‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 2)Chapitre 17 sur 114 · DE L’HÉRÉDITÉ · texte numérisé non relu

DE L’HÉRÉDITÉ

tozoïde et de l’ovule. Le premier n’est point un axe cérébro-spinal,

pi le second un système digestif ; ils renferment en eux les éléments nécessaires au développement ultérieur de ces deux bases essentielles de l’animalité, lesquelles, bientôt liées par le système vasculaire, se complètent l’une par l’autre et s’influencent réciproquement de manière à amener le développement ultérieur du tout : chacun des deux agents de la fécondation, ovule et spermatozoïde, apporte en lui une matière déjà organisée et vivante; c’est ce qui explique comment ils influent également sur le produit commun. Il y a plus: chacun des deux éléments de la combinaison humaine représente bien l'être qui l’a fourni et le rôle que cet être, homme ou femme, remplit dans l'œuvre de la procréation. Le mâle, plus ardent que la femelle dans toutes les espèces, produit le spermatozoïde et celui-ci à son maximum d'activité au moment de la copulation. La femelle nous présente des ovaires toujours cachés profondément, fournit un ovule qui reçoit le zoosperme comme la femelle reçoit le mâle ; « les spermatozoïdes sont l'élément générateur mâle; probablement ils nous représentent l’une des formes sous lesquelles s'offre la matière germinative; arrivés dans l’œuf ou à sa surface, ils se fondent, se dissolvent, se mêlent avec l'élément générateur femelle, et de cette dissolution, de cette fusion intime, résulte une combinaison organique nouvelle, constituant le germe qui se développera en individu nouveau (1). » On voit que l’idée moderne n’est pas sans analogie avec la doctrine hippocratique ; ce que celle-ci attribue au sperme seul, celle-là l’attribue au zoosperme et à l’ovule, La liqueur séminale résume, aux yeux d’Hippocrate, toutes les parties du corps; pour l’observateur d'aujourd'hui, l’ovule et le spermatozoide possèdent en eux les éléments nécessaires au développement ultérieur de tout le corps. Dans l’une et dans l’autre doctrine, l’hérédité nous apparaît comme une condition primordiale de la matière organisée que séparent les agents de la fécondation et qui reproduit, au terme de ses transformations, le type de l'espèce.

L'hérédité a donc ses racines dans ce que la vie a de plus intime et de plus fondamental; elle existe antérieurement à la copulation,

dans l’ovule et dans le zo0sperme ; elle se détermine dans le conflit des deux sexes et se modifie par la fécondation, puisque deux genres d'éléments héréditaires se rencontrent et se foudent dans une combinaison organique nouvelle, qui reflétera le type des individus souches. Avoir noté dans cette période initiale de la repro-

. (1) Longet, Physiologie, t. I, 3° partie, p. 132,

duction les rudiments de l’hérédité, c’est avoir indiqué par quelle voie l’hygiène peut réussir à la combattre.

Tout ce que l'hygiène peut faire contre les dispositions héréditaires qui sont de nature à compromettre la santé se trouve indiqué sommairement dans ce conseil de Mercatus : Uxzorem aut virum quærere qui temperie, modo substantiæ et fere in omnibus individualibus conditionibus, dissideat longis intervallis ab uxore. Sic enim a generatione in generationem delitescet magis sigillum hœreditarium, vincens inculpatum semen, ac prœvalens supra vihosum el prave affectum. Les races animales gagnent à se propager dans les mêmes familles ; la beauté des chevaux arabes et anglais, des brebis espagnoles, etc., ne se maintient qu'à cette condition. On a observé notamment que l'espèce chevaline dégénère par le mélange prolongé de races différentes; mais il faut considérer que, pour perpétuer les races nobles d'animaux, on a soin de n’accoupler entre eux que des individus de choix ; dans les alliances entre proches, cette condition est négligée : de là l’abâtardissement des familles qui s’unissent entre elles de génération en génération. C’est donc une mesure de haute prévoyance sociale que la prohibition des mariages à certains degrés de parenté, puisque la considération du choix physique est presque toujours sacrifiée dans les unions, et tous les peuples d’une civilisation élevée ont prescrit l'inceste, à l’exemple du législateur des Hébreux. C'est surtout aux familles entachées de maladie héréditaire qu’il importe d'élargir le cercle de leurs alliances et de renouveler en partie les sources de leur reproduction ; en méconnaissant cette nécessité, elles renforcent le principe de leur détérioration et précipitent leur décadence. D’après Gama Machado, cité par Prosper Lucas (t. 1, p.204), le défaut d'harmonie de la taille des époux est une cause d’avortements. Dans l'appréciation des vices du bassin, il faut considérer non-seulement les proportions de la femme, mais encore les dimensions de la tête et des épaules de l'homme qu’elle doit épouser; l’hérédité porte en effet et sur le volume partiel et sur le volume intégral du corps; de là un surcroît de péril possible pour le travail de l’accouchement.

L'axiome contraria contrartis s'applique avec plus de sûreté à l'hygiène qu'à la thérapeutique; les mariages, au point de vue physique, devraient être combinés de manière à neutraliser, par l’opposition des constitutions, des tempéraments et des idiosyncrasies, les éléments d’hérédité morbide que l’on peut craindre dans les deux époux; il faudrait défendre l’union de deux lymphatiques, de deux sujets éminemment nerveux ; deux familles également prédisposées

DE L'HÉRÉDITÉ. ; 153 aux affections de poitrine ne devraient jamais mêler leur sang; même danger dans l’union de deux sujets frappés de débilité générale, etc. La prédisposition à des affections analogues constitue, aux yeux du médecin, une autre incompatibilité de mariage : serofule et phthisie formeront une sordide pépinière, tandis qu’une femme issue de parents tuberculeux et mariée à un homme robuste et sain peut devenir l'heureuse mère d’une génération valide qui, croisée à son tour avec un sang de bon aloi, produira une autre génération tout à fait irréprochable ; car, ainsi que nous l'avons dit, la propension aux maladies héréditaires finit par s’épuiser. Stahl, Bordeu, Buchan, Pujol, Baumes pensent aiusi; des faits prouvent la disparition spontanée d’une affection de parenté, d’autres plus nombreux attestent l'efficacité du croisement pour l'extinction des germes héréditaires. Malheureusement les médecins restent étrangers à la confection des lois, et rien n’est stipulé dans nos codes en faveur de l'amélioration physique de l’espèce humaine, si ce n’est la limitation du mariage à certains degrés de consanguinité et l'époque de la nubilité légale.

L'âge des parents exerce une grande influence sur la constitution et la santé des enfants qu'ils mettent au Jour : trop jeunes, ils impriment à leur descendance un caractère de débilité générale qui favorise l'explosion ultérieure des maux héréditaires ; il est d’observation que les premiers-nés sont souvent plus faibles, plus délicats, et des instituteurs ont constaté la supériorité intellectuelle des cadets sur les aînés. Les poulettes pondent des œufs plus petits de moitié que ceux des poules; suivant Bechstein cité par Burdach, les petits qu'une chienne met bas après sa première fécondation h’atteignent jamais une grande taille. Il semble que la puissance reproductrice ait besoin, comme toutes les autres fonctions, d’un exercice répété pour imprimer à ses résultats le cachet d’une parfaite élaboration. Les enfants procréés dans une époque avancée de la vie paraissent plus exposés au rachitisme ; ils sont dépourvus de la vivacité et de la gaieté qui sont les attributs de leur àge ; ils périssent souvent de phthisie, sans que leurs parents en soient atteints ; s'ils vivent, ils ne se développent pas avec plénitude et payent un tribut précoce aux affections hémorrhoïdaires. Une grande disproportion d'âge eutre les deux époux n’est pas moins dommageable à la qualité des produits, et de semblables mariages, légitimés par la loi, sont une véritable infraction aux bonnes conditions de la procréation humaine. Quand la cupidité conduit la jeune fille daus le lit du vieillard, la nature s'indigne, l'intérêt de l'espèce est sacrifié

aux passions de l'individu : c’est un scandale physiologique, si Pon peut ainsi dire; mais la loi civile le protége et la société n’a pour le punir que le mépris et le ridicule.

Sile médecin n’est pas intervenu à l’origine pour corriger ou prévenir la transmission des dispositions morbides, il lui reste à les combattre dans l’enfant issu de mariages formés contre les convenances hygiéniques. On conseille de donner à l’enfant une nourrice robuste, d’une constitution opposée à la sienne, et dont la santé sera sévèrement surveillée; on prolongera l'allaitement, après le sevrage; il faut adapter le régime au tempérament de l'enfant et le diriger contre l'aptitude héréditaire que l’on redoute. Le choix et la surveillance de l'habitation sont très importants; tel climat, telle localité favorise ou contrarie le développement de certaines maladies. La gymnastique employée avec discernement, peut modifier heureusement l’organisation, annuler une disposition héréditaire par le déplacement du mouvement nutritif, par la direction spéciale de linnervation. L'éducation elle-même, en éclairant l’homme et en fortifiant sa spontanéité, le rend plus apte à gouverner sa santé, à tempérer les appétits et les passions qui peuvent exagérer la vitalité de certains organes, déprimer certains autres, et donner ainsi l'essor aux germes héréditaires. Le choix de la profession contribue puissamment à l’immunité de l'avenir; elle fait à l'homme son milieu social, elle lui assigne ses conditions de vie morale et physique, elle empoisonne ou purifie l'air qu'il doit respirer, elle lui mesure le travail et le repos ; de plus, elle détermine l’activité relative de ses organes dont chacun correspond pour ainsi dire à une spécialité professionnelle : souvent elle a produit dans la ligne ascendante de parenté la maladie dont on redoute le principe héréditaire, et force sera d’y renoncer pour écarter une éventualité funeste. Quand l’hérédité dépend d’un virus, ou celui-ci se manifeste par des symptômes caractéristiques et donne besogne de guérison, ou 1l n'existe qu'une aptitude de l'organisme à répéter l'affection virulente de parenté, et la prophylaxie hygiénique se règle sur les bases précitées ; car nous nous inscrivons contre l’usage banal des médicaments amers, mercuriels, antiscorbutiques, martiaux, etc. (Portal, Pujol, etc.), à titre de préservatifs, usage plus répandu encore qu’on ne pense, et qui, avec l'emploi préservatif des cautères, des vésicatoires, des sangsues, des saignées', défraye la-routine domestique de tant de familles, de tant de médecins asservis par intérêt ou par ignorance aux préjugés du vulgaire. Notre pensée ne va point jusqu’à proscrire. absolument l'application de ces moyens, mais il convient de my.

DE L HÉRÉDITÉ.. 155 recourir que d’après des Indications positives ; c’est par les agents du régime (air, local, vêtement, nourriture, etc.), que l’on a chance de rectifier les tendances vicieuses de l’organisation, non. par les arcanes de la polypharmacie. Rappelons, en terminant, que les individus prédisposés aux maladies héréditaires doivent surtout être surveillés à l’âge où ces maladies tendent à se développer et à l’âge où leurs parents en ont subi l'atteinte ; c’est alors qu’il faut redoubler de sévérité dans les précautions hygiéniques, c’est alors qu’il y a lieu de recourir à des moyens spéciaux, s'il en est d’assez puissants pour conjurer l'invasion des affections héréditaires. L'état constitutionnel des sujets doit fixer l'attention du praticien. Il s’assurera d’abord si le péril est réel ou s’il n'existe que dans l’imagination de son client, dans la sollicitude exagérée de son entourage; il pèsera les avantages et les inconvénients des nioyens préventifs dont il prescrira l'usage. S'agit-il, par exemple, d'établir un exutoire pour prévenir un exanthème dont on se croit menacé par hérédité ou pour combattre une tendance congestionnelle vers lencéphale, il faut considérer l'effet moral que produit une médication anticipée, le dégoût d’une suppuration habituelle, les soins qu’elle exige, l'excitation douloureuse qui peut l'accompagner, etc. Avant de proposer à une personne de poitrine faible le climat d’un pays lointain, songez aux fatigues des voyages, au changement des habitudes et des impressions, aux tristesses de lexpatriation, aux conséquences d’une brusque rupture avec la société, les travaux, les projets d'ambition, à l'éloignement des affections du cœur : il y a là parfois de quoi voiler l'éclat du ciel d'Italie ; un hiver moins inclément ne compense point une si grande perturbation de l'existence. En hygiène, n’espérons pas beaucoup d’une influence isolée : la thérapeutique a quelques remèdes souverains, quelques agents héroïques ; l'hygiène ne possède pas les équivalents de lopium, du mercure, de l'éméique ; elle vaut surtout par la réunion d’un certain nombre d’influences convergeant au même but. Que peut sur une poitrine débile le soleil du Midi sans la sérénité de l'âme? L’art de préserver, c'est l’art de compenser.

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