‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 2)Chapitre 43 sur 114 · RÉSISTANCE À LA CHALEUR · texte numérisé non relu

RÉSISTANCE À LA CHALEUR

Les faits ont depuis longtemps démenti la célèbre proposition de Boerhaave : « Observatio docet nullum animal quod pulmones habet, posse in aere vivere, cujus eadem est temperies cum sanguine suo. » Les expériencés ont pour ainsi dire forcé la démonstration du contraire; on à vu des individus supporter dans des étuves sèches, pendant un certain nombre de minutes, une température de 60, 80, 100 et 115 degrés centigrades. On connaît l’histoire de ces servantes d’un boulanger, qui pouvaient séjourner sans incommodité, pendant près de douze minutes, dans un four chauffé au point nécessaire pouf la cuisson du pain (2). Duhamel et Tillet eurent peine, en la racontant,

(4) Longet estime ainsi les écarts entre la plus haute et la plus basse température des animaux, sans qu'ils s'éloignent trop de leur état physiologique :

80° à 100° pour certains infusoires;

45 50 pour les invertébrés ;

35 40 pour les reptiles et les poissons ;

30 35 pour les mammifères et les oiseaux hibernants;

42 15 pour les mammiféres et les oiseaux non hibernants ; 6 8 pour l’homme.

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(Physiologie, t. 1, 2° édition, p. 1144.) (2) Mémoires de l’Académie des sciences, 1764.

CIRCUMFUSA. — ATMOSPHÈRE. 379 à en accréditer la réalité; depuis, cette expérience a été répétée publiquement à Londres par Fordyce et Blagden (1775), à Liverpool par Dobson, et à Paris par Berger et Delaroche. D'un autre côté, le thermomètre a atteint à Pondichéry 44°,7 cent., à Madras 40 degrés, au cap de Bonne-Espérance 43 degrés, à Paris même 38°,4, etc. (1), températures supérieures à celle de l’homme, et qui néanmoins ont été supportées. Comment? — Par la vaporisation . de l’eau provenant tout à la fois du poumon et de toute la surface cutanée: c’est ici la simple application de cette loi de la physique qui ne permet à l’eau de passer à l’étai de vapeur qu’en absorbant une quantité considérable de calorique, et l’uniformité de la chaleur animale s’entretient par les variations continuelles dans la quantité de vapeur aqueuse qui se forme dans les poumons et à la surface de la peau. C’est ce qui résulte des expériences de W. Edwards, qui a vu la faculté productrice de la chaleur augmenter pendant l'hiver et diminuer durant la saisoh chaude. Franklin, un des premiers, appliqua cette loi à l’économie animale ; 11 y fut conduit un jour par l’observation de la chaleur de son propre corps qui marquait 35°,50, le thermomètre étant à 37°,70. Les expériences de Berger et Delaroche ont montré jusqu'à l'évidence que l’évaporation pulmopaire et cutanée est la seule cause qui détermine le refroidissement des animaux exposés à une forte température; qu’en supprimant ce phénomène tout physique, on s'oppose au refroidissement, et l’on voit les animaux acquérir une température égale ou supérieure à celle du milieu environnant jusqu’à la limite compatible avec la vie. La transpiration pulmonaire et la transpiration cutanée sont donc les régulateurs de la température du corps humain; la perte qui s'opère journellement par ces deux voies est évaluée à 15 onces pour la première et à 30 onces pour la seconde (Lavoisier et Séguin); il doit en résulter pour l’économie une énorme déperdition de calorique, les 45 onces de vapeur exhalées par le poumon et par la peau renfermant, en effet, à l’état latent, une proportion de chaleur capable d'élever de 814 degrés et demi un poids égal d’eau à zéro (2).

(1) Annuaire du Bureau des longitudes, 1825.

(2) La quantité d'eau évaporée par un homme dans les vingt-quatre heures, par les effets réunis de la transpiration cutanée et de la transpiration pulmonaire, peut s'élever, d’après les expériences de Séguin, jusqu'a 800 et même 1000 grammes environ. Les évaluations de Dumas l'ont conduit à des nombres qui diffèrent peu des précédents. Ces 800 grammes de vapeur aqueuse peuvent saturer un volume d’air sec d’environ 60 mètres cubes pour la température de

Que l’on juge, d’après ces données, de la soustraction de calorique que subit le corps humain dans les abondantes transpirations provoquées par l'été ou habituelles dans les climats chauds. La perspiration pulmonaire augmente d'autant plus que la différence entre la température de l'air inspiré et celle de l’air expiré est plus grande ; elle est au contraire en proportion inverse de la quantité de vapeur dissoute dans l’air, et comme l'hiver réunit au plus haut degré les deux conditions de sécheresse et de froid, c’est aussi dans cette saison qu'elle atteint son maximum. Toutefois l'influence de l’état atmosphérique de l'air diminue en raison de la température qu'il acquiert en pénétrant dans le poumon. La quantité de vapeur qui s’exhale est encore proportionnelle, d’une part à la température de cet organe, qui est à peu près constante, d'autre part à l’étendue de l'espace dans iequel il peut se développer ; or cet espace est déterminé par les volumes d'air inspiré : il faut donc ajouter que la transpiration pulmonaire est proportionnelle à la capacité pulmonaire et aux phénomènes dits mécaniques de la respiration. Enfin, indépendamment de la réfrigération qui s'effectue par la double vaporisation périphérique, l’homme émet du calorique par rayonnement et par conductibilité, mais seulement dans un milieu dont la température est inférieure à la sienne. En somme, dans l’acte de refroidissement continu par lequel l’organisme lutte contre les fortes chaleurs de l’air, la peau joue le rôle le plus efficace, et la résistance sera d'autant mieux soutenue, que l’air sera plus sec et plus agité, la ventilation ayant pour effet d'apporter au contact de la peau dés volumes d’air nouveau et non encore saturé d’humidité; aussi-suipportons-nous, au soleil et en plein air, une température

qui nous paraîtrait accablante dans une atmosphère humide et sans

mouvement.

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