‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 3)Chapitre 77 sur 155 · CIRCUMEUSA. — RUES ET PAVAGE · texte numérisé non relu

CIRCUMEUSA. — RUES ET PAVAGE

blit une circulation entre l'atmosphère et le sol au moyen du mouvement de l’eau. Tel est aussil'avantage des eaux pluviales pénétrant dans un terrain creusé de puits qu'elles alimentent; sorte de drainage naturel très propre à laver un terrain infecté d’une petite étendue, à délayer et à entrainer les eaux chargées de matières organiques qui se déversent de nos maisons dans le sol. Aussi le pavage qui s'oppose à l’imbibition des eaux météoriques, ne profite-t-il pas à la salubrité de toutes les localités où il est appliqué ; il compromet celle des eaux des puits, creusés dans des terrains perméables, et par suite l’assainissement des couches inférieures du sol. Cette influence du pavage des villes sur la qualité des eaux de puits, Franklin l’a prévue, ainsi que la nécessité de demander aux rivières, aux sources éloignées, la quantité d’eau potable nécessaire à la consommation publique : « J'ai observé, dit-il, que le sol &e la ville étant pavé ou couvert de maisons, la pluie était charriée loin et ne pouvait pénétrer dans la terre et renouveler et purifier les sources, ce qui est cause que l’eau des puits devient chaque jour plus mauvaise et finira par ne pouvoir plus être bonne à boire, ainsi que je l'ai vu dans les anciennes villes. « Mais là où le sol est perméable aux eaux d’un grand fleuve qui alimente les puits, mieux vaut paver les rues et les places et faire des égouts étanchés qui portent les eaux impures en aval de la ville. Chevreul reconnaît d’ailleurs luimême l’absolue nécessité du pavage dans les cités populeuses pour éviter les ornières, les mares d’eau, les boues, pour diminuer en été la poussière, pour éloigner des maisons une grande partie des eaux pluviales et ménagères; il est donc la condition première de la propreté des rues, qui sans lui présenteraient une surface marécageuse. Beaucoup de villages et de petites villes perdent, à cause du défaut de pavage, les éléments de salubrité que leur assureraient leur site et leur exposition. Sa mise en usage date du règne de Philippe-Auguste (1184); mais il n’a été adopté d’une manière générale que plusieurs siècles après. Avant l'application du pavage à toutes ses rues, Paris était plus exposé aux fièvres intermittentes ; le revêtement pierreux du sol oblitère une large surface d’émanations délétères. Le mode du pavage usité dépend des ressources locales ; sa durée et son prix de revient décident le choix des matériaux qui sont: les pierres siliceuses, granitiques, volcaniques, basaltiques, parfois calcaires, et surtout le grès débité en cubes et disposé sur une couche de sable; il constitue le pavage le plus dur et le plus résistant. Les briques, posées de champ, que l’on voit dans quelques villes, ont moins de so lidité que la pierre de Volvic,

M, LÉVY, 4° EDIT. — Il, 34

les polygones basaltiques ou les granits. Les cailloux roulés que l'on utilise dans certaines localités où ils abondent, serrés entre eux et mal liés par une couche de graviers, offensent le pied par leurs aspérités, par leurs angles, et triplent la fatigue de la marche. Un a essayé de substituer au pavage ou dallage de pierre l'emploi du bois et du bitume. |

Le pavage en cubes de bois très dur, taillés à pans, est expérimenté sur une large échelle à Londres et à Saint-Pétersbourg, où on la appliqué dès 1834 au pavage de quelques rues. On en a fait à Paris des essais partiels qui ne paraissent point en encourager l’extension, d’ailleurs fort dispendieuse ; le système qui a le mieux réussi à Paris consiste à poser des blocs de sapin sur une couche épaisse de chaux, de sable et de ciment ; ces blocs, de forme rhomboïdale, et ayant 0",18 de haut, sont réunis par des chevilles de bois passant dans des trous, et présentent à leur surface des rainures croisées pour empêcher les chevaux de glisser; avant de les poser, on les assemble en panneaux au moyen de chevillés. Le pavage coûte 16 francs le mètre. Il amortit les retentissements de la circulation et convertit la voie publique en une sorte de parquet élastique ; il diminue le tirage au point qu'un cheval traîne sur un pavage de bois une charge équivalente à celle de quatre chevaux sur un pavage de grès. Peut-être favorise-t-il moins l'écoulement des liquides dont il absorbe une partie ; le frottement des roues et des pieds en détache une poussière ligneuse que pétrit Peau pluviale et qui forme à la surface des rues ainsi recouvertes une boue de matière organique; il n’est pas impossible que, sous l'influence des chaleurs de l'été, il en résulte un foyer d’émanations, surtout si l’on considère que la matière ligneuse disparaît par vaporisation dans les marais à sphère d'intoxication active, tandis que dans les climats à température moyenne annuelle au-dessous de 12 degrés centigrades, elle ne se dissipe plus et donne lieu aux dépôts de tourbe (1). I est d’ailleurs très difficile d'obtenir des bois qui remplissent les deux conditions essentielles d’un bon pavage, dureté et homogénéité. Les changements brusques de température ont pour effet de détériorer les meilleurs bois. Peut-être les bois imprégnés de substances conservatrices serviraient-1ls plus utilement au pavage.

Les bitumes sont de deux sortes : l’un, dit minéral ou asphaltique, est un produit naturel, très employé par les anciens dans un grand nombre de constructions, et dont l’usage, renouvelé de nos

(1) Communication verbale de M, Boussingault (1845).

Page 1