‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 3)Chapitre 34 sur 155 · LIT. — CIRCONSTANCES EXTÉRIEURES · texte numérisé non relu

LIT. — CIRCONSTANCES EXTÉRIEURES

1° Périodicité diurne. — Les circonstances de la journée exigent souvent que l’on change de vêtement ; cette mutation agit à peu près comme les vicissitudes atmosphériques, moins l'influence directe de celles-ci sur les voies respiratoires : elle comporte des précautions qu'il est inutile de détailler, surtout chez les enfants et les valétudinaires. Rien de moins raisonnable que de remplacer, pendant les soirées d'hiver, le chaud vêtement de la journée par de frêles et légères parures, que l’on craint de froisser par la superposition exacte d'un manteau. Que de jeunes femmes ont payé de leur vie ou de leur santé les charmantes témérités de leur toilette, et combien de ces belles épaules nues sur lesquelles la mort pose, au seuil du bal, sa froide main ? Dans les pays chauds, les -oscillations de la température sont si marquées du jour à la nuit, que le vêtement du matin ne peut servir le soir, où la rosée se condense à la surface du corps. Le lit remplace le vêtement pendant la nuit;

APPLICATA.— DES VÉTEMENTS. 255

le malade s’y réfugie comme dans un milieu plus approprié à ses organes. De toute manière, la moitié de la vie humaine se passe au lit ; il n’est donc pas inutile d'insister sur les conditions de cet appareil vestimentaire. Sa base est le matelas, plan élastique et mou qui résulte d’un mélange de laine et de crin. Le lit de plume ne Île vaut pas et s’unprègne de l'humidité et des exhalaisons ; il entretient le corps dans un état de chaleur et de moiteur qui affaiblit les principales fonctions et le système musculaire, là est l'origine de maintes névralgies, congestions viscérales, pollutions nocturnes, etc. La laine n’est pas exempte de ces inconvénients ; le erin doit Ini être préféré. Les observations du docteur Stark trouvent ici une application utile. Dans beaucoup de pays, on emploie avantageusement à la confection des matelas des productions végétales, telles que la balle d'avoine, les spathes de maïs, la fougère, certaines mousses moelleuses, des goëmons, une zostère foliacée; elles procurent un coucher ferme et frais, qui convient aux individus Jeunes, sanguins, irritables, ete., mais il importe de les renouveler assez fréquemment. Les matelas doivent être cardés une ou deux fois par an, leur toile lavée, leur contenu purifié au moyen de l’aération, du lavage, des fumigations. Le nombre et l'épaisseur des matelas, les paillasses à ressorts métalliques ou rembourrées de paille et de foin, donuent au lit sa hauteur, son degré de souplesse ou de résistance, son pouvoir conducteur du calorique auquel contribuent les draps, les couvertures, les duvets. Les draps de toile ou de coton ne sont pas connus dans l'Orient, où l'on ne se déshabille que partiellement pour se coucher ; ils ont une utilité incontestable : ils seront d’un tissu ni trop grossier ni trop fin; dans le casernement militaire, ils sont changés tous les quinze jours, cette règle devrait être étendue à tous les établissements civils. Les couvertures sont de larges écrans qui s'opposent au rayonnement du corps qu'ils abritent, et leur effet protecteur est en raison de leur épaisseur et des matières qui les composent. Dans le Nord, on se couche entre deux lits de plume qui accumulent le calorique, provoquent la transpiration et en retiennent les produits ; les oreillers dits édredons ont une partie de ces inconvénients. En général, on compose les lits d’une manière trop uniforme, alors qu'ils doivent être appropriés, comme les vêtements mobiles, aux conditions de l'individualité et de la climatologie. Une couche trop flasque, trop chaude, amollit les jeunes organisations, prolonge sans besoin leur sommeil, énerve leur vigueur musculaire, leur ôte l'appétit, rend leur digestion pénible et leur nutrition languissante : les femmes

délicates, les vieillards s’en accommodent mieux: encore l’habitude, prise dans les jeunes années, peut-elle beaucoup pour eux. « (Juod enim contra consuetudinem est, nocet, seu molle, seu durum est.» (Celse.) Toutefois, pour tous les individus faibles par l’âge, par la constitution ou la maladie, les moyens de protection doivent être renforcés au lit, le corps réagissant moins pendant le sommeil contre les causes extérieures. Dans l’état de maladie, le lit acquiert une importance extrême et contribue, par sa disposition, à l'issue du traitement: tantôt le corps, impuissant à se redresser dans la verticale, a besoin d’un support moelleux qui permette le repos absolu des muscles; tantôt un lit mécanique aidera à varier utilement les attitudes. Les lits durs, inégaux, humides, ne sont-ils pour rien dans les gangrènes cutanées qu’on observe si fréquemment chez les typhoïdes traités dans les hôpitaux? L'homme sain, comme Je malade, doit être affranchi au lit de toute compression, de toute ligature ; un air pur doit s'offrir à sa respiration et circuler sans obstacle autour de sa couche.

2° Périodicité annuelle. — «Les vicissitudes des saisons, dit Hippocrate, engendrent beaucoup de maladies, » Axiome vrai chez nous comme en Grèce. La statistique de nos hôpitaux montre l’accroissement numérique et l’aggravation des maladies au printemps et vers l'automne : le vêtement est destiné à combattre la cause de ces maux, car il est le correctif de l'atmosphère. Le pouvoir calorifique de l’organisme ne peut se proportionner d'emblée aux mobiles agressions de la température ambiante : il est lent à se renforcer aux approches de l'hiver, lent à décroître en été. D'ailleurs les nuits de l’été ressemblent parfois aux journées de l’hiver. Comme il est impossible d’opposer aux caprices de l'atmosphère une perpétuelle variété d’habillement, nous posons en règle qu’il ne faut modifier celui-ci qu'aux époques culminantes des deux moitiés de l’année, caractérisées par le maximum et la stabilité de la chaleur ou du froid. Pendant les saisons transitoires, et au début de l'hiver et de l'été, nous recommandons l’uniformité des vêtements de drap. On a retranché du costume militaire les pantalons de toile, et le soldat s’en trouve bien. En Afrique, la santé de nos troupes s'est améliorée avec l'usage permanent des habits de laine ; même remarque à été faite aux Antilles par Rochoux. Plus d’une personne, à notre connaissance, s’est guérie d’une excessive susceptibilité des bronches ou des intestins, en renonçant aux mutations périodiques des vêtements. La laine est un élément principal de la prophylaxie au Sénégal, à la Jamaïque, à Calcutta, etc.; et comme

APPLICATA.— DES VÉTEMENTS. 257

la plupart des régions tropicales sont infestées de marais, les tissus de laine ont l'avantage d'être peu perméables aux effluves, et d’entretenir l'action éliminatoire de la peau. La population indigène de l'Orient donne partout l’exemple de ces usages cosmétologiques, qui sont l'expression naïve des besoins, et dont deux particularités frappent le voyageur : l’une est le soin avec lequel elle protége la tête; l’autre est l'adoption universelle d’un large écran en forme de manteau : hêram du Bédouin pauvre, burnous de l'Arabe aisé, caban du Moréote, du pâtre corse, du Maltais, ete. Ce vêtement, ample et d'un tissu mauvais conducteur, les défend le jour contre les rayons solaires, le soir contre la rosée. Excepté le nègre, qui expose au soleil sa tête lanugineuse et grasse, tous ont des couvrechef : l’Indien son parasol, le Turc son hemma ou turban en châle, le pauvre fellah une calotte de laine, le matelot des ports de la Méditerranée son bonnet phrygien, Espagnol son sombrero à larges bords, ete. Il y faut ajouter, il faut populariser dans nos co lonies et fournir à nos soldats en marche sous les rayons du soleil d'Algérie ou des tropiques un léger burnous de cotonnade blanche qui aura la salutaire propriété de les maintenir dans un milieu moins chaud de 10 à 12 degrés centigrades que l'air extérieur ; il conviendra encore de blanchir à l'extérieur leurs habitations dans ces contrées, de les y faire camper sous des tentes de même couleur : déjà les Anglais, dans les Indes, font usage du burnous blanc conseillé par Coulier ; il s’agit d’en généraliser l'emploi au profit de nos troupes dans les pays chauds. Dans les climats septentrionaux, la superposition des vêtements de laine et des fourrures oppose une barrière épaisse à l'atteinte du froid. Le capitaine Ross mentionne la surprise de ses matelots à la vue des Groënlandais se dépouillant successivement d’un grand nombre de vêtements qu'ils entassent par-dessus une fourrure fine et douce placée en contact immédiat avec la peau. La forme étroite des vêtements contribue à maintenir au corps sa température, et si dans nos climats tempérés elle à pour . but la facilité des relations, elle répond dans les climats du Nord à une nécessité de l'existence. C’est dans les climats extrêmes que le vêtement est le mieux compris et le mieux appliqué. Dans nos pays, où la succession des saisons est rapide et imprime de continuelles fluctuations à l'atmosphère, on se résigne à grelotter en hiver, à étouffer en été, parce qu’on prévoit le terme prochain du froid et de la chaleur, Chaque température étant également instable, on se dispense bien à tort de déplover assez de ressources contre un ennemi passager.

Les vêtements que l’on quitte sont imprégnés de matières excrementitielles et de substances du dehors. Les tissus de lin, de chanvre et de coton, s’en débarrassent parfaitement par le lavage ; les vêtements blancs d’autres étoffes laissent voir aisément leur degré: de propreté. Le lavage entraîne les matières qui souillent les tissus, chasse et renouvelle l’air plus ou moins altéré qui séjourne dans leurs mailles ; mais il importe que la dernière eau de lavage soit pure et s'évapore sans résidu, que le séchage ait lieu à l'air libre et ventilé. Les vêtements épais de laine, les étoffes de soie, de velours, se prêtent peu à cette opération ; il faut au moins les battre et les aérer aussi souvent que possible. Les odeurs qui imprègnent ies vêtements s’en dégagent par la simple exposition à l'air et comme par rayonnement (voy. plus haut, Véfements); parfois il y a lieu d’y joindre des lotions chlorurées, savonneuses, alcalines, ou des fumigations avec le chlore, avec l'acide sulfureux (gale); on peut encore, dans les cas où l’on soupçonne l'absorption par les vêtements de miasmes ou de virus contagieux, les soumettre à des courants d'air chaud et sec, ou chargé de vapeur d’eau d’une température supérieure à celle de l’ébullition, qui entraînent les principes délétères en traversant le tissu ou leur communiquent une plus grande expansion en ÿ déposant du calorique. Les parfums ne servent qu'à masquer les odeurs désagréables, sans détruire la cause nuisible qui les exhale.

ARTICLE II

Page 1