GESTA. — NATATION
pour eux la natation est à peine un exercice. Dans le mode de natation le plus ordinaire dit en brasse, les membres supérieurs et inférieurs, préalablement fléchis jusqu’à jonction des mains vers le menton et des talons vers les fesses, se déploient brusquement par un mouvement d'extension isochrone ; les mains, qui étaient assemblées en pointe, rompent le fil du liquide, les pieds le repoussent, et, pendant que les talons sont de nouveau rapprochés des fesses, les extrémités thoraciques s’écartent en arrière pour repousser l'eau ; 1l y a donc extension, flexion, adduction, abduction des membres, inspiration prolongée pour fixer le thorax et augmenter la légèreté spécifique de la masse humaine, contraction soutenue des muscles postérieurs du cou pour relever la tête au-dessus de l'eau. La natation sur le dos met surtout en action les muscles des membres inférieurs et ceux de la partie antérieure du cou, loeciput plongeant un peu dans l’eau ; dans une variété de la natation dorsale dite en planche, la poitrine est fortement distendue par une grande quantité d'air dont le renouvellement est retardé autant que possible, et le corps, maintenu dans l’immobilité par les extenseurs, flotte horizontalement sur l’eau au gré du courant; l’ean plus dense de la mer se prête mieux à ce mode de natation et le rend plus actif par le jeu de la vague. La natation appelée la coupe fatigue plus et exige une grande vigueur : le nageur domine l’eau de sa tête, agit par les membres pelviens comme dans le premier mode, moins l'isochronisme de leurs mouvements; mais, de ses membres thoraciques, il décrit alternativement un demi-cercle hors de l’eau, projetant l’un en avant pour rompre le fil du liquide qu'il repousse en arrière avec l’autre. Il est beaucoup d’autres allures de natation qui ont pour effet d’exercer plus particulièrement un certain nombre de muscles, sans que les autres portions du système musculaire y restent étrangères. L'influence de ces mouvements diversement combinés se croise nécessairement avec d’autres influences qui dérivent de la température des eaux, de la durée de l'immersion, etc. Le grand bienfait de la natation est d’apaiser les centres nerveux par une révulsion soutenue sur Îles muscles et de fortifier ceux-ci sans frais : en eflet, l'exercice à l'air libre occasionne chaleur, sueur, etc.; dans l’eau des rivières ou dans la mer, l’excédant de calorique que l’action musculaire développe, est enlevé directement au corps à mesure qu'il se produit, sans dépense de matière organique par évaporation. Nous avons vu que la transpiration cutanée est au moins fort réduite dans l’eau froide ; aussi la natation est-elle presque le seul exercice possible
dans les régions tropicales, dont les indigènes vivent en partie dans les flots de la mer et sont renommés comme les plus merveilleux nageurs. Le mécanisme fondamental de toutes les façons de nager indique un autre résultat qu’elles réalisent : c’est l’ampliation de la poitrine qu’elles obligent à gonfler et à maintenir dilatée à l’aide d'inspirations profondes et soutenues. La natation est l’un des meilleurs exercices à prescrire dans l’adolescence et dans la jeunesse; elle convient surtout pour combattre l’onanisme et ses conséquences. Quant aux précautions qu'elle exige, elles sont les mêmes que nous avons indiquées pour les bains froids.
V, — MOoUvYEMENTS SPÉCIAUX.
Nous comprenons sous cette dénomination l’exercice des organes de la voix et les méthodes de gymnastique. |
1° Phonation. — L'exercice des organes de la voix a lieu par la conversation, par la lecture à haute voix, par le chant et la déclamation ; les effets de ces divers modes de phonation portent sur les poumons, sur le larynx et les organes accessoires de la parole, sur les organes abdominaux, sur le système nerveux et sur le moral. Les poumons, réservoirs de l’air, en reçoivent davantage par des inspirations plus fréquentes et plus profondes ; ils sont directement exercés, ils augmentent de volume et le thorax se prononce en proportion. L'exercice modéré de la lecture à haute voix et du chant doit faire partie du système de gymnastique qui tend à compléter chez les jeunes gens le développement plus ou moins arrêté de la poitrine et des poumons. Le larynx représente une sorte d’'embouchure élastique et mobile du porte-voix cylindroïde, il se fortifie et se prononce chez les chanteurs; en est-il de même du reste du canal aérien ? Les muscles de la respiration, les parois de la poitrine, le diaphragme, qui agissent comme un soufflet, participent aux avantages de l’exercice ; le diaphragme imprime des secousses successives aux organes abdominaux dont elles facilitent les fonctions, de là l'opinion de Celse, accréditée par l'expérience, que la lecture à haute voix après le repas favorise la digestion ; mais le chant et la déclamation, exigeant des mouvements plus étendus du diaphragme, auraient à souffrir de la plénitude de l'estomac et menaceraient l’encéphale : les avocats et les chanteurs le savent bien, et ils se contentent d’une légère collation avant de se rendre au palais et au théâtre. Les organes précités, le pharynx, le voile du palais, qui agissent surtout dans les cris et les
GESTA. — PHONATION. 381 sons aigus ; les piliers et la luette, qui servent à briser l’air ; l’épiglotte, vraie soupape; les fosses nasales, les sinus maxillaires, la langue, les lèvres, que Dodart a si bien appelées glotte labiale ; les joues, les arcades dentaires, l'ouverture antérieure de la bouche et des narines, sont en quelque sorte la caisse, les touches, les clefs et le pavillon de l’instrument vocal, et contribuent plus ou moins à la production, à l'intensité et aux diverses modifications de la voix (Colombat). Toutes ces parties ressentent les effets de la phonation ; si cet exercice ne dépasse point les bornes convenables, elles se perfectionnent dans leur jeu, et la voix acquiert plus d’étendue, de fermeté et de souplesse. Le simple parler fatigue peu, le chant davantage, la déclamation le plus; dans tous les modes de phonation, la voix se fatigue d'autant plus vite, qu’elle sort plus de son médium, qu'elle veut acquérir plus d'intensité ou passer subitement des notes très basses aux notes très aïgues, ce dont on trouvera plus loin lexplication physiologique. Est-il besoin de rappeler ici les sympathies de la voix avec les organes sexuels et le système nerveux ? Elle se nuance ou s'éteint sous le coup des émotions morales; en retour, la simple émission de la voix agit sur l'âme, et la parole articulée lui apporte les matériaux de son activité: c’est pourquoi on ne peut apprécier sainement les effets de la phonation ou du silence sans prendre en considération la part qu’en reçoit l’être moral.
L'excès dans le parler, le chant, les cris, la déclamation, provoque la fatigue du larynx et des muscles thoraciques, des douleurs dans les régions dorsale et mammaire, des accès dyspnéiques, l’aphonie purement nerveuse et passagère, ou, dans la gorge, le larynx et les bronches, un état d'irritation marqué d’abord par le desséchement de la muqueuse et qui s'élève facilement au degré phlegmasique : de là des angines, des pharyngites chroniques, des nuances de laryngite avec altération du timbre, de la flexibilité et de l'étendue de la voix. Si l'excès de phonation est habituel, on doit craindre des hémoptysies, l’'aphonie durable, la phthisie laryngée, l’emphysème pulmonaire, des affections des gros vaisseaux et du cœur, les congestions vers la tête, etc. : cette imminence morbide se rapporte aux individualités avec leurs différences de prédisposition, de structure, etc. Benoiston de Châteauneuf (1) n’a pas trouvé en dix ans, sur les registres de quatre hôpitaux de Paris, un seul décès par phthisie appartenant aux professions de crieurs pu-
(1) Annales d'hygiène, 1'° série, Paris, 14831, t. VI, p. 5 et suiv,
blics, chanteurs, etc., lesquelles passent pour être fatales à la poitrine ; on ne voit point, dit-il, les prédicateurs, les avocats, les comédiens, être moissonnés par la phthisie. Mais ces faits, qui sont loin d’être suffisamment démontrés, n’établissent la présomption d’innocuité des efforts considérables de la voix que pour les poumons robustes ; les individus faibles, à respiration courte et gênée, prédisposés aux affections de poitrine, ne soutiendraiéht pas ces professions ; ils s’en éloignent après les avoir essayées, et tel doit être l'avis du médecin à leur égard: car, si les efforts dela voix sont supportés par les gens bien constitués, si le chant et la déclamation favorisent chez eux le développement des poumons, Ceux qui présentent quelques signes de prédisposition aux tubercules, à l'asthme, à la bronchite, etc., ne pourraient gagner à ces exercices que des troubles fâcheux, prompts à récidiver et à s’aggraver.
L’abstinence du parler, le silence absolu et prolongé entraîne l’alanguissement des fonctions digestives, débilite les organes de la respiration et de la voix, prédispose à la tuberculisation pulmonaire, engourdit les facuités cérébrales (1). Toutefois le silence doit produire des effets différents, suivant qu’il est volontaire où imposé, qu’il coïneide avec l'interruption de toute relation sociale, comme dans les ateliers pénitentiaires où la parole est suppléée par un autre mode d’expression aussi bien que chez les sourdsmuets.
La voix présente des différences plus ou moins stables qui dépendent des conditions de l'organisme où du dehors : faible et aiguë chez les enfants, d'un timbre puéril chez les femmes dont le larynx a le tiers seulement du volume de celui de l'homme, modifiée par l’état actuel de l’àme, par les habitudes et les professions, elle est d'autant plus forte, en général, que le larynx à plus de développement et la poitrine plus dé capacité : après un repas copieux, la distension de l'estomac détermine l’ascension du diàphragme et le raccourcissement de la cavité thoracique; il en résulte que la voix paraît alors plus faible. Elle est plus belle, plus aiguë dans la saison chaude, plus grave et plus rauque en hiver; c’est le Midi qui fournit les voix de la sonorité la plus pure et la plus claire, tandis que les basses viennent en majorité du Nord : l'harmonie de l’organisation humaine avec le milieu climatérique contribue à la différence des idiomes et détermine le goût musical des nations. Les moyens de perfectionnement de la voix sont la
(1) Coindet, Annales d'hygiène, t, XIX, p. 296.