CIRCUMFUSA. — RUES ET PAVAGE
jours, tend à se propager de plus en plus (naphte, pétrole, bitumes liquides, malthe ou pissasphalte, bitume glutineux, asphalte ou bitume de Juclée, des momies, bitume solide); l’autre est un produit artificiel, un goudron minéral qu’on obtient en distillant le charbon de terre pour en extraire le gaz hydrogène; il a les principales propriétés du bitume asphaltique. La préparation de ces bitumes au milieu de nos rues produit des vapeurs qui, sans être délétères, affectent l'odorat d'une manière désagréable ; par les temps humides et doux, leur odeur est forte, àcre, pénétrante ; elle peut incommoder si elle se concentre dans des lieux étroits et fermés. Les bitumes, étendus en couches minces, sont élastiques, durables ; ils exigent peu de réparations; leur surface lisse empêche la stagnation des eaux et se dessèche rapidement après les pluies; mais leur établissement est coûteux, et ils ne résisteraient pas longtemps aux pressions des voitures pesamment chargées ; leur usage se restreindra aux trottoirs, caves, passages, souterrains, casemates. Les trottoirs ou bandes bilatérales des rues, rendus obligatoires sous certaines conditions par une loi de 1845, sont à la fois un assainis: sement pour l'étage inférieur des maisons et une aisance de circulation pour les piétons. Le danger d'incendie n’est point à redouter pour le bitume minéral qui ne contient qu'un cinquième de matière combustible ; des charbons incandescents, des fers rougis le fondent sans l’enflammer ; une fois allumé, il donne une flamme léchante ou par ondes qui se déroulent au-dessus de la matière en combustion. Le bitume fourni par la distillation de la houille s’enflamme plus facilement à cause de sa plus grande fluidité.
Le macadam, qui a tant contribué à l'amélioratien des routes ordinaires et en assure l'entretien, est appliqué aujourd’hui, au moins en partie, à l« construction des voies urbaines. Il consiste à empierrer le sol, à le tasser une première fais par l’action du rouleau compresseur, puis à y répandre des matières d’agrégation destinées à fournir la gangue nécessaire à la Haison des pierres de la couche superficielle; ces matières sont les sables qui proviennent de l'usure des chaussées, et qu'on lave à grande eau pour les débarrasser de corps étrangers. Les cylindres ou rouleaux compresseurs que l’on fait passer à grand renfort de chevaux sur les chaussées nouvellement construites, épargnent aux roues des vaitures le labeur cahotant et quelquelois dangereux de l’écrasement des pierres, et procurent plus promptement la liaison des divers éléments du macadam. Malheureusement sur les voies centrales des grandes cités la cireulation est tellement active qu’il n'existe
pas de matériaux assez durs pour y résister longtemps. De là, en été, une poussière que les vents et les voitures soulèvent par tourbillons ; en hiver, une mare boueuse qui embarrasse et salit le piéton. L’arrosage et l’ensablement n’y peuvent rien ; poussière et boue se reforment à mesure qu'on les enlève, et les flaques, qu'il faut incessament combler, nécessitent un dispendieux travail d’entretien. L'expérience a fait exclure toute pierre molle de la composition du macadam ; on donne la préférence aux matériaux les moins hygrométriques et les pius résistants. À Paris, après avoir essayé les basaltes, les trapps, les porphyres, les quartzites et autres pétrosilex de toute la France, on a fait choix, pour les voies les plus fatiguées (rue de Rivoli, boulevards), du porphyre de la Mayenne, des quartzites métamorphiques de la Sarthe, et pour les artères les moins fréquentées des meulières siliceuses et des silex purs.
Pour l'hygiène des habitants riverains de ces chaussées macadamisées, tenons compte de l'amortissement des bruits de la circulation diurne et nocturne sur le pavé ordinaire, ainsi que des trépidations que le lent passage des lourds charriots de camionnage et autres impriment aux maisons. [l faut avoir subi comme nous le supplice de ce vacarme et de ces ébranlements dans l’une des rues les plus agitées de Paris pour apprécier le bienfait de leur notable atténuation au moyen du macadamisage.
Chevreul a constaté que la couche noire qui se trouve entre et sous le pavé des rues de Paris contient du fer métallique, de l’oxyde de fer intermédiaire ou du fer sulfuré. Cette couche, qui tend en définitive à se convertir en peroxyde de fer, est une matière combustible qui défend les couches inférieures du sol de l’action de l'oxygène ; elle s'oppose à la transmission de l'oxygène que l’eau entraîne dans le sol; or cet oxygène est nécessaire à la destruction des matières organiques que le sol renferme, et par conséquent à son assainissement. Le fer trouvé dans cette couche noire provient de l’usure des roues et des fers des chevaux.
Les trottoirs ont le double avantage de diminuer l’humidité de la partie inférieure des maisons et d'assurer la sécurité des piétons ; il convient de leur donner une pente légère pour l’écoulement des eaux ; sous leurs rebords sont cachés les ruisseaux latéraux dans le système des chaussées bombées, très préférable à celui.des chaussées fendues ou à thalweg central et à ruisseau médian, incessam : ment battu par les pieds des chevaux et par les roues des voitures, qui en projettent les fanges sur les deux côtés de son parcours. On applique aujourd'hui à la confection des trottoirs un mastic com-
CIRCUMFUSA. — PLANTATIONS URBAINES. 533
posé de 72 parties de roche asphaltique broyée et bien tamisée, de 6 ou 8 parties de bon bitume, d’une partie de goudron minéral et d'une demi-partie de sable siliceux. Les trottoirs de bitume ne coûtent que 7 francs le mètre carré, et 70 centimes d'entretien par an, tandis que ceux de granit reviennent à 22 francs; mais les premiers exigent de fréquentes réparations, se détériorent, se couvrent alors d’une nappe d’eau pluviale sans écoulement, etc.
5° Plantations. — On s’est exagéré l'influence des plantations d'arbres dans l’intérieur des villes sur la pureté de l'air. Il n'existe aucune proportion entre la purification atmosphérique que procure la respiration de quelques milliers d'arbres et la production d’acide carbonique résultant de la vie d’une grande cité. Jeannel (1) a calculé qu'il faut un hectare de forêt pour compenser à peu près la viciation atmosphérique résultant de l'existence de deux hommes, et que la quantité d’acide carbonique versée dans l’atmosphère par la ville de Bordeaux ne pourrait être journellement décomposée que par la végétation de 50 000 hectares de forêts. Chevreul (2) observe d’ailleurs que, lorsque l'oxygène se dégage des parties vertes sous l'influence de la lumière, il doit s'élever dans l’atmosphère et non en gagner la région inférieure. Trop rapprochés des maisons, les arbres les rendent humides par leur propre évaporation, par celle des eaux pluviales qu'ils retiennent, par leurs alternatives de condensation nocturne et d’évaporation diurne de l’humidité atmosphérique; et, s'ils procurent une ombre agréable pendant quatre mois, ils interceptent pendant huit autres mois l'air et la lumière. Faut-il les proscrire dans les cités populeuses? Non; ils y ont une utilité incontestable pour combattre imcessamment l'insalubrité produite ou sur le point de se produire par les matières organiques et la trop grande humidité du sol : « Les racines, ramifiées à l'infini, enlevant à la terre qui les touche l’eau avec des matières organiques et des sels que ce liquide tient en solution, rompent l’équilibre d'humidité des couches terrestres : dès lors, en vertu de la capillarité, l'eau se porte des parties terreuses les plus humides à celles qui le sont le moins, en raison de leur contact avee les racines, et ces organes deviennent ainsi la cause occasionnelle d’un mouvement incessant de l’eau souterraine, extrêmement
(1) Jeanuel, Mémoires sur les plantations d'arbres dans l'intérieur des villes (Annales d'hygiène, 1850, t. XLIHIT, p. 49).
(2) Chevreul, Mémoire sur plusieurs réactions chimiques qui intéressent la salubrilé des cités papuleuses (Annales d'hygiène, 1853, t. L, p. 5),
favorable à la salubrité du sol. » (Chevreul.) On peut apprécier l’intensité de cet effet d’après l'expérience bien connue de Hales, qui constata, sur un /elianthus annuus, une transpiration de1 livre 14 onces d’eau en vingt-quatre heures. Ainsi les eaux qui pénètrent dans la terre avec Les matières organiques altérables et des matières salines sont, dans la belle saison, aspirées sans cesse par les végétaux, qui en évaporent la plus grande partie, après en avoir fixé une partie avec les principes organiques et salins qu’elle tenait en solution. Un autre avantage des jardins et plantations compris dans l’aire des villes est d’atténuer la densité de la population, de ménager des espaces libres; on doit exiger que les arbres ne soient plantés que dans les rues de 25 à 30 mètres de largeur ; qu'ils laissent toujours entre eux et la façade des maisons un intervalle de 10 mètres, afin qu'ils puissent s'étendre sans nuire aux fondations de ces maisons et aux murs des égouts; qu'ils soient élagués à la hauteur de 7 à 8 mètres et leurs branches rejetées vers le milieu de la chaussée. Quant au choix des espèces, l’ormeau et le tilleul, si répandus dans les villes, n’ont point le feuillage épais, la croissance rapide, la santé robuste et la racine pivotante qui conviennent à cette destination. Ce choix est subordonné à une condition vitale de la végétation : c'est que les racines trouvent, en plongeant dans le sol, les matériaux indispensables à la nutrition de l'arbre, sans rencontrer des principes délétères, tels que les vapeurs liquéfiables du gaz d'éclairage ou des couches absolument privées d'oxygène atmosphérique.
6° /rrigation urbaine, drainage.— L'hydrographie de la eité a pour élements le rapport de la surface du sol : 1° avec celle des eaux qui le sillonnent ou en recouvrent une partie (canaux, rivières, ruisseaux, mares, abreuvoirs, ports) ; 2° avec la quantité annuelle de l'eau météorique. Elle a pour but : 1° de fournir le volume d’eau .qu’exigent les besoins particuliers et ceux de la cité: 2° d'éconduire les eaux qui ne servent pas à la consommation et celles que l’on peut considérer comme excrémentitielles. L'eau est amenée dans les villes à l’aide d’aqueducs, dont les anciens avaient perfectionné la construction, ou plutôt au moyen de tuyaux souterrains qui, prenant l’eau à un réservoir élevé, serpentent à des niveaux différents pour la déverser où besoin est; il suffit, pour la conduite des eaux, que leur point de décharge soit situé plus bas que le réservoir. Les tuyaux de fonte, de cimert, de grès ou de verre épais, sont préférables à ceux de bois, qui, par la décomposition de la matière ligneuse, chargent l’eau de produits fétides, ou à ceux de
CIRCUMFUSA. — IRRIGATION URBAINE. 535
plomb, qui, par le contact de l'oxygène et de l'acide carbonique de l'air en dissolution dans l’eau, laissent dissoudre dans celle-ci du carbonate acide de plomb, dont les effets sont toxiques. Les tuyaux de fonte peuvent donner lieu à la longue, et avec certaines eaux (Versailles, Grenoble, Toulon), à des tubercules ferrugineux, qui diminuent leur diamètre et par conséquent leur volume d’eau. Ces tubercules sont dus à l'oxydation du fer sous l'influence d'une action électro-dynamique liée au défaut d'homogénéité de Ia fonte (Payen). Avec la fonte blanche, qui est plus homogène, on évite cet inconvéniefi, ainsi que par l’enduit de chaux hydraulique (Vicat et Gueymard), par l'application extérieure et intérieure d’un enduit bitumineux (Chameroi) ; l'huile de lin, substituée à l’eau pour l'essai des tuyaux, produit le même effet en oblitérant les pores du métal, Les conduits de poterie conviennent parlaitement quand l’eau doit y circuler sous une faible pression. En Angieterre, les poteries sont d’un emploi général. L’inmgénieur Mille (1), st compétent, conseille:en France; eomme excellents matériaux de drainage des maisons, les tuyaux de tôle bitumés, d’une pose facile, d’un service très sûr; et dont le prix baissera encore par la simplification dé l'enveloppe bitumée et des assemblages; la gutta-percha remplace économiquement le plomb dans les branchements ; plusieurs maisons de la rue de Rivoli, à Paris, ont déjà une distribution toute montée en gutlta. Ainsi, grâce à la connaissance d’une loi d’hydrostatique en vertu de laquelle l’eau tend à se mettre en équilibre avec elle-même et s'élève partout au même niveau malgré les circuits et les ‘diamètres de ses conduits, les modernes ont pu se passer de l'établissement dispendieux des aqueducs où l’eau coule par le seul effet de la déclivité ; il leur suffit d'établir des réservoirs assez élevés et qu'alimentent les sources ou les rivières, dont l’eau s’y trouve poussée par le jeu des pompes et des machines d’une industrie perfectionnée ; elle est ensuite distribuée dans les quartiers à l’aide de fontaines qui communiquent par des tuyaux souterrains avec ces réservoirs.
En 1862, l'approvisionnement d’eau pour Paris est de 73)0 pouces fontainiers, savoir (2) :
(4) Rapport au préfet de la Seine sur le mode d'assainissement des villes en Angleterre et en Écosse, 20 juillet 1854 (Annales d'hygiène, 1855, t. IV, p. 499). (2) Documents relatifs aux eaux de Paris. 1864, avec carte,
Canal dert'OUTO ee. RE ... 5200 pouces.
J Pompe de Chaillot.....
Eau de Seine... Pere d’Austerlitz. .… {°°° 2040 Aqueduc d’Arcueil ...... MST ST LUETE arcs 80 Poitsrdé Grenelle" MORE. sde Poe D à ee 45 Sources du Nord (eaux de Belleville et des Prés- S 9 A GOTMAIS) vo le ons ose eée pire de et nie 28
Somme égale......,...., 7390
La distribution de ces eaux s'effectue au moyen d’un système de canalisation souterraine qui comprend 300 000 mètres de conduites de tout diamètre, et de dix-huit bassins ou réservoirs dont huit sont alimentés exclusivement en eau del’Ourcq, cinq en eau deSeine, deux en eau d’Arcueil ; ces dix-huit bassins ont ensemble une contenance d’environ 3000 pouces ou 60 000 mètres cubes. L’aqueduc de ceinture, le bassin de la Villette et le canal de l’Ourcq lui-même contiennent une autre réserve de plus de 4 000 000 de mètres cubes. Voici quel est l’état général de la distribution des eaux de Paris :
Proveuance des eaux.
Nombre RE des prises d’eau Sources Service public, desservies, Ourcq. Seine. Arcueil, Grenelle. du Nord, Fontaines monumentales ... 33 30 2 I » »
— de puisage ...... 69 52 9 r | dl »
Bornes-fontaines .......... 1779 1634 80 34 26 » Bouches d'eau sous trottoirs. . 105 401 2 1 1 » Poteaux ou boîtes d’arrosem. Ati 989 M1 1 1 » Bouches d'incendie ...,.... 58 2Stbrrei 7 à » Services privés.
Fontaines marchandes...... 13 1 12 » » »
de HAT RE TAtIREE. RSR: 157 89 147 12 9 »
= 2 \ Au département....... 3 | 2 » » »
# / Aux établissements mu- »
= MCIDAUX PT ne € 204 104 30 8 15 »
© | Aux particuliers....... 7388 6120 878 75 281 34
Ces quantités d’eau sont insuffisantes dès aujourd’hui et le deviendront de plus en plus par l’accroissement de la population, et surtout si le drainage est enfin appliqué aux habitations. À Londres, le service est organisé de manière à procurer 75 litres d'eau à chaque individu ; pour assurer cette ration aux 1 200 000 habitants de Paris, il faut disposer de 90 000 mètres cubes. D'après Darcy, qui a spécialement étudié la question de l’approvisionnement d’eau en Angleterre et en France, et qui a doté Dijon d’un système de distri-
CIRCUMEUSA. — IRRIGATION URBAINE, 537
bution d’eau proposé pour modèle par Guérard (1), le chiffre de 130 litres, et au minimum de 100 litres, par jour et par individu, est nécessaire pour subvenir à toutes les dépenses d’eau dans une ville, savoir : économie domestique, bains, lavoirs, arrosement public, industrie, etc. Peu de villes atteignent aujourd’hui cette limite ; le tableau suivant le prouve :
Distribution d’eau dans différentes villes.
Quantlités de litres
par jour Noms des villes, Origine des eaux. et par habitant. Angoulème (Charente)......... Rivière. 35 à 40 Béziers (Hérault)............. Rivière. 12 à 14 Carcassonne (Aude)........... Rivière. 300 à 400 Chaumont (Haute-Marne) ...... Rivière, 30 à 35 Clermont (Puy-de-Dôme) ....., Source. 50 à 55 DiamiCôte. d'Onh4i's us du db: Source. 198 à 618 Dôle (Jura)... Robbie Rivière. 15.41 20 Édimbourg (Écosse)........... Source. 50 Gênes (Sardaigne) .......... " Source. 100 à 120 Genève(Suisse) 2 - sou: + nie un s Rivière. 74 Glascow (Écosse) ......... ns. Rivière. 100 Gray (Haute-Saône).........., Rivière. 40 à 45 Grcehocls (Boasseh sr." ssl . ait Rivière. 57 Grenoble. {lsère)s: se. doc Source. 60 à 65 Le Havre (Seine-Inférieure)..... Source. 40 à 45 Liverpool (Angleterre) ...,.:... Source. 28 Londres (Angleterre) .......... Rivière. 95 Lons-le-Saulnier (Jura) ....... . Source. 40 à 45 Manchester (Angleterre;....... à Rivière. 44 Metz (Moselle) .......... rain Source. 20 à 25 Montpellier (Hérault)...... TT Source. 50 à 60 Narbonne ;Aude)....... Rx de id Riviere. 80 à 85 Parts (SCIDO).- css... . Rivière ét Source. 67 Philadelphie (États-Unis). ,.... Rivière. 60 à 70 Rome (États romains) ......... Source. 944 Saint-Chamond (Loire)....,.... Rivière. 50 à 55 Saint-Étienne (Loire)....., Ier Rivière. 20 à 25 Toulouse (Haute-Garonne)...... Rivière. 62 à 78 Vienne (Isère).........,.. bi Source. 60 à 65 MONFOIR DIPFÉL. . es eus ox « das Source. \ 50 à 60
Les eaux amenées par les conduits peuvent être portées jusque dans l’intérieur des habitations, qui les déversent, contaminées par les usages domestiques, dans les égouts souterrains : c’est le drainage des maisons, tel qu'il se pratique aujourd’hui en Angleterre; ou elles sont offertes à la consommation du public par le moyen de
(1) Guérard, Du choix et de la distribution de l’eau dans une ville (thèse de
concours, 1832).
fontaines, et s’écoulent, après avoir servi ou non, par un réseau de ruisseaux qui se jettent dans les égouts. Les deux modes d'irrigation urbaine donnent lieu à deux courants en sens opposé, un courant afférent d’eaux pures et un courant efférent d'eaux infectes. Dans le premier, l’eau pure circule d'étage en étage, avec elle la propreté et la salubrité ; les immondices et les vidanges se perdent avec l’eau sale dans les égouts, et ces liquides d’égouts servent depuis plusieurs siècles, à Milan et à Edimbourg, à l’irrigation fécondante des terres, en attendant que la science parvienne à en extraire, par des procédés industriels, les sels ammoniacaux et les matières organiques susceptibles d’être converties en engrais solides. Les moyens économiques d'arrosage dispenseront même de cette recherche, car quel engrais plus efficace que ces liquides enrichis d’ammoniaque par les vidanges particulières, de terreau, de chaux, de potasse, de soude et de silice, par la boue des rues et par l'usure des chaussées ? Dans le second mode, les eaux ménagères, les eaux salies, s’écoulent à l'air libre dans des ruisseaux souvent infects, en même temps que les habitations exigent des réserves d’eau d'une conservation plus ou moins difficile. On remédie à l’insalubrité des ruisseaux par le flot périodique des bornes-fontaines. Pour un lavage efficace des ruisseaux, on a calculé que leur écoulement doit donner à peu près 1 litre 65 d’eau par seconde {à peu près 8 pouces de fontainier). À Paris, chaque borne-fontaine a une chasse dé 300 mètres de ruisseau. [1 faut que la masse d’eau versée soit considérable relativement à celle des eaux impures qui sortent des maisons, et qu'elle ait un mouvement rapide.Sil'eau répandue sur la voie publique ne satisfait pas à cette double condition, il arrive qu’une certaine quantité de matières organiques s’v altère, tandis qu'une autre portion, en pénétrant dans le sol, s'ajoute à celle qu’il reçoit toujours dé nos habitations, malgré toutes les précautions (Chevreul); alors les ruisseaux exhalent l’odeur ammoniacale des urmes, et, si le sol contient du plâtre, la stagnation des liquides organiques dans les interstices du pavé donnera naissance à du sulfure. Telle est la source du méphitisme des ruisseaux de Villejuif en été et en automne ; on peut y remédier en augmentant la pente et en cimentant les pavés.
7° Eqouts. — On appelle ainsi des canaux souterrains ou découverts destinés à conduire dans des cours d’eau les eaux de pluie, les eaux ménagères, les résidus liquides de diverses industries, et quelquelois les matières fécales. Les égouts qui perdent leurs matières par infiltration dans le sol sont entièrement à proscrire. Les égouts de Paris avaient il y a quelques années un développement
CIRCUMFUSA. — DES ÉGOUTS. 539 de 65 à 80000 mètres; ils évacuaient par an 1904 000 mètres cubes d'eau pluviale (à raison de 0,57 par mètre carré), /,0 006 mètres d'eau qu’épanchent les fontaines publiques et 4620 d'eaux ménageres. En 1857, leur développement total s'élevait à 170 000 mètres environ; 290000 mètres restaient à construire, et lon estime à 80 000 mètres les égouts qui devront s'ouvrir dans un avenir prochain (1). L'ancienne Rome avait un admirable système d’égouts et de cloaques {receptacula omnium purgamentorum urbis), dû aux soins des Tarquins, des censeurs M. Caton et V. Flaceus, d'Agrippa (sous Auguste), et de plusieurs empereurs. La cloaca maxima, déversoir commun du réseau, allait du Forum au Tibre : sa voûte est à triple rang de voussoirs; des banquettes règnent sur plusieurs points le long des murs, etc. (2). La forme ovoïde, aujourd’hui adoptée pour la construction des égouts, exige une moindre dépense de matériaux que les égouts circulaires ou à surfaces planes et courbes raccordées ; en outre, elle facilite l'écoulement des liquides, la petite extrémité de l’ovoide se trouvant en bas. Leur pente sera assez forte pour s'opposer à la stagnation, à l'accumulation et à lPendurcissement des immondices. La pente n’est jamais trop considérable; en lui donnant une grande puissance, on crée des égouts qui se nettoient seuls : l’eau fait alors tous les frais du curage, si son écoulement est continu ; les grands égouts sans pente deviennent, comme les drains sans eau, de véritables fosses où les matières s'arrêtent, fermentent et renouvellent l'infection ; les chasses ne font qu'avancer un peu le dépôt de ces matières, si même celles-ci ne sont pas Lrop compactes pour se laisser entamer. Le peu d’obliquité du sol, la profondeur des fondations et des caves des maisons, la présence des nappes d'eau souterraines, contrarient souvent cette règle de construction. La hauteur de leur voûte permettra à un adulte de s’y tenir debout: leurs parois de pierres tendres seront exemptes de toute fissure, de toute ouverture. Le radier, où plancher inférieur des égouts, aura la forme concave, afin que les dépôts soient sans cesse ramenés au thalweg (Guérard) ; il ne doit pas être pavé : les dalles mêmes peuvent se séparer, se dégrader et donner lieu dans leurs intervalles à des accumulations de vase; on
(1) Documents relatifs aux eaux de Paris, 1861, p. 220.
(2) Voyez Letarouilly, Édifices de Rome, p. 153; Alexandre Adam, Antiquités romaines, t; Il, p. 502; Pline le jeune (XXXVIÏ, p. 13 et suiv.), célèbrent la solidité sept fois séculaire des voûtes indestructibles des égouts construits par Agrippa et lavés par un torrent d’eau qui emporte tout ce qui s’y rencontre, elc,
leur préfère une bonne maçonnerie de moellons durs, de briques bien cuites, de béton, et revêtue sur toutes ses faces apparentes d'un mortier hydraulique bien lissé; aucun angle, aucune saillie ne doit se rencontrer dans tout le parcours des égouts; les changements de direction doivent être soigneusement arrondis; ces obstacles arrêteraient les gaz, se couvriraient de productions végétales susceptibles d’engendrer, avec le concours de l'humidité, de la température, des émanations des égouts, une infection des plus pernicieuses. La capacité des égouts doit être calculée, non sur la quantité d’eau qu’ils reçoivent ordinairement, mais sur celle qu’il leur est possible de recevoir dans certaines circonstances; dans les pluies d’orages, il ne faut pas cinq minutes pour les emplir jusqu’à la voûte : plus l'écoulement est difficile par défaut d’inclinaison, plus les dimensions doivent être considérables ; on tiendra compte aussi de la pente des affluents dont l’eau peut, en se précipitant dans les égouts, occasionner plus d'accidents qu’une masse sextuple d’eau portée sur une pente moins rapide. Le seul moyen de réduire la capacité des égouts, c’est de les multiplier. À Paris, leurs dimensions ont de 50 centimètres carrés à 2 mètres carrés. La règle est de leur donner une capacité suffisante pour écouler facilement une pluie d'orage de 0,025. Les égouts secondaires s’embrancheront tangentiellement sur l'égout principal. Les galeries souterraines qu ils décrivent ne peuvent être aérées que par des regards, sortes d'ouvertures d'appel ou d’évent, que l'on établit de distance en distance (50 à 60 mètres au plus) sur leur trajet en longueur; en bouchant ces orifices avec des disques de fonte, on détruit tous leurs avantages: ils ne doivent être fermés qu'avec une grille à jour. Ouverts avant le curage, ils permettent une ventilation préalable qui en diminue le danger ; et si les eaux viennent à s'élever rapidement dans les égouts comme en temps d'orage, les ouvriers qui y travaillent, avertis par l’état du ciel et par l’eau qui tombe à travers les grilles à jour, auront la facilité de se soustraire à un péril de mort en remontant sur les crampons de fer placés en guise d'échelle au-dessous des regards. Ceux-ei serviront encore à l’évacuation des matières qui obstruent les égouts, et que l’on fait monter dans des seaux à l’aide de poulies. Toutefois les larges orifices de communication des égouts avec les rues, et, dans le système du drainage urbain, avec les maisons elles-mêmes, donnent passage aux émanations; les appareils de Rogier-Mothes en France et de Paterson en Angleterre ont été inventés pour prévenir le reflux du méphitisme par les regards et méritent d’être utilisés ; le premier consiste en
CIRCUMFUSA. — DES ÉGOUTS. 541
une soupape hermétiquement appliquée à l’orifice qui est fermé à l’aide d’un levier armé d’un poids; quand les liquides s'accumulent, la soupape bascule et s’en débarrasse pour reprendre immédiatement sa position horizontale; c'est un siphon qui se vide seul dès qu'il est rempli. La trappe hydraulique de John Philipps remplit le même office, permettant l'arrivée des liquides et s’opposant à l'issue des émanations. Les conduits des eaux ménagères doivent s’'aboucher directement avec les égouts par un siphon renversé, Dans l'intérêt des ouvriers égoutiers, aucun tuyau conduisant le gaz de l'éclairage (gaz hydrogène) ne devrait traverser les égouts : les défauts inévitables dans les jonctions des tuyaux donneraient lieu à des fuites ; les gaz, en l'absence de regards à claire-voie et d’une ventilation suffisante, séjourneraient indéfiniment dans les égouts, et les ouvriers qui y travaillent auraient à cumuler les dangers de leur profession avec ceux des mineurs. Mais, suivant Ja remarque de Chevreul, l'inclusion des conduites du gaz d'éclairage dans les égouts préserverait le sol de l'infiltration des vapeurs liquéfiables que le gaz entraine avec lui; les réparations des fuites de gaz ne nécessiteraient plus les fouilles de la chaussée des rues et ne donneraient plus naissance au méphitisme qui pénètre dans les maisons riveraines; resterait à conjurer par un système de ventilation le danger des détonations occasionnées par des fuites de gaz.
L'eau des égouts altère-t-elle la pureté de l’eau des rivières où elle se déverse? L'effet produit par ce mélange dépend du rapport qui existe entre la masse des eaux des égouts et celle des rivières. En hiver, grossies par les pluies, resserrées entre des quais, gênées par des ponts, les rivières traversent les villes avec rapidité et entrainent tout ce qui se trouve à leur surface; alors l'eau prise à leur partie supérieure et celle que l’on puise à leur partie inférieure ne diffèrent en rien. En été, réduites souvent à un simple filet d’eau, ralenties dans leur cours, presque immobiles en quelques endroits, elles entrainent encore, quoique lentement, les matières les plus légères de l’eau des égouts; mais les matières plus lourdes forment à l'embouchure des égouts des dépôts qui ne se dénudent à l'œil que lors de la baisse excessive des eaux ; éminemment putrescibles durant les grandes chaleurs, elles laissent dégager des bulles nombreuses de gaz qui viennent crever à la surface de l’eau en soulevant la vase, et troublent toute l'épaisseur du liquide dans une étendue de 7 à 8 pieds. Parent-Duchâtelet a trouvé à ce gaz l’odeur de l'hydrogène sulfuré. Ainsi, bien que plusieurs analyses de l’eau de Seine prise au-dessus des lieux les
5h9 HYGIÈNE PÜBLIOUR.
plus propres à la vicier n'aient fourni rien de concluant, il est permis d'admettre avec Thouret, Tenon, Parent-Duchâtelet, qu'il y peut exister des principes d'infection qui se révèlent seulement par leurs effets sur l’organisme : l'habitude émousse les Parisiens à l'atteinte de cette cause morbifère, mais les étrangers la ressentent. Smith (1) a fait voir que les exhalaisons des égouts sont versées en abondance par toutes les bouches, lorsque la pression barométrique s’abaisse. [1 convient donc d'amener les eaux sales de la ville à des égouts latéraux à la rivière, au fleuve qui la baigne; ces égouts, parallèles et contigus aux deux rives sur lesquelles sont assises les agglomérations municipales, se prolongeront en aval de la ville et doivent aboutir à un dépotoir où les eaux sales amenées par la gravité sont reprises par des machines élévatoires qui les portent dans un réservoir couvert, destiné à alimenter les usines d'engrais. C’est un ingénieur de Londres, Forster, qui a eu la prémière idée de la construction des égouts latéraux à la Tamise, idée complétement acceptée aujourd’hui et en voie d'achèvement à Paris.
Quand il s'agit de nettoyer un égout négligé depuis quelque temps, nos sens, ni l'expérience, ni même l'analyse chimique, n’aident point à reconnaitre s’il est possible d'y pénétrer impunément. La combustion soutenue d’une chandelle ne prouve rien, car elle n’est point empêchée par la présence de quelques particules d'hydrogène sulfuré, cause certaine d’asphyxie pour l’homme. Force est de s’en remettre à l'habitude, à l’'empirisme des ouvriers, à leur connaissance des localités. On consultera en même temps la température et l'odeur : celle-ci, tantôt fade, ammoniacale ou hydrosulfurée, tantôt putride, forte et repoussante, sera détruite par des courants d'air au moyen des regards au-dessus desquels on établit un brasier ardent; on corrige la température par une ventilation préalable. La couche inférieure des matières, formée de sable, de gravier, etc., est évacuée dans des paniers par les orifices de la voûte; la couche moyenne, vase où boue plus ou moins liquide, est poussée au dehors par l'embouchure avec des rateaux ou rabots. Si cette vase est trop compacte, les ouvriers la brassent vigoureusement avec l’eau qui la surnage et dont ils suspendent l’écoulement; puis, enlevant brusquement les moyens de barrage, ils en déterminent la débâcle. Les précautions suivantes sont indiquées pour le curage des égouts suspects de méphitisme : on pratique des jours à la voûte par intervalle de 400 mètres; sur une de ces ou-
(1) L'Institut, n° 779, p. 378.
CIRCUMFUSA. — BOUES, NETTOYAGE. 543
Vertures on scelle hermétiquement un tuyau de 5 mètres de hauteur, dans lequel on entretient un brasier ardent avec du bois fendu et bien sec; on isole les premiers 100 mètres au moyen d’une toile elouée sur le prolongement de l’égout. A cet effet, on asperge d'eau chlorurée la seconde ouverture ; on y renouvelle l'air à l’aide d’un fourneau que l’on y descend, puis on v fait entrer un ouvrier armé du masque de Robert, ou mieux de lappareil de Paulin, formé d’une blouse imperméable à laquelle est adapté un masque de verre et une lampe qui reçoit l'air par un tuyau du dehors. Le même tuyau alimente la respiration de l’ouvrier qui va clouer la toile ou le drap : celle-ci sert d'écran ou de barrière contre les émanations du reste de l'égout. Grâce au tuyau d'appel dont il a été parlé, un tirage actif s'établit de la seconde à la première ouverture ; les gaz délétères sont brûlés dans ce tirage, l'air est renouvelé. On s'assure ensuite qu'il n'existe plus d'acide carbonique, de gaz hydrogène sulfuré, de sulfhydrates, etc., en descendant une lampe allumée dans l'égout, du papier imbibé d’acétate de plomb, et que l’on retire sans coloration noire. Dès lors cette première porlion de l'égout peut être curée sans danger ; néanmoins les ouvriers qui procèdent à cette opération doivent porter à leur boutonnière un flacon plein d’eau chlorurée : pendant le déblayement des matières, ils feront de fréquentes aspersions d’eau chlorurée. Malgré ces soins, le remuement des masses fétides leur cause souvent des défaillances, des syncopes, des vertiges, la mitte (ophthalmie des vidangeurs), l'asphyxie; aussi doit-on choisir des ouvriers robustes, exempts d'ivresse. On leur accorde une ration d’eau-de-vie pour exalter leur force de réaction ; on restreint la durée de leur travail en formant des ateliers qui se remplacent. Après le nettoyage des premiers 100 mètres, on ferme l'entrée de cette portion de l'égout avec des bottes de foin saupoudrées de chlorure de chaux sec, et l’on porte à 100 mètres plus loin le fourneau aspirateur, la même série de précautions, et ainsi de suite. La vidange des fosses d’aisances exige à peu près les mêmes mesures de préservation (voy. tome |, pages 651 et suivantes). Le curage des ports, des canaux, des bassins, doit avoir lieu comme celui des égouts par des temps nitrop chauds ni trop froids, afin que les émanations ne soient ni propagées au loin ni concentrées dans les parties basses de ces cloaques.
8° Boues, nettoyages.— Le nettoiement des rues et l'enlèvement des boues donnent lieu à des difficultés qui exercent depuis longtemps le zèle des régulateurs et des praticiens de la salubrité publique,
5h HYGIÈNE PUBLIQUE.
Dès le règne de Philippe-Auguste, les habitants de Paris sont astreints à nettoyer le devant de leurs portes et à transporter les immondices dans les champs, au moyen d’un tomberau loué en commun pour chaque rue. Depuis 1343 jusqu’à la fin du dernier siècle, les prévôts de Paris, les commissaires du Châtelet, le parlement, le pouvoir royal, multiplient les arrêts et ordonnances concernant le détail de la voirie, le nettoyage des rues, l’établissement et le curage des égouts. Plusieurs lois promulguées sous la République ont introduit dans cette branche de la police plus d'ordre et de précision; la principale de ces lois (16-24 août 1790), applicable à toute la France, porte règlement général pour le nettoiement des rues, places et marchés, et en attribue les soins aux maires de toutes les communes. L'Empire a créé le canal Saint- Martin, les bornes-fontaines et le conseil de salubrité (1804). La dernière ordonnance sur la police générale du nettoiemerit date de 1854 (mars), et elle est notifiée deux fois par an, au mois de mars et au mois d'octobre : elle règle le balayage de la voie publique, le nettoiement des trottoirs, des ruisseaux, des devantures de boutiques, des grilles d’égout ; elle défend les dépôts d’immondices, débris et résidus dans les rues, les projections d'eaux et d’urines sur la voie publique; elle détermine Île transport, chargement et déchargement des objets susceptibles de salir la voie publique ; et quant aux matières insalubres, telles que résidus d'amidonneries, de boyauderies et de triperies, eaux de cuisson des os, eaux grasses des fondeurs de suif, sang des abattoirs, raclures de peaux infectes, etc., elle en prescrit le transport en des tonneaux hermétique ment fermés et lutés. Les produits du nettoiement des rues doivent être rejetés à 2000 mètres des barrières. — Tout cet ensemble d'opérations que nécessitent les excrefa de la cité (voy. plus loin ce chapitre) est une source de dépenses et d’embarras que l’on a cherché à diminuer : l’une des meilleures études qu'il ait suggérées a été faite par Chevallier (1). La propreté d’une grande ville dépend des conditions suivantes : 1° Point de dépôts ni de projections d’im : mondices sur la voie publique, car ils ne tardent point à s’y disséminer et à produire la boue ; 2° conservation des immondices dans les maisons jusqu au passage des voitures destinées à les enlever ; ces voitures peu élevées, jamais surchargées pour ne point répandre leur trop-plein, affectées à certains quartiers, y circuleraient à des
(1) À. Chevallier, Notice historique sur le nelloiement de la ville de l'aris depuis 118% jusqu'à l’époque actuelle (Annales d'hygiène, Paris, 1849, t. XLIL, p. 262).
CIRCUMFUSA. — ÉCLAIRAGE PUBLIC. 545
heures fixes et recevraient immédiatement les ordures des maisons; 3° écoulement direct des eaux ménagères dans les égouts, et, à défaut d’égouts rapprochés, dans un ruisseau recouvert par un trottoir ; 4° placements d’urinoirs en grand nombre sur la voie publique et construits avec soin (voy. plus loin, Æxcreta) ; 5° établissement de latrines publiques et gratuites en proportion suffisante, disposées et surveillées de manière qu’elles ne se convertissent point en cloaques ; leur vidange ne coûterait rien, car on pourrait toujours compter sur l’enlèvement gratuit des matières propres à la fabrication des engrais. Quant à l’enlèvement des boues, qui, à Paris seulement, fournissent environ 80 à 100 000 tombereaux par an, il doit s’effectuer dans les villes riveraines des cours d’eau, en partie par voie de navigation en aval et en amont, en partie par terre et surtout à l’aide des chemins de fer, de manière à desservir un grand nombre de localités qui réclament cet engrais. La concurrence des cultivateurs augmentant la valeur des boues, on soumissionnerait à des prix moindres l’entreprise du nettoyage des rues. On établirait, en outre, quelques voiries à boues, couvertes, fermées et surmontées de cheminées d’aérages pour le dégagement des émanations, si l’on n’aime mieux les détruire par des moyens chimiques. On pourrait aussi enfouir les immondices dans des fossés où elles fourniraient par consomption, dans l’espace de six mois à un an, un engrais précieux sous forme de terreau (Chevallier).
9 Æclairage public. — Quand, il y a deux siècles, on sonnait à Paris le couvre-feu à sept heures du soir et que, par exception, certaines rues reflétaient seules à long intervalle la douteuse clarté de quelques lanternes à chandelles, « on se figure sans peine, dit Trebuchet (1), quel était le soir l'aspect des rues de la ville. Dès l’entrée de la nuit, elle était livrée aux vagabonds, aux voleurs; il s’y commettait des crimes de toute sorte. » En 1524, « sous la terreur des incendies, le parlement enjoignit à tous les manants et habitants de Paris, privilégiés et non privilégiés, de mettre à neuf heures du soir, aux fenêtres respondantes sur la rue, une lanterne garnie d'une chandelle allumée en la manière accoutumée. » En 1594, on voit pour la première fois des lanternes suspendues à des poteaux au moyen de poulies; il y avait en outre une entreprise de porte-flambeaux pour éclairer ceux qui voulaient parcovrir la ville pendant la nuit. En 1667, de la Reynie prescrivit aux habitants
(1) Trebuchet, Recherches sur l'éclairage public de Paris (Annales d'hygiène. Paris, 1844,t. XXX, p. 41; t. XXXI, p. 103).
M, LÉVY. 4° ÉDIT, = II, s 5)
d'éclairer au moyen de lanternes munies de chandelles de quatre à la livre. En 1697, l'éclairage publie fut étendu aux principales villes du royaume; en 1758, il fut mis à la charge de l'Etat; en 1789, de Sartines substitua les réverbères aux lanternes et l'huile aux chandelles. L'éclairage à l'huile est encore usité dans un grand nombre de pays et même en France ; il s'effectue au moyen de lampes, de réflecteurs et de mèches plates qui garnissent depuis un jusqu’à cinq becs dans chaque réverbère. Un bec de lumière consomme par heure 8 grammes 41 centigrammes d'huile ; à Paris, on ajoute à cette quantité 9 et 48/100 pour 100, en indemnité du déchet provenant du coulage et de l'épuration de l'huile. En général, on éloigne trop les lanternes à l’huile : la bonne portée d'un bec est de 25 mètres, et il n’y a pas longtemps qu'on laissait à Paris 100 mètres d'intervalle entre deux lanternes. L’éclairage au gaz s'étend de plus en plus dans nos cités ; elles y gagnent en sécurité et en agrément. Dès 1686, un nommé Dalsénius prouva par des expériences, à Paris, qu'en exposant à une très haute température des matières organiques en vases clos, on pouvait en extraire du gaz inflammable. En 1777, Volta proposa de substituer le gaz hydrogène à l'huile pour l'éclairage ; à cette même question se rattachent les travaux du docteur James Clayton en 1664, ceux de Stephens Hales en 1669, du baron de Haaque et du général Conway en 1720 et 1750, etc. (1). En 1801, l'ingénieur Philippe Lebon (voy. tom. I, p. 681) distillait du bois, pour en recueillir le gaz, le goudron, l'acide pyroligneux, etc., et annonçait la possibilité de distiller la houille et les matières oléagineuses ; en 1802, il éclairait au gaz Sa maison. En 1810, un acte du parlement anglais accorda à une compagnie la faculté de retirer de la houille le gaz hydrogène carboné pour l'éclairage de Londres. En 1816, Winsor tenta d'introduire à Paris ce mode d'éclairage, qui, après bien des tentatives isolées, ne se répandit qu’à partir de 1829, où s’en fit la première application à la voie publique. Nous avons donné (tome I) quelques détails sur l'extraction du gaz de l'éclairage. Les usines où elle a lieu se composent de cornues, de condensateurs, d’épuratcurs et de gazomeètres. Les cornues sont des vases de fonte posés sur des fourneaux, et qui, après avoir été remplis de houille, sont exactement lutés et soumis à un feu très vif. Les ouvriers, qui les chargent fréquemment, sont couverts de noir de fumée qui se répand dans l'air après l’inflammation du gaz, et travaillent comme
(1) Trebuchet, loc. cit.
CIRCUMFUSA. - ÉCLAIRAGE PUBLIC. 547
les verriers, les boulangers, etc., sous l'influence continue d’une température fort élevée. En sortant des condensateurs, le gaz arrive sous les réservoirs (épurateurs) où sont renfermées les substances propres à le dépouiller des gaz étrangers dont il se charge par la décomposition des pyrites sulfureuses de houille. Les appareils d'épuration sont ordinairement formés avec la chaux ou le lait de chaux. Les ouvriers employés dans cette partie de l’usine ressentent fortement les effets des gaz qui se dégagent quand on enlève le lit de chaux contenu dans les réservoirs : ils sont pales; plusieurs éprouvent cles douleurs dans la poitrine, des crachements de sang, et très souvent une toux fatigante; l’'ammoniaque parait contribuer beaucoup à ces phénomènes. Les essais pour l'éclairage par le gaz portatif comprimé remontent à 1824 : le gaz extrait de l'huile était porté à domicile après avoir été comprimé dans des vases de tôle à l'aide d’une machine à vapeur ; des accidents graves ont arrêté cette industrie. Dans cette même année, une ordonnance royale (20 août) rangea les usines à gaz dans la deuxième classe des établissements dangereux, insalubres ou incommodes. Lors du premier éclairage, en 1829, on se servait de becs entiers espacés de 60 mètres; depuis, on a fractionné les becs en 1/2 ou 3/4 becs, ce qui a permis d'en augmenter le nombre et d'éclairer plus régulièrement la voie publique. En 1843, ce service était fait à Paris par 13771 becs, qui ont donné 47 630 535 heures 70 minutes d'éclairage, et ont coûté 1 088 232 francs 39 centimes. Pour que l'éclairage au gaz soit exempt de tout inconvénient, les becs n’en doivent laisser échapper aucune partie sans être brûlée ; pour cela, il faut maintenir la flamme à uue hauteur modérée, 8 centimètres au plus, et la contenir dans une cheminée en verre de 16 à 20 centimètres de hauteur. Les lieux éclairés doivent être ventilés, même pendant l'interruption de l'éclairage; sans cette précaution, le gaz, par suite du défaut de combustion, s’accumule dans le local et peut occasionner des asphyxies, des explosions et des incendies. Les robinets doivent être graissés de temps à autre intérieurement, pour qu'ils jouent facilement et ne s’oxydent point. Pour allumer, on ouvre d'abord le robinet principal et l'on présente successivement la lumière à l'orifice de chaque bec au moment même de l’ouverture de son robinet, afin d'éviter tout écoulement de gaz non brülé. Pour éteindre, on ferme d’abord le robinet principal intérieur, et ensuite chacun des becs d'éclairage. Si l'on soupçonne une fuite de gaz, on s’abstiendra de la rechercher avec du feu et de la lumière, et si la fuite de gaz s’est enflammée, on l’éteint
en posant dessus un linge imbibé d’eau. Les fuites de gaz dans l’intérieur des habitations occasionnent des asphyxies mortelles, ou forment avec l'air des mélanges explosifs qui compromettent la vie des hommes ; dans les rues et sous le sol, le gaz extravasé peut envelopper les radicelles des arbres et amener la destruction des plantations publiques. Chevreul attribue (loc. cit.) cette infection du sol aux vapeurs liquéfiables que le gaz entraîne avec lui dans les tuyaux de conduite ; elles s’en échappent par des fuites, soit à l’état liquide, soit à l’état de vapeur, et infiltrent la terre où les conduites sont enfouies. L’infection, d’abord circonscrite, s'étend avec le temps; l'effet qui en résulte ne se borne pas à l'odeur fétide qui sort des fouilles nécessitées pour dénuder les tuyaux à réparer, mais il va jusqu’à faire périr les arbres dont les racines sont en contact avec le sol infecté, et à corrompre les puits dont les eaux le traversent pour arriver à la cavité qu'elles alimentent. Ces accidents n'étaient que trop à craindre avec les anciennes conduites de fonte, défectueuses par les soufflures, les gouttes froides, les parties poreuses, les moyens de jonction et la fragilité sous l'influence des chocs et des retraits; aussi la déperdition par les fuites dépassait quelquefois 0,25 du gaz produit. Des soins plus minutieux apportés dans les fonderies au moulage et à l'examen des tuyaux, préviennent ces inconvénients. Les tuyaux fabriqués par Chameroy, et dont l’Institut a récompensé l'utilité, remplacent très avantageusement ceux de fonte; faits en tôle de fer, maintenus par une forte clouure, étamés à l’intérieur, enveloppés extérieurement par une couche épaisse d’un mastic de bitume incrusté de sable, assemblés très solidement et sans peine à l’aide d’une vis et d’un écrou moulés en un alliage dur, tous ces tubes sont essayés sous une pression égale à 10 atmosphères avant d’être livrés, et depuis plus de quatre ans qu'ils sont employés à Paris, aucunaccident n’a été observé sur un parcours de 50 000 mètresquin'ontexigé qu'uneseule réparation; tandis que, sur 245 000 mètres des autres conduites, il a fallu réparer 1000 défectuosités signalées par desfuites. L'avantage du nouveausystème se trouve exprimé dans ces résultats par le rapport de 5 à 1000. L’électricité a été employée avec assez de succès à l'éclairage de quelques travaux nocturnes pour qu'on ait conçu le juste espoir d'étendre et de populariser cette application. En 4855, la commission du palais de l'Industrie, à Paris, a fait éclairer de cette manière les ouvriers occupés à construire les gradins et à décorer la grande nef de l'exposition, les appareils de Dubosq ont versé leur lumière électrique pendant treize heures et sans interruption ; c’est la plus
CIRCUMFUSA. — ÉCLAIRAGE PUBLIC. 949 longue durée d'éclairage régulier qu’on ait obtenu jusqu’à ce jour par ce moyen. La première expérience de lumière électrique a été faite par Davy; c’est au commencement de ce siècle qu’il eut l'idée d'armer de deux cônes de charbon les deux conducteurs de la pile et de les placer dans des vases de verre hermétiquement elos où l'on opérait le vide, afin d'éviter la consomption des charbons par l'oxygène atmosphérique et de prolonger ainsi la durée de leur incandescence électrique. La pile de Grove, modifiée par Bunsen (1843), en offrant aux physiciens un courant plus énergique et plus persistant, à conduit Léon Foucault (1844) à l'invention du microscope photo-électrique. Cet emploi d’une source de lumière négligée depuis Humphry Davy, ne pouvait se répandre qu’à la condition de se passer du vide et de substituer au charbon ordinaire trop combustible un charbon très faiblement combustible, très dense et très dur ; tel est le charbon de gaz, c’est-à-dire celui que l’on trouve dans les cornues où l’on distille la houille pour la préparation du gaz de l'éclairage. À cette amélioration Foucault en joigoit une autre : un ressort d'acier tend sans cesse à rapprocher les deux baguettes de charbon dur, mais son action est annulée par l'influence attractive d’un électro-aimant, avivé par le courant même de la pile voltaïique qui produit l’are lumineux. À mesure que les charbons se consument, l'intervalle entre les deux pôles de la pile grandit et le courant électrique perd de sa force ; avec ce courant s’affaiblit l’électro-aimant qui lui doit sa puissance ; dès lors le ressort d'acier n'étant plus assez contre-balancé par l'effet de l'électro-aimant, les deux baguettes de charbon que ce ressort gouverne, se rapprochent, reviennent à la même limite d’intervalle : or, la répétition continue de ces influences et de ces mouvements a pour résultat la fixité de l’arc lumineux. Grâce à cet ingénieux mécanisme qu'un constructeur anglais, Straite, a conçu en même temps, mais dont l’idée et l’exécution pratique appartiennent à Foucault, les lampes électriques se sont multipliées avec des modifications dues à Deleuil, Loiseau et Duboscq dont le régulateur a supprimé les variations d'intensité et les intermittences que l’on reprochait à la lumière électrique. L’artifice de Dubosq consiste à disposer sur le même fil deux appareils; quand les charbons de l’un sont usés, on l’enlève et on fait passer dans l’autre le courant électrique ; cette substitution, effectuée instantanément, ne permet aucune interruption dans l'éclairage, Foucault et Fizeau ont cherché, par des procédés photographiques, à évaluer l'intensité absolue de la lumière électrique et à la comparer à celle du soleil prise
pour unité: elle égale les 3/5% de cette dernière source de lumière. La pratique exigerait beaucoup de renseignements positifs d’un autre genre. La quantité de lumière produite dépend surtout de l’énergie du courant fourni par la pile; cette énergie dépend elle-même de la quantité de zinc, d'acides sulfurique et nitrique consommés dans l'unité de temps ; Bunsen a trouvé qu'avec 48 couples tels qu’on les construisait alors, on obtenait une intensité de lumière égale à celle de 550 bougies. Deleuil estime à deux francs par heure la dépense d’une lumière électrique équivalente à 15 ou 18 000 bougies. Le véritable obstacle à l'adoption de ce mode d'éclairage publie est dans la concentration d’une quantité prodigieuse de rayons lumineux; tandis que la clarté due à la combustion de l’huile, des bougies, se dissémine dès le moment de sa production, la source lumineuse qui naît de la pile voltaïque accumule en un point unique une masse énorme de rayons, perce les brumes et les brouillards et se projette à des distances très considérables. Ce mode d’illumination, excellent pour les phares et les signaux, pour la télégraphie aérienne nocturne, etc., ne convient pas à l'éclairage des places, des rues : au centre et jusqu'à une certaine distance de ce point, son éclat serait perdu ; l'effet utile ne se produirait qu’à la circonférence de la région illuminée. On se représente l'impression éblouissante de ce système d'éclairage sur les personnes placées assez près du foyer; c’est pour remédier à cet effet désastreux sur les yeux de toute une population qu’Arago avait conseillé l'établissement d’un phare unique; invisible pour les habitants circulant sur la voie publique, et dont la lumière, réfléchie sur les nuées, retomberait sur la ville; mais, dit avec raison Figuier, le ciel n'a pas toujours des nuages ; en leur absence, le rayonnement électrique se perdrait vers les espaces célestes. L’avenir résoudra peut-être les difficultés qui s'opposent jusqu'à présent à l’illumination voltaïque des cités, si les dangers qui en résultent pour l'appareil de la vision (voy. plus haut, Æ/ygiène de la vue) et sur lesquels Foucault et J. Regnault ont sa vamment insisté, ne font pas renoncer à ce mode d'éclairage public.
5° Vorries. — Voiries, tueries, charniers ou lieux d’équarrissage, abattoirs, boyauderies, dépôts de matières fécales, fabriques de poudrette, etc., tous ces établissements infimes, mais nécessaires, doivent être placès à une certaine distance des villes et orientés de telle manière que les vents prédominants de la contrée n'apportent point leurs exhalaisons aux habitants. Les substances putrides qui s'entassent dans ces lieux de dégoût n’exercent certainement pas à
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l'air libre toute l'influence délétère qu’on leur attribue; leurs éma: nations, divisées par les courants atmosphériques, brassées par les vents, dispersées dans toutes les directions, perdent leur efficacité, les ouvriers qui travaillent et couchent dans ces cloaques jouissent d’une bonne santé, présentent desexemples de longévité aussi nombreux que les autres classes d'ouvriers, ne sont pas plus souvent malades ; on va même jusqu’à prétendre qu'ils sont en possession d’une certaine immunité (voy. /nfection); mais l'odeur infecte que répandent ces établissements suffit pour motiver leur relégation loin des villes et l'adoption de tous les procédés industriels qui corrigent cet inconvénient et transforment les matières putrides en produits précieux pour l’agriculture. Sans doute mieux vaudrait éviter, supprimer les grandes accumulations de débris organiques putréfiés ou putrescibles qui résultent de la vie journalière dans tous les centres de population ; Avignon, Marseille, Londres, envoient à la mer leurs immondices et leurs vidanges; Bruxelles, dans une rivière (la Senne); dans le faubourg Saint-Jacques, à Paris, une partie des latrines se vident dans d'anciennes carrières devenues inaccessibles ; ailleurs il existe des puits absorbants qui reçoivent le contenu des fosses. Les diversités des conditions locales interviennent nécessairement dans la question des voiries qui présente aujourd’hui deux faces, l’une hygiénique, l'autre industrielle. Profiter des cours d’eau pour y déverser tous les résidus de l’agglomération humaine, est un usage longtemps suivi, et pourtant, s’écrie le docteur Guy, c’est un trait distinctif des nations à demi barbares, de convertir leurs rivières en égouts. « Il est aujourd’hui reconnu qu'une rivière qui traverse une ville, peut et doit être un moyen d'assainissement et même de ventilation, à cause du mouvement qu’elle détermine dans Pair. Il importe donc de laisser aux rivières ce caractère et de conserver à leurs eaux la faculté de servir sans préparation aux besoins de la vie... On commence à Paris par verser dans la rivière, en amont, toutes les eaux vannes provenant de la voirie de Bondy, et puis, à quelques kilomètres plus bas, on entretient de grands établissements de filtrage et de clarification pour cette même Seine que l’on vient de polluer (1). » La perte des immondices à la rivière priverait d’ailleurs plus d’une industrie et l’agriculture de produits qui ont acquis une grande valeur. La solution du problème est dans lé drainage des maisons,
(1) Ostrowski, Étude d'hygiène publique sur l'Angleterre (Annales d'hygiène, 1847, 1. XXXVIL, p. 5),
combiné avee la construction d’égouts latéraux aux rivières, à où des cours d’eau existent, et dans l’utilisation des engrais charriés par les égouts, soit à l’état liquide par arrosement, soit à l’état solide. L'application des liquides d’égout à la culture est, aux yeux de l'ingénieur Mille (loc. cit.), une question de mécanique et de temps, jusqu’à ce que l’agriculteur ait compris qu’une machine à vapeur est unexcellent garçon deferme toujours prêt, toujoursobéissant. Une société anglaise s'occupe à recueillir dans un établissement spécial les eaux des égouts de Londres, à les élever à une hauteur déterminée, et à les pousser comme engrais liquides hors de Londres, dans un rayon de 32 kilomètres, à l’aide de pompes mues par la vapeur et de conduites. On à calculé que le produit annuel de ces égouts suffirait pour fumer 851 517 hectares de terre cultivée, c’està-dire qu'une ville peut fournir assez d’engrais pour fertiliser autant d’acres de terre qu’elle a d'habitants. Certaines terres aux environs d'Édimbourg qui valaient primitivement 40, 50 et 150 fr. l’acre, améliorées par ce mode d'irrigation, se vendent aujourd’hui 750 à 1000 fr... Sera-t-il possible, comme Tardieu paraît l’espérer, de donner aux matières fécales un emploi immédiat au moyen de certaines métamorphoses artificielles ? Ce progrès semble douteux, en présence des résultats incomplets de tant d'efforts et d’inventions pour leur désinfection dans les fosses et sur le terrain même des voiries.
Quoi qu'il en soit, celles-ci ont pour but d’éloigner des habitations et des rues les matériaux immondes et fétides, et jusqu’à ce qu'une industrieuse hygiène ait réussi à les rendre inutiles, il ne s'agit que d’assurer, d'accélérer l'enlèvement de ces matières, d’en régler le dépôt et les transformations ultimes, de manière à concilier le double intérêt de la salubrité et de l’agriculture. Il fut un temps où les habitants de chaque rue à Paris louaient un tombereau en commun pour porter leurs ordures aux champs ; mais les voituriers ne conduisaient pas si loin leurs tombereaux; ils les vidaient au milieu des places publiques, en dépit des ordonnances (1348 et 1350). En 1392 encore, il fallut défendre, sous peine d’une amende de A0 sols, de porter nuitamment sur la place de Grève et d’y amasser les fientes des latrines et Les boues des latrines. En 1396, on créa une corporation de voituriers chargés de conduire les immondices aux voiries ; celles-ci étaient, en 1639, au nombre de sept à Paris, sans compter Montfaucon. En 1674, les voiries furent mises à la charge du roi, et il fut prescrit de séparer les boues des matières fécales et des charognes. Il y a vingt ans, Paris avait encore sept
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voiries ; en 1831, celles d’immondices furent supprimées ; l’enlèvement des immondices, confié à un entrepreneur, est sous-traité par lui avec les agriculteurs de la banlieue, qui s’obligent à les transporter à 2000 mètres des barrières et les disséminent sur leurs cultures. L'année 1849 a été signalée par la suppression de l’établissement tristement célèbre de Montfaucon, remplacé par la voirie de Bondy reliée au dépotoir de la Villette.
A. Voiries d'immondices. — Cette dernière dénomination comprend les résidus organiques et minéraux qui se déposent sur la voie publique, boues, débris des halles et marchés, des cuisines, d’une foule de petites industries. Les amas de ces matières répandent, en fermentant, des émanations extrêmement infectes ; ce n’est qu'après cette fermentation putride que les cultivateurs les étendent sur la terre ; ils disent alors qu’elles sont faites. Ces mélanges de boues, de fumiers et d’immondices (gadoue), déposés sur les champs, autour des habitations, dans les communes rurales du département de la Seine, ont souvent motivé des réclamations. Récemment (juillet 1856) j'ai pu en vérifier la fade et pénétrante fétidité à l’occasion d’une enquête sanitaire qui m’a conduit, avec une commission du conseil de salubrité, sur le territoire d’Aubervilliers. Le quartier Bonne-Nouvelle de Paris occupe l'emplacement d'une ancienne voirie d'immondices ; lors des fouilles pratiquées en été pour la construction de l’église du même nom, les ouvriers et tout le voisinage se ressentirent d’un dégagement de miasmes dangereux. On a vu plus haut que Paris n’a plus de voiries d’immondices. Là où elles existent encore, on doit exiger que, pour faciliter l’arrivage et le déchargement des tombereaux, elles présentent une jetée en pente douce, qu'elles soient garnies d’un parapet, que leur fond soit pavé, que l’eau des immondices trouve un facile écoulement. Chevallier conseille la construction de bâtiments fermés, surmontés de cheminées d’aérage pour la désinfection intérieure des boues; il propose aussi de les enfouir assez longtemps pour les convertir en terreau. On doit interdire l'amoncellement prolongé des matières à l'air libre; l'ordonnance de police du 8 novembre 1839 prescrit de les étendre comme engrais sur le sol dans les vingt-quatre heures qui suivent leur apport aux champs ; mais fraîches ou vertes, comme on dit, elles sont réputées moins utiles qu'après leur putréfaction; de là le fâcheux usage de les conserver pendant plusieurs mois avant de les employer.
Les magasins des chiffonniers, voieries particulières, infectent le voisinage par l'odeur nauséabonde des chiffons et des os ; on leur
prescrit de recevoir ceux-ci très secs, de les déposer à la cave dans un tonneau fermé par un couvercle à charnière, de les enlever deux fois par semaine, de laver et de sécher les chiffons hors de leurs magasins et non dans le ruisseau de la rue ; quelquefois on exige qu'ils n'emmagasinent que des chiffons blancs ; leurs locaux doivent être spacieux et faciles à aérer. Le conseil de salubrité de Paris restreint ces dépôts aux quartiers qu'ils ne gênent point; il est arrivé que, malgré les précautions indiquées, le méphitisme de ces dépôts a éloigné les habitants du voisinage. Feu Ollivier (d'Angers), en visitant une cave, magasin de chiffonnier, a éprouvé tous les symptômes d’une grave intoxication.
B. Voiries de matières fécales. — Ce qu'il a fallu vaincre de préjugés et d'obstacles pour supprimer Montfaucon et réaliser un grand progrès par la création de la voirie dé Bondy, on peut le voir par les documents officiels que cette lutte a fait naître ; il a fallu, pour ce résultat, le concours du conseil municipal, du conseil de salubrité, du comité consultatif des arts et manufactures, du conseil d'État, dé l'ingénieur de la ville (M. Marly), etc. Nous renvoyons à la thèse de Tardieu (1), ceux qui désirent avoir une idée de ce qü’était l'immense cloaque de Montfaucon. La voirie actuelle de Paris diffère profondément dés anciennes; elle se compose : 1° d’un dépotoir situé au port d'embarquement de la Villette, et qui sert au déversement et au départ des matières extraites par la vidange des fosses ; 2° d’une Voirie placée dans la forêt de Bondy et recevant, d’une part, les matières liquides par un tuyau souterrain ; d’une autre part, les matières solides par la navigation du canal. Le dépotoir a un bâtiment central et deux pavillons. Le bâtiment central présente un système de galeries parallèles correspondant avec des citernes sous-jacentes et aboutissant à un radier général ; dans l’un des pavillons sont installées deux machines à vapeur de 10 à 12 chevaux, mettant en Jeu trois pompes aspirantes et foulantes, et disposées pour aspirér à volonté soit l’eau de l’Ourcq prisé dans le port, soit les liquides contenus dans les citernes ; ces machines font mouvoir aussi un ventilateur qui aspire l’air des galeries et l’injecte dans les foyers dont il alimente la combustion. Quand arrive au dépotoir une voiture chargée de matières liquides, elle s'engage dans l’une des galeries, verse par un tuyau de cuir son contenu dans un égout qui règne au-dessus des reins de la voûte en arc de cloître de la citerne médiane, et fait avancer les matières dans
(1) Tardieu, Des voiries et cimetières (thèse de concours, 1852).
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celle des citernes qui à été évacuée la nuit précédente. La machine à vapeur mettant en mouvement les pompes, celles-ci chassent les liquides à mesure qu’ils se déversent jusqu’à Bondy, par une conduite établie sur le revers de la digue du canal; en même temps le ventilateur appelle avec force l'air extérieur dans l'établissement, en remplacement de l'air infeet qu'il pousse dans les foyers des chaudières. L'opération terminée, on lave et l’on désinfecte les citernes, on pousse les dépôts qui s’y sont formés dans des tonnes disposées dans une cave du second pavillon, d’où elles glissent sur des rails jusqu’au port pour y être embarquées avec les autres matières solides. La voirie dé Bondy, d’un kilomètre environ de longueur, est située dans la forêt au bord du canal. De chaque côté d’une chaussée médiane qui s'étend en débarcadère sur le canal, existe une série de bassins de 4 mètre 1/2 à 2 mètres de profondeur , les uns reçoivent par les bateaux les matières solides qui y sont converties en poudrette; les autres les liquides versés par le dépotoir et qui, amenés par un canal à ciel ouvert dans une fabrique de sels ammoniacaux, sont rejetés dans la Seine près de Saint- Denis après avoir été usés. Les matières solides et liquides, apportées au dépotoir, ont été préalablement désinfectées dans les fosses d’aisances. L’ordonnance de police du 8 novembre 1851 autorise le transport et le dépôt des matières solides désinféctées dans des locaux autorisés où l'industrie privée les exploité ; ce sont des voiries particulières ; elles ne sont autorisées qu’à la condition de désinfecter de nouveau les matières sur place, de manière à rendre la désinfection permanente. Cette condition n’est guère observée; nous avons visité inopinément avec plusieurs de nos collègues du conseil de salubrité la fabrique dé poudrette attenant à l’abattoir municipal d’Aubervilliers, et bien que les prescriptions de police y parussent négligées, il y avait très peu d’odeur par une température de 25 degrés centigrades (juillet 1856), grâce à la désimfection préalable des matières dans les latrines et quelque peu sur place.
Dans le Nord de la France, les cultivateurs recueillent les matières fécales dans des fosses bien closes où ils les laissent plus ou moins longtemps pour les répandre ensuite sans préparation sur Île sol; ces fosses, appelées citernes à engrais, sont assimilées aux voiries et rangées dans la première classe des établissements insalubres, bien qu’elles ne donnent lieu à des émanations incommodes que lors du chargement et du déchargement de l’engrais. Ce sont dés caves de maçonnerie situées à des distances variables des fermes et sur les bords d’une route ordinairement pavée, à l’extré-
milé du plus grand champ d'exploitation ; leur fond est pavé de grès; les quatre murs et la voûte cylindrique qu'ils portent sont faits de briques, puis enduits d’une couche épaisse de chaux hydranlique qui les rend imperméables ; elles ont deux ouvertures, l’une dans le mur du nord pour l’accès de l’air, l’autre dans l'épaisseur de la voûte pour l'introduction et l'extraction des matières ; ces {osses ont une contenance moyenne de 6 à 700 tonneaux. L’agriculture, si perfectionnée dans la Flandre française, est très intéressée à obtenir l'assimilation des citernes à engrais aux établissements insalubres de la deuxième catégorie.
Quelles que soient les voiries, leurs causes d’insalubrité se réduisent aux suivantes : 1°emplacement trop rapproché des centres de population et sous la direction des vents habituels; la Grande-Vilette recevait en plein les émanations de Montfaucon par les vents du sud qui règnent 63 jours par an à Paris, et la Petite-Vilette par les vents du sud-ouest qui soufflent 67 jours; 2° terrain perméable ou non, sec ou humide; les eaux vannes de Montfaucon filtraient à travers les fissures et les crevasses des bancs de plâtre où étaient creusés les puisards ; et, parvenues à la couche de glaise sous-jacente, elles se répandaient dans tous les puits du faubourg du Temple et en corrompaient les eaux; 3° nature et provenance des matières : les vidangeurs reconnaissent celles de certains quartiers, des hôpitaux; avant le régime de la séparation et de la désinfection dans les fosses, on remarquait une plus grande putridité, une plus grande violence d’émanations ; la’ séparation préalable des matières réduit la masse à évaporer et accélère la dessiccation du contenu des bassins ; h° mode d’exploitation des voiries : avant la mise en pratique des procédés actuels de désinfection et d'utilisation, les matières solides passaient lentement par toutes les phases de la putréfaction, et émettaient, avec d'excellents principes d'engrais, des torrents de vapeurs fétides; les liquides se perdaient dans les puisards ou s’écoulaient dans la Seine en amont. Encore aujourd'hui, dans beaucoup de petites voiries, comme dans celle de Saint-Denis, que j’ai visitée, on épuise le liquide des bassins; on extrait de leur fond les matières épaisses qu’on étale sur les terrains voisins; on les divise au moyen de la herse ; une fois séchées, on les écrase, on les passe à la claie, et on les amoncelle en grands tas jusqu’à leur vente ; souvent les tas s échauffent, fermentent, et perdent avec les gaz qui s’en échappent une partie de leur valeur. Les bassins à ciel ouvert sont des surfaces d’évaporation délétère, activée par les vents qui se chargent de leurs miasmes.
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Les moyens d'assainissement des voiries fécales se déduisent de ces faits. Les plus efficaces sont une surveillance incessante, une propreté sévère, l'abondance des eaux pour les lavages, une ventilation active, la désinfection des matières, leur prompte transformation en produits utiles, l'épuisement des liquides que les voiries déversent finalement dans les cours d’eau. Tardieu et J. Regnault ont examiné une bouteille des eaux mères de Bondy, puisée au sortir de l'usine : ces eaux, qui s’écoulent de la fabrique de sels ammoniacaux et se rendent dans la Seine, ont encore, à un faible degré, l’odeur des eaux vannes de voiries et une teinte ocreuse, que le contact de l'air fait passer au brun noir ; leur odeur se prononce per l’ébullition qui ne trouble point leur transparence; concentrées, elles dégagent l’odeur fétide qu’on obtient par l’évaporation des urines, même récentes ; 500 grammes d’eaux mères ont fourni un résidu extractif pesant 134,50, composé de chlorure d’ammonium (sel ammoniac) en proportion notable, de chlorure de calcium (traces) et de principes extractifs colorés. Quant aux matières solides que l’on utilise sur place, la difficulté est de les maintenir désinfectées; cette obligation est presque toujours éludée, parce qu'elle entraîne une dépense de temps et de matériaux; souvent les mélanges des matières et des désinfectants se font mal; enfin, l’engrais qui en résulte paraît moins actif et a subi une dépréciation, peut-être à cause de l'addition frauduleuse d’un excès de matières inertes sous prétexte de désinfection. Les procédés appliqués par Richer dans la voirie de Bercy paraissent écarter cette fraude ou cet inconvénient : le botelage (matières demi-solides) est, dès son arrivée, mélangé avec une certaine espèce de schiste carbonifère et une terre ferrugineuse à laquelle on ajoute de l'acide pyroligneux. Les matières, étant ainsi parfaitement désinfectées et solidifiées, sont ensuite placées dans des moules et fournissent des briquettes que l’on praline en les saupoudrant de charbon de bois très divisé, pour y retenir les gaz et les produits ammoniacaux qui se perdent dans la fabrication ordinaire de la poudrette, ce qui réduit la valeur de l’engrais.
C. Voiries d'animaux morts. — Destinés à recevoir les cadavres des animaux non comestibles et ceux des animaux comestibles qui, par mesure de salubrité, sont exclus de la consommation de la boucherie, ces établissements ont pour but de soustraire aux yeux de la population un spectacle dégoûtant de destruction, de la pre server, par leur situation excentrique, du méphitisme des opérations d’équarrissage, de convertir les débris animaux en produits
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utiles. Autrelois, les ateliers d’équarrissage étaient annexés aux dépôts de matières fécales ; on trouve encore, même aux environs de Paris, quelques exemples de cette sordide association. Sans remonter aux temps où des voiries particulières existaient dans l'intérieur des villes, on peut lire dans les rapports de Parent- Duchâtelet et de Huzard les immondes conséquences de l'atelier d'équarrissage qu’on avait établi auprès du bassin de décharge de Montfaucon, les chairs musculaires découpées pour l'alimentation des chiens, les entrailles exposées pour attirer les mouches et produire des asticots à l’usage des pêcheurs, les intestins et les ossements abandonnés sur le terrain, les carcasses brülées seulement tous les huit jours au nombre de 140 à 150, et plus anciennement quand il y en avait 7 à 800 disponibles, etc., etc. Les procédés de Salmon et Payen ont opéré, il y a 17 ans, une réforme salutaire dans cette industrie : le sang est recueilli, la peau et toutes les parties utiles aux arts sont enlevées; le corps coupé en quartiers, le sang et les issues sont soumis dans des caisses de fer à l’action de la vapeur; au bout d’une heure et demie à deux beures, il ne reste plus que des os entièrement décharnés, et des chairs à l’état de hachis qui, exprimées par la presse hydraulique, fournissent des tourteaux analogues à ceux de noix ou de colza, que surnage toute lPhuile contenue dans les os etles chairs. Ces procédés sont appliqués à l’abattoir municipal d’Aubervilliers, situé à une lieue et demie de Paris et de Saint-Denis, où il entre moyennement 6 à 8000 chevaux par an, 15 à 18 000 chiens et chats. Les animaux vivants sont as: sommés ; leur sang, recueilli dans de petites auges de pierre qui forment égout et desséché dans des chaudières de fonte, est vendu à l’état de poudre imodore aux fabricants de produits chimiques. Les animaux morts sont déposés immédiatement dans les stalles d’abatage. Les peaux sont enlevées, et dès qu’il y en a assez pour un chargement de charrette, on les expédie aux tanneries. Les intestins sont crevés pour l'extraction du erottin que l’on mêle aux engrais fabriqués ; la chair, les os et les viscères subissent une cuisson de 8 à 9 heures dans des chaudières ou grands cylindres de fonte verticaux, mis en communication avec un générateur de vapeur ; celle-ci traverse tout le chargement qui se compose d’ordinaire de 3 à h chevaux, et, condensée, redescend dans un double-fond avec fa graisse liquéfiée qui est recueillie dans des vases detôleet transvasée dansdes barils; l’eau ou bouillon s'écoule par une rigole dans la rivière. On extrait ensuite de la grande tubulure inférieure des cylindres la viande cuite et séparée des os;
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ceux-ci, triés à la main, sont vendus aux fabricants de noir animal ou de sels ammoniacaux. Les pieds avec le tarse et le métatarse, échaudés avec le bouillon, livrent leur corne aux tablettiers, leurs tendons aux fabricants de gélatine et fournissent encore, par une faible cuisson, une huile de qualitésupérieure. Le mélange de chair cuite et de petits os est pressé pour l'extraction de l'huile, passé daus une machine à hacher, mélangé avec le crottin des intestins, et desséché sur des claies superposées dans de vastes étuves que traverse un courant d'air chauffé au générateur. Après sa dessiccation, cette matière n’a plus d’odeur et représente un engrais actif et d'autant plus maniable qu’on le pulvérise sur la demande des consommateurs.
Malgré la régularité et la célérité de toutes ces opérations, nous avons constaté par nous-même (juillet 1856) que l’abattoir municipal est encore un foyer d'exhalaisons putrides ; on y apporte des animaux morts depuis plusieurs jours dans un état de putréfaction avancée, ainsi que nous en avons été témoin ; la dessiccation prolongée des peaux et des tendons, la manipulation des résidus charnus qui sortent de la presse, s'accompagnent d’émanations ammoniacales d’une nature très pénétrante. Les animaux morts, traînés à l’abattoir, répandent pendant leur dépècement, des exhalaisons putrides qui incommodent à plus d'un kilomètre quand on est sous le vent de l’usine; mis dans des chaudières autoclaves avec des animaux sains, ils corrompent la masse et communiquent aux bouillons une odeur repoussante ; leurs parties musculaires, portées sans délai des cylindres autoclaves à la presse qui les étanche, dégagent un acide gras volatil, dont l’odeur spécifique est plus intolérable que celle de la fermentation putride; je l'ai sentie, et je ne sais comment on peut la supporter au delà d’une minute sans lipothymie. Que des mouches qui ont pompé les sucs des chevaux morts et putréfiés depuis longtemps, se déposent sur l’étal d’un boucher ou viennent piquer lesouvriers, des accidents graves se produisent, d'autant plus graves que, d’après les renseignements que nous devons au directeur de l’abattoir, les chevaux atteints de morve, de farcin, de charbon, etc., y sont amenés en très grand nombre ; on n’en est plus à contester, avec Parent-Duchâtelet, la transmissibilité de ces maladies à l'homme. Nous avons vu à Pabattoir d’Aubervilliers un ouvrier atteint d’angioleucite farcineuse. L’inspecteur de l’abattoir, Collignon, constate, dans une lettre du 12 juillet 1856, adressée à Trebuchet, le grand nombre d'accidents survenus aux ouvriers, funestes surtout dans les premières années d'exploitation, alors
que l’on brisait encore les os des membres avant de les mettre dans les chaudières ; il remarque qu’ils étaient dus aux blessures presque imperceptibles que les ouvriers négligeaient de faire cautériser, tandis qu’ils soignaient mieux les larges coupures où l’imoculation leur paraissait plus à craindre. Collignan signale chez les ouvriers 3 cas de charbon suivis de mort, 1 cas de pustule maligne due à la piqüre d’une mouche, 3 cas de farcin; il ne s’est jamais présenté aucun cas de morve; d’après lui, l’inoculation de la morve sur l’homme produit le farcin, qui, pris à temps, guérit le plus souvent, tandis que le charbon est incurable, s’il n’est traité instantanément avec vigueur.
L’assainissement des voiries d'animaux morts gagnerait au Système de Séguin, qui consiste à décomposer leurs débris avec les matières fécales dans des cornues de fer analogues aux cornues employées à la distillation de la houille ; il obtenait du charbon animal et un gaz d’un grand pouvoir éclairant; mais ce système a deux écueils : la condition de la dessiccation préalable des substances animales à traiter, et le mélange du gaz avec des principes sulfurés en forte proportion.
Il est des voiries insanifiables, par exemple celle de Saint-Denis, où l’on se borne à recueillir le sang des chevaux abattus où morts que l’on enfouit ensuite dans un tumulus de 5 à 6 hectolitres de terreau arrosé avec le sang; après un laps de trois à quatre mois, la décomposition paraît achevée : on attaque alors à coups de pelle le nouvel amas de terreau, on en extrait les ossements. Cet enfouissement s'opère au-dessus du sol, dans les amas de terreau, entre le hangar de l’abattoir et un mur de clôture dans un espace de 4 à 5 mètres. C'est bien là, comme on l’a appelé énergiquement, le commerce officiel de la putréfaction ! nous avons assisté aux opérations fort simples de cette révoltante industrie. Ailleurs on pratique encore l’'immonde production de l’asticot. L’équarrissage clandestin atteint par moments des proportions qui inquiètent l’industrie régulière des voiries autorisées.
Parent-Duchâtelet a soumis l'établissement des voiries aux conditions suivantes : 4° défendre dans l'établissement le travail des boyaux et celui de la colle ; 2° n’y laisser faire de composts, ni d'asticots ; 3° terminer en un jour toutes les opérations de voirie pour chaque animal, afin qu’il n’en reste aucun débris et qu’on puisse laver à grande eau ; 4° daller les abattoirs en pierres dures et imprégnées de mastic hydrofuge jusqu’à refus: 5° daller de même ou paver avec bain de ciment et chaux hydrauliques les ate-
CIRCUMFUSA. — VOIRIES. 561 liers où sont transportées et préparées les différentes parties des animaux ; 6° un réservoir versera par des robinets l’eau à flots partout où elle sera nécessaire ; les eaux de lavage couleront dans un bassin construit comme les fosses d’aisances, ne se vidant que par sa partie inférieure et d’une capacité suflisante pour les vidanges de chaque jour; ce bassin enverra son contenu à la Seine par un tuyau souterrain et prolongé jusque dans le grand courant de la rivière ; les eaux sales ne seront évacuées dans la rivière qu’à la fin du jour et pendant la nuit; 7° les foyers des chaudières seront disposés pour brûler facilement et complétement les vapeurs et les émanations que l’on pourra y diriger; 8° des murs élevés et une double rangée d'arbres de futaie rapprochés entoureront la fabrique ; 9° les ouvriers ne devront jamais en sortir avec leurs habits de travail ; 10° les voitures qui transportent les animaux morts doivent être couvertes, garnies de zinc à leur fond, lavées et soignées de manière à ne répandre aucune odeur.
L'expérience a déjà démontré l'insuffisance de ces prescriptions, même avec le système de cuisson qu’un règlement spécial y a ajouté à Paris. Un nouveau progrès est nécessaire et se prépare; il aura pour conditions la centralisation de toutes les opérations d’équarrissage à Paris, l'application de moyens de conservation aux substances animales, et l'obligation de déclarer aux commissaires de police le décès des animaux qui devront être enlevés dans un délai de vingt-quatre heures après la mort. Ce programme est celui de la compagnie maritime qui exploite aujourd'hui l’abattoir municipal de Paris; il n'a de chanceux que le choix des agents propres à préserver les substances animales de la fermentation putride. La solution du chlorure d'aluminium et du bichlorure de fer {2 p. 100 d'eau) parait remplir cette indication; mes collègues Trebuchet, Chevallier, Fournel, Jobert (de Lamballe) et moi, nous avons examiné dans l’usine d’Aubervilliers des parties musculaires et autres qui, après une immersion de six heures dans ces liquides, s'étaient maintenues depuis plusieurs semaines dans un état de souplesse et de fraicheur remarquables. Une commission du comité d'hygiène de la Gironde à constaté en 1855 l'efficacité antiputride des moyens employés par de Lapeyrouse dans les ateliers d’équarrissage, les boyauderies, les fonderies de suif, etc., et l’amélioration des produits qui en ont subi l’action, On propose même de procéder à l’embaumement des animaux morts, opération que l’on dit facile, très peu coûteuse, praticable à domicile ou à l'entrée de l'animal mort dans l’abattoir. Par ce moyen, on annonce dans un document émané
M. LÉVY, 4° ÉDIT, — Il, 30
de la compagnie en question que toute odeur sera ôtée aux peaux, aux os, à l'huile; plus d'acide gras volatil si nauséabond pendant le pressage des parties musculaires, etc, Il est évident que si l’expérience confirme ces résultats, le difficile problème de l’assainissement des voiries d'animaux est enfin résolu.
6° /nhumations et cimetières. — De tout temps, et sous tous les climats, l’homme à compris la nécessité de se mettre à l’abri du méphitisme qu’engendre la putréfaction des matières organiques. Dans les institutions relatives aux morts, les législateurs ont fait la part de la salubrité publique et celle du sentiment pieux qui s’attache aux restes de nos semblables ; comme toutes les grandes lois de l'hygiène, le soin des morts a reçu la sanction des religions. Si Moïse fait du contact des cadavres une cause d’impureté (1), c’est pour mieux assurer leur séparation d'avec les vivants ; le code sacré des Hindous (2) impose aux proches parents ou sapindas dix jours d'impureté pour un mort, et place au nombre des cinq sacrements ordonnés aux Hindous le sacrifice en l’honneur des mânes. Chez les Égyptiens, les Grecs et les Romains, même réspect de la sépulture. Une loi d’Athènes prescrit à tout passant de jeter de la terre sur un corps resté inenseveli. Le droit public des anciens admettait des armistices pour permettre aux belligérants d’enterrer où de brüler leurs morts ; la terre qui recouvrait le corps d’un esclave était sacrée. Permis à Sénèque de dire : « Non defunctorum causä inventa est sepultura, sed ut corpora et visu et odore fœæda submoverentur.» Le sentiment des peuples ne s’est pas borné à cette froide prudence ; chez tous, le culte du souvenir s’est ajouté aux précautions d'hygiène : les Esquimaux consacrent l’endroit où ils ont brûlé un corps en y dressant un pieu ; les Canadiens y déposent des attributs analogues au genre de vie du défunt. A Siam, les tombeaux sont sacrés ; les Japonais les ornent de fleurs et s’y rendent souvent ; les Chinois les visitent tous les ans, etc. Le dogme de la résurrection, admis par les Israëlites et par les chrétiens, augmente l'importance religieuse de la conservation des tombeaux, but annuel de leurs pèlerinages. Rien n’égale le saint respect des premiers pour la demeure des morts : chaque famille doit à ses ancêtres le perpétuel entretien de leurs sépultures; étager couche sur couche plusieurs générations de morts, est à leurs yeux une profanation.
Examinons les garanties qu'il convient d'établir contre le danger
(1) Nombres, chap. xix, (2) Loi de Manou, V® livre, distique 59.
des inhumations précipitées et les conditions qui assurent la salubrité des cimetières.
Bruhier en France (1712), Hufeland en Allemagne (1762), ont jeté la terreur dans les esprits par leurs écrits sur l'incertitude des signes de la mort. Avant eux, Pline avait signalé de funestes méprises qui se sont renouvelées en tout temps : Asclépiade, Empédocle, disciple de Pythagore, ont rappelé à la vie des sujets que l’on croyait morts. Ambroise Paré a préservé de l’mhumation deux hommes asphyxiés par la vapeur du charbon, que ses soins ranimèrent. Rigaudeaux a sauvé une femme en couches attaquée d’éclampsie, et que les assistants avaient ensevelie à deux reprises. Qui ne connaît la lugubre mésaventure du gentilhomme françois Civile, deux fois enterré ; de Winslow, deux fois pris pour mort? Quant à la tragique fin de l’auteur de Manon Lescaut, se réveillant pour mourir sous le scalpel d’une homicide autopsie, les recherches auxquelles s’est livré Bouchut n’ont fourni aucune preuve que cette horrible méprise ait eu lieu réellement (1). Pour prévenir de semblables catastrophes dont on a exagéré le nombre, on à proposé la création de maisons mortuaires à l'instar de celles qu'Hufeland a fait établir à Weimar, et dont la première idée se trouve dans l’ouvrage de Thierry, publié en 1785 ; mais l'utilité de ces maisons est tout entière dans la surveillance minutieuse et continue des préposés ; ceux-ci ont-ils l'aptitude nécessaire pour reconnaître les signes de révivification ? L’habitude n'émoussera-t-elle point leur coup d'œil, leur force d’attention ? Dans les villes populeuses, il faudrait multiplier ces maisons ; les cordons à sonnettes attachés aux doigts et aux orteils des cadavres donneront parfois l'éveil par un effet de la rigidité cadavérique ou par la cessation de cet état; dans d’autres cas, un retour fugitif à la vie pourrait s’opérer sans production de mouvements spontanés ou involontaires. Dans la maison mortuaire de Mayence, le garde chirurgien de 3° classe n'a eu, depuis quarante-cinq ans qu'il y est attaché, qu'une seule alerte de résurrection : c'était un vieillard dont les mains étaient tombées le long de son corps, par suite de l’affaissement du ventre et de la sortie d’une grande quantité de liquide (2).
Il existe plusieurs signes infaillibles de la mort réelle : la rigidité, l'absence de toute contractilité musculaire sous l'influence de l’électricité ou du galvanisme, la cessation des battements du cœur à
(1) E. Bouchut, Traité des signes de la mort, etc., 1849, p. 12. (2) Bouchut, loc. cit., p. 214.
56h HYGIÈNE PUBLIQUE.
l’auscultation, la décomposition putride; le premier peut être passager, le second exige une épreuve, le dernier est plus ou moins tardif et non exempt de danger ou d’inconvénient. C'est donc la cessation définitive des battements du cœur qui fournit le diagnostic immédiat et positif de la mort réelle ; les recherches et expériences de Bouchut lui confèrent un degré de certitude incontestable : « La vie est éteinte là où le cœur a cessé de se mouvoir, et dans les maladies qui présentent l’apparence de la mort, toute méprise est impossible, à cause de la persistance des battements de cet organe (1)». Restait à assigner une durée significative à l’auscultation de la mort. Rayer remarque avec raison que l'expression d'absence prolongée des battements du cœur, employée par Bouchut, manque de précision ; il était nécessaire de fixer une limite qui ne laissàt aucun doute sur la réalité de la cessation définitive des fonctions de cet organe (2). En explorant par l'oreille la région précordiale chez les agonisants, dans l’intervalle des dernières inspirations, on entend toujours les battements du cœur, et quand le râle a cessé, ils sont encore distincts à l’ouïe, alors que les pulsations artérielles ne sont plus perceptibles au cou ni aux membres et que rien ne frémit plus sous la main appliquée à la poitrine. Dans le silence qui suit la dernière inspiration, le maximum d'intervalle entre les battements du cœur a paru à Bouchut être, pour l’homme adulte et pour le vieillard, d'environ six secondes, et à Rayer d'environ sept secondes ; aussi ce dernier estime-t-il que l'absence de ces battements, constatée par l’auscultation vers tous les points où ils peuvent être naturellement ou accidentellement perçus, et sur chacun pendant l'intervalle de cinq minutes, c’est-à-dire pendant un espace de temps 50 fois plus long que celui qui a été noté par l’auscultation des bruits du cœur dans les cas d’agonie jusqu'à la mort, ne peut laisser aucune incertitude sur la réalité de la mort. Nous ne pensons done plus qu’il faille retarder l'enterrement Jusqu’après l’apparition des premiers résultats de ja putréfaction (coloration verdàtre du ventre avec ballonnement et odeur sur generis), si la constatation de l’absolue cessation des bruits du cœur est confiée à des experts d’une compétence reconnue, et si elle a lieu deux fois, au moment dela mort et à l'expiration du délai légal de vingt-quatreheures, avant l’inhumation. Nous exigeonsla garantie de cette double vérification, parce que Depaul et Josat ont vu revenir à la vie des nouveau-nés
(1) Bouchut, loc. cit., p. 193.
(2) Rayer, Rapport à l’Académie des sciences, 1847.
et des cholériques chez qui l'auscultation la plus attentive n’a pu, pendant plusieurs minutes, saisir aucun battement, aucun frémissement cardiaque. Que si, par surcroît de précaution, des épreuves paraissent nécessaires, la préférence est due à l'application des stimulants galvaniques à la contractilité musculaire, ou de quelques points de cautère actuel qui auront à la fois l’avantage d'agir contre les causes de mort apparente, et de fournir des éléments de diagnostic sûr. En effet, nous avons constaté, dans des expériences faites au Val-de-Grâce, que l’action du fer rouge sur les tissus d’un cadavre n’y détermine jamais d’eschare ni de rougeur en forme d’auréole, ni de ligne rouge ; pour reproduire un effet sur une partie morte, il faut y accumuler une quantité plus considérable de calorique et prolonger lapplication du cautère : avec l'intensité et la durée d’action du cautère qui suffiraient pour désorganiser sur le vivant toute l'épaisseur de la peau, on produit à peine sur le cadavre le desséchement de l’épiderme et la flétrissure de la superficie du derme ; plus intense, plus prolongée, l’action du fer rouge n’a pour résultat sur le cadavre qu'une simple carbonisation, sans aucune trace d’hypérémie ou de phlogose à ses limites. Cette épreuve nous paraît probante, facile à pratiquer en tous lieux ; nous l'avons vue proposée en 1838, dans une thèse soutenue par Ménestrel (1).
Quoi qu'il en soit, si la crainte d’être enterré vif est moins répandue, et le danger des inhumations précipitées plus facile à conjurer, l'incurie subsiste dans la loi; celle-ci ne prescrit que deux mesures, un délai de vingt-quatre heures avant l’inhumation, et la verification du décès par l'officier de l’état civil. Le délai est souvent éludé, et il faudrait, comme on fait sagement à Tours, ne le faire courir qu’à partir du moment de la déclaration du décès ; l'officier de l'état civil ne vérifie rien, et quand il se conformerait à la loi, son incompétence rendrait son zèle stérile. Une durée de vingt-quatre heures est insuffisante dans maints cas : tels que ceux de morts subites, les décès à la suite d’affections nerveuses, hystérie, catalepsie, tétanos, syncope, etc. Les ordonnances de Vienne et de Saltzbourg prescrivent quarante-huit heures; celles de Saxe et de Prusse pour le pays d’Anspach, soixante-douze heures. À Strasbourg, les médecins dits cantonaux sont chargés de constater la réalité de la mort; cet examen, quand il est fait attentivement et par des hommes capables, est la meilleure de toutes les garanties. Paris a imité cette institution, et des médecins vérificateurs sont
(1) Thèses de Paris,
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chargés, dans chaque arrondissement, de désigner dans les déclarations de décès qu'ils transmettent aux maires les noms, prénoms, sexe, âge du décédé, l’état de mariage, la profession, la date précise de la mort, le quartier, la rue et le numéro du domicile, l'étage et l'exposition du logement, la nature et la durée de la maladie, les causes antécédentes et les complications survenues, les motifs qui militent pour l’ouverture du cadavre, les noms des personnes ayant titre ou non qui ont fourni les médicaments nécessaires et de celles qui ont donné des soins au malade. Il ne reste qu’à étendre à toute la France l'institution de cette expertise solennelle, et à la confier à des hommes qui en comprennent l'importance et qui ont les connaissances nécessaires pour s’en acquitter avec sûreté.
Les modes de séparation des morts d’avec les vivants ont varié suivant les climats, la nature du sol et les idées religieuses; ils se réduisent à trois : l’incinération, la momification et l'inhumation. Zimmermann rapporte (1) que plusieurs peuples de l'Amérique septentrionale abandonnent les cadavres sur les hauteurs, à l’intempérie des éléments et à la voracité des animaux ; que les Kamstchadales les faisaient autrefois dévorer par des chiens, ete. Dans l'antiquité, on attribuait ces horribles usages aux Parthes, aux Bactriens, aux habitants de l’Hyreanie, etc. (2); mais les récits de voyageurs parfois abusés par des apparences dont ils ne pouvaient saisir Ja véritable cause s’effacent en présence d’un fait qui domine dans l’histoire de tous Les peuples de quelque importance, savoir : l'établissement régulier et le soin minutieux des sépultures. En Égypte l’embaumement a été usité généralement depuis les temps les plus anciens jusqu'au vi‘ siècle de l'ère chrétienne ; on l'y appliquait même aux animaux. La grotte de Samoun, composée d’une série de salles qui ne peuvent être parcourues en cinq heures de marche, a semblé à Pariset comme un immense musée où repose l’histoire naturelle de l’ancienne Égypte; des millions de grottes sépulcrales criblent les flancs de la double chaîne qui, des pyramides de Gizeh et du Mokattan, se prolonge au delà de Philæ. À Thèbes, les serpents, les singes, les crocodiles gisent par milliers à côté des rois ; à Touneh-el-Gebel, au pied de la chaîne libyque, s'étend une ville souterraine à rues taillées au ciseau et bordées de niches pleines de singes, et de chambres latérales où des milliers d'ibis et d'œufs d’ibis sont enfouis dans d'énormes pots de terre
(1) Taschenbuch der Reisen. Leipzig, 4805, t, II, p. 110. (2) Cicero, Tusc. quϾst., t. I.
cuite et scellés avec du plâtre. Un Arabe, montrant à Pariset, du haut de la grande pyramide, la vaste plaine qui part du pied de ce monument et se développe jusqu’à cinquante lieues carrées en superficie, lui dit: « Tout cela est momie. » L’immensité de ces catacombes prouve qu’en Égypte l’embaumement était d’un usage universel pour tous les êtres du règne animal. Les Babyloniens et les Perses enduisaient les cadavres de pétrole. Les Guanches, habitants primitifs des îles Canaries, embaumaient aussi leurs morts et creusaient les flancs de leurs montagnes pour y déposer les corps de leurs aïeux que l’on y a retrouvés momifiés et rangés avec un ordre parfait (Humbold). Chez les Hébreux, l'inhumation était généralement employée : Abraham achète d'Éphron la caverne du champ de Machpela pour y ensevelir le corps de Sara ; lui-même et ses descendants y furent couchés; la vallée du pays de Moab reçut le corps de Moïse. Cependant la combustion des cadavres était aussi pratiquée par les Hébreux, puisque Isaïe s’écrie : « Car depuis longtemps Topheth est prêt ; il est préparé aussi pour le roi : il est profond, il est large son bûcher, du feu et du bois en quantité, le souffle de Jehovah y brüle comme un torrent de soufre (1). » Remarquons que les sépultures de Jérusalem et celles des autres villes de la Judée étaient éloignées de leur enceinte. Chez les Grecs et les Romains, l’incinération servait à soustraire les restes de - l’homme à la vengeance des ennemis ou à en faciliter le transport /2). Mais Cicéron nous apprend que, d’après le droit pontifical, l'endroit où le cadavre avait été brûlé ne devenait sacré qu'après l'inhumation des cendres (3). La sépulture était d'usage ordinaire; il y avait à Rome des fosses communes que leurs exhalaisons infectes firent appeler puficuli, et pour assainir le quartier des Esquilies, Auguste donna le terrain de ces fosses à Mécène, qui le transforma en magnifiques jardins: elles avaient été creusées dans ce quartier quand il n’était encore qu’un faubourg presque inhabité. Les tombeaux des riches s’élevaient sur le bord des routes qui conduisaient à Rome ; il ne fallait rien moins qu’un sénatus-consulte pour autoriser la sépulture d’un citoyen distingué dans l’enceinte de la ville. Un édit d’Adrien ordonna la confiscation du terrain sur lequel un tombeau aura été élevé à Rome. Dioclétien, dans un
(1) Chapitre xxx, verset 33, trad. de S. Cahen. (2) Salve, sancte parens, iterum ; salvete, recepti Nequidquam cineres, animæque umbræque paternæ . (Énéide, lib. V.) (2) De leg., lib, IX.
rescrit adressé à Victorinus, s'exprime ainsi: Mortuorum r eliquias ne sanctum municiporum jus pollualur, intra civitatem condi jam pridem vetitum est (1). Dès la fondation d'Athènes, Cécrops avait prescrit que l’inhumation se fit extérieurement, et Solon avait renouvelé cette mesure de prudence. Quand le christianisme eut donné naissance à une société distincte, les corps des personnes mortes en odeur de sainteté furent déposés sous les autels des basiliques ; bientôt la vanité des familles envahit tout le sol des églises; le grave abus de ces inhumations, vainement condamné par quelques papes et quelques conciles, se maintint longtemps. En 1744, Haguenot, témoin à Montpellier d’une catastrophe dont nous avons parlé, éleva contre ce privilége délétère une voix courageuse qui ne fut pas écoutée. Vingt-cinq ans après, Maret, puis Piattoli (1774), Navier (1775), firent de nouveaux efforts qui amenèrent la déclaration royale de 1776, limitant le droit d’inhumation dans les églises à quelques personnages du haut clergé et de l’ordre civil; il ne fut entièrement aboli que par le décret du 23 prairial an XIT (12 juin 4804) dont l’article 1° proscrit toute inhumation et dans les lieux consacrés aux cultes et dans l’enceinte des villes ou bourgs. Cette dernière défense est malheureusement violée dans les campagnes où les cimetières entourent les églises au milieu des habitations, ce : qui expose celles-ci soit à l'infection de leur atmosphère ambiante, soit aux infiltrations souterraines de gaz. De 1774 à 1780, l'acide carbonique s’infiltra à plusieurs reprises dans les caves des maisons voisines du cimetière des Innnocents, et donna lieu à des accidents. A Londres, les sépultures existent encore dans l'intérieur de la ville et dans les caveaux des églises où elles donnent lieu, par l'effet du temps et de l'abandon, à de tristes spectacles. Le Campo-Santo de Naples présente 366 fosses couvertes d’une pierre qu’on lève et qu’on scelle après les inhumations de chaque jour ; les cadavres de la journée sont recouverts d’une couche de chaux vive. L'année révolue, on rouvre successivement chaque fosse où l’on ne retrouve plus de vestiges humains. Les cimetières tures en Orient sont multipliés dans l’intérieur des villes et autour de leur enceinte ; plus pittoresques que salubres, leurs fosses ne sont pas assez profondes; les Turcs laissent d’ailleurs subsister près de la tête descadavresune ouverture qui donne issue aux gaz de la putréfaction ; les pluies, les animaux, le défaut d'entretien achèvent la dégradation de ces cimetières.
(1) Monfalcon et Polinière, Trailé de la salubrité dans les grandes villes. Paris, 1846, p. 211.
L'inhumation se fait aujourd’hui dans des caveaux, dans des monuments spéciaux, dans des fosses ou cimetières.
Caveaux.— Ce sont des caves creusées dans le sol à une certaine profondeur, et où l’on jette par une porte supérieure le corps nu ou enveloppé de quelques vêtements : les Grecs du Caire enterrent ainsi leurs morts. Nous avons vu un semblable caveau à Vivario, entre Ajaccio et Corte (1833) ; il exhalait une odeur fétide. L’étendue de ces réceptacles et la rénovation intermittente d’une portion de leur atmosphère ne permettent pas à celle-ci de perdre son oxygène, de se saturer de gaz septiques et de favoriser la dessiceation des corps ; ils passent lentement par tous les degrés de la putréfaction. Pellieux a descendu une bougie allumée à 4,50 dans un caveau de 6 mètres de profondeur, et ouvert depuis vingt-quatre heures : la flamme de la bougie prit une teinte rougeûtre et s’éteignit; l'air recueilli dans le caveau donna à l'analyse une grande quantité d'acide carbonique; dans certains caveaux, ce gaz se trouve seul ou mélangé avec l'air ; dans d’autres, on rencontre à la partie supérieure de la couche qu'il occupe une forte proportion de carbonate et de sulfhydrate d’ammoniaque.
Monuments spéciaux. — On en voit dans plusieurs villes d'Italie, notamment à Bologne, où le Campo-Santo se compose d’une rangée d’arcades et d’édifices en briques ; dans l’épaisseur des murs existent des cavités ou loges où les bières sont placées et scellées ; des fosses communes sont creusées pour les pauvres au milieu des carrés qui séparent les édifices. Dans ces sortes de fours, les fluides élastiques qui s’échappent du cadavre lui font une atmosphère factice qui retarde sa décomposition et le convertit en momie sèche.
Cimetières. — Le décret de 1804 prescrit de les établir dans des points culminants, à l’exposition du nord, à 35 ou 40 mètres de l'enceinte des centres d'habitation ; il fixe les dimensions des fosses de 1,5 à 2 mètres de profondeur sur 0",3 à 0",8 de largeur, et leur distance de séparation entre 0",3 à 0,4 sur les côtés, et 0,3 à 0,5 à la tête et aux pieds. La fosse commune permettait autrefois l’entassement des cercueils les uns au-dessus des autres par rangées de cinq, six, huit ; par une disposition récente et plus sage, elles ne sont plus que de largestranchées, creusées à la profondeur ordinaire, et au fond desquelles les bières sont juxtaposées les unes à côté des autres. Les plantations sont autorisées dans les cimetières, mais à condition de ne point porter obstacle à la circulation de l’uir, à l’évaporation, au balayage des émanations. Bien alignés, espacés, droits et élancés, les arbres assainissent les cimetières en absorbant
par leurs racines et par leurs feuilles les produits de la décomposition et le gaz acide carbonique, en émettant dans l’atmosphère l'humidité du sol; les peupliers, les bouleaux, les trembles, les ifs sont les essences qu'il faut préférer pour ces lieux. Les bâtiments n’ont que des inconvénients; on devrait en défendre la construction près de leurs murs d'enceinte, Il faut établir les cimetières loin des puits, des sources, des rivières qui fournissent aux besoins domestiques ; cependant les eaux séléniteuses perdent leur crudité en : traversant le sol des cimetières, c’est ce que le conseil de salubrité de Paris a constaté dans celui de l'Ouest au milieu duquel on a creusé un puits ; l’eau qu'il donne est limpide, inodore, de bon goût, et quoique s’échappant d’un sol calcaire, elle dissout le savon et cuit les légumes; Barruel s’est assuré que le sulfate calcaire de cette eau se décompose par la filtration à travers un terrain imprégné de sels ammoniacaux et qu'elle contient des sels à base d’ammoniaque. Vingtrinier conseille sagement de ne Jamais établir un cimetière sur un terrain disposé de manière à recevoir Les eaux des plans supérieurs pour les déverser à la consommation sur des plans inférieurs. [l importe encore que les cimetières soient à l'abri des inondations. Dans les contrées très plu vieuses, Les fosses doivent être creusées plus profondément : les pluies torrentielles, les débordements de rivières détrempent le sol, dégradent les sépultures, les ouvrent à l’air extérieur ; si à ces causes s'ajoute un climat brûlant comme en Égypte, des endémies pestilentielles prendront naissance. Qu'on lise la description qu'a faite Pariset (1) des divers modes d’inhumation usités dans l'Égypte actuelle et des ravages qu’exercent sur les sépultures superficielles ou mal construites les vents, la rosée, les pluies, la sécheresse même, et surtout le Nil épanché sur les terres du Delta, et l’on admettra au moins qu'il existe quelque relation entre cet état de choses et l’apparition périodique de la peste; Hamont, ancien directeur de l’école vétérinaire d'Egypte, a constaté ce que plusieurs cheiks du Delta lui avaient assuré, savoir : que les chances de peste dans les villages se mesurent par la quantité de pluie qu'ils ont reçue pendant la mauvaise saison.
La loi exige pour les emplacements des cimetières des dimensions telles que le même endroit ne puisse servir à de nouvelles inhumations qu'après un laps de cinq ans. Ce terme est suffisant, quoique la destruction des cadavres ne s'achève pas toujours dans le même délai. La marche des phénomènes qui ont pour fin la réduction au
(4) Annales d'hygiène, t. VI, p. 213.
squelette dépend de la nature des terrains, de la profondeur des fosses, de l'épaisseur des enveloppes de toutes sortes qui protégent le cadavre, de la température moyenne du climat, des antécédents physiologiques et morbides du défunt, ete. Maret a calculé qu’un corps qui se putréfie peut méphitiser une atmosphère de 8 à 10 mètres d'étendue, et qu’enseveli à moins de 3 mètres de profondeur, il met trois ans à se décomposer ; Orfila et Lesueur, dans leurs expériences, ont trouvé les cadavres réduits au squelette au bout de quatorze, quinze ou dix-huit mois, nonobstant bière et toile d’enveloppe. Le célèbre Petit, forcé d’enterrer dans son jardin les débris des cadavres qui avaient servi à ses démonstrations, en retrouvait des vestiges au bout de deux ans. La nature et les qualités du sol et du sous-sol sont les conditions qui influencent le plus la marche de la décomposition des corps ensevelis; elle est rapide dans les terrains bas, humides, rapprochés des cours d’eau dont ils subissent les infiltrations ; les terrains secs, élevés, ventilés, la retardent. Les terrains argileux forment avec les cadavres une masse compacte qui, prompte à se dessécher, est ensuite difficile à entamer par les insectes, par les gaz et l'humidité. Les terres fortement alcalines consomment en peu de temps les cadavres. Orfila aæexpérimenté sur quatre espèces de terrains : 1° celui de Bicêtre, jaunâtre, calcaire; 2° jardin de la Faculté, terre noire; moins richeen principes azotés, mêlée de détritus végétal, contenant beaucoup de carbonate de chaux et une assez forte proportion de sulfate de chaux ; 3° terreau riche en détritus végétal, moins décomposé que le sol précédent, et principalement formé d’acide silicique et de carbonate de chaux ; 4° sable de carrière siliceux et très ferrugimeux, avec traces de mica et à peine de carbonate de chaux. Voici ies résultats obtenus : 1° La putréfaction a eu son minimum de vitesse dans le sable et son maximum dans le terreau jusqu’à la formation d’une certaine quantité de gras de cadavre ; 2° à cette époque, elle est devenue plus rapide dans la terre de Bicêtre où il s'était formé moins de gras que dans le terreau et dans la terre des jardins qui en contenaient davantage ; 3° le terreau et les traces végétales sont les plus propres à opérer promptement la saponification de nos tissas ; 4° la transformation graisseuse débute par la peau et le tissu cellulaire sous-cutané, puis atteint les muscles ; 5° la saponification commencée, la putréfaction s'arrête ou change d’allure; les tissus situés sous les parties saponifiées, au liet de se ramollir, passent au gras et arrivent à constituer une masse grisâtre, sèche, où ils ne sont plus reconnaissables.
Un sous-sol où l’eau paraît dès qu’on le fouille à quelque profondeur, ne peut servir aux inhumations. S'il est rocheux, il empêche l’excavation des fosses à la profondeur légale (1*,50 à 2 mètres), et les gaz des sépultures superficielles passent dans l’atmosphère : c'est ce qui a contribué en partie à l’insalubrité du plateau de Sébastopol occupé par nos troupes; il ne suffit pas d’ailleurs que la fosse soit assez creusée, elle doit avoir pour fond une terre meuble, perméable aux liquides et aux gaz provenant de la décomposition putride. — La loi ne pouvait tenir compte de toutes les circonstances particulières qui favorisent ou qui contrarient le développement des phénomènes qui ont pour terme la dissolution des corps ensevelis ; elle a dû s'arrêter à une fixation générale en ce qui concerne la reprise des anciennes tombes pour de nouvelles inhumations, en dehors des concessions temporaires ou perpétuelles qui sont offertes à la piété des écus ; or, le délai de cinq ans qu'elle a stipulé répond dans le climat de notre pays aux besoins de l'hygiène publique. Au bout d’un temps qui varie suivant la qualité de leur sol et lerapport de la masse des terres avec celle des cadavres mhumés, les cimetières atteignent leur limite de saturation de matières organiques, et deviennent impropres à provoquer la fermentation putride; force est alors de les abandonner jusqu’à ce que leur terre ait recouvré ses propriétés premières : la plupart des cimetières de Paris, notamment celui des Innocents, en étaient arrivés à ce point; de là les exhumations qui ont servi de base aux beaux rapports de Fourcroy et de Thouret. Le premier a constaté, dans ses expériences chimiques sur le cimetière des Innocents, que les cadavres saponifiés ne se conservaient en cet état que parce que la terre noire qui les entourait était imprégnée de matières hydrogénées ; l’air lui enlevait ces principes et lui restituait le pouvoir de décomposition putride. Quand un cimetière a dû être abandonné, la loi prescrit de le laisser sans emploi pendant dix ans; après ce délai, 1l est permis de l’ensemencer et de le planter, mais non d’y pratiquer des fouilles ni d'y creuser des fondations.
IL y a lieu quelquefois de prévenir la putréfaction, comme lorsqu'il s’agit de transporter un cadavre à de grandes distances. Les résines et les huiles essentielles n’ont d'efficacité que pour garantir le corps de l’eau. L'alcool attire l’eau des parties animales, dissout le cruor, coagule l’albumine, s'empare d’une partie de la graisse : néanmoins le corps du maréchal Lannes, tué à Wagram et acheminé sur Paris dans un tonneau d’eau-de-vie, exhalait, dès son arrivée à Strasbourg, une odeur si fétide, qu’il fut impossible de l'y laisser.
Les anciens employaient la cire, le miel, l'huile, ete, comme moyeus conservateurs des cadavres qu'ils transportaient à de grandes distances. Boudet, pharmacien en chef de l'armée d'Égypte, enduisait les viscères largement incisés et les parois des cavités d'une dissolution alcoolique de sublimé corrosif et d’une couche de vernis ; puis, les intervalles étant remplis d’une substance astringente et aromatique, il faisait recoudre les téguments ; la peau était ensuite vernie, saupoudrée et entourée de plusieurs bandages vernis eux-mêmes. L'acide pyroligneux (acide acétique imprégné d'huile empyreumatique) qui pénètre les chairs fumées les fait résister à la putréfaction ; elle est arrêtée subitement par le chlore et les chlorures calcique et sodique, etc.
Le docteur Franchina (de Naples) a inventé, et Gannal a popularisé la méthode d’embaumement par injection, qui consiste à pousser un liquide conservateur par l'artère carotide dans le système artériel et par les divisions du système capillaire, dans toutes les parties du corps; par elle on évite les longueurs, les dépenses, les mutilations, les extractions de viscères, etc. Franchina se servait d’une solution de 2 livres d’arsenice coloré avec un peu de minium ou de cinabre dans 20 livres d’eau de fontaine, ou mieux dans de l'esprit-de-vin. La propriété conservatrice de cette solution est bien connue à l'École pratique de Paris et au Val-de-Grâce où j'en ai constaté les effets avec le professeur Mounier pendant l’été de 1856; on l’emploie exclusivement au musée d'anatomie de la Faculté ; mais l’usage en est interdit pour les embaumements comme pour le chaulage des grains par une ordonnance royale du 31 octobre 1846, afin qu'une pratique pieuse ne serve pas à masquer le crime. Le Conseil de salubrité de Paris étend cette interdiction à toute substance toxique (Comptes rendus de 1846 à 1848, p. 205). Les liquides présentés en 1847 à l'Académie par Sucquet et Gannal étaient, le premier, une solution de chlorure de zinc marquant 40 degrés à l’aréomètre, le second, un mélange à parties égales de sulfate d’alumine et de chlorure d'aluminium marquant 34 degrés à l’aréomètre de Baumé ; mais la solution de Gannal fut, en outre, reconnue très arsenicale à l’appareil de Marsh; et ce médecin dut la purger de toute espèce de toxique. Deux cadavres embaumés en présence de la commission par ces deux moyens furent inhumés à 70 centimètres de profondeur dans le jardin de l’École pratique ; exhumés au bout d’un an, le cadavre embaumé par Gannal était putréfié; le cadavre embaumé par Sucquet était parfaitement conservé, et, resté à l'air libre, il se dessécha et se durcit. La pratique des embaume-
ments n’atteindra probablement jamais l'extension ni la force de conservation illimitée qui feraient redouter à Tardieu (1) l'encombrement des cadavres et menaceraient l'équilibre entre les échanges de l’atmosphère et du sol en empéchant la décomposition des êtres organisés privés de vie.
Cette revue des principaux éléments de l'hygiène des villes trouverait un complément significatif dans le tableau des maladies qui sévissent avec prédilection dans les agglomérations urbaines et en déterminent la mortalité. Par malheur, la statistique des causes de décès est encore à l’étude ou à l'essai. Sur 234704 décès enregistrés pour l’année 1854 dans les chefs-lieux d’arrondissement et dans les villes non chefs-lieux ayant au moins 40 000 âmes, ces causes ont pu être constatées pour 194 222. Additionnés et ramenés à la proportion de 100, ces chiffres jettent quelque lumière sur le
nécrologe des populations urbaines ; nous empruntons les plus ex. pressifs au tableau de Legoyt :
Maladies des organes de la digestion........ ee 9018 —— déja réspiration. 24007" C'1 129776
— deda:circeulations® re. a 3,54
— du système lymphatique. ... 0,94
—— du système nerveux. .... 54 -1H3 49
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Les règles de salubrité qui doivent présider à la construction des villes s'appliquent aussi aux villages et aux bourgs; l’état dans lequel se trouvent la plupart d’entre eux blesse toutes les lois de l'hygiène. Les habitations rurales, mal distribuées, mal closes, ne sont, dans un grand nombre de localités, que d’immondes refuges où s’entassent les familles : les misérables chaumières de la Sologné (2), les masures du Doubs, de la Mayenne, de l’Allier, etc.,
(1) Dictionnaire d'hygiène et de salubrité, 2° édit. Paris, 1862, t. II, p. 109. (2) Voyez Montfalcon, op. cit., p. 206.
valent-elles beaucoup mieux que la hutte du sauvage? En été, elles n'abritent point contre les chaleurs, ni en hiver contre le froid. Leur plancher, presque toujours de niveau avec le sol et sans cave sous-jacente, s’imprègne des déjections du ménage ; l’âtre fumeux mêle à l'atmosphère d’un local exigu les produits d’une combustion incomplète; l’incurie, la malpropreté, la pénurie des objets nécessaires à la vie, souvent la présence d'animaux ou l’entassement des provisions ou des récoltes, multiplient les causes d’infection. Au dehors de ces habitations, des amas de fumier, des mares fétides, des étangs bourbeux, des puisards qui ne dissipent pas complétement par infiltration dans le sol les liquides qu’ils reçoivent et qui retiennent une vase d’où s’échappent des gaz délétères, notamment du gaz hydrogène sulfuré ; des rues sans pavé que la pluie convertit en fondrières et dont la fange humide baigne le pied des maisons ; des cimetières mal entretenus et placés au milieu des maisons ; souvent des routoirs établis sur des eaux d’un faible cours et qui les altèrent ou répandent dans l’air des émanations dont l’innocuité n'est pas démontrée malgré les recherches de Parent-Duchâtelet, etc. : telles sont les demeures de la population rurale.
La statistique de la France a constaté que sur six millions d’habitations rurales soumises à l'impôt, il y a trois millions et demi de cabanes avec une porte, une ou deux fenêtres, quelquefois même sans fenêtre; ce vice de construction s'explique en partie par le besoin de süreté et plus encore par le désir d'échapper à l'impôt des portes et fenêtres. « Des villages presque entiers, disent les frères Combes (1) dans leur intéressante Monographie d'hygiène rurale, se composent de mansardes tristes, sales, délabrées, où toute une famille vit, mange, dort presque pêle-mêle, sans distinction d’àge ni de sexe, entre des murs maculés par la fumée, imprégnés d’exhalaisons animales, ou salis par des suintements continuels du côté de l’ouest et du nord. C’est là et même chez les villageois plus riches, que l’on trouve des rez-de-chaussée au-dessous de la chambre habitée, qui n’en est séparée que par un plancher percé à jour. Celle-ci reçoit sans cesse les miasmes s’échappant de ces étables inférieures où se trouvent entassés des oies, des canards, des poules, un cochon, quelquefois un âne, un cheval ou une vache; véritables cloaques remplis de fumier solide, offrant aussi une petite fosse pleine de purin sans écoulement au dehors, etc. »
(1) An. Combes et Hipp. Combes, Les paysans français, considérés sous le rapport historique, économique, agricole, médical, etc. Paris, sans date, p. 105.
Le fumier assiége les habitations; il s’accumule en tas multipliés devant les portes, sur les rues; les ordures encombrent les ruisseaux, les impasses; tout est latrines. Les substances susceptibles de se convertir en fumier sont aussi déposées devant les maisons (marc de raisin, paille, tiges de maïs ou de sarrasin, feuilles sèches), et ne sont enlevées que lorsque, triturées par les pieds des hommes et des chevaux, elles ont éprouvé la fermentation putride. Les eaux pluviales, sans écoulement, s’amassent dans les fossés, dans Îles excavations, dans les trous des fumiers; de là ces flaches, ces réservoirs d’eau vaseuse qui servent de lavoirs publics et qui, en été, deviennent des foyers d’infection miasmatique. Point d’abattoirs, le sang et les débris des animaux gisent sur la voie publique. Les dispositions du décret du 12 juin 1804 en ce qui concerne l'emplacement et Ie régime des cimetières sont lettre morte dans nos campagnes ; jai signalé ailleurs (1) des fosses ayant 75 à 80 centimètres seulement de profondeur, des cimetières tellement exigus qu'on est obligé de rouvrir les fosses avant la décomposition des corps. Les animaux morts de maladie épizootique ou sporadique restent abandonnés. Quant aux étables et aux écuries, on n’en retire une fois par semaine que les excréments solides avec les litières ; les liquides, si abondants à la suite de la nourriture verte, ne s’en écoulent que partiellement par une faible pente ; point de dallage ; quelquefois un pavage disjoint, avec des interstices de sol converti en terreau. Dans les étables réservées à l’espèce ovine, le fumier séjourne plus longtemps. On connaît l'immonde aspect des porcheries, l'encombrement des bergeries et les émanations ammoniacales qui s’y répandent, etc.
Si l’on considère dans leur ensemble les influences nuisibles qui pèsent sur les agglomérations, on reconnaît qu’elles se résument dans deux faits prépondérants, le vice des constructions et la nécessité de l’engrais. Les habitations sont mal situées, mal bâties. Quand elles sont à reconstruire par suite d'incendie, d'inondations destructives, etc., l’autorité ne peut-elle intervenir pour le choix d'un lieu sec et élevé, pour l’exhaussement du rez-de-chaussée audessus du niveau du sol, pour l'orientation de la façade vers la sécheresse, la lumière et la chaleur, vers le sud et le nord que de Gasparin recommande de préférence à toute autre exposition dans nos contrées, pour un rationnement plus salubre de l’espace intérieur, pour le percement d’un nombre suffisant de fenêtres et leur
(1) Rapport sur les épidémies de 1850 (Mémoires de l'Acad. de méd , t. XVI).
disposition relativement aux portes en vue d’une aération facile, etc.? Une simple rigole, creusée autour des maisons actuelles qui sont humides, peut corriger en partie cet inconvénient : c’est du drainage élémentaire. A la suite des inondations récentes du Rhône, de la Saône et de la Loire (1856), le ministre du commerce ayant demandé au comité consultatif d'hygiène ses vues sur l'assainissement des localités dévastées, j'ai émis, et le comité a fait valoir avec succès auprès du ministre, l’avis de n’accorder aux cultivateurs de subvention pécuniaire pour la reconstruction de leurs habitations qu'à la condition qu'ils l’exécuteraient conformément aux indications de l'autorité. Les agents voyers ne pourraient-ils être chargés de lever gratuitement les plans dont les paysans ont le plus grand besoin, ou cette dépense minime ne pourrait-elle être supportée par les communes ? « Ces nouveaux rapports, observe très justement Tardieu (1), tout gratuits établis entre le campagnard et l'autorité, auraient le double avantage d'amener une amélioration lente, mais efficace, dans l'hygiène rurale, et de montrer à cette partie si intéressante de la population les préoccupations dont elle est l'objet. » Quant à l’amélioration de la voie publique dans les villages, elle est entièrement subordonnée à la fabrication de l’engrais, cette nécessité continue de l’agriculture. Heureusement les intérêts de celle-ci se confondent avec les exigences de l'hygiène ; mais le paysan a besoin d’être éclairé sur les uns comme sur les autres ; il les méconnaît au même degré, il les sacrifie avec l’entêtement d’une routine aveugle. Qu'on l'amène à comprendre qu’il gaspille les meilleurs éléments d'engrais en laissant séjourner indéfiniment le fumier devant sa porte; qu’il l’énerve par une fermentation plus utile dans les champs que sur la route ; que les matières qui s’échappent du fumier au grand air soit par évaporation, soit par écoulement, très nuisibles à la salubrité du village, sont aussi les plus efficaces pour la furmure des terres ; qu’on lui inculque cette vérité que toutes ces déperditions équivalent à la moitié de la portion active des engrais, et il ne tardera pas à s'informer, à se préoccuper des procédés de fabrication ou de conservation de l’engrais, qui atténuent en même temps cu suppriment la source des émanations nuisibles. On aura beaucoup fait pour l'hygiène de la campagne, quand on y aura popularisé cet axiome de l’économie agricole, que les fumiers les moins consommés exercent les effets les plus énergiques et les plus prolongés ; que six chariots de fumier frais, réduits à cinq sur toutes les
(1) Dictionnaire d'hygiène, 2° édition, t, HE, p, 549, Art, RurALE (hygiène), M. LÉVY, 4° ÉDIT, — I, 37
espèces de terrain par la fermentation, ont plus d'utilité que huit chariots de fumier très gras, court et entièrement pourri; que les gaz de la fermentation, consistant surtout en acide carbonique, en hydrogène carboné, en ammoniaque, et accompagnés d’une production de chaleur, influent heureusement sur la végétation, et qu’il importe de ne point les perdre sur les grands chemins. Si ces raisons ne portent pas les cultivateurs à s’ingénier dans la préparation des engrais, au moins les décideront-elles à établir les fumiers loin des maisonssur un sol creux, imperméable et abrité, pour empécher leur évaporation et la perte des liquides, etc. Les urines des bestiaux sont en quantité énorme ; elles sont aux excréments solides dans la proportion de 4 à 1. Un cheval verse en moyenne 1330 grammes d'urine par jour, soit 485 kilogrammes par an, de quoi engraisser 60 centiares ; une vache 8 kilogr. 200 gram. par jour, soit 2993 kilogr. par an, de quoi fumer 24 ares. L’urine est une des parties les plus actives du fumier, la putréfaction la convertit en carbonate d’ammoniaque ; aussi, dans le nord de la France, en Suisse, la recueille-t-on à l’aide de citernes ou de réservoirs appelés purinières. Propagez cette méthode, ce progrès, et le dallage, le pavage cimenté des écuries avec pente et rigoles, leur lavage qui délayeassez l'urine pour lui ôter un excès d'activité sur la végétation, en sont les conséquences nécessaires et procurent l'assainissement de ces locaux dont la demeure du paysan est hygiéniquement solidaire. En Angleterre, en Allemagne, en Suisse, on remplace la litière dans les bergeries par une certaine quantité de terre sèche qu'on recouvre chaque jour d’une nouvelle couche, et quand toute cette terre est assez imprégnée, on la remplace ; le fumier dû à ce mélange a la propriété de fermenter plus également et cède moins de principes à l’évaporation. Or, cetté pratique agricole, qui amoindrit la volatilisation tout en augmentant la quantité des engrais, est un véritable assainissement des écuries, étables, etc. ; le sol absorbant les deux tiers des urines dont l'odeur est amortie, elle conduit à couvrir d’une couche de terre ou de gazon, épaisse de quelques centimètres, les tas de fumier situés à l'extérieur des maisons ; on prévient ainsi leur dessiccation et la déperdition de gaz fertilisants : double profit et pour l'hygiène et pour l’agriculture.
Chevallier a proposé, dès 1832 (1), un système fondé sur les bénéfices de la récolte des boues et de leur conversion en engrais.
(1) Notice historique sur le nettoiement de la ville de Paris (Annales d'hygiène publique, Paris, 4849, t. XLII, p, 312).
On choisirait, assez loin des habitations et hors des vents régnants, un terrain en rapport avec la population et l'étendue de la commune, pour y creuser un fossé destiné à recevoir les boues ; quelques indigents valides, à la charge de la commune, pourvus d’une * charrette et d’un mauvais cheval, parcourraient sans cesse, pendant les jours ouvrables, la commune et ses abords, enlevant les immondices pour les conduire au réservoir communal. Les mares, partagées en deux sections et versées alternativement de l’une dans l'autre à l’aide d’une planche formant vanne, seraient curées périodiquement, et les dépôts extraits de leur fond seraient portés dans le fossé de la commune. Les boueurs employés à ce travail seraient indemnisés soit au moven d'une souscription, soit avec le produit de la vente publique des matières recueillies et bonifiées par un an de séjour. Les cultivateurs, soumis au minime impôt dé la souscription, en seraient eux-mêmes dédommagés par le partage proportionnel des engrais obtenus.
Malgré tant de causes d’insalubrité et de maladies, la population rurale paie un moindre tribut à la phthisie, à la fièvretyphoide, etc., et présente une moindre proportion de décès; cela prouve que l'absence de certaines causes qui sévissent sur les citadins et l’efticacité de quelques conditions propres à la vie rurale suffisent pour neutraliser les effets d’une habitation aussi insalubre. Les passions, la surexcitation morale et intellectuelle, la luxure précoce, l’'égoisme et l'ambition font peu de victimes à la campagne ; ensuite les habitants de ces demeures délabrées n’y sont pas sédentaires ; leurs travaux les appellent dans les champs, sur les routes ; ils vivent à l'air libre; sobres, laborieux, ménagers de leur virilité, endurcis aux fatigues, ignorant les fluctuations de la vie des ouvriers qu'un salaire instable fait passer tour à tour par les excès et les privations, ils trouvent dans leur sobriété, dans une nourriture simple, mais substantielle et exempte de fraude, dans la régularité de leurs habitudes, dans l’inerte quiétude de leur croyance, dans le sentiment de la liberté, dans le bienfait d’un air pur, la compensation hygiénique des influences nuisibles qui les atteignent passagèrement sous Île toit de leurs sordides pénates. Néanmoins cette compensation n'est pas complète. D’après le docteur Charpentier (de Valenciennes) (1), les épidémies meurtrières qui s'étendent aux villes et aux villages font plus de victimes dans ces dernières localités : le choléra de 1832 et celui de 1849 en ont fourni les preuves.
(1) De la nécessité d'améliorer le sort des indigenis malades des campagnes:
580 UYGIÈNE PUBLIQUE.
L'assistance publique a une tàche énorme à remplir envers les malheureux habitants des districts ruraux : que l’on se hâte de les doter de médecins cantonaux, ou au moins de maisons de secours desservies par quelques sœurs de Charité, et pourvues de quelques ressources de traitement, notamment d'appareils à fracture ; que l’on institue dans les campagnes des secours publics pour les asphyxiés par submersion, par le froid, par la foudre, par strangulation, par les gaz que dégagent le charbon, le raisin en fermentation (1); que l’on y fonde des assurances de secours mutuels entre les ouvriers agricoles ; que l’on mette à leur portée les caisses d'épargne ; qu'on les arrache au fléau de l’ivrognerie par l'ascendant des sociétés de tempérance. Mais avant tout, il faut aviser à la destruction des foyers d’infection si multipliés dans les villages, par l’organisation de la voirie rurale.
$ 2. — Édifices publics.
Les édifices publics sont soumis à des conditions générales de salubrité et à des règles d’appropriation spéciales ; sous ce dernier rapport, on peut les diviser ainsi :
Crèches.
Salles d’asile.
Orphelinats.
Ecoles primaires, SANTÉ .ssseoosseseses.@ Lycées et gymnases, Edifices religieux.
Couvents.
Casernes.
Asiles pour la vieillesse.
Hôpitaux ordinaires.
— pour les enfants.
— pour les vieillards.
— pour les femmes en couches.
— pour les aliénés.
— pour les maladies spéciales,
ms
Lazarets.
IMMINENCE MORBIDE. + +00 A ET (Voyez page 496.) Prisons.
CAPTIVITÉ soso... Maisons centrales.
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