TT
Ages. Sexe masculin, Sexe féminin. Deux sexes. Au-dessous de 14 ans. 20 16 18 14 à 20 43 EL 41 20 à 25 84 76 80 95 à 30 122 105 113 30 à 35 sd 119 135 35 à 40 149 132 141 40 à 50 226 231 229 50 à 60 134 167 150 60 à 70 50 82 66 70 ans et au-dessus, 20 35 27 1000 1000 1000
L'âge moyen de l’admission a été, pour les hommes, de trenteneuf ans un mois et pour les femmes, de quarante et un ans neuf mois ; la folie se déclare donc plus tard chez les femmes que chez les hommes.
Sur 32 876 aliénés traités en 1853, il y avait 1635 (49 sur 10 000) atteints pour la seconde ou là troisième fois. Les rechuütes sont plus fréquentes chez les hommes que chez les femmes. On a compté dans la même année, 2771 guérisons, soit en moyenne 9,22 sur 100 aliénés du sexe masculin, 7,63 sur 100 du sexe féminin. La guérison est d'autant plus difficile qu’on s'éloigne davantage de l'époque d’invasion. La mortalité des aliénés, dans les asiles publics et privés réunis, est environ 6 fois plus considérable que pour l’ensemble de la population : 45,52 pour les aliénés ; 12,05 pour les aliénées ; 13,75 pour les deux sexes (période de 1842 à 1853). La mortalité des aliénés dans les établissements hospitaliers dépasse de 22 pour ‘100 en moyénne, celle des asiles départementaux et de 25 pour 100 celle des maisons de santé : on retrouve ici l'influence funeste de l’agglomération nosocomiale.
6° Ce n’est pas seulement pour les aliénés qu'il convient de créer des établissements de convalescence; l'intérêt de tous les autres malades exige la même mesure. Des hôpitaux de convalescence dans les grandes cités, des salles spéciales de convalescence dans les hôpitaux des petites villes, hâteraient l’entier rétablissement des malades, les mettraient à l'abri des rechutes et des accidents qui les font péricliter après la guérison de leur affection imitiale, les affranchiraient
(1) Déduction faite.de ceux dont l’âge n’a pu être constaté,
64h HYGIÈNE PUBLIQUE.
des chances d'infection et de contagion qui sont inhérentes à toute réunion de malades. Le changement de lit, d’air, de nourriture, d'horizon et d’entourage, exercerait la plus heureuse influence sur tant de malheureux, qui, à peine débarrassés d'une maladie grave, voient leur convalescence compromise par le voisinage d’affections contagieuses, par les émanations délétères, l'agitation nocturne et les cris d'un délirant, etc. Nos souvenirs nous présentent à l'esprit plus d’un malade dont la convalescence a été brusquement interrompue par l’un de ces incidents funestes qui sont comme une foudre toujours suspendue dans l’atmosphère des hôpitaux. Grâce au déplacement des convalescents, le lit qu’ils ont imprégné de leurs émanations pourrait rester inoccupé pendant quelques jours et subir un assainissement préalable avant de recevoir un nouveau malade. Inspirée par les conseils de van Swieten, Marie-Thérèse a doté Vienne d’un hôpital de convalescents ; Paris en possédait un en 1652 sur une petite échelle de vingt-deux lits, situé dans la rue du Bac, près de la rue de Varennes; il recevait les convalescents de la Charité. En signalant ses avantages, Tenon s’écrie (1) : « Excellente in: stitution, trop peu étendue pour les hommes et qui manque absolument pour les femmes! » Malgré les réclamations de Coste (2) et de tous les médecins éclairés, les deux sexes en sont restés privés jusqu’en ces derniers temps : la création des asiles de convalescence, à Vincennes et au Vésinet, pour les hôpitaux de Paris, est un bienfait qu'il s’agit d'étendre; le choix des localités peut le doubler : combien de poitrines ravagées par les phlegmasies ou menacées par l’hérédité morbide, se ranimeraient dans un asile de ce genre, placé sous le souffle vivifiant de nos meilleurs stations du Midi de la France, et même en Algérie!
7° Mortalité des hôpitaux et conclusions. — A résulte d’une statistique publiée en 1844, par le ministre de l’intérieur, que les divers hôpitaux de France ont reçu de 1833-1835, 1 129 094 malades ; de 1836-1838, 1 136 008, de 1839-1841, 1 288 358. Ce qui donne une augmentation de 12,44 pour 100 sur la troisième période comparée à la première, dans cette même comparaison, on trouve sur les décès un accroissement de près de 19 pour 100. La mortalité moyenne des huit années sur le nombre total des malades dans toute la France, a été de 81 et 82 sur 1000. C’est dans les départements agricoles, éloignés des grands centres de population, les moins ex-
(1) Mémoire sur les hôpitaux de Paris. Paris, 1789, in-4 avec planches, (2) Dictionnaire des sciences médicales, t, XXI, p. 441,
posés aux commotions politiques et industrielles, que la mortalité atteint sa moindre proportion ; durant la période de huit ans dont il s’agit, elle n’a pas atteint une seule fois le chiffre de 75 pour 1000 dans vingt-trois départements (Morbihan, Vendée, Deux-Sèvres, Aveyron, Charente, Cher, Puy-de-Dôme). Dans un seul département, Seine-Inférieure, elle s’est maintenue pendant les huit ans au-dessus de 100 sur 1000; il en a été de même pour sept ans dans le Haut-Rhin, et pour six années dans le Rhône. Les grandes cités, surtout celles où l’industrie est la plus active, fournissent les chiffres les plus élevés d’admissions aux hôpitaux ; les départements que la civilisation moderne a le moins entamés (Cantal, Lozère, Cher, Corse) se distinguent sous le rapport contraire. Le tableau suivant, dont nous empruntons les éléments à un document officiel (1), indique la mortalité dans les hôpitaux de Paris : 1° pendant la période décennale de 1835 à 1844, 2° en 1853, 3° en 1854 :
Hôpilaux généraux.
De 18355 à 1844. 1855. 1854.
Hôtel-Dieu......,.,.. 1 sur 8,38 4 sur 7,11 4 sur 6,70 Sainte-Marguerite... 11,22 10,29 21,42 PRE gun ads, Li LG 11,86 9 8,16 CRUE uma ve à. “s 10,20 9,24 7,29 Saint-Antoine...... 8,33 8,79 7,58 Necker. onuiesrs tas 9,09 8,73 7,40 DOORIee à vid Épa e 10,48 8,86 6,96 DÉMOS. . s Dors dy 8,78 8,05 6,93 Lariboisière. ..,..... » » 8,25
Hôpitaux spéciaux.
De 1833 à 1844. 1853, 1854.
Saint-Louis..... ie 20,26 20,4 12,42 LS CNRS üs 126,44 130,03 228,33 ROMANE cesse rÉ 36,61 24,98 27,05 Enfants trouvés..... 5,20 5,09 4,61 Sainte-Eugénie..... » » 6,09 Accouchement.,..... 24,74 12,51 8,91 Cliniques......., + 13,93 15,45 17,16 Hôpitaux reunis.... 44,16 9,47 8,05
Pour tous les hôpitaux de la France, la mortalité présente en 1853 une moyenne générale de 8,01 pour 100 malades traités : proportion à peu près 4 fois plus considérable que la mortalité de la population en France qui, pour la même année, a été de 2,22 pour 100 habitants. Voici, dans les hôpitaux, les rapports de mortalité suivant le sexe et l’âge :
(1) Compte moral et administralif des hôpilaux et hospices de Paris pour l'exercice 1854. Paris, 185%,
Sexe masculin, Sexe féminin, Moyenne générale, :
Adultes 41, 4,9 uni 6,78 9,86 7,86:
Enfants. ah serv abe 9,05 2,11 9,39
La moyenne générale de la mortalité dans les hôpitaux est restée à très peu près stationnaire depuis vingt ans, comme on le voit par les chiffres suivants :
Mortalité Mortalité
Période, pour 100. Période. pour 100.
PSS DT SO Ne eee de us ntrers 8,12 A'RASTISAS AE SR RNA 8,40 HRIS-LBLA I ELE LE 20 , ASS T0 1848-1852, Lure lois ets lle 218,22
La mortalité des hospices dépasse celle des hôpitaux ; elle atteint en moyenne 9,71 pour 109 individus soignés, savoir 10,54 pour les femmes et 8,90 pour les hommes,
Le système hospitalier de France manque d'unité; la nature, la forme et l'efficacité des secours offerts aux indigents malades, devraient être les mêmes sur toute l’étendue du territoire; les mêmes
règles devraient présider à l'admission des médecins dans la pratique des hôpitaux; partout, en un mot, le malheureux devrait trouver le même ensemble de soiné, les mêmes garanties de guérison ou de soulagement, le même genre d'assistance, le même régime d'administration. C’est à l’État, non aux communes, que doit revenir la tutelle des malades, des vieillards et des orphelins ; l’'humanité et la science gagneraïent à ce qu'une surveillance et une impulsion égales vinssent à rayonnér d’un centre commun à tous les établissements de bienfaisance. Malgré l'obstacle de l’individualisme communal et départemental, la civilisation a étendu aux hôpitaux la part de ses bienfaits; les temps sont loin où Tenon et Bailly traçaient de leur situation un tableau aussi effrayant que vrai, où l’on entassait jusqu’à six malades dans un seul lit, où tous les fléaux de l'encombrement et de la pénurie sévissaient sans interruption dans les dérisoires asiles de la misère et de la maladie. L’hygiène s’applique à les sanifier, la charité les a agrandis. Paris, qui n’avait en 1819 que 40 000 lits pour les pauvres malades et infirmes, en tient aujourd’hui 80 000 à leur disposition.
Mais où s'arrêtera le progrès nécessaire des établissements de bienfaisance, et ne doit-on pas craindre d'organiser la misère et le paupérisme avec prime et budget, d'encourager la paresse et le déréglement des mœurs en offrant des ressources contre les effets du vice? Ge sont des économistes, non des médecins, qui ont posé ces questions. On à présenté à tort Montesquieu comme un ennemi des hô-
pitaux ; il en reconnait la nécessité dans les pays d'industrie et de commerce ; 1 ne les condamne que dans ceux où la misère partieulière dérive de la misère générale, l'État devant à tous les citoyens une subsistance assurée, la nourriture, un vêtement convenable et un genre de vie qui ne soit point contraire à la santé (1) ; toutefois il préfère des secours passagers aux établissements perpétuels. II n’est pas démontré que les hôpitaux influent sur la progression du nombre des indigents; la vraie charité, qui est aussi la vraie politique, ne s’informe pas de ce point; il y a parmi les pauvres des maladies que l’on ne peut traiter à domicile, un grand nombre n’en ont point; les autres résident dans les quartiers les plus insalubres; et en supposant que les ressources publiques suffisent à cette onéreuse dissémination des secours à domicile, il faut commencer par rebâtir la demeure de chaque indigent; car, telle que nous la voyons, elle serait l’inévitable écueil des entreprises de l’art des médecins. Les hôpitaux sont done, seront encore longtemps nécessaires ; ceu x qui reçoivent les femmes enceintes et les enfants trouvés préviennent les tentatives d’avortement et les infanticides; ceux où l’on traite la syphilis sont iustitués moins dans l'intérêt des individus que dans celui de la société ; ils tendent à borner la contagion d’une maladie hideuse qui s’insinue dans les familles et flétrit dans leur germe des générations innocentes. Et néanmoins, tout en reconnaissant les bienfaits et les nécessités de l'institution nosocomiale, nous restons frappé des immenses difficultés qui s’opposent à son complet assainissement, des mortalités exorbitantes qu’elle entraîne; nous croyons que l'effort de la charité publique doit changer de direction, et atteindre le but du bien social par d’autres voies et moyens. La commission des logements insalubres, le traitement à domicile tel qu’il s'exerce déjà, sont les rudiments d’une forme nouvelle d'assistance, fondée sur les principes de la famille, sur le respect de l’individualité humaine, sur la décentralisation des malades, et devant amener l'atténuation, sinon la destruction des foyers infectieux et contagieux, régulièrement constitués sous le nom d’hôpitaux.
8° Habitations pénitentiaires. Ce que leur salubrité exige se déduit des conditions que nous avons énoncées, ce qu’elles sont aujourd’hui, la statistique le révèle. Nos établissements pénitentiaires sont les prisons, les maisons centrales de force et de correction, les bagnes et les colonies pénitentiaires. La loi a confié aux autorités administratives et judiciaires le soin de veiller au bien-être des prison-
(1) Esprit des lois, liv. XXI, .ehap. xxix,
niers et à la répression des abus dont ils peuvent avoir à souffrir. Les préfets, sous-préfets, maires, commissaires de pofice, doivent visiter une fois par mois les prisons, maisons d’arrêt ou de justice de leurs communes. Une fois par an, le préfet doit visiter tous les individus détenus dans son département; chaque juge d'instruction une fois par mois, et le président d’assises à chaque session. Tous ces magistrats transmettent au ministre de la justice le résultat de leurs observations. Il existe en outre une inspection générale des prisons. Ce contrôle répété prévient ou fait cesser les abus flagrants, assure le maintien de la règle; mais il ne va pas jusqu’à remédier aux causes latentes d’insalubrité, aux influences sourdes et journalières qui usent prématurément la vie des prisonniers, alors que la loi ne leur inflige que la privation de leur liberté et de leurs droits civils. Les prisons ont reçu de grandes améliorations; néanmoins, à des époques peu éloignées, elles présentaient encore à Paris, au centre de la civilisation, une effrayante proportion de mortalité (Villermé) :
De 1815 à 1818. De 1819 à 1827.
Grande-Force......, 4 sur 40,88 1 sur 57,42 Madelonnettes ...... 38,03 45,41 Conciergerie........ 32,06 »
Petite-Force........, 26,63 36,76 Sainte-Pélagie. .... 3£ 42,48 48,50 Bicbiro np ME 18,75 26 Saint-Lazare........ 17,95 24 Saint-Denis......... 3,97 5,64
Les maladies qui règnent dans les maisons centrales présentent une physionomie particulière; outre leur contingent d’affections communes aux populations libres, elles ont leurs endémies : dans quelques contrées exceptionnelles, elles ont paru procurer aux détenus une sorte d’immunité contre les épidémies du dehors. En général, la débilité et l’épuisement constituent le caractère fondamental de leurs maladies ; c’est ce qui explique la forte proportion de leurs affections chroniques, dont les cas sont, à ceux de maladie aiguë, comme 4 à 1 (Chassinat). La phthisie, les scrofules et le scorbut dominent dans ces établissements ; sur 8 décès du sexe masculin, 3 sont victimes de la tuberculisation. Pour les femmes, le rapport est de 1 sur 3. La phthisie et les scrofules réunies causent chez les hommes 5 décès sur 11, et chez les femmes 5 sur 13. Des calculs d’une valeur approximative ont conduit Ferrus (1) à fixer
(1) Etudes sur la mortalité dans les bagnes. Paris, 184%, in-4.
la proportion d’aliénés que fournissent les détenus : elle est de 4 pour 92,7 détenus (année 1847), tandis que la population libre n'en compte que 1 sur 1830 (année 1846). La folie est très commune dans les prisons, et si elle ne se manifeste point sans le concours de prédispositions individuelles, il faut reconnaître que la captivité agit très efficacement à titre de cause déterminante. Le suicide y règnerait avec une énergie extrême sans les moyens de surveillance ; néanmoins il s’y montre quatre fois plus fréquent que dans la vie libre, car on trouve pour la population extérieure 1 suicide sur 11 589 individus, et pour les prisonniers, 1 sur 3 165.
La mortalité dans les bagnes et les maisons centrales a été étudiée d'après les documents officiels de 1822 à 14837 (1). Les chances de mort annuelles étant égales à 4 dans la vie en liberté, elles s'élèvent à 3,84 pour les forçats dans les bagnes, et dans les maisons cenirales à 5,09 pour les hommes et à 3,59 pour les femmes. Dans les bagnes, les chances de mort les plus grandes existent pour la période de 30 à 40 ans ; le maximum de la mortalité a lieu pendant la première année. Les décès des récidivistes sont à ceux des nonrécidivistes comme 77 à 133. Les assassins périssent en moins grand nombre que les voleurs, et ceux-ci vivent plus que les coupables de viol ; le rapport est de 116 à 136 à 160. Quant aux professions, le maximum de mortalité tombe sur les habitants de la campagne, les agriculteurs, les soldats, les marins, les vagabonds, les mendiants, puis sur les forçats qui ont exercé une profession active, viennent ensuite les professions libérales ; les ouvriers sédentaires provenant des villes supportent le minimum des décès : la série ascensionnelle est, pour ces différentes catégories, 121, 130, 132, 447, 151. Dans les trois bagnes de Brest, Toulon et Rochefort, la mortalité se montre dans le rapport de 100 à 136 et à 167. Dans les trois bagnes elle a diminué : de 14822 à 1831 elle était de 1 sur 137; de 1831 à 1837 elle est descendue à 1 sur 150.— Dans les maisons centrales, les plus fortes chances de mort correspondent à la puberté; la vieillesse confirmée s’y trouve mieux que dans les bagnes ; le maximum de la mortalité survient pendant la seconde et la troisième année pour les hommes, pendant la troisième et la septième pour les femmes. La mortalité des récidivistes et des non-récidivistes est dans le rapport de 176 à 206 pour les hommes, et de 87 à 115 pour les femmes. Relativement aux professions, la mortalité se comporte dans les maisons centrales comme dans les bagnes, avec cette dif-
(1) Des prisonniers, de l’emprisonnement et des prisons, 1850, p. 108.
férence que le minimum appartient aux professions libérales. Elle varie suivant les maisons centrales : pour les maisons d'hommes, ses rapports oscillent entre les nombres 109 et 112 fournis par Poissy et Melun, et les nombre 246 et 284 fournis par Gaillon et Eysses ; pour les maisons de femmes, entre les chiffres de 84 et 90 donnés par Loos et F'ontevrault, et ceux de 158 et 193 donnés par Rennes et Limoges. En somme, pour les périodes précitées de 1822 à 1831 et de 1831 à 1837, la mortalité a baissé dans les maisons de femmes et s'est élevée dans les maison d'hommes.
La statistique officielle de la France, de 1831 à 1835, porte le nombre des décès de nos 19 maisons centrales à 5 410 sur une population moyenne de 80 045 détenus; ce qui donne la proportion de 6,75 sur 100. Celle qu'a obtenue Chassinat est de 5,09 pour les hommes. D'autre part, Benoiston de Châteauneuf estime à 1,57 sur 100 la mortalité des plus pauvres ouvriers de Paris (1) : d’où l’on voit que, malgré les améliorations relatives dans le système pénitentiaire, les détenus ont à subir un excédant notable de chances de mort, En 1829, Villermé jugeait que la captivité abrége la vie de 17 à 35 ans. Ch. Lucas assure que, dans l’état actuel de nos maisons centrales, une détention de 10 ans équivaut aux 5/7 environ d’une condamnation à mort (2). Dans la maison centrale de Nimes, il meurt 4 détenus et 299/1000 pour 1 décès d'hommes libres ; d’où, en 23 ans, 1575,63 condamnés à mort par le régime des prisons (3). Certams publicistes ne s'inquiètent point de ces résultats : de Tocqueville fait remarquer qu'une prison n’est pas un hôpital, et qu’on enferme les criminels, non pour leur bien-être et leur santé, mais pour les punir et les réformer. Moreau-Christophe va plus loin encore : « Tout ce qu'on peut, tout ce qu'on doit exiger d’une prison, c’est qu’elle ne tue pas. » Pour punir le criminel, pour le corriger, pour prévenir les récidives, il ne craint pas d’attacher aux prisons de plus fortes chances de maladie et de mort, Cette doctrine nous paraît cruelle plutôt que juste ; elle donne au châtiment légal le caractère de la vengeance : il faut rechercher pour les détenus des moyens de régénération morale qui se conci-. lient avec la santé et la conservation de la vie.
(1) Annales d’hygiène. Paris, 4830, t. HE, p. 5.
(2) Théorie de l’emprisonnement, t. IN, p. 26.
(3) Boiléau de Castelnau, Influence du régime des prisons, etc. (Annales d’hygiène, 1849, t. XLI, p. 89). — Joret, De la folie dans le régime pénilentiaire, dans Mémoires de V Académie de médecine, Paris, 1849, t. XIV, p, 319-407.
Deux systèmes sont aujourd’hui en présence : 1° Le système pensylvanien, ou la réclusion cellulaire de jour et de nuit, sans autre distraction que le travail solitaire, les lectures pieuses, et les visites du directeur, de l’aumônier et du geôlier ; il est suivi à Philadelphie, à New-York et à New-Jersey. 2° Le système d’'Auburn, lisolement cellulaire pendant la nuit, et le travail en commun pendant le jour, avec l'obligation du silence absolu ; il est adopté à Sing Sing, à Boston, dans le Kentucky, dans le Menessé, ete. La Suisse, la Belgique, l'Angleterre, l'Écosse sout entrées dans la voie de la réforme pénitentiaire, dont la première idée vient d’un philosophe et d’un prêtre, Howard et A. Mabillon; mais ces pays ont diversement combiné les deux systèmes, dont l'application franche et complète n’a eu lieu jusqu'à présent qu’en Amérique.
Ce n'est qu’en 1840 que l’emprisonnement individuel a été appliqué en France ; limité d’abord aux détentions préventives, il a été étendu en 1843 à la détention pénale pour une période de douze ans, au delà de laquelle l’emprisonnement en commun devait, d’après le projet de loi de Duchâtel, alors ministre de l’intérieur, succéder à l’incarcération solitaire. La chambre des députés (1844) fixa à dix ans la durée de ce dernier mode d'emprisonnement, et voulut qu'à l'expiration de ce temps, les condamnés fussent transportés hors du territoire continental de la France. En 1847, autre projet de loi présenté à la chambre des pairs : l’emprisonnement cellulaire y était étendu à toute la durée des peines; les bagnes étaient supprimés et remplacés par des maisons de travaux forcés. La révolution de 1848 empêcha la discussion du rapport présenté sur cette loi par Bérenger. La France compte aujourd'hui vingtcinq à trente prisons cellulaires, dont plusieurs fonctionnent depuis 19 ans environ : quelques-unes manquent d'importance et de surveillance sévère ; dix à douze répondent aux conditions du projet de loi de 1847. Pour la construction des pénitenciers du système cellulaire, on a adopté le plan rayonnant : tous les bâtiments convergent vers un belvédère central, sorte d’observatoire d'où s'exerce sur toutes les galeries la surveillance du directeur et des employés ; entre les bâtiments existent des promenoirs-cellules, en partie abrités pour l'hiver. Dans les galeries, les cellules, alignées sur plusieurs étages, sont munies chacune d’une fenêtre sur la cour et d’Üne porte sur la galerie, avec un petit Judas qui permet d’observer tous les mouvements des détenus ; elles ont 4 mètres de long sur 2°,25 de large et 3 de haut; elles doivent avoir au moins 28 mètres cubes de vide; à Tours, il y en a 35. Il y a dans chaque
cellule un hamac, une table, un tabouret, une cuvette, avec un robinet d’eau, un bec de gaz et un siége d’aisances qui ne laisse pas échapper d’'émanations dans le système combiné de chauffage et de ventilation appliqué par Grouvelle à la prison Mazas. Sous les six corridors occupant les grandes ailes de ce bâtiment règnent des caves hermétiquement fermées, ouvrant sur le chemin de ronde par une double porte doublée de peaux de mouton, et dont les deux ventaux sont séparés par un tambour destiné à faire le service des vidanges. Ce couloir souterrain contient autant de tonnes qu'il y a de cellules, qui communiquent avec ces tonnes par un tuyau de conduite et avec la cave par un tube ajusté à angle aigu sur le tuyau de conduite. La cave communique par un canal voûté avec une grande cheminée centrale, où le feu, toujours entretenu, attire tout l'air des caves et des cellules. Celles-ci puisent l’air pur dans les corridors par un orifice placé près des tuyaux de chauffage. La ventilation est réglée à la partie inférieure de chaque tuyau de vidange à l’aide de registres, et par la diminution de l'ouverture de la cave sur la cheminée. On avait d’abord amené dans les cellules l’air extérieur par des ouvertures aux murs ; mais l'échauffement inégal de cet air avait pour effet de troubler la ventilation et de produire des courants en sens inverse. La ventilation s'exerce d’une manière égale dans les cellules d’un même étage; mais elle va en s’affaiblissant du rez-de-chaussée au premier étage, du premier au deuxième étage ; grâce aux registres, on arrive à la répartir également dans l’ensemble. Il suffit de placer un tampon à chaque cuvette pour qu’on puisse ouvrir les fenêtres sans amener dans les cellules un courant inverse et infect des fosses. La nourriture et l'habillement sont les mêmes que dans les prisons en commun. Le travail est encore plus nécessaire dans la cellule, et l’on est parvenu à y acclimater une grande variété d'industries, passementerie, tissage du lin, du coton, de la soie au métier, travaux de reliure, d’ébénisterie, etc., à l’établi. Lélut, zélateur persévérant de l’incarcération solitaire, affirme que toutes ses conditions sont égales ou supérieures à celles de l'emprisonnement en commun; égales : l’alimentation, le vêtement, le travail, l'exercice en plein air; supérieures : la quantité d’air à respirer (30 à 40 mètres cubes au lieu de 8 à 10), attitudes plus libres et plus variées, absence d’excitation au vice. À quoi répond le docteur P. de Pietra-Santa (1) : Le témps
(1) Influence de l'emprisonnement cellulaire de Mazas, etc. (Académie des sciences, 23 janvier 1853.)
de la promenade est insuffisant ({lrois quarts d'heure); le travail n’est pas assez généralisé ; la lecture n’est une ressource que pour le petit nombre; pour les autres, l'effet moralisateur se traduit par quarante-sept minutes par mois de conversation avec les directeurs, aumôniers et médecins ; aussi, tout en reconnaissant la diminution du nombre des maladies et des décès à Mazas, comparativement à la Vieille-Force, de Pietra-Santa insiste sur la fréquence plus grande des aliénations mentales et des suicides dans le système de l’encellulement. Avant de discuter ces données récentes et restreintes à une seule prison cellulaire, rappelons les faits qui se sont produits ailleurs dans les deux modes de séparation mdividuelle des détenus.
Le silence en commun, base du système d’Auburn, est difficilement observé ; les faits rapportés par Demetz, Coindet, Crawford, Livingston, Benoiston (1), prouvent que cette loi est partout éludée. L'industrie mimique des détenus supplée à la voix, trompe la surveillance la plus assidue, et propage avec autant de rapidité que la parole les mauvaises pensées qui germent dans leur réunion. On est forcé de conclure avec Moreau-Christophe que là où il n'y a pas séparation individuelle, 1l y a nécessairement corruption collective. Peut-on l’éviter en groupant les prisonniers par catégories ? Cette modification a été adoptée à Genève; les condamnés y sont divisés en quatre quartiers, diversement traités sous le rapport de l’alimentation, de la libre disposition de leur pécule, du degré de liberté accordée aux heures de promenade, etc. Dans ce mode de pénalité eraduée, les condamnés, même les plus criminels, obtiennent, en se conduisant bien, leur passage dans les quartiers meilleurs. Le temps n’a pas prononcé sur la valeur de ce classement, difficile à faire dans les prisons plus populeuses que celles de Genève.
C’est au système de l'isolement continu avec le travail que paraissent se rallier aujourd’hui les partisans de la réforme pénitentiaire ; celle-ci ne peut sortir d’un atelier de détenus. «Il n'y a là, dit Benoiston, qu'aversion, que haine pour toute loi, toute règle, toute obéissance. Là on ne nourrit que mauvais penchants, on ne médite que mauvais desseins. Toute pensée est une pensée de vice, de révolte ou d'évasion. » La vie cellulaire, a-t-on dit, peut seule dompter le caractère du criminel : soustrait à l'émulation du mal, à l'excitation des regards et des gestes, il retombe sur lui-même, déconcerté, abattu ; la fièvre malsaine de ses passions s'éteint faute d’aliment. S'il n’est pas trop endurci, il recevra de nouvelles em-
(1) Annales d'hygiène. Paris, 1838, t. XIX, p. 273; 1844, t, XXXI, p. 52,
preintes, et le répentir commencera la convalescence de son âme. Mais on reproche à l’éncellulement d’hébétér les esprits bornés, de produire la phthisie, la folie et le suicide. Dans le pénitencier de Philadelphie, le docteur Franklin Bache à signalé, de 1827 à 1836, 16 cas d’aliénation; mais 10 de ces détenus avaient donné des signes de cette maladie avant leur entrée dans le péniténcier. A Lausanne, de 1834 à 1842, 31 détenus ont perdu la raison ; mais 5 avaient été aliénés avant leur réclusion, ét 10 autres le devinrent aussitôt qu'on les eut soumis à l’encellulément, ét ne sortaient guère de la catégorie des hallucinés (docteur Verdeil). À Génève, de 1825 à 1836, 15 cas de folie sur 329 détenus ; plusieurs de ces aliénés avaient manifesté avant leur réclusion une prédisposition évidente aux maladies mentales (Coindct). Ces faits ne suffisent pas pour trancher la question de l'influence de l’encellulement sur la production de la folie ; les rapports publiés ne s'accordent point sur la limite à poser entre les cas appartenant ou non à l’aliénation. Ils n’ont pas tenu également compte de l’état mental antérieur à l’'emprisonnement, etc.; thème absence de documents péremptoires sur la mortalité attribuée au régime cellulaire. Les inspecteurs de Cherry-Hill (Philadélphie) l’estimént à 2 1/2 pour 100 de 1829 à 1837 ; la Société de Boston à 3, et à 2 dans les huit établissements soumis à la règle d'Auburn ; elle est de 3 à Genève, où le plus grand nombre des détenus sont isolés, ainsi qu’à Berne, où on les occupe aux travaux des champs. Les variations du poids des prisonniers peuvent faire connaître les modifications que subit la nutrition générale sous l'influence du système auquel on les assujettit ; le poids du corps est un fait simple, facile à constater, parfaitement mensurable. Les pesées faites où connues jusqu’à présent sont celles de la maison de correction de Devèze (Angleterre) et du pénitencier de Genève (Marc d’Espine). A Devèze, le régime pénal consiste dans l'isolement nocturne et le travail silencieux du jour; les pesées qui y ont été faites démontrent que cette maison engraisse beaucoup plus souvent qu'elle ne maigrit ses habitants. Au contraire, Marc d'Espine a constaté, soit par la comparaison des poids moyens, soit par celle du nombre des amaigris et des engraissés, que le régime pénitentiaire de Genève exerce une Imfluence amaïigrissante qui est proportionnelle à ses rigueurs. Au début, il engraisse plus qu'il ne maigrit : c’est que les détenus ont passé des angoisses de Ta prévention et de la condamnation à un éfat plus stable et plus régulier, quoique pénible. Dans ses recherches, Marc d’Espme à fait la part dé l'accroissement dù à l’âgé ; quant aux saisons, il à vu
que le rapport des augmentations aux diminutions de Pos est le même en été qu'en hiver (1).
Si nous interrogeons les renseignements les plus récemment fournis en France par des statistiques exactes, nous les voyons concorder sur deux points fondamentaux : l’emprisonnement cellulaire produit moins de maladies et moins de décès que l’emprisonnement collectif. Adversaires et partisans du premier système se rencontrent dans cette importante conclusion. Dans les prisons cellulaires de Lons-le-Saulnier, de Montpellier, de Bordeaux, de Tours, de Versailles, de Rethel, de Remiremont, Lélut a trouvé beaucoup moins de malades que dans les maisons centrales de Clermont, de Loos, etc. Quart à la mortalité qui, chez les classes pauvres, dans la vie libre et à un âge moyen de 30 à 40 ans, est annuellement un peu moindre de 2 pour 400, elle a été :
Dans la maison centrale de Clermont (Oise) de 4,1 p. 100 (période de 6 ans). — d'Haguenau........ 6,75 p. 100 (période de 10 ans), — d'Ensisheim ....... 7,70 p. 100 (période de 12 ans). — de Beaulieu......,, 8 p. 100 (période de 10 ans).
Et
Dans la prison cellulaire de Lons-le-Saulnier 0 p. 100 (période de 3 mois). — de Montpellier.... 1 p. 2000 (période de 2 ans).
— de Tours...:..... 2 p.1200 (période de 28 mois). = de Versailles...... O0 p. 300 (période de 45 mois). — dé Rethel: VIA 1,5 sur 400 (période de 3 ans).
et d’après Pietra-Santa lui-même, la mortalité ne s’est élevée, dans la période 1850-1854, à Mazas, qu'a 4,90 pour 100.
Dans la société libre et honnête, on compte 2 aliénés sur 1000 individus ; d’aprês Lélut, qui a posé le premier cette proportion, les prisons de l’ancien régime donnaient 4, 5, 6,7 et plus d’aliénés sur 1000 ; dans celles du nouveau régle, on n’en compte que 2, 3, het 5 au plus. Lélut a recueilli dans ses ROBES, visites les don-
nées suivantes : |
Années, Prisons. Proportion sur 1000, 1844. Dépôt des condamnés à Paris............ 7 1844. Maison centrale de Melun.............. 10
4845. Prison correctionnelle de Roanne à Lyon.. 30 4845. Maison centrale de Nimes..,:......:... 12,3 4845. Maison centrale de Montpellier..... cé Pcotà re 4847. Maison centrale de Clermont. .....,..... 21 1847. Maison centrale de Loos. :....,.:....... 12 4847. Maison centrale d'Hagueneau.........., 29 1847. Maison centrale d'Ensisheim......... PQ UE 14851. Maison centrale de Beaulieu............ 12
(1) Annales d'hygiène et de médecine légale. Paris, 1844, t. XXXII, p. 70.
Ces chiffres fixent la fréquence de la folie dans les maisons d’emprisonnement collectif à la proportion moyenne de 15 sur 1000. Les prisons cellulaires ont fourni à M. Lélut :
Châlons-sur-Saône,. pour 80 détenus O0 période de plus d’un an, Lons-le -Saulnier . .. 60 — 0 — de 3 mois.
Versailles...,...., — 300 — 0 — de 15 mois.
Montpellier....... — 1000 — 4 — de 2ans.
Tours et Bordeaux... — 1000 — A — de 2 ans.
HONOR ES — 1369 — 0 — de 3 ans.
Remiremont ...... — 594 — 0 — de 17 mois.
En s'appuyant sur la statistique de deux prisons ordinaires (Vieille-Force, Madelonnettes) et d’une prison cellulaire (Mazas), de Pietra-Santa arrive, par l'interprétation des faits et des antécédents individuels, à conclure que les deux systèmes donnent lieu à un nombre à peu près égal d’aliénations, mais qu’à Mazas, les cas de folie bien constatés ont pris naissance dans l’établissement, tandis qu'aux Madelonnettes, sauf quelques rares exceptions, les fous viennent du dehors, et la maladie ne se développe pasà l’intérieur.
Quant à la fréquence plus grande des suicides dans la maison cellulaire, elle me paraît démontrée par les dernières recherches de Pietra-Santa qui embrassent une période de 4 ans à Mazas. On à compté :
De 1840 à 1849.. 1 suicide sur Le) Vicille-Force. 4 tentative sur 9,000
De 1850 à 1854.. 1 suicide sur 12,000 Madel É 0 tentative sur » adelonnettes.
De 1850 à 1854.. 1 suicide sur 971
1 tentative sur 765 Dose
Sur 26 suicides, observés à Mazas, 14 ont été consommés dans les 8 premiers jours de l’incarcération cellulaire, 3 dans les premiers mois, 7 dans les deux mois, 2 dans le cours du troisième mois ; en général, les détenus qui se sont suicidés, loin d’appartenir à la catégorie des pervers, perdus de dettes et de crimes, étaient en prévention pour des délits qui les rendaient passibles de la police correctionnelle. On a répondu à une première statistique de Pietra- Santa, portant sur deux années (Mazas, 1850-52), en faisant valoir la bénignité de l’année 1850, où Mazas n’a eu que 3 suicides, la gravité des années 1838 et 1848 (1 suicide sur 770) au dépôt des condamnés qui appartient à l’ancien système ; mais la considération isolée de telle ou telle année est sans portée, et les inductions fondées d’abord par de Pietra-Santa sur une période de deux ans, vien-
nent de se vérifier sur une période de deux nouvelles années. Toutefois la statistique n’est pas définitive, même après quatre ans; elle exige des recherches plus longues, plus multipliées.
La prison de la Roquette affectée aux enfants et soumise depuis 1840 au régime cellulaire, offre des résultats d’un grand intérêt, puisqu'ils jugent la valeur de ce mode pénitentiaire appliqué au jeune âge. Ferrus (1) a fait ressortir l'accroissement du nombre des phthisies et des scrofules parmi les jeunes détenus, et néanmoins, dès 1846, leur mortalité annuelle, qui s’était élevée à 40 et même à 45 pour environ 500, s'était abaissée à 12. Tant il est vrai que la statistique a besoin de suite et d’étendue.
Quand il s’agit du choix d’un système de correction pénitentiaire, les résultats moraux doivent toujours être placés en regard des données physiologiques et hygiéniques. Avant 1840, tous les efforts de la société de patronage, instituée pour donner aide et secours à cette classe de libérés, n'avaient abouti qu’à réduire parmi eux le chiffre des récidives à 14,90 pour 100 ; depuis ER de l’isolement, il est descendu à 7,12.
De telles différences sont de nature à compenser une augmentation plus ou moins définitive de suicides et d’aliénations ; mais est-il donc impossible de corriger, d’atténuer ce dernier fait? Nous sommes très porté à croire avec Lélut (2) que le nouveau mode d’incarcération sera sans danger pour la santé du corps, comme pour celle de l’âme, s’il comporte : 1° l'habitation d’une cellule ou plutôt d’une chambre de 30 à 35 mètres cubes d’étendue qui permette au détenu le mouvement et l'exercice d’un métier ; 2° une à deux heures de promenade au moins ; 3° des lectures instructives alternant avec le travail ; 4° des communications journalières, très fréquentes, avec des membres de la société honnête, directeurs, aumôniers, médecins, magistrats, membres des associations charitables, agents des travaux, gardiens de choix et capables de concourir à l’œuvre de moralisation ; 5° la formation prudente de quelques catégories (femmes, enfants, esprits faibles et passifs, etc.) auxquelles ne serait pas appliqué l'isolement dans toute sa rigueur, toutes les fois qu’on aura la certitude que la corruption réciproque ne naîtra point de ces groupements. « Qu'on examine, qu'on distingue, dit Lélut, qu'on
(1) Ferrus, Des prisonniers, de l'emprisonnement et des prisons. Paris, 1850, in-8, p. 57 et 146.
(2) Lélut, Lettre sur l'emprisonnement cellulaire. Paris, 1855, et De l'influence de l'emprisonnement cellulaire sur la raison, etc, 1844, elç,
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détermine toutes ces exceptions, la règle n’en sera que plus sûre et son application plus efficace ; mais, dit encore le même écrivain, et c’est là notre propre conclusion, il est bon, il est nécessaire que les criminels condamnés soient rigoureusement isolés les uns des autres : pour qu'ils ne se corrompent pas les uns les autres, pour que l’action réformatrice de cette société qu'ils ont attaquée, s'exerce plus efficacement sur eux ; pour que, dans la prison, ils ne se connaissent pas, et qu’ainsi ils ne puissent s’associer pour de nouveaux délits et de nouveaux crimes. »
Au reste, quelque mode d'emprisonnement que l’on adopte, il ne faut point se flatter d’égaler les chances de santé et de mortalité entre la captivité et la vie libre : on ne borne pas impunément aux avares dimensions d’une cellule le champ de la locomotion, la portée du regard, l'indépendance des actions; la privation d’air et de mouvement, ajoutée à celle de la liberté, fait de l'existence en prison une existence contre nature. Le bandit, le criminel, le vagabond que l’on enferment, ressemblent à l'animal sauvage qui passe à l’état de captivité; aux mouvements violents, aux aventures, aux passions, aux orgies, succèdent l'isolement, la stagnation, la perspective d’une peine plus ou moins prolongée, la compression de la fatalité sous la forme de la loi : faut-il donc s'étonner si chez les détenus les maladies ont un caractère plus grave et des suites plus funestes (1)? La phthisie pulmonaire surtout les décime, sans qu’on puisse la rapporter plus particulièrement à l'obligation du silence, au défaut d'exercice à l’air libre, à la spécialité nuisible des travaux, aux vices de la solitude, à la consomption morale des regrets, des ennuis et des remords. Ainsi, tout en évitant avec soin d’aggraver le châtiment légal, on ne réussira peut-être jamais à réduire entièrement le tribut de la mort dans les prisons au même taux que dans la vie libre; mais on peut assurer que la substitution de l'influence morale au principe de l’intimidation, la combinaison des travaux agricoles et industriels d’après les vues de Boileau de Castelnau (loc. cit.), la création d'ateliers mobiles dont Dugat, inspecteur général des prisons, a donné le plan, et qui exécuteraient les travaux de terrassement, des routes, d’endiguement, de desséchement; la répartition des détenus en escouades occupées alternativement au grand air et à la confection sédentaire de leurs outils, vêtements, chaussures, ete., l'instruction morale et Intellectuelle dispensée tous les jours pendant quatre heures au moins ; une gestion éclairée de toutes choses
(1) Gazette médicale, avril 1844,