‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 3)Chapitre 79 sur 155 · Ï. — CONDITIONS COMMUNES · texte numérisé non relu

Ï. — CONDITIONS COMMUNES

Tous les édifices destinés à recevoir d’une manière permanente ou temporaire des réunions d'hommes plus ou moins considérables

(1) Reveillé-Parise, De l'assistance publique et médicale dans les campagnes. Paris, 1850.

doivent être établis dans des espaces libres, à une certaine distance des habitations privées, loin de foyers d'infection de toute espèce ; il faut ensuite déterminer leurs conditions d’aérage, de ventilation, de chauffage et d'éclairage, de telle manière qu’il n’en résulte aucun inconvénient pour ceux qui ÿ séjournent.

1° Ventilation naturelle ou spontanée. — Elle résulte de l'ouverture accidentelle des portes et des fenêtres, de l’ouverture permanente des cheminées, etc. ; elle s'exerce par les courants d’air qui se produisent par le seul effet des inégalités de température entre l’air extérieur et l’air intérieur des habitations. Ces différences de température, dues à l’irradiation solaire, au chauffage, à l'éclairage, au calorique émis par l’homme et par les animaux, déterminent des variations d’élasticité et de densité atmosphérique, et, par suite, un renouvellement incessant de l’air intérieur, renouvellement qui suffit, dans certaines conditions, à la salubrité des locaux. Il convient ici de distinguer les enceintes où le séjour est permanent ou dépasse au moins la durée d’un jour (cellules des prisons, salles d'hôpital), et celles où le séjour est très limité etne dépasse pas la durée d’une nuit (casernes, dortoirs des colléges, etc.). Les enceintes continuellement habitées exigent impérieusement que l’on ait recours à la ventilation artificielle ; il est à peu près impossible de leur donner une capacité telle qu’il soit possible de se passer des moyens ventilateurs. La capacité, dit judicieusement Félix Leblanc (1), ne fera que retarder le moment où la ventilation deviendra nécessaire. Pour les enceintes qui ne sont habitées que durant une partie de la période nychthémère, la capacité doit être prise en considération ; car, augmentée convenablement, elle dispense d’une ventilation artificielle, c’est-à-dire régulière et continue, et un léger abaissement dans la ration d’air individuelle entraîne moins d’inconvénients, puisque le retour des hommes à l'air libre peut atténuer ou compenser les effets nuisibles d’une réclusion passagère. Au reste, même alors qu'elles ne sont pas habitées continuellement, les enceintes doivent être distinguées suivant que leurs portes et fenêtres ferment bien ou mal et qu'elles sont dépourvues ou munies de cheminées, qui concourent utilement à la ventilation naturelle, en l’absence d’un foyer de combustion et à la faveur d’une différence quelconque entre la température du dehors et celle des locaux. Dans le premier cas, malgré la durée

(4) Félix Leblanc a bien voulu nous communiquer un travail manuscrit d'un haut intérêt sur quelques points relatifs à la ventilation (1845),

limitée du séjour, ce ne sera pas trop de 6 mètres cubes d’air par heure et par personne; même avec cette capacité, l’air de l'enceinte sera souvent amené à une proportion d'acide carbonique triple ou quadruple de celle qui existe dans l’air à l’état normal. Dans le second cas, grâce à l’appel d’une cheminée, le renouvellement de l'air est assez actif par les jointures. L’air d’une chambre à coucher d’une capacité de 18 mètres cubes et occupée par deux personnes a fourni à Félix Leblanc, au bout d’une nuit, les mêmes résultats que l’air normal ; on y avait entretenu pendant la nuit le feu de la cheminée. Il était important de calculer le renouvellement qui s'opère par les fissures et par les entrées et les sorties qui ont lieu pendant la nuit dans les enceintes habitées par un certain nombre de personnes. Ce problème n’était abordable qu'à l’aide de l'analyse chimique, et Félix Leblanc l’a résolu en couchant luimême dans des chambres de caserne dont il recueillait Pair au matin après l’avoir ramené la veille, par ventilation, au degré de pureté de l'air normal. Il a trouvé ainsi que, pour une chambre occupée pendant dix heures et demie par vingt-cinq hommes, l'effet de l’aération accidentelle avait réduit la proportion d’acide carbonique au tiers de ce qu’elle aurait été dans l'hypothèse d’un défaut absolu de renouvellement d’air : il y avait eu pendant la nuit douze sorties et autant de rentrées ; et le volume d'air, qui, en raison de. la capacité du local, était de 136 par homme, avait été porté à 37,8 par suite de cette ventilation accidentelle. Il en a été à peu près de même dans d’autres expériences de ce genre, et l’on en doit conclure que, dans les enceintes imparfaitement closes ou dans lesquelles se fait pendant la nuit un certain mouvement d'entrées et de sorties, le renouvellement accidentel de l'air acquiert une valeur plus forte qu’on n'aurait pensé à priori ; mais, en bonne hygiène, il faut peu compter sur de semblables ressources de ventilation, qui d’ailleurs ne sont ni sans inconvénient ni même sans danger.

2° Ventilation artificielle et chauffage. — La ventilation continue et régulière, c'est-à-dire établie à l’aide de machines ou d’appareils qui assurent en même temps et régularisent lechauffage, est désormais fa condition fondamentale de la salubrité des habitations publiques. Le rationnement de l’espace a été un premier progrès ; mais il est bien démontré que, dans les locaux toujours habités, il est impossible d’allouer à chaque homme sain et malade le cube d'air vital autrement que par une ventilation factice : à la détermination de la Capacité des salles il faut donc substituer la base plus

exacte de la fixation du volume d'air à fournir à chaque individu. Chose digne de remarque, dit Grassi (1) dans l’histoire de cetté question : c’est un intérêt de lucre et d'industrie qui a provoqué le premier emploi de la ventilation; elle a été appliquée d’abord dans les magnaneries ; puis, à Londres comme à Paris, aux palais des deux chambres du parlement, ensuite aux théâtres et aux prisons. Les honnêtes gens malades n’ont leur tour qu'après les détenus.

L’Angleterre nous a précédés dans ces applications : dès 1784, l'hôpital de Derby était ventilé par Whitehurst (2) ; elles ne datent en France que de ce siècle, et l'initiative en appartient à d’Arcet, à Péclet, à Combes, qui a tant fait pour l’aérage des mines, et qui a fourni, par l'invention de son anémomètre, le moyen d'étudier la ventilation avec une précision tout à fait scientifique, Le général Morin, Chevreul, Boussingault, Dumas, F. Leblanc, ont aussi contribué à ces progrès.

L'établissement d'un système quelconque de ventilation forcée suppose la connaissance exacte de la vitesse du renouvellement atmosphérique qu’il procure, la détermination de la ration d’air nécessaire à chaque individu placé dans les espaces à ventiler, le degré d'humidité de cet air. Péclet se contente de 6 à 10 m., c. par heure pour les classes d’une école d’enfantsde six à dix ans ; Tardieu de 20 m. c. pour les cellules des prisons, pour les chambres des casernes. On a exigé 40 m. ©. par heure et par malade dans le nouvel Hôtel-Dieu de Paris, 60 m. c. dans les salles de l'hôpital Necker; aujourd'hui cette dernière quantité ne paraît plus suffisante à quelques médecins ; il y a déjà des hôpitaux ventilés à raison de 70 m. c. d’air par heure et par malade. Ces exigences progressives témoignent d’un progrès réel. Que nous voilà loin des 18 à 20 m. c. d'air alloués aux malades par le génie militaire dans les hôpitaux de l’armée, sans le secours d'aucune ventilation artificielle! En attendant que l'expérience ait conduit à des chiffres définitifs et nécessairement variables suivant la durée du séjour ou de la réclusion, suivant le degré de clôture des locaux, suivant les catégories particulières de leurs habitants, il appartient au médecin d’exagérer plutôt que d’amoindrir la revendication de l’air vital.

L'air chauffé absorbe plus d’eau; les poëles, les calorifères, le

(4) Grassi, Chauffage et ventilation des hôpitaux, thèse de Paris, 6 juin 1856.— Annales d'hygiène, 2° série, 1856, t. VI, p. 189 et suivantes.

(2) Voyez Dictionnaire des arts et manufactures, etc., 2° édition, 1854, t, IT, article VENTILATION, par Grouvelle,

dessèchent ; il enlève de l’eau à nos organes, si l’on n'a soin d’en vaporiser dans l’espace circonscrit où il circule. Lorsqu'il s’agit donc de régler la ventilation avec le chauffage dans un édifice publie, il importe de connaître exactement la proportion d'eau que l'air doit contenir pour être salubre. P'Arcet, pour les salles de spectacle, veut de l’air à moitié saturé d’eau, à la température de 15 à 16 degrés centigrades, ce qui correspond environ à 7 grammes d’eau par mètre cube d’air. D’autres réclament pour les maisons habitées un air à 72 degrés à l’hygromètre, soit 6,43 d'eau par mètre cube d'air, ce qui s'accorde avec la fixation de d’Arcet. La détermination du degré hygrométrique de l'air est done un élément régulateur du fonctionnement d’un appareil de ventilation. Gay- Lussac a calculé, pour de l'air à 10 degrés sous la pression barométrique de 0,76, les tensions de vapeur correspondantes à chaque degré de l’hygromètre. Dans les travaux et essais relatifs à la ventilation, il est nécessaire de connaître, pour tous les degrés de l’hygromètre, le poids de l’eau que contient 1 mètre cube d'air à 15 degrés, limite de température adoptée comme règle dans les édifices publics auxquels on applique la ventilation et le chauffage combinés, Grouvelle (loc. cit.) a dressé à cet effet le tableau suivant, qu'il nous a paru utile de reproduire :

Tableau donnant en grammes le poids de l’eau contenue dans 1 mètre cube d'air à 15 degrés, pour chacun des degrés de l’hygromètre.

Degrés Poids de l’eau en grammes Degrés Poids de l’eau en grammes de l’hygromètre contenue dans de l’hygromètre contenue dans à À mètre cube d'air à 1 mètre cube d’air cheveu, à 15 degrés. cheveu, à 15 degrés.

Degrés. gr. Degrés. gr.

1 0,06 21 1,29 2 0,12 29 1,35 5 0,17 23 1,42 4 0,23 24 1,49 Hs] 0,28 25 4,55 6 0,33 26 1,62 ñ 0,41 27 1,70 8 0,47 28 1,77 9 0,52 29 1,84 10 0,39 30 1,91 11 0,65 31 1,98 12 0,71 32 2,06 13 0,77 33 2,13 14 0,82 34 2,21 15 0,90 35 2,928 16 0,96 26 2,36 17 1,03 37 2,44 18 1,09 38 702 19 1,15 39 2,00 20 1,21 0 2,171

Degrés, gr. Degrés gr 41 2,17 71 6,25 42 2,85 72 6,43 43 2,94 73 6,60 12 3,03 714 6,77 45 4,11 75 6,93 46 3,21 76 LE 47 3,30 77 gd 48 3,40 78 7,51 19 3,51 79 7,71 d0 3,28 80 7,90 51 3,69 81 8,11 52 8,19 82 8,33 53 3,89 83 8,55 54 4,00 84 8,76 55 4,10 85 8,98 56 4,20 86 9,22 57 4,33 87 9,47 58 4,45 88 2,71 59 4,56 89 10,00 60 4,68 90 10,20 61 4,81 91 10,46 62 4,95 92 10,72 63 5,08 93 10,98 64 5,21 94 11,23 65 5,34 95 11,49 66 5,47 96 11,77 67 5,04 97 412,05 68 5,79 98 12,34 69 5,94 99 12,62 70 . 6,09 100 12,90

Au maniement de l’hygromètre, les médeeins, les ingénieurs et les architectes doivent joindre celui de l’anémomètre, qui sert à mesurer et à comparer les résultats des divers modes de ventilation. On n’emploie que celui de Combes, à Ja fois exact et facile à manœuvrer. Nous renvoyons pour sa description aux ouvrages de physique et de mécanique, à l’article cité de Grouvelle. Rappelons seulement qu’une expérience doit toujours être recommencée ; on prend la moyenne de deux expériences. La vitesse réelle des courants d’air se réduit du nombre des tours observés, à l’aide d’une formule spéciale à l'instrument employé et qui se trouve écrite sur le couvercle desa boîte. Chaque anémomètre a son coefficient, qu’on détermine par expérience en lui faisant parcourir un courant d’air d’une vitesse donnée, et en notant le nombre de tours qu'il fait. Pour cela, on place l’anémomètreau bout d’un grand levier de bois, de longueur connue, tournant par son centre sur un pivot avec une vitesse que l’on fait varier pour avoir plusieurs observations, desquelles on déduit le rapport exact du nombre de tours du moulinet

à la vitesse du courant; celle-ci, multipliée par la section du canal, exprime le volume d’air débité. Le général Morin a ajouté à l’anémomètre de Combes deux cadrans émaillés, des aiguilles doubles à godets, une troisième roue à minutes et un appareil de pointage, de manière à pouvoir observer jusqu’à 500 000 tours et prendre le nornbre des tours du moulinet à des intervalles de temps déterminés. Cette disposition corrige la légère erreur résultant du temps nécessaire au moulinet pour prendre une vitesse régulière, en même temps qu’elle permet des observations prolongées et fractionnées par intervalles égaux. Neumann a facilité la lecture de l’anémomètre en plaçant derrière les roues un cadran divisé sur lequel des aiguilles fixées aux roues tracent le nombre de tours parcourus, il y a ajouté une troisième roue qui donne les 1000 tours et permet de prolonger les observations. Pour mesurer les petites vitesses il faut des anémomètres légers et délicatement construits ; Neumann a fourni à la commission chargée d'étudier la ventilation des cellules à la prison Mazas un anémomètre qui fonctionnait avec précision dans un courant d’air de 0,16 de vitesse par seconde. Les anémomètres destinés à marcher à de grandes vitesses sont solidement établis, plus lourds et par suite moins sensibles aux petites vitesses.

Tous les appareils de ventilation artificielle, déjà si multipliés par les inventeurs, peuvent être ramenés aux catégories suivantes :

4° Appel par l’action de la chaleur agissant dans une cheminée ;

20 Appel par un appareil mécanique aspirant mis en mouvement par un moteur ;

3° Ventilation mécanique par refoulement ou pulsion, au moyen des ventilateurs.

Quand la chaleur est le seul agent du renouvellement de l’air, l'appel peut s'établir par un combustible brûlé directement dans le bas de la cheminée, à la partie supérieure où près de la partie supérieure de la cheminée ; l'appel peut s'exercer par l'intermédiaire d'appareils de transmission de chaleur, recevant leur chauffage d’un foyer placé à distance, ou même par la vapeur envoyée directement dans la cheminée. Nous avons indiqué (t. 1, p. 692 et suiv.) quelques systèmes proposés par d’Arcet et Péclet, et dans lesquels la ventilation est simplement liée au mode de chauffage sans appareil mécanique spécial. Pour les enceintes où le séjour d’un grand nombre d'hommes est continu ou à peu près, la ventilation qui agit par Îe seul tirage des poêles sur l’air qui entre par les jointures et les fentes des portes et fenêtres est nulle en été, quand la température extérieure et celle du dedans se font équilibre, insuffisante

et nuisible en hiver, les analyses de F. Leblanc ayant démontré 3,5 et 8 sur 00/00 d'acide carbonique dans l'air de plusieurs salles des hôpitaux de Paris. Les courants d’air que produit ce tirage soufflent à l'aventure, souvent en regard des lits occupés, et l'air qu'ils introduisent est parfois glacial ou chargé d'émanations délétères, comme lorsque les lieux d’aisances sont contigus aux salles. Pour remédier à cet inconvénient, Poumet a proposé un système de ventilation et de chauffage approprié aux hôpitaux, et qui aura pour résultat leur complet assainissement, si l'expérience prouve qu’il peut être appliqué avec facilité, économie et succès (1). Dans des pavillons nouvellement construits au Val-de-Grâce, et qui paraissent satisfaire aux principales exigences de l'hygiène, le chauffage et la ventilation s'effectuent au moyen de deux culorifères pour chaque étage ; les prises d'air extérieur ont lieu par des ouvertures de 20 centimètres carrés de section. Cet air, après avoir passé par des conduits qui enveloppent le foyer, se déverse dans la salle par des bouches de chaleur, s'élève vers le plafond en vertu de sa moindre densité, et refoule par son élasticité Les couches d'air dont il prend la place et que l'appel du foyer sollicite à descendre; la rapidité du renouvellement de l’air est réglée par celle de la combustion. On n’a pas à craindre ici les inconvénients de la plupart des calorifères à air chaud, tels que dessiceation excessive de l'air, production d’une odeur spéciale due à la combustion par les surfaces de chauffe des particules organiques que l’air tient en suspension. L'air versé par les bouches de chaleur est pur ; s’il ne dépasse point 40 à 50 degrés centigrades, il n’a pas l'odeur de brûlé, il n’est pas assez échauffé pour être desséché, et diverses évaporations corrigeraient cet inconvément ; enfin, l’exéès de chaleur qu’il possède sur la température voulue dans la salle sert à réparer les pertes de calorique dues au rayohfñement des parois et des fenêtres, ainsi qu’à lintroduction directe de l'air extérieur par les fissures et l'ouverture plus ou moins répétée des portes. En été, si la ventilation ne pouvait s'opérer sans inconvénients par les fenêtres, on interromprait par des registres la communication directe des calorifères avec les prises d’air, on fermerait aussi ies bouches de chaleur, et l’on ouvrirait des vasistas qui livreraient passage à l’air du dehors, destiné à remplacer celui de la salle appelé dans le foyer par la combustion entretenue sans interruption. Il importe d'observer que le système appliqué

aux pavillons du Val-de-Grâce et que Guérard a loué, n’y réussit

(1) Annales d'hygiène. Paris, 1844, t. XXXIL, p. 40.

que parce que leur température en hiver atteint à peine 15 degrés et ne les dépasse presque jamais; à cette limite de température dans une salle de malades, point n’est besoin d’une ventilation énergique pour dissiper toute odeur; la température s’élève-t-elle à 17 ou 48 degrés, la même ventilation ne suffit plus et l'odeur se manifeste : c’est qu'avec la chaleur augmentent la transpiration cutanée, l’'évaporation des surfaces liquides ou mouillées, la décomposition des matières animales répandues dans l'air. Grassi (1) conclut donc avec raison que l'accroissement de température nécessite une ventilation plus énergique, et que celle-ci étant augmentée nécessite à son tour un chauffage plus actif pour maintenir l’air à une température à peu près constante.

On peut appliquer à l'assainissement des écoles, des casernes, des salles d'asile, etc., c’est-à-dire de locaux non occupés d’une manière continue, des moyens peu dispendieux, mentionnés dans le rapport présenté par Boudin au congrès d'hygiène de Bruxelles en 1852, sur la question de la ventilation (2). Un certain nombre de tuyaux coudés, de 1",50 à 2 mètres de hauteur, sont placés verticalement dans l'épaisseur des murs extérieurs. L’orifice inférieur, légèrement évasé, garni de toile métallique, aspire l’air extérieur. L’orifice supérieur ou interne, garni de même et pourvu d’un registre modérateur, verse l’air neuf dans le local, tandis que l'air altéré et échauffé s'échappe par une ouverture en entonnoir, pratiquée au milieu au plafond et s’abouchant avec un tuyau légèrement conique qui monte à 1 mètre ou à 1»,50 au-dessus du toit; on peut même se passer de ces tuyaux et se borner à percer le plancher d’un certain nombre de petites ouvertures disposées en rosaces, qui amènent l'air neuf par des conduits d'aspiration placés sous le parquet. Le volume des voies d'entrée pour l'air neuf et de sortie pour l'air altéré, doit être calculé d’après la quantité d'air à introduire dans un temps donné. La surface de section du tuyau d’évacuation sera équivalente à la somme des surfaces de section des tuyaux d'entrée, le trajet de tous les tuyaux, afférents et efférents, doit être aussi court que possible.

De simples ventouses, suffisamment multipliées, aident à compenser d’une manière efficace le défaut de capacité des chambres. En les mettant en relation avec des cheminées qui règnent sur toute la hauteur des bâtiments, on réalise des effets ventilateurs assez

(4) Loc. cit, p.15.

(2) Annales d'hygiène, 1853, t. XLIX, p. 295.

énergiques, en vertu de faibles excès de température de l'air de la chemimée sur celle de l'air extérieur. Les ventouses sont surtout utiles en été, pourvu qu'il n’y ait point équilibre de température entre l'air extérieur et l'air intérieur. Félix Leblanc a précisé par des expériences anémométriques la valeur de deux ventouses établies dans la caserne de Lisieux, rue des Carmes, à Paris, en jaugeant le courant d’air auquel elles donnent passage :

Hauteur, Section, 2'éveéntouse. . ... 12" 0%:4,0476 chambrée à 54 hommes, Ascyentouse. ss... 142,50 0® 4,06 chambrée à 21 hommes.

La ventouse n°1 a fourni 2 mètres cubes d’air de ventilation par heure et par homme ; et la ventouse n° 2, 7 mètres cubes par heure et par homme; l'excès de température n'étant que 2 degrés centigrades. L'ouverture ou la clôture des croisées influe sur la vitesse de l'écoulement de l’air ; Leblanc a trouvé le 12 mars 1844 :

Vitesse. Dépense par heure, Croisées fermées...,.. 2",61 AJOEET Croisées ouvertes..... 3,08 22e 76

Aujourd’hui que le gaz sert à l'éclairage des escaliers, paliers et corridors dans les édifices publics, il est aisé de répartir convenablement un certain nombre de becs de gaz dans une cheminée d’appel de hauteur suffisante ; l'effet de ventilation qu’on obtient par ce moyen peut, d’après le général Morin (1), s'élever de 1000 à 1200 mètres cubes d’air par heure et par mètre cube de gaz brülé. Ce mode d’emploi de la chaleur des becs à gaz est commode, rapide, facile à modérer et à suspendre.

Le chauffage par l’eau chaude en circulation, imaginé par Bonnemain en 1777 et appliqué depuis longtemps en Angleterre, a été perfectionné par Léon Duvoir et appliqué par lui au double but de la calorification et de la ventilation (2). Il est fondé sur ce principe connu, que le changement de densité que l’eau éprouve par l’élévation de sa température a pour effet de la mettre en mouvement. Une cloche à chaudière placée dans le bas de l'édifice, un réservoir dans les combles, deux tuyaux intermédiaires dont l’un sert à lascension de l’eau jusqu’au réservoir, et dont l’autre la ramène à la chaudière au sortir des conduits secondaires, récipients, renflements, poêles, étuves, etc., qu’elle a échauffés dans ses circuits, tel est le

(1) Rapport de la Commission sur le chauffage et la ventilation du Théâtre- Lyrique et du théâtre du Cirque-Impérial. Paris, 1861, p. 68. (2) Voyez la description détaillée de son système (Ann, d'hyg., t, XXXIT, p, 50),

système de circulation qui permet à L. Duvoir de distribuer umiformément la chaleur dans les plus vastes établissements et qu'il a appliqué à la maison impériale de Charenton, à la Madeleine, à la Chambre des pairs, à l'Observatoire, etc. Les conduits secondaires partant du réservoir sont munis de robinets qui permettent d’activer, de diminuer, d'arrêter même le chauffage sur tel ou tel point déterminé. Pour qu'ils ne perdent point trop rapidement leur calorique, ils sont enfermés dans un tuyau de zinc qu'entoure une tresse de foin revêtue elle-même d’une couche de plâtre. Afin d’employer toute la chaleur produite par le combustible, L. Duvoir adopte le chauffage à air chaud pour les pièces voisines du calorifère, réservant aux localités plus distantes le chauffage à circulation d’eau chaude. À ces deux modes de chauffage correspondent deux modes de ventilation, mais réglés d’après un principe commun qu'il importe de signaler. Dans les espaces clos que l’on chauffe au niveau du plancher, et que l’on ventile par l’arrivée de l'air froid à leur partie inférieure, les assistants ont les jambes glacées et la tête entourée par une couche d'air plus chaud ; en effet, les pièces ainsi chauffées présentent une série de couches d'air horizontales de températures décroissantes de haut en bas. Dans une pièce de 6,50 de hauteur, des thermomètres centigrades, échelonnés par intervalles de 0,65 ont fourni les indications suivantes :

Au niveau du plancher.... 18°,36 | À 3",95 de hauteur...... 26°,97 À 0®,65 de hauteur...... 199,69 | À 3,90 — M Sou34(12 DOS: À 1",30 — dntuur SL 18 LITRES —— érauc'oe à EL QU 11105 De TE 420080) ANS TE ORNE EE De ATOUT A 2060 e mesoi. LA", 3041 A'BMISREUALE 1, POI Gsatiss

D'où l’on voit que du plancher au plafond, de la 1"° à la 10° couche d'air, la température a presque doublé. Un autre inconvénient du mode ordinaire de ventilation, c’est l'écoulement trop rapide, par les ouvertures supérieures, de l'air chaud qu'il importe le plus de conserver et que l’on n'obtient qu’à force de combustible. L. Duvoir a donc eu l’idée de faire arriver, par la partie supérieure des pièces à chauffer, l'air chaud qu'il emprunte à différentes portions du calorifère ; cet air s’épand en nappes horizontales qui descendent, poussées d’un côté par l’élasticité de nouvelles masses d’air chaud, et de lautre par l'aspiration qui se fait au niveau du plancher à l’aide d’une bouche d’appel, de section égale à la bouche de chaleur, et communiquant par un conduit particulier avec le foyer du calorifère : on obtient de cette manière une température à peu près uniforme dans la pièce, tout en confiant au foyer même

du calorifère l’appel de l'air qu'il s’agit de renouveler. Les parties de l’édifice, situées à plus de 30 mètres de l'appareil, sont ventilées par des tuyaux particuliers qui, partant du fond du réservoir supérieur, descendent dans un des angles des pièces échauflées, et finissent par se réunir au retour d’eau dans la partie inférieure de la chaudière. Ces tuyaux de ventilation sont logés, comme ceux de chauffage, dans une large enveloppe de zine, percée d'ouvertures au niveau du plancher des chambres; l'air vicié sort par les ouvertures, se dilate par contact avec le tuyau à eau chaude, s'élève Jusqu’aux combles, où il se déverse au dehors. Le reflux de Pair vicié d’une chambre dans une autre est empêché à laide de cloisons qui partagent la cavité intermédiaire entre l'enveloppe de zmce et le tuyau à eau chaude en autant de compartiments qu'il y a de pièces à ventiler. Le système de Duvoir permet de ventiler sans chauffer, l’air neuf étant appelé par le déplacement de l'air vicié de température et de densité différentes. Ses avantages sont les suivants : régularité du chauffage et de la ventilation ; absence de l’odeur de brûlé qui se lie très probablement à un certain degré d’insalubrité de l’air ; facilité de porter la chaleur à peu près sans perte à plus de 200 mètres du foyer sans avoir à compter avec les difficultés de la construction des édifices; distribution plus uniforme du calorique dont l’eau se charge abondamment pour ne le céder qu'avec lenteur; enfin, moins de chances d'incendie en cas de négligence des dispositions prescrites. On ne lui reprochaïit qu’un inconvénient jusqu’en ces derniers temps, c’est que la totalité du service dépendant d’un seul appareil, un dérangement ou la nécessité d’une réparation suspend la ventilation dans des établissements qui, tels que les hôpitaux et les prisons, ne peuvent s'en passer un seul jour : d’où la nécessité de multiplier les foyers autant que les subdivisions principales d’un établissement ; mais les investigations de Grassi, alors pharmacien en chef de l’hôpital Lariboisière où fonctionne ce sytème en concurrence avec celui de Thomas et Laurens, y ont fait ressortir d’autres défectuosités plus graves. Sans mentionner le danger des ruptures, des explosions, des fuites énormes d’eau chaude qu’il est possible de prévenir par le soin des constructions, ni la lenteur avec laquelle on rétablit à un degré convenable une température devenue trop basse, Grassi a prouvé l'insuffisance de la ventilation que procure cet appareil, et l'erreur des résultats qu’on a fait valoir en sa faveur. Ses expériences, minutieuses et multipliées, ont porté d’abord sur la ventilation considérée isolément dans trois salles ; 1l les résume ainsi :

Volume d’air entré par les poêles, par heure et par malade :

Salle Salle Salle Sainte-Eugénie, Sainte-Élisabeth. Sainte-Anne. Moyenne, 21,6 25,6 18,7 21,6 1

Volume d'air sortant des salles par heure et par malade : 82,3 84,4 569 74 3,4

D'où : volume d’air entrant par les joints des portes et fenêtres : 60,7 59,8 36,6 52,4 9,4

Le volume d’air sortant par la cheminée d’appel étant par heure et par malade de 826,8, tandis que celui qui vient des salles n’est que de 74 m. c., il en résulte que le volume d’air entré directement du grenier dans la cheminée d'appel est de 8mc,8 par heure et par malade. d

D'autres séries d'expériences, portant sur la ventilation et le chauffage, ont fourni les données suivantes sur l’état de la ventilation dans les trois salles susindiquées dont se compose le premier pavillon de l'hôpital :

Mètres cubes.

Air entrant par les poêles, par heure et par malade, ....., 35,0 1

ee SOLIAUIIUCS Calle en se sr re seine ou 82,4 2, dl — ‘entrant par les portes et fenêtres. ..,.,,.......,,.... 47,7 1,97 — sortant par la cheminée d’appel.......,...,........ 97,9 2,8 — entrant du grenier dans la cheminée....,.....,.... «1 15,5 0,4

« La quantité d’air qui entre par les poêles est donc toujours plus faible que celle qui entre par les joints des portes et fenêtres. En présence de ces faits, je n'hésite pas à dire que ces conditions de ventilation sont mauvaises. L'air qui pénètre par les portes et fenétres, quoi qu’on en ait dit, ne ventile pas utilement ; entrant à peu de distance des orifices de sortie, il est appelé par eux et leur arrive directement sans se mélanger à l’air de la salle ; il passe ainsi près des malades, qu’il entoure d’air froid. Cet air, ainsi pris indistinctement dans les cours et dans les corridors, peut ne pas être pur. Le cahier des charges, en exigeant une ventilation de 60 m. c. par heure et par malade, ne spécifie pas si ce volume sera mesuré dans la cheminée d’appel, ou bien s’il se rapporte à l'air qui entre par les poêles : c’est une lacune très regrettable (1). » Pour tout ce qui précède, Grassi s’est placé dans les circonstances les plus favorables

(1) Grassi, loc, cit., p. 54 et suiv. (Annales d'hygiène, 1856, t. VI, p. 188).

au système de ventilation par appel, celles dans lesquelles la température extérieure est au-dessous de la température des salles; en été, quand l'équilibre de le température existe, l'effet ventilateur du système serait à peu près nul. En hiver, cet effet n'excède pas 30 m. c. par heure et par malade, c’est-à-dire qu’il ne répond pas aux exigences actuelles de l'hygiène nosocomiale.

À côté de ces conclusions, il est juste de placer celles que des expériences nombreuses, détaillées et d’une grande précision, ont suggérées au général Morin (1), au sujet de ces mêmes appareils de chauffage par circulation d'eau chaude et de ventilation par appel de l'hôpital Lariboisière : «1° Le volume d'air nouveau qui est fourni par les poêles peut s'élever en moyenne à 60 mètres par heure et par lit. 2° Les températures et les volumes d’air peuvent être facilement réglés avec une uniformité suffisante à tous les étages. 3° Les volumes d’air, introduits par tous les poêles d’une même salle ne sont pas exactement les mêmes, ce qui devraitêtre évité autant que possible. 4° Le volume d’air vicié évacué par la cheminée générale d'appel a varié de 120 à 100 et à 90 mètres cubes par heure et par lit, selonles températures. 5° La disposition dela cheminée et l’action des récipients d’eau chaude qu’elle contient donnent à la ventilation une stabilité convenable, mais qu'il serait encore utile d'augmenter. 6° Il serait facile d’assurer pour la saison d’été une plus grande introduction d’air nouveau dans les salles, afin d'augmenter le renouvellement de l’air pendant la nuit.

» Il y a d’ailleurs lieu de remarquer que la disposition générale des salles dans chaque pavillon n’est pas la plus favorable à un bon service de ventilation, et que celle des récipients supérieurs d’eau chaude pourrait aussi être plus heureuse. Il est arrivé dans cet hôpital ce qui se produit malheureusement presque toujours en pareil cas, que l’on ne s’est occupé du chauffage et de la ventilation que quand les bâtiments étaient à peu près terminés. »

Thomas et Laurens ont combiné la ventilation mécanique ou par pulsion avec le mode de chauffage de Grouvelle par l’eau et la vapeur ; l'expérience de l'hôpital Lariboisière, où il fonctionne à côté de l'appareil de L. Duvoir, lui est favorable; son élément caractéristique est un ventilateur à force centrifuge, qui, mû par une machine à vapeur, aspire de l’air pris dans un point élevé de l’atmosphère et le pousse dans un tuyau ramifié dans toutes les pièces

(1) Études sur la ventilation (Annales du. Conservatoire impérial des arts et métiers, avril 1861).

à ventiler; au moment où il entre dans les salles, cet air s’échauffe au contact des tuyaux de vapeur et des poëles à eau chauffés par de la vapeur. Il se compose : 1° de générateurs ou de chaudières; 2° de machines mettant en mouvement les ventilateurs ; 3° de la canalisation générale de la vapeur qui doit chauffer les poêles ; L° de la canalisation générale de retour d’eau, suivant, en sens inverse, le même trajet que le précédent; 5° de poêles destinés au chauffage des salles, des promenoirs des malades et de la cage de l'escalier ; 6° de la canalisation générale de l'air poussé par le ventilateur ; 7° d'étuves chauflées par la vapeur, et placées aux différents étages ; 8° d’un fourneau d'office à feu nu, placé au rez-dechaussée de chaque pavillon, et dont la cheminée, montant des caves jusque sur les combles, opère énergiquement la ventilation des cabinets d’aisances (1) par un appel établi au moyen d’un canal souterrain. L'air est porté à chaque étage par des canaux er maçonnerie couverts de plaques de fonte, et dans lesquels cireulent les tuyaux de vapeur qui vont chauffer des poêles à eau placés dans chaque salle : 1l est épanché dans les salles par des grilles ménagées dans des plaques de fonte et dans les canaux intérieurs des poêles, canaux pourvus d’appendices en fonte pour rompre les courants d’air et chauifer en hiver cet air avant qu’il pénètre dans les salles avec de petites vitesses. L'air vicié sort par des ouvertures d'appel disposées en haut et au bas des murs et montant jusque sous le comble, d’où il passe par des gaînes dans une grande cheminée d'évacuation.

Le chauffage s'effectue par la vapeur qui, après avoir mis en mouvement la machine, arrive par les divers branchements de l'artère principale aux poêles des salles et élève la température de l’eau qu'ils contiennent ; l’eau-de condensation est ramenée à la machine par le tuyau de retour. Pour éviter les pertes de chaleur, l'air de ventilation contenu dans le grand tuyau porte-vent est chauffé, non dans les caves, mais dans l'épaisseur des planchers, dans le caniveau central, où il circule en contact avec les tuyaux de vapeur et de retour d’eau; il s’échauffe encore dans les tuyaux verticaux contenus dans les poêles qu’il traverse. Quand les grands froids l’exigent, on ajoute à ces moyens de chauffage un courant de vapeur pris directement sur la chaudière par un tuyau qui va se brancher sur l'artère principale. Ce chauffage est régulier et dure

(1) Pour les détails de la construction de cet appareil, nous renvoyons à la Thèse de Grassi, p. 55 et suiv.

ÉDIFICES PUBLICS, — CONDITIONS COMMUNES. 295 longtemps après la fermeture du conduit qui apporte la vapeur aux poêles, avantage dû à la marche lente du refroidissement de la masse d’eau qu’ils renferment ; il permet d’élever rapidement la température d’une salle; on modère à volonté l’arrivée du courant de vapeur, et, par conséquent le degré de chaleur dans les salles. Pendant les six mois de l’hiver 1855-56, quelle que fût Ja température du dehors, celle des salles de l'hôpital Lariboisière, chauffées par ce procédé, a toujours été supérieure à 15 degrés centigrades. En été, quand il ne s’agit que de ventiler, on ferme le robinet des branches qui conduisent la vapeur aux poêles ; celle-ci ne chauffe plus que les étuves, et son excédant passe dans un grand réservoir d’eau pour les bains. L'air puisé à la partie supérieure du clocher, étant moins chaud que celui des salles, sert à les rafraichir; en outre, un tube plein d’eau froide s'ouvre dans le ventilateur par un robinet. Le jet d’eau qu'il fournit, versé sur les ailes du ventilateur qui opère 400 tours par minute, se disperse en rosée et s'évapore dans ce courant d'air rapide auquel il enlève du calorique latent.

Quant à la ventilation, Grassi résume ainsi ses observations : 1° La moitié de l'air qui cireule dans le tuyau porte-vent est puisée directement dans les caves quand toutes les fenêtres sont fermées ; mais, à l’aide de quelques modifications peu importantes que Grassi a indiquées, on peut n’envoyer dans les salles que de Pair puisé à la partie supérieure du clocher, à une grande hauteur dans l'atmosphère, et parfaitement pur. 2° Une machine à 88 coups de piston par minute et faisant marcher un seul ventilateur, pousse dans les salles du premier pavillon un volume d’air de 132 c. m. par heure et par malade (le cahier des charges n’en exige que 60). Le pavillon n° 2 est ventilé à raison de 126 m. c.; le troisième pavillon, le moins favorisé, en reçoit encore 88 m. c. par heure et par malade. Il est aisé de rendre la ventilation uniforme dans les trois pavillons au taux de 145 m. c. par heure et par malade. Il est à noter que cette ventilation est effective et se rapporte seulement à l'air pur que la machine pousse dans les salles. 3° Les ouvertures d'entrée et la vitesse du courant sont calculées de manière à ne produire aucune sensation incommode de courant d’air. 4° La sortie de l'air se fait régulièrement ; 5° l'ouverture des portes et fenêtres diminue un peu le courant d’air, mais ne le dévie jamais de manière à ramener dans les salles l'air vicié qui en était déjà sorti 6° Le reproche de placer les malades dans un air comprimé n’est pas fondé. 7° L'air sortant a donné à l’analyse 0,0011 d'acide carbonique, dose très salubre. 8° L'air injecté n’est pas desséché, et,

quand il y a lieu, on augmente son humidité en injectant dans le ventilateur un courant d’eau ou de vapeur. 9° En été, l’air qui entre dans les salles est plus frais que l’air extérieur. 10° Les cabinets d’aisances, parfaitement ventilés, ne laissent jamais pénétrer dans les salles la moindre mauvaise odeur. 11° Le nombe des coups de piston de la machine mesure la ventilation ; un employé subalterne, un appareil compteur même, suffit à cette vérification qui importe beaucoup à l'administration. 12° Le système de Thomas et Laurens a l'avantage de ventiler en été aussi puissamment qu’en hiver : les croisées ouvertes pour laisser pénétrer les rayons solaires, la ventilation n’est point troublée, et chaque malade continue de recevoir 415 m. c. d’air par heure. 13° En analysant la dépense imputée à ce système, retranchant ce qui lui est étranger, et tenant compte des économies en partie déjà réalisées, on trouve que les résultats qu’il procure coûtent moins que ceux du système de L. Duvoir.

Dans ce même hôpital Lariboisière, le pavillon n° 4 est chauffé et ventilé par le système Farcot; le chauffage s'obtient par la circulation de la vapeur dans des poêles qui contiennent de l’eau ; la vapeur condensée retourne aux chaudières ; la ventilation s’opère à l’aide d’un ventilateur à palettes planes, placé dans les caves, qui aspire par une haute cheminée établie dans le clocher de la chapelle une partie de l’air qu'il doit fournir ; cet air est refoulé, dans une longue conduite [artère principale) d’où, par des branchements horizontanx, perpendiculaires à la direction de cette artère, il arrive sous chaque pavillon; il s’élève de là dans des conduits verticaux quisont, à chaque étage, en communication avec des carneaux horizontaux disposés dans l'axe et sous le plancher de chaque salle. Ces carneaux amènent l'air sous les quatre poêles de chaque salle qui offrent à la circulation douze tuyaux verticaux ayant ensemble une section de passage de 0,146. L'air est extrait de la salle par dix-neuf cheminées verticales, ménagées dans l'épaisseur des trumeaux pour chaque étage, et toutes ces cheminées débouchent dans un grenier, sous le toit, dans deux conduits collecteurs horizontaux, placés dans l’angle formé par les longs pans du toit avec ce plancher. Ces conduits se réunissent au centre de chaque pavillon pour déboucher dans une cheminée unique en zinc de 2",20 seulement de hauteur au-dessus du toit (1). La ventilation se fait ici par l'action simultanée du ventilateur et de l'aspiration produite par

(1) Nous empruntous cette description à l'excellent mémoire de M. le général Morin (Etudes sur la ventilation, Ann. du Conserv. des arts et métiers, avril 1861).

l'excès de la température des conduits d'évacuation et de la cheminée ; si l'on arrête le ventilateur, elle se fait uniquement par la différence des températures et des densités de l'air.

La ventilation mécanique par pulsion ou par insufflation est évidemment préférable, toutes les fois qu’on peut, comme dans Îles hôpitaux, utiliser la vapeur perdue des machmes à vapeur pour chauffer les bains, des fourneaux d'office, des salles, une buanderie, etc., et, par conséquent, avoir presque gratuitement le moteur nécessaire. Dumas l’a appliqué au palais de l’ancienne chambre des députés. Peugnot, en l’installant dans son aiguiserie d’Hérimoncourt (1845), a diminué la mortalité et le nombre des cas de phthisie parmi ses ouvriers. Le général Morin a étendu le même bienfait aux ouvriers de Châtellerault. Le même procédé a servi à assainir les ateliers de cristaux de Baccarat.

Le docteur Van Hecke a eu l’idée d'employer des contre-poids pour commander un ventilateur aspirant ou soufflant: sur les combles de la prison des Carmes à Bruxelies, il a fait disposer une sorte d’ample cheminée en métal, contenant une hélice et communiquant par des conduits avec toutes les cellules que d’autres tuyaux mettent en rapport avec le calorique placé dans les caves. Le ventilateur est mis en mouvement à l’aide d’un contre-poids qu'on remonte tous les matins par une manivelle ; chaque révolution que l’on fait faire à cette manivelle détermine 1550 révolutions de lappareil. Dans ce mouvement accéléré, l’hélice enlève et expulse l'air vicié des cellules, sans cesse remplacé par l'air neuf qui monte des caves par les tuyaux du calorifère. Une commission dont faisaient partie Vleminckx et Ducpétiaux, s’est assurée que l'appareil accomplit 470 révolutions par minute, à chacune desquelles lappareil est parcouru par une colonne de 1065 mètres cubes d'air, ce qui donne environ 3400 mètres cubes d’air par heure, et, par conséquent, 48 mètres par cellule ou par individu ; en même temps elle a constaté « que les appareils ne fonctionnaient qu'avec modération, puisque l’action du moteur à contre-poids aurait pu être augmentée par l'emploi de 150 kilogrammes de poids disponible, » L'inventeur n’a réglé l'allure à 48 m. c. d’air que par la crainte, partagée par la commission, d’incommoder les détenus par des courants d'air ; au moyen des poids et des registres, on gouverne la marche des appareils, de manière à faire varier instantanément de un à plusieurs degrés l'aiguille du cadran qui, jour et nuit, indique la force réelle de la ventilation. Enfin, une femme peut, en cinq minutes, remonter le soir et le matin le moteur à contre-poids, ce

qui suffit pour assurer la régularité constante de fonctionnement des appareils. Quant à la dépense que coûte cette ventilation, elle se réduit à zéro. Nul doute que le système du docteur Van Hecke ne lPemporte sur les ventilateurs tournés à bras d'hommes (prison de Tours); mais, suivant Grouvelle, il ne donnera de résultats utiles que danis les établissements de petites dimensions. D'autre part, le général Morin a fait sur les appareils de chauffage et de ventilation établis par le docteur Van Hecke à l’Asile impérial du Vésinet deux séries d'expériences (janvier 1861) : dans la première, le ventilateur fonctionnait, en même temps que l'air échauffé par le calorifère provoquait une aspiration par la cheminée d'introduction dans les conduits souterrains et dans les cheminées d'évacuation : l'effet total de cette ventilation combinée s’est élevé à 2 m. c. 38494 par seconde; dans la deuxième série, le ventilateur étant arrêté et les orifices auxiliaires ménagés à droite et à gauche du fourneau étant ouverts, la ventilation ne s’opérait que par l'aspiration due à l’'échauffement de l’air par le calorifère : le volume total d’air évacué par toutes les cheminées s’est élevé à 2 m. c., 39093. On voit que les résultats étaient à peu près les mêmes avec ou sans le concours du ventilateur insufflant, l'aspiration par l’échauffement de l'air suffisant à les produire ; en outre, le général a constaté l’irrégularité du renouvellement de l'air dans les salles, à ce point que telles salles fournissent à l’évacuation 94 m, €. 66 par heure et par lit, d’autres 22 m. c., 29 et quelques-unes 40 m. c.; aussi conclut-il : 1° que l'usage d’un ventilateur pour l'introduction et l'évacuation de l’air dans les salles, est complétement inutile pendant la saison d'hiver, alors que l’on peut utiliser les effets d'aspiration que produit la dilatation de l’air ; 2° que dans l’état actuel des dispositions locales, cet appareil næxerce qu'une très faible influence sur l’arrivée de l'air dans la chambre des calorifères, et que l'aspiration, favorisée par de bonnes dispositions, y ferait seule arriver autant d'air ; 3° que la ventilation est irrégulière, et n’a pas la stabilité suffisante, par suite de l'absence d’une cheminée générale d’évacuation convenablement construite et chauffée ; 4° que la température, bien qu'uniformément répartie lorsque celle de l'air extérieur est modérée, n’est pas suffisante en tempsd’hiver, etque, dans cettesaison l'airaffluent dans certaines salles est souvent beaucoup trop chaud ; 5° que le volume d'air fourni et évacué n’est pas assez également réparti, et que parfois la ventilation de certaines salles est tout à

fait nulle, ce qui tient aux communications directes établies à tort entre les Salles contiguës,

nn ÉDIFICES PUBLICS. = CONDITIONS COMMUNES, 599

Les ingénieurs ont multiplié les inventions de ventilateurs applicables à des cas particuliers : tels sont les ventilateurs à palettes droites, celui à ailes courbées de Combes, qui dans les essais de Glépin, ingénieur des houillères du Grand-Horme, près Mons, a donné 750 m. c. d’air par kilogramme de houille brûlée. La roue pneumatique d’un autre ingénieur belge, Fabry, a un rendement utile de 50 à 60 pour 100 du travail brut qu’on lui applique, et est préférée dans beaucoup de mines de la Belgique et du nord de la France. Le général Morin a démontré expérimentalement que les ventilateurs à hélices sont inférieurs aux ventilateurs à palettes courbes, pour l'aspiration comme pour le refoulement, et qu’en définitive, la forme curviligne donnée aux palettes des ventilateurs et indiquée dès1838 par Combes {de l’Institut), est la plus efficace pour le refoulement de l'air; mais qu’en général les ventilateurs n’utilisent pas assez la puissance motrice, surtout quand il s’agit simplement de faire mouvoir de l’air dans des tuyaux complétement ouverts à leur extrémité, ou offrant un ensemble d’orifices de mêmes sections que la leur.

La grande difficulté est l'appropriation des divers procédés de ventilation aux diverses catégories d’édifices publics. On ne ventile pas une prison comme une salle de spectacle, un hôpital comme une caserne. L'appareil par pulsion qui réussit plus ou moins à l’hôpital Lariboisière, procurerait-il dans les 1224 cellules de la prison Mazas la répartition égale de la ventilation que l’on y obtient par les procédés de l'aspiration centrale? L’étendue et la division des espaces à ventiler, peuvent contrarier la sécurité et la régularité du fonctionnement des appareils, entraîner une forte élévation de la dépense. Des expériences comparées, prolongées, variées, sont encore nécessaires pour rallier l’hygiéniste et l’architecte à tel ou tel procédé de ventilation. Ce qu’il est permis d’affirmer dès aujourd’hui, c’est que là où la ventilation par refoulement ou par iInsufflation trouve son emploi, on a l'avantage de prendre à un point élevé et en dehors de toutes les sources d’altération de l’air parfaitement pur, de le diriger en quantités réglées dans les locaux, de pouvoir ventiler en été avec de l'air rafraîchi dans les caves, même quand les fenêtres des salles sont ouvertes, d'en éloigner Pair infecté d'un autre bâtiment et des latrines, d'utiliser la vapeur perdue du moteur qui conduit le ventilateur au chauffage des salles en hiver et à celui des bains en été.

Le choix parmi les divers systèmes de ventilation et de chauffage artificiels, est d'autant plus embarrassant qu'aucun d’eux n’a réa-

lisé jusqu’à présent les avantages hygiéniques que l’on était en droit d’en espérer ; l'hôpital Lariboisière qui les présente presque tous appliqués en concurrence dans ses pavillons, figure en première ligne, et l'hôpital Beaujon en troisième ligne dans la statistique mortuaire des hôpitaux de Paris, pourles services de médecine qui sont plus comparables entre eux que ceux de chirurgie; le dernier compte rendu publié par l'assistance publique fournit les proportions suivantes.

Malades, Malades.

Lariboisière .,..., 4 décès sur 5,83 | Charité ........ 1 décès sur 7,90 PAHÉ Eu te è — 6,97 Hôtel-Dieu...... — 8,14 Beaujon ..... Re — 1,10 3 Necker. sn... — 8,29 Ed vec: — 7,16 | Saint-Antoine ... — 8,41

Dans les hôpitaux de Londres dont la mortalité est moindre (1), on préfère le chauffage direct au charbon de terre dans de grandes cheminées ouvertes ; chaque salle en possède au moins une, quelquefois trois ou quatre; il y a des cheminées allumées jusque dans les corridors, les escaliers, les vestibules d'entrée; en été comme en hiver, on y fait du feu, au moins dans la cheminée de l'office, et toujours les fenêtres sont largement ouvertes. En Angleterre, point d'appareil ventilateur mécanique ou autre: l'air, appelé par le puissant tirage des cheminées, entre par les jointures des portes et fenêtres. Les malades jouissent ainsi de la vue du feu, ils se groupent autour des foyers et respirent un air qui n’a pas été modifié par le contact de surfaces de chauffe, de conduites brûlantes. La chimie ni la physique ne dénotent aucun changement dans l'air chauffé par les divers appareils que préconise l’industrie des calorifères : mais qui peut affirmer que cet air n'a subi aucune altération qui diminue ses propriétés vivifiantes? Qu'on se place près des bouches qui déversent l'air chaud dans les salles, on en est affecté d’une manière désagréable ; on respire mal dans les locaux chauffés par les calorifères. Une expérience comparative du mode de chauffage des hôpitaux anglais et des systèmes de chauffage combiné avec la ventilation artificielle, paraît désirable au point de vue de leur influence respective sur la terminaison des maladies. Le système qui se rapproche le plus du mode anglais, est celui qui a pour principe la simple aspiration de l’air en vertu des inégalités de sa tempéra-

(1) Voyez Note sur quelques points de l'hygiène hospitalière en France et en Angleterre, par Léon Lefort. Paris, 1862, p. 32, et Gazette hebdomadaire, dé- <embre 1861,

ÉDIFICES PUBLICS. — CONDITIONS COMMUNES. 601 ture au dehors et au dedans des habitations ; c’est ce que l’on peut appeler un système naturel de ventilation, puisque celle-ci s'opère dans les conditions qui déterminent les courants atmosphériques; il a son point de départ dans l’idée ancienne des cheminées d'appel que Percy (1) a proposée et que Darcet s’est appropriée par d’habiles applications. Le général Morin a développé ce principe sous une forme nouvelle, en proposant d'appliquer à la ventilation la chaleur fournie par les appareils d'éclairage; dans les nombreuses expériences qu'il a faites sur les divers appareils de ventilation mécanique, 11 a démontré que le maximum d'effets utiles procède de l'aspiration; ainsi, dans les pavillons de Lariboisière où fonctionnent des appareils insufflants, la ventilation ou le volume d’air évacué par la cheminée qui conduit l'air vicié, est dû pendant l’hiver pour les 0,85 à l'aspiration produite par l’échauffement de l’air qui arrive dans les salles à travers les poêles, et le ventilateur n’y contribue que pour les 0,15 ; pour l’affluence de l’air nouveau par les poêles, l'aspiration produit environ les 0,625, et le ventilateur les 0,375 du volume admis. Le général Morin remarque que par des dispositions plus favorables aux effets de l'aspiration, 6n pourrait augmenter notablement ces effets et se passer de l’usage d'appareils mécaniques ; l’ensemble de ses recherches le conduit à cette conclusion importante : «L'action seule de la chaleur convenablement employée suffit pour produire une ventilation énergique, stable et régulière, et l'emploi des ventilateurs insufflants est inutile quand les circonstances locales permettent d'utiliser l’action dela chaleur. »

Dans la question du chauffage et de la ventilation, il ne faut point perdre de vue la quantité de chaleur produite par l’homme lui-même. Celui-ci, brûlant dans l'acte de la respiration et par heure 0,67 d'hydrogène et 10 grammes de carbone, ces proportions représentent, la première, 23 450 unités de chaleur, et la seconde, 79 000 ; total : plus de 102 000 calories, dont un quartenviron sert à la vaporisation des 40 grammes d’eau que fournissent en moyenne, dans le même laps de temps, les perspirations cutanée et pulmonaire: les trois autres quarts se communiquent à l'air et aux corps ambiants. Or, pour procurer par heure à un homme 10 mètres cubes d'air à 45 degrés, la température extérieure étant à zéro, il suffit d’une dépense de 50 000 calories. La chaleur produite par l’homme couvre donc le déficit de température de l'air

(1) Art. VENTILATION, Dictionnaire des sciences médicales, t. LVIT, 1821, — H, Larrey, Bulletin de l'Académie de médecine, t. XXVII, p. 439.

introduit par ventilation ; mais il restera à compenser par le résultat du chauffage la perte par les vitres et les murs. Celle-ci est évaluée à 80 unités de chaleur par mètre carré de vitre et par heure, et à 27 unités de chaleur par mètre carré de mur par heure. À ces nombres, il convient d'ajouter pour le rez-de-chaussée la perte causée par le BAIN et pour le troisième étage, celle occasionnée par le plafond.

En somme, toute ventilation doit subvenir aux besoins suivants : 1° [1 faut pour la respiration et par heure, à un homme, 1 inètre cube, et à une femme 0 mètre cube 566 litres d’air à 16 degrés centigrades, 2° Pour réduire l'acide carbonique exhalé par la respiration à 2 pour 1000, il faut par homme et par heure 11 mètres cubes, et à une femme 6 mètres cubes 250 litres d'air à 16 degrés ceñtigrades: 3° Pour évaporer les 31 grammes de transpiration pulmonaire fournie en moyenne par heure, il faut 3 mètres cubes 100 litres d'air, et, pour les 60 grammes de transpiration cutanée, 6 mètres cubes d’air par heure à 16 degrés : total, 21 mètres cubes d'air à 16 degrés centigrades par homme et par heure; 15 mètres cubes 916 litres d'air à 16 degrés par femme et par heure. Ges évaluations sont faites au maximum, basées qu'elles sont sur les données d’Andral et Gavarret. En effet, tandis que ces expérimentateurs estiment le carbone brûlé en une heure par la respiration d’un homme adulte à 115,3 — 0,21 litres d’acide carbonique, auxquels Poumet ajoute 1 litre pour la dilatation à 6 pour 100, soit 22 litres d'acide carbonique à 16 degrés centigrades, Scharling n’a évalué qu'à 6 grammes 1/2 de charbon — 12 litres d’acide carbonique, l'effet de la respiration d’un soldat danois de vingt-six ans à l’état de sommeil (1).

3° Éclairage. — Dans les établissements publics il se fait à l'huile ou âu gaz. Chaque bec à l'huile brûle, terme moyen, 10 grammes d'huile par heure, et, comme 1 kilogramme de ce liquide exige pour sa combustion complète 10 mètres cubes d'air à zéro, plus 6 pour 100 pour la dilatation, — 10 mètres cubes 600 litres d'air à 16 degrés centigrades, chaque bec aura besoin de 106 litres d’air

(1) Annales de chimie et de physique, 3° série, t. VIIL, p. 478.— Pour l’ensemble de toutes les données théoriques et pratiques qui se rapportent à la grande question de la ventilation et du chauffage combinés, comme aussi pour les applications spéciales des divers systèmes proposés aux églises, aux écoles, aux casernes, aux ateliers, aux prisons, etc., le lecteur ne saurait trouver un guide plus net et plus complet que la 3° édition du Traité de la chaleur, par Péclet,

à 16 degrés par heure, — 4 mètre cube 272 litres d’air à 46 degrés pour une nuit de 12 heures. Chaque bec à gaz dépense en moyeñne et par heure 102 litres (3 pieds cubes) de gaz, dont la combustion consomme ! mètre cube 563 litres d'air atmosphérique; pour les douze heures de nuit, il faut à chaque bec 1 mètre cube 224 litres de gaz et 18 mètres cubes 756 litres d'air. Mais l'éclairage ne se borne pas à dépouiller d’une partie de son oxygène l'atmosphère d’un local; il y verse de l'acide carbonique provenant de la combustion. Un bec à l'huile verse en une heure 15 litres d'acide carbotiique, et un bec de gaz 204 litres : ce dernier produit en outre 165 grammes d'eau pendant le même temps. Pour ramener à la proportion de 2 pour 1000 d’air les 182 litres d'acide carbonique provenant de l’éclairage d'un bec d'huile pendant 12 heures de nuit, la ventilation devra fournir 91 mètres cubes pour le même temps où 7 mètres cubes 500 Titres par heure. Pour réduire à 2 pour 1000 les 204 litres d'acide carbonique provenant d’un bec de gaz à la houille qui brûle pendant une heure, il faudra 102 mètres cubes, et, pour les 2 mètres cubés 448 litres exhalés en 12 heures, 1224 mètres cubes d'air; les 165 grammes d’eau provenant de la même source en une heure exigeront pour leur évaporation, par heure, 16 mètres cubes 500 litres d’air à 16 degrés céntigrades, et, pour 4 kil. 980 grammes d’eau produits en 12 heures, il faudra 198 mètres cubes d’air. Ces calculs font voir combien léclairage iiflue sur la salubrité des lieux, et fixent, peut-être avec quelque exagération, le surcroît de ventilation qu'il nécessite.

4° Eglises, temples. — L'hygiène n’a guère été consultée dans leur édification : on en voit qui s'élèvent au milieu de quartiers populeux et de rues étroites dont ils augmentent l'humidité par l’élévation de leurs murs ; leurs abords ne sont pas assez dégagés et spacieux, des portes basses conduisent dans une enceinte sombre, froide, où l'air est incessamment vicié par la respiration des fidèles et par la combustion des cierges et des aromates ; des vitraux coloriés oblitèrent de vastes fenêtres qui ne s'ouvrent jamais ou que par des vasistas insuffisants ; en hiver, point de chauffage ; en été, en yentrant, on éprouve une sensation de froid. La suppression des inhumations sous les dalles où, chaque jour, la prière s'agenouille, est à peu près la seule mesure de salubrité qui ait été réalisée dans les églises. Signaler leurs défectuosités, c'est avoir indiqué les améliorations qu'elles réclament, et qui, faciles à exécuter, se résument

dans le dégagement extérieur de leurs masses monumentales, dans leur ventilation et leur caléfaction en hiver. Péclet remarque que les pièces nombreuses qui, réunies par des lames minces de plomb, composent les vitraux de leurs nefs laissent entre elles des fentes par où s'exerce un tirage énergique sur l'air extérieur à chaque ouverture de portes; mais ce n’est point là une bonne aération ; ces mêmes vitraux coloriés interceptent la lumière solaire ; or, l'air et la lumière sont d'autant plus nécessaires aux églises que leurs matériaux de constructions, pierres et dalles partout, les rendent généralement humides. Les inhumations dans leurs caveaux y créaient autrefois une cause particulière d’insalubrité (voy. plus haut cimetières) ; on y a renoncé. Toutefois, il y a quelques années, le Comité consultatif d'hygiène publique eut à délibérer sur un projet de décret autorisant ces inhumations à prix d’argent et dans des conditions destinées à en prévenir les inconvénients. Le comité se montra opposé au principe même du projet, et l’admimistration eut la sagesse d’y renoncer. Presque toutes les églises de Paris sont aujourd’hui chauffées en hiver-par des calorifères à eau chaude ou à air brûlé : ceux-ci coûtent moins, ceux-là sont d’un usage plus commode. Il n’y a de ventilation artificielle qu’à Saint-Roch. Les orifices qui existent dans la voûte de ces édifices et Les ouvertures si fréquentes des portes suffisent à l'écoulement de l’air chaud lancé par le ealorifère.

2° Crèches. — C'est en 184h que se sont établies les premières crèches à Paris, sous l’inspiration d’un administrateur municipal, Marbeau. Dès 1850, il en existait 18 à Paris, 10 dans la banlieue et L00 dans les départements. Elles permettent aux ouvriers d’abriter leurs enfants, de leur assurer les soins nécessaires pendant qu'ils se livrent à leurs travaux habituels. Le choix des locaux est ici d’une grande importance. Il résulte d’une enquête faite à Paris en 1853 (1) qu'il ne s’y trouvait aucune crèche dans des conditions d’insalubrité assez prononcée pour en motiver la fermeture. Une ample dispensation d’air pur, une aération continue et bien ménagée, la propreté la plus sévère, le renouvellement fréquent du linge des enfants à la mamelle, leur séparation d’avec les enfants qui marchent, le transport des langes et couches souillés dans une chambre à l'écart, l'éloignement et la ventilation des latrines, tels sont Jes moyens de neutraliser les effets délétères d’une agglomération

(1) Rapport général sur les travaux du Conseil d'hygiène et de salubrité du département de la Seine. Paris, 1861, p. 48.

permanente d'enfants dont les langes sont habituellement imprégnés de matière fécale et d'urine, et d’enfants moins jeunes, mais peu dressés aux exigences de la propreté. D’après le rapport de la commission du Conseil d'hygiène de Paris, les épidémies n’ont pas agi sur les crèches autrement que sur les établissements analogues. Le transport des enfants soir et matin, de la crèche au domicile de leurs parents et vice versé, paraît sans inconvénient, malgré la transition de température et grâce aux soins dont il est entouré. Une berceuse est nécessaire pour quatre enfants à la mamelle ; il est nécessaire de les changer souvent de position, de les promener, de les déposer sur des tapis ou des paillassons, pour qu’ils puissent développer, exercer toutes les parties de leur corps ; à chaque enfant son éponge, son peigne, sa timbale. La valeur définitive de cette institution à été controversée. Comment en méconnaître les bienfaits dans les centres d'activité industrielle, au milieu des familles d'ouvriers qui ne parviennent à subsister que par le labeur combiné des pères et des mères? Les crèches, moyennant une rétribution de 10, 20 ou 25 centimes par jour, souvent à titre gratuit, procurent aux enfants un air chaud en hiver, des aliments, des vêtements, des soins continus; leurs mères viennent les allaiter quand elles le peuvent, et ne sont plus dans l’alternative de les abandonner aux hospices ou de les livrer aux risques et aux tortures de la séquestration solitaire. Dans presque tous les arrondissements, le contact des directrices et des surveillantes a contribué à la transformation morale des ménages populaires, de filles-mères qui ont changé de conduite et légitimé leur union. Les crèches, il faut l’espérer, se substitueront aux garderies ou maisons de sevrage, où les enfants dépérissent, où pénètre rarement le contrôle de l’autorité, où les conditions hygiéniques manquent; une installation favorable, une économie pécuniaire pour les mères, des soins désintéressés et presque maternels, une surveillance médicale, la coopération toujours volontaire et non l’abdication de la famille, tels sont leurs avantages sur les institutions qui n’ont guère d'autre mobile que le trafic.

3° Salles d'asile, écoles primaires, lycées, séminaires, etc. — Tous ces édifices doivent réunir au plus haut degré les avantages d’une bonne exposition, de l'isolement sur des points élevés, de l'abondance d’eaux salubres, d’un chauffage convenable en hiver, d’une ventilation régulière dans les salles de classes et d’études, dans les dortoirs et chambrées, de la propreté des latrines, qui laissent tant

désirer dans la plupart des établissements de cette catégo-

rie, etc. (1). Que la lumière solaire, dont l'influence sur le développement du corps est si profonde, pénètre facilement dans toutes les parties des bâtiments ; qu’une température douce, égale, y règne pendant la saison froide, dont on connaît les effets meurtriers sur les enfants en bas âge. Des dortoirs spacieux, des salles d’études accessibles à l’air et au soleil, des cours et des jardins pour les jeux, les promenades et les exercices gymnastiques, des bains et des soins exacts de propreté, un sommeil suffisant, une surveillance nocturne qui prévienne les écarts d’une funeste précocité; une nourriture saine, assez variée, et préparée avec une propreté sévère ; un temps de récréation après les repas, plutôt nombreux qu'abondants ; une juste pondération des travaux intellectuels et des exercices propres à développer la force physique; la séparation en quartiers et en cours de récréations distinctes suivant les âges et les intelligences ; la visite journalière d’un médecin qui soumet les élèves à une exploration particulière à leur entrée dans la maison, qui les suit dans les phases de leur évolution et qui fait fléchir la règle commune suivant les indications de leur santé; une infirmerie établie dans un corps de bâtiment isolé où toutes les sollicitudes de la famille entourent le jeune malade, mais dans laquelle il ne faut pas créer par l’accumulation des malades un foyer d'infection : l’attention de renvoyer sous le toit domestique tous ceux dont l’état peut donner lieu à des craintes de propagation morbide ou réclamer des soins tout particuliers : tels sont les éléments essentiels de l'hygiène des établissements dont il s’agit.

La création des salles d’asile est due au saint Vincent de Paul du protestantisme, à Oberlin, le pieux pasteur du Ban de la Roche (Vosges). Une ordonnance royale du 22 décembre 1837 les a placées dans le ressort du ministère de linstruction publique ; elle Les distingue en publiques et en privées, et n’autorise ces dernières que lorsqu'un logement et un traitement convenables ont été assurés à la personne chargée de les tenir ; les enfants des deux sexes y sont admis jusqu’à l’âge de six ans ; on leur enseigne la lecture, l’écriture, le calcul oral; on y joint des chants moraux et des ouvrages d’aiguille. En 1853, on comptait en France 1345 salles d'asile fondées par les communes et 858 eréées par des particuliers, en tout 2203, fréquentées ensemble par 217 156 enfants.

(1) Voyez, pour le meilleur et le plus économique appareil de chauffage et de ventilation à l’usage des écoles primaires et des salles d’asile, le Tratté de la chaleur, par Péclet, 1861, 3° édition, t. IN, p. 3142.

ÉDIFICES PUBLICS. -— CONDITIONS PARTICULIÈRES. 607 Ne craignons pas d’insister ici sur l’imperfection hygiénique d’un grandnombre d'établissements : lycées, colléges, institutions, écoles primaires, salles d’asile, où les enfants sont parqués et le plus souvent soumis aux funestes influences de l'encombrement. Presque toujours les salles d’études, les classes, ont une capacité disproportionnée avec le nombre de leurs habitants et sont dépourvues de tout moyen de ventilation régulière ; on ouvre les fenêtres pendant l’intervalle des classes ou aux heures de récréation ; mais cette mesure est insuffisante, et en hiver on la néglige. Que l’on entre dans ces locaux une heure après le renouvellement de leur atmosphère, déjà l'on est frappé par une odeur fétide. Assainir ces établissements, c'est améliorer la race humaine, c’est préparer au pays des générations valides et utiles. Péclet a indiqué, a fait appliquer dans quelques écoles de Paris des appareils de chauffage avee cheminées d'appel, orifices d’accès de l'air extérieur et orifices d'appel, etc., qui, dans les jours les plus froids de l'hiver, ne consomment pas plus de 2, 3, 4, 5, 6 et 7 kilogr. de houille par heure pour des salles renfermant 50, 100, 450, 200, 250 et 300 élèves. On ne saurait trop recommander à l'autorité la publication persévérante d'une instruction détaillée sur cet objet, et de continuels efforts pour faire adopter par les communes les moyens sanitaires qu'elle indique ; toutes les écoles normales primaires en devraient être pourvues par ordre, et leurs élèves familiarisés avec les notions relatives à l'hygiène et à la ventilation des écoles.

L° Théâtres. — La foule s’entasse pendant einq à six heures dans des théâtres qui réunissent toutes les causes d’insalubrité : élévation | rapide de la température, consommation d'oxygène et production d'acide carbonique par la respiration de tant d'individus, par la combustion d’un grand nombre de becs à l'huile ou de gaz, volatilisation de la matière animale qu’entraînent les respirations pulmonaire et cutanée ; dans les places du rez-de-chaussée (parquet, parterre), accumulation de gaz méphitiques plus lourds que Pair ; dans les parties élevées, température plus que double de celle qui règne inférieurement ; au sortir de cette fournaise miasmatique, des corridors dont le froid saisit et glace le spectateur; dans l’intérieur mème des salles, des courants d’air dangereux par l'ouverture intermittente des portes ; au lever du rideau, conflit entre l’atmosphère dilatée de l'enceinte et l'atmosphère plus fraîche de la scène ; joignez à tous ces inconvénients la gêne des attitudes à cause de la dispensation parcimonieuse de l’espace. Faut-il s'étonner qu’un jour de spectacle gratuit, on ait trouvé dans une seconde loge l’ox y-

sène de l'air réduit à 19 pour 100? La température de l'air à l’orifice du lustre est de 26 degrés à l'Opéra-Comique, de 28 à 30 degrès au théâtre de la Gaîté, de 30 à 35 degrés au théâtre du Palais- Royal. Les théâtres exigent donc un système de ventilation continu, par des conduits ramifiés au-devant du plafond de chaque loge. Il y a plus de vingt ans que Darcet à cherché à en doter le théâtre qui est aujourd'hui le Vaudeville, et la commission chargée, en 1861, d'étudier le chauffage et la ventilation des deux nouveaux théâtres de la place du Châtelet, proclame par l’organe du général Morin (1), que le mode d'introduction de l'air proposé par cet tllustre chimiste est le plus sûr et le plus rationnel : il consiste à faire affluer l'air dans la salle par tout le pourtour du dessous des loges, à travers un double fond ménagé dans le plancher, l'appel étant produit par la chaleur du lustre et la cheminée qui le surmonte; l’air doit entrer dans le double fond par des orifices d'admission ouverts sous le plafond, dans les corridors en arrière des loges. Si le procédé Darcet n’a pas réussi dans les premières applications qui en ont été faites, c’est qu'on appréciait alors beaucoup trop bas les volumes nécessaires à une bonne ventilation, et par suite on avait réglé d’une manière tout à fait insuffisante l’épaisseur donnée aux doubles fonds, la superficie des orifices d'admission et l'énergie des moyens d'appel ; aussi le spectateur, au Vaudeville, ne recevait que 10 mètres cubes d’air par heure. La commission de 1861 s’est arrêtée à la fixation de 30 mètres cubes d’air par heure, tout en reconnaissant qu'en été une bonne ventilation en exigerait beaucoup plus. Mais l’agglomération des spectateurs dans l'enceinte d’un théâtre pose des limites à l’art, car avec 30 à 40 mètres cubes d’air par heure et par auditeur, le nouveau Théàâtre-Lyrique devra déjà fournir 51000 à 68 000 mètres cubes, et le nouveau théâtre du Cirque 90 000 à 120 000. Péclet doute que la simple ventilation par appel puisse procurer le cube d’air nécessaire par heure aux spectateurs en se répartissant uniformément dans la salle, et il propose pour cet usage la ventilation mécanique par pulsion. Tel n’est point l'avis de la commission des théâtres nouveaux qui, après de nombreuses expériences et dans des conditions défavorables aux effets de l'aspiration, a constaté que dans l'effet total des ventilations obtenues, la part proportionnelle de l'appareil insufflant se réduisait à 0,149, et restait le plus souvent au-dessous de cette valeur, l'appel produit par la seule différence des températures donnant

(1) Rapport cité, p. 27.

0,851 de l'effet total obtenu. Quant aux modes d’extraction et d’admission de l’air, elle a formulé les indications qui suivent : 4° l’introduction de l'air par des doubles fonds ménagés sous les différents étages de loges ou de galeries sur tout le pourtour de la salle; 2° l'admission par des ouvertures ménagées dans l’intérieur du théâtre, parallèlement à la rampe, et dans les parois verticales des murs verticaux qui séparent la scène de la salle ; 3° des entrées auxiliaires ménagées, principalement pour la saison d'été, dans les planchers et aux divers étages de la salle ou du théâtre, et destinées à admettre l'air extérieur ; 4° l'extraction de l'air par des orifices ménagés au fond des loges ou dans les parois verticales des gradins des amphithéâtres. Nous renvoyons à l'important rapport du général Morin pour tous les détails d'application, notamment pour ce qui concerne la puissance d'appel du lustre à nu sous une enveloppe de verre poli ou de verre dépoli, le proportionnement de la cheminée d'évacuation des gaz de la combustion, la température et la vitesse d'évacuation de l'air, etc. On s’est préoccupé, avec raison, de l'influence nuisible que l'intensité des lumières de Ja rampe exerce sur la vue des acteurs, et du danger d’incendie qui en résulte pour eux. Le général Morin est parvenu à supprimer l’un et l’autre, tout en appelant à l'extérieur les gaz fournis par la combustion : son dispositif consiste à entourer les becs d’une enveloppe cylindrique dont la partie postérieure, convexe et tournée du côté de la salle, est formée intérieurement d’un métal poli qui, par la partie concave, réfléchit la lumière vers la scène, tandis que la partie antérieure est en verre poli ou dépoli ; en arrière des becs, entre eux et l'enveloppe, est une seconde enveloppe métallique concentrique à la première, et qui forme avec elle un conduit courbe terminé à un tuyau horizontal parallèle et inférieur à la rampe, lequel doit communiquer à chacune de ses extrémités avec des tuyaux verticaux d'évacuation du gaz de la combustion ; l’air nouveau s’introduit par des ouvertures ménagées en avant des becs (1); l’enveloppe de verre dépoli diminue l'intensité de la lumière dans le rapport de 100 à 75, d’où la nécessité d'augmenter le nombre des becs dans le rapport de 100 à 133.

Nous ne parlons pas de l'influence morale du théâtre ; d est l’un des miroirs réflecteurs de la société contemporaine ; il peut devenir sous la possession du génie un foyer de nobles inspirations ; il favorise le déploiement des arts et ménage à une certaine classe d’es-

(1) Voyez le Rapport du général Morin. Paris, 1861, p, 48,

M. LÉVY. 4° ÉDIT, — Il: 39

prits des plaisirs de convention qui ne manquent ni de délicatesse ni d'utilité; mais sans lui imputer toute l'initiative du mal qu'il produit, niera-t-on qu’il remue les passions et les mauvais instincts ? Plus d’une jeune fille a laissé dans la première soirée passée au théâtre la moitié de son innocence morale; plus d’un crime y à pris naissance par l’éveil du penchant à l’imitation. Si les théâtres n’existaient pas, il n’y aurait pas une vertu de moins sur la terre.

5° Casernes. — La première ordonnance pour le casernement des troupes date du 3 décembre 1691 ; elle affranchit les bourgeois de l'obligation d’héberger les militaires. Vauban éleva des casernes dont il rattacha la construction à un système général de défense, et la distribution qu'il adopta est encore, à quelques changements près, celle que l’on suit de nos jours. Des raisons de stratégie, de finance ou de localité ont presque toujours gêné le choix du lieu, de l'exposition et du mode d’édification des casernes. Dans les villes fortes, on en voit qui sont presque adossées à des remparts élevés et dont les étages inférieurs ne sont jamais visités par un rayon solaire ; ailleurs elles sont encaissées au milieu des ruelles Les plus étroites et les plus misérables d’une cité populeuse, ou jetées en corps de bâtiments distincts sur les deux rives de rivières à cours lent ou sujettes à débordement. La plupart des édifices qui logent le soldat n’ont pas été destinés primitivement à cet usage; un grand nombre de couvents y ont été appropriés tant bien que mal, et le vice de là distribution intérieure réagit sur la salubrité de ces habitations dispendieusement transformées. Que les casernes s’élèvent dans des lieux élevés et parfaitement dégagés, au levant dans les pays chauds, au midi dans les climats froids ; qu’elles soient partagées dans leur intérieur par de longs corridors et des chambres spacieuses, où chaque militaire trouve au moins 6 mètres cubes d’air par heure après clôture des portes et fenêtres. Pour celles-ci mêmes conditions que dans Îles hôpitaux : lorsqu'elles ferment mal, elles procurent, il est vrai, un supplément notable de ration atmosphérique aux habitants d’une chambrée, maïs il faut pourvoir aux besoins de la respiration autrement que par la défectuosité des jointures ; les entrées et sorties pendant la nuit, si elles ont pour effet d’atténuer le méphitisme des salles, troublent le repos des hommes et les exposent à des courants d’air froid. Qu'il y ait assez d'espace pour que les lits, les armes, les effets, les tables et les bancs ne mettent point obstacle à la circulation des soldats; que les lits, écartés de 0®,50, ne soient point rapprochés jusqu’au contact, contrairement au règlement ; sinon la zone de respiration de cha-

que homme empiète sur celle de son voisin, et l'un et l’autre respireront un air plus impur, participant davantage à la nature de l'air expiré. Îl est de la plus haute importance de fixer le nombre des lits à placer dans une chambre d’après sa capacité cubique, et non d’après la superficie qu’elle présente, et pourtant c’est cette dimen-sion qui à servi de base jusqu’aujourd’hui à la répartition des lits. Dans les casernes à construire, on préfère aujourd’hui le système des dortoirs à celui des chambres; il comporte des proportions monumentales, un plus ample espacement des lits, une ventilation régulière, l'application du chauffage par les calorifères, une surveillance plus rapide et plus complète, Le système des chambres entraine presque toujours l’imperfection et l’insuffisance du chautfage en hiver, la saleté des locaux, l'encombrement en toute saison. L'adoption d’une hauteur de 5 mètres pour les chambres de construction nouvelle rendrait materiellement impossible une réduction exagérée dans le volume d’air réservé à chaque soldat (Leblanc); avec des conditions favorables de ventilation naturelle (fenêtres nombreuses et percées à l’opposite, vaste cheminée dans chaque salle), une capacité de 14 mètres cubes par homme pourrait satisfaire aux exigences de la salubrité sans le secours d’une ventilation artificielle. Mais là où ces conditions manquent et où cette limite est excédée, l'emploi des moyens artificiels de ventilation devient nécessaire ; il est utile dans tous les cas, et quand il fait défaut, il convient de recourir au bon office des ventouses que l’on peut disposer de manière à augmenter le volume d’air individuel sans déterminer un abaissement trop prononcé dans la température intérieure. Dans les casernes de cavalerie, l'énergie de la ventilation doit égaler celle des sources d’émanations nauséabondes quis’y rencontrent; les effets d'équipement et de harnachement devraient avoir leur place dans de grands vestibules, et non dans les chambres où couchent les cavaliers. Les casernes de toutes armes auraient besoin de réfectoires, afin que les soldats ne prissent pas leur nourriture dans les chambres. Les salles de police, les prisons et les cachots pèchent généralement contre les règles de l'hygiène; situés au rez-de-chaussée, souvent en contre-bas de la cour, parfois au voisinage des latrines, mal exposés, mal aérés, ils réclament une ventilation artificielle, puisque le séjour des hommes punis y est continu : ceux-ci doivent être astreints aux soins journaliers de propreté personnelle ; leurs vêtements, leurs couvertures doivent être secoués. Si leur détention se prolonge, ils seront conduits journellement à l'air libre durant quelques heures. Point de baquets à demeure, même alors qu’ils

sont vidés, lavés à grande eau plusieurs fois par jour, et frottés avec de la suie (50 grammes de suie de houille désinfectent 40 litres d'urine). On enduit d’ailleurs les baquets d'une légère couche de goudron, d'huile siccative, ou on les tapisse à l'intérieur d’une lame de plomb. Les cours des casernes doivent être spacieuses, disposées en pente, pavées sans intervalles et balayées soir et matin; on n’y laissera pas croître d'herbes ni séjourner les boues et immondices. Les latrines, ordinairement trop éloignées des corps de logis, exposent les malades aux brusques vicissitudes de température ; trop rapprochées, elles répandent leurs émanations dans les chambrées. L'adoption des fosses mobiles inodores pour les casernes serait une grande amélioration, surtout avec des cabinets multipliés en proportion de l'effectif des hommes qui les hantent, garnis de siéges en bois dur ciré, à cuvettes et soupapes et un système d’irrigation spontanée ; il serait défendu aux hommes d’y monter; ils ne tarderont pas à apprécier ces conditions de pudeur et de propreté, à apprendre le respect de soi-même et de leur prochain. Quelles qu’elles soient, toutes les latrines doivent être assainies par le moyen d’un tuyau d'appel, et les pissotières garnies d’une cuvette à la Déparcieux. Les buanderies, disposées au rez-de-chaussée, auront leur sol dallé et incliné légèrement vers un caniveau qui aboutira au ruisseau de la cour. Le chauffage laisse beaucoup à désirer ; il est inégalement conduit. Beaucoup de chambrées manquent de poêles et de cheminées; les soldats s’entassent dans celles qui en sont pourvues, etc. La salubrité de ces habitations collectives joue un rôle prépondérant dans les épidémies, ainsi que l’a remarqué la commission de 1832: sur deux compagnies de pompiers logées dans la caserne de la rue du Vieux-Colombier, il y eut 17 cholériques, tandis que 145 vétérans casernés dans des chambres spacieuses qui prennent jour sur le jardin du Luxembourg n’offrirent qu'un seul cas de choléra (1). De 1830 à 1841, la fièvre typhoïde exerçait de grands ravages parmi les troupes de Paris ; ils se sont notablement atténués depuis quelques années, et ce résultat s'explique par la cessation de l’encombrement dans les chambrées.

6° Hôpitaux et hospices. — Cette dernière dénomination a été substituée à la première vers la fin du siècle dernier afin de diminuer l'horreur qu'inspiraient alors les hôpitaux ; aujourd'hui elle désigne les établissements qui servent de retraite aux infirmes, aux incurables et aux vieillards. Une seule institution de l'antiquité a

(1) Gazette médicale de Paris, 1846, p. 747;

ÉDIFICES PUBLICS. — CONDITIONS PARTICULIÈRES. 645 de l’analogie avec nos hôpitaux : c’est le eynosarge d'Athènes qui recevait les enfants abandonnés et les citoyens devenus invalides au service de la patrie. Toutefois, d’après Mongez, Percy et Wuillaume (1), les principales villes de la Grèce salariaient des médecins chargés de soigner les indigents à domicile. Dans le 1v° siècle, une illustre romaine, Fabiola, fonda une maison pour les pauvres et les infirmes qu’elle y soignait elle-même; à la même époque Byzance vit surgir de nombreux établissements de charité ; Rome dut ses hôpitaux aux papes. Leur exemple fut imité dans les principales cités de l’Europe : les hôpitaux de Lyon, de Reims et d’Autun remontent au vi: siècle ; vers l’an 638, saint Landry fit bâtir l'Hôtel- Dieu de Paris. Les Arabes voulurent aussi abriter les infirmes et les pauvres, et dès le vu siècle, Cordoue posséda un splendide hôpital. Ces fondations se multiplièrent par suite des croisades, des pestes qui sillonnèrent l'Europe, et des maladies qui, rapportées d'Orient ou nées des mœurs du temps, furent confondues sous le nom de lèpre; le plus grand nombre des hôpitaux datent du xv* siècle.

On trouve en France trois catégories d'établissements hospitaliers: 4° hôpitaux, spécialement affectés au traitement des malades ; 2° hospices, où sont reçus les vieillards, les infirmes, les incurables, les orphelins et les enfants trouvés ; 3° hôpitaux-hospices, où ces services sont réunis, et qui appartiennent surtout aux villes à population restreinte. Le nombre de ces établissements n’a guère varié en France depuis vingt-cinq ans. En 1837, il s'élevait à 1327, et en 1853, à 1324, savoir : 385 hospices, 289 hôpitaux, 650 hôpitauxhospices. En ne comptant que les hôpitaux et les hôpitaux-hospices seuls affectés au traitement des malades, on avait, en 4851, une proportion de 4 établissement pour 34 573 habitants. Les ressources des établissements hospitaliers en France n’ont pas cessé de s’accroître : elles étaient, en 1833, de 51 222 019 francs ; en 1843, de 62 597 820 fr.; en 1853, de 85 699 327 fr.; ce qui donne pour chacun d'eux une recette moyenne de 64 700 fr. Les administrations hospitalières les plus riches de France étaient, en 1847, les suivantes :

4 17% 690822. 1e. | Bordeaut…. . ee 843 517 fr. (1). ) 0 SRE SONNNEE 1: 92279991 Strasbourg ...:. 4. 7138196 Ranen. salué : 1136 908 Lille 4. «à: He dus 678014 Miaraeile:s it. Jursss oe 1 069 258 Orléans, suisse 600 819 |, rt a SÉRIE 959 049 SUDMMRS rene dont e 574622

(1) Mémoire sur les établissements en faveur des indigents, des malades, des blessés, etc. Paris, 1813, in-8,

On y comptait :

Aumoniers ..... Din «4 733 Médecins........... + son 2 TO Religieuses .,1..:.%,,,1:4% 7622 Chirurgiens,:4/:,.01.0, ! 645 Infirmiers :.s....s4ecses 1961 Élèves internes, sc... 413 Infirmières ss. gcc come DS 3 Pharmaciens Sas sms: 294 Sérvants AIVETS. .... 5. 4702 Sages-femmes..... Pi 66

De Watteville, à qui nous empruntons ces chiffres, insiste sur le nombre excessif des religieuses et des servantes ; il mentionne des établissements qui comptent plus de religieuses que de malades.

Le nombre des malades traités a suivi une progression croissante, comme on le voit par les proportions suivantes :

Années. Individus traités. Rapport sur 10 000 habitants,

Jusqu'en 1852, le rapport des individus traités au chiffre total de la population a été en moyenne de 15,92 pour 1000. La proportion des hommes admis dans les hôpitaux dépasse constamment de beaucoup celle des femmes ; dans les hospices, elles sont à peu près égales.

Quel est l'emplacement le mieux indiqué pour la construction des hôpitaux ? La statistique mortuaire de ceux qui existent au sein de nos cités populeuses, montre assez le danger de cette situation. Tout hôpital entraîne une agglomération; celle-ci engendre presque inévitablement, et à des degrés divers, l'infection nosocomiale avec ses conséquences bien connues, qui se résument dans l’aggravation des maladies venues du dehors et le développement d’affections spéciales, telles que les fièvres typhiques, les diphthérites, les hémorrhagies, la pourriture d'hôpital, les érysipèles, l’ulcération des plaies, etc. Ces accidents se manifesteront plus souvent et avec plus de gravité si l'hôpital est placé au milieu des agglomérations urbaines, dans des quartiers encombrés par une population pauvre, au voisinage d'établissements industriels qui déversent des liquides putrescibles ou des émanations délétères, etc. Alors le méphitisme de l'air extérieur s'ajoute au méphitisme de l'atmosphère propre des salles. Et l’on s'étonne que la ventilation artificielle, c'est-à-dire l'introduction régulière d’un air déjà vicié avant d'arriver aux malades, ne réussisse point à les assainir ! En hygiène, l’axiome similia similibus ne trouve pas d'application. On objecte qu’à Londres cer-

tains hôpitaux, établis dans des rues étroites, ont une mortalité relativement bénigne (1). Mais l'inconvénient de leur position topographique est en partie compensé par un libéral espacement des malades répartis dans de petites salles, par l'effet ventilateur de grandes cheminées à feu constant, par certains avantages de régime et autres ; ajoutons que ces établissements sont conçus sur une petite échelle et reçoivent peu de malades. En principe, nous considérons le milieu dans lequel sont placés les hôpitaux et l'efficacité de leur aération, dans l’ample mesure des besoins des malades, comme les conditions régulatrices de leur salubrité ; les détails d'installation, d'ameublement, de régime, ete., y concourent utilement, mais ne sauraient les remplacer. Dispensez largement toutes choses au malade ; si l’air est altéré ou insuffisant, ce qui revient au même, vous ne diminuerez pas en sa faveur les chances de mortalité attachées à l'hôpital qui l’abrite.

Les hôpitaux doivent donc s'élever loin des agglomérations d'hommes, dans la banlieue des villes, à mi-côte ou sur des ondulations de terrain qui les mettent à l’abri des effluves des lieux bas et humides. Îl ne sera pas difficile d'organiser le transport régulier des malades de la ville sur ces établissements. Depuis longues années, des fourgons d’ambulance transportent aux hôpitaux militaires de Paris les malades des casernes excentriques et des forts de la banlieue, Le déplacement des malades militaires en sens inverse, c'est-à-dire des casernes intérieures de Paris sur des hôpitaux situés au delà des fortifications, eût été une mesure plus conforme aux exigences de l'hygiène; mais l'expérience conserve sa signification pour ce qui concerne la possibilité d’un transport journalier des malades dans la zone suburbaine. Il ne resterait dans les villes que des dépôts de premiers secours, quelques services isolés et restreints de médecine et de chirurgie pour les cas d’urgence et les malades non transportables. En même temps, l’assistance à domicile, si morale parce qu’elle consolide la famille, si salutaire parce qu’elle assure aux malades les soins intimes et les soustrait aux explorations de conscience et aux pressions indiscrètes du prosélytisme, se développerait dans les proportions voulues et sur la double base des secours médicaux et des prêts gratuits de linge, de mobilier, d'appareils, etc. Voilà les moyens d’amoindrir, de supprimer peut-être toute la pathologie nosocomiale qui s'ajoute

(1) Voyez Lefort, Gazette hebdomadaire, décembre 1861. — Paul Topinard, Quelques aperçus sur la chirurgie anglaise. Thèses de Paris, 1860.

à celle de la misere, des spécialités professionnelles et des excès. «Au milieu des sociétés demi-barbares du passé, quand l'hygiène publique et privée n’existait pas, un immense progrès s’est réalisé par la concentration des secours et des soins nécessaires aux malades dans l’enceinte hospitalière et sous les auspices de la religion. Aujourd’hui, et en présence des résultats statistiques qui se succèdent, n’est-on pas autorisé à se demander si le progrès ne consistera pas, dans l'avenir, à disséminer l’action secourable et combinée de l'administration et de la science, à individualiser l'assistance, à prendre la famille pour point d'appui de son intervention (1)? »

Si le médecin ne peut obtenir l'édification de l'hôpital hors et loin des villes, il indiquera dans le quartier le moins populeux et le plus élevé un emplacement libre et vaste, éloigné des usines, des fossés de remparts, des marais, des abattoirs, du bord des rivières, des cimetières, etc., c’est-à-dire un ensemble de conditions topographiques inverses de celles où nous voyons presque tous nos hôpitaux. Si l’on ne peut éviter la proximité des cours d’eau, il faut exhausser le sol au moyen de voûtes et établir un quai entre la rivière et l'hôpital.

La question des grands et des petits hôpitaux est depuis longtemps en litige ; la bien poser, c’est la résoudre. Or quel médecin hésitera, s’il peut opter, entre une grande agglomération ou une petite agglomération de malades? Minima de malis. L'histoire des grandes agglomérations de malades est celle des épidémies les plus meurtrières, des catastrophes qui ont jalonné l'itinéraire des armées, des hécatombes de la contagion et de l'infection nosocomiales. Jamais on n’a réuni impunément des masses de malades dans les établissements même les plus salubres en apparence et les mieux installés. L'hôpital militaire de Péra, à Constantinople, en 1854 et 1855, coté à 2100 malades, à raison de 20 mètres cubes d'air par homme, devenait au delà de 800 à 900 malades un milieu funeste aux opérations. Celui de Rami-Tchifflick, maintenu au même efec tif de malades, n'avait poini de mortalité exceptionnelle ; porté, en 1856, à 1200 et même à 4400 lits, il s’est converti en un foyer de typhus. [l ne faut point perdre de vue que le seul séjour à l'hôpital a pour effet d’aggraver la forme et la marche des maladies : dans le cours de deux épidémies de fièvre typhoïde, en 1842 et en 1846, Laveran a vu les cas traités au camp conserver leur bénignité, tan-

(1) Michel Lévy, Discours sur la salubrité des hôpitaux (Bullelin de l’Académie de médecine, 1862, t. XX VIT, p, 593 et suiv.).

ÉDIFICES PUBLICS. — CONDITIONS PARTICULIÈRES. 617 dis que la plupart des malades transportés à l'hôpital y succombaient par le fait d’une aggravation continue de la maladie (1). Pringle impute au séjour à l'hôpital la transformation de la fièvre rémittente d'automne en fièvre nosocomiale ; ce que nous appellerions, ajoute Laveran, le changement de la fièvre typhoïde en typhus. Tout le monde s'accorde à reconnaître les conséquences funestes de l'encombrement ; mais où commence l’encombrement ? Il a ses degrés, tous pernicieux dans une proportion inégale; il existe de fait dès que l'air est vicié, et il l’est plus ou moins dans tous les hôpitaux, dans toutes les réunions de malades. La viciation atmosphérique est en raison directe du nombre des malades réunis dans la même enceinte : on n’a pas encore réussi à la prévenir absolument, ni par les plus larges fixations du cubage de l’air ni par le jeu des appareils ventilateurs ; d’où le précepte de préférer les petits hôpitaux aux grands ; tout y gagne ; l’air en pureté, le malade en soins attentifs, la gestion en régularité, le contrôle en précision. Les grands hôpitaux sont le refuge des abus, fatiguent la surveillance de détail, énervent le dévouement, accumulent l’insalubrité. On a objecté les chiffres mortuaires des grands et des petits hôpitaux de Paris ; vaine argutie de statistique ! Les uns et les autres sont également encombrés, également plongés dans le méphitisme de la capitale. La comparaison de leurs résultats de traitement exige d’autres conditions ; nous la désirons sur des bases rationnelles et authentiques, non pour Paris, mais entre les grands hôpitaux de nos grandes villes et les petits hôpitaux non encombrés de nos petites villes. Ce qu’une observation de dix à douze ans m'a appris à cet égard dans des séries d’inspections qui portaient sur un nombre considérable d’hôpitaux civils où sont traités les malades de nos garnisons dépourvues d'hôpitaux militaires, ne me laisse aucun doute sur la supériorité hygiénique des petits établissements ; moins ils contiennent de malades, plus ils sont salubres. Sans l’obstacle budgétaire des frais généraux, on ne saurait trop restreindre l’effectif ou la contenance des hôpitaux. A 200 malades, ils produiront plus et mieux pour l’humanité et pour le succès de l’art qu’à 300 et 100 malades ; ce dernier chiffre nous paraît une limite désirable, et nous tenons le chiffre de 600 lits pour un maximum qui ne devra pas être permanent ; au delà de ces fixations leur assainissement est un problème de tous les jours et:

(1) Des influences de l'hôpital sur la marche et la gravilé des épidémies de rougeole(Ga zelle hebdomadaire, 1861).

la régularité de leurs services plus apparente que réelle. Vastes foyers d'élaboration morbifique, toujours menaçants pour ceux qui y résident, ils engendrent des maladies spéciales, ils enveniment celles qui ont été apportées du dehors, ils alimentent une atmosphère toxique.

La figure des bâtiments influe sur leurs conditions hygiéniques. Antoine Petit voulait leur donner la forme d’une étoile à rayons convergents vers un dôme central; disposition favorable à la propagation du méphitisme dans tous les sens. Le rectangle de Vauban (hôpitaux militaires de Strasbourg, Metz, etc.) sacrifie la ventilation des cours et l'indépendance nécessaire des salles à quelques commodités de service et de surveillance intérieure, c’est-à-dire le principal à l'accessoire. En réponse à un projet d'hôpital conçu par l’architecte Poyet, l’Académie des sciences blâma la forme circulaire et la forme carrée et se prononça pour un bâtiment en parallélogramme dirigé de l’est à l'ouest. On s'accorde aujourd’hui à préférer la disposition des bâtiments en pavillons parallèles, séparés par de larges espaces ornés d’arbres et de fleurs, et représentant chacun un petit hôpital, baigné par l'air vague sur ses deux façades et à ses deux extrémités ; rapprochés, ils se projetteraient leurs ombres et leurs émanations; plus on agrandira l'intervalle qui les sépare en forme de promenoirs, plus on les assainira. Chaque pavillon, partagé au milieu par un escalier avec de vastes paliers, ne se composera que d’un rez-de-chaussée et d’un étage, comprenant chacun deux salles à droite et à gauche du palier sur lequel ils ont leur porte d'entrée; à chaque salle seront attenants des cabinets pour l'isolement de certains malades, le poste de l’infirmier-major ou le cabinet des sœurs et celui du médecin. Les pavillons construits en 1841 au Val-de-Grâce peuvent servir de modèle à ces constructions, sauf le nombre de lits qu'ils contiennent,

La hauteur des bâtiments ne doit point dépasser deux étages, et mieux vaut l'arrêter à un seul étage sur un rez-de-chaussée exhaussé sur des caves. Hunter, Coste, Desgenettes, Pastoret, Villermé ont fait depuis longtemps la remarque que les étages supérieurs donnent plus de décès, parce que le méphitisme des locaux situés au-dessous y monte. Cette observation est contraire à l’opinion de Hildenbrand, qui suppose qu’en raison de leur pesantear les miasmes du typhus s’amassent dans les couches inférieures de l'air, et rendent l'habitation des rez-de-chaussée plus dangereuse. En Orient, nos hôpitaux en baraques et sous tentes ont moins souffert du choléra et du typhus que nos hôpitaux-bâtiments à étages.

L'étendue qui convient aux salles est indiquée par les résultats de l'observation : s’il meurt plus d'enfants à lhôpital des Enfants malades que dans les hôpitaux Saint-Antoine, Cochin, Beaujon, Necker, cela tient uniquement, dit Trousseau, à la différence du nombre «les lits dans les salles. C'est aussi à la répartition des blessés et des opérés dans de petites salles à cheminée et pourvues de bons moyens de ventilation que Léon Lefort attribue en partie les succès plus marqués de la chirurgie à Londres qu’à Paris. Les salles vastes, bien percées, longues, hautes d'étage, plaisent à l'œil et valent mieux certainement que des salles étroites, basses, ete. Mais le grand nombre des malades qu’elles reçoivent les rendra toujours plus dangereuses que de petites salles offrant les mêmes conditions d’aération et de lumière ; si large que soit le cube d'air assigné à chaque malade, les émanations s’y accumulent ; le risque de la contagion et de l'infection est en raison directe du chiffre de la population des salles ; il en est de même des chances d’agitation nocturne et d’aggravation des maladies par l'effet moral qui résulte de la présence des agonisants, des délirants, etc. À la Charité de Paris, la même salle règne au rez-dé-chaussée et au premier étage sur un développement de plus de 200 mètres, et contient de 149 à 225 lits. Le Val-de-Grâce présentait il y a plus de vingt ans à chaque étage quatre salles communiquant directement entre elles, de manière à confondre leurs atmosphères ; on y a fait depuis, et sur mes demandes réitérées, des intersections aux dépens de la longueur des salles, pour ménager des paliers et des cabinets intermédiaires, et cette mesure à singulièrement assaini ces locaux, où les aceidents de l'infection, autrefois très communs, sont devenus fort rares. Plus les salles sont petites, plus on peut rapprocher chaque malade des conditions de son hygiène privée, grouper les cas pathologiques de manière à neutraliser les effets de voisinage et à écarter le péril des transmissions morbides. Mais comme il faut tenir compte des nécessités de service et d'économie, il sera difficile de s'arrêter à 12 lits par chambrée, comme le veut Trousseau ; nous accordons 25 à 30, moyennant l’adjonction de cabinets particuliers qui, dépendant du même service, recevront les malades capables de troubler le repos ou d’engendrer un foyer d’extension pathologique. IL importe que les salles soient parfaitement isolées les unes des autres et laissent entre elles des vestibules bien ventilés, en guise de réservoir d’air. Les avantages de la séparation des malades disparaissent, si les chambres ont des baies sans portes, si les chauffoirs, les promenoirs sont communs, etc.

Les salles destinées aux malades auront des plafonds arrondis dans leurs angles, sans poutres découvertes. En Angleterre, les murs de certains hôpitaux sont revêtus d’un ciment en forme de stuc. Nous croyons qu’il y a lieu de généraliser cette mesure et de stuquer les murs de toutes les salles ; ce qui permettra de les nettoyer fréquemment à l'aide de grosses éponges humides fixées à l’extrémité de longs balais et de les essuyer immédiatement avec des éponges ou des linges secs ; leurs surfaces polies ne s’imprégneront point, comme les murs plâtrés, de la vapeur d’eau qui sert de véhicule à des matières organiques putréfiées, et ne se tapisseront pas de poussières organiques. Reveil, par ses analyses mécaniques de l'air, a vérifié l'existence de matières organiques dans l’atmosphère des salles de l'hôpital Lariboisière ; il les a recueillies en dépôt sur une série de lames de platine mouillées et criblées de trous à travers lesquels l’air s'engage. En 1862, Chalvet, interne de lhôpital Saint-Louis, usant de procédés plus précis encore, a constaté que l'air contient une plus forte proportion de matières organiques dans les salles de chirurgie que dans celles de médecine ; au voisinage d’un malade atteint de pourriture d'hôpital, cette proportion était érorme : Kuhlmann a analysé la poussière obtenue par le grattage à la superficie de la couche de peinture à la chaux qui tapisse les murs et y a trouvé 46 pour 400 de substances organiques; il est vrai que cette peinture n’avait pas été renouvelée depuis plus de dix ans. Ces faits montrent l'utilité des surfaces polies, imperméables, de l'absence de toutes saillies propres à arrêter la poussière, etc. Pour le plancher des salles, le carrelage est préférable aux dalles etaux parquets de bois tendre qui s’imprègne des liquides épandus à sa surface; mais les parquets de bois de chêne et cirés sont exempts de cet inconvénient, sont moins froids que les carreaux et contribuent au bon aspect des salles. Elles doivent avoir au moins toutes 32 décimètres d’élévation ; les fenêtres, larges, percées à l'opposite, donnant du nord au midi, doivent occuper au moins Île tiers de l'étendue totale de la muraille à laquelle elles appartiennent; la largeur des salles doit donc déterminer celle des bâtiments, et quand elles ne jouissent pas des deux expositions, il faut ouvrir des ventilateurs sur la paroi dépourvue de croisées, pratiquer dans le plafond ou dans la voûte des cheminées d’évent, montant au-dessus de la toiture et disposées de manière à laisser entre elles un intervalle de 6 mètres. À défaut de ces moyens, on perce des jours dans les corridors adjacents, à l’opposite de l’unique rangée de fenêtres, pour établir des courants d’airs efficaces. Les fenêtres, élevées de

1 mètre à 1 mètre et demi au-dessus du plancher, atteindront la corniche du plafond ; sur cette hauteur, leur châssis sera divisé en deux compartiments inégaux dont le supérieur, plus petit, pourra s'ouvrir indépendamment de l’inférieur à l’aide d’un cliquet à bascule, ce qui permettra d’écouler les couches d’air supérieures et viciées de la salle sans exposer les malades à une ventilation trop directe, Au niveau du sol, au-dessous de chaque croisée, on pratiquera une ouverture carrée, large et haute de 15 à 20 centimètres, munie d’un opereule mobile et destiné à diriger au-dessous des lits un courant d’air qui entraîne les gaz méphitiques plus lourds que l’air. Des rideaux ou stores, non susceptibles de gêner les mouvements des fenêtres, serviront à garantir les malades contre les effets d’une insolation trop vive ou trop prolongée.

Le point capital est le rapport du cube atmosphérique des salles avec les objets mobiliers et le nombre des malades. Aux causes ordinaires d’altération de l'air (respiration, transpirations pulmonaire et cutanée, éclairage et chauffage) se joint dans les hôpitaux une cause spéciale : c'est l’évaporation des tisanes, des bains pris dans les salles, des draps et alèzes mouillés, des crachoirs, des cataplasmes, des fomentations, des irrigations, des médicaments volatils, tels que chlorures, camphre, muse, préparations sulfureuses, etc., du sang des saignées et des ventouses, des matières vomies, des suppurations, des urines, des chaises de nuit, etc. Sans doute le zèle des personnes qui soignent les malades fait disparaître rapidement une partie de ces foyers d’émanations putrescibles; mais ce n’est point exagérer que d'évaluer leur effet total à celui des deux transpirations dont le produit exige, pour être évaporé, 9 mètres cubes, 100 litres par heure. Remarquons en outre que des organismes malades, affaiblis par les souffrances, la diète, et privés le plus souvent d’excitation morale, réagissent moins contre l'atteinte des miasmes délétères et subissent presque sans résistance les effets de ce genre d'intoxication. Tenon fixait la largeur des salles à 8,12, l’allée qui sépare deux rangées de lits à h mètres ; il voulait pour chaque malade environ 45 mètres cubes d'air. Bégin prescrit entre deux lits au moins 65 centimètres, entre deux rangées de lits au moins 2 mètres. Il accorde aux fiévreux et aux blessés qui restent au lit 20 mètres cubes d’air, et 18 aux galeux et aux vénériens qui sortent pendant le jour; mais durant la nuit cette différence disparaît, à moins que l'on ne tienne compte des entrées et des sorties qui déterminent, comme nous l'avons vu, une ventilation accidentelle assez forte. Toutes ces fixations qui sont

malheureusement conservées par le règlement des hôpitaux militaires, sont insuffisantes, mieux valait maintenir celles de Tenon. Dans beaucoup d’hôpitaux, surtout dans ceux de l’armée, on a réglé le nombre des lits d’après la superficie des salles : erreur funeste ! Il importe de se guider d’après le cubage, et encore la capacité d’un local ne représente le nombre de mètres cubes d’air qu'il délimite qu'autant que cet air est à zéro, et sous la pression de 0,760. Au-dessus et au-dessous de ce chiffre il faut déduire pour la dilatation et ajouter pour la condensation (Poumet). Une autre réduction doit être faite en proportion de la masse solide de tout ce qui est contenu dans la salle, meubles, lits, piliers, corps de malades, etc.; on ne peut compter moins de 4 mètre cube par lit garni de son mobilier, ni moins de 80 litres d’air pour chaque corps d’adulte, Que si l’on fait valoir l'aération diurne par des fenêtres, rappelons qu'elle est nulle pendant la nuit, nulle ou dangereuse pendant l'hiver, qui est la saison d’encombrement des hôpitaux ; durant le reste de l’année, on ne peut aérer un hôpital comme on fait les dortoirs d’un collége ou les chambres d’une caserne ; on y peut ouvrir les fenêtres sans danger quand le temps est beau : or, on a calculé que de 1689 à 1824, dans l’espace de 135 ans, la constitution atmosphérique donne année moyenne, à Paris, 180 jours de brouillard, 140 jours pluvieux. Aussi dans la plupart des hôpitaux sent-on une odeur qui leur est particulière et qui se développe surtout pendant la nuit. F. Leblanc a pu retirer par l'analyse de l’air de plusieurs salles, à Paris, 3, 5, 8 pour 100 d'acide carbonique; l’excès de vapeur aqueuse s’y dénote en hiver par la couche de glace qui se dépose sur les vitres, et qui, en se liquéfiant, pourrit les châssis. Poumet, dans sept salles de choix (clinique de l’Hôtel-Dieu, de la Charité, de la Pitié et de Saint-Louis), a trouvé que les malades ne recevaient que 17 pour 100 de l’air qui leur est nécessaire d’après les indications rationnelles de la science; après douze heures de nuit cet air contient 0,006 d'acide carbonique, et dénote par son odeur une forte proportion d'éléments miasmatiques. À la Salpêtrière, les malades de certaines salles ne reçoivent même pas en quantité suffisante l'air vicié qu'elles sont condamnées à respirer (Poumet). Il n’est donc qu'un seul moyen d'assainissement complet des hôpitaux, c’est une ventilation régulière et co ntinue. Poumet demande pour chaque malade, et par heure, 20 mètres cubes d’air pur à 16 degrés centigrades; cette fixation, que la physiologie confirme, était acceptée naguère. La pratique en a déjà démontré l'insuffisance, tant les causes de viciation atmosphérique ont d'énergie

dans les hôpitaux. L'administration de Paris, en traitant pour la ventilation des pavillons de lhôpita! Lariboiïsière, a stipulé 60 mètres cubes d’air par heure et par malade. Dans ce même hôpital, Grassi (1) a constaté qu’un homme atteint de gangrène du poumon, et placé dans une salle où il recevait plus de 100 mètres cubes d’air par heure, répandait autour de lui une odeur si forte, qu'on fut obligé, pour en garantir ses voisins, d’entourer son lit de tissus imprégnés d’une solution d’azotate de plomb (liquide Ledoyen). L'hôpital de Glascow présente pour l'aération des locaux un ensemble de dispositions que Léon Lefort signale avec insistance et qui méritent ici une mention. Le chauffage s'effectue par des foyers ouverts, alimentés au charbon de terre et placés au centre de la salle, à chaque extrémité d’une cheminée quadrangulaire; grâce à ses dimensions, il peut loger dans son épaisseur tous les tuyaux des foyers des autres étages, et dans sa partie centrale, un espace de Amsur1%,20 mètre est séparé en tubes d'aspiration destinés à extraire des salles l'air vicié. Sur deux des côtés du corps de cette cheminée centrale et près du plafond de la salle, existe une ouverture qui conduit cet air dans le tuyau à fumée. Sur les deux autres côtés, et au même niveau, deux autres ouvertures l’amènent dans les tubes d'aspiration. À ces quatre ouvertures s'ajoutent celles des deux cheminées pour l'écoulement de l'air vicié; la chaleur des foyers suffit pour échauffer les tubes aspirateurs et déterminer le tirage. « L'air frais entre dans la salle par 35 ouvertures sans compter les portes. Six orifices (trois de chaque côté), placés dans le plafond, communiquent par un canal établi entre deux planchers contigus, avec un orifice s’ouvrant dans la façade. Les murs, par une disposition analogue à celle qu'emplote le génie militaire dans la construction des magasins à poudre, sont, en quelque façon, dédoublés et interceptent dans leur épaisseur une sorte de canal intra-pariétal qui s'ouvre au niveau de la partie inférieure et de la partie supérieure de quatorze fenêtres. L'air pénètre ainsi entre les murs et arrive dans la salle par 28 ouvertures placées dans l’angle que forment les murs latéraux avec le plafond et le plancher. Il suffit de lever de 2 pouces la moitié supérieure, de baisser de la même quantité la moitié inférieure de chaque fenêtre pour intercepter l’entrée de l'air par cette voie indirecte. Enfin, au-dessus de la porte, se trouve une large ouverture à claire-voie qu'on ouvre et ferme à volonté. Ces moyens permettent une ventilation graduée de la salle, parfaite, alors même que les fenêtres restent fermées, car on a pu

(1) Thèse citée, p. 14.

ventiler les angles supérieurs et inférieurs là où l’air a de la tendance à séjourner. Le chauffage et la ventilation de chaque salle sont parfaitement indépendants (1). »

L'ameublement des salles doit être aussi restreint que possible, dans l'intérêt et pour la facilité de l’aération; il a pour élément essentiel le couchage des malades : un lit pour chacun ; deux rangées seulement de lits adossés aux trumeaux des salles, non aux fenêtres dont la fraicheur peut nuire aux malades. Point de rangées de lit au milieu des salles: si vastes qu’elles soient, elles en sont encombrées ; disposés dans le sens de la longueur des salles, ils placent la tête de chaque malade à proximité des pieds du malade qui occupe le numéro précédent. Les lits adossés aux murs ne doivent point les toucher, pour que l’air circule librement entre le mur et les lits; ceux-ci seront assez élevés pour épargner au malade les émanations du sol et au médecin la gêne des attitudes.

Les couchettes de fer sont justement préférées ; elles préservent des punaises, occupent moins d'espace et n’exigent point de réparations : elles doivent avoir 2 mètres de long sur 1 de large, hors œuvre ; le fond en est formé par des lames ou pans de tôle ; deux tablettes de bois de 1",10 de long sur 0,180 de large, rejetées pour les deux tiers de leur largeur en dehors du lit, sont fixées aux montants de la tête et des pieds des chàlits pour recevoir les ustensiles et les aliments. Le reste du coucher comprend une paillasse, un matelas de crin et de laine par moitié, un traversin, une couverture en été, deux en hiver et deux draps. La paille fraîche serait préférable au sommier de crin, les émanations s’attachant moins aux substances végétales qu'aux produits animaux ; mais on doit préférer à l’une et à l’autre les sommiers à ressorts métalliques, et à ces sommiers, le système de couchage proposé par le docteur Gariel, où les ressorts, au lieu de faire partie du sommier, sont fixés d’une ‘part sur un fond sanglé, et de l’autre, sur les montants de la couchette; leur élasticité est telle qu'un seul matelas, posé sur un fond sanglé, fournit un coucher aussi souple que salubre, puisque l’aération s'opère sous le malade comme autour de lui. Les lits de plume et les édredons seront repoussés comme des réceptacles de miasmes propres à perpétuer les infections locales. Les matelas doivent être cardés ou rebattus tous les six mois; après le même laps de temps, il faut remettre au foulon les couvertures de laine d'hiver. Des rideaux légers, suspendus à un cercle de fer d’un très petit diamètre,

(1) Léon. Lefort, loc, cit., p. 19.

peu distant du plafond, protégeront dans les salles de femmes les sollicitudes de la pudeur et les détails de leur toilette. Cette considération n'existe pas pour les hommes : les rideaux servent de barrière aux exhalaisons de chaque malade et les accumulent sur lui; s'ils dérobent la vue de la douleur et de l’agonie, ils n’en interceptent point les gémissements et les ràles. Les malades doivent trouver à leur entrée à l'hôpital un vêtement complet qui les mette à l'abri du froid et facilite leurs mouvements. On donne à chacun d'eux une cuiller à bouche, une fourchette de fer étamé, une écuelle, une assiette, trois pots d’étain de 400, 50 et 25 centilitres pour les tisanes, les boissons et le vin. Une petite table de nuit de chêne est disposée pour recevoir le pot de chambre et pour servir en même temps de siége. De grandes tables garnies de bancs occupent le milieu des salles et permettent aux malades de se réunir, soit pour leurs repas, soit pour des jeux de simple amusement, si, ce qui vaut mieux, il n’est possible d’assigner un local distinct pour réfectoire à ceux d’entre eux qui sont en état de se lever et de marcher. Des chaises percées, qui ferment hermétiquement, sont tenues en réserve pour les malades qui ne peuvent se rendre aux latrines. Après divers tàtonnements, l'administration militaire, en France, s’est arrêtée aux fixations suivantes que l’expérience à sanctionnées : pour 1000 malades, il faut 1150 lits complétement garnis ; en surplus, 230 enveloppes de matelas et autant d’enveloppes de traversins; draps de lits, 9200; chemises, 5750; cravates, 2000 ; bonnets de laine, 1150 ; coiffes de toile, 5750; capotes ou robes de chambre, 1150 ; demi-bas de laine pour l'hiver et de fil pour lété, 2300 de chaque ; pantoufles, 1150 ; pantalons de drap pour lhiver, 4150, et de toile pour l’été, 2300 ; crachoirs de toile que l’on étend sur les lits des malades qui re peuvent se servir des crachoirs ordinaires, 230 ; corsets de force avec leurs accessoires, 50. Les fournitures spéciales, destinées aux officiers (sommiers de icrin, oreillers et taies d’oreillers, etc.), entrent pour un vingtième dans ce calcul, applicable aux hôpitaux civils ; il y faut ajouter 400 nappes assorties, 500 serviettes, 500 essuie-mains, 1200 torchons, des robes de toile pour les officiers de santé traitants et des tabliers pour les autres. Cette fixation est réglée dans la proportion de 3/5 blessés ou fiévreux, 2/15 galeux, avec addition de 3/20 pour les infirmiers, les rechanges et les réparations.

Des salles de rechange sont nécessaires pour recevoir les malades provenant de celles qui, après une épidémie où une occupation suffisamment prolongée, exigent des soins de désinfection, de lavage

M. LÉVY. 4° ÉDIT.— ll. 40

ou de blanchissement. On ne peut qu’approuver les règlements des hôpitaux militaires, qui prescrivent de blanchir à la chaux, tous les six mois, les murs et plafonds des salles, et de laver les bois de lits, les couvertures et les toiles de paillasses, de changer la paille, etc. Les objets qui ont servi pendant des maladies très graves, suivies ou non de mort, doivent être aérés, lavés, fumigés et, si le médecin le prescrit, détruits par le feu. Plusieurs salles tout à fait isolées dans des corps de bâtiments distincts recevront les maladies contagieuses ou celles qui exigent des précautions spéciales (folie, hystérie, etc.). |

Nous nous bornons à mentionner les dépendances immédiates, telles que bureaux, chambre de garde, vestiaire, pharmacie, tisaneries, laboratoire, cuisines, bains, etc., et les dépendances éloignées, telles que buanderie, séchoir libre et couvert, amphithéâtre de dissection, etc; elles doivent être établies dans des bâtiments ou pavillons particuliers, celles-ci le plus loin que possible des salles des malades, celles-là assez loin pour ne pas leur devenir une cause d’odeurs, de chaleur ou d’hamidité, et assez près pour assurer la promptitude et la facilité des services.

Il est désirable que les bains, ordinairement trop éloignés, communiquent par des tuyaux de conduite avec les salles, de manière à permettre l'administration de l’eau à l'extérieur et sous différentes formes auprès du lit des malades. Quant aux décédés, une fàcheuse alternative est de les laisser trop longtemps exposés à la vue des malades ou de les transporter trop tôt dans des réceptacles où toute chance de révivification en cas de mort apparente est perdue. Nous signalons ici l’une des plus graves défectuosités du système hospitalier : 11 n'accorde aucune garantie à qui paraît avoir cessé de vivre ; vingt-quatre heures d'abandon dans un lieu sombre et froid se passent entre la dernière expiration et le premier coup de scalpel. Il faut pourvoir à cette lacune néfaste par une surveillance organisée autour des corps déposés au lieu dit chapelle. Quant à l’amphithéâtre d’aulopsie et de dissection, qu’un rideau d'arbres ou une construction le dérobe aux regards des malades ; que chaque cadavre repose sur une table isolée et conforme au modèle donné par Parent-Duchâtelet ou par d’Arcet ; qu’une propreté sévère y règne et qu'une bonne ventilation, jointe à l’absence des rayons solaires, s’oppose à la putréfaction des cadavres qui doivent étre enlevés aussitôt qu'ils en présentent les indices.

Les fosses mobiles avec tuyaux de conduite perpendiculaires doivent remplacer les fosses communes et fixes ; les latrines seront

ÉDIFICES PUBLICS. — CONDITIONS PARTICULIÈRES. 627 éloignées des salles, ventilées avec activité (voy. t. I); le vestibule qui y conduit sera pourvu à ses deux entrées de portes qui ferment spontanément ; le plancher sera de dalles inclinées; des siéges séparés en chêne ciré, surmontés d’un couvercle mobile et munis de cuvettes de faïence avec soupape et réservoir d’eau; les fenêtres fermées à l’aide d’une simple claire-voie.

Les spécialités des hôpitaux sont fondées sur la profession, l’âge, le sexe, le genre et l’époque des maladies.

4° Hôpitaux militaires et maritimes.

À. Le service de santé de l’armée commence dans les régiments ; les casernes ont des infirmeries où sont traités les cas légers de médecine et de chirurgie, les blennorrhagies, quelques accidents syphilitiques primitifs, les maladies cutanées récentes et apyrétiques, notamment la gale; elles comportent la séparation des divers genres de malades, surtout des vénériens et des galeux ; elles sont pourvues réglementairement d’une petite pharmacie, d’un approvisionnement de linge et d'appareils à fractures pour les cas d'urgence, d’un dépôt de vaccin, des instruments qui entrent dans la composition du sac d’ambulance, de baignoires, d’ustensiles pour les pédiluves, les bains de siége et la préparation des tisanes, etc. Beaucoup d'infirmeries ressemblent, par leur installation, à de petits hôpitaux et en offrent presque les avantages ; une salle de convalescents y est annexée par le règlement et les hommes qu’elle reçoit, nourris par la cantine des sous-officiers, reçoivent du vin ou du café, au besoin une ration de riz. D’autres infirmeries sont à peine dignes de leur destination; situées au 3° ou 4‘étage, elles sont d’un accès difficile aux malades et aux valétudinaires, mal disposées, mal tenues. Ces établissements, sorte d'hôpitaux rudimentaires, pourraient redevenir utilement ce qu'ils étaient avant 93, ce qu'ils sont encore aujourd'hui dans l’armée anglaise, des hôpitaux de régiments. 11 coûterait peu de les réorganiser sur ce pied, et ils représenteraient pour nos soldats l'assistance à domicile ou plutôt les soins de la famille, en même temps qu’ils donneraient au service médical de troupes un attrait de science et d'importance pratique, aux médecins qui en sont chargés l’occasion journalière d'exercer leur habileté et d'appliquer leurs connaissances.

Les hôpitaux reçoivent les malades non compris dans la nomenclature nosologique des infirmeries et ceux qui n’y ont pas guéri dans un délai suffisant. L'armée a ses grands et ses petits hôpitaux ; elle en a de moyenne contenance. Quels résultats fournissent-ils ? On lignore au juste, en l'absence d’une statistique facile à dresser

avec les documents exigés de tous les médecins et centralisés au conseil de santé, comme on ignore les rapports de fréquence de certaines maladies et des décès entre les diverses armes, cavalerie, infanterie, artillerie, etc. En attendant que des statistiques, depuis longtemps désirées, prescrites même par une loi, dégagent ces faits avec une précision authentique, l'expérience paraît favorable aux petits hôpitaux. Dans tous ces établissements, on ne peut que louer l’accomplissement de la plupart des conditions que nous avons énoncées plus haut, propreté, bon état de mobilier, lits de fer bien garnis, vêtements des malades, régime alimentaire et pharmaceutique; séparation des fiévreux, des blessés, des vénériens et des galeux, séparation des maladies contagieuses ou délirantes, blanchiment périodique des salles, ete. Mais, comme nous l'avons dit, les fixations d'espacement des lits, des rangées de lits, du cube d'air par malade, sont insuffisantes ; la ventilation régulière n’a encore été appliquée qu’à l'hôpital de Vincennes; les salles de convalescents font généralement défaut ; le plus petit nombre a les murs peints à l'huile, des parquets cirés et des latrines à l’anglaise, trois améliorations que j'ai le premier revendiquées dans l'intérêt hygiénique des malades. Beaucoup de nos hôpitaux militaires ont, en outre, les inconvénients topographiques presque inévitables des places fortes, c’est-à-dire le voisinage des remparts et des fossés, celui des casernes et des quartiers populaires qui sont, en général, les plus mal percés, bâtis et tenus. Les inspections réitérées dont ils sont l’objet, contribuent à leur bon entretien et à l’amélioration de leurs détails d'économie intérieure ; l'encombrement y est plus rare qu'autrelois ; de là une diminution dans leur mortalité.

L'hôtel des Invalides est le noble refuge des infirmes et des mutilés de la guerre; il est à l’armée ce que les hospices sont aux infirmes et aux incurables des classes civiles, avec les différences matérielles et morales qui existent naturellement entre l’œuvre de charité publique et la rémunération nationale des souffrances endurées ou du sang versé pour la patrie. L'hôpital, l’hospice civil est une fondation pieuse, c’est l’aumône agrandie et permanente; l’hôpital militaire acquitte la dette du pays envers les citoyens qui consacrent à sa défense une partie de leur jeunesse, quelquefois leur santé, et, si besoin est, leur vie.

Des hôpitaux thermaux (Bourbonne-les-Bains, Baréges, Amélie, Vichy, les salles militaires de Bourbon-l’Archambault) reçoivent pour une ou deux saisons les officiers et militaires qui ont besoin de l'usage des eaux minérales de ces localités. C’est là une libérale

ÉDIFICES PUBLICS. — CONDITIONS PARTICULIÈRES. 629 institution que l'étranger admire et s’avise enfin d’imiter. Tous les ans, ceux qui réclament ce traitement, sont soumis à des visites d'examen, sous le contrôle du conseil de santé, et répartis, suivant le caractère et l'urgence des indications curatives, entre les diverses stations hydro-thermales et dans l’ordre successif des saisons. L'h6pital militaire d'Amélie est un monument ; ses thermes un modèle. L'hôpital de Vichy se complète; celui de Baréges est en voie de refonte ; il ne reste qu’à rebâtir l'hôpital délabré de Bourbonne. Le régime et les soins laissent peu à désirer dans ces établissements que l'administration de la guerre entoure d’une intelligente sollicitude.

Nous demandons pour l’armée, non des hôpitaux de convalescents, mais des salles de convalescents dans les hôpitaux ordinaires. C'est dans leurs familles que nos Jeunes soldats se rétablissent le plus promptement, et des congés leur sont délivrés à cet effet sur la proposition des médecins. Quant à ceux qui n’ont pas de foyer domestique, la famille militaire leur en tient lieu et le retour à la caserne, l'habitation de la salle des convalescents de l’infirmerie, une série d'exemptions de service et de corvées, la surveiliance affectueuse du médecin du bataillon, voilà de quoi favoriser son entier rétablissement, si entre le lit de douleur et la caserne, il a trouvé les douceurs et les soins reconfortants d’un service de convalescence.

B. En temps de guerre, les ambulances, les hôpitaux temporaires, les hôpitaux d'évacuation. Chaque division active a son ambulance avec un personnel et un matériel suffisants pour se dédoubler, s’il y a lieu, en deux sections indépendantes. Le règlement du 1° avril 1831 (2° partie) établit au grand quartier général une ample réserve pour alimenter les services épars sur le théâtre des opérations. L'expérience a démontré que cette réserve d'hommes et de matériel n'existe le plus souvent que sur le papier, à cause des lenteurs ou des difficultés d'envoi, et que, lorsqu'elle existe, elle s’'épuise rapidement sans se renouveler en temps utile. En effet, les besoins du service de santé se font sentir avec le plus d'énergie à la circonférence de l’armée et derrière le champ de bataille, sur la ligne des combats renaissants ou des sanglantes batailles, et sur les points en amont qui sont les étapes successives des évacuations. Le principe est de pourvoir à ce qui est urgent au moyen des ambulances et de les débarrasser sans délai, en vue des éventualités du lendemain. Aux heures qui suivent les grandes collisions, il n’y à jamais assez

e mains chirurgicales ; aux gites d'évacuation, aux hôpitaux tem-

poraires de première ligne, même insuffisance habituelle. C'est donc sur ces points qu’il faut concentrer les ressources d'assistance active et simultanée. Aussi me suis-je éloigné des fixations réglementaires de 1854, quand j'ai été chargé à Varna de constituer les ambulances divisionnaires pour la Crimée; j'ai placé à leur tête des chirurgiens principaux, j'ai doublé leur personnel chirurgical, et consulté depuis sur les changements à introduire dans la composition normale des ambulances, j'ai posé ce doublement en principe, j'ai démontré par les faits qu'il était plus utile de grouper, dès le début d’une campagne, le personnel médical en forte proportion aux ambulances que de le concentrer en réserve au quartier général. La création des infirmiers de visite que je me félicite d’avoir suggérée et mise en œuvre par leur apprentissage au Val-de-Grâce, donnera et a déjà donné en [talie (1859), de précieux auxiliaires au service haletant des ambulances.

Les hôpitaux temporaires de 4"°, 2°, 3° ligne s’établissent dans les divers édifices publics, rapidement appropriés à cette destination. C’est fortune quand on peut, comme en Italie, compter sur un vaste ensemble d'établissements richement pourvus, hôpitaux et hospices civils, couvents et palais, semés dans une série de grandes cités et de villes opimes, reliées par des chemins de fer, sur le concours des populations électrisées par une guerre d’imdépendance nationale, etc. En Orient, le service de santé n’a rencontré que difficultés et périls : une suite fatale d’épidémies meurtrières, choléra, scorbut, dysenterie, typhus, n'a cessé d'agrandir les besoins, de multiplier les épreuves. Les bâtiments turcs ne pouvaient suffire ; il a fallu improviser des hôpitaux sous tentes, créer des hôpitaux en baraques. Au milieu de ces exigences et de ses embarras, le médecin doit se préoccuper, avant tout, d'éviter, d’amoindrir les encombrements de malades : là est le danger le plus terrible. Ceux qui l'ont méconnu, ont appelé et fixé le typhus dans leurs hôpitaux (1), Les bâtiments clos s’infectaient plus que les baraques ; celles-ci, n'avant qu'un rez-de-chaussée et laissant entre elles des intervalles de terrains que balayaient les courants atmosphériques, représentent autant de pavillons mdépendants qui abritaient 30, 40 et au plus 50 malades, faciles à aérer par deux rangées opposées de fenêtres et par deux portes aux deux extrémités; aussi avons-nous groupé im-

(4) Voyez Félix Jacquot, Du typhus de l’armée d'Orient, 1858. — Garreau, Mémoire sur le typhus de l’armée d'Orient, 1858,— Quesnoy, Mémoire de médecine militaire, t. XX, 2° série, etc.

x ÉDIFICES PUBLICS. — CONDITIONS PARTICULIÈRES. 631

punément 1800 malades dans les baraques construites sur la terrasse de Gulhani, dans l’enceinte du vieux sérail, qui, réunies dans des bâtiments clos, les auraient convertis en foyers mortels de contagion typhique. Le choléra de Varna et de la Dobrudsa nous a imposé, faute de bâtiments disponibles et de matériel hospitalier, une expérence de traitement sous les tentes, que nous avons racontée ailleurs (1) avec quelques détails ; bornons-nous à en relater ici les résultats. Les deux hôpitaux intérieurs de Varna ont reçu (en septembre 1854), 2314 cholériques, dont 1389 ont succombé ; proportion : 100 décès sur 160 malades. Trois hôpitaux sous tentes, établies à 6 kilomètres environ de Varna, l’un sur le plateau de Franka, les deux autres sur le bord méridional de la rade, au voisinage d’un petit monastère grec ont compté 698 décès seulement sur 2635 cholériques; proportion : 100 morts sur 376 malades; en ajoutant à ce chiffre les décès survenus pendant la traversée et dans le trajet du port à l'emplacement du monastère, on obtient encore une proportion d'une bénignité insolite. Et tandis que les hôpitauxbâtiments s’infectent pour un temps plus ou moins long, ici point de foyers cholériques ; 17 officiers de santéontsuccombé en soignant les cholériques dans les bâtiments, aucun n’est mort sous les tentes. Si le typhus s’est développé dans les campements de la Crimée, c'est qu’alors les tentes, hermétiquement fermées pour protéger leurs habitants contre les rigueurs de lhiver, n'étaient plus ventilées ni fixées sur un solassaini ; elles recouvraient des excavations, dites faupinières, où s'enfermaient les soldats pendant le temps où le service ne les appelait point ailleurs; creusées dans un sol perméable auxeaux pluviales qui filtraientà travers d'immenses détritus de putréfaction organique, leurs parois suintaient et entretenaient sous les tentes une humidité miasmatique; la multiplicité et l’imperfection des cimetières, les cadavres d'animaux épars dans les campements, l'aceumulation de 180 à 200 000 hommes de plusieurs armées sur un étroit plateau, derrière une ville assiégée où régnait le typhus, voilà, sans énumérer d’autres causes encore, de quoi expliquer l’extension de ce fléau parmi nos propres troupes et celles de l’armée sarde, placées exactement dans les mêmes conditions (hiver 4855-1856). Remarquons l’immunité dont les Anglais ont joui à cette époque, grâce à une meilleure installation dans des baraques bien ventilées et à une direction hygiénique plus régulière, plus décisive.

(1) Bulletin de l Académie de médecine, mars 1862,

Quoi qu'il en soit, l'expérience de la dernière campagne d'Orient démontre l'utilité de la dissémination des maladies infectieuses et contagieuses, de leur traitement à l’air libre, sous les tentes, quand la saison et le climat le comportent; une tente double est imperméable à la pluie et aux radiations solaires, elle se prête à l’aération instantanée. Il importe de n’y placer, malades, tout au plus que la moitié du nombre réglementaire d'hommes; les tentes pour 16 hommes ne doivent recevoir que 6 à 8 malades, etc. L’hôpitalbâtiment condense, emprisonne, accumule les miasmes, les ferments morbides ; la tente les divise, les disperse, et prévient la formation des fovers. Les baraques sont préférables aux édifices ; quand il faut occuper ceux-ci, l'encombrement est inévitable et n’a d'autre correctif, d'autre moyen d'atténuation, que la ventilation diurne et nocturne des locaux.

Hôpitaux maritimes. — La marine à de magnifiques hôpitaux dans les ports militaires; ceux de Brest, de Rochefort (situé hors de la ville), de Toulon (Saint-Mandrier situé à l’entrée de la rade), sont des constructions monumentales dont l’étendue permet une trop grande réunion de malades, mais où l'hygiène la plus attentive veille au bien-être des malades. Ces établissements servent en même temps d'écoles à la médecine navale, et fonctionnent sous le contrôle et avec les garanties de la compétence scientifique la plus éprouvée. À diverses époques, des navires ont été transformés en hôpitaux flottants, et ont rendu de grands services, soit pour le transport des malades, soit pour leur traitement dans l’atmosphère maritime et loin des foyers d'intoxication niasmatique qui infestent les côtes de l'Afrique méridionale, ou d’autres stations des tropiques. Thévenot, au Sénégal, a signalé l'utilité de cette pratique depuis longtemps adoptée par les Anglais. En Orient j'ai sollicité, dès les premiers temps (1854), l'installation spéciale de quelques frégates pour le service des évacuations par mer. Inutile de détailler ici les conditions de cet emménagement qui nécessite la suppression de tout appareil militaire. Quelques précautions que l’on emploie, la navigation est pénible aux fiévreux, hasardeuse aux blessés, et cette considération d'humanité doit décider l’affectation à cet usage de navires d’une grande vitesse. En Orient, les blessés et les opérés que l’on renvovait en France, étaient embarqués comme passagers de 3° classe; j'ai demandé et obtenu pour ceux qui avaient trop à souffrir de cette répartition, des places de 2° classe à bord des bateaux à vapeur. L'encombrement, si dangereux pour les passagers valides, l’est bien plus encore pour les malades. Il

était excessif à bord de la plupart des bâtiments qui ont desservi par mer nos diverses stations en Orient pendant la dernière campagne ; celui qui m'a porté à Constantinople dépassait de 250 hommes l’effectif de sa contenance réglementaire. C’est ainsi que la frégate /a Calypso qui a transporté de Sébastopol à Constantinople plus de 3000 blessés, s’est convertie en un foyer de typhus. Fonssagrives voudrait que le chiffre des passagers fût fixé pour les grands navires au quart de leur équipage et au sixième pour les petits (1); malheureusement les situations que la guerre engendre et multiplie, forcent souvent l'administration de passer outre aux prescriptions de ce genre; surchargée d’attributions et de devoirs, elle ne peut veiller avec la même précision à toutes les parties de tous les services. J'ai été amené cependant à penser qu’une extension d’attributions et la collation d'une autorité directe permettraient aux chefs propres du corps médical, de réduire dans une certaine proportion la somme des maux inhérents à ces situations. En partant de Kasmiesh, j'ai voulu moi-même accompagner une évacuation de blessés et de malades sur Constantinople et sur Nagara: c'est sur cette expérience, comparée aux résultats de tant d’autres évacuations plus ou moins néfastes, qu'est basée ma réflexion.

A bord des navires, un poste n’est assigné au soin des malades que depuis un sièele environ (article 1068 de l'ordonnance du 25 mars 1765); jusqu’en 1810, c'est dans le faux-pont que ce poste était établi, c’est-à-dire dans un lieu difficile à aérer, obscur, où les malades s’infectaient mutuellement et ne pouvaient être visités qu’à la lueur d'une lampe. Aujourd’hui (article 84 de l'ordonnance du 12 février 1825), dans tous les bâtiments qui ont une batterie, l’hôpital est installé sur l'avant de celle-ci sous le gaillard, avec les avantages suivants : libre circulation de l'air, éclairage suffisant, nettoyage facile, possibilité de soustraire l'immersion des cadavres aux regards de l'équipage, isolement des malades, service des aliments, facilité par le voisinage des cuisines, etc. C’est à un médecin de la flotte, Sper (1810) que revient l’idée de cette amélioration, renouvelée plus tard (1822) par J.-M. Le Helloco. Les petits bâtiments n’ont point d'hôpital ; mais le règlement y établit un poste pour les malades dans la partie de l’entre-pont qui avoisine le grand panneau, et, suivant les besoins, des dispositions particulières pour le soin des malades sont ordonnés par les capitaines de ces navires, à la suggestion des chirurgiens du bord. Nous empruntons à Fons-

(1) Trailé d'hygiène navale. Paris, 1856, p. 208.

sagrives les chiffres suivants, pour donner à nos lecteurs une idée des dimensions de l'hôpital de différents navires :

L'hôpital d’un vaisseau de 1% rang cube ....,....,.... 179,740 — d’un vaisseau de 2° rang.,....... ANT IC ALES 175,400 me. AU UN VYALSSCAU UE 0° FANS + + dames sfauta LODMAES — d'une frégate de 1° rang... .....,... Sr use e cn JUDO — d'une frégate de 2° rang............. LAN POSE 00 — d’une frégate de 3° rang................ sal d3"%855 — d’une corvette de 1°’ rang ..... bc Faretr ge À 48,200 — d’un transport de 800 tonneaux .......,.. ss 7: 09,024

Ces capacités répondent aux plus stricts besoins du service ordinaire, mais non aux prévisions épidémiques qu’il n’est pas possible de faire entrer dans le devis d’une construction nautique.

En temps de guerre, « les difficultés ne sont pas les mêmes dans la marine et dans l’armée ; elles consistent surtout, après une bataille, dans le nombre des blessés, l’étendue du terrain qu ils recouvrent et l’insuffisance des moyens de transport; c'est l'entassement, au contraire, qui entrave le service chirurgical après un combat sur mer. La position du matelot est meilleure que celle du soldat. Il n'a pas à craindre de rester en arrière et de tomber aux mains de l'ennemi, il n’a pas à subir de longues heures d'angoisse en attendant qu’on puisse venir à son secours, il est toujours sûr d’un abri, et quelque meurtrière que soit la lutte, le nombre des chirurgiens et les ressources du bord suffisent pour faire face à toutes les éventualités ; mais ces conditions, favorables à l'individu, sont un embarras pour le service... Dans cet étroit espace où sont entassés tant d'hommes et de matériel, le défaut d'espace est une difficulté permanente. L'action du combat, les dégâts causés par le feu de l'ennemi, amènent toujours un certain désordre que la présence des blessés vient augmenter encore. Il faut les faire disparaître le plus promptement possible du pont et des batteries qu'ils encombrent (1). » Nous renvoyons aux excellentes instructions du chirurgien distingué de la flotte, auquel nous empruntons ce passage, pour tout ce qui concerne la voie et iles moyens de transport des blessés dans la cale ou le faux-pont, l'emplacement nécessaire aux opérations et aux premiers pansements, le local où des matelas seront disposés pour eux. La machine à vapeur, établie avec

(1) Jules Rochard, Du service chirurgical de la flotte en temps de guerre, mé-

moire de 101 pages annexé au Traité de chirurgie navale, par feu Louis Saurel. Paris, 1861.

ses soutes au centre des frégates et des vaisseaux dont elle occupe en grande partie la cale et le faux-pont, a restreint l'emplacement disponible pour les approvisionnements de toute espèce, modifié tous les emménagements, imposé des restrictions et des limites à divers services ; le poste qui était assigné aux blessés pendant le combat, à été supprimé ; leur sera-t-il rendu, quand l'architecture navale, aujourd’hui si agitée par l'innovation, et en quête de formestypes définitives, les aura rencontrées? En attendant, Jules Rochard a tracé à ses confrères la marche à suivre dans les circonstances de guerre, avec l'autorité de l'expérience et du sens organisateur. Ce que coûtent les batailles navales, notre histoire le raconte; après le désastre de Trafalgar, il ne restait qu’une poignée d'hommes sur la plupart de nos vaisseaux pris par les Anglais ; sur 700 matelots qui formaient son équipage, le Fouqueux en avait perdu 400 ; l’{ntrépide avait 308 hommes hors de combat ; le Æedoutable, avant de tomber sous la forme d’un débris aux mains des Anglais, comptait sur 640 hommes d'équipage 300 morts, 222 blessés, 10 aspirants tués et tout son état-major blessé. En général, les vaisseaux les plus engagés dans les luttes des guerres maritimes, y laissent le tiers ou la moitié de leurs équipages, et plus. Voilà les chances de la guerre navale quand elle se faisait à la voile et avec l'artillerie des temps passés : que seront-elles, avec le secours de la vapeur qui affranchit la marche des navires de toutes les influences extérieures, et des perfectionnements qu'a reçus le tir des canons sous le triple rapport de la vitesse, de la précision et de la portée!

2° L'enfance a ses hôpitaux et la vieillesse ses hospices. Dans ces deux genres d'établissements, la température doit être réglée avec le plus grand soin; nous avons assez insisté dans le cours de cet ouvrage sur la facilité avec laquelle l’homme perd de sa chaleur propre aux deux âges extrêmes de la vie. On a remarqué à Bicêtre qu'une différence de quelques degrés thermométriques dans le chauffage des dortoirs multiplie les pneumonies séniles et élève le chiffre de la mortalité. Il n’est point d’hôpitaux où l'air pur soit plus nécessaire que dans ceux de l’enfance : à cet âge, la respiration est plus active, plus fréquente ; les excrétions abondantes et fétides, au milieu desquelles les jeunes enfants sont plongés, vicient rapidement l’atmosphère, et comme ils absorbent avec facilité, ils s’imprègnent en quelque sorte de leur propre méphitisme ; leur constitution s’altère et les expose davantage aux maladies contagieuses : aussi, malgré l'innocuité des maladies de cet âge et leur tendance à se résoudre par un sommeil tranquille et prolongé, par les sucurs,

la diarrhée et l’épistaxis, les grandes réunions d'enfants malades sont moisonnées par une effroyable mortalité. Les ophthalmies, les blépharophthalmies, ies angines couenneuses, les pneumonies, le muguet, y règnent presque constamment sous formes endémique et épidémique ; quand la rougeole, la scarlatine, la variole viennent à se développer dans ces conditions de morbidité collective, elles affectent une gravité extrême; c’est encore dans cette atmosphère impure que les affections scrofuleuses prennent naissance et suivent une marche plus aiguë. Écoutez Trousseau : « Un enfant est amené avec une fluxion de poitrine ; il guérit, et pendant la convalescence, il contracte la coqueluche dont est atteint un autre malade. Pendant le cours de cette maladie nouvelle, la rougeole, la scarlatine viennent l’assaillir, et quelquefois enfin, lorsqu'il semble avoir triomphé de ces causes successives de destruction, il est pris d'une ophthalmie qui a déjà frappé d’autres enfants autour de lui, et 1l ne retourne dans sa famille qu’aveugle ou défiguré (1). » Une maison de convalescence ou d'évacuation à la campagne, au milieu d’un air salubre et ventilé, est l’annexe indispensable d’un hôpital d’enfants; ou plutôt il convient de les disséminer en un plus grand nombre de petits établissements situés hors de l'enceinte des villes. Pour la guérison des maladies chroniques chez les enfants des grandes cités, Guersant ne connaît point de meilleur agent que J'air pur de la campagne. Des enfants moribonds par suite de dysenterie, de diarrhée, de bronchite, de coqueluche, de pneumonie lobulaire, ont dû leur salut à cette émigration, même au sein de l'hiver.

3° Les femmes en couches se rangent sur la même ligne que les enfants, si même elles ne les dépassent, quant à leur puissance de viciation atmosphérique et à la gravité des conséquences qui en résultent pour elles. Leur réunion dans un même local, l'écoulement de Jochies, les sueurs copieuses, l’excrétion parfois superflue du lait, celle des urines et des fèces pendant les premiers jours de l’accouchement, l’humectation continue de leur peau, dont la propriété absorbante s'accroît par cette cause, l'ampleur de la respiration dont les organes, devenus plus libres, présentent à l’air une surface plus étendue, l’affaiblissement qui succède aux pertes de sang et à la dépense des forces musculaires, l’irritabilité que des douleurs inévitables laissent à leur suite dans tout le système nerveux : telles sont les circonstances qui créent autour des femmes en couches

(1) Journal des Débats, 19 novembre 1843.

ÉDIFICES PUBLICS. — CONDITIONS PARTICULIÈRES. 637 une infection spécifique, et qui augmentent leur aptitude à en subir l'influence. Les femmes en couches sont admises et traitées, soit dans une dépendance plus ou moins isolée des hôpitaux ordinaires, soit dans des établissements qui leur sont exclusivement consacrés. Telle est la fréquence des épidémies qui sy développent, et telle est la rareté des accidents observés dans la pratique civile, même parmi les femmes des classes inférieures, que l’on s’est demandé s'il n’y avait lieu de remplacer les maisons d'accouchement par des soins à domicile ; mais que deviendraient les filles trop nombreuses qui mauquent de refuge, et qui cachent dans les hospices le secret de leur honte? Londres, Dublin, Vienne, prouvent d’ailleurs qu’il est possible de réunir dans un même établissement un certain nombre de femmes en couches sans les condamner au fléau des épidémies puerpérales. Dans l’une des quatre maisons que possède la première de ces villes, le nombre des décès pendant trente années environ (de 1788 à 1818) n’a jamais dépassé 1 sur 231. Dans l’hôpital de Dublin, la mortalité depuis 1757 jusqu'à 1825 s’est montrée dans la proportion de 1 à 87 : résultat moins avantageux, parce que les femmes entrées à l'hôpital de Dublin ne peuvent se comparer en raison de leur misère et de leurs habitudes, à celles des maisons de Londres, où les admissions ne sont pas exemptes de choix et de difficultés ; or, de 1835 à 1844, pendant une période de dix ans, la Maternité de Paris a perdu 1 sur 24,74 femmes en couches ; en 1853, 1 sur 12,51; en 1854, 1 sur 8,91 (1).

Les femmes en couches ont besoin d’un air pur, de propreté, de tranquillité et de calme moral. On a proposé pour elles des salles vastes avec un nombre proportionnel de lits, ce qui les assimile à celles des hôpitaux ordinaires, ou la division des salles en trois travées longitudinales dont la moyenne sert de rue et les deux latévales sont partagées par de minces cloisons en cellules à un lit et éclairées chacune par une fenêtre; mais les cellules ne peuvent être aérées par leur fenêtre sans danger pour les femmes en couches, et le courant que deux fenêtres terminales permettent d'établir dans la travée intermédiaire entre les deux rangées de cellules n'entraine pas plus leur méphitisme que le courant du fleuve n’emporte et ne renouvelle les eaux qui croupissent sur ses bords. On a encore conseillé la section des salles en chambres de moyenne capacité, où l’on peut placer les femmes par séries de huit à dix parvenues à peu près au même

(1) Comple moral et administratif des hôpitaux el hospices de Paris, 1855, p.76.

terme ; et comme elles quitteront la chambre à peu près à la même époque, on aura la facilité de la ventiler pendant quelques jours, d’en laver les murs avec une solution de’chlorure de chaux, d’exposer à l’air ou de renouveler en partie le mobilier, etc., de manière à n’y faire entrer une nouvelle série de femmes qu'après cette purification à fond. Chacune de ces chambres principales doit communiquer avec une pièce plus petite à deux lits d'accouchement montés sur des roulettes qui permettront de rouler les femmes jusqu’au lit qui doit les recevoir définitivement. On ne souillera pas de cette manière la salle où doit séjourner la nouvelle accouchée, et si quelque opération est indiquée, l’accoucheur n’aura que les témoins qu’il veut avoir. Mais la salubrité des hôpitaux de maternité ne sera complétement assurée que: 1° par leur construction en dehors des centres de population, dans la banlieue rurale des villes; 2° par leur réduction aux proportions d’un petit hôpital, dût-on multiplier les maternités; 3° par le placement de chaque femme en couches dans une chambre distincte, spacieuse, séparée, sans communication avec celle d’une autre femme en couches, et munie d’une cheminée à l’opposite des fenêtres ou de la porte d'entrée. Les femmes admises dans ces asiles plus ou moins longtemps avant le terme de leur grossesse trouvent-elles, dans le passage d’une existence rapide et rude à une vie presque inerte, une cause prédisposante aux maladies qui les frappent souvent après leurs couches? Paul Dubois a constaté que linfluence puerpérale s’appesantit autant sur les femmes entrées à l’hospice avec les douleurs de l'accouchement, que sur celles qui y avaient déjà fait un long séjour. La susceptibilité nerveuse des femmes enceintes ou accouchées exige de grands ménagements. Vers la fin de la gestation, la crainte d'une mort prochaine les jette dans une mélancolie profonde. Qu'on éloigne donc d’elles le spectacle des maladies graves et des catastrophes. Les explorations auxquelles on les assujettit, dans l’intérêt de l’instruction des élèves, ne sont pas exemptes de conséquences fâcheuses; elles ne s’y prêtent qu'avec répugnance et parfois avec les marques d’une souffrance plus ou moins réelle; une extrême réserve dans ces manœuvres est le devoir des élèves, une surveillance sévère est celui des maîtres. Enfin, pour que les maisons de maternité réalisent tout le bienfait de leur institution, il faut fixer à neuf ou dix jours la durée de rigueur pour la convalescence des femmes en couches. :

L° D'après le genre des maladies, on a créé des hôpitaux pour les affections cutanées, pour les maladies vénériennes, ete. Dans tous

ÉDIFICES PUBLICS. — CONDITIONS PARTICULIÈRES. 639 ces établissements, la séparation des sexes doit être rigoureusement maintenue, Les vénériens ne sont pas encore admis dans tous les hôpitaux civils; un préjugé religieux lutte contre cette extension de l'assistance qui est motivée par un intérêt public. Dans d’autres hôpitaux civils, on les séquestre et, tant pour leur habillement que pour leur couchage et jusqu’à l'aspect des locaux où on les confine, ils sout traités sur un pied d’infériorité et presque de pénitence ; nos militaires eux-mêmes n’échappent pas, dans ces localités, aux mesures d'exception et d’humiliation, qui ne sont propres qu’à favoriser la dissimulation et par conséquent l’aggravation des maladies syphilitiques. Dans les hôpitaux des petites villes, où l'on est obligé de réunir souvent tous les genres d’affections, il faut au moins éloigner les services qui pourraient se nuire : ainsi les femmes en couches, qui ont besoin de calme et de silence, ne seront point placées dans le voisinage des fous. Les opérés et les blessés avec suppuration abondante ne peuvent guérir s'ils ne sont isolés dans de petites salles à trois ou quatre liis, bien ventilees, doucement chauffées, abritées contre le bruit et l'excès de lumière. Malgré les réformes effectuées dans l'état des hôpitaux, la plupart des opérations y échouent encore, quoique pratiquées par des chirurgiens éminents et au milieu des circonstances en apparence les plus favorables, De 1818 à 1822, sous la domination de Dupuytren, les salles de chirurgie de l'Hôtiel-Dieu de Paris ont donné 1 décès sur 15 blessés, et la mortalité s’est élevée deux années au 14° et même au 10°; de de 1837 à 1840, la clinique de Roux, dans le même établissement, a fourni une mortalité de 1 sur 17, 18 et 19. Aux journées de juillet 1830, Dupuytren n’a sauvé que 8 hommes sur 16 grandes amputations primitives (1). Les opérations faites sur les champs de bataille, par des mains moins habiles, ont eu plus de succès, même alors que les amputés couchaient sur le sol, ou, portés à dos de mulets à la suite de l’armée, subissaient d’horribles secousses. Il existe donc dans les hôpitaux une cause fatale qui annule ies œuvres de la science et de l’art le plus consommé : c’est l'accumulation des opérés dans les mêmes salles.

5° La séquestration des aliénés est nécessitée par le désordre qui règne dans leurs sensations, leurs jugements et leurs actes , l’expérience a prouvé qu'ils abusent de la liberté au détriment de leur santé et de leur vie; que leurs rapports avec le monde, loin de détruire les rêves qu’engendre leur imagination, tendent à leur en

(1) Malgaigne, Éloge de Roux, novembre 1855, in-4,

persuader la réalité, etc. De là l'opportunité des maisons destinées à les recevoir, et dont les unes sont publiques, les autres fondées par l'intérêt privé. La loi du 30 juin 1838 subordonne à l’avis des médecins la séquestration des aliénés, et, dans les certificats qu'ils délivrent à cette occasion, ils doivent : 4° constater l’état mental de la personne à placer ; 2° indiquer les particularités de sa maladie ; 3° attester la nécessité de faire traiter la personne dans un établissement d'aliénés et de ly tenir renfermée (art. 8). Cette disposition s'applique aux placements volontaires ainsi qu'à tous les ordres délivrés par l’autorité publique, en vertu des articles 18, 19 et 25 de la même loi. Rien de plus sage que ces stipulations du législateur : l'acte qui provoque la suspension de la liberté d’un individu et lui enlève temporairement l'exercice de ses droits doit être entouré de toutes les garanties de sincérité; ensuite l'isolement des aliénés n'est plus motivé seulement par le danger que peut courir la sécurité des citoyens ou l’ordre public, mais la loi veut leur assurer des chances de guérison ou d'amélioration dans un établissement bien organisé et placé sous l'œil du pouvoir social. Tel n'était point le sort des aliénés dans les siècles antérieurs : ils avaient peu d’asiles spéciaux ; les réduits qu’on leur accordait dans les hospices, dans les communautés religieuses, ressemblaient à des cloaques; souvent confondus dans les prisons avec les criminels, ils gisaient garrottés sur la paille ou sur le sol humide, presque nus et condamnés au pain noir et à l’eau ; quand ils s’agitaient sous le poids de leurs chaînes, la flagellation à coups de verges ou de nerf de bœuf servait de remède à leur délire. C’est à Pinel que revient l'honneur d’avoir brisé ce système de stupide cruauté. Avant lui, des voix nombreuses, parmi lesquelles domine celle de Howard, avaient protesté contre les tortures imiligées aux pauvres fous; mais Pinel, le premier, a détaché leurs chaînes à Bicêtre (1792); il a décidément ouvert pour cette lamentable portion de notre espèce une ère de réforme, de compatissance et de thérapeutique sérieuse. À partir de cette époque, l'élan est donné, des asiles s'élèvent, les anciens s’améliorent. Mais les résultats publiés par Esquirol, Calmeil, Leuret et d’autres manigraphes qui ont voyagé (1), montrent que si l’Europe possède quelques établissements dignes d’éloges, tels que Bethléem, les hôpitaux d’York, de Manchester, de Glascow, etc., en Angleterre ; Charenton, Bicêtre, les maisons de Rouen, de Strasbourg (Stephansteld), du Mans, etc., en

(1) Annales d'hygiène, 1839, t. XXII, p. 215.

France, etc., les manicomes manquent encore dans une foule de pays ou laissent beaucoup à désirer. L'Italie, si l’on excepte l’hospice de Turin, ne justifie pas sous ce rapport la bonne réputation qu'on lui a faite (1). On cite en Allemagne l'asile de Sonnesteil, près de Pyrna ; mais ceux de Munich, de Vienne, de Berlin, sont médiocres. L'Espagne est arriérée. La loi de 1838 sera féconde en bienfaits pour les aliénés en France. Il importe de faire cesser la promiscuité de ces malheureux avec les autres genres de malades ou d’infirmes auxquels ils servent de jouet ou d’épouvantail. À Lyon, à Toulouse, à Montpellier, il existe une division pour les fous ; dans différents hospices leur séquestration dans des établissements particuliers est indispensable. Là encore il faut séparer les deux sexes; les fous furieux, les monomaniaques, les paralytiques, les épileptiques, les idiots, les sujets à démence tranquille, ceux qui sont enclins au suicide, etc. Les hôpitaux d’aliénés sollicitent les conditions d'hygiène générale que nous avons exposées. Il convient de les établir sur un terrain uni et fertile qui se prête au développement des constructions et à la multiplicité des ombrages. Le système des pavillons permet le classement régulier des maladies. En limitant leur hauteur à un seul étage, on évite l'inconvénient des grilles dont il faut armer les fenêtres et les rampes des esca. liers, l’incessante besogne d'ouvrir et de fermer des portes, la fatigue de monter et de descendre, etc. Si les malades sont bien classés à leur arrivée et suivant la forme de leur délire, il devient inutile de donner une épaisseur désagréable aux portes, aux fenêtres, aux contrevents, etc., et de les charger d'énormes serrures. Hors des quartiers assignés aux idiots, aux paralytiques, aux individus arrivés à l'extrême démence et aux maniaques, la propreté, l’ordre, la conservation du matériel, sont assurés : l'expérience le prouve à Charenton. Les maniaques seuls auront des lits lourds, épais et fixés au sol; la paille de ceux qui ne peuvent être couchés dans des lits sera renouvelée tous les jours; les surveillants pourront circuler librement autour des lits. Pour les furieux indomptables, quelques loges construites en pierres taillées ou en bons moellons, sans autre meuble que la paille qui sert de lit ; mais, la fougue passée, l’aliéné devenu traitable sera conduit dans une meilleure habitation. Dans les loges, dans le chauffoir des furieux, dans l’infirmerie, le plancher doit être fait avec de grandes dalles

(1) Voyez l'ouvrage du docteur Combes, De la médecine en France et en llalie. Paris, 1842, p. 420.

M, LÉVY. 4° ÉDIT.— Il, A

cimentées. On tient en réserve, dans chaque division, des caïisoles de force et des entraves; celle dés monomaniaques et des suicides est pourvue de sondes œsophagiennes de tous les calibres et d’une seringue propre à injecter par le nez des liquides alimentaires. Ces moyens doivent Composer seuls l'arsenal disciplinaire; ils suffisent dans les établissements bien tenus, la fureur s'y montre rarement. [1 faut proscrire à jamais l'emploi des chaînes, des menottes, des verges et d’autres machines de répression sauvage ; l’intimidation par les douches sur la tête ne doit être employée qu'avec réserve. Les aliénés convalescents ou guéris ne peuvent être employés dans l’intérieur des maisons sans risque de rechute ou d’irrégularités dans le service ; il est urgent de les éloigner du spectacle des misères morales auxquelles ils ont participé, et de les réunir par groupes assortis dans des dépôts de convalescents, sous la forme de colonies agricoles, de fermes en exploitation. L'application des aliénés aux travaux de la terre à donné de si favorables résultats qu’elle sera encore pour eux, dans leur convalescence, le plus sûr moyen de consolidation morale et physique. Il est surtout certaines classes d’aliénés que le contact en quelque sorte immédiat de la nature, la régularité des occupations agricoles, la liberté des champs, etc., promettent de modifier d’une manière avantageuse ; ce sont ceux dont les excitations désordonnées de la vie des grandes villes, les passions politiques, les chagrins domestiques, les ruines dé la fortune, etc., ont bouleversé la raison.

En 1854, les établissements où l’on traite Les aliénés seuls ou conjointement avec d’autres malades, étaient au nombre de 411 dont L6 appartenaient à des particuliers; 25 départements comprenant une population de 8 908 923 habitants (près du quart de la population totale de la France) étaient dépourvus d’asiles pour les aliénés et réduits à les diriger sur les départements voisins. La statistique de la France récemment publiée montre que depuis 1835 jusqu’en 1854, le nombre des aliénés n’a pas cessé d'augmenter dans les asiles; il était, en 1835, de 10 539; en 1854, de 24 5%; l’accroissement moyen a été de 5,85 pour100 par an; comparé au chiffre de la population, celui des aliénés présente lés proportions suivantes :

Années. Population de la France, Aliénés dans les asiles. Rapport à la population, 1836 33 540 919 11 091 35 sur 10 000 habitans. 1541 34 240 178 13 887 41 —

1846 35 400 486 18 013 re SE nes

ÉDIFICES PUBLICS. =— CONDITIONS PARTICULIÈRES. 643 Voici l’âge des aliénés traités en 1853 dans les établissements publics et privés :

Proportion sur 1000 aliénés (1).

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