‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 3)Chapitre 49 sur 155 · GESTA. — ÉQUITATION · texte numérisé non relu

GESTA. — ÉQUITATION

qu'un léger roulis de droite à gauche (1). Le traquenard, qui remplace aujourd’hui l’amble, RTAEE aussi le corps de droite et de gauche, et l’agite par des trémoussements vifs et répétés. Le sol influe beaucoup sur la quantité et la qualité des ébranlements que le cavalier subit : la terre molle absorbe une portion du mouvement à l'instant où le cheval y pose; un terrain dur, compacte et résistant rend la répercussion du mouvement plus complète et plus efficace. La station de l'homme sur la monture détermine en grande partie les æffets de l’équitation; les maîtres de cet art disputent sur le plus ou moins de verticalité à donner au corps, sur la courbure des reins, sur les points d'appui de l'assiette et la direction des cuisses. Dans les cours d'équitation militaire, le corps du cavalier est divisé en trois parties: deux mobiles, le corps et les jambes, et une immobile, les cuisses. Dans l'équitation ordinaire, l’homme a besoin d' efforts musculaires d'autant plus énergiques, qu'il a moins d'expérience; ils se passent dans la partie postérieure du tronc, dans la partie interne des cuisses, dans les muscles lombo et iliaco-trochantiniens, dans les bras et les jambes; tout le tronc est dans un état de contraction fixe, nécessaire à la demi-station ; les muscles des membres agissent tant pour le maintien ou le rétablissement de l'équilibre sur une base mobile que pour la direction du cheval. Dans la méthode anglaise, les porte-étriers sont très courts, les jambes et les cuisses fléchies, les tubérosités ischiatiques touchent à peine la selle, et le tronc s'élève et s’abaisse sur les membres pelviens qui prennent par le pied un point d'appui fixe sur l'étrier. La méthode française, par la longueur des porte-étriers, fait du bassin le point d'appui principal, et met surtout en action les “muscles du tronc et de la partie interne des cuisses ; elle prête mieux au déploiement des grâces équestres et à la noblesse des attitudes, mais elle agite aussi les organes des trois cavités splanchniques par des succussions plus fortes que le tronc reçoit directement. La fatigue, qui survient chez le chevalier novice ou après l'exercice prolongé de l'équitation, provient et des secousses passives et des contractions qu’il exécute pour en amortir l'effet. L'influence générale que l'équitation exerce sur l’économie est véritablement tonique; grâce aux ébranlements répétés qu’elle imprime à tous les organes, elle y favorise la progression des fluides et l’égale répartition des matériaux nutritifs ; d'un côté, elle entraîne peu

(4) Ces questions ont été traitées avec supériorité par G. Colin (Traité de physiologie comparée des animaux domestiques, Paris, 1854, t. [, p. 320).

ou point de pertes « equitatio pulsum parum auget », a dit Haller, et tandis que la marche, la course, la danse, produisent une excitation que ce grand physiologiste compare à un mouvement fébrile, le cavalier qui se porte bien, et dont les forces sont proportionnées aux mouvements du cheval, n’éprouve point d'augmentation notable dans l’activité de la circulation et des sécrétions ; la nécessité de réitérer incessamment les efforts musculaires l’oblige à faire des inspirations plus profondes qui augmentent l’hématose; l'appétit, rendu plus actif, invite à une alimentation plus abondante, qui, mieux élaborée, fournit avec luxe à l'assimilation. Ainsi, réduction des pertes organiques, accroissement de la nutrition, tel est le résultat définitif de l’exercice équestre. Si l’on objecte la maigreur et la fin prématurée des postillons, des courriers, etc., que l’on se rappelle que ces individus abusent de l’équitation, qu’ils sont fréquemment privés de sommeil, adonnés aux excès alcooliques, en butte aux intempéries de l'air, etc. On trouve parmi les officiers de cavalerie des exemples de l'influence heureuse de l'équitation employée avec ordre et méthode, ils acquièrent généralement une constitution pléthorique et replète. C'est en développant cette forme de santé et en augmentant tous les actes de la vie nutritive, que l’exercice du cheval peut remédier à l'excitabilité morbide du système nerveux, à des affections spasmodiques, etc. ; aussi l’a-t-on recommandé dans les cas d’hystérie, d’hypochondrie, de céphalalgie chronique, de toux et de palpitations nerveuses, de chorée, etc. C’est qu’il y a dans la plupart des névroses deux éléments tellement combinés, qu’en neutralisant l’un, on guérit l’autre, savoir : éréthisme et faiblesse. En donnant de la tonicité à tous les systèmes vasculaires, en faisant pénétrer plus aisément le sang dans tous les tissus et jusque dans les derniers ramuscules capillaires, en sollicitant par la succussion des viscères abdominaux la sécrétion des fluides gastrique, biliaire et pancréatique, l'équitation relève les forces organiques. En même temps l'espèce de gymnastique qu’elle commande contribue au développement et à la vigueur des muscles, particulièrement de ceux du tronc et des extrémités thoraciques: c'est ce que tous les voyageurs ont remarqué chez les Gauchos, ces Scytes du nouveau monde, qui passent leur vie à cheval. Le moral est modifié par l’équitation, d’abord en vertu de la réaction que l’état matériel des organes exerce sur lui, ensuite en raison des excitations directes qu'il reçoit. L'émotion timide du noviciat dans les manéges, l'étude inquiète des mouvements du cheval, l'espèce de lutte qui s’établit entre

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lui et le cavalier, les élans et les prouesses de l’émulation, l’attachement même que lui inspire l'animal qu’il monte habituellement, les impressions plus rapides et plus variées que procure cet exercice, la fierté qu'on éprouve involontairement à dominer l’espace de plus haut et avec une plus grande puissance de locomotion : voilà autant de sensations inconnues du piéton, pour qui la promenade n'est souvent, comme l’a dit Voltaire, que le premier des plaisirs insipides. L’équitation entraîne-t-elle l’affaiblissement de l’activité génitale, l'impuissance? Ceux qui ont attribué cette opinion à Hippocrate ne l’ont pas lu; en parlant des Scythes, il signale leur constitution lymphatique, froide et molle, peu propre à la génération : « De plus, harassés par une perpétuelle équitation, ils perdent de leur puissance virile (1). » Plus loin, il revient sur les effets de cet exercice exagéré: « Là où l’équitation est un exercice journalier, beaucoup sont affectés d’engorgement des articulations, de sciatique, de goutte, et deviennent inhabiles à la génération {page 81). » Brown a fait la même remarque sur les mameluks, et l’on a signalé l’atrophie des testicules chez le roi Charles XII, de Suède, qui avait passé sa vie à chevaucher. Rien d'étonnant que la suractivité permanente d’un certain nombre d’organes ou de systèmes organiques fasse taire les fonctions d'un autre : première explication que rend encore plus vraisemblable l’ensemble des mauvaises conditions de la vie des Scythes ; ensuite il est reconnu que l'assiette du cavalier, le frottement du périnée, l’'échauffement et le ballottement des organes génitaux, entretiennent en eux une surexcitation permanente; de là des excès, des pollutions qui dégénèrent plus tard en pertes séminales involontaires : autre cause d'invirilité, d'autant plus prompte à s'établir que l'équitation est plus assidue. Lallemand n’a garde de l'oublier, et nous croyons qu’elle explique en partie le passage d’Hippocrate, applicable seulement à l’excès journalier de l'exercice équestre. Il ÿ a excès, nonseulement quand l'équitation se prolonge journellement outre mesure, mais encore quand il existe une disproportion entre les mouvements du chevalet les forces de l'individu. L’équitation a d’ailleurs ses inconvénients : elle prononce le ventre, diminue par les secousses des viscères le ressort des anneaux inguinaux, donne lieu à des hernies, dont la production est encore favorisée par la compression que les ceintures ou les pantalons exercent sur l’abdomen ; le trot, en faisant retomber le tronc sur la selle, expose les testicules

(1) Œuvres complètes d'Hippocrale, trad. de Littré, € IE p, 75.

à des froissements qui, souvent répétés, agissent sur leur texture ; les efforts nécessaires pour dompter un cheval rétif, l'émotion fréquente du danger, précipitent les mouvements alternatifs de flexion et d'extension du tronc, occasionnent des maux de reins, l’hématurie ; quant aux hémorrhoïdes, D.-J. Larrey ne les a pas observées plus fréquemment chez les cavaliers que chez les fantassins ; au contraire, il a vu l’exercice du cheval guérir cette maladie. L’équitation, à titre d'agent prophylactique et curatif, a trouvé d’enthousiastes fauteurs : désobstruant pour les viscères abdominaux, grâce à l'activité qu'il imprime à la circulation de la veine porte, plus efficace contre la phthisie que le mercure et le quinquina contre la syphilis et la fièvre intermittente (Sydenham), emménagogue, antiscrofuleux, antichlorotique, spécifique des névroses et des diarrhées atoniques, etc., cet exercice ne constitue-t-il pas aux yeux de Sydenham le traitement de la plupart des affections chroniques (1) et un moyen de régénération du sang ? « Quid quod sanquis perpetuo hoc motu indesinenter exagitatus ac permistus quasi renovatur ac vigescit (2). » Sans discuter ici l'utilité et l'opportunité de l'équitation dans l’imminence des maladies, disons que ses elïets salutaires s'expliquent : 1° par les mouvements expansifs qu'elle procure et qui opèrent une révulsion sur les organes imternes ; 2° par l'énergie qu'elle donne à la nutrition ; 3° par la tonicité générale qu’elle communique à l'organisme; 4° par les modifications de l'intellect et du moral.

2° Natation. — L'homme n’est pas organisé pour nager, puisque sa station naturelle est la verticale, et l'extrémité la plus lourde de son corps, celle où se trouve l'entrée des voies aériennes ; le poids de l’encéphale est au poids total du corps comme 1 à 25 (Chaussier et Cuvier) ou comme 1 à 40, 50 et même 60 (Gall) ; la pesanteur spécifique de l’encéphale, comparé à l'eau distillée, est dans l’homme adulte : : 1310 : 1000 (Chaussier). Dans cet exercice, il exécute des mouvements volontaires sans lesquels il ne pourrait se soutenir à la surface de l’eau ; en même temps il subit l’impulsion du courant plus où moins rapide, les chocs de la vague, les douches de l'eau qu'il divise et qui reflue sur lui, etc. Les individus riches en tissu lamineux et graisseux ont moins de pesanteur spécifique que le volume d’eau qu'ils déplacent; ils ne se servent de leurs membres qu’en guise de rames, pour régler leur direction;

(1) Op. cit., p. 469.

(2) Dissert. epist,, op. cit., p. 414.

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