CHAPITRE TE DES AGES
$ 4. — Fécondité,
Les recherches statistiques de Sadler, Finlayson et Quetelet ont conduit à des conséquences importantes relativement à l'influence que l’âge exerce sur la fécondité. 4° Les mariages trop précoces amènent la stérilité et produisent des enfants qui ont moins de chances
(1) Archives générales de médecine, t. XVII.
(2) Legoyt, Statistique de la France, 2° série, 1857, t. LV (17€ partie), p.xLvur. (3) Ch. Dupin, Comptes rendus de l’Académie des sciences, 19 mars 1849,
h32 HYGIÈNE PUBLIQUE.
probables de vie. 2° Un mariage, s’il n’est point stérile, produit le même nombre de naissances, quel que soit l’âge auquel il a lieu, pourvu que cet âge ne dépasse pas 33 ans environ pour les hommes et 26 pour les femmes ; après ces âges, le nombre des enfants qu’on peut produire diminue. 3° Du résultat précédent et de la considération des probabilités de vie, on peut déduire que c’est avant 33 ans pour l’homme et avant 26 pour la femme que l’on observe la plus grande fécondité. 4° Si l’on tient compte des âges respectifs des mariés, on trouve que, toutes choses égales, les mariages les plus productifs sont ceux où l’homme à au moins l’âge de la femme, ou plus que cet âge, sans cependant l’excéder de beaucoup (1) Ces résultats varient par l’action de causes perturbatrices, telles que le climat, la nourriture, etc. Ainsi les tables de population de la Suède, pendant seize ans, et embrassant plus d’un million et demi de naissances, font voir que, dans cette contrée, la plus grande fécondité des femmes coïncide avec les âges de 30 et 35 ans. En général, la femme demeure féconde pendant 25 ans environ, et chaque grossesse, avec l'allaitement, durant dix-huit mois, elle peut mettre au monde seize enfants, abstraction faite des grossesses multiples. Nous avons discuté (tome 1) l’âge moyen de l'aptitude à la reproduction dans les deux sexes et celui de la ménopause.
L'homme se conforme-t-il aux lois que la nature paraît avoir attachées à la fécondité, et choisit-il pour la reproduction de son espèce l'époque la plus convenable de la vie? Quetelet croit pouvoir répondre à cette question en consultant l’âge où les mariages ont lieu, et il trouve que le grand nombre des mariages, pour les hommes comme pour les femmes, est compris entre 26 et 30 ans ; le nombre des unions diminue très sensiblement après 35 ans, et devient presque nul, du mois pour les femmes, après 40 ans. La Séatistique de la France pour 1854 montre que les mariages en premières noces ont lieu (en chiffres ronds, et le département de la Seine excepté) entre des hommes de 28 ans et des femmes de 24 ans 1/2. Il est remarquable, ajoute le statisticien de Bruxelles, que les mariages ne deviennent fréquents que lorsque l’homme à franchi l’âge orageux des passions et du plus grand penchant au crime, qui tombe vers 2h ans; c’est aussi l’âge où le développement de ses qualités physiques est terminé et où ses qualités intellectuelles tendent à acquérir une plus grande énergie.
Quant à leur origine, les naissances se distribuent en trois groupes:
(1) Quetelet, Essai de physique sociale, Paris, 1835, t, I, p. 66.
AGES. -— FÉCONDITÉ. RE) enfants légitimes, enfants naturels, enfants trouvés. Un tableau officiel, qui embrasse une période décennale, de 1824 à 1833, partage ainsi le nombre total des naissances en France :
Enfants trouvés
Années, Enfants légitimes. Enfants naturels, et abandonnés, De 1824 à 1838..... 4 553 563 354 509 165 199 De 1940 2 1823. .... 4 478 045 349 254 171 082 Total de 10 années... 9 031 608 103 "16% 336 281
D'où l’on déduit pour les cinq premières années :
1 naissance illégitime sur 13,85 naissances totales. 4 abandon d'enfant sur 29,71 naissances totales et sur 2,15 naissances illégitimes.
Et pour les cinq dernières années :
4 naissance illégitime sur 13,83 naissances totales. 4 abandon d'enfant sur 28,22 naissances totales et sur 2,04 naissances illégitimes.
Le rapport des enfants naturels aux enfants nés vivants légitimes tend à augmenter : il avait été, jusqu’en 1853, de 1 sur 12,95; en 4853, il s’est élevé à 1 sur 12,71 ; en 1854, à 1 sur 12,17. En cette même année 1854, le nombre total des enfants naturels en France, y compris Ceux qui ne sont pas nés viables, s’est élevé à 75 170 contre 888 069 enfants légitimes.
D’après Necker, le nombre des enfants trouvés au-dessous de douze ans était en France, en 1784, de 40 000 ; il s’est élevé à
99 346 en 1819 417 305 en 1825 118 073 en 1830 129 699 en 1835
Les louangeurs du temps passé ont reproché à notre époque l’augmentation progressive du nombre des enfants trouvés; mais, loin que ce fait prouve la licence et la corruption croissante des mœurs, il s'explique d’abord par l'augmentation progressive de la population ; il se rattache encore à une autre cause dont la société actuelle a le droit dese glorifier : l'abbé Gaillard, Terme et Monfaleon (1), Villermé (2) ont prouvé que l'accroissement du chiffre total des enfants trouvés en France dépend, non d’un plus grand nombre d’admissions annuelles dans les asiles qui leur sont ouverts, mais de la di-
(1) Histoire des enfants trouvés. Paris, 1840. (2) Annales d'hygiène publique. Paris, 1838, t, XIX, p. 47,
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minution de la mortalité parmi ces pauvres êtres, qui profitent, eux aussi, du progrès de l’aisance publique.
$ 2. — Vie probable et mortalité.
Le rapport des mort-nés aux naissances, calculé d’après la statistique de huit capitales de l’Europe, donne en moyenne 1 mort-né pour 22 naissances environ : à Berlin, il est de 4 sur 19,8, rapport qui s’est maintenu à peu près invariablement le même pendant plus de soixante ans ; pour une période de dix ans, Paris a fourni en moyenne (1) 1 mort-né sur 17,7 naissances ; la Séatistique de la France pour 1854 donne 1 mort-né pour 24,22 naissances, rapport qui s'éloigne peu de ceux d'Amsterdam et de Berlin. D'après Casper et Legoyt, le nombre des mort-nés est plus grand dans les villes que dans les campagnes ; les garçons y entrent pour une proportion plus grande que les filles : pour Paris, le rapport est de 12,2 à 40. Casper a reconnu que les maladies vénériennes, l'abus des boissons fermentées, les conceptions illégitimes, etc., augmentent le chiffre des mort-nés. La part d'influence de l’illégitimité a été généralement constatée : à Gœættingue, on compte 3 mort-nés sur 100 pour les naissances légitimes, et 15 sur 100 pour les naissances illégitimes ; à Berlin, les mort-nés de la dernière catégorie sont aussi trois fois plus nombreux que ceux de la première. Dugès, à l'hôpital des vénériens de Paris, a noté 2 naissances prématurées sur 6 ou 7 accouchements. Les circonstances de l’accouchement et le sort des mères contribuent à l’accroissement de la mortalité des enfants naissants : elle est pius grande dans les hospices ; mais, à mesure que ces établissements se sont améliorés, elle a été en diminuant. A la fin du siècle dernier, l'Hôtel-Dieu de Paris comptait 1 décès sur 15 mères, et 4 mort-né pour 14 naissances; en 1822, la Maternité de Paris ne perdait plus que 4 mère sur 40. Est-il besoin de mentionner les causes plus nombreuses qui tendent à détruire l'enfant naturel dans le ventre de sa mère, et dont les chiffres précités sont une laconique expression ? Les soucis, la honte, les artifices dangereux qui sont employés pour celer une grossesse illégitime, la condition précaire ou misérable des femmes qui se trouvent dans cet état, les privations, les maladies, les tentatives d’avortement, les accouchements clandestins, etc.
Le tableau suivant indique combien il faut d'individus de chaque âge pour donner lieu à un décès en dix ans, et en cinq ans pour
(1) Annuaire du Bureau des iongitudes.
AGES. — VIE PROBABLE ET MORTALITÉ. h36 les deux premières périodes de la vie; les moyennes qu’il présente ont été calculées sur les documents suivants : relevé des décès de 4820 à 1827 à New-York, Philadelphie, Baltimore, Boston; de 4809 à 1818 à Philadelphie; en 1828, à Londres; en 1817, 1830- 31-32-34, à Paris ; en 1802, pour toute la France,
De O0 à 5 ans,1 décès sur 2,77 indiv. | De 50 à 60 ans, 1 décès sur 3,22 indiv. 5 à 10 À — 15,465 — 60 à 70 d'2E" 9,96 8 10 à 20 1 — 11,90 — 70 à 80 1 — 4,56 — RL D Li — SOA O0 1 cm A 0, 4 #7 ON Guinea DPAEUO UT PA F0 ee 40 à 50 1 —- 4,22 —
. Voici maintenant les nombres des années probables ou qui restent à espérer aux différents âges ; nous les reproduisons en quatre tables dressées : la première par Duvillard, en 1786, sur la généralité des Français; la seconde par Deparcieux, en 1745, dont les résultats un peu faibles sont encore aujourd’hui assez exacts; la troisième par la société anglaise des assurances dite /'£quitable, de 1762 à 1829, et dont les assurés sont choisis; la quatrième par Domitius Ulpianus, d’après les registres tenus chez les Romains par les censeurs, depuis Servius Tullius jusqu’à Justinien.
Ages. Duvillard, Deparcieux. L'EÉquitable. Ulpianus. A1S'ans. 1.1: 43,40 48,27 » »
10 ans..... 40,80 46,83 48,32 »
ans... . 37,40 43,94 45,03 »
BU LANE: : 34,26 40,22 41,60 30 25 ans iii .5 31,34 37,17 38,12 28 OU AU... 28.52 34,06 34,33 2; SH 1 ans: 1 2512 30,88 30,93 4 s0wahs. .. 22,89 27,48 27,40 20 ET... 20,05 23,89 23,95 18 50 ans..... 47,23 20,38 20,36 1 EME à © à 14,51 1725 16,99 9 NI ANS. ... 11,95 14,25 13,91 7 66 ans. .... 9,63 11,26 11,13 5 70 ans ; 7,58 8,64 8,70 »