‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 3)Chapitre 125 sur 155 · GESTA.— PROFESSIONS HYGROMÉTRIQUES · texte numérisé non relu

GESTA.— PROFESSIONS HYGROMÉTRIQUES

moins souvent le siége que les inférieures ; il affecte surtout le talon et les espaces interdigitaux ; la peau est profondément fendillée, usée, mâchée, en lambeaux, et le fond des crevasses, rouge, pulpeux et très sensible, ressemble à une plaie récente : supportable dans l’eau, la douleur qu’elles occasionnent devient cuisante à l'air, Cette lésion, que le repos seul guérit, atteint plus de la moitié des ouvriers, presque toujours les mêmes, et se développe sous l’influence de toutes les causes débilitantes, particulièrement par la chaleur de l’eau; aussi est-elle plus rare en hiver qu’en été, et dans les eaux courantes que dans les canaux ou bassins à eaux immobiles ; pour s’en préserver, les ouvriers saupoudrent leurs souliers de tan, ou se lavent matin et soir avec une forte décoction d’hièble, ou simplement avec du vinaigre. Ramazzini et Patissier attribuent encore aux ouvriers qui travaillent dans l'humidité, des catarrhes, des fluxions de poitrine, des coliques, des rhumatismes, des fièvres intermittentes ; aux blanchisseuses les dérangements du flux menstruel, etc. Mais ces assertions, si respectable que soit leur source, ne peuvent entrer dans la science que par la voie de la statistique qui ne les a pas encore contrôlées.

Le séjour prolongé dans la mer agit-il comme le séjour dans l’eau des rivières? Les guides des baigneurs à la mer répondent à cette question. J'ai fait sur eux, pendant deux étés à Dieppe, des observalions multipliées et une sorte d'enquête dont voici sommairement les résultats : de la fin de juillet jusqu’au 10 septembre ils passent en moyenne sept à huit heures par jour à la mer, immergés jusqu'au- dessus de la ceinture, souvent jusqu'aux aisselles, en butte aux vagues par les gros temps, etc. ; en Juin, et du 10 au 30 septembre, la durée moyenne de leur immersion journalière est de trois heures. Les hommes de faible complexion ne résistent pas à ce métier ; les troubles de la respiration et de la circulation les obligent à y renoncer; il en est de même des ivrognes. Tous éprouvent, au début de cette pratique, de la dyspnée et de l’anxiété précordiale qui nécessitent des suspensions de travail. Forcés d’entrer dans l’eau après leurs repas, ils finissent par s habituer à cette épreuve. Au retour de chaque saison de bains, après une interruption de neuf mois passés à d’autres travaux, ils ressentent encore quelques troubles épigastriques et dyspnéiques, sorte d’acclimatement annuel assez comparable à celui des marins qui, reprenant la mer après un long débarquement, lui payent le tribut de novice. Ils perçoivent dans les parties immergées une impression de froid qui va jusqu'au frisson par les temps de grosse mer avec abaisse-

ment de la température. J'ai relevé fréquemment chez eux la température sous la langue ou dans l’aisselle au moment où ils sortaient de l’eau; j'ai toujours constaté un abaissement : 36 degrés centigrades chez un baigneur de 60 ans, 36°,5 chez un autre peu ancien, et âgé de 39 ans, 37 degrés et 37°,5 chez d’autres. La durée de l’immersion, l’âge, la force de constitution, l'habitude, et surtout la température atmosphérique, interviennent le plus dans ces résultats. Dans les beaux jours de l'été, rien de pareil; mais au sortir de l’eau, ils se refroidissent, probablement par l’évaporation du liquide qui imbibe leurs vêtements; cette sensation est plus intense et les atteint même à la mer, s'ils y entrent à jeun. La réaction s'opère chez eux à la fin du jour et pendant toute la nuit, à la faveur de la température du lit; ils la passent à transpirer. Ce phénomène est commun à tous les guides ; la sueur de nuit est assez abondante pour les forcer de changer de chemise ; elle ne les débilite pas, ils la considèrent comme favorable à leur santé : « c’est ce qui nous sauve, » me disait l’un d'eux. La sécrétion urinaire est notablement augmentée pendant la durée de leur séjour dans l’eau. Point de congestion vers la tête, point de céphalalgie nt de vertiges ; point d’éruptions, d’ulcères ni de varices. L’œdème des pieds et du bas des jambes se montre assez souvent chez eux, mais à titre de symptôme passager; ils l’attribuent plus à la station prolongée qu'à l’action de l’eau. Les affections rhumatismales sont, avec cet œdème, les seules qu'ils accusent ; elles atteignent surtout les membres inférieurs ; mais pour leur explication étiologique, 1l faut tenir compte, non-seulement du froid humide qui impressionne les baiïgneurs, mais encore de la violence et de la continuité de leurs exercices musculaires. Ce qui achève d’ailleurs de prouver leur bonne santé habituelle, c'est qu’en hiver ils se livrent à d’autres métiers pénibles, pêcheur, cordeur, etc. Sur 24 baigneurs attachés à l'établissement de Dieppe, il n’a fallu, en dix-huit ans, renouveler que le tiers ; dans cette même période de temps, ils ont donné 3 décès dont À par anévrysme, 1 par delirium tremens, À à la suite d’une suette miliaire qui a régné épidémiquement. L'un de ces baigneurs compte trente-cinq ans de service, l’autre trente ans, etc. (1).

L'hygiène des ouvriers qui travaillent dans l'humidité se résume dans l’usage des vêtements de laine et de toile cirée, et d’une nour-

(1) Sur les effets de l'immersion prolongée dans l’eau de mer (Annales d'hygiène et de médecine légale, 2° série, 1861,t. XV, p. 241).

GESTA.— PROFESSIONS À MATIÈRES ANIMALES. 917 riture fortifiante. Quant aux établissements où s’exercent les professions, comme les lavoirs, les buanderies, ete., ils exigent une ventilation suffisante pour enlever la buée qui, dans les temps froids et humides, devient une cause d’insalubrité et d’incommodité, un sol imperméable à l’eau et assez incliné pour en empêcher la stagnation, des murs qui résistent aux infiltrations et à l’action destructive de l'humidité. Les eaux qui s’écoulent de ces ateliers ne doivent pas séjourner sur la voie publique; elles produiraient en été une odeur infecte, en hiver une accumulation de glaces, en tout temps la dégradation du pavage. Là où des égouts existent, il faut exiger que les eaux s'y déversent au moyen de conduites souterraines ; là où ils manquent, que les ruisseaux soient bien pavés et aient une pente suffisante. Il ne faut pas considérer comme des eaux simples et propres à laver les ruisseaux, celles qui proviennent des blanchisseries et des lavoirs publics; chargées de savon et de matières animales, elles fermentent et donnent naissance à de J'ammoniaque, à de l'hydrogène sulfuré ou à du sulhydrate d’ammoniaque qui, dans leur courant gazeux, entraînent en dissolution des miasmes putrides d’une odeur très méphitique. Les eaux contenant des principes acides, alcalins ou autres, peuvent détériorer les tuyaux métalliques et les canivaux en maçonnerie; aussi est-1l nécessaire de les neutraliser ou de les modifier avant de les écouler dans les conduites souterraines.

S 3. — Professions qui mêlent à l'air des matières animales.

Ces professions ajoutent à l’air des matières animales d’origine diverse, tant sous forme de vapeurs et d’émanations qu’à l'état de poussières plus ou moins divisées; la plupart d’entre elles nécessitent en même temps la manipulation ou le contact de substances animales fraiches et putrides, brutes ou dénaturées par l'industrie (bouchers, équarrisseurs, garçons d’amphithéâtre, tannéurs, boyaudiers, mégissiers, égoutiers, vidangeurs, fossoyeurs, etc.). Les faits publiés par le docteur Warren et Parent-Duchâtelet tendent à décharger ces professions de toute espèce de dangers pour ceux qui les exercent. Dans les épidémies de fièvre jaune à Boston (1798), et à Philadelphie (1795), les bouchers, quoique établis au centre du quartier ravagé, n’ont offert, la première fois, que 1 cas, et la seconde 3 sur 100. Bancroft remarque que les chandeliers et les savonniers, malgré la graisse putréfiée dont ils se servent, échappent aux épidémies et se portent bien. Les tanneurs, corroyeurs,

chamoiseurs, travaillent en été des peaux que la décomposition a rendues verdâtres, sans autre risque que celui des affections charbonneuses qu’ils peuvent contracter ; les marins des vaisseaux baleiniers jouissent d’une santé proverbiale, au milieu des émanations fétides. Rusch et Clarke attribuent aux fossoyeurs une sorte d’immunité contre les fièvres malignes. Les mémoires de Parent-Duchàtelet sur les salles de dissection, sur les chantiers d’équarrissage, sur lenfouissement des animaux morts, ete., sont remplis d’observations du même genre. Guersant et Labarraque signalent la santé florissante des ouvriers boyaudiers, quoiqu’ils vivent dans un air fétide et toujours en contact avec des intestins mis depuis longtemps en macération. On oppose à ces auteurs l'autorité de Navier, Lassonne, Vicq d’Azyr, Pringle, Desgenettes, Vaidy, l'opinion de Fourcroy et de Berzelius, sur la nature inconnue des combinaisons fétides organiques, les expériences de Gaspard et Masendie, qui ont produit une sorte d’'empoisonnement typhique chez les animaux en leur injectant des matières putrides, et qui ont déterminé une progression croissante de phénomènes graves par l’injection de putrilages de végétaux, d'animaux herbivores, d'animaux carnivores, de poisson pourri. Nous avons déjà exprimé un jugement sur ces faits en apparence contradictoires. Rappelons qu'il faut distinguer iei : 4° lexpansion des émanations animales dans l'air vague, ou leur concentration dans des enceintes plus ou moins fermées © 2° l’état frais, ou la putréfaction plus ou moins avancée des matières qui fournissent ces émanations; 3° le degré d’aisance des ouvriers, leur âge, leur force de réaction, leur nourriture, leur aptitude individuelle à ressentir ou à neutraliser l'effet des émanations animales: enfin, leur acclimatement dans l’atmosphère qui en est saturée. Les bouchers réunissent toutes les conditions avantageuses, viandes fraîches, diffusion des produits qui s'en dégagent par volatilisation, régime ïortifiant, etc. : quoi d'étonnant à les voir en rubiconde santé ? Que l’on examine, d’après les points de vue précités, les différentes professions nommées plus häut; presque toutes trouvent, ou dans la dissémination des miasmes, où dans des conditions spéciales, ou dans l’aisance des ouvriers, l'explication de leur innocuité. Il n’en est pas de même pour les fossoyeurs qui exhument des débris de cadavres ; aussi courent-ils alors des dangers que l’on n’écarte d’eux qu’à force de précautions (voy. page 569). Les fosses d’aisances, les égouts qui n'ont pas été curés depuis longtemps, s’éloignent aussi des conditions d’innocuité, etc’est ce que personne ne nie, pas même Parent-

GESTA. — PROFESSIONS A MATIÈRES ANIMALES. 919 Duchâtelet (voy. page 543). Nous avons indique les règles d’hygiène applicables aux amphithéâtres, aux lieux d’équarrissage (page 60), aux fosses d’aisances (tome 1), aux vidangeurs et égoutiers. Les émanations animales ont-elles un pouvoir de préservation contre la phthisie? On connaît l'ancien usage de loger les phthisiques au-dessus des étables. Lombard à trouvé que les ouvriers entourés d'émanations animales sont environ deux fois moins sujets que les autres à contracter la phthisie pulmonaire.

Une foule d'ouvriers vivent au milieu des poussières animales de toutes sortes : tels sont ceux qui travaillent la laine et la soie, les chapeliers, les couverturiers, les brossiers, les fourreurs, les matelassiers, les plumassiers, les cardeurs, etc. Parent-Duchâtelet, après avoir constaté le bon état de santé d'ouvriers vivant au sein de poussières épaisses d'origines diverses, pose en principe qu’elles ne peuvent nuire qu'aux individus en proie ou au moins prédisposés à la phthisie pulmonaire. Lombard place, au contraire, en seconde ligne des causes de phthisie, et immédiatement après les poussières fines et dures, les substances filamenteuses, comme celles qui servent au travail des cardeurs, des fileurs, des plumassiers et des brossiers; toutefois les chiffres sur lesquels il a opéré sont trop limités.

Le battage à la main des laines teintes ou chaulées, qui n'ont pas été bien lavées, et le pergnage à sec des couvertures pour les garnir de poils à leur surface, sont des opérations qui, pénibles par les efforts de bras qu’elles nécessitent, donnent lieu à un dégagement de poussières capable d’occasionner des affections pulmonaires ou de les aggraver, et d’en hâter la terminaison funeste ; le battage des laines à la mécanique est exempt d’inconvénients. Nous renvoyons à l'ouvrage de Villermé pour les détails relatifs à la santé des ouvriers qui travaillent dans les manufactures de laine. Il n’a pas vu, comme le prétend Patissier, les ouvriers qui travaillent debout, être atteints de varices, d’ulcères aux jambes, ni les foulonniers sujets aux anévrysmes du cœur, Les peigneurs de laine éprouvent des maux de tête à cause du charbon de bois qu'ils brüûlent dans leurs fourneaux ; on leur a conseillé de placer ces fourneaux sous une cheminée à tirage énergique ; dans le peignage à la mécanique, la vapeur d’eau remplace le charbon. Les laines d'Angleterre, lavées sur le dos même des moutons, n’ont pas cet inconvénient. Le lavage des laines dans les cuves, leur dégraissage dans une eau chaude alcaline, leur séchage, leur teinture, sont des travaux qui se font à l'air libre; leur battage soit par les mécaniques appelées

diables ou loups, soit à l’aide de baguettes, produit une poussière nuisible, mais qui en plein air ou dans des ateliers à fenêtres ouvertes, fournit peu à l'absorption. Le peignage à l’aide de peignes d'acier chauflés sur des fourneaux qui dans certains ateliers manquent de cheminée d’appel ou de tuyaux de tôle communiquant à l'extérieur, donne assez souvent lieu à des accidents d’asphyxie qu’il est aisé de prévenir.

Patissier avance que les trieurs et laveurs de laine en suint sont sujets au charbon et à la pustule maligne, mais les ouvriers ont assuré le contraire à Villermé ; toutefois les trieurs qui manient les laines avant tous les autres exécutent un travail immonde, et répandent autour d’eux l'odeur du ranci des toisons.

La chapellerie emploie les poils les plus propres au feutrage, castor, loutre, chameau, lièvre, lapin, laine de cachemire, de vigogne et des agneaux de deux ans. Ces toisons sont nettovées, peignées et battues (dégalage), débarrassées des longs poils qui ne frisent pas (ébarbage et éjarrage), et disposées au feutrage par l’action d’une brosse trempée dans une solution étendue de nitrate d'argent (sécrétage). L’arconneur fait ensuite passer les poils sur les cordes d’un instrument appelé violon. Les pièces ou plaques de poils qui résultent de ce travail sont ensuite roulées, comprimées entre des feuilles épaisses de papier, et suffisamment feutrées; elles sont foulées en tous sens pendant trois ou quatre heures avec de la lie de vin ou de l’eau aiguisée d’acide sulfurique. Le dressage sur une forme, la teinture et l’apprêt complètent ces opérations. L'arçonnage et la coupe de poils ont été longtemps réputés insalubres. Parent-Duchâtelet a combattu cette opinion par des faits. La provenance des toisons peut avoir son danger; Guérard (1) a visité une femme découpeuse de poils de lapin et chez laquelle un œdème charbonneux, développé à la paupière, avait envahi la face, le cuir chevelu et le cou. Quand les toisons ont été trempées dans la lie de vin, il s'élève des cuves des buées d’une odeur insupportable; l’eau aiguisée d’acide sulfurique n’a pas cet inconvénient. La poussière noire qui se dégage à flots par le battage du feutre après sa teinture, est une autre cause d’incommodité qui justifie le classement des chapelleries dans la deuxième catégorie.

Soie. Dans les manufactures de soie, deux opérations compromettent gravement la santé des ouvriers : le tirage des cocons et le cardage de la filoselle; de pauvres femmes, assises toute la journée dans la saison des plus fortes chaleurs, auprès d’un fourneau et

(i) Rapport général du Conseil de salubrité de Paris, 1848.

d’une bassine d’eau bouillante, tirent la soie des cocons, au milieu des émanations infectes de la chrysalide ; et d’autres, plus misérables encore, les aident, sous le nom de tourneuses, en faisant marcher à bras leur dévidoirs. Vincens et Baumes (1) les disent sujettes aux fièvres putrides, aux congestions pulmonaires, à l’hémoptysie, à une sorte de bouffisure du visage, à l’enflure des jambes et des pieds, aux furoucles, à des tumeurs qui ressemblent à l’anthrax, etc. Le battage et le cardage des débris de cocons séchés au soleil (filoselle ou frisons) soulèvent des poussières malsaines. Au rapport de Boileau de Castelnau et de tous les médecins du pays de Nimes, les cardeuses de la filoselle sont pâles, ont les yeux rouges, une toux fréquente, presque continuelle, et sont attaquées d’ophthalmie chronique, d’hypertrophie du cœur, de phthisie pulmonaire ; les plus intrépides ne peuvent continuer ce métier au delà de quarante-huit à cinquante ans, Ces observations concordent avec celles de Vincens et Baumes et avec celles de Ramazzini, qui attribuait une âcreté particulière aux cadavres des vers à soie. Pendant le dévidage des cocons, le contact de l’eau bouillante où ils sont plongés, détermine dans les derniers temps surtout un gonflement avec ramollissement de l'extrémité des doigts, et parfois des crevasses et des abcès. Sous le nom de mal de ver ou de mal de bassine, le docteur Patton, de Lyon, a décrit une éruption vésiculo-pustuleuse qui se montre à la naissance et dans l'intervalle des doigts ou sur le dos et dans les plis de la main; cette éruption dure cinq ou six jours quand elle est hénigne ; le plus souvent elle a une durée moyenne de quinze jours et s'accompagne de vives douleurs; parfois elle se complique de phlegmons très graves. Les lotions astringentes moderent ce mal qui paraît n'être point sujet à récidive ; les ouvrières qui l'ont eu, jouissent ensuite d’une sorte d'immunité. Il est à désirer que des machines remplacent un jour le travail de la main dans les deux opérations dont nous venons de parler. Depuis l’émission de ce vœu (deuxième édition), Alcan et Linet ont appliqué la vapeur au dévidage des cocons, et ont ainsi apporté un notable amendement aux conditions sanitaires de l’industrie séricicole. L’orgasinage ou moulinage de la soie paraît être un métier tout à fait imnocent.

Crins. De même qu'il faut bien laver les laïnes avant le battage, pour en rendre la poussière moins abondante et moins désagréable à l’odorat, de même il faut, au déballage, assamir les crins et les laver à la vapeur de l’eau bouillante. Un homme est mort à l’hôpi-

(1) Topographie de Nimes, 1802.

tal de Seez, pour s'être servi d'un mouchoir dans lequel il avait conservé longtemps les crins d’une jument (Huzard). En effet, Les crins, imprégnés de sécrétions cutanées et de sang, salis par les matières fécales qui s’échappent au moment de l’abatage ou de la mort naturelle, sont mis en ballots pour être expédiés du Brésil, de Buénos-Ayres ou de la Russie ; ils donnént une poussière dé débris animaux fermentés, altérés, qui, respirée en grande quantité, peut agir comme un poison, sans que les animaux soient morts de maladies contagieuses. Dans les prisons de Metz, la plupart des détenus sont employés à battre, à éplucher et tirer le crin. Outre la toux et l'irritation perpétuelle des bronches que la poussière entretient chez eux, ils absorbent les émanations délétères qui se dégagent des crins de qualités inférieures, Le docteur Ibrelisle, de Metz, a observé chez quinze d’entre eux des éruptions furonculeuses, chez sept des anthrax, dont plusieurs fort graves, et chez les autres des tumeurs intermédiaires entre le furoncle et l’anthrax (1). Si dans les ateliers libres ces accidents ne surviennent point, c’est que le déballage et le battage ont lieu en plein air; les crins sont triés à la main, peignés par un procédé mécanique, filés, puis soumis à l’ébullition dans une chaudière à robinet inférieur qui déverse immédiatement les eaux dans un conduit souterrain, ensuite ils sont séchés et frisés.

Les fanneries, mégisseries, corroiries, sont des foyers d’émanations animales qu'on laisse multipliér dans les villes. Les peaux sont apportées fraîches ou en vert, c’est-à-dire très odorantes; salées et séchées, elles subissent ensuite un traitement par la chaux ou par l’action de la vapeur, d’un courant d’eau chaude ou simplement celle de l’eau courante ; ces opérations qui facilitent le grattage des poils, constituent le travail de rivière. Les peaux ainsi préparées sont mises en couche avec du tan (écorce de chêne broyée) ou de l'alun ; c'est le tannage, suivi du séchage et du graissage à l’aide du suif fondu ou de l'huile de dégras. Les manipulations des corroyeurs et des maroquiniers, moins compliquées, sont l’humectation, le battage, le graissage et la teinture des cuirs. On voit que cette industrie produit une grande quantité de résidus organiques, solides et liquides, très putrescibles, et devenant presque toujours pour le voisinage une cause d’insalubrité par l’omission ou l’observance difficile des précautions nécessaires. Les citernes d’eaux sales, les plains, les cuves, les fosses doivent être étanchés ; les cours et dé-

(1) Annales d'hygiène. 1845, t. XXXIIT, p. 339.

pendances pavées de grès rejointoyé avec une pente suffisante pour l'écoulement des eaux dans la citerne; les eaux grasses doivent s'écouler par des conduits souterrains ou être transportées dans des tonneaux bien fermés jusqu’à un cours d’eau où l’on puisse les déverser. La bourre et la tannée ne doivent pas être conservées dans l'intérieur des usines. Les mégissiers sont exposés à deux maladies des doigts, décrites par Armieux : la première, dite choléra des doigts, consiste en une ecchymose de la partie interne des doigts, où la peau finit par s’ulcérer; de là, au contact de la chaux, des souffrances atroces; la seconde, nommée rossignol, plus douloureuse encore, consiste en un trou capillaire à l’extrémité des doigts, dû à l’'amineissement de la peau corrodée par la chaux, et mettant l’air en contact avec les papilles nerveuses. Des gants huilés préserveraient les ouvriers de ces deux altérations.

Les boyauderies ont été rangées avec raison dans la première classe des établissements insalubres ; elles doivent être éloignées au moins de 100 mètres de toute habitation, et situées sur le bord d’une rivière ou d'un ruisseau. L’infection qu’elles répandent est des plus méphitiques ; les ouvriers qui débutent éprouvent des troubles fébriles des voies digestives qui cèdent à l'emploi des purgatifs (Guérard et Chevallier). Les principales opérations consistent à dépouiller les intestins de la graisse que les bouchers y ont laissée adhérente et des matières fécales qui les obstruent, puis à en séparer par une macération de six à huit jours dans des tonneaux remplis d’eau, la membrane péritonéale dont le dégraissage n’a enlevé que des lambeaux. Quand la putréfaction est assez avancée, les boyaux sont immergés à plusieurs reprises dans l’eau fraiche, et ratissés sous la pression de l’ongle; ils sont ensuite soufflés et portés au soufroir où ils blanchissent et perdent leur odeur. Le conseil de salubrité de Paris prescrit de ne recevoir dans les boyauderies que des intestins préalablement nettoyés dans les abattoirs, de transporter journellement les résidus à la voirie, de préférer le procédé par les alcalis au procédé de fermentation pour séparer les matières animales fermentescibles ou solubles d'avec les deux membranes de nature musculeuse et fibreuse qui sont employées dans l’industrie, de répandre continuellement du chlorure de chaux dans les ateliers et d’en saupoudrer les débris de fabrication avant de les envoyer à la voirie.

Les fabriques de colle forte utilisent les brochettes ou raclures de peaux préparées par les mégissiers, les buenos-ayr es ou peaux d’emballage et rognures de peaux venant du Brésil, les effleurures ou

débris de la fabrication des buffles, les patins ou gros tendons de bœuf, les rognures des parchemineries, les fanneries ou parties rejetées par les tanneurs, et les os qui, sans prix il y a cinquante ans, sont aujourd’hui un élément de trafic important et de fret des navires. Les matières sont macérées dans un lait de chaux, égouttées, desséchées, dénudées dans l’eau bouillante au bain-marie jusqu’à ce que le liquide de la chaudière, soumis à un courant d’air froid, se prenne en gelée. Les os sont dégraissés et traités, soit par la chaleur dans une chaudière autoclave, soit par l'acide chlorhydrique. Les fabriques où l’on n’agit que sur des os sont rangées dans la troisième classe, les autres dans la première; les eaux qui s’en écoulent sont chargées de matières animales, fermentescibles et répandent une odeur infecte.

Les fonderies de suif, de graisse, ncommodent par leurs vapeurs sébaciques, quel que soit le mode de fabrication. En plein air, une buée lourde et nauséabonde flotte sur les poëles et répand son méphitisme aux alentours des abattoirs, seules localités où la fonte des suifs en branche est autorisée à Paris. En vase clos et avec le concours des acides qui identifient avec le suif les débris de chairs dont il est accompagné, il n’y a pas de résidu (creton), 1l y a moins d'odeur; mais d’après Bizet, cette odeur modifiée, moins choquante pour l’odorat, acquiert un caractère de nocuité ; elle occasionne aux ouvriers des douleurs thoraciques et un malaise qu'ils évitent en opérant la fonte des suifs dans les vases découverts. Le procédé de Darcet, consistant à introduire par petits morceaux le suif en branche dans une chaudière de cuivre rouge et de l’y chauffer en contact avec 1 d’acide sulfurique et 50 pour 100 d’eau, donne des produits plus blancs et plus fermes, un creton plus facile à sécher, mais il ne supprime pas l'odeur infecte, irritante et diffusible de cette fabrication.

Les générateurs à vapeur étant d’un usage presque général dans ces fabriques comme dans celles de colle forte, on exige habituellement que les gaz dégagés des matières en fabrication soient ramenés dans le foyer des fourneaux et brûlés avec les matières combustibles ; ce qui procure le double avantage de détruire des émanations insalubres et d'utiliser des produits propres à la combustion; mais ce moyen crée un danger d'incendie par la communication du feu à la chaudière à travers les conduits.

GESTA, — PROFESSIONS A MATIÈRES VÉGÉTALES. 9925 S #.— Professions à matières végétales.

Ï. —- EMANATIONS VÉGÉTALES.

L'influence qu’exercent les émanations des végétaux vivants a été signalée (t. I, p. 537). Les agriculteurs, les jardiniers et les fleuristes, constamment entourés d’émanations végétales, sont loin d'en souffrir. Mais nous ne pensons pas qu’on puisse, avec Lombard, rapporter à cette cause le petit nombre de phthisiques parmi les professions agricoles. Nous ne reviendrons pas sur l'influence des émanations des végétaux qui se putréfient sur le sol ou dans l'eau. Nous avons étudié en détail les effets morbides que l’on rattache à cette classe d'agents toxiques et les moyens de préservation qu'il convient de leur opposer.

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