‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 3)Chapitre 43 sur 155 · MOUVEMENTS VOLONTAIRES AVEC LOCOMOTION · texte numérisé non relu

MOUVEMENTS VOLONTAIRES AVEC LOCOMOTION

1° Marche. — Eleestle mode de progression habituelle del'homme et l'exercice qui lui convient le mieux. La marche exige non-seulement l’action des membres inférieurs, mais encore celle du tronc et des membres supérieurs. Les premiers exécutent en marchant cinq ordres de mouvements : ils s'étendent, s’allongent et poussent le centre de gravité en haut, en avant et de côté ; ils se détachent du sol; ils se portent en avant ; ils se réappliquent sur le sol chacun à son tour; enfin, celui des deux qui se porte en avant reçoit la plus grande partie du poids du corps au moment même où il pose sur le sol. Le tronc n'exécute pas moins de huit mouvements, d’après Gerdy {1) : chassé par le membre qui reste en arrière, le corps se porte alternativement à droite et à gauche sur le membre qui se trouve en avant; le tronc s'élève et s’abaisse chaque fois que l’un des pieds se redresse sur sa pointe pour se détacher du sol et y retomber ; Le bassin suit par sa moitié correspondante le membre qui se porte en avant et tourne horizontalement par l’autre sur la tête du femur de la jambe qui reste fixée en arrière; la poitrine et les épaules font un mouvement de rotation inverse à celui du bassin, surtout quand on balance les bras; chacun des côtés du bassin s'élève et s’abaisse alternativement, en mème temps que le corps se balance en sens inverse, de manière à s’incliner à chaque pas du côté du bassin qui s'élève et à infléchir alternativement des deux côtés les axes du tronc et du bassin l’un vers l’autre: enfin, les muscles des gouttières vertébrales opèrent simultanément deux efforts : l’un fixe le bassin du côté dont le membre inférieur s'élève; l’autre, moins énergique et correspondant au côté dont le pied est immobile, a pour but de maintenir le corps dans l'attitude verticale pendant la marche. Les mouvements des membres supérieurs, dus à la rotation du thorax sur le rachis, consistent dans un balancement d’arrière en avant et déterminent l'équilibre par leur inversion avec ceux des membres pelviens. Cette décomposition du phénomène complexe de la marche fait ressortir sa puis-

(1) Physiologie. Paris, 1832, t. F, 1'€ partie.

sance d’exercitation musculaire ; elle intéresse tous les muscles de la vie de relation; les viscères eux-mêmes reçoivent une secousse plus ou moins vive à l’mstant où chaque pied rencontre le sol ; les arcs de cercle décrits par le bassin et le thorax, ainsi que les mouvements alternatifs de latéralité du bassin et du corps, impriment aux organes Internes un balancement utile: la respiration et la circulation s’accélèrent en proportion de la vitesse de la marche. Voilà done un exercice général que l’on gradue à volonté dans sa durée et son intensité, qui exige le concours de deux sens, la vue et l’ouïe, et que l’on peut combiner avec les influences de l'atmosphère et du sol, des saisons et des climats, de manière à modifier simultanément l’encéphale et l’état statique des autres organes. La jouissance que l’homme éprouve à s'emparer de l’espace, la succession des objets extérieurs qu’il fait passer plus où moins rapidement sur lhorizon par le jeu volontaire de ses muscles, les impressions variées des sites, de la lumière et des ombres, toutes les puissances de l’univers extérieur avec lesquelles il entre en conflit par les sens, par le mouvement et par la pensée, que faut-il de plus pour faire de la marche l'exercice par excellence pour l’homme sain, convalescent ou malade ? — Les effets varient suivant la forme et la nature du terrain. Sur un sol dur, résistant, parsemé de menus obstacles, chaque pas communique à la machine un ébranlement plus fort ; on l’atténue en appuyant d’abord sur le sol la pointe du pied dont les brisures décomposent le mouvement ; sur un terrain uni et mou, la secousse résultant de la marche est à peine sentie; sur un terrain inégal, tous les muscles se contractent pour amortir les commotions que produirait un faux pas, c’est-à-dire une différence maperçue du niveau du sol. En effet, une partie du poids du corps se porte sur le membre qui s’avance, et la ligne de gravité sort de la base de sustentation du pied de derrière, au moment où le pied de devant va s'appliquer sur le sol: aussi y retombe-t-il pesamment, et, dans le cas du faux pas, la commotion peut être assez forte pour déterminer une entorse, une luxation du pied avec ou sans fracture de la jambe, etc. Dans la marche ascendante, le premier membre fléchit davantage ses articulations, et celui de derrière fait un plus grand effort pour se détacher du sol et ramener le corps en avant; pour incliner le tronc, les muscles fléchisseurs antérieurs de la tête et du rachis prennent leur point d'appui sur le thorax qu'une suspension momentanée de la respiration rend immobile et incompressible : de là l’essouf- -flement de Ia montée; la fatigue se fait sentir surtout au genou de

la jambe portée en avant et dans le mollet du membre rejeté en arrière. Une curieuse découverte des frères Weber explique mieux encore le genre particulier de lassitude que les voyageurs ressentent dans les ascensions aux hautes sommités du globe. Le relâchement des muscles ni le poids du membre inférieur n’éloignent point la tête du fémur de la surface de la cavité cotyloïde ; la seule pression de l’air extérieur suffit à le maintenir dans ses rapports avec l’articulation dans tous les modes de rotation, et toutes les amphiarthroses paraissent se trouver dans la même condition. Dans les régions où l'air est très raréfié, il faut que la force musculaire supplée à l'insuffisance dans leurs cavités articulaires, et c'est là que les articulations deviennent làches et mal assurées (1). Dans la descente, les muscles vertébraux luttent contre la tendance du corps à tomber en avant, tandis que les jambes et les cuisses demifléchies semblent agrandir en avant la base de la sustentation.

Le nombre des pas dans un temps donné est réglé: 1° par la longueur de la jambe qui se porte en avant ; 2° par la durée des oscillations qu’elle exécute. Or, cette durée, comme celle des oscillations du pendule, est en raison inverse de la longueur de la jambe, abstraction faite de l'accélération que leur communique l’effort musculaire. En négligeant cette dernière influence, on constate qu'il est pour chaque homme une mesure de pas qu'il ne peut excéder sans gêne. Pour une marche commode et aussi prolongée que possible, il faut que la jambe oscillante se pose après avoir effectué la moitié seulement de son oscillation (E. et G. Weber).

Par la marche accélérée, un homme de moyenne stature peut acquérir un maximum de vitesse dont les frères Weber ont calculé les éléments : |

L'ONDBLEUTEUL DA se ee 0 em Fee Don FN ele els gs D 0°,8656 Dürbe Das PPS SLON OPA SRE ESS AA 0° 332 Vitesse de déplacement, ou espace parcouru en une minute. 2,608 Chemin parcouru en une heure ..... L'HNTIRA AURAS A 29.4419 9389"

Dans la marche ordinaire, accélérée, lente et processionnelle, le pied de la jambe oscillante s’applique à terre par toute l'étendue de la plante; une autre variété de marche qui peut s'effectuer avec divers degrés de lenteur ou de vitesse, s'exécute sur la pointe du pied,

(1) Encyclopédie anatomique, t, 1 : Mécanique de la locomotion chez l’homme, traduit par A.-J,-L. Jourdan. Paris, 1843, in-8 et atlas.

c’est-à-dire que les phalanges des orteils et les extrémités des métatarsiens sont les parties qui touchent le sol; elle ne prête pas à la même célérité que la marche, qui a pour condition la pose du pied sur le sol d’abord par le talon, ensuite par toute l'étendue de la plante. La plus grande vitesse que l’homme puisse obtenir dans ce mode «le progression se représente, d’après les mesures des frères Weber, par les éléments suivants :

Longueur du pas ........... ht Sr ee Pa ES 739 Durée du pas ..... trahi LAS: LL PAPE ONE RS PES SA À 0°:328 Vitesse de déplacement, ou espace parcouru en une minute. 28,347 Chemin parcouru en une heure.........,.....:...:..:. 8450"-

La marche est le mode de locomotion le plus usité dans l’armée, et pour ainsi dire le principe de ses exercices. Les fixations empiriques auxquelles on est arrivé pour une si grande masse d'hommes ont une valeur tres grande pour l'hygiéniste ; elles expriment des moyennes qui font foi.

Vitesse de l'infanterie en marche.

Vdusèé ESPACE ESPACE DÉSIGNATION DES PAS. dans ER EEE une minute, ; une minute, une heure, Mètres. Kilom.

Pas ordinaire (de 66 centimètres)... 76 49,40 3 LES COUP PE PE cg dr 100 65,00 ll Pas accéléré..... SIEENNN 230 110 71,90 4,290 Pan abtélérés sus cs se + dise ais ts 120 78,00 4,680 CAS de uma en à 128 83,20 h,992 PAS MARIN .-....... ViVirsrree 153 100,00 6,009

Ainsi le soldat français, vovageant par étapes, parcourt, en moyenne, une lieue de poste par heure, y compris les petites haltes. Les distances parcourues dans le même temps, en rampe et en terrain horizontal, sont dans le rapport de 2 à 5. Un piéton isolé qui fait une longue route peut parcourir 6 kilomètres par heure, où 100 mètres par minute; le pas de route étant de 8 décimètres, il fait donc 125 pas dans une minute et 7500 dans une heure, et il peut soutenir cette marche pendant huit heures et demie par jour sans nuire à sa santé. Le fardeau du soldat s’élevant à 70 kilo-

392 HYGIÈNE PRIVÉE, grammes, sa dépense de force en voyage s'exprime par la translation de 70 kilogrammes à 51 kilomètres, ou de 3571 kilogrammes à 1 kilomètre.

2° Saut. — Il résulte d’une impulsion assez forte pour animer le corps d’un mouvement supérieur à son poids, et il met en action les membres et tout le corps, qui, courbé sur lui-même, se redresse comme un ressort. Dans la projection qui lui est imprimée par le saut, l’homme parcourt la diagonale d'une série de parallélogrammes construits sur les diverses impulsions obliques et ascensionnelles que lui ont communiquées les différentes fractions des membres et du corps (Gerdy). Quand la pesanteur fait équilibre à la force ascensionnelle affaiblie, il cesse de monter, et, quand cette force est épuisée, il tombe. Dans le saut oblique, il décrit une parabole ; dans le saut vertical, il s'élève: et tombe suivant la verticale ; dans le saut de côté, le membre pelvien opposé au côté vers lequel on se dirige agit plus que lPautre, qui, lui, se porte dans l’abduction. Ce qui agrandit la base de sustentation dans le sens où le corps s'incline, augmente l’obliquité de l'autre membre par rapport au tronc, et par conséquent sa force d’impulsion. Dans le saut sur un seul pied, il y a station sur un seul pied, puis mécanisme du saut ordinaire ; mais le ressort moteur étant diminué de moitié, l’ascension aura moins d’étendue, Dans le saut sur les mains, les membres supérieurs agissent comme les inférieurs dans le saut ordinaire, mais avec moins de force et contre un poids plus considérable, puisque le tronc reçoit l'impulsion à partir des aisselles, et non plus à partir des cavités cotyloïdes. En général, le saut exige la contraction de tous les muscles extenseurs du corps, le jeu de toutes les articulations ; mais les articulations des membres inférieurs et les muscles qui étendent la jambe sur le pied y concourent principalement, ceux-ci par une extension énergique et brusque, ceux-là par la rapidité et l'étendue de leur redressement : de ces conditions dépend l'intensité de impulsion communiquée au corps au moment où s'arrête le redressement articulaire, et par conséquent l'amplitude du saut; toutes choses égales, elle est d'autant plus grande, que la flexion est plus complète, la contraction musculaire plus forte, les membres inférieurs plus longs. Chez les animaux, la force du saut est en raison du nombre et de la longueur des articulations dont se compose le membre inférieur où postérieur, de [a vigueur et de la vitesse de contraction des muscles extenseurs qui les déploient. Après l’exercice du saut, les muscles sterno-pubien et dorso-sousacromien sont les plus endoloris. Quetelet a déterminé par des expé-

GESTA. — LOCOMOTION. 355 riences la hauteur et la Jongueur movennes du saut de l'homme considéré à divers àges de la vie :

Longueur du saut, Hauteur du saut,

LT AN ch ut asie der 2°,04 0,81 HN EE CPE 2”,44 1,06 19 à 30 OR Mere Te © 0e 7, 18 0,88

Dans les sauts que Londe appelle composés et compliqués, le corps ne reçoit des membres inférieurs qu’une demi-impulsion, complétée par l'effort considérable des membres thoraciques qui saisissent avec les mains un point d'appui, soit sur un objet qu'il s’agit de franchir, soit sur le sol à l’aide de longues perches. Ces variétés du saut ont l'avantage de joindre à l'exercice des membres abdominaux une action forte des muscles du thorax, des bras, des avant-bras et des mains. Le saut exerce tous les muscles, quoiqu'il tende à renforcer plus particulièrement ceux des membres pelviens ; il augmente surtout l’élasticité de leurs fibres et la souplesse des articulations. Méthodiquement employé, il donne plus de précision et de régularité aux mouvements alternatifs de flexion et d'extension. IL comporte des intervalles de repos qui préviennent la fatigue ; il est de trop courte durée pour déterminer la gène de la respiration et de la circulation ; par la gradation des hauteurs d’où l’on s’élance il donne au regard plus de sûreté, familiarise avec la vue des lieux profonds, fait cesser les vertiges de la peur, et dispose les articulations des membres pelviens à ployer sous le poids du tronc de manière à épargner aux viscères qu'il contient le contre-coup des secousses et des chutes. Le saut peut nuire par l’ébranlement du cerveau, de la moelle spinale, du foie, etc.; la chute sur les talons peut causer instantanément la mort. On évite ces dangers en se laissant tomber doucement, toutes articulations fléchies, et en abordant le sol par l'extrémité des pieds pour décomposer la secousse. Toutefois il n’est pas toujours aisé de gouverner la chute d’un mouvement si rapide, qui, Joint à la force et à la brusquerie des contractions musculaires, occasionne des hernies, des entorses, des fractures, des luxations.

3° Course. — Mode de progression fatigant qui tient à la fois de la marche et du saut, la course se compose d’une succession de saltations prolongées dans la même direction et dans lesquelles le corps touche la terre, tantôt par un pied, tantôt par un autre, et flotte dans l'air, entièrement séparé du sol, les jambes oscillant à la manière de deux pendules. Chaque mouvement complet de la course se compose des actes suivants : flexion et extension brusque de l’un

des membres inférieurs, projection parabolique du tronc en l'air, mouvement en avant du membre inférieur opposé au membre moteur, application au sol du membre sustentateur, ainsi appelé par Gerdy, parce qu'il supporte momentanément le poids du corps pour devenir bientôt à son tour membre moteur. Les muscles de l'épaule, du bras et de l’avant-bras sont le siége d’une contraction forte et permanente qui consolide le thorax contre lequel se serrent les membres supérieurs dont les fléchisseurs et les adducteurs sont en action. La course exige plus d'efforts au début qu'au bout d'un certain laps de temps, tout corps qui se meut dans une direction horizontale perdant de sa pesanteur en proportion de la rapidité avec laquelle il s’avance. Aussi la course exige-t-elle un point d'appui moins solide sur le sol que la simple marche, et les coureurs qui excellent à rendre leurs mouvements réguliers et uniformes laissent à peine sur un terrain meuble l'empreinte de leurs pas : phénomène qui n’a pas échappé à Virgile et à Ovide dans la description de la course de Camille et d'Atalante. La vitesse et la durée de la course sont en raison inverse du poids du corps et en rapport direct avec la puissance de la respiration, qui se mesure non par les proportions du thorax, mais par le degré d’altération de l'air inspiré. D'après Maissiat, elle est avant tout en raison inverse de la longueur des membres pelviens, considérés comme pendules. Les nègres suivent les pas rapides d’un cheval; les indigènes de Formose et quelques autres peuplades sauvages prennent le gibier à la course. Il y à en Angleterre des coureurs qui ont fait 25 milles par jour, à reculons, pendant six semaines : le coureur Toronsed a été, de la même manière, de Londres à Brighton (72 milles) en huit heures. Ces hommes sont soumis à des préparations dites entraînement, qui ont pour but de réduire le poids de leur corps et d'augmenter la puissance de leur respiration. A cet effet, on débarrasse leurs corps de la graisse et du superflu des liquides qui abreuvent le tissu cellulaire, à l’aide des purgatifs, de la diète et des sueurs provoquées le matin par des courses à jeun et entretenues ensuite par l’ingestion de boissons thétlormes. Après cette première opération, qui exprime du corps les sucs inutiles, on s'occupe à développer les muscles et à donner plus d'énergie aux fonctions nutritives par un exercice graduel et régulier, combiné avec un système convenable d’alimentation. Indépendamment des conditions d'organisation qui constituent le coureur par excellence, il est quelques règles dont l’expérience à montré l'utilité : ainsi H faut rejeter en arrière la tête et les épaules, tant pour empêcher le centre de gravité de s’incliner trop

GESTA, — LOCOMOÏION. 355

en avant, que pour convertir la portion cervicale du rachis, les os des épaules et les humérus en un système solide qui serve de point d'appui à l’action des muscles auxiliaires de la respiration. Le balancement des bras, inverse au mouvement des jambes, corrige les aberrations latérales de la progression ; mais ilne faut point détruire, par l’excès de leur agitation, la fixité du thorax sans laquelle le bassin n'offre lui-même qu’un point d'appui vacillant aux membres abdominaux. On ne multipliera pas les contractions musculaires en relevant les jambes sur les parties postérieures et supérieures des cuisses ; on appliquera chaque pied sur le sal par toute la plante à la fois, car on ne peut courir longtemps et avec force sur la pointe des pieds. Au reste, étant données la taille d’un homme, sa force musculaire et la longueur de ses membres, on prévoit que sa vitesse de locomotion sera d'autant plus grande que ses membres, véritables pendules, battront plus, ou, ce qui revient au même, que la longueur d’oscillation de ses pendules propres sera moindre. Plus donc le centre de masse du membre se trouvera rapproché de l'axe de suspension au bassin, plus la vitesse augmentera, toutes choses égales d’ailleurs. Maissiat, qui a émis des idées neuves et ingénieuses sur la station et la marche, précise ainsi les conditions nécessaires à une vitesse supérieure : pied petit et sec; jarret fin, mollet haut placé et de peu de masse, cuisse forte avec bras de forme analogue ; en un mot, il faut des membres sommairement coniques, tels qu'on les goûte dans les beaux-arts (1). L'équilibre de l’attitude est plus difficile à conserver dans la course que dans la marche; les chutes sont fréquentes, le moindre achoppement les occasionne : les causes s’en trouvent dans la vitesse croissante du mouvement qui entraine le corps en avant, dans la projection continue et alternative de la ligne de gravité d’un membre sur l’autre, dans l’étroitesse de la base de sustentation représentée par la pointe ou la plante du pied, La course est un exercice violent; elle accélère la respiration et la circulation, exalte la chaleur animale, fait couler la sueur : l’essoufflement tient à ce que le coureur, impuissant à faire les inspirations profondes et prolongées dont il a besoin pour la succession des efforts, cherche à y suppléer par la fréquence des mouvements respiratoires, afin de fixer autant que possible sa por trine et sa colonne vertébrale. Dès que ce phénomène commence, il ne respire plus que par les sommets des poumons dont les autres portions conservent l'air nécessaire à leur distension : ce mode de

(1) Mémoires de physique animale, 1843, p. 135.

respiration dure autant que‘le reste de la course, et ne cesse point aussitôt que l’on s'arrête. Les individus débiles ou à poitrime étroite s’essoufflent plus vite; et ce serait faire violence à leur nature que de les astreindre à la course; il en est de même des personnes obèses, à ventre proéminent : l’'emphysème pulmonaire, des congestions vers la tête ou dans les poumons, les lésions du cœur ou des gros vaisseaux, seraient pour eux les suites de cet exercice souvent répété. Les coureurs ne tardent pas à ressentir dans l’hypochondre gauche un sentiment de pesanteur et de gêne qui se change en douleur aiguë, et qui, rapporté à la rate, au diaphragme, est d’origine et de siége obscurs. La course peut devenir cause d’hémoptysie, de pleurésie, de gonflement splénique; quand elle est très rapide et soutenue, la respiration a beau s’accélerer, elle finit par devenir insuffisante, et le coureur succombe à la suffocation ou à la fatigue. La course modérée développe les membres pelviens, procure à tous les organes des secousses utiles, influe sur la respiration, fortifie tout le corps; mais il faut y être habitué et comme dressé. La course cadencée ou pas gymnastique remplit ce but; on s’y prépare par des mouvements sur place accompagnés de la prononciation de monosyllabes à haute voix (un, deux; gauche, droite, etc.). Ces préliminaires assouplissent les articulations, . renforcent les muscles des pieds, des jambes et des cuisses, rendent la dilatation des poumons plus facile et d'accord avec les mouvements des organes locomo teurs ; le rhythme favorise la répétition rapide et prolongée de ces divers actes par l'impulsion magique qu'il donne à la spontanéité organique. Le pas de course gymnastique ou cadencé est de 1 mètre de long, et le nombre de pas est de 200 par minute; le pied doit raser le sol, y poser légèrement par les brisures phalangiennes, le haut du corps doit pencher légèrement en avant, et les avant-bras sont alternativement un peu lancés dans le même sens pour donner le branle au corps.

Le saut de la course est plus long que le pas de la marche, le premier dure moins que le second ; c’est donc dans la course que l’homme acquiert le maximum de vitesse de déplacement. Les frères Weber ont obtenu les résultats suivants de vitesse maximum dans les trois modes de locomotion les plus usités :

Marche sur la pointe Marche sur le

du pied. talon. Course, Longueur du pas ou du saut.... 0M,7580 0",8656 121270 Durée du pas ou du saut....,.. 0/7,323 016832 0/!,227 Vitesse de déplacement, ou espace parcouru en une seconde.... D. 5 2m,608 7,600

Espace parcouru en une heure... 8450 9389 927360

On voit par là que si la course pouvait se soutenir au maximum de vitesse, l'homme parcourrait en une heure une distance de sept lieues de poste (28 kilomètres).

h° Danse. — Mêlée aux rites des religions primitives, aux exercices de la gymnastique militaire des anciens (danse pyrrhique), aux plaisirs des cours les plus policées, aux festins affreux des anthropophages, la danse n’est plus aujourd'hui que la frivole parade des salons ou l’indécente mimique des bals publics. L'exercice dont Socrate a loué l'utilité pour le développement de la force et de la gràce du corps, que le roi psalmiste exécutait pieusement devant l'arche sainte, qui faisait partie des solennités de l’Église primitive, que Henri IV et Louis XIV aimaient avec prédilection, cet exercice sert aujourd’hui d'accompagnement à l’orgie, ou se pratique dans le méphitisme de salons encombrés, avec des toilettes qui étranglent les formes organiques sans les protéger contre les vicissitudes de l'air, pendant les heures de la nuit où le corps affaissé réclame le bienfait du sommeil. Cependant la danse pourrait contribuer à l'éducation physique et seconder l’harmonie du développement ; elle est un correctif de la vie sédentaire qui tient dans l’inaction les extrémités abdominales. Dans les figures variées qu'elle décrit, tantôt elle combine ensemble les phénomènes de la marche et du saut, tantôt elle agite d’un mouvement accéléré et rhythmique toutes les parties du corps en l’entrainant dans les girons de la valse ; elle force les danseurs à tenir la tête droite et les épaules effacées, et d'agrandir ainsi leur thorax ; ils répètent avec vivacité les extensions et les flexions, ils se trouvent à tout instant détachés du sol et flottants dans l’air par le redressement subit des articulations ; le choc qu’ils ressentent à chaque retombée se répercute dans tous les organes; la circulation, la fespiration, se précipitent, la chaleur s’accroit, la sueur coule, toute l’économie éprouve une vive et agréable excitation. Les danseurs de profession nous offrent, dans leur structure, l’effet spécial de cet exercice journellement pratiqué : la nutrition exagérée des muscles du bassin et des membres pelviens, la proéminence de leurs fesses contrastent avec la gracilité de leurs membres thoraciques et la maigreur de leur cou; ces formes leur communiquent une apparence semi-féminine. Le moral est souvent impressionné par la danse ; le capitaine Cook en a fait pour ses équipages un antidote contre la nostalgie. Elle est, pour la jeunesse des deux sexes, une sorte de conflit autorisé où l'âme s'inspire de vagues instincts, où s’exaltent tous les penchants qui entraînent la nature de l’homme à la sociabilité; sous l’aiguillon

de l’amour-propre et de l’émulatioñ des sens, non moins que par là direction des actes musculaires, le corps se redresse avec plus de grâce, de ressort et d’agilité. L’influeëncé physique et morale de la danse est une ressource thérapeutique pour provoquer la menstruatiôn en retard, ou pour en combattre les irrégularités ; mais elle est pleiné dé périls d’un autre genre : trop répétée, élle surexcite les organes de la circulation, si mobile, si irritable chez la jeune fille à peine pubère, et la crainte d’être sevrée d’une jouissance favorite fait taire là douleur, signal d'une lésion grave qui débute et qui s’installe sous le prestige d’une pâleur intéressante et sous les coqu'ettés splendeurs de la mode. Quelques personnes ne supportent point le rôulis de la valse; des symptômes très analogues à ceux du mal de mer, tels que maux de tête, vertiges, nausées, vomissements, syncopes même, les én éloignent irrésistiblement.

5° Escrime. — L'exercice du pieu, auquel s’appliquait l'infanterie româine dans le champ de Mars, est l’origine de l’escrime dont le Vénitien Marozzo à lé premier formulé les principes (Modène, 1536). La fureur des combats singuliers attira à Paris, vers le milieu du xvie Siècle, un essaim de maîtres d'armes. Henri M les érigéa en corps dé communauté; Louis XIV leur accorda la noblésse après vingt ans d'exercice à Paris. Quant à l'instrument de l'escrime, c'est l'épée avec les modifications que le temps lui a fait subir : courte, forte et tranchante sous les Francs ét les rois des deux premièrés races, longue sous saint Louis (éstocade), courte et large sous Henri IV {(braquemart), ou large et grande au point d'exiger le maniement à deux mains (espadon), moyenne et plate sous Louis XHIT ou à trois côtés formant triangle (carrelet). L’escrime nécessite une grande variété d’attitudes, la souplesse des articulations, de rapides alternatives dans les mouvements de flexion et d'extension, de pronation et de supination, dans tous les muscles dés jambes, des cuisses, des bras, dans plusieurs muscles du torse et de la tête, ete. Comme c’est là main qui porte et pare Îles coups, l’escrime perfectionne les mouvements partiels de la maïn, {parades) et ceux de l’avant-bras (bottes); elle les combine, les mêle pour tromper l'adversaire par dé fausses attaques (feintes) : l'assaut est l’imagé d’une lutte à outrance. Dans là défensive, les muscles de l'avant-bras et de la main sont les seuls qui agissent avec force. Dans la fente, 4e corps, supporté par les membres inférieurs fléchis, se projette brusquement én avant par l'extension de l’un des membres pelviens'et l’abaissément simultañé dû membre thoracique du même côté. Pour la reprise de la position dite en

garde, le tronc est vivement reporté à sa place par l'effort combiné

d’un bras, des muscles postérieurs du tronc et des deux membres inférieurs. Il n'est pas d'exercice qui exige autant de force, de vi-

vacité et de précision dans les actes musculaires; la rivalité prolonge la résistance à la fatigue; l’imprévu de l'attaque varie à l'infini les contractions musculaires et les poses du corps. L’excitation de la lutte tend tous les ressorts, supplée à la force, fait taire la sensation de la fatigue; aussi les anciens recommandaient l'escrime pour faire maigrir. Get exercice développe surtout les muscles des membres, moins les jambes que les cuisses, assouplit les ligaments articulaires, distend la poitrine et agrandit ses diamètres, donne à tous les mouvements plus de prestesse et de sûreté,

aux attitudes plus d’aisance et de fierté, imprime au tronc et aux viscères des commotions saccadées qui activent la circulation, applique les yeux à la juste mesure des distances et renforce leur faculté d’accommodation, réagit sur les facultés cérébrales en aecélérant les déterminations et en procurant à tout homme le sentiment de ses forces. L’inconvénient de l'escrime, habituellement pratiquée, est de produire un exeès de nutrition dans la cuisse, l’avant-bras et le bras droit ou gauche, suivant que le tireur est gaucher ou droitier ; le membre thoracique du côté opposé, servant seulement de balancier, n’exécute que des mouvements de totalité par l'articulation scapulo-humérale ou de légers efforts d'extension et de flexion ; même inégalité d'exercice et partant de nutrition

entre les membres pelviens : celui qui est porté en avant supporte le poids du corps dans la fente et repousse le sol avec force pour le replacement en garde, tandis que le membre opposé ne joue que pour de faibles alternatives d'extension et de flexion. Les effets

partiels de l'escrime n’affectent toutefois que les tireurs de profes-

sion, et sont corrigibles par l'exercice à deux imaïns : en se faisant droitier et gaucher à tour de rôle, on recueille tous les avantages de l’escrime, sans compromettre la symétrie de forme, de force et d'adresse des deux moitiés du corps.

6° Billard. — I occupe sans fatigue l'esprit et le corps, perfec-

tionne la faculté d’accommodation optique et l’adresse manuelle ; on maréhe, on se penche, on se redresse; tous les muscles participent alternativement à cet exercice, qui n’est pas assez violent pour troubler la digestion ; la Conversation qui l’accompagne y joint l'exercice des organes vocaux et l’expansion heureuse du moral : mais il doit être pris dans un local vaste, bien aéré, et que n’empoisonne point un mélange d’émanations animales et de vapeur de tabac,

7° Chasse. — Elle constitue un ensemble d'exercices aussi variés que mal réglés; elle oblige à marcher, à courir, à sauter, à se pencher, à se tenir debout ou sur les genoux, à crier, etc.; elle aiguise la vue et l’ouie ; elle met en jeu l’adresse, la ruse, lamourpropre. Portée souvent jusqu’à la passion, elle fait oublier le boire, le manger, les devoirs de la vie : voilà pour son action directe sur l’homme. Ensuite elle l’expose et l’aguerrit aux vicissitudes de l'atmosphère ; elle le conduit dans les marécages, dans les profondeurs humides des forêts, sur les crêtes balayées par les vents, etc. Certaines chasses exigent donc la force plutôt qu’elles ne la développent ; les hommes faibles ne peuvent braver la violence, la diversité, l’imprévu des épreuves corporelles qu’elles multiplient, sans compter avec les intempéries du ciel, les difficultés du sol et les dangers du maniement irrégulier des armes à feu. Pris dans une mesure restreinte et à de certains intervalles, cet exercice fait une utile diversion aux habitudes de stagnation sociale qui enchaînent tant d'individus, et il dissipe l’excédant de matière organique qu'ils amassent. Ceux qui s’y livrent constamment avec une ardeur excessive, finissent par éprouver les effets du mouvement exagéré : tandis que leurs membres thoraciques souffrent par insuffisance d'exercice, leurs membres abdominaux s’affaiblissent par la continuité des contractions et la persévérance de la station verticale. La jambe du danseur de profession est luxuriante de vigueur et de force, parce qu’il entremêle ses exercices de justes intervalles de repos ; celle du chasseur émérite qui s’est épuisé dans les chasses continues et violentes, est souvent amaigrie et variqueuse, comme

il arrive aux rouliers, aux fantassins vétérans, aux distributeurs de lettres.

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