‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 3)Chapitre 136 sur 155 · IX. — Zinc · texte numérisé non relu

IX. — Zinc

L'emploi de ce métal a pris une extension considérable dans les usages domestiques et dans les constructions; il s’est substitué heureusement au plomb pour la toiture des maisons, dans la préparation des couleurs, pour la fabrication d’un grand nombre d’ustensiles, etc.

On extrait le zinc de la calamine et moins abondamment de la blende où il est associé au soufre et au plomb. $es plus riches gisements appartiennent à la Belgique et à la Prusse. Ce minerai, séparé de l'argile qui se délite par une longue exposition à l'air, lavé et calciné dans des fours coniques analogues aux fours à chaux, est ensuite pulvérisé sous des meules verticales, tamisé, mélangé avec moitié de son poids de houille sèche en poudre et introduit dans des espèces de cornues de terre que l’on chauffe à blanc dans des {ours de réduction. Le travail de ces fours comprend : le chargement des creusets, le tirage du métal et le nettoyage onu le remplacement des creusets. Dans ces opérations, les ouvriers sont exposés à l’action d'une haute température et des vapeurs du zinc. Les recherches de Chevallier ont établi que cette dernière influence ne se traduit par aucun résultat fâcheux pour leur santé et leur longévité ; on à observé seulement, parmi les ouvriers les plus âgés, quelques cas d'asthme, dus sans doute à l’inhalation très prolongée des poussières. Celles-ci, lancées en grande quantité par les fours à zinc, agissent-elles sur la végétation et sur les animaux ? L’herbe des prairies, certains légumes et arbres à fruit (pêcher, pommier,

(1) Loc. cit.

GESTA. — PROFESSIONS A MATIÈRES INORGANIQUES. 965 cerisier, etc.) paraissent en souffrir, de l'aveu même des industriels du zinc, mais saus qu’on puisse en accuser plutôt les émanations du zinc que l’action toute mécanique des matières pulvérulentes ; il faut aussi considérer la nature de ces terrains métallifères, peu favorables par eux-mêmes au développement des plantes et des arbres. L'enquête faite en Belgique n’a pas démontré la réalité des maladies que le zinc aurait produites sur le gros bétail. La couperose blanche (sulfate de zinc) est le seul élément très soluble des poussières des fours à zinc; en évaluant celle des dix fours de la Vieille-Montagne à 320 kilogr. par jour (32 kilogr. par four) et à 125 000 mètres carrés l'étendue territoriale où elles se disséminent on a pour chaque mètre carré 2 grain. 54 de poussière en 24 heures, et, comme À gram. contient 0,007 d'éléments solubles, les 2 gram. 54 de poussière déversée en 24 heures sur 1 mètre carré de surface renferment 0,0175 de sels solubles dont une partie seulement adhère aux herbes des pàäturages; cette proportion est trop minime pour nuire à la santé des ruminants ; au reste, en raison du peu d’élévation des cheminées et de leur pesanteur spécifique, les matières qui s’'échappent des fours à zinc retombent à peu de distance. Du linge placé le matin à 100 mètres d'intervalle des fours, n’a présenté à trois heures de l'après-midi aucune trace de dépôt de poussière.

Le laminage du zinc est une opération moffensive pour la santé des ouvriers, ainsi que Chevallier l’a constaté dans la plupart des usines ; elle exige la refonte des lingots ; les plaques de zine, chauffées à 100 degrés centigrades, passent ensuite entre des laminoirs de fonte, mus par la vapeur ou par un cours d’eau.

C’est fux fonderies de zinc, surtout à celles de zinc et de cuivre, que Blandet a imputé une maladie spéciale, caractérisée par la courbature, des douleurs musculaires, de l’oppression, de la céphalalgie, des hallucinations, des bruits de marteau dans les oreilles, des vomissements, des frissons persistant durant trois à quatre heures et se terminant par une réaction fébrile avec sueurs copieuses. La courbature métallique où maladie de zinc, comme l'appelle Blanchet, dure de 28 à 48 heures, et se produit le jour ou le lendemain du jour de fonte dans les conditions suivantes : tirage imparfait de la cheminée, vent contraire rabattant la fumée dans l'atelier, clôture de celui-ci pendant l'hiver, coulée du métal en fusion au milieu de l'atelier. On l'observe dans les fonderies d’alliages de zinc et de cuivre, non dans celles de zinc seulement où ce métal est liquéfié à une température moins élevée; elle cède d’ailleurs

aux sudations et aux purgatifs. Le vin chaud et le thé sont les remèdes empiriques des ouvriers. Nous pensons avec Guérard que, dans les faits de ce genre, il faut tenir compte de l’action de plusieurs fourneaux ardents sur l’encéphale, du travail prolongé, de l’ingestion d’une grande quantité d’eau, etc.

Le produit qui intéresse le plus l’hygiène, c’est l’oxyde ou blaric de zinc que Leclaire est parvenu à substituer à la céruse, par lé perfectionnement économique des procédés de fabrication. Les ouvriers qui y sont employés sont exposés en partie à une haute température ; tous sont tapissés de la tête aux pieds par la poussière de blanc de zinc. Bouchut a signalé chez eux (1) des maux de gorge, de la toux, des démangeaisons et des éruptions superficielles aux aines, au scrotum et aux aisselles. Une ventilation mieux réglée et l'usage réglementaire du pantalon à pied et de la blouse fermée ont supprimé ces accidents. Quant à ceux dits cadmiques, fièvre nocturne, céphalalgie, agitation nerveuse, ivresse passagère, les vérifications minutieuses de Chevallier et Tardieu, et l’observation si imposante de Ravyer ont prouvé qu'ils n'étaient pas réels. L'industrie du blanc de zine, si fertile en applications salubres aüx arts, n’offre par elle-même aucune insalubrité.

Après le fer, le zinc est sans contredit le métal qui prête aux usages les plus variés : toitures et gouttières, citernes et réservoirs, tuyaux, conduits d’eau et pompes, plaques hydrofuges, doublages, chevillages et clouages des navires, baignoïirés, vases et usténsilés d'économie domestique, enveloppes de conserves et munitions, zinc perforé, fil de fer galvanisé, grains métalliques, caractèrés typo= graphiques, etc. Il a cela d’excellent, suivant la judicieuse remarque de Tardieu, que, tandis que le danger dés autrés métaux estdans la facilité de lear oxydation et dans la solubilité dé leurs oxydes prompts à former avec les acides beaucoup de sels à propriétés toxiques, il donne lieu à un oxyde innocent par lui-même et réla= tivement insoluble.

Nous avons mentionné l’emploi du zinc pour citernes, gouttières (voy. p. 109), pour les ustensiles de ménage (p. 700). Nous empruntons à M. Schauelèle les résultats shivants d'expériences qu'il a poursuivies avec persévérance et qui sont d'accord avec cellés de Payen et Chevallier :

Mise en contact avec le zinc, l’eau-de-vie contient des träces de ce métal dès le premier jour; au bout de huit jours, elle en contient

(1) Annales d'hygiène, 1852, t. XLVIL, p« 5.

une quantité notable; dans un vase de fer galvanisé, elle contient des traces de zinc vers le deuxième jour et une quantité très apprécable vers le huitième jour.

Le vin, l’eau de fleur d'oranger et le vinaigre attaquent les vases de zinc et de fer galvanisé et contiennent, après 24 heures, des proportions notables de zinc. Le vinaigre en contient le plus.

Nulle trace de zinc dans l’huile d'olive, même après 15 jours de conservation dans des vases de zinc et de fer galvanisé.

Il ya du zinc, après 24 heures, dans le bouillon maigre placé dans ces deux espèces de vases; le bouillon n’en a offert en proportion sensible que vers le quatrième jour.

Les deux espèces de récipients cèdent du zine au lait au bout de L8 heures.

Contrairement aux observations de Boutigny, l’eau conservée dans un vase dezine, n’a présenté au bout de 13 jours aucune trace de zinc; celle qui avait été mise dans un vase de fer galvanisé, en a fourni des traces. L'eau distillée les révèle dans Les deux vases dès le cinquième jour ; l’eau de Seltz dès le premier dans le fer galvanisé, au bout de 24 heures dans le zinc, a dissous ce métal qui augmente notablement au bout de deux Jours.

L'eau salée dissout du zinc en notable quantité après 24 heures de contact avec ce métal et le fer galvanisé.

Après 15 jours de contact, M. Schauefèle a trouvé les proportions suivantes de zinc dans les liquides filtrés et clairs :

Liquide retiré Liquide retire Noms des liquides. du vase de zinc. du vase de fer galvanisé.

PTE PS CRE OO ET 0,95 0,70 1) PÉCPELEEPRTÉLENTEFET 3,95 4,10 Eau de fleur d’oranger..... 0,50 0,75 Vinaigre....s...es.s..s. 31,75 60,75 Bouillon gras............ 0,46 0,00 Bouillon maigre......... , 0,86 1,76 bal di ss. sas: us. se he cb à 5,13 7,00 OT CON PP 4,45 0,40 1 1 9.) POTTER 0,35 0,30 Eau distillée ::.:.::,.:.. des traces. des traces. Eau commune, .:.:,:.:.... néant, des traces.

Huile. d'OMVE.... cup ne 4 néant. néant.

On est parvenu à fabriquer des clichés et des caractères d’imprimerie en zinc d'une grande netteté ; cette Innovation préservera ies fondeurs en caractères et les imprimeurs typographes des accidents d'intoxication saturnine ; elle supprime une autre cause d'insalubrité, l'emploi du sable, la fonte du zine s'opérant dans des matrices métalliques, non dans des moules siliceux, L'oxyde de zinc réalise,

dans la peinture, l'un des plus salutaires progrès que l'hygiène professionnelle ait eu à enregistrer; il assainit non-seulement la peinture en blanc, mais celle en jaune et en vert; grâce à la déconverte d’un siccatif approprié que l’on mélange par avance au blanc dezine (2 p. 100), on substitue des couleurs inaltérables et d’une application innocente aux teintes infidèles et perfides de plomb, de cuivre, d’arsenic. Le blanchiment des dentelles, l'apprêt des cartes et papiers, des cartons-porcelaines et des toiles à tableaux, la préparation des fards, la confection des mastics destinés à luter les points des machines à vapeur et les ajustages des divers tuyaux, etc., touter ces opérations et d’autres qui se faisaient avec les dangereux composés de plomb, s’exécutent aujourd’hui à l’aide du blanc de zinc. Ce produit sert aussi à préparer des enduits hydrofuges, formant une couche inaltérable sur les surfaces de pierre, plâtre, ciment, bois et métaux.

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