‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 3)Chapitre 38 sur 155 · III. — RÈGLES GÉNÉRALES D'HYGIÈNE OCULAIRE · texte numérisé non relu

III. — RÈGLES GÉNÉRALES D'HYGIÈNE OCULAIRE

L'école de Salerne les a brièvement résumées en ces vers :

Balnea, vina, venus, ventus, piper, allia, fumus,

Porrum cum cæpis, faba, lens, fletusque, sinapis,

Sol, coitusque, ignis, labor, ictus, acumina, pulvis, [sta nocent oculis, sed vigilare magis.

Un air pur est le meilleur topique des veux; mais trop chaud et trop desséché, il les irrite par l'éclat de la lumière, par l’évaporation des larmes; sec et froid, il n’a que l'inconvénient de provoquer cette sécrétion, tandis qu'une température froide et humide dispose aux ophthalmies catarrhales. Un courant d’airtrès froid, reçu brusquement sur l'œil pendant un certain temps, comme en chemin de fer, au sortir d’un bal en hiver, peut déterminer une amaurose symptomatique d’un décollement de la rétine par collection séreuse (Desmarres). Les vents agissent sur les yeux par la rapidité de leurs courants, leur température et les matières qu’ils propulsent : on ne saurait trop les en garantir. En 1811 et 1812, Reveillé-Parise a vu des colonnes entières de troupes, en Espagne, forcées de s’arrêter dans leur marche, à cause de la poussière soulevée par les vents si fréquents dans les contrées méridionales de l'Europe. On prévient les inflammations dont les yeux sont alors menacés par des ablutions d’eau fraiche qui entraînent les molécules pulvérulentes et apaisent un commencement d’irritation immédiate (1). Une vue débile, délicate, doit redouter l’exposition brusque au grand air et l’action de l’eau froide. L'usage des aiiments àcres, salés, épicés, les réplétions habituelles de l'estomac, déterminent des accidents d’'hypérémie cérébrale qui s'étend aux organes de la vision. La sobriété les conserve; elle est surtout nécessaire aux personnes qui,

(1) Reveillé-Parise, Hygiène oculaire, ou conseils, ele., 3° édition, 1843.

PERCEPTA. — DE LA VUE. 321 réduites à la vie sédentaire et aux labeurs de l'intelligence, exercent incessamment leurs yeux. L’abus des alcooliques se traduit par la rougeur habituelle des conjonctives oculo-palpébrales, par un regard terne et émoussé, etc. Les buveurs d’eau mettent de leur côté une grande chance de conservation et d’immunité pathologique de leurs yeux. L'inertie, la stagnation domiciliaire leur sont, comme à tous les organes, une cause de détérioration, tandis que l'exercice pédestre au grand air leur procure une utile stimulation de contact, de perspectives et d’accommodations variées. Les voyages en chemin de fer donnent lieu à des maladies d’accommodation sous l'influence desquelles la lecture devient fatigante: elles sont dues à la succession rapide des objets extérieurs qui surprennent les muscles accommodateurs. Si le sommeil trop prolongé congestionne les yeux et les rend plus impressionnables à la lumière, les veilles immodérées les compromettent par le maléfice combiné de l'éclairage artificiel, de l’échauffement des humeurs, de lexcitation rnerveuse, etc. La régularité des évacuations alvines contribue efficacement au bon état de la vue; l’injection et la fatigue des yeux se lient fréquemment à la constipation. L’amblyopie est l'un des chàtiments de l’onanisme et des excès vénériens ; il est souvent aisé de le deviner au clignotement, à la vacillation, à la flétrissure et à la langueur inexpressive des yeux. Nous pourrions étendre, développer cette revue des résultats nuisibles que produit sur le sens le plus précieux l'abus ou l'excès des différents modificateurs hygiéniques, sans donner plus de force aux préceptes qui s'en déduisent et qui se résument tous dans l’appropriation convenable de toutes choses à l’âge, au tempérament, aux forces, aux circonstances extérieures, etc. Le problème de la conservation de la vue est celui de la pondération des fonctions : « {£a valet corpus, sicut valent oculi. » (Hippocrate.) A ce principe général, ajoutons qu'il appartient à chacun d'étudier soigneusement la force de ses veux, de leur donner en tout temps des intervalles de repos qui seront proportionnés à leur faiblesse, de varier les travaux de manière à fixer alternativement les yeyx sur des objets de volumes différents et situés à des distances variées, de graduer la transition matinale de l’obscurité à la lumière, et de s’exposer quelque temps à l’air avant de reprendre la tâche du travail quotidien ; de s'abstenir le soir de l'examen des objets fins dans un lieu sombre, d'éviter le passage subit d’une lumière artificielle à l'obscurité; de se procurer un éclairage suffisant et tranquille, de préférer sous sa lucur l'écriture à la lecture, ete. Il importe aussi de varier les positions pendant

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le travail, en faisant alterner la station assise, la station verticale et la déambulation ; de ne point appliquer les yeux immédiatement après Le repas, et de s'affranchir, pendant la durée des travaux sédentaires, de toute compression susceptible de retenir le sang dans les parties supérieures du corps. Un jour doux, ni trop éclatant ni trop voisin de l'obscurité, convient généralement le mieux; les presbytes seuls ont besoin d’une lumière plus vive. Le lieu consacré aux occupations de chaque jour doit être spacieux, aéré et ne frapper la vue que par les teintes d’un vert clair. Enfin, des lotions seront faites tous les jours sur les yeux, à grande eau et en nappe au moyen d'une éponge: l’eau fraîche est indiquée à cet effet pour les personnes bien constituées, douées de bons yeux, et pendant la saison chaude et sèche; les yeux faibles, délicats, disposés aux irritations catarrhales, s’accommodent mieux de l’eau tiède ou chaude.

ARTICLE IT

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