‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 3)Chapitre 124 sur 155 · GESTA.— PROFESSIONS À TEMPÉRATURE ÉLEVÉE · texte numérisé non relu

GESTA.— PROFESSIONS À TEMPÉRATURE ÉLEVÉE

des sueurs excessives et d’une hématose incomplète, au rhumatisme, aux congestions cérébrales, à l’apoplexie, à l’hypertrophie du cœur, au flux diarrhéique déterminé par l’mgestion immodérée d’eau froide, aux phlegmasies aiguës des bronches et du parenchyme pulmonaire ; mais la statistique n’a rien établi à cet égard. Lombard pense qu’ils succombent plus facilement que les autres ouvriers à la phthisie pulmonaire (127 sur 1000, au lieu de 414, moyenne des autres professions) : conclusion conforme à l'expérience générale qui signale l'air sec comme irritant ; mais les chiffres qu’il donne sont fort restreints, et sur les 47 fondeurs qu’il mentionne, aucun n’est mort phthisique.

Desayvre (1), par une observation attentive de diverses catégories d'ouvriers, qui, dans la manufacture de Châtelleraut, travaillent exposés de près à l’action du calorique rayonnant, est parvenu à déterminer les lésions oculaires qui les atteignent. La température du foyer et la distance à laquelle sont placés les ouvriers, influent sur l'intensité de ces altérations. Les forgeurs de canons et de baïcnnettes, les marqueteurs et les raffineurs, travaillent au blanc soudant, les forgeurs de garniture et de platine au rouge blanc, les forgeurs de lames de sabre au rouge rose, les trempeurs de l’arme à feu au rouge cerise, les trempeurs de l'arme blanche au rouge cerise foncé. De tous ces ouvriers, les trempeurs de larme à feu sont les plus rapprochés du foyer; aussi ne travaillent-ils en moyenne que deux heures par jours. Les forgeurs de lames de sabre ne soutiennent leur métier pendant longues années (trente ans et plus) qu’en se restreignant à trois heures de travail par jour. Pour la rapidité et la gravité du développement des lésions oculaires, ces diverses spécialités se groupent sur l'échelle suivante : forgeurs de canons et de baïonnettes, forgeurs de platineet trempeurs de l'arme à feu, puis trempeurs de l’arme blanche; en dernière ligne, les forgeurs de lames de sabre et les monteurs de sabre. Chez 25 de ces ouvriers, la vue a été habituellement trouble, 145 étaient devenus presbytes, 2 voyaient plus clair d’un œil; tous offraient un changement de coloration dans le fond de l'œil qui, au lieu de sa teinte noire, avait un aspect nébuleux ou même blanchâtre. Chez 14, au lieu de trois images dont on constate l'existence au fond de l'œil, quand ses membranes ont toute leur apparence et leur poli, on n'observait que la grande image; chez les 11 autres, on voyait les deux images droites.

(1) Annales d'hygiène et de médecine légale, 2° série, 1856, t, V, p. 73 et 341, M. LÉVY. 4° ÉDIT, — HW. 58

Sur 49 canonniers ou forgeurs qui, placés à 60 centimètres du foyer, roulent une lame de fer rougie au feu sur une broche froide, 25 jeunes ou débutant dans leur profession n’ont fourni qu’un seul cas de maladie oculaire ; des 24 autres, plus anciens, 15 souffraient de l’action du calorique rayonnant et des paillettes de fer incandescent qui leur jaillissent aux yeux; leur pupille était habituellement rétrécie ; chez 6, la vue était notablement altérée ; le fond de l'œil était terne, d’une nuance de pellicule d'oignon, ou même d’un aspect blanchâtre ; la presbytie avec affaiblissement de la vue existait chez 4. Une ou deux images manquaient chez 6 qui avaient la vue trouble; 4 ne laissaient voir dans leurs deux yeux à fond blanchâtre que la grande image, présomption d’opacité de tout l'appareil cristallinien ; 4 était atteint de cataracte double.

$ &. — Professions hygrométriques.

Un certain nombre de professions entraînent le séjour habituel dans l’eau ou dans un air chargé de vapeur aqueuse : telles sont celles de pêcheurs, laveurs de cendres, tanneurs, blanchisseurs, bateliers, lavandières, porteurs d’eau, baigneurs ou plutôt guides des baigneurs à la mer, débardeurs ou déchireurs de bateaux et de trains, regratteurs ou ravageurs qui lavent les sables des rivières pour en extraire les particules métalliques entraînées par les égouts. L'observation ayant démontré que les climats froids et humides sont ceux où la phthisie exerce le plus de ravages, on pouvait croire que ces professions augmentent le nombre des phthisiques ; Benoiston est arrivé à cette conclusion pour les blanchisseuses de Paris; Lombard, au contraire, a trouvé à Genève ces professions au-dessous de la mortalité moyenne par phthisie. D'après Hanover (de Copenhague, !. c.), les ouvriers habituellement exposés à l'air humide, ou qui manient des matériaux humides, sont rarement phthisiques (tonneliers, teinturiers, tanneurs, cordiers, ouvriers en tabac). Une opinion ancienne, partagée par Ramazzini, Richerand, etc., a accrédité la fréquence des ulcères atoniques chez les individus qui ont les jambes immergées dans l’eau froide. Parent Duachâtelet n’a constaté qu’un seul cas d’ulcère atonique sur 670 débardeurs ; un grand nombre d’entre eux portent de larges cicatrices provenant d'anciennes blessures, et qui n'avaient aucune tendance à se rouvrir; en revanche, ils sont tributaires d’une maladie spéciale qu'ils appellent grenouille, et qui consiste dans un ramollissement avec usure et gerçure de la peau ; les extrémités supérieures en sont

Page 1