ARTICLE VI. - HABITATIONS RURALES
Sous le rapport de l'hygiène, comme sous celui du confortable, l'habitation du paysan est encore inférieure à celle de l'ouvrier; mais elle est située au milieu des champs et des cultures, elle est plus aérée,
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mieux ensoleillée, le paysan travaille et vit au dehors et ces conditions favorables rachètent ce que la maison laisse à désirer à Tintérieur. Toutefois, une amélioration se pro<Juit à mesure que le paysan devient propriétaire et elle va croissant av<*c les progrès de Taisance et de l'instruction dans les campagnes.
Il est moins facile d*éti;dier les conditions hygiéniques des habitations dans les campagnes que dans les villes, parce qu'il y a plus de différences d'une région à l'autre. Les coutumes locales y introduisent une plus grande variété : il en est de ménif» du degré d'aisance ; on peut dire toutefois qu'il y a partout une progression continue, depuis la masure , sordide du pauvre ouvrier agricole des départements les plus déshérités, juh(ju'aux riches fermes des propriétaires dans les départ<'ments riches. Celles-ci se rapprochent sensiblement des maisons bourgeoises qu'on rencontre dans les villes.
§ I*''. — LA MAISON Di: PAYSAN
I. Disposition générale. — Les maisons les plus insalubres et K^ plus mis(*rables se n^ncon Iront dans la Basse-Bretagne, dans les montagnes du Jura et des Alpes et dans certains déparlements du Midi.
Dans le Finistère, et principah^ment dans les montagnes d'Arrez, on rencontre encore des maisons où les paysans et les bestiaux habitent ensemble, dans un local commun, divisé seulement par des cloisons qui ne s'élèvent pas jusqu'au plancher supéri<'.ur et qui ne constituent que des séparations imparfaites. Le rez-de-chaussée n'a ni plancher ni dallage, il rst en terre battue, parfois en contrel)as du sol rt toujours humide. La cheminée sans tirage laisse s'échapper la fumée dans l'intérieur et les fenêtres, toujours insuffisantes et tonjouis closes, iw permettent aucune aération.
C'est encore» pis dans quelques parties montagneuses du Jura et des Basses-Alpes où l'on trouve des cabanes en bois couvertes de gazon au centre desquelles est un foyer do»! la fumée sort par un trou pratiqué au haut de la chaumière, après avoir aveuglé les habitants. Cette disposition rapp(dle les hutt<'S des Esquimaux et des naturels de la terre de Feu. Sur l'iui d(*s côtés sont des n'iraits formés en planches et remplis de paille ou de feuilles dr maïs, sur lesquelles couche la famille. De l'autre côté sont attachés les animaux dom(»stiques nourris le jour aux champs et abrités la nuit dans les étabh'S (1).
Dans b's Vosges, les habitations sont construites dans la partie la plus basse du terrain que Ton creust» souvent comme pour s'y enterrer. Les
(Il I)RoriNEAi% llahitaiionfi rurales Encyclopédie (Vhi/f/ièfie, l. IV, p. 480j.
murailles sont à peine enduites de mortier. La pièce unique, rarement pavée ou planehéiée est en contrebas du sol. Le plafond est bas, les fenêtres insuffisantes. C'est dans de pareilles masures que le tiers des habitants des Vosges vit, mange, dort pôle-mèle sans distinction d'âge ni de sexe, entre des murs noircis par la fumée et imprégnés d'émanations animales. Le mobilier se compose d'immondes grabats relégués dans des coins obscurs, d'un buffet ou d'une armoire, de quelques chaises ou plutôt de quelques bancs de bois. Le reste du logis est occupé par un poêle en fonte destiné à la cuisson des aliments. Enfin les guenilles du ménage étalées sur des cordes envahissent le reste de l'espace qui existe entre les têtes et le plafond.
Dans le Tarn, dans l'Aveyron, c'est la même insalubrité. La maison du paysan est adossée au terrain qui monte jusqu'au toit ou contre le rocher humide ; elle ne contient le plus souvent qu'une seule pièce, avec la pierre d'évier dans un coin et les lits dans l'autre, les vêtements et les viandes pendant au plafond. Les étables touchent la maison, il y a des mares tout autour.
Les dispositions précédentes s'observent surtout dans les régions montagneuses ; dans la plaine, les conditions sont meilleures, l'habitation est moins sordide. La maison est plus vaste. Lorsqu'elle n'a qu'un rezde-chaussée, il est divisé en plusieurs pièces ; les animaux sont séparés des paysans ; on y trouve habituellement une petite grange. Dans la cuisine, il y a souvent un puits, parfois un four.
Dans d'autres pays, les maisons ont un rez-de-chaussée où logent les bestiaux et où la famille se réfugie en hiver. Au premier étage sont deux petites pièces dont l'une sert de cuisine et de salle à manger, l'autre de chambre à coucher ; au-dessus on trouve le grenier.
Dans les pays plus riches et mieux cultivés, Thabitation rurale a fait plus de progrès. Chez les cultivateurs aisés, propriétaires ou fermiers, il n'est pas rare de trouver des maisons propres et dont îe mobilier est relativement confortable. Le sol est planchéié ; les murs en brique ou en pierre sont peints ou tapissés ; les plafonds sont en plâtre. En même temps que la maison se perfectionne, les annexes se développent et s'isolent du corps de logis principal ; toutefois, même dans les déparlements les plus favorisés, l'hygiène des habitations rurales laisse en général à désirer. Les fumiers sont trop rapprochés des habitations et des puits qu'ils contaminent souvent, les maisons sont mal éclairées, mal ventilées et mal entretenues au point de vue de la propreté.
Les habitations rurales ne sont pas plus hygiéniques à l'étranger qu'en France ; nous ne pouvons passer en revue les desiderata qu'on y observe^ Nous renverrons pour cela à Touvrage de M. le professeur Layet que nous avons déjà cité (1).
(I) A. l AYET, Hygiène et maladies des paysans {loc. ci7.)» P- *8 et suivantes. Traité d'Iiygièiie publique et privée. 37
II. Situation. — En général, remplacement que doit occuper l'habitation du paysan est déterminé à Tavance. S'il s'agit d'un domaine, elle doit s'élever au centre de l'exploitation ; le logis de l'ouvrier agricole a sa place dans le hameau près duquel le fixent ses occupations. Il faut, cela va sans dire, éviter de bâtir les maisons dans les lieux bas et humides, au voisinage de marais, d'eaux croupissantes. L'humidité du sol est d'autant plus à redouter à la campagne que les maisons n'ont pas de cave. Pour se mettre en garde contre cet ennemi, il faut faire abattre les arbres et les buissons, tout autour de riiabilation, dans un espace assez étendu pour que l'air et la lumière y arrivent avec facilité et que les rayons du soleil atteignent le pied des murailles.
L'exposition ne peut être soumise à aucune règle précise, parce que elle est presque toujours déterminée par la position du chemin, des cours et des terrains en culture ; mais en général le paysan choisit l'exposition au midi. Il cherche le soleil et fuit le nord.
III. Construction. — Dans toutes les contrées de l'Europe, les paysans ont commencé, comme les peuplades sauvages, par être les artisans de leur demeure, et ils y ont employé co qu'ils trouvaient à leur portée. Dans les bois, ils ont abattu les arbres pour se construire des cabanes; dans les montagnes, ils ont creusé les roches tendres pour s'y faire un abri; dans les plaines, ils ont pris les joncs, la terre argileuse et se sont façonné des huttes. Cette façon de procéder qui a été autrefois la règle, est aujourd'hui l'exception. Dans les campagnes un peu aisées, le paysan n'a pas encore recours à l'architecte; mais il s'adresse au maçon, au charpentier, au couvn^ur du village. Il ne vise pas à l'élégance, ni même au confortable, il ne tient qu'à la solidité et au bon marché, et celte dernière condition s'accommode mieux de la routine que d(»s progrès de rhygiène.
1° Murs. — Pour obéir au besoin d'économie qui domine tout dans les campagnes, on se sert encore dans quelques (Midroits de pisé ou de torchis pour la construction des murs. Le [)isé <'st fait, comme on le sait, avec de la terre argileuse, corroyée et refoulée dans des moules en bois, de façon à en confectionner de grandes briques ; le torchis ou bauge est composé de terre gâchée avec de la paille ou du foin. Ils ont les mêmes inconvénients et les mêmes avantages. Ils sont économiques, incombustibles et mauvais conductcMirs du calorique; mais les murs qui en sont faits, manquent de solidité, ne peuvent supporter de lourdes charges, sont très hygrom(>triques et se laissent facilement envahir par les insectes et les rongeurs. Ils peuvent servir pour les clôtures, les étables, les granges; mais pour les maisons il faut préférer la maçonnerie. Elle tend du reste à prévaloir partout.
La pierre est en général assez répandue sur le sol de France pour que le paysan l'ait toujours sous la main. Dans beaucoup d'(»ndroits, on
emploie la pierre de taille pour les encoignures, les baies et les appuis ; le reste se fait en moellons. Dans les pays où la pierre fait défaut, comme dans les départements du Nord, on la remplace par la brique;.' ces matériaux conviennent également, à la condition de donner aux murs une épaisseur suffisantes
La question du mortier est d'une importance plus grande. A la campagne on se sert souvett de terre argileuse, mêlée à du sable, parce qu'on l'a sous la main ; mais cet enduit économique se rétracte en séchant, se fendille, tombe par plaques et absorbe l'humidité, la chaux est bien préférable. Il faut éviter de la mêler au sable de mer, à cause des propriétés hygrométriques du sel qu'il renferme.
L(* bois nécessaire pour les charpentes se trouve partout dans les campagnes; on prend celui qu'on trouve à sa portée ou sur son champ, et on ne le laisse pas suffisamment sécher avant de le mettre eh oeuvre.
"i" ïoiTURK. — J^ês toitures de chaume sont encore en usage dans beaucoup de (l('4)artements ; le nombre en diminue cependant tous les jours; elles sont proscrites dans certains pays en raison des craintes d'incendie et, en France, l'autorité administrative ou municipale sera investie du droit de les interdire par l'article 01 du code rural encore en projet.
Le chaum(? a pourtant ses avantages: il est peu coûteux, chaud en hiver, frais en été, il conserve les récoltes, convient pour les granges et les étables; mais il se laisse envahir par l'immidité et par les rongeurs; il est ravagé par les coups de vent et surtout il expose tellement aux incendies que cela suffit pour le condamner. Les toitures d'ardoises ou de briques sont bien préférables et se répandent de plus en plus. Dans, certains pays on couvre encore les maisons en bardeaux. Les chalets suisses ont également des couvertures (»n planches, et on les surcharge d'énormes pierres pour que le vent ne les emporte pas.
3" Planchkhs kt i»LAroNDs. — Les habitations rurales, avons-nous dit, n'ont presque jamais de caves et peuvent s'en passer, parce qu'on la remplace par de petits hangars d'une construction peu coûteuse ; mais pour obvi(M* à ce ih'faut, il faut les élever de 30 à 50"*"' au-dessus du sol et remplir l'intervalle qui sépare la terre du plancher avec une couche de mâchefer, av(*c des scories, des giaviers bien secs, des fragments de briques. On peut, dans les pays qui s'y prêtent, remplacer le plancher par un carrelage; mais il faut toujours que le sol soit couvert d'un revêtement quelconque et qu'on abandonne partout l'usage de la terre nue, humide, absorbant les liquides résiduaires, les miasmes et infectant le sous-sol.
IV. Distribution. — Autant que faire se peut le logement du paysan, même celui du i)lus pauvre ouvrier agricole, doit se composer au moins de deux pièces : la cuisine et la chambre. C'est dans la première qu(* se tic^nt la familh*, (ju'elle travaille, qu'elle prend ses repas. C'est là que se
m TRAITÉ DHYGIÈNE PUBLIQUE ET PRIVÉE.
trouve la cheminée autour de laquelle on se réunit, c'est la pièce capitale, celle qui doit être la plus vaste. La chambre ne doit avoir que les dimensions nécessaires pour assurer, à chacun de ceux qui y couchent, les quatorze mètres cubes d'air que nous avons reconnu constituer un minimum pour l'ouvrier des villes. 11 faut aussi qu'elle ait une grande fenêtre et qu'on ne se contente pas de ces ouvertures minuscules qu'on voit si souvent à la campagne.
Le petit cultivateur terrien a déjà besoin d'un plus grand nombre de pièces et d'une distribution plus compliquée.
Dans les grandes fermes enfin, le nombre et la dimension des pièces est en rapport avec Timportance du domaine.
V. Mobilier. — Le mobilier des habitations rurales est extrêmement simple. Il se compose habituellement de un ou de deux lits, d'une grande table placée généralement près de la fenêtre, de grands coffres, parfois d'une armoire et de quelques escabeaux ou chaises de paille. Le lit est la seule partie du mobilier qui intéresse l'hygiène. Le paysan n'y attache pas d'importance et a une grande tendance à s'y calfeutrer. II aime, quand il le peut, à s'enfoncer dans un lit de plumes, à se couvrir de couvertures et à s'entourer d'épais rideaux. Le type de ce mode de couchage incommode et insalubre est le lit clos de Bretagne, véritable armoire fermée par des votets latéraux à la tête et aux pieds et par des rideaux dans l'intervalle. Ces lits font le désespoir des hygiénistes et des médecins.
Dans le midi, les lits sont plus hygiéniques. On s'y sQrt de productions végétales comme la balle d'avoine, la fougère, les spathes de maïs, pour s'y faire un matelas qui repose sur un lit en bois léger. Les draps et une couverture complètent le couchage. Dans les plus pauvres maisons, on trouve le plus souvent des couchettes en bois avec une misérable paillasse dont le contenu n'est jamais renouvelé et une couverture qu'on ne lave jamais. Il est inutile de dire que les insectes de toute espèce y grouillent et s'y multiplient à plaisir.
VI. Éclairage et chauffage. — Dans les campagnes, on s'éclaire encore à la chandelle. C'est le débouché des fabriques qu'on s'étonne de voir subsister encore. Dans certains pays pauvres, on se sert de la chandelle de résine que les paysans confectionnent eux-mêmes. Le pétrole commence pourtant à se répandre dans les départenaents du centre. Dans ceux où on cultive les plantes oléagineuses, on consomme de l'huile, mais avec des appareils le plus souvent défectueux. Les lampes dont on se sert consistent le plus souvent en un godet bombé d'où sort une mèche qu'on remonte à volonté. La lumière vacillante, fumeuse qui s'en dégage, est insuffisante pour la lecture et les travaux de couture auxquels les femmes se livrent parfois pendant les veillées : elle leur fatigue les yeux déjà offensés par la fumée qui provient du foyer.
LHÂBITATION. 581
Le chauffage en effet est aussi défectueux que Téclairage. Le large foyer, la haute cheminée sous laquelle s'abritent les vieillards, fume par presque tous les temps, ainsi que le prouve la couleur noire et luisante des solives.
On y brûle du bois, des branchages, des herbes, tous les déchets végétaux de la ferme et on ne prend pas la peine d'attendre qu'ils soient desséchés. Comme la porte ferme mal et qu'elle est le plus souvent ouverte, le tirage se fait tout seul.
Dans le Nord, où la houille est abondante, Tusage du petit poêle en fonte commence à se répandre dans les habitations rurales.
§ II. — ANNEXES DE l'hABITATION RURALE
Les annexes sont, pour le cultivateur, aussi nécessaires que l'habitation elle-même. C'est là qu'il loge ses animaux, qu'il renferme ses récoltes et ses instruments de travail et qu'il passe une partie de son temps. Les bâtiments accessoires sont de deux sortes suivant qu'ils servent à loger le bétail où à renfermer les récoltes,
L Annexes destinés aux animaux.— Les constructions diffèrent un peu suivant qu'elles doivent contenir des chevaux, des bœufs, des moutons ou des porcs.
l"" Écuries. — Elles laissent beaucoup plus à désirer à la campagne qu'à la ville ; mais Tinconvénient est moindre parceque le nombre des animaux qui y sont réunis est beaucoup moins grand. On ne trouve pas dans les fermes des écuries contenant plusieurs centaines de chevaux, comme celles qu'exigent les entreprises de camionnage, les voitures publiques, les grands magasins où comme celles des quartiers de cavalerie ; cependant il est des règles qu'il est bon d'observer dans les fermescomme en ville, dans l'intérêt de la santé des personnes qui y habitent. Ces règles, nous les avons traitées à l'occasion des dépendances des habitations urbaines (1) et l'on fera bien de s'y conformer à la campagne dans la mesure du possible.
*i? Établks. — Elles servent au logement du bétail proprement dît. Elles portent le nom de bouveries ou de vacheries quand elles renferment des animaux de l'espèce bovine, celui de bergeries quand elles contiennent des moutons et de porcheries quand on y met des porcs. Les mêmes règles d'hygiène leur sont applicables, les dimensions seules doivent varier. Il faut, dans tous les cas, que les conditions de ventilation soient assurés, que le sol soit pavé, bétonné, cimenté, ou revêtu d'un simple^
(1) Chapitre III, article 11, § II, p. 328.
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caillouta^o. L'essonliel c'est que le sol soit imperméable, qu'il ail une légère pente pour conduire les urines au deliors et que le local soil tenu avec la plus grande propreté.
Quant à la dimension elle doit être par animal de 20'"\ dans les l>OQveries et les vacheries avec une place de 1'" (K) à la mangeoire. Dans les bergeries, on se contente d'un mètre Ciirré de surface par mouton et de 75cent par agneau. Dans les porcheries, les dimensions des loges peuvent varier suivant que les animaux sont soumis au régime du pàturai»:e ou à celui de la stabulation. Dans ce dernier cas, une cour est nécessaire et alors la surface de chaque» loge peut être réduite» à l{'" ; elle doit t^lre de 4'",25 dans le cas contraire. Les porcheries sont générah^nent simples, cVst-à-dire à une seule rangée de loges, niais dans les établissements consacrés à l'élevage en grand, on les l'ail souvent doubles; on les dispose parfois en carré ou en cercle. Dans Uniio porcherie un peu importante, un emplacement doit être réservé à la cuisine spéciale des porcs.
3** Basses-cours. — Dans toutes les fermes, il v a des volailles : mais elles ont rarement un local spécial. Klles eirent sur les fumiers, dans les cours, les écuries : parfois on leur met un perchoir dans un coin obscur, sale et mal disposé pour leurs besoins. C'est un inconvénient pour l'élevage; il est moindre au point de vue de l'hygiène. Il ne faut pas oublier toutefois qu'on a accusé la Yolaille de transmettre la diphtérie et la phthisie. Hlle en trouve les germes sur les fumiers et pour prévenir leur contaminationil faudrait les tenirenfermées, ce qui n'est guère possibl<*(l).
11. Annexes destinées aux récoltes. — Dans les pe^tites exploitations, le paysan loge ses récoltes où il peut ; le plus souvent dans des greniers, au-dessus de son habitation ou de ses élables. dette façon de faire a des inconvénients pour la sanlé, à cause des émanations et des poussières qui se dégagent di^ ces produits végétaux ; leur voisinage expose à l'incendie d(^ la ferme, parce qu'on connaît la négligence avec • laquelle les campagnards promènent, dans les greniers, de mauvaises lanternes défoncées. Les hangars isoh's et élevés à une certaine dislance de l'habitation sont de beaucoup préférables. Il faut éviter d'y faire coucher les garçons de ferme. Les p.iysans eux-mêmes vont souvent l'été dormir dans les gianges. (l'est nne imprudence, parce qu'à cette époque les fourrages nouvellement rei.l;'é i." sont pas encore secs, et en achevant leur fermentation, ils dé::i;;enl de l'acide carbonique. Leur voisinage peut même causer la maladie connue sous le nom (Wf.sf/ane du loin ou de fièvre des pailles,
IIL Cours et fumiers. — La cour est le centre d'activité et de mouvement de la ferme. Lille doit être close. La clôture est réalisée en partie
(1) Drouineau, Uyijiène rurale {Encyclopédie (rhi/f/iènc, l. IV, p. 5o6).
par les hàtimenls, et, dans leur intervalle, par un muretin de 1"™,50 suffisant pour arrêter les animaux el les maraudeurs.
Quant à la propreté, il est inutile d'en faire ressortir l'urgence et de toutes les conditions hygiéniques, c'est assurément la moins respectée. Le paysan ne peut se faire^à l'idée d'y voir, dans sa cour, un simple lieu de passage. Cet espace vide lui déplait et il éprouve le besoin d'y ajouter sans cesse quelqu'appentis nouveau, d'en utiliser quelque recoin et, dans la plupart des fermes, le reste est transformé en une vaste fosse à fumier, où rien n'arrête les infiltrations du purin qui infecte le sous-sol et souvent pénètre jusque dans le puits qui alimente l'habitation.
1° FiMiKHs. — L'insalubrité des fumiers est la question la plus grave de celles qui nous intéressent. Ils sont indispensables pour rendre à la terre sa fertilité et le paysan y attache à juste titre un grand prix. II est habitué à ce voisinage et n'a aucun souci du danger qu'il peut lui faire courir. Il le considère comme inoffensif; il est même convaincu que rien n'est sain comme l'atmosphère chaude et humide des étables où il répand ses exhalaisons. On se souvient que les médecins ont jadis partagé cette croyance, et qu'on a conseillé autrefois le séjour des étables aux phthisiques. Aujourd'hui tous les hygiénistes sont d'avis qu'il est on ne peut plus malsain d'y coucher, comme le font encore souvent les garçons de ferme.
Dans beaucoup d'exploitations, on laisse le fumier séjourner dans les étables et s'accumuler sous les pieds des animaux, jusqu'au point de forcer à élever les râteliers. C'est une mauvaise coutume. Il faut enlever le fumier toutes les semaines ou tous les quinze jours au moins. En B<»lgique, les'agriculteurs nettoient l(»ur étable tous les deux jours. Après avoir enlevé le fumier, ils lavent le pavé et recueillent les eaux qui en proviennent dans une fosse étanche. Ils obtiennent ainsi un engrais liquide excellent I). En France, on préfère enlever le fumier plus rarement et recueillir le purin à part. Dans bien des fermes, on se borne à enfouir au fond de l'écurie ou de TcHable, une tonne cerclée en fer au-dessus de laquelle on place un large couvercle; mais il est préférable, comme nous l'avons dit, de conduire le purin au dehors par un eaniveau bétonné el de le recueillir dans une fosse en pierres de tailles rejointées avec du ciment hydraulique.
±' FL.Mii^'.nKs. — Lorsque le fumier est enlevé, il faut le transporter hors de l'habitation el l'anionceler dans une cour spéciale, sur un sol cimenté, avec une rigole circulaire pour l'écoulement des liquides. L'intérêt de l'exploitation (»st dans ce cas d'accord avec l'hygiène. Le fumier, constituant l'engrais le plus précieux, doit être conservé avec soin. Il faut éviter de le déposer sur le bord du chemin, et de laisser
pcTdn* le purin qui s'en écoule. Celui-ci doit être recueilli et reversé sur
(1) A. Laylt, Ihjijiùw et maladie des paysans {ivc. àt.}^ p. 99.
le fumier, pour entretenir rhumidité nécessaire et reinpt^chcr de pourrir. II faut se garder de laisser Teau des toits se déverser sur les dépôts, parce qu'elle entraine leurs principes les plus riches et les plus fertilisants. Enfin Thygiène y ajoute cette condition de premier ordre de ne jamais jeter sur les fumiers les déjections de la ferme, surtout lorsqu'il y règne une maladie. Le choléra, la fièvre typhoïde, la diphtérie, le tétanos peuvent être transmis par les fumiers, et ce ne sont peut-ôlre pas les seules maladies qui soient dans ce cas.
Cette considération a fait ranger les dépôts de fumiers parmi les établissements classés, au même titre que les boues et les ordures ménagères. Ils appartiennent à différentes classes, suivant leur importance et leur mode d'installation.
Dan3 les grandes exploitations, on donne encore plus de soins à la conservation du fumier. Tantôt on le réunit en meules de grandes dimensions qu'on protège à la base par un mur en maçonnerie, entouré de planches. Dans certains pays, on le recouvre de terre et de gazon pour empêcher les émanations et rendre la fermentation plus régulière.
Dans tous les cas, le sol est disposé de telle façon que le purin s'écoule dans une fosse étanche placée au centre de l'agglomération, d'où il peut être pompé et reporté sur le fumier pour son arrosage. Dans d'autres contrées, on le conserve dans de grandes fosses dont les parois verticales sont maçonnées, imperméables, et dont le fond incliné vers le centre conduit les liquides dans une fosse à purin bien étanche placée audessous.
Les intérêts de Thygiène sont également sauv(»gardés par ces différentes dispositions, dont le choix n'a d'importance qu'au point de vue des intérêts agricoles.