VI. — EXCRÉTIONS GÉNITALES
1° Chez l'homme, pour ce qui concerne la sécrétion spermatique, l'opportunité du coït, sa mesure, Les abus et les excès auxquels il donne lieu, les effets qui en résultent, le traitement hygiénique qui s’y rapporte, nous renvovons au tome [ (ÂGES et SEXES). 2° Chez la femme, les excrétions génitales sont, indépendamment de celles qui ont lieu pendant l'acte et hors du temps de la copulation, les menstrues, les lochies, le lait; tout ce qui intéresse la marche normale de ces excrétions importantes, les soins hygiéniques qu'elles nécessitent, a été indiqué aux articles ÂGES, SEXES, HABITUDES MORBIDES, RÉGIME, etc.
Tégument externe.
JL. — Prat.
Elle est une des formes du système cutané dont les deux autres sont les membranes muqueuses et celles qui tapissent les cavités closes (1); sa destination est multiple et entraine la complexité de sa structure. Elle couvre les organes sous-jacents d’un voile résistant, dense, extensible, graduellement rétractile, apte à glisser ; elle les contient, les limite et les préserve des atteintes des agents extérieurs : le double feuillet épidermique et le chorion sont les instruments de cette protection. Par le corps papillaire dont les nerfs émanent exclusivement de l’axe cérébro-spmal, elle est le siége de la sensibilité générale, du toucher. c’est-à-dire du sens qui multiplie le plus nos rapports avec le monde extérieur et renouvelle sans cesse en nous le sentiment de notre propre existence ; la couche épidermique se moule sur les épanouissements nervoso-vasculaires qui constituent les papilles. Suivant que telle ou telle portion de sa surface est plus spécialement affectée à l'exercice du tact ou au simple office d’une protection mécanique, on voit changer aussi ses conditions d'épaisseur, de densité, de richesse vasculaire et nerveuse, de développement de papilles et de cryptes : plus épaisse au crâne qu’à la face, au dos qu’à la face antérieure du tronc, aux membres inférieurs qu'aux supérieurs: très forte et presque scléreuse aux talons et à la base des orteils, elle acquiert, au voisinage des orifices muqueux, une délicatesse si grande, que les deux moitiés du système cutané se confondent par des gradations
(4) Voyez Lacauchie, Études hydrotomiques et micrographiques, 1°° mémoire, Paris, 1844, p. 68.
1h9 HYGIÈNE PRIVÉE.
presque insaisissables. Comme la membrane muqueuse, la peat sécrète, exhale et absorbe ; ces dernières fonctions, qui seules ici nous intéressent, se lient, aussi bien que celle du tact, à l’existence d’un appareil complet de circulation, vaisseaux artériels, veineux et lympbhatiques, dont les divisions peuvent être poursuivies jusque dans les couches superficielles du derme. Les excrétions cutanées sont les suivantes :
4° La transpiration dite insensible qui contribue si efficacement à la constance de la température animale (voy. tome I, page 379). La sueur n'est que l’excédant du fluide perspiratoire que l'air n'a pu dissoudre : c’est ainsi que les hommes ou les animaux, échauffés par la course, sont à la fois baignés de sueur et entourés d’une atmosphère vaporeuse; c’est ainsi que par l’interception de l'air, la sueur se produit sur la main plongée dans du mercure ou recouverte .de taffetas ciré : elle n’est donc pour ainsi dire qu’un phénomène accidentel dû à un excès de sécrétion, ou au défaut d’évaporation par accès difficile de l'air, comme au creux des aisselles. Avec la sécrétion aqueuse de la peau augmente la proportion des matières solides qui s’en échappent; là sueur se mélange d’ailleurs avec la matière sébacée ou smegma cutané ; de là la différence de ses caractères d'avec ceux de la transpiration ordinaire. La sueur qui imprégnait un gilet de flanelle porté pendant soixante-dix jours a fourni à Thenard des chlorures potassique et sodique, de l’acide acétique, des traces de phosphates calcique et ferrique et de substance animale. Berzelius a trouvé dans la sueur du front, de l’osmazôme, de la matière salivaire, de l'acide lactique, du chlorhydrate d'ammoniaque, et beaucoup de chlorure sodique. On doit à Favre (1) une analyse plus récente et plus compiète de la sueur :
Pour 1009 parties.
Chlorure de sodium.....,.... . 2700 Chlorure de potassium ,....... 133 2,43 Sulfates alcalins....... SAT AUUE ES 0,11 Albuminates alcalins...........,. - 0,05 Lactätes "alcalihs". : PINS ë TT Sudorates alcalins......... s'160: 15,62 Hiée ss due did t ie AE TES EE AC ‘ 0,42 MAUETES ÉTASSES. : . .. + AIN TRE 0,15 HA P ES PRE MENU FORT vi, 9955,73
Elle peut, en outre, contenir des traces de phosphates alcalins, de
(4) Comptes rendus de l’Académie des sciences de Paris, novembre 1852, et Archives générales de médecine, 5° série, 1833, t. IT, p. 1 et suiv.
LXCRETA.— BXCRÉTION CUTANEÉ. 113
phosphates alcalino-terreux et des débris d’épiderme. On voit que les recherches de Favre l'ont conduit à découvrir dans la sueur l'existence de l’urée et d’un nouvel acide, qu'il a appelé sudorique, et qui n’est point sans analogie avec l'acide urique. Le parallèle suivant, établi par le même chimiste, montre dans l'urine et la sueur la prédominance du sel marin; et egtre ces deux produits d’excrétion une certaine analogie de nature, bien que les sulfates et les phosphates, abondants dans le premier, fassent presque défaut dans le second :
Sueur sur 14 litres, Urine sur 44 lities.
LE r, COhlotäremi ira irii sis ik 31,630 ST 01 8 QUEARES saine mar cod d'idée 0,160 21,769 PR dns: «2 à sois traces Da38 Acides exprimés en soude réelle 4,83 2,494 Matières organiques. ....... 22.920 139,650
La nature du smegma qui se forme à la tête, aux aisselles, à la région pubienne, à la plante des pieds, communique, en se mêlant à la sueur de ces parties, une odeur et une composition chimique différentes. La sueur des enfants est moins odorante et moins aigre que celle des adultes ; celle des personnes à cheveux blonds et roux n'affecte point l'odorat de la même manière que celle des individus bruns; quelques races humaines, telles que les nègres et les Caraibes, paraissent avoir aussi une sueur d’une odeur particulière, Enfin, il est des constitutions qui ne transpirent point. Une disposition excessive à suer, quand elle ne coïncide pas avec une alimentation exubérante, est un indice de l’atonie de la peau et souvent de tout l'ensemble; la peau est alors aussi plus délicate et plus impressionnable : la moindre oscillation de l'atmosphère, le plus faible courant d'air l’affecte et retentit sympathiquement sur les organes internes. Active et perméable, elle diminue pour l’homme la chance des affections des organes respiratoires et abdominaux, des maladies catarrhales et hémorrhoïdaires, etc. En oblitérant par des enduits imperméables la surface d’évaporation cutanée, Foucault (1) a déterminé chez divers animaux des désordres graves, suivis de mort plus où moins promptement. H. Boulay, ayant enduit de goudron, ou d’une double couche de colle forte et de goudron, la peau préalablement rasée deplusieurs chevaux, les a vus périr avec les symptômes de l’asphyxie; l’autopsie a fait voir tous les tissus gorgés de sang noir, surtout les muqueuses, les poumons et le foie :
(1) Comptes rendus de l'Académie des sciences de Paris, t. VI, XII et XVI.
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la rétrogradation de lacide carbonique non éliminé par la peau a-t-elle donné lieu à une asphyxie lente {de neuf heures à dix jours)? Longet incline à cette interprétation. D’après Hufeland, des causes qui contribuent à multiplier parmi nous ces maladies, ainsi que la goutte, la phthisie, l’hypochondrie, les fièvres gastriques, bilieuses et muqueuses, la plus active, c'est notre négligence à entretenir notre peau dans un état continuel de propreté et de vigueur par l'usage des bains. Principal théâtre des crises, il faut qu'elle soit perméable et douée d’une grande énergie pour que la nature dirige vers elle les mouvements de sa force médicatrice. Le dernier des hommes, dit Hufeland (1), a l’intime conviction que l'entretien de la peau est nécessaire à la santé des animaux. Le palefrenier néglige tout pour étriller, bouchonner et laver son cheval; et si l'animal tombe malade, à l'instant même il soupçonne qu'on a bien pu négliger les soins de la propreté. Chez la plupart des hommes la peau est obstruée et privée d'action : l’omission des bains et la malpropreté sont générales parmi les classes inférieures; dans les rangs plus aisés de Ja société, les vêtements trop chauds, les fourrures, les lits de plume, la vie sédentaire, l'air confiné des appartements débilitent et relàchent la peau.
2° La matière fournie par les glandes sébacées, qui, dans les parties où elles existent, disposées généralement en grappe et dans un plan superposé aux glandes sudoripares, forment, d’après Ch. Robin (2), deux groupes, les unes sébacées proprement dites, ayant une embouchure commune avec les petits follicules pileux, les autres souvrant dans de larges follicules pilifères; le produit qu’elles sécrètent, et qui apparaît sous forme de gouttelettes graisseuses dans leurs cellules, contribue à protéger le corps papillaire, à conserver à la peau sa souplesse, à en adoucir les frottements, surtout aux plis qu’elle forme, à la soustraire à la macération des liquides, à préserver les poils de l'humidité. Le fluide sébacé, ou smegma, graisse le papier gris placé sur la peau; par excès de sécrétion ou malpropreté, il s’accumule jusqu’à produire des couches ou croûtes de matière grasse, onctueuse et odorante. L'analyse de la matière contenue dans un follicule sébacé agrandi a donné à Nees d’Esenbeck de la stéarine, de l’osmazôme, des traces d’élaïine, de matière salivaire, de l’albumine mêlée à de la matière caséeuse, et
(4) La Macrobiotique, ou l'art de prolonger la vie de l'homme, traduit par ÀA.-J.-L. Jourdan. Paris, 1838, p. 39.
(2) Histoire naturelle des végétaux parasites. Paris, 1853, p, 488.
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différents sels inorganiques. 400 parties de l’humeur sébacée qui recouvre la peau des nouveau-nés, ont donné : 10,15 de margarine, d’oléine, de margarates et d'oléates alcalins ; 5,40 de matière azotée, d’épithélium, etc.; 84,45 d’eau. Le smegma cutané est sécrété abondamment par le cuir chevelu; il enduit et pénètre les cheveux, qui semblent en être des conducteurs; cette excrétion est encore plus considérable chez les animaux, notamment chez les brebis, dans la laine desquelles elle forme le suint. Après le cuir chevelu, c’est au voisinage des appareils des sens qu’elle abonde le plus : tels sont la chassie sécrétée par les glandes de Meibomius et la caroncule lacrymale; le cérumen, qui sort liquide des cryptes du conduit auditif et s'y épaissit. L’extrémité libre des ongles est aussi le siége d'une légère sécrétion de smegma cutané; enfin il est très copieux aux pieds, qu'il entoure d’une crasse noirâtre chez les individus malpropres, aux organes génitaux des deux sexes; chez l’homme, il forme à la couronne du gland un dépôt blanchâtre qui, outre les autres éléments de la matière sébacée, contient de la cholestérine ; il acquiert parfois une âcreté putride, et Lallemand le considère comme une des causes de pollutions et de masturbation. Les réflexions que nous avons faites au sujet de la transpiration s’appliquent encore ici. Le moyen hygiénique par excellence contre les inconvénients de l’accumulation du produit sébacé, c’est l’eau sous forme de bain général et partiel, de lotion et d'ablution à l'extérieur et à l’intérieur (injections entre prépuce et gland), etc. Nous traiterons plus bas de ces applications.
5° Le pigment qui, propre à tous les hommes {les albinos exceptés), détermine la coloration générale et permanente de certaines races, et, chez les autres, est l'élément des colorations locales ou accidentelles. Il est sécrété par la membrane pigmentale de Flourens (appareil chromatogène de Breschet et Roussel), laquelle, appliquée immédiatement sur le corps papillaire, n’est séparée du second épiderme que par la couche colorante elle-même ; très apparente chez le nègre et chez le multre, elle se laisse apercevoir facilement sur les mamelons colorés des femmes blanches. Est-elle destinée à défendre la peau contre les effets de l’irradiation solaire ? Ev. Home concentre sur son bras nu les rayons du soleil : sa peau devient douloureuse et des phlyetènes s’y montrent; un nègre, cependant, soumis à la même expérience, n’en ressent rien ; suivant qu’il couvre son bras d’un drap noir où d’un drap blanc, il supprime ou renouvelle les premiers effets, résultat que nous expliquerons plus loin (Véfement).
h° Les couches épidermiques qui déterminent la périphérie du corps. Sec, solide, translucide, l’épiderme s’épaissit en quelques parties, notamment aux paumes des mains et aux plantes des pieds; s’use et se renouvelle par le frottement des corps étrangers ; s'amincit et s’exfolie à sa surface sous forme de petites écailles qui abondent au cuir chevelu et qui se détachent dans le bain de tous les points du corps; absorbe l'humidité, qui le renfle, le ramollit et le blanchit, comme cela se voit après l'application de cataplasmes ; même sur le vivant il s'empare des acides, des sels métalliques et de divers pigments végétaux, et les colorations qui en résultent ne disparaissent, le plus souvent, que par la desquamation de la portion d’épiderme qu’elles occupent, et son remplacement par une nouvelle couche épidermique. L’acide sulfurique et le nitrate d’argent noircissent l’épiderme, le chlorure d’or le teint en pourpre, le nitrate de mercure en brun rouge, le carthame en rouge, le roucou en jaune, l’indigo en bleu. Ces faits sont intéressants pour le choix des vêtements sous le rapport de leur couleur.