‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 3)Chapitre 123 sur 155 · A CES · texte numérisé non relu

A CES

UANTITÉ ; INDICATION Q x DISTRIBUTION DES RATIONS ET DES REPAS. EF par raUons| — 7 a — DES REPAS LE DEP . 50 | 60 | 90 | 120 | 150 | 180 | 210 | 240 RATIONS, par repas.|jours.| jours. jours. |jours, jours, |jours, jours. jours, Pain.

gram | Biscuit MS. LE Ur 900 20 A0 60 80 |100 1120 1140 |160

Farine d’armement.| 990 10,20,4050 ullal SOMMAIRE

Boissons. NS PR PE Eau-de- vie, rhum| centilit, OU tata Moreneses 6 30 | 60 | 90 1120 1150 1180 1210 |220 Vin de campagne... 46 30 | 60 | 90 1120 1150 |180 |210 1240 Deéjeuners.

gram.

Café............. 20 ! 30 60 | 90 120 [150 180 |210 |240 OUCTES sa RS 29 Diner.

BŒUrARs PERRIN 0050 SALOPE NM OTMAOGASPMIST DardimhRte Ds iiss 108925 47110350]1,53 11790405 1M498011501472 Éromase ts. .2e 141420 5 9 S udest Tail Cie] 200 426014

Soupers. | —— Légumes secs......| 120 25 | 50 | 75 |100 1125 |150 1175 1200 NPA RÉEL .. 60 D, MOTS TL 206029 SD ESSS T0

Comme on le voit, sur les trois repas deux sont délivrés en biscuit, et le troisième en farine ; le vin et l’eau-de-vie entrent chacun par moitié dans la ration journalière de liquides. Pour la consommation de huit mois on embarque quatre fois plus de rations de lard que de bœuf salé, et autant de rations de fromage que de bœuf. Les modifications qu'une campagne de huit mois entraîne dans la distribution des rations par suite de l’épuisement de certaines ressources alimentaires, s’opèrent habituellement dans un sens plutôt défavorable qu’avantageux à l'hygiène des matelots (Fonssagrives). Que les approvisionnements permettent donc de maintenir au moins, si ce n’est d'améliorer, la composition de la ration qui, sous le rapport des équivalents nutritifs, ne laisse rien à désirer (voy. t. I, p. 859); que l’on puisse aussi proportionner la nourriture au travail, Biscuit

sec, sonore, et que l’on trempe avant de le consommer ; salaisons de bonne qualité, aliments divers, légumes comprimés, dont la conservation, due au procédé Appert et à l’mdustrie de Chollet-Masson, est si précieuse pour les malades et les convalescents ; substances fraiches autant que l’on pourra s’en procurer; condiments alliacés, àcres et aromatiques ; café, vin, malt et bière que plusieurs navigateurs considèrent comme des antiscorbutiques ; acide citrique, qui semble jouir au plus haut degré de cette propriété, et qui devrait entrer dans les distributions quotidiennes ; choucroüûte, comme ressource de variété et de salutaire stimulation ; tabac, enfin, dont la privation est presque insupportable à beaucoup de marins : tels sont les ingrédients du régime qui leur convient, et qui, secondé par d’autres mesures d'hygiène éclairée, préserve aujourd’hui les équipages du scorbut. On a accusé les salaisons de produire cette maladie , mais Cook a conservé ses gens en bonne santé, malgré l'usage de ce genre d'aliments. Lind a même recommandé l’eau de mer comme antiscorbutique. Malgré ces données, l'usage prolongé et exclusif des viandes salées ne nous paraît pas étranger au développement du scorbut ; seulement nous considérons cette maladie comme le résultat de causes multiples : uniformité du régime, défaut de nourriture végétale, dépression morale ; mais surtout humidité froide, air stagnant et privation de lumière, car il existe plus d’une similitude entre cette affection des marins et l’anémie qu’on observe dans les prisons, les casemates, les villes assiégées (1). Le tarif alimentaire pour les malades en mer est em-

preint de libéralité ; on embarque par homme :

kil.

Gelée de viandes,.....,.. 1,000 Julienne au maigre....... 2,000 CU | PONT FITE « O,U0U de VOIS. 2054 58 SI S 000

ChocWats cit 00 vs 008 Prunes en boîte......... 0,200

Bouillons ou potages,

Conserves... |

48 - Fécule de riz... 1,000 Aliments légers. ss. Tapioca.. ... 2. use ver RUUU Gelée de coing.!. .,..... 1:0,500

| Gelée de groseille......., ; 0,500

Assaisonnement, Lait conservé par le procédé de M. Lignac, 1/2 litre pouvant faire 3 litres, sucre, 3kil, 000.

Les caisses de fer empêchent l’eau de se corrompre, mais lui enlèvent l'oxygène de son air ; il faut la filtrer par le filtre à double

- (1) Voyez Forget, Médecine navale, t, I, p. 222.

courant de Zini, adopté pour la marine, puis la laisser exposée à l'air ou lui rendre son oxygène par le battage. La distillation de l'eau de mer, au moyen des appareils les plus récemment adoptés (voy. p. 23), peut être utilement employée, surtout si l’on a soin de l'arrêter à moitié du volume d’eau de mer, pour prévenir le goût infect des matières organiques distillées, et si l’on ajoute préalablement une dose de chaux pour retenir l’acide chlorhydrique qui résulterait de la décomposition de l’hydrochlorate de magnésie.

h° Vétement. — Le marin a besoin de vêtements de lame qu'il doit changer dès qu’ils sont humides; une demi-blouse de toile cirée, recommandée par Foullioy et Laurencin, le garantirait contre la pluie et les vagues. À part cette lacune, le règlement à pourvu aux besoins du matelot. L'eau de mer imprègne les tissus d'une humidité tenace et comme poisseuse ; l’eau douce est donc indispensable au lavage du linge et des vêtements, mais sa rareté ne permettait guère les deux lessives prescrites par semaine avant l'emploi de la chaudière distillatoire à bord des navires (voy. p. 23). Ordinairement le linge est lavé d’abord à l’eau de mer, puis rincé dans l’eau douce. Il faut désigner un réceptacle pour le linge sale que les marins entassent dans leurs sacs ; leurs personnes mêmes doivent être soumises à des inspections journalières de propreté qui porteront sur leur tête, leur bouche, leurs mains et leurs pieds. La brosse à dents doit entrer dans le mobilier réglementaire du marin comme dans le sac du soldat. Les hamacs, tendus dans le sens longitudinal du navire, oscillent aisément et conservent leur centre de gravité malgré les agitations du vaisseau ; leur garniture se compose d’un matelas de laine ou mieux de crin, et d’une couverture de laine. [ls doivent être tendus assez loin des écoutilles et des cuisines. Il faut deux hamacs par matelot; ils doivent être lavés tous les quinze jours ou tous les mois, et purifiés au chlore. Le cadre suspendu convient mieux pour les malades à bord.

5° Travaux et mœurs. — Les manœuvres du navire développent la force des parties supérieures du corps ; l'espace ne comporte point un exercice suffisant de locomotion ; 1! y faut suppléer par des évolutions dans les haubans, par la danse, qui a l'avantage en même temps de combattre la nostalgie. La nécessité d’un service non interrompu a fait diviser l’équipage en deux moitiés qui alternent et qu’on appelle bordées ou quarts ; la première bordée se couche au branle-bas du soir (7 heures) et se relève à 11 heures pour fonctionner jusqu'à 4 heures du matin ; elle se recouche alors jusqu’au branle-bas du matin. Chaque bordée a de cette manière un som-

meil de 6 heures environ, c’est-à-dire un sommeil insuffisant ; aussi Keraudren a-t-il proposé de partager le service de jour et de nuit en trois quarts, et ce conseil est suivi généralement, quand les circonstances de navigation le permettent. Beaucoup de matelots trouvent la vie du bord moins dure et moins pénible que celle, qu’ils menaient. chez eux. Chaque navire a un certain nombre d'ouvriers, tirés des arsenaux ou choisis dans les levées de l'inscription maritime ; appliqués aux métiers nautiqnes (calfatage, voilerie, charpentage), ils appartiennent à la portion la plus vigoureuse et la plus résistante de l'équipage. Les surnuméraires (domestiques, cuisiniers, boulangers, agents de cambuse) que nous avons vus figurer pour une grande proportion dans les relevés de maladies et de décès, doivent ce triste lot et à la nature de leurs travaux et à leur défaut d'habitude nautique. Entre l’équipage et les officiers, se trouve l’utile et modeste classe des sous-officiers ou maîtres dont la condition hygiénique à bord est intermédiaire. Les travaux aecidentels auxquels sont appliqués les marins ont pour but la visite et le nettoyage de la carène, le ravitaillement et le chargement. Les ratiers, placés sur un radeau pour fourbir les feuilles émergées du doublage et pour peindre les taches de la carène, ont les pieds dans l’eau et la tête au soleil; les plongeurs, qui visitent la carène après les échouages, sont exposés aux effets de la compression atmosphérique et surtout au danger de la décompression subite (voy. tome I, p. 406) ; les désarrimeurs, en procédant au désarrimage partiel ou général d’un navire armé depuis plusieurs années pour aveugler une voie d’eau, pour nettoyer la cale, etc., subissent des dangers presque identiques avec ceux du curage des égouts. Par le beau temps, il convient de faire monter souvent l'équipage sur le pont et de l’y abriter sous des tentes. Lind rapporte qu'un capitaine hollandais, transportant 200 hommes à la Nouvelle-Écosse, les empêcha de monter sur le pont et en perdit la moitié par maladie. Pendant les jours de calme, les exercices de l'art nautique entretiennent l'activité des matelots : il est nécessaire de ménager suffisamment leurs forces, afin de pouvoir compter sur eux dans les moments de danger. Plus la discipline navale a de rigueurs et de châtiments semi-barbares, plus les chefs doivent se montrer justes et dignes de l'autorité qui leur est attribuée ; si la faiblesse compromet le pouvoir, la brutalité despotique le rend odieux et dispose à la révolte. Au reste, le marin est un être à part; rude, mais cordial et franc; dépourvu de respect humain, mais plem d'une religion naïve qui s’exalte jusqu’à la superstition; prodigue de sa vie sur mer dans les

périls et à terre dans les excès; dédaigneux des vanités luxueuses du citadin ; fier d’une profession qu'il ennoblit par un dévouement de tous les jours : tel est l’homme de la mer que sa force de réaction préserve souvent des épidémies, meurtrières pour les soldats et pour les passagers. L’ivrognerie est le vice dominant des marins; on a remarqué que les matelots bretons et normands sont surtout entrainés à ce vice, tandis que les méridionaux le sont aux excès génésiques. Un Rapport de Reynaud sur les maladies vénériennes au port de Brest établit qu'en 1852 et en 1853 un effectif moyen de 1641 hommes des équipages de ligne a fourni 443 vénériens par an ou 26,9 pour 100 ; la contagion syphilitique a donc atteint plus du quart des marins présents. En 1853, sur 142 901 journées d'hôpital L3 386 appartiennent aux maladies vénériennes. L’onanisme est commun parmi les mousses. La séquestration maritime produit encore d’autres aberrations qui nécessitent la morale vigilante des chefs; aux marins comme à certains livres il faut appliquer le critérium d’Horace : ubt plura nitent…

6° Mortalité. — Les matelots comme les soldats ont fourni de mémorables exémples de longévité ; mais ces faits n’ont pas de signification générale. Quant à la mortalité, on la voit diminuer à mesure que l’on se rapproche de l’époque actuelle, et varier dans un rapport étroit avec les mesures d'hygiène. Aïnsi de Wert (1598) compte dans la mer du Sud une mortalité moyenne annuelle de 49,1 sur 400; celle de la flotte de l'amiral Lancaster (1610), due au scorbut, monte à 33,0 sur 100; la même maladie frappe la flotte de l'amiral Anson d’une mortalité moyenne annuelle de 96 sur 100, tandis que Cook ne perd en 1772 que 1,2, et en 1718 que 1,3. Le nombre moyen des décès annuels a été, dans les expéditions du capitaine Parry, de 0,7 en 1819, de 2,1 en 1821, et de 0,5 en 1824. L'enquête prescrite par les lords de l’amirauté, sur la mortalité et les maladies dans la marine anglaise de 1830 à 1837 (1), a fourni des résultats d’un haut intérêt. Déduction faite des accidents, l’influence des climats se montre comme il suit:

Stations maritimes. Décès sur 1000 individus, Amérique du Sud. .... BR NE PER 737 Indes occidentales et Amérique du Nord. . 18,1 MÉGHSLFAUCE LE re 2. Moyenne générale des ES OTIEN AIO TE ST TT TR ne LS oo cote cool décès sur 14000 : Cap et côte occidentale d’ Afrique. ve See 1 at aM225 11,8. Angleterre (service intérieur)........+.e+e 8,8 Angleterre (services divers)... 10,3

(1) Gaxelte médicale, 1844, p. 379 et suivantes,

Ce chiffre n’est pas supérieur à celui de la mortalité de toute la population d'Angleterre ; il est au contraire inférieur à celui des classes ouvrières prises au même âge dans les villes ; et si l’on songe qu'une portion de l'effectif de la marine est employée sur les rives pestilentielles des Indes et de l'Afrique occidentales, on est tenté d'accorder une certaine vertu de préservation à l’air maritime, à l’économie générale des vaisseaux de guerre et à la direction du régime. Il y a 30 et 60 ans, le chiffre moyen des décès annuels de la marine anglaise était, non de 11,8, mais de 91 et même de 125 sur 1000. Boudin a essayé de démontrer, à l’aide d’une statistique qui comprend une période de trois années et les résultats fournis par les marins stationnés dans la Méditerranée et en Espagne, que la mortalité de l’armée de terre l'emporte sur celle de l’armée de mer ; mais 1° les éléments d’une statistique purement maritime de mortalité manquent encore {1); 2° quelques statistiques maritimes isolées ont dû peser trop dans ces calculs: ainsi, la mortalité au Sénégal et sur la côté d'Afrique est de 61,7 pour 1000 pour les troupes (Godineau, Boudin), et de 22,5 (Wilson) ou de 23,8 (Raoul) pour les équipages stationnés dans ces parages ; 3° les divergences statistiques des auteurs quant aux décès d’une même colonie autorisent au moins le doute sur la valeur de leurs énonciations : ainsi, à la Jamaïque, les troupes perdent annuellement 29,7 d’après Mac- Tulloch, et 91,0 suivant Marshall ; à Ceylan, 41,2 d’après le premier, et 18,3 suivant le second. Que si des recherches ultérieures et plus complètes viennent à confirmer aux marins cet avantage sur l’armée de terre, nous l’attribuerons plus particulièrement aux garanties de leur mode de recrutement par l'inscription, à la régularité plus grande de leurs travaux et de leur régime, à l’action plus constante et plus étroite de leurs chefs hiérarchiques sur leur bienêtre et sur leur hygiène. En temps de guerre, le marin a son logement et sa nourriture assurés à bord; point de bivouacs, point de campements, point de marches pénibles sous un lourd fardeau de munitions et d'équipement dans les contrées insalubres, point de corvées journalières pour les vivres, le combustible, etc. Non que les périls et les privations manquent aux marins; mais dans certaines limites, ils trouvent en s’embarquant, ils conservent sous la main une somme de ressources et de bien-être que l'administration la plus active et la plus prévoyante ne peut toujours assurer au soldat en campagne.

(4) Fonssagrives, Trailé d'hygiène navale, p, 413.

$ 4. — Profession agricole.

Les influences générales de cette profession sont celles de l'air libre (voy. t. 1, page 698), des habitations rurales, des marais (t. ID), des fumiers (voy. t. Il, p. 576) ; d’autres, plus spéciales, dérivent du genre des travaux : élève des bestiaux et vie pastorale, labours et grande culture, vignobles, pêcheries, exploitation des marais, défrichements, jardinage et travaux légers de la campagne. Les effets que subit l’homme livré à ces différentes occupations se rapportent à l’attitude plus ou moins vicieuse du corps, à la durée journalière du travail, à l'intensité des efforts proportionnellement à la force de complexion et à la nourriture, à la nature du sol qu'il remue et dont les émanations l’enveloppent, à l’action des qualités météorologiques de l’air, à la spécialité des cultures, etc. Il est imutile de revenir sur ces divers ordres de modificateurs précédemment étudiés. L’habitant des campagnes vit plus frugalement que celui des villes ; il mange moins de viande, mais plus de pain et de laitage ; son vêtement est plus grossier, son logement moins cher ; son chauffage consiste souvent en bois sec, bruyère ou chaume qu’il fait ramasser par les siens. On a calculé la dépense nécessaire d’une famille composée du chef, de sa femme et de trois enfants ou de deux enfants et d’un vieillard. Pour l’ouvrier des villes, elle monte à 860 fr. par an; pour celui des campagnes, à 620 fr. (Bigot de Morogue, Villeneuve-Bargemont, De Gérando). Que si l’ouvrier des ‘campagnes gagne en outre le prix de ses outils, il se trouve au-dessus du besoin ; que si une diminution du prix des grains. lui permet, comme à l’ouvrier des villes, d'économiser de 35 à 40 fr., son aisance est proportionnellement plus grande, puisque son revenu s’est accru d’un vingtième au-dessus de ses besoins habituels; remarquez encore qu'il gagne plus sûrement 620 fr. que l’ouvrier des villes 860 {fr., l'industrie étant sujette à chômages et les produits des fabriques étant d’un débit moins certain que ceux des exploitations agricoles. Nous avons signalé (t. T, p. 860) la composition du régime de beaucoup de populations agricoles ; il varie beaucoup d’une contrée à l’autre. D’après Combes, il se compose en Bretagne de bouillies, crêpes et galettes de sarrasin, de pain de froment, de seigle ou d'orge, de pommes de terre, de beurre, de lait, et une fois par semaine de viande de bœuf ou de porc salé. Dans la Haute- Garonne, il consiste en légumes, en salé, en pain de froment et en bouillie de maïs. Dans le nord le paysan déjeune avec du lait, du pain et du beurre, dine avee la soupe au lard et de légumes, goûte

avec du pain et du beurre, et soupe avec une bouillie ou une salade. Dans le département de l'Isère, soupe aux légumes, lait, fromage, pommes de terre frites ou assaisonnées, œufs, salade; deux fois par semaine, du salé. Dans le Tarn, pain de blé ou de seigle, rarement du mullet ; millas grillé quelquefois ; farine de sarrasin, pommes de terre, soupe à la viande de porc ou d’oies salés, etc. Dans les Landes, pain noir mal pétri, fait avec la farine de seigle et de maïs, sardines de Gallice, soupe de légumes et de lard rance, bouillie de maïs ou de millet appelée escauton, etc. A certaines époques de l’année, la nourriture devient plus abondante et plus azotée à la campagne pour aider aux travaux extraordinaires que nécessitent la fauchaison, la moisson, les vendanges, le battage des grains, les labourages d'automne et les semailles. C’est alors qu'un peu de vin s'ajoute au repas, luxe à peu près inconnu il y a 150 ans dans les campagnes, ainsi que nous l’apprend Vauban. Quelque imparfait qu'il soit encore, le régime de nos paysans est en voie d'amélioration. Du temps de Vauban le commun peuple ne mangeait pas de viande trois fois en un an; dans la plupartdes fermes, on en mange aujourd’hui deux fois par semaine, à la vérité dans une proportion insuffisante ; le pain de froment, autrefois presque inusité dans les campagnes, n’y est plus rare; le pain d'orge et d'avoine non blutées a fait place généralement à celui de froment et de seigle ou d'orge ; l'introduction de la pomme de terre n’a pas seulement amélioré la nourriture féculente des paysans, mais elle leur facilite l'élève des porcs ; le beurre et le lait, qui se vendaient presque exclusivement dans les villes, se consomment en partie dans les campagnes (Bouchardat), etc.

En traitant des localités au point de vue de l'hygiène publique, nous avons signalé les différences de maladies, de naissances et de décès que l’on observe entre les villes et les campagnes (page 515). Le docteur Charpentier (de Valenciennes) a fait ressortir dans les hameaux et les villages les effets plus meurtriers des épidémies que les villes y propagent. Le docteur Gendron a imsisté sur la contagion plus évidente de quelques petites épidémies dans les campagnes. La disposition vicieuse des maisons, l'encombrement qui y existe, le manque de soins éclairés, la privation ou le retard d’une direction médicale, etc., expliquent ces différences. Les causes de mort ne sont pas même enregistrées ; les imhumations sont autorisées sur les déclarations de décès faites par des personnes étrangères à la médecine.

Sous le rapport psychologique, les agriculteurs nous montrent

l'influence torpide que les travaux continus exercent sur l’intelligence ; dispersés pour leurs travaux au milieu des champs, l’isolement les porte à l’égoïsme, à la méfiance, à la susceptibilité ; penchés vers le sol comme leurs bêtes de labour, se redressent-ils vers le ciel, c’est pour l’interroger sur le sort de leur moisson; l’idée de la propriété les absorbe, et s'ils ignorent les grandes passions de la cité, ils sont dévorés par l’orgueil, par le sentiment de la vengeance, par l'envie des biens d'autrui; ils prisent leurs enfants pour le secours qu'ils en tirent dans le travail des champs, aussi faut-il qu’une loi les force de les envoyer à l’école. Ce que l’instruction et le contact des sentiments généreux pourront sur leurs natures hébétées, le recrutement le démontre; leurs fils acquièrent dans les rangs de l’armée tout ce qui manque aux pères, et c’est surtout pour les campagnes que l’armée peut devenir, comme nous l'avons dit, un instrument de régénération.

$ 5. — Professions à température élevée.

Une foule d'ouvriers (taillandiers, émailleurs, forgerons, fondeurs, boulangers, cuisiniers, mécaniciens, chauffeurs de machines à feu, raffineurs de sucre, etc.) séjournent habituellement dans une atmosphère dont la température, rarement au-dessous de 20 degrés centigrades, atteint fréquemment A0 et même 75 à 80 degrés; la sécrétion de leur peau s'accroît d’une manière extraordinaire ; ils ont en général peu d’embonpoint et on les voit s’exposer à peine couverts à l’air froid du dehors, et cela avec une apparente impunité. John Davy a étudié les effets physiologiques que produit sur les chauffeurs la température d'une machine : Ja température extérieure étant à 26°,7 centigrades, le pouls à 60, la respiration à 15 et la chaleur du corps à 37°,17, il a vu, après un quart d'heure de séjour dans une soute à charbon où le thermomètre marquait h3°,89, le pouls s'élever à 83, la respiration à 16, la température de la langue à 37°,50 ; au bout de 25 minutes, le pouls était à 402, la respiration à 18, la température de la langue à 37°,89. Dans une autre expérience, 1l a vu le pouls monter à 142 pulsations et la chaleur du corps à 39°,5 centigrades. Rien de positif dans les maladies ou dans les différents genres d’imminence morbide qu’on impute à ces catégories d'ouvriers, si l’on excepte les lésions de l'appareil visuel (voy. tome T, page 366) et la remarque faite par Esquirol que les professions qui exposent à l’action du feu envoient beaucoup d’aliénés à Charenton. On les dit sujets à l'anémie, suite

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