DE L'EXERCICE
L'antiquité à divinisé la force corporelle sous le nom d'Hercule, et elle à inventé la gymnastique, moins dans un intérêt d'hygiène que pour former des athlètes et des soldats. La société moderne aspire à se gouverner par l'intelligence; dans les luttes qu'elle ne peut éviter, elle compte, non sur la force des individus, mais sur les effets d’une disposition savante des masses ; et elle fait ainsi de la guerre même un hommage à l'intelligence. C’est ce qui explique le luxe des institations gymniques chez les anciens et leur absence chez les modernes. En observant la nature, on reconnait qu'elle à pourvu, par la perfection des organes locomoteurs, à la perfection des mouvements ; leur structure, leur agencement, leurs conditions de force, d'action et de mobilité réalisent l’œuvre de la mécanique la plus achevée : «Lorsqu'on examine les choses de près, on demeure bientôt convaincu que les moyens les plus efficaces ont été employés pour procurer un mouvement énergique et rapide en consommant le moins possible de force musculaire (1). » A chaque accroissement dans les organes correspond un progrès dans la fonction, L'enfant n’a besoin d'aucun maître pour exercer ses muscles dans les ébats d’une salutaire pétulance : la préhension, la gesticulation, le redressement de la tête, dès que les muscles de la nuque et le ligament cervical ont acquis assez de fermeté, la progression sur le sol à l’aide des bras étendus qui tirent en avant le bassin et ses appendices, plus tard la station alternative sur l’une et l'autre jambe, etc., sont autant de résultats de la spontanéité organique. À mesure que l'activité sensoriale se renforce et permet de distinguer les distances, l'ombre et la lumière; à mesure que les contractions musculaires se subordonnent davantage à l'empire du cerveau, l'adresse, l’agilité, la grâce, la force et la sûreté des mouvements se prononcent; l'adulte, dont une éducation vicieuse n’a point faussé l’évolution, présente à l’art le modèle des mouvements, etn'a rien à demander à la gymnastique. Malheureusement l'état social oppose mille entraves au développement et au jeu régulier des
(1) Encyclopédie anatomique, t, I, Mécanique des organes de la locomotion, par G. et E. Weber. Paris, 4843, p. 236.
organes ; la vie sédentaire devient trop tôt la condition de l'enfance et de la première jeunesse, soit dans les écoles, soit dans les ateliers : parmi les professions, Les unes condamnent le système musculaire à linertie, les autres lui infligent une spécialité d'exercice; le plus petit nombre le sollicitent par une variété suffisante de contractions. De là l’utilité et la nécessité d’une gymnastique nouvelle, destinée : moins à poursuivre l'idéal de la force et de l'harmonie des mouvements, qu'à suppléer au défaut d'exercice de certaines parties, à corriger les effets de l’action exagérée d’autres parties, à contrebalancer l'influence funeste de la stagnation du corps ou de ses attitudes tourmentées dans beaucoup de professions.
S 4.— ies mouvements en général.
4° Le mouvement produit des effets immédiats et secondaires locaux et généraux. L'incitation cérébro-spinale est ici la cause déterminante de la contraction musculaire; le stimulant physiologique des muscles consiste donc dans tous les besoins, dans toutes les impressions qui donnent lieu à des actions cérébrales. Tout mouvement suppose trois temps: innervation, contraction et relâchement. Le nombre et le volume des nerfs que reçoit chaque muscle sont en général proportionnels à sa masse; les neris pénètrent le plus souvent dans les muscles par leur partie moyenne et fournissent à leurs deux extrémités des branches qui marchent entre leurs faisceaux et parallèlement à eux ; leurs ramifications les plus déliées passent en travers sur les fibres sans y pénétrer, ét après avoir décrit une anse (Prévost et Dumas), vont se réunir aux plexus dont elles émanent, et s’anastomoser avec des filets voisins, de telle sorte que le plissement de ces anses nerveuses sous l’influence de l'irradiation cérébro-spinale ou d’un courant galvanique, entraine la contraction des fibrilles musculaires. Mais les filets nerveux ne présentent point partout cette disposition (Lauth, Dugès), et Wagner a même remarqué qu’ils se terminent en se confondant avec le tissu musculaire ; d'autre part, les expériences de Longet ont démontré que l'irritabilité est une force inhérente aux muscles vivants et indépendante des nerfs moteurs, quoiqu'elle réclame pour son entretien le concours de nerfs sensitifs ou organiques, et du sang artériel, c’est-à-dire les conditions de la nutrition de tous les tissus vivants. Le stimulus spécial transmis par les nerfs moteurs n'est donc que l’une des causes propres à mettre en jeu lirritabilité musculaire (1). La contraction s'opère par le
(1) Longet, Analomie du système nerveux. Paris, 1843, t. 1, p. G4, G9.
raccourcissement du muscle avec endurecissement momentané de son issu, sans augmentation de l’afflux sanguin, sans changement de couleur; pendant la contraction, les fibres sont agitées par un mouvement continuel (agitation fibrillaire) et qui produit un bruissement particulier, percevable à l’aide du stéthoscope ou par lapplication du doigt sur le conduit auriculaire. On a établi par des expériences directes qu'une fibre contractée se raccourcit d’un quart de sa longueur ; la rapidité de la contraction peut être très grande, comme dans le saut, dans la parole, ete.; quant à sa force, elle peut aller jusqu'à la rupture des os, des ligaments, des tendons. Rameaux (1) l'a évaluée d’une manière ingénieuse: comme toute force peut être représentée par une certaine masse multipliée par la vitesse, la force d’un muscle est égale au poids qu'il supporte, c'est-à-dire à sa puissance, multipliée par sa vitesse de contraction ; il résulte de là que la force d’un muscle augmente avec la vitesse de sa contraction : en effet, les ruptures des os, des tendoris, etc., surviennent dans des circonstances où la contraction musculaire a plus de vitesse que d'énergie, comme celles où il faut éviter un choc, une chute, etc. Dans le relàèchement qui succède à la contraction, le muscle revient à ses dimensions et à sa consistance antérieures. Mais d’autres phénomènes accompagnent et suivent les trois temps élémentaires du mouvement : chaque stimulation nerveuse dirigée sur les fibres musculaires détermine une accélération de la marche du sang et une élévation de la température locale; chaque contraction, en condensant le tissu musculaire, active la désoxygénation du sang artériel dans les capillaires, exprime le sang veineux et le fait refluer dans les veines superficielles, qu’il dilate ; les artères, protégées par des dispositions particulières contre les effets de cette compression, continuent de recevoir leur part de l’ondée systolique. Les muscles, prenant leurs points d'attache sur les pièces du squelette, exercent sur elles une traction en se contractant. Ces pièces étant presque toutes mobiles les unes sur les autres et toute eontraction nécessitant un point d'appui solide, il s'ensuit que le mouvement le plus simple fait entrer en jeu l’antagonisme d’un nombre plus ou moins grand de muscles. Tels sont les phénomènes primitifs et locaux de l'exercice. Par sa répétition fréquente il favorise la nutrition des muscles, l’accroissement de leur volume, la coloration de leur tissu; les leviers osseux, tiraillés, sollicités par l’action musculaire, se développent
(1) Rameaux, Considérations sur les muscles. Paris, 1834, in-4.
et leurs saillies se prononcent davantage, les surfaces articulaires se déterminent et s'adaptent mieux, leurs moyens d'union se fortifient les mouvements s'étendent et se perfectionnent; la circulation, d’abord augmentée dans les muscles qui se contractent, s'accélère bientôt d’une manière générale ; la fréquence et les autres qualités du pouls sont en rapport avec le genre d’exercice, les efforts qu'il nécessite, la vigueur de la constitution et le degré d'habitude : la natation agite extraordinairement le cœur chez les novices, qui n’en supportent que de très courtes épreuves; les sujets aguerris y résistent une demi-heure et plus sans trouble excessif de la circulation. Les évaluations numériques que Nick a faites du mouvement circulatoire produit par chaque mode d'exercice n’ont aucune importance eu pratique. La respiration et la calorification suivent le rhythmedu cœur. La première de ces fonctions s'exécute avec plus de vitesse, et l'air expiré est plus altéré; la seconde maniteste son augmentation par la chaleur générale et les sueurs. Les muscles vivants respirent, c'est-à-dire absorbent de l'oxygène et exhalent del’acide carbonique et de l'azote ; ces phénomènes se continuent encore dans des muscles de grenouille récemment préparés et à l’état de repos; quand on en provoque la contraction, l'échange de gaz est plus que doublé, et il se développe en même temps de la chaleur et de l'électricité (4). La seule contraction sans locomotion suffit pour élever la chaleur. Becquerel et Breschet (2) ont constaté que la température augmente au moins d’un demidegré pendant la contraction d’un muscle ; d’après Peart, cité par Humboldt, on peut échauffer de plusieurs degrés l’eau d’un bain par l'agitation des membres pelviens ; le docteur Beaumont a vu que, sous l'influence de grands mouvements du corps entier ou des membres, la température s'élève d'un degré et demi dans l’estomac plein ou vide. Les gens du peuple luttent contre le froid en se frappant sous les aisselles de leurs bras croisés. Les expériences de John Davy (3) montrent que l'exercice provoque une diffusion de chaleur et un accroissement notable de la température aux extrémités, tandis qu'il l’augmente peu ou point dans les parties situées profondément. Le sang étant considéré comme le milieu échauffant, l'excès de chaleur qui résulte d’une respiration accélérée se
(4) Matteucci, Recherches sur les phénomènes physiques et chimiques de la contraction musculaire (Compt. rend. de l’Acad. des sciences, 1856, t. XLI, p. 648).
(2) Annales de chimie et de physique, 2° série, t. XXXIX, p. 132,
(3) Annales de chimie et de physique. Paris, 1845, t. XHE, p. 187.
GESTA. — DES MOUVEMENTS EN GÉNÉRAL. 337 trouve entrainé avec lui par une cireulation plus active et dépensé à la périphérie, ce qui en prévient l’accumulation dans les organes intérieurs et profonds. J. Béclard (1) a reconnu que, chez l’homme, il se produit moins de chaleur par la contraction musculaire accompagnée de travail mécanique que par la contraction statique, c'est-à-dire sans travail mécanique utile; que la quantité de chaleur qui disparait du muscle produisant un travail mécanique extérieur correspond à l'effet mécanique produit. Suivant cet expérimentateur, il n'y à que cette partie de l’action musculaire non utilisée sous forme de travail mécanique extérieur qui apparaisse sous forme de chaleur; en d’autres termes, la chaleur musculaire est complémentaire du travail mécanique utile produit par la contraction, et les produits de la contraction musculaire, c’est-à-dire la Chaleur musculaire et le travail mécanique extérieur, sont ensemble les expressions de l’action chimique dont le muscle est le théâtre. Simon et Lehmann ont précisé cette action en montrant que les contractions musculaires énergiques ont pour effet d'augmenter les produits azotés de la sécrétion urinaire. Helmholtz (2) a poussé plus loin cette recherche en constatant le lieu d'origine de ces produits, c'est-à-dire de cette consommation de cette matière. Deux membres dela même grenouille étant placés chacun dans une petite caisse semblable, on sollicite la contraction de l’un par quatre à cinq cents clécharges d’un appareil d’induction, tandis qu'on laisse l'autre au repos pendant le même temps ; puis, les portions musculaires de chaque membre sont détachées, pesées et soumises à l’analyse. A l’aide de l'alcool, on obtient les matières extractives solubles dans ce liquide, et voici dans quelles proportions :
EXTRAIT ALCOOLIQUE POUR 100 GRAMMES DE MUSCLES FRAIS. Muscles soumis
à : Muscles au repos.
à la contraction.
Rapport,