspirer du dégoût.

Le décret du 23 prairial prescrit d'entourer les cimetières d'un mur de clôture de 2 mètres de haut etd y planter des arbres. Cette dernière mesure est excellente, quoiqu'on en ait dit. Priestley, Tardieu, Fonssagrives en ont fait ressortir les avantages à tous les points de vue. On a constaté en Angleterre que la décomposition des corps est plus rapide dans le voisinage des racines des arbres et que la terre y est plus sèche que partout ailleurs. Les racines se dirigent du côté des bières, pénètrent par leurs fissures, aspirent les liquides cadavériques, les décomposent et préviennent le dégagement des gaz à la surface du sol.

Tardieu donne, à l'égard des plantations, les conseils suivants : « Les » arbres droits, élancés, comnic les ifs, seront préférés aux cèdres dont » les branches sont horizontales, aux saules dont les rameaux flexibles » retombent en couches épaisses sur le sol. Les trembles, les peupliers » d'Italie, dont les feuilles toujours en mouvement agitent et tamisent » l'air, seront préférés au feuillage plus lourd et plus épais du marron- • nier. • Nous joindrons à cette liste l'eucalyptus dont les racines absorbent l'eau avec une énergie telle qu'elles constituent de véritables drains verticaux et qui donne si peu d'ombre. Seulement sa cultXire n'est possible que dans les pays où la température ne descend jamais au-dessous de sept degrés.

4° Abandon rt translation des cimetières. — Nous avons raconté comment tous les cimetières de France avaient été déplacés à la fin du siècle dernier. Il en résulte qu'il est rare aujourd'hui qu'on se trouve obligé (le recourir à cette mesure. On y est cependant contraint dans les circonstances suivantes :

1° Lorsqu'un cimetière, par suite de son encombrement, est arrivé à un tel degré d(» saturation qu'on ne peut plus y enterrer personne.

2" Lorsqu'il est devenu trop central, par le fait de l'extension que la ville a prise de son côté et parce que des habitations élevées autour de lui l'ont englobé.

3° Lorsque le terrain qu'il occupe est devenu nécessaire à l'établissement d'une voie nouvelle, d'une place, ou à la construction d'un édifice public.

Dans ce cas, il faut d'abord créer un nouveau cimetière, en se conformant aux prescriptions du décret du 23 prairial an XII (Titre II. art. 7,

Traité d'hygiéno piiMiqno et privée. * 36

8, 9). Les conseils d'hygiène doivent ^tre consultés sur remplacement, les dimensions et la nature du terrain. A cet effet on leur communique le dossier de l'affaire, comprenant les pièces suivantes : 1<* Délibération du conseil municipal ; 2^ Plan des lieux ; 3o Enquête de commodo et incommodo et procès-verbal du commissaire enquêteur ; 4^ Rapport de Tarchitecte^u de toute autre personne chargée d'examiner la nature du terrain choisi. Après l'étude de ce dossier, le conseil d'hygiène exprime son avis motivé sur Futilité d*adopter ou de refuser remplacement proposé. Lorsque Tavis est favorable, le conseil municipal adresse sa demande au préfet, et si ce dernier donne son approbation, on procède à l'appropriation du nouveau terrain.

L'ancien cimetière est alors fermé et reste dans cet état pendant cinq ans. Au bout de ce temps on peut l'affermer ; mais à la condition que le terrain ne sera que planté ou (»ns(»mencé, qu'on n'y pratiquera aucune fouille, qu'on n'y élèvera aucune construction, jusqu'à ce qu'il en soit ordonné autrement (art. 9 du décret du 23 prairial an XII).

Uans le cas de translation, les conc<'ssionnaires ont le droit d'obtenir, dans le nouveau cimetière, un emplacement égal en superficie à celui qui leur avait été concédé et les restes qui y avaient été inhumés sont transportés aux frais de la commune, (art. 5 de l'ordonnance du 6 décembre 1843). L'exhumation est alors pratiquée par les soins de Tadministration municipale et avec les précautions que nous allons indiquer.

4*» Exhumation. — Il se présente» souvent des circonstances qui obligent à extraire, de leur sépulture, un ou plusieurs cadavres. L'exhumation peut être ordonnée par la justice, pour reconnaître l'identité d'uu individu ou pour rechercher les traces d'un crime. Elle peut être demandée par une famille, pour le déplacement d'une sépulture particulière; enfin, elle peut se pratiquer sur une jurande échelle, lorsqu'il s'agit d'abandonner un cimetière et de transporter ailleurs les restes qu'il renferme, ou d'évacuer un licni qui a été, par le fait des circonstances, consacré à des sépultures provisoires.

Cette opération est moins dan^^ereust» qu'on ne le croit généralement. J'ai parlé plus haut des exhumations pratiquées à la fin du siècle dernier, dans le cimetière <le l'église des Saûtts-Invtfconts à Paris et qui n'ont tHé suivies d'aucun accident, au dire de Thouret. Cependant Bouehardat rapporte qu'en 1830, des inhumations provisoires ayant eu lieu au Marché des Innocents, sur l'emplacement de l'ancien cimetière et sur une couche de sable d'environ vingt centimètres de profondeur, on découvrit, lorsqu'on procéda aux exhumations ultérieures, une quantité considérable d'ossements dans une terre noire et grasse, on y trouva des débris d'où s'échappèrent des miasmes tellement fétides qu'un des ouvriers fut subitement suffoqué.

Les accidents analogues ne sont pas rares chez les fossoyeurs dans les eximmations juridiques qui se font en général au moment où les cadavres

sont en pleine putréfaction. Ce nVst guère en effet que pendant la premirre période de la décomposition des corps qu'il est dangereux de les extraire de leur sépulture. A ce moment, dit Tardieu, Tabdomen énormément distendu par les gaz, se déchire au niveau ou dans le voisinage de l'ombilic et donne issue à des liquides sanieux, brunâtres, d'une odeur très fétide, en même temps qu'à des émanations méphitiques dont il y a lieu de redouter les effets nuisibles pour la santé de ceux qui s'y trouvent exposés.

De pareilles opérations exigent un ensemble de précautions qui varient quelque peu suivant les circonstances dans lesquelles elles sont pratiquées. Les mesures particulières que réclament les exhumations juridiques sont du domaine de la médecine légale et ne nous regardent pas. Elles s'accomplissent, du reste, sous les yeux et sous la direction du médecinexpert qui veille à ce que tout s(» passe de façon à satisfaire les exigences de l'hygiène. Il n'en est pas de même des exhumations qui se font chaque jour, à la demande des familles, pour transporter, dans des caveaux récemment construits, ou dans des terrains acquis à titre perpétuel, des corps provisoirement déposés dans des sépultures temporaires ou dans des fosses particulières. Ces exhumations sont autorisées sur une simple demande adressée à la direction des affaires municipales : un commissaire de police désigné y assiste et constate toutes les conditions d'identité. Les précautions prises ont plutôt, pour effet, de diminuer les désagrémcMits que de prévenir les dangers de l'opération. « Celle-ci, dit Tardieu, se fera (\v préférence le matin, surtout dans la saison chaude; on y emploiera un nombre d'ouvriers suffisant pour qu'elle s'achève le plus promplement possible; on arrosera la fosse et le cercueil avec une solution de chlorure de chaux ou de sulfate de fer, avec de l'eau phéniquée ou tout autn» liquide désinfectant. S'il faut pénétrer dans un caveau, on y établira d<»s courants d'air et l'on renouvellera celui qui y était enfermé, soit an. moyen d'un fourneau allumé vers une de ses issues, soit à l'aide d'une manche à air, où mieux encore, ainsi que Fa proposé A. (iuéranl, dans une thèse de concours qui est une excellente monographie (1), en faisant jouer à vide, au fond du caveau, une pompe à ine<Mulie qui chasserait promptement, gràc(^ à l'air respirable qu'elle y projetterait, les gaz délétères amassés. On introduira ensuite au fond du caveau un<^ bougie allumée et l'on n'y descendra que si elle y brûlo comme à l'air libn». Les premiers ouvriers qui pénétreront dans ces caveaux, auront la bouche» et les narines garnies d'un mouchoir trempé dans l'eau phéniquée. Ils seront suspendus par une corde qui passera sous les aisselles, afin de pouvoir être retirés au moindre danger. Enfin, si ro|)ération devait se prolong(T, il serait l)on qu'ils fussent revêtus

(1) Gi'KRARD, AIpli.. De l'inhumation et dex cshumatiom sous le i apport de Chygidne. Tlit'*e tic concours, 1838.

d*un appareil Galibcrt. Ils répandront autour d'eux du chlorure de chaux en dissolution, ou tout autre liquide désinfectant. Si Ton trouvait un caveau rempli d'eau provenant de pluie ou d'infiltration, on enlèverait cett« eau à Taide d'une pompe aspirante, et Ton procéderait ensuite comme il vient d'être dit » (i;.

Lorsqu'il s'agit de l'abandon d'un cimetière, qu'il faut extraire de son sol, transporter et réinhumer un grand nombre de cadavres, les précautions sont diffén^ntes. Comme les corps y reposent depuis longtemps, que la destruction de la plupart d'enlr'eux est comph'*te, il y a moins d'inconvénients pour les ouvriers chargés du travail. Cependant, il est prudent d'attendre la saison fraîche, pour comm(»neer l'opération. Il faut employer un nombn^ suffisant d'ouvriers pour qu'elle soit promptement achevée. Ils doivent porter des vét(»ments spéciaux, se servir d'outils à longs manches, pour n'être pas contraints de se baisser, et arroser fréquemment le terrain avec des liquides désinfectants : ils doivent se laver et se désinfecter les mains après le travail.

Le cercueil et les ossements, après avoir été purifiés de la même manière, doivent être placés dans des tombereaux bien fermés, avec le soin nécessaire pour qu'aucune odeur ne s'(mi échappe. (!!ette précaution est surtout indispensable lorsqu'ils doivent traverser la ville pour se rendre de l'ancien cimetière dans le nouveau.

Page 1