CARACTKRES GÉNÉRAUX DES EAUX POTABLES
Ces caractères sont définis de la manière suivante par V Annuaire da eaux de France : « Une eau peut être considérée comme bonne et potable » quand elle est fraîche, limpide, sans odeur : quand sa saveur est très » faible, qu'elle n'est surtout ni désagréable, ni fade, ni salée, ni doo- » ceàtre, quand elh» contient peu de matières étrangères, quand elle » renferme suffisamment d'air en dissolution : quand elle dissout le savon » sans former de grumeaux et qu'elle cuit bien les légumes. »
I. Propriétés physiques. — i" Tkmpkrati'rk. — La température de
l'eau est celle du sol quand elle le parcourt dans ses profondeurs et celle de Tatmosphère quand elle coule à l'air libre. C'est une des raisons pour lesquelles l'eau des fleuves qui est tiède en été ne vaut pas Teau de source qui n'a que la température des terrains d'où elle émerge, laquelle oscille dans nos climats entre 9 et 14°, suivant l'altitude. Entre ces limites, Teau est fraîche et désaltère bien : à -20'', elle est tiède, parait fade et ne désaltère plus ; l'eau très froide, si agréable dans l'été, n'est pas sans danger lorsqu'on la boit en grande» quantité, surtout lorsque le corps est en sueur. Tout le monde connaît l'histoire d'Alexandre le Grand sur les bords de rOxus et celle plus triste encore dr Montecuculli, l'échanson du Dauphin fils de François l*'^ Les médecins ont souvent l'occasion de voir des pleurésies et même des péricarditcs causées par l'ingestion d'un verre d'eau glacée, pendant la transpiration.
ïi'^ LiMPiDiTK. — Toute eau de boisson qui n'est pas limpide doit être rejetée, parce qu'elle eonticMil des substances terreuses et des matières orgîiniques. La limpiditc* peut se concilier avec un certain degré de coloration, ainsi que le fait observer M. A. (iautier. Il coule en effet sur les plateaux granitiques élevés de l'Américiue du sud des rivières dont les eaux vues en grande masse et à l'ombre îiont colorées comme du café. Ces eaux noires doivent leur coloration aune matière humique ; elles n'en sont pas moins limpides et bonnes à boire.
*M S.vvKi « KT ABSENCE d'oueih. — L'cau potablc a toujours un peu de goût que distinguent les personnes douées d'une grande sagacité gustative. mais cette saveur doit être faible et agréable. Dans tous les cas, elle doit
être absolument inodore. Cependant il est peu d'eaux qui, conservées dans l'obscurité, après avoir été exposées à la lumière, ne prennent pas une odeur de croupi due à la décomposition des petits organismes qu'elles renferment. Ces boissons ne sauraient être réputées mauvaises que si, après un mois de conservation, elles se sont notablement troublées.
4^ Action sur le savon et les lé(;uhes. — Les eaux qui durcissent les légumes sont trop riches en sels calcaires, elles sont crues, dures, séléniteuseseX par conséquent impropres aux usages alimentaires. L'eau qui, versée dans une solution limpide de savon, y forme des grumeaux, contient des sels calcaires ou magnésiens qui forment, avec les acides gras du savon, des sels insolubles ; les eaux saumàtres ne le dissolvent pas davantage, parce qu'elles contiennent des chlorures alcalins ; toutes ces eaux doivent être rejetées de Talimentation.
II. Composition des eaux potables. — Les eaux qu'on rencontre dans la nature ne sont jamais d'une pureté parfaite et ce n'est même pas une qualité à rechercher, comme nous le verrons en parlant de l'eau distillée. Toutes renferment des gaz, des sels et des matières organiques.
1° Gaz. — L'eau potable, dit M. A. Gautier, doit contenir de 20 à 25"»* de gaz formés de 50 p. iOO environ d'acide carbonique, le reste étant un mélange d'oxygène et d'^azote dans la proportion de 31 à 33 du premier gaz pour 69 à 67 du second. Les eaux ainsi aérées sont légères, elles plaisent à Testomac. Les eaux privées d'oxygène, comme l'eau distillée, Teau bouillie, l'eau des glaciers sont lourdes et il faut les agiter avant de les boire. En dehors de cette donnée générale, la nature et la proportion des gaz n'a que peu d'importance. L'azote ne produit que des effets négatifs. L'oxygène en a de très favorables ; son absence prouve que les eaux sont chargées de matières organiques qui l'ont absorbé ; mais elle ne rend pas par elle-même les eaux malsaines. L'acide carbonique est inoffensif ; mais l'hydrogène sulfuré, quand il se développe dans les eaux, est une preuve de souillure; il les rend du reste infectes et enlève tout désir de les boire.
2® Sels minéraux. — Les eaux que l'expérience a fait reconnaître comme les meilleures renferment toutes un certain nombre de sels minéraux toujours les mêmes et en proportions peu variables. En France, depuis les travaux de Dupasquier et de Boussingault, on estime qu'il faut que la quantité de ces sels atteigne au moins le chiffre de SO*»*" par litre. Les sels de chaux et surtout le carbonate sont les plus usités parce qu'ils contribuent à la formation des tissus et notamment du squelette. La quantité de chaux que nous empruntons journellement à l'eau potable s'élève approximativement de Op',050 à 0«f%150 répondant au poids de 0^,100 à 0«%230 de carbonate calcique par 24 heures. C'est à peu près ce qu'en contiennent par litre les eaux réputées les meilleures. Une bonne eau renferme donc de 1 à 5 dix millièpies de son poids de matières
minérales, dont la moitié est formée de carbonate calcaire et le reste des sels qu'on retrouve dans les tissus animaux. Au-dessous d'un décigramme par litre, la quantité des principes minéralisateurs est insuffisante; au-dessus de cinq décigrammes, les eaux deviennent crues, indigestes, elles présentent une saveur saline ou terreuse, amère si ce sont les sulfates qui dominent, saumàtre ou salée si ce sont les chlorures.
Les eaux trop pauvres en principes salins sont lourdes, comme nous Tavons dit. Elles ne fournissent pas à la nutrition les éléments qui loi sont indispensables et il faut compenser ce défaut par une alimentation plus riche. C'est pour cela qu'on attribue à la trop grande pureté des eaux la fréquence du rachitisme et de la scrofule qui s'observe dans certaines vallées de la Suisse et de la Savoie. Leurs populations pauvres ne sont pas suffisamment nourries pour compenser Tabscnce de sels calcaires dans les eaux qu'elles consomment et qui proviennent des glaciers.
Les eaux trop rich(»s en sels minéraux ont aussi leurs inconvénients. Depuis Hippocrale on accuse les eaux trop calcaires de produire des calculs vésicaux ; on remarque en effet que les affections de ce genre sont plus communes dans les villes où les eaux potables sont très chargées de carbonate calcaire. La Société médicale de Glascow a remarqué que les calculs sont devenus plus rares dans les localités où on buvait autrefois de l'eau de la Clyde qui marque 2i° à Thydrotimètre, depuis qu'on y distribue des eaux de bonne nature venant des montagnes et n'accusant que 5°,6. Les mêmes faits ont été constatés à Faisley, à Bolton et dans d'autres villes. La substitution d'eaux pures à des eaux calcaires a fait diminuer notablement le nombre des calculeux.
Les eaux trop magnésiennes sont amères et légèrement laxatives. Absorbées dans l'intestin et introduites dans le sang en trop grande abondance, les sels de cette espèce tendent à S(» précipiter à l'état de phosphate ammoniaco-magnésien et à former des dépôts dans les reins et la vessie, lorsque les urines deviennent neutres ou alcalines.
Les eaux riches en nitrates sont un peu diurétiques et fatiguent les reins lorsqu'on en boit abondamment ; mais elles sont surtout suspectes parce que celte richesse dénonce la présence de mali«'*res organiques dont les nitrates proviennent par oxydation.
Le docteur (îuilbert accuse les eaux trop silicieuses de déchausser les dents et d'en amener la carie (1). Dans le Noyonnais, les eaux sont très riches en silice. Celles de la ville de Novon en conticMinent 0'•'^025 et 0"%02() par litre et tous les habitants ont de mauvaises dents. Il est impossible, dit le D"^ Guilbert, d'y trouver une bouche saine, et les étrangers qui y arrivent avec unr belle denture la voient rapidement se couvrir de tartre. Il parait que le même lait se produit dans d'autres localités sous l'influence des mêmes causes.
l) Thèse de doctorat , Pu ris, 18.)7.
Enfin les eaux potables peuvent accidentellement contenir des principes toxiques étrangers à leur composition. Le plus dangereux de ces poisons minéraux et celui qu'on y rencontre le plus fréquemment est le plomb. Nous avons déjà parlé des accidents qu'il cause, à propos des tuyaux de conduite. Nous avons dit que les eaux qui s'en chargent le plus facilement sont les plus pures, comme l'eau de pluie, de citerne. Celle qu'on obtient * par la distillation de l'eau de mer à bord des navires est plus dangereuse encore, ainsi que nous le montrerons à l'article de la profession navale (1). Les eaux peuvent également se charger de plomb en traversant des filons plombifiTCs, mais le cas est beaucoup plus rare.
L'arsenic peut également communiquer aux eaux potables des propriétés nuisibles. Des empoisonnements ont été parfois signalés dans le voisinage de fabriques de papiers peints, de teintureries, d'imprimeries sur toile, par suite de Tinfiltration des eaux résiduaires chargées de composés arsenicaux dans les puits des maisons contiguës ou dans les cours d'eau du voisinage. On a cité des cas d'intoxication par des eaux contenant des sels de cuivre : mais ces faits ne sont pas aussi bien prouvés.
3° Matikrks orgamquks. — L'eau renferme deux sortes de produits de cette nature: les uns sont des détritus ou des produits excrémentitiels; les autres sont des organismes vivants. Les premiers, solubles ou insolubles, peuvent donner à l'eau une saveur et une odeur désagréables, la désaérer et l'affadir ; mais leur ingestion ne semble pas pouvoir causer d'accidents sérieux. Elles ont cependant été incriminées de tout temps et à juste titre ; mais cela lient à ce que, dans ces eaux souillées, la présence de la matière organique privée de vie est toujours liée à celle de microbes souvent pathogènes, et on se demande aujourd'hui quelle est la part qui revient à chacun de ces deux éléments dans la production des maladies. On est porté à penser qu'on a souvent attribué aux substances putréfiées qu'on trouve dans les eaux des accidents qu'il aurait été plus juste d'attribuer aux micro-organismes.
Le croupissement des eaux, leur désaération, la putréfaction des matières organiques qui y engendre des odeurs infectes, des acides gras organiques, des gaz délétères ne sont assurément pas des altérations inoffensives. De pareilles eaux sont répugnantes, nauséeuses et leur ingestion peut amener des troubles digestifs comme on l'observe souvent dans les pays chauds ; mais il y a loin de ces troubles légers aux maladies r(»doutables que produisent les (»aux contenant des microbes pathogènes quelque^ limpides qu'elles soient. C'est donc à tort qu'on se base exclusivement sur la quantité de matières organiques prises en bloc pour interdire ou pour permettre la consommation des eaux. Il ne faut pas les juger d'une manière absolue sur les réactions du permanganate do potasse. Toutefois il est certain que toute eau notablement riche en matière organique est inférieure et doit être rejetée de la consommation.
^1) Chap. VII, article I", )i «.
Si la matière organique tfissoutc ne peut pas communiquer à Feaa U propriété de produire des maladies infectieuses. l'usago habituel de rem sale en boisson dispose Téconomie à contracter celles qui ont l'intestin pour porte d'entrée ou pour théâtre. Ces eaux souillées sont un bon terrain de culture pour les bactéries [)athogènes et peuvent favoriser It pénétration des parasites en irritant la muqueuse digeslivc.
4** Organismes vivants. — Les êtres vivants que peuvent renfermer les eaux potables sont de deux sortes. On y trouve d'une part des êtres visibles à Tœil nu, des parasites de grande taille, des algues, de Tauf re des microbes inoffensifs ou pathogènes.
a), 11 faut placer dans la première classe les sangsues qu*on trouve si fréquemment dans les eaux d'Algérie et qui causent parfois des accidents chez nos soldats. L'espèce qu'on y rencontre est Yhœmopîs smiguisuga. Elle est grosse comme un fil quand on l'avale : elle se fixe au pharynx et s'y gorge. Puis viennent les œufs et les embryons d'entozoaires et d'hématozoain^s, parmi lesqu(ds on distingue d'abord les distomes : le bithurzia distoma qui cause l'hématurie endémique d'Egypte, le distoma rittgeri auquel on attribue l'hémoptysie intermittente de la Chine et du Japon; puis les filaires : \sL/îlaria mcdincnsis qui, par son développement, donne naissance au dragon neau ; la filaria savguinis hominis de Wucherer qui cause Vhématuric chylouse des pays chauds^ enfin les œufs ou les embryons des ascarides lomhn'coïdes^ de Yankylostome duodê?fal auquel on attribue l'anémie d'Egypte, celle des mines d'Anzin, et celle qu'on a observée parmi les ouvriers employés au percement du tunnel do Saint-Gothard. Il faut encore ranger dans la même classe, les œufs des tœnias et les avgHillales découvertes par Normand dans les selles des malades atteints de diarrhée de Cochinchine et qu'ils avaic^nt certainement prises dans les eaux des rivières de ce pays, car cette maladie si meurtrière a cessé d'une façon presque complète depuis qu'on a foré des puits très profonds qui fournissent (h^ l'eau de bonnes qualité.
Les infusoires paraissent inoffensifs ; ils sont scule^ment l'indice d'une forte proportion de matière organique eu dissolution et ils donnent à l'eau un aspect qui n'a rien d'engageant. Emmerich ;de Munich' pense que les infusoires sont les agents de la purification de l'eau, en détruisant lt*s bactéries qu'elles renlermeiil. Dans ses expériences, il a vu de l'eau qui contenait trois millions de bactéries par centimètre cube, en même temps que des infusoires comme le paramacitun (lurelia et le para)fiacinni candatuin, ne plus renfermer, au bout de* dix jours, qu(î 18.000 bactérit*s, tandis qu'une eau sans infusoir(»s s'élevait, dans W mèm<» laps de temps, de 750 bactéries à i21.ri00 par centimètre cube.
Les algues altèrent la pureté de l'c^au sans lui communiquer des propriétés nuisibles. A l'état vert, telles décomposent l'acide carbonique dissous dans l'eau et dégagent de l'oxygène; quand elles se putréfient, elles donnent à l'eau une odeur infecte qui empêche de la boire. D'autres,
sans être nuisibles, lui communiquent une couleur suspecte et une saveur désagréable. C'est le cas du a^énothrix polyspora dont nous avons parlé à Foccasion des amenées d'eau, et de l'altération qu'il cause dans les canaux de fonte.
b). Les micro-organismes sont autrement dangereux. On en trouve dans la plupart des eaux potables, même dans l'eau distillée lorsqu'elle a subi le contact de l'air ; mais la quantité en est extrêmement variable, ainsi que le montre le tableau suivant :
Nombre de microorganismes par centimètre cube d'ean
Vapeur d'eau atmosphérique (MiqucI, 1886) 1,4
Ei u de pluie recueillie à MonUouris (Miquel, 1886 4,3
Eau des drains de Gennevilliers ( id. ) 12,0
Eau de la Vanne à Moiitrou^e ( id. ) 120,0
Eau de la Seine à Choisy ( id ) 300,0
- à Bercy ( id. ) 1,400,0
Eau de la Sprée à l'usine de Stralau (Koch 125,000^0
Eau dégoût à Clichy (Miquel) 6,000,000,0
Eau d'égoAt à Rerlin (Koch) 38,000,000,0
On avait cru pendant longtemps qu'il y avait un rapport constant entre leur nombre et la proportion de matière organique, mais on est revenu de celte erreur. Mead(^ Bolton est parvenu à réussir plusieurs séries d'ensemencements dans l'eau distillée pure. 11 en conclut que la qualité de l'eau et la proportion des substances minérales ou organiques qu'elle renferme sont indifférentes à la multiplication des bactéries (1).
Le chiffre des bactéries ne prouVe ni la stagnation de Teau, ni son mouvement; il n'est pas non plus en rapport avec son oxygénation. Ce que le nombre des micro-organismes dans l'eau démontre le plus incontestablement, c'est le degré de filtration qu'elle a subie avant d'arriver dans le réservoir où on l'a puisée. Les eaux de source n'en contiennent pas quand elles émergent du sol ; mais elles s'en remplissent très rapidement lorsqu'elles en sont sorties. Ainsi l'eau de la Vanne, qui ne renferme que 48 bactéries par centimètre cube en arrivant à Paris, en contient i2o après dix heures de séjour dans le réservoir, 38.000 au bout de 24 heures, 125.000 au bout de 48 heures et 590.000 au bout de 72 heures (Miquel). Cette pullulation a ses limites. Après un certain temps de repos, les bactéries se détruisent et tombent au fond des réservoirs avec les matières en suspension. T. Leone a examiné les eaux de la source de Maugfall distribuées à Monaco (2). Elles arrivent en ville avec 5 microorganismes par mètre cube ; elles en renferment iO.500 au bout de
(1) BoLTON (Meade), Weber das Verhalten verschiedener Bacterienattenim Trinkwaver {Zeitschrift f. Hygiène, I, p. 76, 1886).
(2) C. LtONi, Rendiconti délia Academia det Lunei, 4 octobre 1885.
24 lieures ; le nombre va croissant jusqu'au quatrième jour, où il s'élève à 31S.000, et demeure stationnaire jusqu'au dixième, où il est encore de 300.000 ; à la fin du mois, il n*est plus que de 129.000 et au bout de six mois on n'en trouve plus que 95. On connaissait depuis longtemps la propriété qu'ont les eaux de s'épurer par le repos, lorsqu'elles sont conservées dans des réservoirs couverts et dans Tobscurité. Quand on embarquait IVau dans des barriques à bord des navires, elle était infecte dans les premiers temps et devenait potable à la fin de la campagne ; les matelots avaient coutume de dire qu'il fallait, pour que l'eau fût bonne, qu'elle eût pourri trois fois.
Le nombre des bactéries contenues dans l'eau est donc extrêmement variable et ne peut pas donner la mesure de sa qualité. Cependant, il est certain que moins il y a de microbes dans une eau potable et moins il y a de chances pour qu'il s'en rencontre de pathogènes dans le nombre, bien qu'il n'y ait pourtant pas là de certitude absolue. Une eau très pure qui aurait reçu accidentellement une très petite quantité de liquides provenant d'un cholérique ou d'un typhique, serait assurément bien plus dangereuse à boire que l'eau très habitée d'une mare située loin des habitations.
La distinction entre les microbes inoffensifs et ceux qui sont nuisibles n'est pas facile. Meadle Bolton, dont nous avons déjà cité les recherches, distingue les organismes qui vivent et se multiplient dans l'eau, comme dans leur milieu naturel de ceux qu'on n'y trouve qu'accidentellement et d'une manière passagère. Les microbes pathogènes appartiennent à cette dernière espèce ; leur multiplication dans l'eau est moins facile que celle des microbes saprophytes. On croyait même, il y a quelques années, que l'eau ordinaire constituait un milieu impropre à leur développement; MM. Ghantemesse et Widal ont prouvé le contraire. Ils ont trouvé le bacille typhique dans l'eau d'une borne fontaine alimentée par la Seine. Ils ont constaté de plus qu'il vit parfaitement dans Teau du canfal dé l'Ourcq après qu'elle a été stérilisée et qu'il y forme, au bout de trois mois, des colonies aussi vigoureuses que si on l'avait conservé dans un bouillon de culture, tandis qu'il disparaît en quelques jours dans la même eau non stérilisée (1). En Angleterre Frankland en arrive au môme résultat, en expérimentant comparativement sur l'eau de source et sur celle de la Tamise.
M. Dubarry a recherché quelle était la durée de la vie des différents microbes pathogènes dans les eaux potables, suivant qu'elles étaient stérilisées ou non, et il a obtenu les résultats suivants :
Dans les eaux stérilisées, le hacillus anthraci's, se trouve encore vivant au bout de i3i jours tandis que dans les eaux non stérilisées, il disparaît
(1) Ghantemesse et Widal, Recherches sur le bacille typhique et Vétiologie de la fièvre typhoïde [Archives de physiologie y avril 1887).
après le quatrième. Le bacille de la fièvre typhoïde résiste au-delà de 81 jours dans le premier cas et disparaît au bout de 48 heures dans le second. Le spirille du choléra asiatique est encore revivifiable au i)Outde 39 jours (1) dans Teau stérilisée et meurt au bout de 24 heures dans celle qui ne Test pas. Le bacille de la morve vit au-delà de 57 jours dans le premier cas et ne dépasse pas trois semaines dans le second (2). Si Texistence des microbes pathogènes se prolonge si longtemps dans les eaux stérilisées, c'est qu'ils n'y rencontrent pas d'antagonistes, tandis que dans les eaux naturelles, ils v sont livrés à la concurrence vitale des microbes qui habitent normalement les eaux et qui ne sont pas longtemps à les faire disparaître. Dans cette lutte pour la vie, ce sont les organismes inoffensifs qui triomphent de ceux qui ne le sont pas et qui nous en débarrassent. Sans cet antagonisme, sans cette destruction incessante des microbes pathogènes, toutes les eaux en seraient tellement peuplées qu'on ne pourrait pas les boire sans le plus grand danger. Le nombre des maladies qui proviennent de celte cause est cependant assez restreint, ainsi que nous allons le montrer.
III. Maladies causées par Tusage des eaux nuisibles. — Dans les pages qui précèdeMit, nous avons déjà parlé des affections causées par la pénurie ou par la trop grande abondance des éléments minéraux et des substances organiques qui se rencontrent dans les eaux. Nous avons également énuméré celles qui résultent de l'évolution au sein de l'organisme des entozoaires dont les œufs ou les embryons peuvent être avalés avec ces mêmes eaux ; il ne nous reste plus à parler que des maladies dont la nature microbienne est ou démontrée ou probable.
1° FiKVRK TYPHOÏDK. — Lcs prcuves de la transmission de la fièvre typhoïde par les eaux souillées de déjections typhiques sont aujourd'hui convaincantes. Les épidémies dans lesquelles on est arrivé à une certitude ne se comptent plus. A civiles d'Auxerre, décrite par M. Dionis des Carrières en 1885, de Cl(*rmont-F(Trand en 1886, de Pierrefonds, au sujet de laquelle M. Brouardel a fait une enquête en 1887, viennent se joindre tous les jours de petites épidémies locales survenant dans des lycées, dans des écoles, ou dans des séminaires. Le Comité consultatif, appelé à se prononcer sur leur compte, arrive presqu'infailliblement à se convaincre qu elles ont été causées par les eaux de l'établissement qui ont été
(1) WûLFFHiir.EL et HiEUEL avaient vu, avant M. Dubarry, le spirille du choléra résister plus de 7 mois dans l'eau de rivière stérilisée.
(2) Dans Teau stérilisée, le hncille de la tuberculose \ii encore après 115 jour^, \estreptococcus pyogenes après 15 jours, le staphylococcus pyogenes aureus après un mois; le bacille du pux bleu résiste 13 jours; le pneumo-bactérie de Friedlander une semaine ; le micrococcua tetragenus est vivaut après 19 jours ; le microbe du choléra des poules après 8 jours ; le bacille du rouget du porc résiste 34 jours, celui de la septicémie de ta souris vit au bout de trois semaines (A. Dubabry, thèse de Paris, 1889).
souillées par des infiltrations spécifiques. Il est du reste une expéril qui se poursuit depuis des années sur une population de plus de millions d*habitants et qui ne peut pas laisser de doutes. Lorsque service des eaux, à Paris, est forcé, à Tépoque de la sécheresse et chaleurs, de verser de Teau de Seine dans les conduites du service^ le niveau de la fièvre typhoïde s'élève dans les arrondissements reçoivent cotte eau souillée. En 1890, un accident survenu aux de la Vanne mit Tadministration dans la nécessité de faire boire de fi de Seine à tout Paris depuis le 3i octobre au soir jusqu'au 5 n( Prévoyant ce qui allait se produire, je suivis avec attention la de la fièvre typhoïde pendant les mois qui suivirent. Elle fM moyenne onze victimes par semaine au moment de Taccident. Ai' de 15 jours, le nombre des décès commença à s'accroitrc, il ii peu à peu jusqu'à 51 par semaine du 7 au 14 décembre, puis rel Vi vers le milieu de janvier. Le nombre des maladies suivit la marche. Dans la journée du 30 décembre, il entra 16i cas de typhoïde dans les hôpitaux, ce qui en éleva le chiffre à 443. Une gression pareille est démonstrative. Elle a la valeur d'une expérieiitt( laboratoire.
Ces faits ne sont pas en désaccord avec ceux que nous avons cités { haut. La Vanne et la Dhuys ne peuvent pas renfermer de d'Eberth, puisqu'elles sont captées à leur émergence, tandis que It en reçoit tout le long de son cours et principalement au moment oi traverse les agglomérations situées en amont de Paris. Ces bacilles pas encore eu le temps d'être tous détruits par les microbes aquat lorsque l'eau de Seine pompée à Ivry est lancée dans les conduites rti1 s'il n'en succombait pas un très grand nombre dans le trajet, ce nei pas par centaines mais par milliers que se compteraient les cas de typhoïde causés paruiu^ transmission directe.
Hàtons-nous de dire que, dans notre opinion, les eaux potablfs sont pas le seul mode de transmission de la fièvre typhoïde,
2° Choléra. — Nous ferons la même restriction au sujet du cholén^j nous y insisterons davanUig(». Le rôle de l'eau, tout en étant incoirt*] table, ne nous parait pas aussi prépondérant que pour la fièvre ty| Sa marche rapide, irrégulière, capricieuse ne se prête guère à interprétation. La façon dont il est entré en France en 1832, ne accommode pas davantage. Il est arrivé en trois bonds à Paris et y apparu dans trois quartiers à la fois. Lorsqu'il a éclaté, comme bombe, à bord de Tescadr*» française au mouillage de- Varna, les seaux, qui ont eu un quart de leur équipage sur les cadres en quekj** heures, buvaient de l'eau renfermée depuis longtemps dans leurs caisac^ C'est du reste une façon bien étroite d'envisager l'étiologie que de vook» la ramener à une unité qui n'est pas dans les faits. Le véhicule le plvi habituel du bacille virgule c'est l'eau potable, voilà tout.
On sait que c'est aux médecins anglais que revient le mérite d'avoir fait ressortir le rôle que joue l'eau dans la transmission des maladies infectieuses, alors qu'en France on ne croyait qu'à la propagation par l'atmosphère. C'est un médecin anglais qui a le premier démontré le fait pour le choléra en 1849 en montrant une épidémie circonscrite dans un quartier alimenté par une même distribution d'eau contaminée. L'histoire de la pompe de Broad-Street est connue de tout le monde.
Il en est de même de l'épidémie de Gènes en 1884, au cours de laquelle la maladie ne frappa que les personnes qui buvaient de l'eau du canal Nicoiaï alimenté par la Scrivia dans laquelle les femmes de Bussola lavaient le linge des cholériques. Dans l'enquête qu'il a faite au sujet de l'épidémie de 1884, M. Harey a montré partout le choléra se répandant de village en village ou suivant les cours d'eau dans lesquels on jetait les déjections des malades. Le même mode de propagation a été constaté dans le Finistère, au cours de l'épidémie de 1885; l'épidémie de Hambourg en a donné une preuve plus récente, ainsi que le professeur Koch l'a montré, dans un mémoire dont la Semaine inédicate a donné la traduction (1). Enfin, le fait a été admis par les 350 membres de V Association allemande d'hygiène publique réunie à Magdebourg an mois d'octobre 1894. Pettenkofer lui-même y a donné son assentiment. Les arguments de son école ne prouvent du reste qu'une chose, c'est que le choléra peut se transmettre par une autre voie que par les eaux ; mais les médecins français qui ont le plus insisté pour prouver ce mode de propagation ne prétendent pas qu'il soit unique. La preuve, c'est qu'ils sont les promoteurs des mesures prises aux frontières en temps d'épidémie, contre les voyageurs, contre leurs bagages, contre le linge sale, les chiffons, les drilles, voire même les fruits et les légumes. Ils sont également les premiers à réclamer l'assainissement des villes, la disparition des cloaques d'où se dégagent les miasmes, précautions qui seraient inutiles, s'il suffisait de boire de bonne eau pour se mettre à l'abri des maladies infectieuses.
3® Fièvre paludéenne. — Le paludisme est le type des maladies dont on respire les germes. 11 n'est pas de vérité mieux démontrée. Il ne s'agit donc pas de savoir si l'atmosphère est la voie habituelle de propagation de cette endémie ; mais tout simplement de rechercher si l'eau peut exceptionnellement lui servir de véhicule. Le fait parait protmble, puisque le microbe de Laveran peut vivre dans l'eau. Quelques faits comme celui de l'Argo raconté par Boudin semblent le démontrer (2). ils suffisent pour qu'on s'abstienne de boire et d'embarquer des eaux palustres ; mais ils sont en trop petit nombre, pour atténuer le fait universellement reconnu de la transmission du principe de la fièvre par -la voie de l'air.
(1) Semaine médicale^ ii» du 21 juin 1893.
(2) BouDiXf Traité de géographie et de statistique médicale, t. I, p. 1 42.
67V TUAITÉ irilYGlÈNE PI BUyL-E KT PRIVÉE.
Un p<'ut (Ml dire autant do la fiovro jaune bien qu'on puisse aussi invoquer quelques faits en faveur de sa transmission par los eaux.
4° Diarrhée, dysenterie. — Parmi les maladies causées par les pansites, nous avons cité la diarrhée toute spi*ciale qui règne en Cochinchine et qui a pour cause une angiiillidc, découverte par le docteur Normand et qui pullule dans IVau des fleuves de ce pays. En dehors de cette affection, les eaux de mauvaise qualité, trop chargées de sels ou viciées par des matières organiques peuvent causer la diarrhée, mais simplement à titre de liquides irritants et à la façon de certains purgatifs.
Un peut en dire autant de la dysenterie. On la voit régner, dans les pays chauds, partout où les eaux sont mauvaises ; on la voit éclater également au milieu des corps expéditionnaires qui s'abreuvent aux ruisseaux et aux mares qu'ils rencontrent sur leur passage. C'est une des maladies qui font le plus de victimes au Sénégal, dans le Soudan, an Dahomey, dans les rangs de nos. soldats et parmi les explorateurs de rAfrique centrale torturés par la soif et réduits àl)oire Teau des marigots qu'ils rencontrent sur leur chemin.
5** GoÎTRE ET CRÉTiMSME. — Ce sout Ics maladies qui ont été attribuiVs les premières à la mauvaise qualité des eaux et il n*y a pas, dans la composition de celles-ci, d'élément qui nait été incriminé. Pline accusait déjà l'eau de neige fondue, Inglis, (irange, Aitken les sels magnésiens. Mac-Clellan les sels de chaux. Saint-Léger les sulfures de fer et de cui\Te, Haumené le fluor, Prévost et Chatin ont invoqué Tabsence d'iode dans les eaux des pays à goitre ; Bonjean, Vingtrinicr, Moretin, Lenoir, Morel, Lunier s'en sont pris aux matières organiques ; on incline aujourd'hui à penser qu'il pourrait bien exister dans ces eaux une» bactérie spéciale.
M»-'' Billet, alors archevêque de Chainbéry, est arrivé en 1850, à la suite d'une enquête qui a duré près de vingt ans, à cette conclusion très avancée pour l'époque, que rmdénïie goitreuse provient d'une cause miasmatique qui s'élabore dans c<'rlains sols, surtout dans les sols magnésiens riches en matières organiques en train de se putréfier et que ces miasmes empruntés au sol communiquent aux eaux leurs propriétés toxiques. On exprimerait aujourd'hui la même pensée en disant que le goitre et le crétinisme sont causés par un microbe préexistant dans le sol qui le transmet aux eaux : mais ce microbe personne ne Ta vu, ce n'est qu'une hypothèse, et la cause de ces deux maladies est encore un mystère.
î:^ II. — CLASSIFICATION DKS EAUX POTABLES
Klles forment deux groupes nettement tranchés au point de vue de leurs propriétés hygi<'*niques. Les eaux courant(»s et les eaux stagnantes.
ALIMENTATION. 6l6
Nous ne parlerons pas ici de l'eau distillée, parce qu'elle n'est en usage qu'à bord des navires et sur un très petit nombre de points du globe absolument dépourvus d'eau. Il en sera question à l'occasion de la profession navale.
I. Eaux courantes. — Elles comprennent les espèces suivantes :
1® Eaux de source. — Ce sont les eaux potables par excellence, ainsi que nous l'avons dit en parlant du captage et des amenées d'eau. A leur point d'émergence, elles sont exemptes de microbes, limpides, fraîches, agréables à boire. Rien n'est séduisant comme l'eau transparente des petites fontaines qu'on trouve dans les bois, sous le creux des rochers et à l'abri des grands arbres.
Leur richesse en sels minéraux varie suivant la nature des couches géologiques qu'elles ont traversées avant d'émerger à la surface du sol. Celles qui ont filtré à travers des terrains granitiques sont d'une pureté excessive ; c'est à peine si Ton y trouve des traces de silicate, de chlorure, de sulfate de potasse et de soude ; les sels de chaux y font défaut. Ceuxci abondent, au contraire, dans les eaux qui ont traversé des couches calcaires, et les carbonates y prédominent, avec des quantités minimes de chlorure de sodium et de sulfate. Ce sont encore là des eaux excellentes, quand elles se maintiennent dans les limites de minéralisation que nous avons indiquées plus haut.
Les eaux de source qui sourdent dans les pays de plaine, et qui sont alimentées par des pluies ayant séjourné dans les prairies, sont plus riches en matières organiques ; mais celles-ci se détruisent et se transforment en azotates sous l'influence des ferments nitriques que renferme toujours le sol arable. Les eaux se chargent en mém^ temps de sulfates, de phosphates, de silice et parfois de sels d'alumine et de fer. Ces eaux peuvent encore être potables ; mais elles sont pourtant de qualité inférieure aux précédentes.
Enfin, lorsque les eaux pluviales ont traversé des couches altérables ou solubles, des bancs de gypse, elles se chargent de sels de chaux, de magnésie, de fer, et parfois de chlorure de sodium, en quantité telle qu'on ne peut plus les boire. D'autres, en passant à travers des terrains tourbeux ou anthraciteux, entraînent des matières organiques qui, en réagissant sur les sulfates du sol, les transforment en sulfures et donnent à l'eau une odeur hépatique qui la rend impotablé.
Il résulte de tout ce qui précède que les eaux de source ne sont pas toutes de bonne qualité et qu'on ne peut pas leur accorder une supériorité absolue sur les eaux de rivière, bien que ce soit la règle générale. Elles ont toujours, sur ces dernières, l'avantage de ne pas contenir de microbes et d'être fraîches en sortant du sol.
i*»EAUX DE FLEUVES, DE RIVIÈRES. — ElIcs u'oul ni la même constance, ni les mêmes qualités que les précédentes. Leur composition varie
676 THAITÈ D'HYCIÈNE PUBLIQUE ET PKlVÊË.
comme leur température et leur limpidité. Alimentées par les ruisseaux et les torrents qui s'y déversent, par les eaux sauvages qui s^y écoulent, souvent par la Tonte d(*s glaciers, elles changent de nature, suivant que Tun ou Tautre de ces éléments prédomine ; elles se chargent de tout ce qne le vent leur apporte, de ce que leur livre la végétation qui croit sur leurs bords, de ce qu'y jettent l(»s usines qu'elles font mouvoir ; enfin, en traversant les villes, elles en emportent les détritus et les déjections.
Les fleuves, qui ont surtout des glaciers pour origine, voient leur volume augmenter et leur richesse en matières salines tomber au minimum à Tépoque de la fonte des neiges. A ce moment, les eaux du Rhdne arrivent à ne plus renfermer que !()«"«*» de sels par litre, tandis qu'en hiver elles contiennent 18*^'"*'»-' de résidu fixe.
Les rivières alimentées par de petits cours d'eau sont plus ou moins riches en sels minéraux, suivant que la saison est plus ou moins sèche. Ainsi Teau de la Marne présente, à certains moments, 0^,511 de résidu fixe et 0*^%301 de carbonate de chaux par litre, tandis que dans d'autres elles ne contient plus que 0»''%180 de résidu fixe et Of%105 de carbonate de chaux. Il s'établit pourtant, pour les grands fleuves, une moyenne annuelle qu'il y a intérêt à connaître. M. A. Gautier en a dressé le tableau (1) pour les principaux fleuves d'Europe, d'après les analyses de Sainte-Glaire Deville, et la moyenne qui en résulte est de 0^,1801 de résidu fixe, tandis que les eaux d'Arcueil, qui sont à l'extrême limite des eaux potables, en renferment 0'f%5436. Dans ces analyses, le carbonate de chaux représente toujours environ la moitié du résidu fixe ; le chlorure de sodium, les sels de magnésie, les sulfates alcalins ou alcalinoterreux, la silice s'y rencontrent constamment, mais en très petite quantité.
Les grands cours dVau sujets à d«»s débordements et qui couvrent les campagnes voisines (entraînent, en rentrant dans leur lit, des quantités considérables de terre végétale, de débris de toute sorte. Les matières en suspension sont tellement ténues qu'elles sont très lentes à se déposer. Des expériences faites à Bordeaux sur l(»s eaux de la Gironde ont montré que lorsqu'on les laisse reposer en grandes masses, elles ne sont pas encore devenues limpides au bout de huit jours. Ce limon est un grand obstacle à la dépuration artificielle des eaux, il obstrue les pores des galeries et des bassins et s'oppose à la filtration.
Les matières étrangères que les fleuves entraînent, dans leur cours à travers les cainpagn(»s, sont loin d'ètn» aussi dangereuses que celles qu'ils prennent dans les villes. Nous en avons donné la preuve en décrivant l'état d'infection dans lequel se trouve la St»ine en sortant de Paris.
La température des fleuves et des rivières suit celle de Tatmosphère. Les grands cours d'eau comme le Uliônc» et le Rhin sont plus chauds que
(1) Encf/dojiédie fr/iij;jiènt', t. Il, p. 381.
AUMENTÀTION. 677
Tair de 1 à 5 degrés pendant les grands froids, de 0<^,7 à 3^ pendant les chaleurs de Tété. La congélation de la surface pendant Tbiver augmente la proportion des substances minérales, et la souillure des fleuves est plus grande pendant Tété parce que le volume d'eau est moindre pour une quantité à peu près constante de détritus, et que la décomposition de ceux-ci est plus active, dans des eaux presque dormantes, sous rinfluence d'une température élevée.
Les eaux des canaux alimentés par les rivières, ou par des dérivations artificielles, ont le cours encore plus lent; elles sont chargées des mêmes impuretés et presque touteâ impropres aux usages alimentaires. Celle du canal d'Harzebrouk (Alsace) renferme 0»%685 de résidu fixe dans lequel les carbonates de chaux et de magnésie entrent pour 0^,16 seulement. Celles du canal de Bercy donnent 0s'',4034 de résidu fixe, dont 0^,193 de carbonate de chaux. Toutes renferment des quantités notables de matières organiques. Dans le canal Saint-Martin à Paris, les boues et les dépots contiennent de 8 à 38 p. 100 de matières organiques. De telles eaux doivent être considérées comme impotables. 11 en est de môme, et à plus forte raison, des eaux de fossés, de rus et drains. Ces dernières, toutefois, peuvent être utilisées lorsqu'elles proviennent d'une nappe souterraine qui n'est pas suspecte, comme celles qu'on recueille de cette façon à Bruxelles, à Amsterdam, à Wiesbaden ; mais on ne peut pas, malgré leurs bonnes qualités apparentes, considérer comme potables celles qui proviennent des terrains d'épandage.
3*^ Eaux de pluie. — Elles peuvent être recueillies directement et consommées au moment de- leur chute ; mais le plus souvent, elles sont reçues et conservées dans des citernes. C'est la seule source d'approvisionnement en eaux potables dont on dispose dans certains pays. Venise n'en avait pas d'autre avant qu'on y amenât les eaux de la Brenta, et nombre de grandes villes sont encore dans ce cas. Dans le nord de l'Afrique, les citernes sont le principal moyen d'alimentation qu'on possède. On connait les anciennes citernes do Carthage et les magnifiques travaux du même genre que les Anglais ont faits à Aden, pour recueillir les eaux de pluie si rares dans ce pays. Les plus belles citernes qui existent sont celles de Constantinople. L'une d'elles est couverte d'une voûte soutenue par 424 colonnes et peut contenir 1.288.000 mètres cubes d'eau.
Ces eaux ne sont pas aussi pures qu'on pourrait le croire. En tombant, elles lavent l'atmosphère, elles entraînent les gaz, les poussières, les moisissures et les microbes que contient celle-ci. Elles lui empruntent de très petites quantités d'azotate et de carbonate d'ammoniaque, de sel marin, de sulfate sodique, et des traces d'acide azotiqe libre après les orages.
Parmi les corps étrangers qu'enlraiiiont les pluies, on trouve des composés organiques non vivants (grains d'amidon ou de pollen, plumes
»■•»> THAITE IJ HYtjlENE PUBLK^l'E ET PRIVEE.
d'ois^raux. Iiracfi^f*s v»*g*'ial^'S. d«*bris de diatomées et de confervoîda^}, d**s êtres vivant? dont le> uns sont acnMcx comme les moisissures, les %fhizophit(*s qu'accompagnent des vi'*frt'*iaux complets {cnnidies. dîatornêcs, aff/ues rcrf*x}, et dont les autrfS sont anaèrohies, l>n y trouve dfs s^j reines, des d/fjloro**rus, des htvtrricx, d»*s h»ieffles. des rihrwns. etc. Knfin. quand on rf*eu»Mlle l'eau qui tombe sur les toils. c^lle entraine avf-c elle toutes |i'> impureti'S qui s'y rencontrent i»t parfois des germes infectieux provenant des liquides que les liahitants des mansardes déverM'Ut trop souv^-nt dans 1rs pnuttiiT«»s. tin cite des épidémies de fit-vre typhoïde qui sont m'-es de cHti* favon. C'est pour cela qu'il est de n*j:le df laisser perdre l'rau qui tomln:" pendant les premi«'res minutes.
I^ matii'*n' orfranique et l«*s rtres vivants dont les pluies se sont charg**es s** dévrioppenl. pullulent et meurent dans les citernes; ils en altf-rent l'eau. lui donnent une odmir et une saveur désagréables et lui communiqu'*nt souvent des proprit-ti-s tn'*s nuisibles.
L'r-au des citi'rn<'s n'«*st donc pas à Taiïri de tout reproche : cependant. lr>rsf^u*^*lles sont Ijien construites, profondément enfouies dans le sol et toujours couverti's.-j'eau s'y conserv«* et peut à la longue devenir de très bonnr- qualité, parce qur ces micro-organismes meurent dans la fraîcheur l'I rof)<icurité et qu'ils tombent au fond avec les corps étrangers et les matières organiques privées de vi<*. (Vest ce qui arrivait autrefois à bord d<*s navires, lorscju'on emliarquait l'eau dans les barriques.
V' Kaix dk NKhiKs, i>K (iLA<:iKRs. i)K LA<:s. — Toutcs CCS eaux ont une origine commune. Klles proviennent de la fonte des glaces qui recouvrent 1rs sommets des montagn«'s, des neiges et des pluies qui y tomlH'nt. ainsi que de la condi-nsation des vaprurs nocturnes.
Os raux ont pour caractère grnéral leur rxtrènie pureté; elles sont trrs peu aér«'*es. trrs pauvres en srls. en niati«'Tes organiques, et ne ren- IVruK'nl qu'un tn'*s petit nombre de bactéries. Scbmleck. en étudiant les «•aux d'un glacier iinni(*ns<' de Norvège, le Josfednîshrt'f, a trouvé : à 1.800 mètres d'altitiidi'. i microbes par centimètre cube. \) à 15 dans un ruisseau qui en découlait, et à cin(j kiltiniètres plus bas. 170 à "iOO pour la même quantité (feau. Le plus abondant de ces microbes est le fntriUn-^ /forcscr/'S /irjHi'ff/cf'cnfi (1).
\'A\ même temps (jue leséires organisés augnumtent dans les eaux qui fleseeudent des lieux élevés, on voit s'accroilre aussi la proportion des sul)sJaners salines, (irange, en analysant l'eau de fusion du glacier du (jle/zin recueillie à ^.250 inèlres d'altitude, n'a trouvé que (>*^M)Î!M)1 de résidu fixe par litre, tandis que celle même eau, prise à 672 mètres de hauteur, après un Irajet d'envnon 2.*i kilomètres, en renfermait 0»''^0753. Lorsque les <'aux ont coulé sur les terrains talqueux. elles contiennent de [lelites quantilé's de chlorure sotlique et magnésien, des sulfates
(I) i,'i}mfifr<-}fndu< tir l'Aaniémit' fh'< .f /V/i'Vv^ i XXVII, p. .*io8.
alcalins et alcalino-terreux représentant 25 à 30 p. 100 de la totalité du résidu sec, tandis que les carbonates terreux y entrent pour 36 à 47 centièmes.
Les torrents qui partent des glaciers sont loin d'avoir la même pureté que les petits ruisseaux qui coulent à leur surface. Les glaciers fondent en effet par leur base; celle-ci est réchauffée par la chaleur terrestre, par les pressions, les frottements que provoque Timmense poids de cette masse oscillant sur sa base liquide et broyant les rochers qui la supportent. Les débris pulvérisés résultant de cet incessant travail se mêlent à l'eau de fusion et forment les eaux bourbeuses qu'on voit s'échapper en torrents de la base des glaciers et qui, tombant dans les fleuves, en troublent la limpidité. C'est ainsi que les eaux du Rhône tranchent par leur couleur jaune et leur aspect trouble sur la transparence bleuâtre des eaux du lac Léman, et en sortant de celui-ci, le Rhône, devenu limpide à son tour, est troublé par l'arrivée des eaux bourbeuses de TAvre.
Les lacs sont de grands réservoirs où les eaux précédentes viennent s'amasser et s'épurer par une décantation naturelle. Les matières terreuses et insolubles se déposent dans leurs profondeurs, les matières organiques sont absorbées par les êtres vivants qui les peuplent et elles deviennent le plus souvent des eaux potables, limpides, incolores, vives et agréables à boire ; on ne saurait leur- reprocher que d'être un peu trop pauvres en sels (1). Leur couleur donne la mesure de leur pureté. Tant qu'elles conservent leur couleur d'un beau bleu, comme celles du lac de Genève, du lac d'Annecy, elles sont de bonne qualité ; lorsqu'elles passent du bleu au vert ou au vcrt-jaunàtre, c'est qu'elles se sont chargées de matières végétales, ou qu'elles contiennent des infusoires.
Il faut pourtant faire une réserve au point de vue des micro-organismes. Ces grandes masses d'eau exposées à l'air, balayées par les vents, recevant les torrents et les ruisseaux, parfois souillées par les déjections des villes, ne peuvent pas avoir l'innocuité idéale des eaux de source, captées à leur origine et par conséquent exemptes de microbes. C'est l'objection que les hygiénistes ont faite, lorsqu'il a été question d'emprunter aux lacs de Genève ou de Neufchâlel l'eau d'approvisionnement de la ville de Paris.
IL Eaux stagnantes. — Leur renouvellement très limité, leur état de repos constant et le manque d'aération qui en résultent sont le caracti*re commun des eaux stagnante^, qui ne constituent jamais qu'une boisson médiocre. On en distingue deux espèces : les eaux de puits, qu'on peut boiro faute de mieux, les eaux de marais et d'étangs, dont il faut toujours s'abstenir à moins de nécessité absolue.
(l) A. (ÎAITIER \li}c. cit.), p. 39o.
680 TRAITÉ D'HYGlÊNË PUBLIQUE ET PRIVÉE.
l"" Eaux ur puits. — l-n très grand nombre de villes n'ont pu (l*autre l)oisson ; le nombre en diminue tous les jours, depuis qu'on est fix<^ sur les conditions que doivent remplir les oaux potables. En Afrique, les puits constituent le seul moyen de se procurer de Teto, et chacun sait Timportance qu'ils acquièrent dans les déserts sablonneux, arides et dévorés par le soleil. Nous avons signalé, dans un autre chapitre, les services que le forage des puits artésiens a rendus à l'Algérie.
Puits superficiels. — Dans les villes, ce qui rend les eaux de puiti dangereuses, cVst qu'ils reçoivent le plus souvent les infiltrations provenant des égouts et des fosses d'aisance creusées dans le voisinage. A la campagne, les puits sont creusés dans les cours des fermes, près des fumiers, sur lesquels on jett(» toutes les déjections, et reçoivent directement tout ce qui s'en écoule. Nombre d'épidémies de fièvres typhoïdes ont été produites par l'usage alimentaire d'eaux ainsi contaminées. Le croupissement qui s'opèn» dans les puits favorise la pullulation des microbes. C'est un vrai milieu de culture pour ec^ orgar nismcs.
L'eau des puits est très chargée de sels qu'elle emprunte au sol et aux matériaux calcaires qui en forment le revêtement intérieur. Ce sont principalement des carbonates de chaux et de magnésie, des chlorures, des sulfates alcalins et terreux, des sels d'alumine, des sels ammoniacaux et des azotates. Tant que ces sels réunis ne dépassent pas 4 à 5 décigrammes par litre, on peut considérer Teau comme potable, si toutefois elle ne renferme pas un excès de matières organiques. Au-dessos de 6 décigrammes, elle sont mauvaises à boire et ne peuvent plus senir au savonnage ni à la cuisson des légumes.
Les matières organiques doivent rendre les eaux suspectes, mé^me alors qu'elles n'en renferment qu'un ou deux décigrammes par litre, parce que la prés(?nce de ces matières coïncide presque toujours avec celle des microbes. L'eau d<'s puits de Paris fournit en moyenne i^^^SOS de résidu fixe par litns el les matières organiques y figurent pour O^^OTl. Elle est riche en azotate de chaux, et c'est pour cela qu'elle est recherchée par les boulangers ; mais il faut la i'ej(»ter comme eau de boisson.
Il ne faut pourtant pas eonrlamner l'eau de puits d'une manière absolue. Ils peuvent fournir de honneeau potable quand ils sont creusés, à la campag[)e. loin des habitations, dans des terrains caillouteux et sablonneux, et même dans les villes, quand ils sont creusés à une profondeur suffisante, qu'ils plonf^ent dans une nappe puissante ou dans un cours d'<'au soul(Train, lorsqu'ils se remplissent rapidement, après avoir été épuisés. Plus on prend d'eau à un puits, moins elle contient de micro-organismes. L'eau du Uliin contient 40.680 bactéries par centimètre cube, tandis que les puits creusés près des fleuves n'<Mi contiennent plus que 62, d'après les analyses dt* Mœrs. Toutefois, l'eau des puits doit
ALIMENTATION. 68i
être, dans la pratique, considérée comme suspecte, et il faut la rejeter pour peu qu'elle présente de Todeur.
Puits artésiens (1). — Les eaux des puits artésiens sont, à proprement parler, des eaux de source auxquelles on a donné issue par un forage artificiel, mais ce sont rarement des eaux potables. Leur température et leur minéralisation les rapprochent plutôt des eaux thermales. Elles ont comme elles pour origine les grandes nappes d'eau et les rivières souter-* raines qui courent à travers les couches géologiques profondes. L'eau du puits de Grenelle peut servir de type. Il a été foré, il y a un demi-siècle. Il jaillit d'une nappe d'eau placée dans les grès verts à 548 mètres de profondeur. La température de Teau est de 28 degrés; elle renferme par litre 0^,132 de résidu fixe, dans lequel le carbonate de chaux entre pour 40,8 p. 100; elle ne contient que des traces de matière organique. C'est une eau qu'on peut boire après l'avoir laissée refroidir. Celle du puits foré dans la gare de Saint-Ouen est également potable ; il n'en est pas de même de Teau du puits artésien de la citadelle de Calais, qui renferme 2^,51 de résidu fixe par litre, nt de celle du puits artésien de Rochefort, dont les eaux ocreuses et chaudes n'ont pu servir à l'approvisionnement de l'hôpital auquel elles étaient destinées. On les a utilisées comme eaux minérales pour le traitement externe des rhumatismes et des affections articulaires.
Les puits artésiens forés dans le sud de la province de Constantine sont alimentés par l'infiltration des eaux pluviales à travers les couches chloro-sulfatées des plateaux environnants. Ces eaux artésiennes contiennent de 3 à 12 grammes de sel par litre. Ce résidu se compose de sulfate de chaux, de chlorure de sodium, de sels magnésiens et de nitrates, parmi lesquels l'azotate de soude figure pour un cinquième du poids du résidu total. Ces eaux peuvent être bues pendant quelque temps, quand on n'en a pas d'autre; mais elles sont de qualité très inférieure.
2^ Eaux d'ktani.s, de marais. — Ce sont les plus insalubres des eaux potables, si tant est qu'on puisse leur donner ce nom. Il faut être dans l'impossibilité de s'en procurer de meilleures pour les faire servir à la boisson. C'est malheureusement le cas d'un grand nombre de localités. En Sologne, dans le pays de Caux, la Bresse, la Camargue, on n'en a pas d'autre à sa disposition. Les étangs creusés par Louis XIV servent encore à l'alimentation de Versailles. Au Sénégal, on se désaltère à l'eau des marigots^ au Bengale, on consomme celle des mares qu'on y trouve à chaque pas. II en est de même dans un grand nombre de pays situés sous la zone torride. Dans ces eaux croupissantes , les micro-organismes et les infusoires pullulent, se développent et meurent sous l'action d'un
(1) Si nous rangeons les eaux des puits artésiens dans cette catégorie, c*est à cause de la dénomination commune et parce (|u'ils proviennent de forages comme les puits super* Ociels, mais leurs eaux, d'une qualité toute spéciale, sont loin d étro stagnantes.
682 TRAITÉ DllYGiÈNE PUBLIQUE ET PRIVEE.
soleil de feu ; la matière organique qui on provient se putréfie, décompose les sulfates et donne aux eaux une odeur hépatique. Les sek n'abondent pas, en général, dans les eaux palustres. M. Haumené n'i trouvé dans les marais de Saint-Brice, près de Reims, que 0**',18derésidi fixe par litre, et 0^,170 de carbonate calcaire. L'air dissous et Voxxfm lui-même ne diminuent pas de quantité dans Teau des marécages.
L*eau des marais et des étangs est encore plus influencée par la ieoipérature extérieure que celle des lacs et des rivières, parce qu'elle est moins profonde et plus immobile encore.
De pareilles eaux, nous le répétons, ne peuvent servir à la boisson que dans des cas de nécessité absolue. Il est de rigueur, alors, de les faire bouillir avant de les boire. En Chine et en Cochinchine, les indigènes se préservent des maladies que l'usage des eaux insalubres peut causer, ea ne buvant que des infusions de thé, qui exigent Tébullition préalable.
III. Eaux minérales. — l/usage des eaux minérales, dites de table, s'est tellement répandu, mémo parmi les personnes bien portantes, qoe l'hygiène ne peut pas les passer sous silence. En effet, à côté des eaux tn*s minéralisées, dont la thérapeutique se réserve l'emploi, et dont on ne pourrait, sans inconvénient, faire un usage habituel, il y a toute une classe d'eaux très peu riches en principes actifs et qu*on peut impunément substituer aux repas à l'eau potable ordinaire. La consommation de ces eaux a décuplé depuis que les découvertes en bactériologie ont montré le danger des eaux suspectes. La plupart des eattœ de tabfc sont des eaux acidulées valcnircs. Les plus répandues, en France, émergent du plateau central de TAuvergne. O sont les sources de Saint-Galmier, Chàbetoul. Morny-Châleauneuf , Condillac, Saint-Pardoux ; les sources de Vernet, dans TArdèche; en Westphalie, erlle de Pyrmont; Seltz en Nassau; Apollinaire en Angleterre. On pourrait elass(»r à coté d'elles, les eaux de table ferruf/ûieuses de Spa (Belgique), Bussang (Vosges), Orezza (Corse), et quelques <»aux faiblcmcvt alcafincs, comme celles de (Ihàleldon (Auvergne), de Soultzmatl (Alsace) ; 1 ). Ces dernières, toutefois, se rapprochent plus des (»aux minérales usitées en thérapeutique, que des eaux acidulés calcaires dont nous avons parlé pn^ctnlemmcnt, et dont les sources ne sont guère fréquentées par les malades, tandis qu'on va couramment faire des cures à Spa, à Bussang, à Cihàteldon.
Les eaux de table sont limpides, Iralches, agréables, et plaisent au goût par l'acide carbonique qu'elles renferment. Elles ne sont pas trop chargées de sels. Ainsi, l'eau de Saint-lialmier, la plus répandue de toutes, n'en contient que l»^',89o par litn». avec 2-%082 d'acide carbonique libre et O'',024 de matière organique seulement . Les eaux naturelles se recommandent égalem(»nt par leur pureté. C/est même là ce qui les fait
<1 A. CiAlTiER, Eau.r fiotaffl'js Enqidoimlic d'hyf/irne, t. II, i». 403K
rechercher. Toutefois, on a reconnu récemment qu'elles n'étaient pas toujours exemptes de micro-organismes. M. Moissan a signalé le fait à l'Académie de médecine en 1894 ; il a été confirmé par M. Riche et par M. Albert Robin (i). Les microbes n'existent pas dans les eaux minérales au moment où elles sortent du griffon de la source ; ils s'y déposent pendant l'embouteillage. Ils sont le plus souvent inoffensifs ; on y a pourtant trouvé le bacterium coït. Quoi qu'il en soit elles n'en méritent pas moins la confiance et sont très utiles partout où l'on manque d'eaux potables de bonne qualité. A Tépoque où la diarrhée spéciale à la Gochinchine faisait dans ce pays un nombre considérable de victimes, parmi les Européens, certains d'entr'eux s'en sont préservés pendant de longues années, en ne buvant que de l'eau de Saint-Gaimier. Toutefois, lorsqu'on n'y est pas contraint par des nécessités de cet ordre, quand on a de bonne eau potable à sa disposition, il est préférable d'y recourir que de faire un usage continu d'eaux trop riches en acide carbonique et en sels calcaires pour être complètement inoffensives. Enfin, les plus répandues d'entr'elles sont souvent falsifiées. A l'époque des chaleurs, lorsque la consommation augmente dans des proportions considérables, on en fabrique avec les eaux de la ville, et, si dans le moment elles sont souillées, comme cela arrive parfois encore, les eaux fabriquées sont aussi dangereuses que l'eau de la distribution.
On peut en dire autant des eaux gazeuses vendues comme artificielles, et notamment de celles qu'on trouve sur toutes les tables enfermées sous pression dans des syphons de verre et qui portent à tort le nom d'eaux de seltz artificielles. C'est de l'eau ordinaire qu'on a chargée d'acide carbonique, sous une pression de 2 à 4 atmosphères. Ces boissons n'offrent pas plus de sécurité que l'eau potable qui a servi à les faire. De plus, l'acide carbonique qu'elles renferment n'y est tenu que mécaniquement en dissolution ; il se dégage immédiatement en arrivant dans l'estomac qu'il excite outre mesure par sa tension. Enfin, ces eaux contiennent parfois des traces de plomb dissous ou en suspension à l'étal d'hydrocarbonato, ainsi que Ta prouvé M. A. Gautier (i). Ce métal provient des appareils en cuivre souvent étamés à Tétain plombifère, dans lesquels on charge l'eau d'acide carbonique.
rv. Eau de glace naturelle ou artificielle. — L'usage des boissons glacées ou tout du moins rafraîchies se répand de plus en plus. C'est un confortable que toutes les villes de quelqu'importance se donnent pendant l'été. 11 est devenu tellement nécessaire aux Etats-Unis qu'il s'est formé récemment, à New- York, une société de bienfaisance pour donner gratuitement de la glace de bonne qualité aux personnes trop pauvres pour pouvoir s'en procurer elles-mêmes.
(1) Séances du 13 murs et du 27 mars 1894.
<2) A, Gautier, Le ruirre et le plomh dam i* alimentation et l'industrie, l'ari». 1881.
Les boissons glacées ne sont cependant pas sans inconvénient Je ne parle pas des dangers qu'elles font courir aux imprudents qui s'n abreuvent lorsqu'ils ont le corps en sueur et restomac vide ; ils sont connus de tout le monde, et nous en avons parlé plus haut, mais ki effets nuisibles de leur usage quotidien est moins connu. Il est incoDles> tablement hygiénique de boire frais pendant les chaleurs. Dans Tété, Teau qui a pris la température des appartements est tiède, et ne désaltéfe pas ; on en boit des quantités considérables sans parvenir à étancher sa soif et on subit les conséquences de Tabus des boissons aqueuses : les transpirations profuses et la dyspepsie. Le suc gastrique trop dilué, n'agit plus sur les aliments avec l'énergie suffisante ; les digestions deviennent paresseuses ; il survient parfois des vomissements, de h diarrhée. Ces troubles s'observent surtout chez les soldats qui n'ont à leur disposition que l'eau tiède des chambrées et qui s*en donnent des indigestions ; mais Teau trop froide fatigue et paralyse Testomac ; Jaworski et Gluzinski l'ont prouvé ; la transformation des aliments s'arrête complètement lorsqu'on les ramène à 0^. Les carafes frappées qu'on trouve dans tous les cafés et dont l'eau est voisine de 0^ au moment où on la boit sont doue nuisibles. La glace à rafraîchir dont on met un morceau dans son verre, a l'inconvénient d'abaisser la température d'une manière très inégale et très variable. Le meilleur moyen de boire fnb c'est de refroidir avant le repas, les carafes et les bouteilles en les plongeant dans un baquet rempli d*eau ramené, à Taide de quelques mo^ ceaux de glace, à la température de 10 à 12 degrés.
Cette façon de procéder a l'avantage de ne pas exposer les convives à consommer les impuretés que la glace contient et cette considération a son importance. On croyait autrefois que l'eau se purifiait complètement en se congelant ; mais on a reconnu le contraire. Elle ne se débarrasse qu'en partie de ses éléments organiques et inorganiques. M. Riche, dans un rapport lu au Conseil d'hygiène et de salubrité de la Stûne en 1889, l'a prouvé d'une manière surabondante. Deux blocs de glace de plusieurs kilogrammes pris sur l'étang de la Briche et d'une transparence parfaite lui ont donné à l'analyse O»''' 271 de résidu comprenant 0'?''124 de sels et O^'^ili de matière organique. Les analyses ont fourni les mêmes résultats en Amérique. De plus, la glace recèle des bactéries ordinaires et des microbes pathogènes. Le bacille de la fièvre typhoïde notamment résiste au froid d'une manière remarquable et on le trouve encore vivant après six mois de congélation comme l'ont reconnu MM. Chantemesse et Widal. M. Pasteur avait depuis longtemps constaté que les microbes, qu'ils soient inoffensifs ou pathogènes, résistent presque tous aux basses températures. Enfin, en 1882, une épidémie de fièvre typhoïde survenue à Kn^sham, à la suite de l'absorption de glaces faites avec l'eau d'un puits infrcté, a confirmé ce qu'avaient enseigné les expériences de laboratoire.
ALIMENTATION. m
En 1893, la question est revenue devant le Conseil d'hygiène de la Seine, à propos de la glace recueillie sur le lac Daumesnil ; M. Riche a été de nouveau chargé du rapport dont il a donné lecture le 5 avril et le Cionseil a adopté des conclusions interdisant la vente pour les usages alimentaires de toute glace qui ne serait pas fabriquée avec Teau des sources d'alimentation de Paris et qui donnerait par la fusion de Feau non potable.