‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 3)Chapitre 64 sur 155 · TER · texte numérisé non relu

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En général, il meurt un quart ou un cinquième dés enfants pendant la première année de la vie (1). La proportion: est plus consi-

(1) D’après les tables anglaises, dressées en Angleterre par les compagnies d'assurances pour la ville de Carlisle, Sur +10 000 enfants il n’en existe plus à la fin de l’année que 8461; d’après Duvillard, il n'en reste plus que 7678.

dérable chez les enfants naturels. Les recherches étendues et fondées sur des chiffres authentiques ont conduit Baumann et Sussmilch (1) aux conclusions suivantes : 1° Dans le premier mois après la naissance, il meurt 10 enfants sur 100 légitimes, et 24 sur 100 naturels ; 2° dans les deuxième et troisième mois, il meurt praportionnellement deux fois plus d'enfants naturels que d'enfants légitimes ; 3° dans. le deuxième trimestre, la mortalité des enfants naturels dépasse des deux tiers celle des enfants légitimes; elle est double du sixième au douzième mois; 4° dans la seconde année, il meurt deux cinquièmes d'enfants naturels de plus, et, dans la troisième et la quatrième année, un tiers de plus que d'enfants légitimes; 5° de la cinquième à la septième année, la différence proportionnelle est encore d’un quart; elle s’efface et disparaît plus tard. Les calculs plus récents de Casper ont confirmé ces résultats. Les enfants trouvés supportent une large part de la mortalité qui sévit sur le premier âge. Il résulte d’un document officiel (2) qu’en 1787, 1788 et 1789 il mourait 90 à 91 enfants sur 100 enfants trouvés ; de 1815 à 1818 la proportion était de 75 sur 100 ; en 1824, 60 sur 100 (Benoiston de Châteauneuf); en 1838, pour Paris, 50 sur 100 (Villermé). Sur 112 625 enfants trouvés à Paris depuis 1816 jusqu’en 1837 (22 ans), 30 055 sont morts à l’hospice, et 55 631 sont morts à la campagne ; 26 939 seulement ont survécu : la mortalité a donc été de 76 pour 100 !... Ce rapport s’est amélioré dans les derniers temps : en 1838, la mortalité des enfants trouvés a été à Paris de 14,02 pour 100, en 1848 de 11,30. Legoyt a donné, dans la Séatistique de la France pour 1854, le tableau suivant :

Mortalité

des enfants naturels pour

Enfants légitimes. Enfants naturels. 1 enfant légitime.

Naissances... ,.,.....,.....+. 10 000 10 000

MOort-nés,.......82.11.. se 380 677 1,78 de.0 à.7 jours... ..... 260 501 1,93 ik 5 A 10 JS ---e 178 512 2,87 © 45 jours à 1 mois... 193 558 2,89 = À LÀ 1 8 MOIS ae à 506 1e 301 680 2,22 3 À DINOIIT re. on 2 0 550 1,96 \ 6 mois à 4 an....:. 396 610 1,54 Total de 0 à 4 an...... 1608 3411 2,12 PRO ET OT 609 756 1,24

(1) Gœttliche Ordnung, und deren Anhang.

(2) Rapport au roi par Laïiné, ministre de l’intérieur, 1818,

AGES, — VIE PROBABLE ET MORTALITÉ. h37

Les recherches statistiques de Legoyt sur les années 1853 et 1854 l'ont conduit aux conclusions suivantes : A tous les âges de la vie, sauf aux àges avancés, où les conditions de la mortalité paraissent être les mêmes partout, c’est sur Paris et sa banlieue que la mort sévit avec le plus d'intensité. De 0 à 20 ans, la mortalité moyenne annuelle y est de 4 sur 47,5, tandis qu’elle est dans les villes de 4 sur 51, et dans les campagnes, de 1 sur 54,5. Toutefois, dans la première année de l'existence, il meurt plus d'enfants dans les campagnes que partout ailleurs, soit par insuffisance de soins, soit par l'effet des placements en nourrice, qui diminuent dans une proportion relative la mortalité urbaine. Le minimum de la mortalité générale se produit de 12 à 15 ans; à 15 ans daus la population rurale, à 13 ans dans les villes, à 12 ans dans le département de la Seine. La mortalité va ensuite en augmentant, et atteint un premier maximum entre 20 et 25 ans. — Ce maximum, qui comprend l’âge des passions et aussi la mortalité militaire, est naturellement plus prononcé dans les villes que dans les campagnes, et à Paris plus que partout ailleurs. On doit ajouter que les cinq années suivantes (de 25 à 30 ans) donnent lieu, dans la capitale, à une mortalité exceptionnelle, qui peut s'expliquer par le grand nombre d'adultes de cet âge que comprend sa population flottante. — Entre 30 et 40 ans, il y a un temps d’arrêt, suivi d’un accroissement de mortalité assez faible jusqu’à 50 ans ; mais à partir de cette limite, et surtout après la soixantième année, les décès se multiplient : À personne environ sur 10 000 dépasse la centième année dans les départements autres que la Seine.

Parmi les circonstances qui concourent à cette effrayante mortalité, doit-on compter la suppression des tours et la mesure prise par le gouvernement depuis 1834, et qui consiste à envoyer les enfants trouvés d’un arrondissement ou d’un département dans un autre? Nous empruntons à de Watteville (1) quelques éclaircissements sur ce sujet si grave pour l'hygiène publique. Le décret du 19 janvier 1811 à fait ouvrir dans 77 départements 250 hospices dépositaires avec tour, et 6 sans tour ; 9 départements ont créé 17 hospices dépositaires sans tour. Or, les 9 départements privés de tour ont compté 4 abandon sur 121 naissances ; et les 9 départements pourvus du plus grand nombre de tours, 1 abandon sur h0 naissances. Depuis 1834, on a supprimé en France 185 tours et

(1) Rapport sur la situation administrative, morale et financière du service dés enfants trouvés en France. Paris, 1849,

lo HYGIÈNE PUBLIQUE.

132 hospices dépositaires ; en 1849, il n’y restait plus que 65 hospices dépositaires avec tour, dont 40 surveillés et 25 non surveillés,

et 76 hospices. dépositaires sans tour. Or, tandis qu’en 1833 il y avait un enfant trouvé sur 248 habitants, on n’en constatait plus en 1845 que 1 sur 353. Les diverses localités présentent entre elles,

sous ce rapport, des différences qui accusent d’autres causes que le maintien ou la suppression des tours :

Habitants. Naissances, 38 départements n’ont pas de tour. 1 enf. trouvé sur 372 1 exposé sur 47 34 .: — ontlitOUrs el —— sur 287 4 — sur 25 A — Ont 2O0UrS 0 1 ee sur 307 41 — sur 34 3 — ont 3 tours .... 1 — sur 450 4 — sur 50

De Watteville signale, parmi ces causes, la mauvaise exécution du décret de 1811, relatif à la fourniture des vêtements et layettes : plus de la moitié des administrations des hospices dépositaires n’en donnent point à leurs pupilles ; il n’y a guère qu'une sur douze qui pourvoie d’une manière un peu convenable aux besoins des enfants trouvés. La tutelle de ceux-ci, confiée par la loi aux commissaires administrateurs de ces hospices, n’est bien exercée que dans 20 départements : elle l’est à moitié dans 5, et complétement abandonnée dans 64... Joignons aux effets de cette fatale ineurie ceux de l'allaitement au biberon et au petit pot, dans les établissements consacrés aux enfants trouvés. Déjà la seule mise en nourrice augmente la mortalité des enfants dans le rapport de 1 à 3 (Sussmilch) : à Paris, sur 100 enfants nourris par leurs mères, ilen meurt 18 dans la première année, tandis qu’il en périt 29 sur 100 allaités par un sein étranger (Benoiston de Châteauneuf). L’allaitement artificiel appliqué aux enfants trouvés et réunis dans le même hospice est si désastreux, qu'un écrivain courageux à pro- : posé d'inscrire sur la porte de ces établissements : « Ici on fait mourir les enfants aux frais du public. » Multiplier les maisons où les nouveau-nés seraient reçus sans distinction et sans limites, tel serait, pour un homme indifférent, le plus sûr moyen d’arrêter la population (Malthus). Friedlander rapporte, d’après sir John Baquare, que, de 1789 à 1805, on a reçu à la maison de Dublin 12 786 enfants trouvés, dont il ne restait, cinq ans après, que 135.

En général, la mortalité est beaucoup plus considérable pendant la première moitié de la vie que durant la seconde, et, dans la ‘première moitié, la plus forte mortalité pèse sur le premier trimestre de la première année ; elle diminue beaucoup: plus pendant

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