‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 3)Chapitre 75 sur 155 · DES CLIMATS · texte numérisé non relu

DES CLIMATS

Il est impossible de fixer la valeur de chaque élément de la climatologie quant à l'influence qu'il exerce sur les populations ; 1l

faut se contenter d'apprécier d’une manière générale l'action des climats sur les masses, par les résultats qu’elles présentent à la statistique sous le triple rapport de la mortalité, de la fécondité et de la vie moyenne. Dans les limites de l’Europe, on constate déjà des différences significatives dans [a mortalité :

Nord de l’Europe ..... 1 décès par 41,1 habitants, Centre. . MES... FA À — 40,8 =

MAUL, 25 0 ENS, FOR: rw 3337 (Quetelet).

Si l’on considère des lieux plus rapprochés de la ligne équinoxiale

et plus exposés à des températures extrêmes, on trouve avec Moreau de Jonnès :

Latitude 6°410/..... Batavia....,.: . 1 décès par 26 habitants. — , 10040/.75%.. Trifitad .. 221% 4 tie . 27 — A18°54/.8%., Sainte-Luciétest is... tm 27 — A4044/.0... Martinique..::%14..2%4. ‘. 28 — A15959/.:%.. Guadeloupe; :55.:.,.14... 97 — , 189507... Bombay... ... LULU T CRIE 20 — 230,147, ..s. HATADÉS Sinemiias 2e 33

On à donné le tableau suivant de la mortalité moyenne d’après les latitudes :

De O0 degré à 20 degrés latitude, 1 décès sur 25 habitants. De 20 — 40 — — 1 — 39,5 Del 40 : : == 60 = ai. aol o48fe De 60 — 70 — — 4 — 50,0

Les statistiques anglaises et les récentes recherches de plusieurs chirurgiens distingués de notre flotte (1) font ressortir une différence notable de mortalité entre les régions tropicales des deux hémisphères, à l’avantage de l'hémisphère sud. Avec ces données réunies, Boudin à construit les tableaux suivants :

(1) Saurel, Essai sur la climatologie de Montevideo, ete. Thèse de Montpellier, 1851. — Maurin, Souvenirs de la climatologie et de la constitution médicale de l'Druguay. Thèse de Montpellier, 14854.:— Rochas, thèse déjà citée sur Ja Nouvelle-Calédonie. Paris, 1860.

(2) Recueil de mémoires de médecine, chirurgie et pharmacie militaires, t. VIE, 3° série, 1862.

CIRCUMFUSA. — DES CLIMATS.

ARMÉE ANGLAISE. — Î. Hémisphère nord, Z £ SES Latitude Désignation des colonies Période Effectif 22 - : j total. 558 PL à Se : L'ile Ml à PRE CONTRE Bermudes... . de 1837 à 1856 22,398 32,3 Entre 6° et 17° N..... Antilles et Guyane. . de 1837 à 1853 51,115 60,0 20 lat... .... Jarpaïiqne .,., + 4 de 1837 à 1855 22,100 58,5 Entre 5° 54 et 92 50/ N. Ceylan ............ de 1837 à 1856 29,908 36,8 Présidence du Bengale. de 1838 à 1856 227,306 69,5 Entre 25° et 15° N.. À — de Madras. de 1838 à 1856 108,545 38,4 — de Bombay. de 1838 à 1856 96,516 58,7 Hong-Kong. .,.2.:. de 1842 à 1845 3,505 285,0 Sierra-Leone........ de 1819 à 1836 » 483,0 Cap. Cosst 1 «ras de 1823 à 1826 » 668,3 Il. Hémisphère sud, Entre 15° et 16° S.... Sainte-Hélène. . ...,. de 1837 à 1856 8,258 10,6 butte en 1859 ..... | 165 12,9 ter. dede Né Paie COTORIOT eee Po de 1838à1858 73,508 12,0 Port-Natal.,.en1859..... 562 42,4 , de 1838a1855 29,178 22,4 0 O7 ? $ RP EN HN. Mariée. 20 200 pet THERE 1,234 16,0 Entre 44° et 42° S.... Van-Diemen........de1839à1856 17,600 7,8 , de1844à1856 15,128 5,1 o m0 ur » ) Entre 34° et 47° S.... Nouvelle-Zélande... HUE LNIS 1.193 15 Ausirahe...".*. des de EM ISO Se 1,380 10,1 ARMÉE FRANÇAISE, — I, Hémisphère nord.

Nombre de décès Colonies, Période d’observation. par 1000 hommes. "+ de 1819 à 1855 .... 94,9 (eo) Lo) , Martinique (entre 44° et 16°)...... RL pion mn 2 233.3 de. 1819 à 1855 . 91,1 Guadeloupe (entre 44° et 16°) ..... T0 ON LME 994 2 de 1850 à 1853..... 90,8 LA 2 Guyane (4° 56/ N.)...... nt à à AS ci dote ét ere 237,4 e o de 1819 à 1855 .... 106,1 Sénégal (16 N.) CR cree) 1880 RP ee > h 5 A Algérie (entre 34° et 35° N.)...... de 1837 à 1846 .... 05138 IL. Hémisphère sud.

Nouvelle-Calédonie ............... du 45 août 1856 au 45 août 1858..... 11,4 ; de 1848 à 1855. 4 9,8 .. ! »

Taïti (17°42 S,).........,...... LP PURRUEAN 39 di de 1819 à 1827 ... 17,2 RCRDION (#1 Pl: ete FL LAS sont a br - 10,1 Ces différences de mortalité entre les climats tropicaux des deux

côtés de la ligne tiennent à ce que les fièvres palustres, la dysenterie

et l'hépatite épargnent plus l'hémisphère sud que l'hémisphère nord ; dans certaines localités tropicales de l'hémisphère sud c’est à peine si l’on rencontre les fièvres palustres, même là où les marais abondent (Taïti, Nouvelle-Calédonie).

Nous n'avons garde d'accorder à ces données numériques, et à

d’autres rapportées par les auteurs, une importance rigoureuse et définitive. D’après Thomas, la mortalité à l’île Bourbon n'est que de 1 sur 44,0; d’après des documents anglais officiels, elle est encore moindre au cap de Bonne-Espérance. Il manque aux recherches de Moreau de Jonnès les chiffres nécrologiques des campagnes. Sans affirmer que le nombre des décès croît du nord au midi proportionnellement à la latitude et peut varier du simple au double, nous reconnaissons la coïncidence de l’accroissement de la mortalité avec celui de la température annuelle moyenne. Pritchard luimême (1), quoique préoccupé sans cesse des conditions d'unité primordiale et d'égalité physiologique des différents groupes de l’espèce humaine, proclame le rôle immense que le climat exerce dans la répartition de la mortalité. La France en offre un exemple : si l’on compare la mortalité moyenne dans dix départements du Midi et dans dix départements du Nord, on trouve qu’elle est de 4 sur 4h dans ceux-ci, et de 1 sur 37,95 dans ceux-là.

Plus le climat est chaud, plus, toutes circonstances d’ailleurs égales, la moyenne de la vie humaine est courte, car elle est nécessairement en rapport avec la mortalité. Les cas de longévité qui se rencontrent dans les contrées méridionales et entre les tropiques n'infirment point cette loi; au milieu de ces ravages, la mort peut laisser debout quelques existences chargées d’ans. Toutefois la statistique signale plus de centenaires là où s’allonge la vie moyenne, c’est-à-dire dans le Nord (Écosse, Angleterre, Norvége, Russie et Sibérie).

Les climats insulaires et les climats maritimes participent à l’influence conservatrice de la septentrionalité : on cite beaucoup de centenaires dans les îles Bermudes, à la Barbade, à Madère, dans les anciennes îles Fortunées, dans les Hébrides, dans les îles occidentales de l'Écosse, etc. La moindre étendue des variations des différentes qualités de l’air, la pureté normale de l'atmosphère, une ventilation incessante qui purifie le sol et les habitations, etc., telles sont, avec d’autres avantages signalés ailleurs (tome Ie"), les causes de la salubrité de ces climats. Mais quelles sont les causes qui

(2) Histoire naturelle de l'homme. Paris, 1843, t. II, p. 245.

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communiquent un si funeste essor à la mortalité dans les climats chauds ? Elles résident dans la nature du sol, dans le mauvais régime des eaux, dans les foyers d'infection que des pluies torrentielles multiplient tous les ans et que les rayons d’un soleil brûlant activent à certaines époques, dans l'intensité des mutations atmosphériques, etc. Peut-être gisent-elles en plus grand nombre dans l'imperfection de l'hygiène publique : la civilisation est destinée à les étemdre. N’est-il pas remarquable que les épidémies que la civilisation a presque étouffées dans notre société occidentale se montrent d'autant plus fréquentes que l’on se rapproche de léquateur (Schnurrer)? La peste, la fièvre jaune, la dysenterie, les fièvres pernicieuses sont les endémies des pays chauds. En admettant que le climat est l’une de leurs causes, niera-t-on la complicité de la société demi-barbare où ces fléaux prennent naissance ?

Par une disposition de la Providence, la fécondité se règle, en de certaines limites, sur la mortalité des populations. Nous avons constaté plusieurs fois déjà cet admirable concert de la vie et de la mort : les climats le reproduisent. Si l’on compare les deux températures extrêmes de l’Europe, on voit qu’en Portugal il naît 5,10 par mariage; en Suède, 3,62 seulement (Benoiston de Châteauneuf); en France même, la moyenne des naissances, prise sur cinq ans (1821-25), est de 4,34 par mariage dans nos départements du Midi, et de 4,00 dans ceux du Nord. La fécondité augmente donc du nord au midi, et compense sous les latitudes australes les moissons plus abondantes de la mort. Dans les climats septentrionaux où la vie moyenne se prolonge, les naissances sont moins nombreuses. A Saint-Pétersbourg, de 1813 à 1822, la proportion des naissances aux décès n’a été que 100 à 134; sa population ne s’est donc soutenue dans cette période que par le renfort des immigrants.

L'histoire nous montre d'immenses populations s’ébranlant et se précipitant du Nord sur le Midi. Les événements politiques n’ont pas été l’unique mobile de ces migrations turbulentes ; mais, lasses de lutter avec les climats du Nord, et de solliciter pour leur subsistance un sol ingrat, elles se sont ruées avec choc sur les terres heureuses de la France, de l'Espagne, de l'Italie : c’est le même instinct qui dirige sur les plaines fertiles de la Chine les mvasions des hordes sauvages qui errent dans les déserts de la Mongolie; ce sont les mêmes causes qui entraînent les habitants de l'Irlande, du Palatinat et d’une partie de l'Alsace dans Îles États-Unis de l'Amérique, les Basques à Montevideo et à Buenos-Ayres, etc. Dans les plus riches contrées, l’exubérance de la population produit les mêmes

effets qu'ailleurs la stérilité du sol. Toutefois, les émigrations n’ont pas pris de nos jours un développement capable d’affecter la force d’un pays au profit de la force d’un autre. On sait avec quelle lenteur l'Algérie se peuple de colons européens. Le temps de grands déplacements de masses humaines semble passé, comme celui des grands mouvements dans les éléments de la constitution géologique du globe.

L’accroissement de la population résulte de l’excédant des naissances sur les décès ; le rapport numérique des habitants avec la surface territoriale (nombre d'habitants par lieue carrée) exprime sa densité, etc. IL suit de là que les climats se jugent finalement par l'accroissement et la densité des populations. Or les tables dressées par de Humboldt et Balbi mettent en évidence la prédilection de l'espèce humaine pour les zones tempérées, où la vie est également à l’abri des surexcitations énervantes du soleil tropical et de l’influence engourdissante des froids extrêmes, où la végétation déroule ses formes les plus variées, les plus nombreuses, et marie les produits de l’équateur avec ceux du nord. La population afflue surtout et se multiplie rapidement sur les côtes médiocrement élevées audessus du niveau des mers, dans les régions largement accessibles au soleil, à l'humidité et à l'air, triple agent de la salubrité des climais et de la fécondité du sol, dans les plaines sillonnées par les grands fleuves, véritables artères du globe: telles sont la Chine, qui voit s’agiter 150 millions, d’autres disent 300 millions d'hommes, dans des plaines immenses arrosées par le Kiang ou par le fleuve Jaune; la péninsule de l'Inde, qui fait vivre plus de 4100 millions d'hommes, la Perse, l'Asie Mineure, l'Egypte, les péninsules d'Espagne et d'Italie, l’Europe tempérée. En dehors de cette zone amie de notre espèce, et à laquelle s’ajouteront plus tard les deux portions tempérées de l'Amérique, on voit 2 millions d'habitants dispersés dans l'Asie boréale sur 465 000 lieues carrées, 4 ou 5millions de Tartares nomades dans le désert de l’Asie centrale, 80 millions d'habitants jetés sur l’immense continent d’Afrique; et, comme les climats extrêmes agissent dans le même sens, on ne trouve en Russie que 12 habitants à peine par kilomètre carré, tandis que le rapport s'élève en Autriche à 55, en Prusse à 60, en France à 67,46 (1851), en Angleterre à 129, etc. Toutefois, il ne faut pas perdre de vue le rôle énorme que joue Ja civilisation dans le groupement et la densité des populations. Cette influence se prononce dans les chiffres comparés des quatre derniers États sus-indiqués, qui diffèrent entre eux moins encore par leurs conditions climatologiques

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