‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 2)Chapitre 44 sur 114 · RÉSISTANCE AU FROID · texte numérisé non relu

RÉSISTANCE AU FROID

L'homme résiste à des froids extraordinaires. Delisle a vu, en 1738, à Kirenga, en Sibérie, les hommes et quelques animaux supporter un froid de — 70 degrés de son thermomètre (— 46 degrés 1/3 centigrades). Dans leurs expéditions aux régions polaires, les

45 degrés, et de 80 mètres cubes pour la température de 10 degrés centigrades. Si l’air était déjà à demi saturé, il faudrait un volume double, soit 120 mètres cubes à 10 degrés centigrades, et 160 à +- 15 degrés centigrades. (Recherches sur la composition de l'air confiné, par F. Leblanc, Annales de physique et de chimie, 1842, t. V, p. 228.)

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capitaines Ross et Parry ont enduré des froids de 42 et de A7 degrés centigrades ; mais, sous l’action de ces températures extrêmes, le mouvement est nécessaire à l’homme pour l'entretien de la vie; dans l’inertie, il ne tarderait pas à céder au sommeil, sommeil irrésistible et fatal dont s’endormirent à jamais deux mille soldats de Charles XII dans l'hiver de 1709 et tant de nos braves compatriotes dans la campagne néfaste de Russie. C’est aussi dans les attitudes peu mobiles et dans l’inertie des gardes de tranchées, ou pendant la nuit, sous l’abri incomplet des tentes portatives, que plus de 6000 cas de congélation partielle se sont produits dans notre armée de Crimée pendant l'hiver de 1854-55. La faculté que possède l’homme d’endurer le froid est en rapport avec son pouvoir calorifique; celuici augmente avec l'intensité des causes qui tendent à refroidir le corps, et comme la source principale de la chaleur humaine est dans la respiration, il faut que cette fonction s’active et s’exagère : c’est ce qui a lieu. En hiver et dans les climats froids, la consommation d'oxygène s'accroît, comme le prouve l'augmentation d'acide carbonique qui se dégage des voies pulmonaires, la différence est de 1/5° environ (1); d’un autre côté, une grande cause de réfrigération a cessé ou diminué, la peau ne produit plus de sueur. Il est d’ailleurs remarquable que les animaux à sang chaud, non hibernants, se refroidissent moins, ou, ce qui revient au même, développent plus de chaleur en hiver qu’en été ; des animaux soumis pendant l'été à un froid artificiel, perdent 3 à 6 degrés centigrades. La même expérience faite pendant l’hiver.abaisse à peine leur température de h dixièmes de degré (Edwards, op. cit.). Cette force de résistance ne se manifeste point d'emblée, car l’application brusque et subite d’un froid intense réduit plutôt qu’elle n’augmente notre pouvoir de calorification ; aussi sommes-nous plus sensibles aux premiers froids, notre économie ne développant que graduellement sa puissance de réaction contre leur atteinte. L’habitude exerce encore ici son influence ; les plus faibles alternatives de température affectent ceux qui s'enferment dans des appartements trop chauffés ou qui s’enveloppent de vêtements épais. Mais c'est surtout l’âge et le caractère général de l’organisation qui font varier la faculté de résister au froid ; elle est moindre chez les sujets nerveux, lymphatiques, et par conséquent chez la femme, en qui se réunissent d'ordinaire les traits de ces deux tempéraments. Quant à l’âge, d’abord la chaleur

(4) À nnales de chimie et de physique, février 1849 : Statique chimique du corps umain, par Barral, p, 170,

des animaux nouveau-nés est généralement moins élevée que celle des adultes; ce fait a été démontré par les recherches de W. Edwards (1) et de Despretz (2); trois enfants mâles, examinés par ce dernier, n’accusèrent au thermomètre que 35°,06 centigrades. Ensuite W. Edwards a vu que les animaux nouveau-nés (chiens, chats, lapins), exposés à un air peu froid, perdent successivement 10, 15, 20 degrés de chaleur, et finissent par équilibrer peu à peu leur température avec celle du milieu ambiant. Toutefois Le fœtus humain, parvenu à terme, jouit déjà, quoique à un moindre degré que l'adulte, de la faculté d'entretenir une température propre. Dans la période de déclin, la chaleur du corps baisse et peut tomber de plusieurs degrés au-dessous de celle de l’âge adulte; suivant W. Edwards, elle est de 35 à 36 degrés centigrades chez les vieillards de soixante ans et de 34 à 35 degrés chez les octogénaires. John Davy, tout en admettant que l’âge très avancé diminue la force de résistance au froid, tire de huit expériences faites sur des vieillards (3) la conclusion que, chez eux, la température des parties profondément situées (base de la langue) est plutôt supérieure qu’inférieure à celle de l’âge moyen (36°,6 centigrades). Ce phénomène, selon lui, tiendrait à ce que la majeure partie des aliments que les vieillards ingèrent sert à la consommation respiratoire, la plus faible portion étant employée à subvenir aux pertes qu’éprouve le corps. Quand la faiblesse, au lieu d’être le résultat de l’âge, provient du manque d'alimentation, elle détermine aussi, d’après Hunter, un abaissement de la température animale, fait confirmé par les recherches de Chossat (voyez tome IT," Znanitiation). Toutefois la résistance de l'homme au froid aurait des limites restreintes sans le secours des vêtements. Résumant les recherches de Lavoisier, de Boussingault et de Barral, et s’aidant des travaux de Favre et de Silbermann pour évaluer en nombre précis les chaleurs de combustion du carbone et de l'hydrogène et la chaleur latente de la vapeur d’eau, Gavarret est arrivé à démontrer (4) que, sous le climat de Paris, l’homme, entre trente et quarante ans, par kilogramme et par heure, produit en moyenne 23500 calories, et perd, par l’évaporation pulmonaire et cutanée, 0,437; il ne peut donc, en réalité, disposer que de 1863 calories par kilogramme et par heure, dans

(1) Influence des agents physiques, etc., p. 235.

(2) Annales de physique et de chimie, 1824, t, XX VI,

(3) Annales de chimie et de physique, 3° série, 14845, t. XILE, p. 181. (4) De la chaleur produite par les animaux. Paris, 1855, p. 514.

CIRCUMFUSA. — ATMOSPHÈRE. | 383 l’état de repos, après avoir suffi aux besoins de l’évaporation pulmonaire et cutanée. Cette faible quantité de chaleur, à peine suffisante pour élever de 2 degrés la température de son corps, ne lui permettrait pas de la maintenir invariable, de compenser incessamment les effets réfrigérants du rayonnement et du contact incessant des gaz atmosphériques dans les contrées même tempérées de l'Europe où la température moyenne de l’année est de 20 à 30 degrés inférieure à celle de son corps. Force lui est de chercher dans les vêtements l’abri que la nature à procuré aux animaux sous leur fourrure d'autant plus riche qu'ils habitent des climats froids. Sans la ressource des vêtements, l’homme ne pourrait ni vivre ni se développer librement à la surface du globe.

Îl nous reste à étudier l'influence de la température atmosphérique sur l’économie : le froid et la chaleur ne paraissent pas agir autrement sur elle que l’air sec, chaud ou froid ; pour éviter les répétitions, nous exposerons donc ici les effets de l'atmosphère considérée dans ces conditions, rappelant toutefois les modifications que l'état de sécheresse de l’air imprime à la transpiration : « En appliquant à l’homme les résultats des expériences faites sur les vertébrés, nous dirons que les états relatifs de sécheresse de l'air, comparés à l'hwnidité extrême, augmentent considérablement la transpiration dans certaines limites de température... Des degrés de sécheresse modérée peuvent rendre les pertes de poids par la transpiration six ou sept fois plus grandes que dans les cas d’humidité extrême, et même aller beaucoup au delà. » (Edwards, page 324.) Il est inutile d’insister sur l’impossibilité d'établir d’une manière absolue l'influence des différents degrés de température atmosphérique sur le corps humain ; nous avons déjà signalé les principales circonstances qui la font varier, telles que l’âge, l’habitude, la force de constitution ; il faut y ajouter les différences de vêtement, le degré de nudité ; mais cette influence change surtout suivant qu'on la subit à l'air libre, en se livrant à l'exercice, et protégé par de bons vêtements, ou que l’on s’y expose immobile, à l'ombre, peu habillé ou même sans habits. Dans ce dernier état, on ne supporterait pas très longtemps une température de + 16 degrés centigrades, tandis que dans le premier, l’homme sain se trouve entre chaleur et froid à la limite de 15 à 16 degrés centigrades. Pour préciser les effets des divers degrés de chaleur et de froid, Gerdy a a eu recours aux bains, et il a reconnu que la température indifférente au contact de la peau y flotte entre 30 et 36 degrés centigrades. Mais ces expériences sont indirectes quant à l’action de l'air,

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qui, à ces températures, nous paraît accablant, et nous devons rechercher ici les effets de la chaleur, non dans un milieu spécial, mais dans les conditions les plus ordinaires de la vie qui sont exprimées par le mouvement à l'air libre, avec les moyens vulgaires de

résistance que nous possédons contre l’atteinte des températures prononcées (1).

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