GESTA. — PHONATION
lecture à haute voix, le chant, la déclamation ; mais ces exercices doivent, comme tous les autres, être proportionnés et appropriés à la constitution des individus ; ils doivent surtout, comme nous l’indiquerons plus loin, se combiner avec un mode de respiration qui ménage les organes vocaux. Les vices de la parole ont été divisés par Colombat en cacomuthies, résultant de l’altération du son de certaines lettres, ou de la substitution d'une articulation à une autre (graässeyement, blésité, lallation, iotacisme, zézaiement), et en dyslalies, résultant du défaut de coordination des mouvements des organes phonateurs (bredouillement, bégayements divers, choréiforme, épileptiforme, etc.);, ces différents vices de la parole sont idicpathiques où symptomatiques d’une foule d'états morbides, d’altérations mécaniques où organiques de l’appareil de la phonation où de l’encéphale, etc. : c’est ce diagnostic, souvent difficile, qui doit servir de base à leur traitement. Ceux qui ne dépendent pas d’une cause interne organique ou mécanique, ont donné naissance à une gymnastique Spéciale, connue sous le nom d’orthophonie. Colombat, Arnott, Malebouche, etc., ont propose des méthodes diverses dont l'examen ne doit point trouver place ici (1). Le plus fréquent des vices de la voix, c'est le bégayement, qu’Arnott et Schuithess considèrent comme une affection spasmodique de la glotte, et dont l'essence, d’après Müller, consiste daus un état pathologique des mouvements associés du larynx et de la bouche; porté à un haut degré, il détermine des mouvements irréguliers dans les muscles de la face. Müller propose, comme principe d'un traitement naturel du bégayement, de chercher à faciliter l’association entre les mouvements du larynx et l’articulation; l’un de ces moyens est le chant, où la part que prend le larynx à la prononciation est observée plus attentivement que dans la parole ordipaire.
La conservation de la voix exige un régime bien adapté à la constitution de l'individu, l’abstinence des mets salés, épicés, des condiments forts, des liqueurs alcooliques, la modération dans les plaisirs vénériens, l'entretien soigneux de la peau, l’usage des bois-
(1) Voyez Müller, Manuel de physiologie, traduit par Jourdan. Paris, 1851, t. 1, p. 255e— Magendie, art. BÉGAYEMENT du Dictionnaire de médecine et de Chirurgie pratiques, t. IV, p. 63. — Itard, Mémoire sur le bégayement (Journal universel des sciences médicales, 1817, t. VII, p. 129), — Félix Voisin, Du bégayement, ses causes, ses différents degrés, etc. Paris, 1821.— Hervez de Chégoin, même sujet, dans Jowrnal général de médecine, 1830, t. IT, p. 206, etc,
sons douces, sucrées, onctueuses, non froides pendant ou après un exercice long ou forcé, des précautions contre les refroidissements subits; le lait, le blanc d'œuf, semblent surtout bienfaisants au larynx. Pendant le chant et la déclamation, le cou doit être affranchi de tout lien, de toute compression, ainsi que le thorax, et particulièrement à sa base : la voix perd de sa force, de son étendue, de son agrément, toutes les fois que les parties qui concourent à sa production sont gênées dans leurs mouvements; de plus, le sang s'accumule pendant l'effort du cri, du chant ou de la déclamation, dans les poumons, le cœur, les gros vaisseaux, les jugulaires, etc. ; et pour peu que le sujet soit âgé, pléthorique ou porteur d’une lésion naissante de l’un de ces organes, des accidents subits le menacent : une erreur de toilette lui vaudra une rupture vasculaire, une apoplexie foudroyante, etc. Une nouvelle espèce de voix, introduite dans l’art, la voix sombrée, couverte, ou voix en dedans, a des inconvénients graves : si l’on observe le chanteur qui l’emploie, surtout à la suite d’un passage où le chant a été soutenu, ou à l’occasion d’une note très aiguë qu'il a fallu enlever, la coloration du visage, le gonflement des jugulaires, la véhémence des gestes, témoignent de la puissance qu'il a dû déployer pour atteindre le but. C’est que l'effort et la voix sombrée ont la plus grande analogie dans leur mécanisme ; pour l’un et l’autre, il faut accumuler beaucoup d'air dans la poitrine, puis le chasser avec force et sans interruption vers une ouverture rétrécie ou fermée ; de là distension des poumons, retard dans le renouvellement de l’air, langueur de l’hématose, obstacle au cours du sang, etc. C’est ce qui fait que pour certains chanteurs, le théâtre est, de leur propre aveu, un champ de bataille; en effet, les principales fonctions souffrent de ces efforts répétés et soutenus, la circulation veineuse s’embarrasse, les systèmes capillaires s’engorgent, etc. (Diday et Pétrequin).
En y réfléchissant, on trouve que l'hygiène spéciale du chanteur, de l’orateur, etc., réside surtout dans une bonne méthode de respiration ; la phrase musicale ou parlée étant l’ensemble des sons diversement modulés pendant l’acte de l’expiration, ralentir celle-ci autant que possible, c’est-à-dire retenir l’air dans les poumons, est la condition première de la production de la voix. Le chant, l’élocution, nécessitent une série de phrases dont chacune ne peut être émise que pendant l'expiration ; l’inspiration s’effectue ‘entre deux phrases, et pour ne pas entraîner une interruption dans le chant, dans le discours, elle doit être aussi courte que possible, tout en fournissant le plus grand volume d’air aux poumons; de là, entre