IV. — EXCRÉTION ALVINE
Les déjections d’un homme adulte ont été évaluées à environ 5 onces par jour, ce qui équivaut à 0,05 ou 0,10 des aliments solides et liquides qu'il a ingérés. D'après ce calcul, il passerait 0,90 à 0,95 de ces substances dans le sang, pour compenser les pertes qui, le poids du corps restant le même, s’opèrent par la sécrétion urinaire et par la transpiration. Haller (1) rapporte plusieurs évaluations de la proportion des excréments aux aliments et boissons. D’après Dalton, elle est, en onces, de 5 : 91 —1 : 18 en hiver, et de 4 1/3 : 90 — 1 : 20 en été; la proportion aux aliments est d'environ 4 : 7 ou 4 : 8, de sorte que ceux-ci cèdent au sang environ 0,85 à 0,87. En général, l’adulte se débarrasse dans les vingt-quatre heures, sans douleur, de 125 à 160 grammes de matières fécales. Les caractères de l’excrétion alvine sont en rapport avec l'espèce, l’état général de la constitution, l’âge, le régime : ils varient dans chaque espèce animale, quelle que soit la nourriture (2); ils traduisent avec une exactitude précieuse pour l’observation hygiénique et clinique l'état actuel de l'organisme et les besoins de l'assimilation : les aliments nutritifs, sous un petit volume, donnent peu de résidu chez un homme sain qui digère et dont l'absorption est vive; donnés à un malade, ils provoqueront la diarrhée. Dans le premier âge, les excréments sont peu fétides, d’un jaune doré, bien liés, d’une consistance de bouillie liée, sans traces de matière verte ni de grumeaux blancs (matière caséeuse indigérée) ; dans l’âge adulte, fermes sans dureté, d’un jaune brun, moulés, c’est-à-dire ayant la forme des gros intestins dans lesquels ils ont séjourné quelque temps; dans la vieillesse, l'imperfection des selles correspond à la détérioration du tube digestif (voy. tome Ï, AG£s). En dehors de ces conditions absolues, le régime modifie les selles; chez les herbivores elles ne sont ni aussi fréquentes ni aussi copieuses que chez les carnivores. Le premier signal de la défécation est
(4) Elementa physiologiæ, t. V, p. 62.
(2) Burdach, Traité de physiologie, t, IX, p. 336.
la stimulation que les matières excrémentitielles exercent sur les muscles du rectum parvenu à un certain degré d'extension ; or cette stimulation dépend de la nature des excréments, qui elle-même varie suivant la qualité et la quantité de l'aliment. Une nourriture fade et peu abondante rend le ventre paresseux. Les excréments sont durs chez les individus livrés aux travaux de l'esprit, chez ceux qui éprouvent de grandes fatigues corporelles, chez les buveurs de vin et de liqueurs alcooliques. Une nourriture excessive et succulente fournit des selles copieuses et molles. Quant au nombre des selles, il diffère suivant les mêmes conditions que leurs qualités physiques. Les sujets nerveux, sanguins et bilieux sont plus disposés à la constipation que les Iymphatiques. Chez le nouveau-né, la stimulation du rectum par les excréments est promptement suivie de déjections dues à la réaction organique de la moelle épinière; les selles se répètent trois, quatre fois et plus dans les vingt-quatre heures. Plus tard, la volonté intervient dans l’acte de la défécation, soit pour le faciliter en contractant les muscles abdominaux, soit pour le retarder par l’action du sphincter externe de l’anus. Chez le vieillard, les alternatives de constipation et de diarrhée sont le résultat d’une même cause, de l’affaiblissement de l’innervation cérébro-spinale : constipation par inertie de l'intestin, du diaphragme et des parois abdominales ; diarrhée par défaut d'action de la volonté sur le sphincter externe dont la résistance est facilement vaincue par l'effort que la masse fécale exerce sur lui de haut en bas. En général, le besoin de la défécation se répète toutes les vingtquatre heures, et le plus souvent dans la matinée, après le réveil ; il est susceptible de revêtir un type périodique. Qu'il se manifeste ou non, Loke conseille de se présenter tous les matins à la selle, et cette habitude, se répétant à une heure déterminée, finit par entraîner la nature et devient avec le temps le meilleur préservauf contre la constipation. Ce que l'habitude peut sur cette fonction ét dans quelles limites celle-ci peut osciller sans détriment pour la santé, nous l'avons énoncé (tome |, voy. HABITUDE). — La constipation et le relàchement du ventre dépendent souvent du régime et du genre de vie; à ce titre seulement il y a lieu d’en parler ici; c’est surtout dans la disconvenance du régime avec le tempérament et la constitution qu'il faut chercher la cause de ces deux états. Les constitutions molles, Iymphatiques, disposées à la diarrhée, réclament des aliments toniques, l'usage du vin vieux et des boissons aromatiques, telles que le café; une nourriture opposée contribuera à entretenir la liberté du ventre chez Les bilieux et les sanguins tourmentés par
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une constipation habituelle. Il importe de reconnaitre si celle-ci tient à l’irritation ou à l’atonie du tube digestif : cette distinction établie, la conduite à suivre est clairement indiquée. En général, pour prévenir la constipation, il faut user des aliments les mieux appropriés à sa constitution, ne pas dépasser la ration ordinaire, proportionner l'exercice du corps à la quantité de nourriture, éviter le trop long séjour au lit à cause de la situation horizontale qu’on y garde et de la chaleur qui s’y accumule à la périphérie du corps. Les gens de labeur intellectuel souffrent de la constipation par deux causes : d’abord le défaut d'activité musculaire, ensuite la concentration cérébrale qui empêche la perception du besoin d’aller à fa selle ; d'où provient à la longue la diminution d'irritabilité du rectum. L'abus des lavements produit le même effet, et la constipation augmente par les moyens employés à la combattre, le rectum se dilatant et par le liquide injecté et par les matières qui s’y amassent ; ses fibres transversales qui ne forment point un anneau complet, l'absence de tunique péritonéale, le voisinage d'organes mous et compressibles auxquels il est uni par un tissu cellulaire lèche et chargé de graisse, favorisent sa dilatation passive. On a signalé sut fisamment le danger des purgatifs, des évacuants, des désobstruants que le charlatanisme propose, que l'ignorance accepte, que le préjugé popularise; les hypochondriaques, les gens déréglés, demandent aux drogues ce qu'ils croiraient payer trop cher par le sacrifice de quelques habitudes : c’est dn régime seul que l'on peut attendre une modification durable dans le rhythme fonctionnel d'un appareil d’organes. Nous n’allons pas toutefois jusqu'à proscrire l'usage intermittent des injections anales, l’emploi à de plus longs intervalles des pilules dé rhubarbe et d’aloès, quand il n’est point contre-indiqué par les conditions individuelles ; mais ces moyens sortent du domaine hygiénique. La disposition à Fa diarrhée présente les mêmes éléments de diagnostic : due à lPirritabilité excessive des intestins, à un excès de stimulation alimentaire, elle exige des moyens tout autres que lorsqu'elle provient de leur asthénie, d’une susceptibilité nerveuse qui donne lieu à des accidents spasmodiques, d’une exagération morbide de la solidarité qui existe entre, les deux téguments : il convient alors de joindre aux précautions du régime alimentaire l'exercice modéré, l'usage des bains frais de courte durée, des frictions sur la peau, l’entretien soigneux d’une température douce sur toute la surface cutanée et surtout aux pieds, a l'aide de vêtements de laine et de flanelle, etc. Chez les enfants les digestions incomplètes s’annoncent par la coloration verdâtre des
La
fèces qui, examinées attentivement, présentent alors des parties de caséum non digéré sous forme de grumeaux blancs, et des gouttelettes microscopiques de la partie grasse du lait (1).