‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 3)Chapitre 44 sur 155 · IL — MOUVEMENTS VOLONTAIRES SANS LOCOMOTION, OU STATION · texte numérisé non relu

IL — MOUVEMENTS VOLONTAIRES SANS LOCOMOTION, OU STATION

On entend par station, le maintien du corps dans une pose quelconque sans déplacement total ni partiel, les forces musculaires n’agissant que pour empêcher la chute d’avoir lieu ; elle diffère du repos où le corps est retenu en place par son propre poids. Les stations de l’homme sont très variées. Dans toutes, le centre de gravité passe entre le pubis et le sacrum (Borelli), et tombe dans la base de sustentation ; les muscles se contractent imstinctivement pour le retenir dans les limites de cette base, ou pour l’y ramener lorsqu'il en dévie. Dans toutes, le rachis supporte la tête, et, grâce à la cohésion de ses particules osseuses et de ses ligaments, 1l résiste

GESTA ; — STATIONS. , 361 au poids des parties suspendues autour de lui. Néanmoins l’homme est moins grand debout que couché, moins grand sous un fardeau qu'il porte plusieurs heures. Ce raccourcissement, qui peut aller a 5 centimètres, est dù à l'élasticité des corps intervertébraux qui cèdent à une compression momentanée et reprennent leur épaisseur quand cette cause a cessé d’agir. La force de résistance du rachis est égale au carré de ses trois courbures plus un, et se trouve augmentée par la cavité dont les vertèbres sont creusées ; le bassin résiste par son incompressibilité et par la cohésion de ses ligaments. Les membres inférieurs joignent à ces moyens de résistance la conformation du fémur en colonne courbe, et du pied en voûte.

Les stations prolongées produisent dans les muscles les mêmes effets que l'excès d'exercice : fatigue, roideur, contracture, etc. Ce sont surtout les muscles érecteurs qui les ressentent. Les stations peuvent déformer les os quand elles sont prématurées, quand la constitution du sujet est mauvaise, quand les efforts agissent dans une direction vicieuse, ou que les forces ne sont pas en rapport avec le poids à supporter. Bien des enfants, pour avoir été exercés trop tôt à la marche, ont les jambes arquées ou déviées ; d’autres, qui ont été mal tenus dans les bras de leurs nourrices, ont une épaule trop élevée ou saillante en arrière. Le travail sur des tables trop hautes ou trop basses, dans des attitudes incorrectes, détermine les dépressions sternales, les incurvations rachidiennes, etc. Dans presque toutes les stations, des vaisseaux sanguins sont comprimés par la flexion ou par l'extension persévérante de telle ou telle partie du corps ; de là des engourdissements, des tuméfactions, des colorations en rouge ou en violet, et par la répétition fréquente de la posture qui produit ces phénomènes, des varices, des anévrysmes, etc. Les douleurs, les accidents, les lésions qui résultent de ces gênes de la circulation, atteignent plus particulièrement les sujets débiles, cacochymes et valétudinaires.

1° Station verticale. — La ligne de gravité aboutit à l’espace couvert et intercepté par les pieds ; si elle sort de ce polygone, l’équilibre est rompu, et la chute ne peut être empêchée que par un effort musculaire ou un secours étranger qui ramène le centre de gravité dans la base de sustentation ; celle-ci augmente par l’écartement des pieds. L’attitude verticale, fort complexe, résulte de la station des différentes fractions du corps les unes sur les autres. Nous n'avons pas à la discuter : rappelons seulement que le pied, moulé sur le sol, sert de point d’appui à la jambe maintenue verticalement, et tout le reste de l'édifice humain repose sur le tibia,

de manière à représenter un système de leviers du premier genre, superposés ét consolidés les uns sur les autres par des puissances faisant équilibre à des résistances placées en sens inverse. C'est aux muscles contractés que l’on attribue généralement le rôle principal dans l'assiette rigide et invariable de différentes parties du corps humain debout. Maissiat nie que la contraction musculaire persiste aussi longtemps que nous pouvons conserver certaines poses de station : l’extension du bras devient intolérable après un temps fort court; il est d’ailleurs d'observation que l’homme en station paisible se tient sur un seul membre. Cette attitude, que les physiologistes ont considérée comme exceptionnelle, comme un artifice de soulagement, Maissiat a démontré qu’elle est naturelie et s'effectue par un mécanisme dont le ressort est une bande fibreuse appelée par lui ilio-trochantéro-tibiale, et limitant la distance maxima du tibia à la crête iliaque, ou du grand trochanter à la crête 1liaque. Des recherches de Maissiat 11 résulte que la station en attitude non symétrique, sur un seul membre, l’autre restant souple, fléchi et pendant du tronc au sol, est celle qui procure à l’homme de plus grand repos musculaire. Déjà Léonard de Vinei avait averti les peintres que la pose sur un seul membre est le caractère de l'attitude naturelle de station. L'installation de l'appareil optique est liée au mécanisme de la station comme à celui de la locomotion. La vue fait la sécurité de l’homme en repos, comme elle précise la trace et le lieu où il se porte par locomotion; la convergence des yeux lui vaut la perception exacte des distances ; leur divergence lui permet la surveillance latérale, ambiante; et portée jusqu’à l'opposition, ‘elle lui donne la perspective simultanée de tout l'horizon. Quand la station bipède se prolonge, la fatigue se fait sentir particulièrement dans le cou, le dos et les lombes, qui soutiennent la tête et le thorax, dans les muscles des fesses et des mollets, qui s'opposent à l’abaissement du ventre sur dés cuisses, et à la flexion des cuisses sur les jambes. La duréé de la station verticale dépend du rapport entre la puissance des wrganes érecteurs et le poids des parties à soutenir; elle fatigue vite les femmes enceintes, les individus à ventre proémiment ou chargés d’un fardeau, les individus à pieds plats, c’est-à-dire sans concavité plantaire, ce qui empêche leurs pieds de se mouler sur les inégalités du sol, et de lui transmettre le poids du corps par le mécanisme d’une voûte. Des ceintures larges et bien appliquées aident à soutenir le poids des viscères abdominaux, de l'obésité ventrale, de l'utérus distendu par le produit de la conception. L’attitude

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