GESTA, — RESPIRATION
les agents de l'inspiration et ceux de l'expiration, une lutte justement appelée lutte vocale par Mandi (1), et qui entraine, suivant son degré d'énergie et de durée, toutes les conséquences des efforts ordinaires, fatigue momentanée, fatigue persistante, diminution de la contractilité des fibres musculaires, altération de leur consistance et de leur structure, etc., sans omettre les effets généraux d’une dépense disproportionnée de forces. Mandi a bien étudié la part qui y revient au mode respiratoire :
1° Æespiration abdominale. — Un seul muscle, le diaphragme, agrandit le diamètre vertical du thorax ; la dépense de force est minime, puisqu'il n’y a à déplacer que les organes mobiles et mous de la cavité abdominale ; l'expiration est-elle prolongée pour les besoins du chant ou de la parole, point de fatigue dans les parois thoraciques ; le larynx, n'étant ni élevé ni abaissé dans les deux actes de la respiration, conserve sa mobilité naturelle pour l’émission des sons articulés et cède au moindre effort de ses propres muscles ; la glotte, qui reste à peu près immobile dans la respiration diaphragmatique, présente ses cordes à l’état normal de tension et de rapprochement mutuel.
2° Hespiration costo-supérieure. —— Elle met en jeu un grand nombre de muscles pour le déplacement des côtes supérieures, de la clavicule, de l’omoplate, des vertèbres et quelquefois du crâne, pour dilater la moitié supérieure de la cage thoracique ; de là, pendant l'expiration prolongée du chant, une lutte vocale qui fatigue les muscles de la poitrine à cause de la résistance que leur opposent les nombreux agents d'inspiration et les parties osso-cartilagineuses. Le larynx, fortement abaissé pendant l'inspiration et devant s’élever pour l'émission des sons qui coïncide avec l'expiration, est sollicité par deux tractions en sens imverse; d'où la fatigue de ses muscles extrinsèques. La lutte grandit à mesure que les phrases deviennent plus longues et les notes plus aiguës : alors on voit les muscles du cou tendus, les veines gonflées, etc. Cette lutte ne finit pas après la première émission des sons aigus qui a nécessité l'élévation considérable du larynx : les muscles abaisseurs de cet organe (sterno-hyoïdiens et sterno-thyroïdiens) continuent d’agir en soulevant le sternum et la clavicule jusqu’à l'expulsion complète de l'air inspiré; l’hyoïde et le thyroïde sont donc tirés en sens opposés pendant la durée totale de l'émission de la voix. La respiration costo-supérieure abaissant le larynx, les cordes vocales sont
(1) Comptes rendus de l'Académie des foiences, 12 mars 1855, êt Gas. méd.
très relâchées et la glotte très élargie ; or l’émission de la voix exige lé rétrécissement de celle-ci et la tension de celles-là; c’est une autre lutte qui s'établit dans les muscles intrinsèques du larynx et qui peut aller jusqu’à une sorte de constriction de la glotte, donnant lieu à l’étranglement de la voix; les sons élevés dégénèrent alors en cris aigus, à cause de l’extrême étroitesse de la fente glottique.
3° Respiration costotnférieure. — Elle s'exerce par les côtes inférieures et flottantes, laissant presque en repos les côtes supérieures ; si elle ne se combine pas avec un autre type de respiration, elle fatigue plus que la respiration diaphragmatique et beaucoup moins que la costo-supérieure.
Il résulte de ces données qu'il faut proscrire dans le chant, dans la déclamation, etc,, la respiration Costo-supérieure : elle peut occasionner à la longue, d'après Mandl, une excessive sensibilité des muscles intéressés et leurs contractions spasmodiques, des tiraillements dans la région mammaire, des enrouerments instantanés, l’atrophie des muscles intrinsèques du larynx avec perte de leur contractilité, et par conséquent l’aphonie. La respiration abdominale est sans contredit celle qui réduit au minimuni la lutte vocale, puisqu'elle laisse les organes principaux de la voix dans leur position et dans leur tension naturelles pour le moment de l'expiration qui défraie la modulation du son. Le type costo-inférieur, que Mandl appelle type latéral, termine le plus souvent la respiration diapbragmatique, et alors il est sans inconvénient; mais quand l'inspiration débute par l'ampliation latérale du thorax, elle se combine, pour devenir profonde, avec une inspiration costo-supérieure, et reproduit toutes les causes de fatigue et tous les inconvénients inhérents à Ce dernier mode. La physiologie comparée confirme ces conseils ; les oiseaux chanteurs ne dilatent, pendant l'inspiration, que leurs parois abdominales ; leur thorax reste immobile dans sa partie supérieure, dépourvue des nerfs et des muscles qui la mettent en mouvement chez les mammifères. On ne peut donc que déplorer avec Mandi que dans la méthode officielte de chant du Conservatoire de musique à Paris, on ait imprimé des préceptes de respiration pour le chant, qui sont condamnés par la science et par l'expérience, car ils ramènent à la respiration costo-supérieure.
2° Gymnastique. — Les gymnases étaient une des grandes affaires de l'antiquité (voy. tome À, Âistorigue). Athènes en avait trois : le Lycée, le Gynosarque et l’Académie, placée sous la surveillance d’un magistrat élu par le peuple, le gymnasiarque ; chaque gymnase
avait un directeur où gymnaste, chargé de la direction méthodique des exercices et de leur appropriation à l’âge, à la force des élèves, qui trouvaient dans le pédotribe un guide pour le détail des manœuvres; en outre, des palestres (rc, lutte) servaient à former des athlètes de profession. La gymnastique était militaire, athlétique et médicale, suivant le but que l’on se proposait. La première avait pour base l’oplomachie ou le maniement du javelot, de l’épée, de là lance, de l’are, de la massue, etc.; la seconde les jeux du stade, tels que la course, la lutte, le pugilat, le pancrace, le disque ou palet, le saut, le pentathle, et déjà Hippocrate, Galien, la condamnaient à l’époque de ses succès. La dernière, fondée par Icceus de Tarente et par Herodicus, contemporain d'Hippocrate, n’était autre chose qu’une combinaison empirique d'exercices gymnastiques et de préceptes diététiques ; préconisée par Hippocrate, Galien, Gelse, Oribase, Dioclès, Asclépiade, etc., qui en ont fait l’objet de leurs observations, elle est la seule qui mérite d’être conservée; elle avait pour but l’accroissement des forces, la conservation ou le rétablissement de la santé. Les maîtres de gymnase, appliqués exclusivement à la culture de leur art sous les auspices des médecins, habiles à former des athlètes, des lutteurs, des coureurs, des sauteurs, des pugilistes, n'ont plus d’analogues parmi nous, si ce n’est dans les entraîneurs anglais dont l’industrie est encore un emprunt fait à l'antiquité. Un passage d'Hippocrate (1) prouve que les médecins de son temps savaient, par des procédés réguliers, proeurer l’amaigrissement ; il signale les chairs muqueuses de personnes qui n'ont pas été amaigries par l’application des règles de l’art.
La force physique, véritable dieu de l'antiquité, avait ses solennités dans les jeux Olympiques, qui, fondés par Hercule et renouvelés en lan 796 avant J. C. par Iphitus, roi d'Élide, en l'honneur de Jupiter, duraient cinq jours, et recommençaient tous les quatre ans pour finir à la pleine lune qui précédait le solstice d'été ; dans les jeux Néméens, institués à Némée, près d’Argos, en l'honneur d'Hercule; dans les jeux Pythiens, célébrés à Delphes, et dans les jeux Isthmiques, fondés par Sisyphe, roi de Corinthe. Chez les Romains de la république, le champ de Mars, les camps des armées, les exercices d'apprentissage militaire auxquels s’y lvraient les soldats, les marches qu’on leur faisait faire, les travaux publics
(1) Hippocrate, œuvres complètes (Des articulalions), traduction de Littré, DIV, p. 101.
auxquels ils étaient appliqués, remplaçaient les établissements gymnastiques de la Grèce; grâce à son éducation, le soldat romain parvenait à faire 20 milles en cinq heures avec un poids de 60 livres ; en campagne, il portait, outre ses armes, des vivres pour quinze jours, son bagage et des instruments de campement (1). Sous la décadence impériale, le cirque du champ de Mars servit de théâtre aux danses des courtisans et aux jeux sanglants des gladiateurs, dont l'institution, empruntée aux Étrusques, n'avait primitivement pour but que le déploiement innocent de la force et de l'adresse. Aux assassinats du cirque, prohibés par Constantin et abolis sous Honorius, succédèrent les jeux mimiques, les danses, les courses. Dans le moyen âge, la chevalerie avec ses joutes, ses tournois, ses champs clos et ses exercices spéciaux d’équitation, d'escrime et de lance, semble une image et comme une dérivation de la gymnastique antique. L'invention de la poudre à canon, qui modifia le système de la guerre, l’affranchissement des communes sous Louis XI, la valeur croissante de la vie individuelle, en un mot le progrès de la civilisation a clos la carrière de tous les champions de la force physique, féodaux et autres ; 1l ne reste que le duel qui finira à son tour. Mais dans ce triomphe des idées d'égalité civile et de fraternité humaine qui mènent les sociétés modernes, le mépris de la force brutale à conduit à l'indifférence pour l’éducation corporelle. Ce n’est que vers la fin du siècle dernier que l’on vit s'élever des gymnases destinés à favoriser le développement des organes et à perfectionner les actes de locomotion : le premier fut fondé en 1776, à Dessau; le second en 1786, à Schepfenthai, par Saltzmann. Dès lors ils se multiplièrent en Suède, dans la Prusse, le Danemark, la Suisse et l'Allemagne. Pestalozzi, Fellemberg, Jahn, Clias (2), Werner, ont contribué à formuler les principes d’une pratique rationnelle et à les mettre en exécution. Bientôt le colonel Amoros transporta de l'Espagne en France une gymnastique qui se distingua de toutes les autres, par l’adjonction du rhythme et de la musique; son établissement, que nous avons soigneusement visité, présentait une heureuse gradation d'exercices et la réunion des moyens qui développent les forces organiques et
(1) Voyez les intéressants détails que dontie sur ce sujet Montesquieu (Grandeur et décadence des Romains, chap. Il, p. 430 et suiv:).
(2) Gymnastique élémentaire. Paris, 1819, in-8, figures.— Bullelin de l'Académie de médecine, t. XI, p. 60,— Annales d'hygiène publique Paris, 1848, t. XXXIX, p. 292,
les qualités morales de l'enfance : le chant gouvernait les mouvements, marquait les intervalles de repos, fortifiait les organes de la voix et de la respiration, s’adressait aux sentiments nobles etélevés par le choix des hymnes ; les veux étaient frappés par des images qui rappellent de belles actions ou qui éveillent l’idée du beau : c’est par ces excitations morales qu'Amoros cherchait à corriger dans ses élèves le sentiment naissant de la supériorité de force, si voisin de l’abus et du combat.
Quant aux exercices en eux-mêmes, ils se rapportaient aux membres supérieurs, aux membres inférieurs, à la totalité du corps. 1° Bras tendus en ligne droite, horizontale ou verticale, croisés devant ou derrière la poitrine, armés d’un bâton qui, tenu par les deux bouts, est porté successivement devant, par-dessus ou derrière le corps, etc. ; un bâton soutenu dans l'air par les deux extrémités, au moyen de deux cordes, des barres parallèles et horizontales servent à faire soutenir tout le poids du corps par les bras, la progression en avant ou à recul s’exécutant à l’aide des mains ; les bras soulèvent le poids du corps en empoignant alterpativement des cordes verticales avec ou sans nœuds, pendantes ou fixées verticalement, où des échelles de dimensions diverses et placées dans leur situation ordinaire contre ce qu'on appelle le grand portique ; des roues à tourner, des poids à tirer, des dynamomètres, complètent les exercices des membres thoraciques. 2° Position des pieds et marches diverses ; évolutions d’ensemble dirigées par un rhythme musical; piaffements ou sautillements sur place ; danses diverses ; courses avec ou sans fardeau sur le dos ou sur les épaules, sur diverses espèces de terrain et sur des plans opposés ; sauts, vertical en hauteur ou en profondeur, horizontal avec ou sans perche à la main, les mains libres ou munies de fardeaux. 3° Lesexercices plus généraux sont des luttes variées, l'ascension aux mâts, l'escrime, la natation, les jeux du disque, de boules, etc. (1).
Il ne convient ni d’exagérer n1 d’amoindrir les services que peut rendre la gymnastique moderne ; si une définition pouvait fixer le rang d’un art, nul ne l’emporterait sur la gymnastique, qui est, d’après Amoros, la science raisonnée de tous nos mouvements, de leurs rapports avec nos sens, notre intelligence, nos sentiments,
(4) Voyez dans le rapport du docteur Al, Thierry, au comité central d’instruction primaire, sur l’enseignement et les exercices gymnastiques (Annales d'hygiène, 1848,t. XXXIX, p. 292), la nomenclature détaillée des exercices de gymnastique élémentaire adoptés pour les écoles communales de garçons de la ville de Paris.
nos mœurs, et le développement de nos facultés. Mais, nous l’avons dit, la nature à dispensé l’homme de science pour croître et se développer : non-seulement, quand la conformation du squelette est régulière et symétrique, l'exercice varié des muscles qui meuvent ses différentes pièces ne peut altérer, d’une manière durable, leurs rapports respectifs, mais encore le jeu alternatif des forces qui se balancent dans les conditions d’un parfait équilibre autour d’un système de points d'appui rendus tour à tour fixes et mobiles, a une tendance certaine à maintenir et à consolider la forme et la coordination normale de toutes les parties du corps (Pravaz). La gymnastique n’est donc pas indispensable à l'évolution complète et régulière des organes ; quant à son utilité dans l’orthopédie, nous n'avons pas à la discuter ici. On a trop fait valoir les exercices spéciaux de la gymnastique et le pouvoir qu’elle aurait de développer telle partie du corps, tel membre, tel muscle, en laissant dans l’inertie les muscles antagonistes; les synergies musculaires s'opposent souvent à cette localisation de l'exercice, laquelle est d’ailleurs rarement de quelque avantage pour l’ensemble de la constitution ; celle-ci ne gagne que par l’exercice, qui met en jeu tous les muscles. On a dit que l’action forte et répétée des muscles qui, des parois thoraciques, vont s’insérer à l’humérus ou au scapulum, augmente l’étendue des arcs costal et sterno-costal de la poitrine, et donne ainsi plus d'amplitude au champ respiratoire ; on attribue ce résultat à l'escrime, aux exercices gymnastiques des membres supérieurs, ete.; mais les relevés d'observations faits par Woillez (1) semblent indiquer que l'ampliation de la poitrine tiendrait plutôt à l'activité du système musculaire en général, qu'à celie des muscles du thorax et des membres supérieurs. Les professions qui sollicitent le concours de tous les muscles sont, en effet, celles qui ont coïncidé le plus souvent avec le développement complet et régulier de la poitrine : plus que les professions qui exercent particulièrement les membres supérieurs, elles paraissent exiger des poumons un surcroît de fonction qui favorise leur développement et réagit sur la cavité thoracique, en vertu de cette loi de physiologie que les organes contenants se mettent en rapport de volume avec les organes contenus. D’après ces données, la gymnastique générale, l'exercice modéré de la course, du chant, de la lecture à haute voix, de la déclamation, seraient les meilleurs
(4) Recherches sur l’inspeclion de la poitrine, p..352. — Dictionnaire de diagnostic médical, Paris, 1862, p. 744.
moyens pour provoquer l'expansion de la poitrine. Benoiston de Châteauneuf et Lombard ont cherché quelle influence exercent sur la production de la phthisie Les secousses imprimées à la poitrine par les mouvements continuels des bras : le premier a conelu qu'elles diminuent plutôt qu’elles n’augmentent la fréquence de cette maladie ; le second a trouvé que les grands mouvements des bras la diminuent dans les états sédentaires et l’augmentent dans les professions actives. Beaucoup d’autres exercices des gymnases sont trop partiels, trop exclusifs aux parties antérieures du corps ; d’autres, enfin, tels que la course, le saut, etc., n'appartiennent pas en propre à ces établissements. L'habitude de bien porter la poitrine et de l'épanouir dans le maintien, de respirer profondément, et même de s'y exercer pendant quelques moments de la Journée (Fournet), l'usage journalier et modéré de la déelamation et de la lecture à haute voix, la course légère et souvent répétée, suffisent pour assurer le développement libre et complet des organes pulmonaires. L’escrime, l'équitation, les promenades, l’action de ramer, la natation, le jeu de billard, de balle, de quilles, de cerceau, d'escarpolette, de volant, etc., forment un ensemble d'exercices suffisants pour développer les différentes parties des systèmes musculaire et osseux. La gymnastique n’a donc pas à nos yeux les caractères d’une nécessité universelle; et nous ne la reconnaissons vraiment utile à l’orthomorphie que lorsqu'elle est générale, c’est-à-dire lorsqu'elle varie à l’infini les mouvements et les poses de manière à exercer le système musculaire dans son entier. Ces restrictions n’empèchent point que la gymnastique spéciale n'ait aussi son mérite et son opportunité: elle lutte par un antagonisme de mouvements contre le vice des attitudes permanentes ou d’une série d'actes musculaires toujours les mêmes, auxquels condamnent certaines professions ; elle procure l’adresse, l’agilité, la fermeté, la résistance, la hardiesse avec la sécurité, la présence d'esprit dans le danger ; elle renforce ces qualités chez ceux qui les possèdent naturellement ; en un mot, elle crée et discipline la force.
Nous sommes convaincu avec Ph. Bérard (1) qu'elle est surtout indispensable aux lycéens renfermés journellement pendant huit heures, travaillant beaucoup du cerveau et fort peu des membres ; dans ces conditions que lon dit nécessaires à leur ‘cul-
(4) Rapport sur l’enseignement de la gymnastique dans les lycées, 13 mars 1854 (Annales d'hygiène, 1S54, t. I, p. 415), travail d’érudition piquante, de grâce littéraire et de saine physiologie,
ture intellectuelle, il faut instituer à leur profit la culture de l’appareil locomoteur, et loin de compter sur le seul bénéfice de l’évolution naturelle qui tend d’ailleurs à reproduire par hérédité les traits plus ou moins défectueux des divers types de famille, c’est à l'État à faire entrer la gymnastique dans les institutions pédagogiques du pays. Non-seulement elle procure aux jeunes générations entassées dans les colléges la force et l'adresse qui est l'emploi économique de la force, mais.elle agit par les puissances contractiles sur les leviers osseux et sur les surfaces articulaires, elle étend la limite ordinaire des mouvements, en même temps qu'elle règle en quelque sorte la nutrition et le développement du squelette dont la configuration contribue tant à l’aisance des attitudes, à la grâce de la démarche. Ce n’est pas tout, la gymnastique a fait depuis 1847, à l'hôpital des enfants, ses preuves d'efficacité contre la scrofule et la chorée : sur 408 cas de chorée, 34 d'intensité moyenne ont guéri en 18 séances de gymnastique, 68 cas graves par 31 séances, 6 cas graves ont exigé 73 séances (1) : or, de ces deux affections si heureusement modifiées par la gymnastique, l’une se développe plus particulièrement dans le jeune âge et dans les conditions de vie confinée; l’autre procède des centres nerveux, des organes mêmes que l’émulation des études sollicite si activement. Les douleurs articulaires si communes chez les enfants choréiques, qu’elles proviennent de rhumatisme (Sée) ou de croissance (Blache), se dissipent sous l’influence des exercices gradués ; il en est de même de l’anémie et de la chlorose, compagnes ordinaires de la chorée. En même temps que le désordre des mouvements disparaît, dit Blache, la constitution des enfants s'améliore d’une manière très sensible, et les malades sortent guéris non-seulement de la chorée, mais encore de l’anémie. On peut donc considérer la gymnastique comme un des meilleurs moyens préventifs de l’imminence morbide du jeune âge ; elle est aussi chez l'adolescent le plus sûr remède de l’onanisme; enfin elle développe l'esprit d'ordre et de discipline dont l'influence est si salutaire sur l'enfance : on reconnaît à leur tenue les officiers qui ont été élevés au prytanée de la Flèche, où ils sont appliqués à la gymnastique dès l’âge de neuf à dix ans.
La commission qui a rédigé le programme des exercices gympastiques pour les lycées en a écarté avec raison les tours de force,
(1) Blache, Du traitement de la chorée par la gymnastique (Mémoires de l’Académie de médecine, t. XIX), et Rapport à l’Académie de médecine, par Bouvier (Bulletin de l’Académie de médecine, Paris, 1855, t. XX, p. 832),
GESTA, — GYMNASTIQUE. 393 les manœuvres dangereuses ; elle à emprunté heureusement au régime militaire quelques pratiques aussi favorables à la correction des mouvements qu’à l'esprit de discipline. Voici le tableau des séries d'exercices prescrits dans les colléges, ils répondent à tous les besoins de l’éducation physique.
PREMIÈRE SÉRIE. — Exercices préparatoires.
Formation des pelotons, — Alignements., — Demi-tour à droite, — Marche de front. — Marche de flanc. — Conversion de pied ferme en marche, — Change-
ment de direction, — Ouvrir ou resserrer les intervalles,
DEUXIÈME SÉRIE. — Mouvements partiels et .assouplissements. $ 1. — Mouvements partiels et assouplissements des membres supérieurs.
Élever et abaisser les bras sans flexion.— Mouvements des bras avec flexion. — Cireumduction latérale des bras. — Mouvement horizontal des avant-bras. — Étendre les bras latéralement. — Etendre les bras verticalement, — Lancer alternativement les poings en avant.
$ 2. — Mouvements partiels et assouplissements des membres inférieurs,
Fléchir la jambe, — Fléchir simultanément la cuisse et la jambe. — Fléchir sur les membres inférieurs. — Cadence modérée.— Cadence accélérée. — Cadence de course. — Flexions simultanées des jambes, — Flexions simultanées des cuisses et des jambes.
$ 3. — Mouvements de la tête et du tronc.
Fléchir la tête en avant. — Mouvement d'extension de la tête, — Mouvement de rotation de la tête, — Fléchir le corps en avant. — Opérer l'extension du corps.
TROISIÈME SÉRIE. — Marches, courses, sauts, exercices pyrrhiques.
Marche au pas de gymnastique. — Marche sur la pointe des pieds. — Marche sur les talons, — Fléchir sur les extrémités inférieures et marcher dans cette position, —Courir dans les chaînes gymnastiques.— Sautillement sur une jambe ou sur deux jambes.— Saut de pied ferme en largeur et en hauteur.— Saut avec élan.— Saut en profondeur.— Sauts à la perche.— Exercices pyrrhiques.
QUATRIÈME SÉRIE. — Équilibres.
Se tenir sur une jambe, l’autre ployée en avant. — Se tenir sur une jambe, l’autre ployée en arrière. — Se pencher en avant sur un pied. — Se pencher en arrière sur un pied. — Se pencher à droite ou à gauche sur un pied. — Poser les genoux à terre et se relever.
CINQUIÈME SÉRIE, — Exercices avec les haltères et les mils.
49 Avec les haltères : Élever alternativement les haltères en avant jusqu'à la hauteur des épaules. — Élever simultanément les haltères en avant jusqu'à la hauteur des épaules. — Élever alternativement les haltères vers la droite et vers la gauche jusqu’à la hauteur des épaules. — Élever simultanément les haltères vers la droite et vers la gauche jusqu’à la hauteur des épaules. — Élever alternativement les haltères verticalement au-dessus des épaules. — Élever simultanément les haltères verticalement au-dessus des épaules. — Élever alternativement les haltères à hauteur des épaules, et tendre les bras devant soi en les dirigeant en haut.— Élever simultanément les haltères devant soi à hauteur des épaules, et tendre les bras devant soi en les dirigeant en haut. — Mouvement alternatif de cireumduction autour de la tête, en commençant le mouvement par devant.— Mouvement alternatif de circumduction autour de la tête, en commençant le
mouvement par derrière. — Tenir les haltères à bras tendu le plus horizontalement possible. — Élever alternativement les haltères avec les pieds en pliant les jambes.— Elever alternativement les haltères avec les pieds, les jambes restant tendues en avant.
2° Avec les mils : Porter le mil à l’épaule.— Porter le mil en arrière.— Renverser le mil eu arrière. — Porter le mil en avant. — Porter le mil en dehors à droite. — Porter le mil en dedans à gauche. — Porter le mil horizontalement en avant, et le passer par-dessus la tête. — Élever le mil verticalement, et le passer derrière la tête, — Abaisser le mil et le passer autour du corps — Passer le mil en cercle par la gauche (ou par la droite).— Poser le mil à terre.— Porter le mil à bras tendu. |
SIXIÈME SÉRIE. — Exercices avec les machines. $ 1. — Exercices par suspension.
Suspension par les deux mains (ou par une main), ete, — Élever la tête audessus de la barre.— Suspension par le pli des bras.— Suspension par les pieds et les mains. — Suspension par les plis du bras et de la jambe.— Passer de l’état de suspension à une position de repos ou d'équilibre au-dessus des barres. — Rétablissement sur la jambe.— Rétablissement par renversement.— Rétablissement sur les avant-bras. —Rétablissement sur les poignets.— Progression latérale vers la droite (ou vers la gauche). — Progression par le flanc droit (ou gauche). — Progression par brasses.
$ 2. — Exercices des poutres.
Passage sur la poutre. — Passer à cheval en avant. — Passer à cheval en arrière. — S'asseoir sur la poutre et se mouvoir de côté. — S’enlever sur les poignets, face à la poutre, et se mouvoir de côté. — Etant à cheval, se mouvoir sur les mains en avant ou en arrière. — Suspension avec mouvement de progression au-dessous de la poutre. — Se monvoir à l’aide des pieds et des mains, étant suspendu à la poutre. — Se suspendre, face à la poutre, et se mouvoir de côté. — Se suspendre à la poutre en la saisissant avec une main de chaque côté et se mouvoir en avant (ou en arrière). — Établissement et rétablissement sur la poutre. — Descendre de la poutre. — Etant à cheval, passer la jambe droite pardessus la poutre et descendre.
$ 3. — Exercices du portique et de ses agrès.
1° Échelle de bois : Monter et descendre par devant. — Monter à l’aide des pieds et des mains, en tournant le dos à l'échelle, — Monter à l’aide des pieds seulement. — Monter par les montants à l’aide des mains et des jambes. — Descendre à l’aide des pieds et des mains, faisant face à l’échelle, — Descendre à l’aide des pieds et des mains, en tournant le dos à l'échelle. — Descendre en se laissant glisser le long des montants. — Monter et desceadre par derrière. — Monter à l’aide des pieds et des mains. — Monter aux échelons en plaçant les mains l'une après l’autre sur le même échelon.— Monter aux échelons, en plaçant les mains l’une après l’autre sur un échelon différent. — Monter aux échelons par saccades, — Monter en saisissant un échelon d'une main et un montant de l'autre. — Monter par les deux montants. — Monter par les deux montants par saccades. — Monter en saisissant tour à tour, par saccades, les montants et les échelons. — Descendre à l’aide des pieds et des mains. — Descendre les échelons en plaçant les mains l'une après l’autre sur le même échelon. — Descendre les échelons en plaçant les mains l’une après l’autre sur un échelon différent. — Descendre les échelons par saccades.— Descendre en saisissant un échelon d'une main et un montant de l’autre. — Descendre par les deux montants. — Desceudre par les deux montants par saccades. — Descendre en saisissant tour à tour, par saccades, les montants et les échelons,— Passer du devant de l'échelle par derrière, et réciproquement.
20 Cordages simples et mixtes : Monter par une échelle de cordes à l’aide des pieds et des mains, et descendre.— Monter à Paide des pieds et des mains par devant une échelle de cordes inclinée, et descendre. — Monter à l’aide des pieds et des mains par derrière une échelle de corde inclinée, et descendre. — Monter
par une corde à consoles et descendre. — Monter par une corde à nœuds et descendre. — Monter par une corde lisse, à l’aide des pieds et des mains, et descendre, — Monter par une corde lisse, à l’aide des mains seulement, et
descendre. — Monter à deux cordes, à l’aide des mains seulement, et descendre. —- Relever la corde pour s’y donner un point d'appui, soit sous la cuisse, soit sous le pied. — Monter à l'échelle de Bois-Rozé, et descendre.
3° Exercice des perches : Monter à la perche à l’aide des pieds et des mains, et descendre. — Monter à la perche à l'aide des mains seulement, et descendre. — Monter par une perche et descendre par l’autre. — Monter par deux perches, et descendre.— Monter par deux perches par saccades, et descendre. — Monter pardessous une perche inclinée, et descendre. — Monter par-dessus une perche inclinée, et descendre.
4° Escalade du portique par émulation.
$ 4. — Exercices des mâts verticaux.
Se lancer en avant au moyen de la corde — Se lancer en avant et revenir au point de départ.
$ 5. — Exercices de voltige sur les poutres, les barres et le trapèze. 1° Voltige sur la poutre : Se mettre à cheval sur la poutre. — Faire face en arrière, étant à cheval sur la poutre. — Étant à cheval sur la poutre, sauter à
terre. — Franchir la poutre. À
2° Voltige sur les barres parallèles : Suspension sur les mains. — Se porter en ayant ou en arrière par un mouvement alternatif des mains. — Se porter en ayant ou en arrière par saccades. — Descendre le corps et le remonter par la flexion et l'extension des bras. — Balancer les jambes en avant et en arrière. — Suspension par les mains et les pieds. — Porter les jambes en avant sur la barre droite, ensuite sur la barre gaucbe.— Porter les jambes en arrière sur la barre
droite, ensuite sur la barre gauche. — Soutenir le corps sur les poignets dans une position horizontale, 1e jambes en arrière. — Se lancer à terre en avant vers la droite (ou vers la gauche). — Se lancer à terre en arrière vers la droite
(ou vers la gauche, .—Franchir les barres en trois temps, en s’élancant en avant à droite (ou à gauche). — Franchir les barres en quatre temps, en s’élançant en arrière (à droite ou à gauche). —- Franchir les barres en deux temps. — 5e suspendre par les mains et se porter en avant et en arrière. — S’établir sur les barres, le corps suspendu sur les mains. — Se suspendre par les mains et les pieds, le dos vers la terre. — S'établir debout sur les barres — Étant debout sur les barres, s’y suspendre par les mains et les pieds, la face vers la terre.
3° Voltige sur le trapèze : Saisir la base du trapèze et élever le corps en faisant
efort des poignets.
loin possible. — S’établir sur la base du trapèze, en s’y appuyant par le ventre,
et descendre. — S'établir sur la base du trapèze, s’y asseoir et descendre. —- Saisir la base du trapèze, s’y suspendre en accrochant les pieds aux montants ét descendre. — Monter par les montants du trapèze et descendre. — S’établir
sur la base du trapèze et se tenir dessus, puis au-dessous, dans une position horizontale.
$ 6. — Exercices de la course volante.
$ 7. — Exercices des poignées brachiales.
$ 3. — Exercices de la balançoire brachiale.
SEPTIÈME SÉRIE. — Escrime; tir à l'arc; lancer la barre. Huitièue série. — Natation: exercices hors de l’eau; exercices dans l'eau.
NeUvIièMEe SÉRIE, — Exercice facultatif : Équitation.
& 3, — De l'emploi hygiénique des diverses espèces de mouvements, I. — PRÉCAUTIONS GÉNÉRALES.
L'exercice se doit prendre, autant que possible, à l'air libre, à l'ombre pendant l’été, en hiver à l'abri des intempéries. Quelques exercices (escrime, danse) ont lieu dans des espaces clos ; il y faut réunir toutes les conditions de salubrité et prévenir l’encombrement: même recommandation pour les gymnases. Les anciens procédaient à leurs exercices, le corps nu, et pour empêcher les sueurs excessives, ils se frottaient d'huile ou se roulaient dans la poussière; ces pratiques ne sont pas de notre temps ni de notre climat; des vêtements légers, amples, extensibles, se prêtent à la variété des mouvements, sans surcharger le corps d’un excès de calorique ; point de liens, point de compressions qui puissent gêner le jeu des muscles, le cours du sang, l'expansion des cavités splanchniques ; une ceinture large et souple est le seul contentif qui convienne ; l’excrétion des fèces, des urines, du mucus nasal, etc., précédera l’action musculaire. On ne fera point succéder sans transition aux exercices violents le repos absolu, et avant de le prendre, on se couvrira un peu plus chaudement, afin de ne pas supprimer brusquement la fluxion sudorale qui s'opère vers la peau par l'élimination d’un excédant de chaleur, et dont l'interruption donnerait lieu à une congestion ou à une phlegmasie interne. On ne mangera pas immédiatement après s'être livré à un exercice violent. Après le repas, point d'exercices ; cette règle ne souffre d'exception qu’en faveur des personnes sédentaires ou adonnées aux travaux de l'esprit : chez celles-Ià, un peu de mouvement facilite l’action des organes digestifs; on leur prescrira la promenade à pied ou en voiture ou à cheval au petit pas, une lecture récréative à haute voix, le jeu du volant, etc. Pris sans ménagement après le repas, l'exercice réduit l'estomac à l’impuissance, en rappelant la force sur d’autres organes, et par les secousses réitérées du diaphragme, il le provoque à se vider de son contenu : deux chiens ayant été gorgés d'aliments, on fit courir l’un, on laissa l’autre dans le repos; puis on les tua. L’autopsie fit voir, chez le premier, les aliments passés dans les intestins sans avoir subi une élaboration convenable, et chez l’autre la pâte chymeuse encore dans l'estomac et achevant de se perfectionner sous l'influence du suc gastrique (1). Le régime
(4) Le 23 janvier 14845, un garde municipal rentre, après plusieurs heures de marche, vers huit heures du soir au quartier; sans se reposer, il mange glouton-